1
p. 33-37
LETTRE DE Mr. FARCY, Me. Chirurgien à la Fleche, écrite à M. Duverney le neveu, Chirurgien à Paris, au sujet d'une playe de tête.
Début :
MONSIEUR, Le 24 Août 1721 on m'apporta une fille âgée [...]
Mots clefs :
Plaie, Cerveau, Baguette, Enfant, Pièces, Crâne, Sang
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr. FARCY, Me. Chirurgien à la Fleche, écrite à M. Duverney le neveu, Chirurgien à Paris, au sujet d'une playe de tête.
LETTRE DE M. FARCY ,
M. Chirurgien à la Fleche , écrite
à M. Duverney le neveu , Chirurgien
à Paris , au fujet d'une playe de tête .
MONSIEUR
,
Le 24 Août 1721 on m'apporta une
fille âgée de dix ans , qui étoit venue à
la Ville pour voir le feu de joye que l'on
Y
faifoit à caufe du rétabliffement de la
fanté du Roy. Cet enfant étoit à une
fenêtre d'un premier étage ( fur la Place , )
lors qu'un Particulier ayant oublié la baguette
de fon fufil dans le canon , le
déchargea malheureufement du côté de
la fille , le coup lui porta fur la partie
fuperieure du coronat , & la baguette s'y
brifa en plufieurs morceaux , après avoir
déchiré les tégumens & l'aponevroze des
muſcles fronteaux . jufqu'à la fontenelle .
De toutes ces pieces , une fe gliffa le
long de la partie laterale du coronal , lacera
une partie du crotaphite , & fut ſe
perdre derrière la conque de l'oreille ;
une portion même de cette piece , qui
n'étoit pas entierement feparée , le jotta
en devant proche la pophile zigomatique,
Bv
toutes
94 LE MERCURE
toutes ces pieces étant ôtées , la playe
eut environ un empan de longueur , c'étoit
du côté gauche. Le coup ne fe termina
pas là , un autre morceau de la baguette
brifa le crâne , perça la dure & la
pie mere , & avança jufqu'à deux travers
de doigt dans la fubftance du cerveau ,'
dont il fortit plufieurs petites portions
avec le fang. Je tirai ce fragment ; il
fallut auffi ôter fix efquilles qu'il avoit
entraîné avec lui , ou jetté de côté fous
le crâné. Tous ces corps étrangers tirés
F'ouverture du crâne parut large d'un tra
vers de doigt , & longue de deux .
Je pofai mon appareil , & fis emporter
l'enfant chés fon pere , nommé Beleuvre
qui demeure à un lieu appellé Boucheverau
, diftant de la Viile d'environ un
quart de lieuë.
Le lendemain je fus lever mon appareil
; la playe me donna beaucoup de fang,
& il parut plufieurs grumeaux de la fub
tance grifâtre du cerveau , qui coulerent
dans les premiers penfemens ..
Le deuxième jour j'apperçus que l'ouverture
de la dure mere ne répondoit pas
à celle du crâne , je l'ouvris de la même
longueur , ce qui donna iffue au fang re
tenu , & au pus qui fe fit dans la fuite.
Pendant dix jours l'enfant eur une fiél
wre fort violente , paffa les deux premiers
fans
DE JANVIER 1722. 35
fans vouloir prendre aucune nourriture ,
perdit une quantité prodigieufe de fang
par la playe , ce qui me força de ne point
la faigner ; & malgré tout cela fes forces
fe foutinrent.
Qutre toutes les pieces , tant d'os que
de la baguette que j'ay marqué cy - deffus
avoir ôté de la playe du cerveau ; le treiziéme
jour j'en apperçû encore plufieurs
que je tirai au nombre de fept à huit ; elles
étoient dans le fonds ; j'en euffe découvert
davantage , fi les mouvemens de la
dure mere & du cerveau n'avoient recou
vert mon inftrument , & ôté la liberté de
penetrer plus avant ; joint aux cris de
l'enfant qui étoient continuels & violens ,
ce qui m'obligea de panfer la playe du
cerveau , fans aller plus loin.
