Résultats : 5 texte(s)
Accéder à la liste des mots clefs.
Détail
Liste
1
p. 159-161
Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Début :
Des Arabes jadis, Zero, tu pris naissance [...]
Mots clefs :
Arabes, Zéro, Parodie, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Parodie de la seconde
Enigme, dont le -
motest le Zero.
Des sirabes jadis,
Zero, tu pris naissance
yîvec toi plus d'un chiffrey
J rvitaussi lejour
Sanspieds, tejle, ny bras
tu n'cft que ventre &
pense
Tout rond dans tafigure,
& pourtant fait au
tour.
Tes yiutheurs par caprice
en faisant le partage
Que les Chiffres ont eu -rioublièrent que toy
Maismalgrécette injufle
loy t4 te peux bien vanter
de ïavantare
D'augmenttr aÓchacun de
dix fois tout leur bien
C'ejf me[me là ton seul
usage.
Tu riaime point le lieu
d'honneur,
Paroissant à leurtefie ; on
te voitsans valeur
A leur fuite tu fais
merveilles
T'y mettre ou (en ojier
n'ejl point indiffèrent,
Il rieji point richesses
pareilles
A celles que dans un
infant
Avec un Ztro l'on
aÇemble
Jidais malhreureux, qui
te reffimble.
Par le Chevalier inconnu, de îai
ruë Pot-de-fer.
Enigme, dont le -
motest le Zero.
Des sirabes jadis,
Zero, tu pris naissance
yîvec toi plus d'un chiffrey
J rvitaussi lejour
Sanspieds, tejle, ny bras
tu n'cft que ventre &
pense
Tout rond dans tafigure,
& pourtant fait au
tour.
Tes yiutheurs par caprice
en faisant le partage
Que les Chiffres ont eu -rioublièrent que toy
Maismalgrécette injufle
loy t4 te peux bien vanter
de ïavantare
D'augmenttr aÓchacun de
dix fois tout leur bien
C'ejf me[me là ton seul
usage.
Tu riaime point le lieu
d'honneur,
Paroissant à leurtefie ; on
te voitsans valeur
A leur fuite tu fais
merveilles
T'y mettre ou (en ojier
n'ejl point indiffèrent,
Il rieji point richesses
pareilles
A celles que dans un
infant
Avec un Ztro l'on
aÇemble
Jidais malhreureux, qui
te reffimble.
Par le Chevalier inconnu, de îai
ruë Pot-de-fer.
Fermer
Résumé : Parodie de la seconde Enigme, dont le mot est le Zero.
Le texte, écrit par le Chevalier inconnu, est une parodie poétique sur le chiffre zéro. Né parmi les 'sirabes', le zéro est décrit comme un être sans membres mais avec un ventre et une pensée. Rond et utile, il multiplie par dix la valeur des autres chiffres. Sans valeur seul, il crée des richesses lorsqu'il est combiné avec un autre chiffre. Le texte se termine par une référence à un 'malheureux' similaire au zéro.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 2700-2714
DISSERTATION sur l'état où étoit l'Euphrate à Babylone, du temps d'Alexandre le Grand, et sur l'ouvrage que ce Prince y vouloit faire construire pour servir à une nouvelle Edition de l'Histoire Ancienne, composée par un Auteur moderne.
Début :
L'Auteur moderne de l'Histoire Ancienne, a voulu en un endroit de [...]
Mots clefs :
Euphrate, Babylone, Alexandre le Grand, Lit, Livres, Arabes, Assyriens, Xénophon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'état où étoit l'Euphrate à Babylone, du temps d'Alexandre le Grand, et sur l'ouvrage que ce Prince y vouloit faire construire pour servir à une nouvelle Edition de l'Histoire Ancienne, composée par un Auteur moderne.
DISSERTATION sur l'état où étoit
l'Euphrate à Babylone , du temps d'Alexandre
le Grand, et sur l'ouvrage que ce
Prince y vouloitfaire construire pour servir
à une nouvelle Edition de l'Histoire
Ancienne , composée par un Auteur moderne.
'Auteur moderne de l'Histoire Ana
voulu en un endroit de
son Ouvrage , montrer l'accomplissement
des Prédictions des Prophctes contre la
Ville de Babylone et contre l'Euphrate ,
qui la traversoit ; mais dans son zele , qui
est très- loüable , il n'a pas cu toute l'at-
I. Vol.
L'eienne, en un
tention
DECEMBRE 1931. 2751
tention qu'il falloit avoir pour ne pas s'écarter
de la verité ; le zele trompe quelquefois
s
Decipimur specie recti.
Commençons par rapporter sur cet article
les paroles mêmes de cet Auteur ;
nous observerons d'abord ses méprises ,
et ensuite nous les réfuterons .
» Dès le temps d'Alexandre le Grand ,
>> dit- il , le Fleuve , ( c'est à dire l'Eu-
» phrate * ) étoit sorti de son lit ordinai-
» re par l'ouverture que Cyrus avoit fait
»faire au Canal dont nous avons parlé ,
» ( c'est -à- dire, à ses lignes de circonvallation,
p. 231. et 251. ) et qui depuis avoit
» éte mal fermée , et il avoit inondé tout
» le Pays.
Ces paroles contiennent trois faits également
faciles à détruire , 1 ° . Que l'Euphrate
eût alors quitté son lit. 2 ° . Que l'ouverture
faite au Fossé ou à la Tranchée de
Cyrus , eût éré mal fermée. 3 ° . Que tout le
Pays en eût été inondé. Nous avons sur
chacun de ces trois faits de quoi montrer
le contraire par de bonnes preuves ; mais
écoutons l'Auteur qui continue en ces
termes.
>> Ce Prince , dit- il , ( c'est d'Alexandre
dont il parle ) dans le dessein qu'il avoit
* Tom. 2. pag. 258.
J Vol
Av
d'éta
2702 MERCURE DE FRANCE
» d'établir le Siege de son Empire à Ba-
>> bylone , songea à rappeller l'Euphrate
» dans son lit naturel , et l'ouvrage étoit
» déja commencé ; mais Dieu qui veilloit
à l'accomplissement de sa Prophetie ,
>> et qui avoit déclaré qu'il détruiroit jus
» qu'aux restes et aux vestiges de Baby-
» lone , ( Perdam Babylonis nomen et reliquias
, ) dissipa ce projet par la mort
» d'Alexandre , qui arriva peu après .
L'Auteur persevere dans son idée, mais
par deux nouvelles erreurs.La premiere est
que l'Ouvrage que voulut faire Alexandre ,
jut de rappeller l'Euphrate dans son lit , et
il n'en étoit pas sorti . La seconde est , que
Dieu l'empêcha pour l'accomplissement de
ses Propheties , et l'entreprise d'Alexandre
ne les interressoit en aucune sorte..
Avant que de donner sur ces faits ;
comme sur les précedents , les preuves
évidentes qui les détruisent , remarquons
d'abord que l'Auteur dont il est question,
cite à la marge le huitième Livre de l'Histoire
d'Alexandre par Arrien , comme
pour donner un garant d'une partie , au
moins de ce qu'il avance ; mais c'est une
chose certaine , premierement que cette
Histoire d'Arien n'a que sept Livres
et non pas buit ; en second lieu , qu'elle
est absolument contraire au systême de
P'Auteur moderne.
DECEMBRE. 1931. 2793
"
Arrien ne dit point du tout , qu' Al:-
xandre voulût remettre l'Euphrate dans son
lit. Cette idée de l'entreprise d'Alexandre
est une pure imagination d'Isaac Vossius ,
faute de bien prendre le sens d'Arrien.
Aussi Gronovius a-t'il eu soin de le réfuter
, et il l'a fait d'une maniere qui
ne souffre point de replique. Il a aussi
réfuté M. Huet , qui dans son Ouvrage
sur le Paradis Terrestre , avoit copié Vossius.
La même réfutation tombe sur l'Auteur
moderne de l'Histoire Ancienne ,
qui a pris de M. Huet la même idée de
FOuvrage d'Alexandre .