Ce panfement ne fut pas plutôt fait
que la malade par fes cris redoublés donna
occafion à la rupture de l'artére temporale
, qui êtoit déja toute découverte par
le plus grand morceau de la baguette qui
avoit gliffé fous les tégumens , jufqu'à la
conque de l'oreille ( comme je l'ay marqué
d'abord,)je fus obligé d'y faire une ligature,
ce fut le parti que je crus le plus prompt
& le plus affuré pour arrêter le fang.
Le quinziéme jour le cerveau fe trouvant
aplani & reduit dans fes juftes limi
es, j'examinay la playe plus facilement ,
B vj j'apperçus
36 LE MERCURE
j'apperçus encore dans le fonds trois pe
tites pointes de la baguette , longues environ
de trois lignes , je les tirai comme
auparavant.
Le dix-huitiéme jour j'eus la même faveur
du cerveau , & je tirai un morceau
de baguette de deux lignes de large , &
d'une de long , avec deux petits fragmens
d'os à peu près de la même figure & de
la même longueur.
Le 21 j'en tirai pour la derniere fois
une piece d'os à peu près de forme triangulaire
; fes pointes étoient engagées dans
la fubftance cendrée , & étoient fanguinolantes.
Cette piece peut être large moitié
de l'ongle du petit doigt.
L'on voit que toutes les pieces , tant
du crâne que de la baguette , qui ont été
tirées du cerveau même , vont au moins
à 15 ou 18 , & quand elles furent toutes
ôtées , on auroit placé une noix ſeiche
dans le vuide qu'avoit laiffé la fubftance
corticale par fa déperdition.
La fupuration pendant tout le cours de
la maladie a été abondante & fort louable
l'exfoliation a été faite au bout de trentecinq
jours , & toute la playe , tant du
dehors que du dedans , a été cicatrifée le
-31 Octobre dernier.
L'on peut remarquer par Pexpofé que
je viens de faire , que de tous les accidents
qui
DE JANVIER 1722. 37
qui d'ordinaire accompagnent une playe
de cette nature , ( tels que font le délire ,
l'affoupiffement , le vomiffement , & c. )
il n'y a eu que la fiévre qui a été violente
pendant les dix premiers jours.
L'on fera même furpris d'apprendre que
cet enfant ( quelque violence qu'on lui
ait faite ) ne s'eſt nourrie que de fruits &
de laitages ; elle s'est trouvée parfaitement
guerie au bout de deux mois & quelques
jours , & fut à la Meffe le jour de la
Touffaint ; tant il eft vrai qu'il fe trouve
des fujets d'une complexion & d'un temperamment
fi heureux , qu'on ne peut
manquer d'avoir un heureux fuccès dans
des cas qui paroiffent les plus fâcheux.
Comme on aura peine à croire qu'on
ait tirétant de corps étrangers du cerveau
même , fans que le fujet ait péri , je vous
envoye , MONSIEUR , toutes les pieces ,
avec leurs étiquettes ; vous les montrerés
à ceux qui feront curieux de les voir.
Outre cela j'ay pour témoins oculaires
de cette playe , Meffieurs Galois le jeune ,
La Touche , & Cofnier , tous Docteurs en
Medecine , & M. Perrotin , Maître Chirurgien
de la Ville de la Fleche. Je fuis ,
&c. A. FARCY.
A la Fleche le 18 Novembre 1721 .
M. Chirurgien à la Fleche , écrite
à M. Duverney le neveu , Chirurgien
à Paris , au fujet d'une playe de tête .
MONSIEUR
,
Le 24 Août 1721 on m'apporta une
fille âgée de dix ans , qui étoit venue à
la Ville pour voir le feu de joye que l'on
Y
faifoit à caufe du rétabliffement de la
fanté du Roy. Cet enfant étoit à une
fenêtre d'un premier étage ( fur la Place , )
lors qu'un Particulier ayant oublié la baguette
de fon fufil dans le canon , le
déchargea malheureufement du côté de
la fille , le coup lui porta fur la partie
fuperieure du coronat , & la baguette s'y
brifa en plufieurs morceaux , après avoir
déchiré les tégumens & l'aponevroze des
muſcles fronteaux . jufqu'à la fontenelle .