L'Auteur moderne de l'Histoire Ancienne
ne suit pas M. Huet en toutes
choses ; mais lorsqu'il le quitte , il ne
s'égare pas moins que lui. Il croit , par
exemple , que l'entreprise d'Alexandre
ne fut jamais achevée , Dien l'ayant empêché
, à ce qu'il dit , pour l'accomplissement
de ses Propheties ; et M. Huet dit
que cet Ouvrage , qui ne fut point alors
consommé , l'a été depuis. Ce dernier ne
croit donc pas que les Propheties s'y trou
vassent interressées en cela il a raison ;
mais il se trompe , en ce qu'il croit
l'Euphrate fût rappellédans son lit, comme
s'il en fût sorti , ce qui n'étoit pas.
Secondement l'Auteur moderne de
A vj l'His
1. Vol.
que
2704 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire Ancienne regarde le Canal ,
dont parle Arrien , * comme le Fossé ou
les tranchées de Cyrus ; et M, Huet le
regarde comme une saignée faite furtivement
à l'Euphrate par les Arabes pour
arroser leurs terres , qui en avoient grand
besoin. Ces deux Auteurs , dans leurs
diverses opinions , ne se trompent pas .
moins l'un que l'autre.
En troisiéme lieu , M. Huet ajoûte qu'en
cela les Arabes avoient à faire aux Assyriens
, qui de l'autre côté de l'Euphrate ,
avoient besoin des mêmes Eaux , et empêchoient
les Arabes de les détourner.
C'étoit , selon lui , une semence de guerre
entre eux qu'Alexandre voulut termi
ner ; et pour le faire à l'avantage des
Assyriens , il entreprit de boucher pour
toûjours cette ouverture furtive .
En cet endroit M. Huet se trompe
dans l'idée qu'il a de l'entreprise d'Alexandre
; il se trompe aussi dans le motif
qu'il lui attribuë , et il ne pense bien
qu'en ce qu'il ne croit pas , comme l'Auteur
moderne de l'Histoire Ancienne
que le Canal où ce Prince voulut faire
travailler , fût le Fossé de Cyrus.
Une démonstration de cela fort aisée :
c'est que les saignées que Cyrus fit faire
* P. 231. 251. et 2580
I. Vol.
DECEMBRE . 1731 . 2705
༡ *
à l'Euphrate , furent des Tranchées autour
de Babylone. L'Auteur moderne de
l'Histoire Ancienne le dit lui - même.
comme on l'a vû , * en quoi il est d'accord
avec Xenophon elles coupoient le
Fleuve à droite et à gauche au- dessus de
Babylone , pour dessecher son lit dans:
la Ville , ou le rendre guéable. Elles al--
loient se décharger de part et d'autre audessous
de la Ville , dans le lit naturel de
l'Euphrate. Il est évident que M. Huet
ne parle point de ces Tranchées , et on
montrera que c'étoit fort loin de- là qu'Alexandre
vouloit faire son Ouvrage.
la
Comme il n'est dit nulle part que cer
Ouvrage fût de rappeller le Fleuve dans son
Lit ; il n'est aussi dit nulle part que le Pays
autour de la Ville eût été inondé , ni
que
tête de la Tranchée eût donné lieu à l'inondation
, pour avoir été mal fermée. Bien plus il
eût fallu , pour causer une inondation ,
que la seconde ouverture au- dessous de
la Ville , eût été bien rebouchée , tandis
que la premiere ne l'étoit pas. Or c'est ce
que le Texte d'Arrien ne permet pas de
croire,non plus que le Texte de Q Curce.
Le premier dit d'abord qu'Alexandre
fit travailler à Babylone , à bâtir un Port
et à construire des Galeres ; il y avoit
* T. 2. P. 231. et 25№
To Vola
donc
2706 MERCURE DE FRANCE
donc une Riviere qui n'étoit autre que
l'Euphrate. Il ajoûte en effet , que pendant
ce travail Alexandre se mit sur l'Euphrate
pour aller , en suivant le cours de
l'eau , voir le Pallacopas.
Le Pallacopas est le Canal dont parle
Arrien, c'est celui où il dit qu'Alexandre
voulut faire travailler. On va voir sa situation
, la nature de l'Ouvrage et le
motif qui le faisoit entreprendre. Ecoutons
cet Auteur.
*
»Le Pallacopas , dit -il , en suivant le
» cours de l'eau , est environ à huit cent
» stades de Babylone , c'est- à- dire , à qua-
» rante lieües au - dessous , et plus de quarante-
six lieuës loin de la tête de la Tranchée
de Cyrus. On voit évidemment la
difference des lieux et la méprise de l'Auteur
moderne , tant en ce qu'il avance ,
qu'en ce qu'il cite Arrien pour son garant.
Arrien dit encore , que » le Pallacopas
» n'est pas une Riviere naturellement
>>> formée par des eaux de source ; mais
» un Canal qu'on avoit fait à l'Euphrate . »
Car ce Fleuve qui vient des Montagnes
d'Armenie , se contient dans son lit pendant
tout l'Hyver , parce qu'il n'y a que
très-peu d'eau ; mais au commencement
du Printemps, et plus encore vers le sols-
* L. 7.
I. Vol.
C. 21
tice
DECEMBRE. 1731. 2707
-
tice d'Eté , il s'enfle prodigieusement ;
desorte qu'au dessous de Babylone ,
surmontant particulierement son bord
Oriental , à cause qu'il est plus bas que
l'autre bord , il inonde le Pays des Assyriens
, et ce sont les neges d'Armenie
qui le grossissent , parce que c'est alors
que la chaleur les fait fondre , et par consequent
elles font déborder l'Euphrate ,
fort loin au-dessous de la Ville , à moins
qu'on ne prévienne cette inondation par
l'ouverture du Pallacopas , qui recevant
les eaux du Fleuve , les laisse aller à quatre-
vingt lieuës loin de là , sur les confins
de l'Arabie , où elles se déchargent
d'abord dans desMares ou dans desEtangs ,
et ensuite dans la Mer par un grand
nombre de souterrains.
Ce récit tout naturel d'Arrien , dissipe
les idées de M. Huet sur l'entreprise furtive
des Arabes , qui pour lors étoient à
plus de 80. lieues de l'Euphrate, et qui en
étoient même séparez par une chaîne de
Montagnes , des Lacs , des Mares , et des
Etangs , que ce Fleuve formoit sur les
confins de leur Pays.
Le même récit fait disparoître les prétendues
contestations de ces Peuples avec
les Assiriens , pour ces Eaux ainsi détournées.
Quel tort pouvoit faire aux derniers
1. Vol. une
2708 MERCURE DE FRANCE
une saignée que les premiers auroient
faite à des Marais , à 8. lieues de l'Euphrate
? On voit disparoître en mêmetemps
la prétendue décision d'Alexandre
en faveur des Assiriens ; mais il faut achever
d'entendre Arrien pour une plus
grande évidence .
» Lorsque les neiges , dit-il , se sont
» écoulées , les Eaux de l'Euphrate sont
»fort basses , et neanmoins elles s'écou
» leroient toutes par l'ouverture du Pallacopas
, si on ne la rebouchoit . On la
rebouche pour donner aux Assyriens ,
» de l'autre côté , le moyen d'arroser leurs
Terres qui ont besoin d'être arrosées .
» Ce soin regardoit les Satrapes de Baby-
>> lone. L'Ouvrage étoit difficile , il de-
" mandoit tous les ans dix milles Ou-
»vriers pendant trois mois entiers.
» Alexandre instruit de tout ce détail ,
» voulut faire plaisir aux Assyriens ; il
>>>résolut de boucher pour toûjours l'an-
» cienne ouverture de ce Canal , si dif-
» ficile à fermer , lorsqu'il en étoit be-
» soin , à cause que cet endroit n'étoit que
» de la terre et du limon ou du sable
»
que l'eau emportoit aisément. Il pour-
» suivit d'abord sa route par le Pallaco-
» pas , jusqu'aux Marais sur les confins
» de l'Arabie ; après quoi étant revenu à
J. Fol
DECEMBRE. 1731. 2709
la tête de ce Canal , et de -là , remon-
»tant vers Babylone , il trouva à la distance
de 30. Stades , c'est -à- dire , d'une
» lieuë et demie , un terrain ferme et pierreux
, et ainsi plus propre à retenir
» l'eau , si on le creusoit. Il voulut donc
» faire en cet endroit une nouvelle ou-
» verture à l'Euphrate , qui seroit très-
» aisée à fermer quand on voudroit , et
>> tirer de - là un nouveau Canal qui iroit
joindre l'ancien Canal du Pallacopas.