De toutes ces pieces , une fe gliffa le
long de la partie laterale du coronal , lacera
une partie du crotaphite , & fut ſe
perdre derrière la conque de l'oreille ;
une portion même de cette piece , qui
n'étoit pas entierement feparée , le jotta
en devant proche la pophile zigomatique,
Bv
toutes
94 LE MERCURE
toutes ces pieces étant ôtées , la playe
eut environ un empan de longueur , c'étoit
du côté gauche. Le coup ne fe termina
pas là , un autre morceau de la baguette
brifa le crâne , perça la dure & la
pie mere , & avança jufqu'à deux travers
de doigt dans la fubftance du cerveau ,'
dont il fortit plufieurs petites portions
avec le fang. Je tirai ce fragment ; il
fallut auffi ôter fix efquilles qu'il avoit
entraîné avec lui , ou jetté de côté fous
le crâné. Tous ces corps étrangers tirés
F'ouverture du crâne parut large d'un tra
vers de doigt , & longue de deux .
Je pofai mon appareil , & fis emporter
l'enfant chés fon pere , nommé Beleuvre
qui demeure à un lieu appellé Boucheverau
, diftant de la Viile d'environ un
quart de lieuë.
Le lendemain je fus lever mon appareil
; la playe me donna beaucoup de fang,
& il parut plufieurs grumeaux de la fub
tance grifâtre du cerveau , qui coulerent
dans les premiers penfemens ..
Le deuxième jour j'apperçus que l'ouverture
de la dure mere ne répondoit pas
à celle du crâne , je l'ouvris de la même
longueur , ce qui donna iffue au fang re
tenu , & au pus qui fe fit dans la fuite.
Pendant dix jours l'enfant eur une fiél
wre fort violente , paffa les deux premiers
fans
DE JANVIER 1722. 35
fans vouloir prendre aucune nourriture ,
perdit une quantité prodigieufe de fang
par la playe , ce qui me força de ne point
la faigner ; & malgré tout cela fes forces
fe foutinrent.
Qutre toutes les pieces , tant d'os que
de la baguette que j'ay marqué cy - deffus
avoir ôté de la playe du cerveau ; le treiziéme
jour j'en apperçû encore plufieurs
que je tirai au nombre de fept à huit ; elles
étoient dans le fonds ; j'en euffe découvert
davantage , fi les mouvemens de la
dure mere & du cerveau n'avoient recou
vert mon inftrument , & ôté la liberté de
penetrer plus avant ; joint aux cris de
l'enfant qui étoient continuels & violens ,
ce qui m'obligea de panfer la playe du
cerveau , fans aller plus loin.
Ce panfement ne fut pas plutôt fait
que la malade par fes cris redoublés donna
occafion à la rupture de l'artére temporale
, qui êtoit déja toute découverte par
le plus grand morceau de la baguette qui
avoit gliffé fous les tégumens , jufqu'à la
conque de l'oreille ( comme je l'ay marqué
d'abord,)je fus obligé d'y faire une ligature,
ce fut le parti que je crus le plus prompt
& le plus affuré pour arrêter le fang.
Le quinziéme jour le cerveau fe trouvant
aplani & reduit dans fes juftes limi
es, j'examinay la playe plus facilement ,
B vj j'apperçus
36 LE MERCURE
j'apperçus encore dans le fonds trois pe
tites pointes de la baguette , longues environ
de trois lignes , je les tirai comme
auparavant.
Le dix-huitiéme jour j'eus la même faveur
du cerveau , & je tirai un morceau
de baguette de deux lignes de large , &
d'une de long , avec deux petits fragmens
d'os à peu près de la même figure & de
la même longueur.
Le 21 j'en tirai pour la derniere fois
une piece d'os à peu près de forme triangulaire
; fes pointes étoient engagées dans
la fubftance cendrée , & étoient fanguinolantes.