Voilà le dessein d'Alexandre , voilà
son motif; c'est tout ce que nous lisons
dans Arrien. Il ne faut donc pas le citer
pour nous faire croire que du temps d'Alexandre
, l'Euphrate avoit déja quitté
son lit , ni lui faire dire que cela étoit
arrivé par l'ouverture du Fossé de Cyrus
, ni qu'elle n'avoit pas été bien fermée
, ni que cette négligence avoit été
cause de l'inondation du Pays , ni enfin
que l'entreprise d'Alexandre fût de faire
rentrer le Fleuve dans son lit. Elle ne consistoit
qu'à fermer l'ancienne Ouverture
du Pallacopas , et à lui en donner une
autre , et elle n'interessoit en rien l'accomplissement
des Propheties.
Il est vrai , que selon les Propheties ,
Babylone avec son Fleuve ne devoit plus
être qu'un Marais : il ne devoit demeurer
I. Vela aucun
2710 MERCURE DE FRANCE
vestige de cette Villes son nom ne devoit
plus exister. Mais cela devoit s'accomplir
par degrez. Du temps de Pausanias , qui
est le temps de l'Empereur Adrien , on
en voyoit encore les murs , mais elle n'étoit
plus que la retraite des bêtes sauvages.
Du temps de Théodoret et de saint
Jerôme , ce Fleuve n'étoit en effet qu'un
Marais ou qu'un très- petit Ruisseau , mais
non pas encore du temps d'Alexandre .
Dês le temps de Cyrus , l'Empire des Babyloniens
fut détruit , et la Race de ses
Rois fut éteinte . Cela conduisoit à la
Ruine de Babylone , qui s'est enfin totalement
accomplie. Aujourd'hui on nomme
encore Babylone ; mais ce que ce nom
a signifié n'existe plus. Ce qu'on appelle
perdre le nom d'un Peuple , c'est détruire
le Peuple même , comme Annibal s'étoi
proposé de perdre le Nom Romain. Ces
vrayes idées des évenemens suffisent à la.
Religion , elle n'a que faire d'imaginations
fausses et mal concertées , et qui
n'ont aucun fondement.
Quint-Curce est d'accord avec Arrien ,
il nous dit formellement que lorsqu'Alexandre
vint à Babyione , l'Euphrate
couloit à l'ordinaire par le milieu de cette
Ville ( 1 ) Euphrates interfluit. Il étoit en-
( 1 ) Liv. s . ch.4. pag. 136. in 12.
1. Vol. .core
DECEMBRE. 1731. 2711.
core alors muni de hauts parapets , pour
en empêcher les débordemens. Et parce que
dans la fonte des Neges , il auroit encore
surmonté ces Parapets, Quinte - Curce observe
qu'autour de tous les grands Ouvrages
de cette Ville , on avoit creusé des
Cavernes et des Lacs fort profonds , pour
y recevoir cette surabondance d'eau , qui
sans cela ,auroit débordé dans la Ville même
, et auroit emporté les Maisons . Ces
Cavernes et ces Lacs étoient revêtus de
brique et recrépis de bitume.
Comment concevoir qu'en faisant , ou
en conservant de tels ouvrages , on eût
négligé de bien fermer la tête du fossé de
Cyrus , s'il étoit vrai qu'elle inondoit tout
le Païs ? Comment Quinte-Curce n'auroitil
pas parlé de ce fossé , comme il parle
de ces Cavernes ; puisque ce fossé , s'il
eût alors subsisté , auroit servi au même
usage ? Comment n'auroit- il pas parlé de
l'inondation de tout le Païs , qui n'eût
été qu'une Mer , puisqu'alors cette inondation
auroit duré depuis plus de deux
cens ans , c'est -à- dire depuis Cyrus ? Il ( 1 ).
avoit occasion d'en parler , lorsqu'il représente
toute la Ville de Babylone , venant
à pied , ou à cheval audevant d'Aléxandre
, comme il parle de l'inonda-
( 1 ) Liv. s . ch. 3. p. 134, in 12.
I. Vel. tion
712 MERCURE DE FRANCE
tion des confins de l'Arabie , par les Eaux
du Pallacopas , à l'occasion du voyage
qu'Alexandre y fit par Eau , parce qu'il
ne l'auroit pû faire autrement. ( r ) Il appelle
alors le Pallacopas , du nom de Riviere
, per amnem Pallacopam ; nouvelle
preuve qu'il ne le prend pas pour le fossé
de Cyrus .
Il y a des Cartes Géographiques qui placent
Babylone sur les Marais , ou au dessous
de l'ouverture du Pallacopas. Cela se
détruit tout seul, après ce que nous avons
dit , et par un trait remarquable , que
nous trouvons encore dans Arrien ; qui
est , qu'Alexandre revenant des confins
de l'Arabie par ces Marais du Pallacopas,
avoit Babylone à gauche , non à la gauche
du Fleuve , mais à sa gauche à luimême.
Or cela ne pouvoit être , si Babylone
eût été au dessous de ce Canal , il
l'auroit euë à sa droite. C'est pourquoi
la Carte de l'Empire Romain, par le Pere
Briet , Jésuite , et celles de l'Asie , selon
Prolomée , placent toutes ce Canal au dessous
, et le font aboutir vers les Montagnes
, qui bornent l'Arabie , d'où l'on
ne peut revenir , sans qu'on ait Babylone
à sa gauche. Et il faut faire cas de l'autorité
d'Arrien , parce qu'il s'est fait un
( 1 ) Liv. 1o. ch. 10. pag. 45.3 et 45˚4.
devoir
DECEMBR E. 1731. 271 3
devoir de suivre Prolomée et Aristobule
dans , les choses où ils sont tous deux
d'accord sur les actions et les entreprises
d'Alexandre.
L'Euphrate se divisoit en deux bras
assez loin au dessus de Babylone. Son bras
Oriental alloit se jetter dans le Tigre, et delà
dans la Mer. L'autre bras , qui est l'Occidental
, passoit à Babylone ; et à quarante
lieues au dessous , il se divisoit encore
en deux par le Pallacopas , qui alloit
dans la Mer , de la maniere que nous l'avons
dit.Il ne faut pas confondre ces deux
divisions de l'Euphrate.
11 ) Quinte- Curce ne donne de tour à
Babylone que 368 stades ; et Vaugelas l'a
suivi . L'Auteur moderne de l'histoire an
cienne lui en donne 480. communément
on fait le stade de 125 pas ; les huit stades
font le mille , et quatre milles font la
grande lieuë. L'Auteur moderne fait le
stade de 104 toises ; les 20 stades , selon
lui , font la lieuë ; ainsi 800 stades font
40
o lieuës.
Voilà ce que nous avions à dire sur les
deux articles proposez , qui sont l'état de
P'Euphrate à Babylone , du temps d'Aléxandre
, et la nature de l'Ouvrage que ce
Prince entreprit de faire faire sur ce Fleu
( x ) Liv. 5.ch. 4.
1.Vola
2,14 MERCURE DE FRANCE
ye. Nous croions que ces veritez que
nous avons établies , ne sont point à née
gliger.
l'Euphrate à Babylone , du temps d'Alexandre
le Grand, et sur l'ouvrage que ce
Prince y vouloitfaire construire pour servir
à une nouvelle Edition de l'Histoire
Ancienne , composée par un Auteur moderne.