Cette piece peut être large moitié
de l'ongle du petit doigt.
L'on voit que toutes les pieces , tant
du crâne que de la baguette , qui ont été
tirées du cerveau même , vont au moins
à 15 ou 18 , & quand elles furent toutes
ôtées , on auroit placé une noix ſeiche
dans le vuide qu'avoit laiffé la fubftance
corticale par fa déperdition.
La fupuration pendant tout le cours de
la maladie a été abondante & fort louable
l'exfoliation a été faite au bout de trentecinq
jours , & toute la playe , tant du
dehors que du dedans , a été cicatrifée le
-31 Octobre dernier.
L'on peut remarquer par Pexpofé que
je viens de faire , que de tous les accidents
qui
DE JANVIER 1722. 37
qui d'ordinaire accompagnent une playe
de cette nature , ( tels que font le délire ,
l'affoupiffement , le vomiffement , & c. )
il n'y a eu que la fiévre qui a été violente
pendant les dix premiers jours.
L'on fera même furpris d'apprendre que
cet enfant ( quelque violence qu'on lui
ait faite ) ne s'eſt nourrie que de fruits &
de laitages ; elle s'est trouvée parfaitement
guerie au bout de deux mois & quelques
jours , & fut à la Meffe le jour de la
Touffaint ; tant il eft vrai qu'il fe trouve
des fujets d'une complexion & d'un temperamment
fi heureux , qu'on ne peut
manquer d'avoir un heureux fuccès dans
des cas qui paroiffent les plus fâcheux.
Comme on aura peine à croire qu'on
ait tirétant de corps étrangers du cerveau
même , fans que le fujet ait péri , je vous
envoye , MONSIEUR , toutes les pieces ,
avec leurs étiquettes ; vous les montrerés
à ceux qui feront curieux de les voir.
Outre cela j'ay pour témoins oculaires
de cette playe , Meffieurs Galois le jeune ,
La Touche , & Cofnier , tous Docteurs en
Medecine , & M. Perrotin , Maître Chirurgien
de la Ville de la Fleche. Je fuis ,
&c. A. FARCY.
A la Fleche le 18 Novembre 1721 .
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Résumé : LETTRE DE Mr. FARCY, Me. Chirurgien à la Fleche, écrite à M. Duverney le neveu, Chirurgien à Paris, au sujet d'une playe de tête.
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2
p. 85-90
EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Début :
LE 31 Mai, on célébrera dans le Collége de la Fléche, l'anniversaire de Henri [...]
Mots clefs :
Tombeau, Discours, Terre, Mémoire, Débris, Poète, Dieux, Collège de La Flèche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
EXTRAIT d'une Leure écrite de
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Le 3 mai, le Collège de la Flèche commémora l'anniversaire de Henri IV, son fondateur. M. de Pechméja, professeur de rhétorique, prononça un discours en latin suivi d'une ode intitulée 'Le Tombeau de Henri IV'. Dans son discours, Pechméja souligna que les anniversaires des grands hommes sont des jours de triomphe et de fête, consacrés à l'immortalité des héros. Il compara Henri IV à des figures mythologiques et historiques, louant son courage et sa bonté. Il conclut en évoquant l'inspiration poétique née des ravages du monde. L'ode décrivait un voyage dans l'au-delà où le poète rencontrait l'âme de Henri IV, qui rappelait l'immortalité des princes bienfaiteurs et la soumission due aux rois, se terminant par un appel à la fidélité et à la reconnaissance envers Henri IV. Une scène de deuil et d'hommage à Henri-le-Grand fut également organisée. Une urne symbolisant la fidélité fut présentée, et un discours exprima la loyauté envers le roi et la patrie, affirmant que la vie et le sang seraient sacrifiés pour le bien du souverain. Le lendemain, un service solennel réunit divers corps de ville. L'abbé Donjon, principal du collège, prononça une oraison funèbre louant les vertus militaires et morales d'Henri-le-Grand.
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