'Auteur moderne de l'Histoire Ana
voulu en un endroit de
son Ouvrage , montrer l'accomplissement
des Prédictions des Prophctes contre la
Ville de Babylone et contre l'Euphrate ,
qui la traversoit ; mais dans son zele , qui
est très- loüable , il n'a pas cu toute l'at-
I. Vol.
L'eienne, en un
tention
DECEMBRE 1931. 2751
tention qu'il falloit avoir pour ne pas s'écarter
de la verité ; le zele trompe quelquefois
s
Decipimur specie recti.
Commençons par rapporter sur cet article
les paroles mêmes de cet Auteur ;
nous observerons d'abord ses méprises ,
et ensuite nous les réfuterons .
» Dès le temps d'Alexandre le Grand ,
>> dit- il , le Fleuve , ( c'est à dire l'Eu-
» phrate * ) étoit sorti de son lit ordinai-
» re par l'ouverture que Cyrus avoit fait
»faire au Canal dont nous avons parlé ,
» ( c'est -à- dire, à ses lignes de circonvallation,
p. 231. et 251. ) et qui depuis avoit
» éte mal fermée , et il avoit inondé tout
» le Pays.
Ces paroles contiennent trois faits également
faciles à détruire , 1 ° . Que l'Euphrate
eût alors quitté son lit. 2 ° . Que l'ouverture
faite au Fossé ou à la Tranchée de
Cyrus , eût éré mal fermée. 3 ° . Que tout le
Pays en eût été inondé. Nous avons sur
chacun de ces trois faits de quoi montrer
le contraire par de bonnes preuves ; mais
écoutons l'Auteur qui continue en ces
termes.
>> Ce Prince , dit- il , ( c'est d'Alexandre
dont il parle ) dans le dessein qu'il avoit
* Tom. 2. pag. 258.
J Vol
Av
d'éta
2702 MERCURE DE FRANCE
» d'établir le Siege de son Empire à Ba-
>> bylone , songea à rappeller l'Euphrate
» dans son lit naturel , et l'ouvrage étoit
» déja commencé ; mais Dieu qui veilloit
à l'accomplissement de sa Prophetie ,
>> et qui avoit déclaré qu'il détruiroit jus
» qu'aux restes et aux vestiges de Baby-
» lone , ( Perdam Babylonis nomen et reliquias
, ) dissipa ce projet par la mort
» d'Alexandre , qui arriva peu après .
L'Auteur persevere dans son idée, mais
par deux nouvelles erreurs.La premiere est
que l'Ouvrage que voulut faire Alexandre ,
jut de rappeller l'Euphrate dans son lit , et
il n'en étoit pas sorti . La seconde est , que
Dieu l'empêcha pour l'accomplissement de
ses Propheties , et l'entreprise d'Alexandre
ne les interressoit en aucune sorte..
Avant que de donner sur ces faits ;
comme sur les précedents , les preuves
évidentes qui les détruisent , remarquons
d'abord que l'Auteur dont il est question,
cite à la marge le huitième Livre de l'Histoire
d'Alexandre par Arrien , comme
pour donner un garant d'une partie , au
moins de ce qu'il avance ; mais c'est une
chose certaine , premierement que cette
Histoire d'Arien n'a que sept Livres
et non pas buit ; en second lieu , qu'elle
est absolument contraire au systême de
P'Auteur moderne.
DECEMBRE. 1931. 2793
"
Arrien ne dit point du tout , qu' Al:-
xandre voulût remettre l'Euphrate dans son
lit. Cette idée de l'entreprise d'Alexandre
est une pure imagination d'Isaac Vossius ,
faute de bien prendre le sens d'Arrien.
Aussi Gronovius a-t'il eu soin de le réfuter
, et il l'a fait d'une maniere qui
ne souffre point de replique. Il a aussi
réfuté M. Huet , qui dans son Ouvrage
sur le Paradis Terrestre , avoit copié Vossius.
La même réfutation tombe sur l'Auteur
moderne de l'Histoire Ancienne ,
qui a pris de M. Huet la même idée de
FOuvrage d'Alexandre .
L'Auteur moderne de l'Histoire Ancienne
ne suit pas M. Huet en toutes
choses ; mais lorsqu'il le quitte , il ne
s'égare pas moins que lui. Il croit , par
exemple , que l'entreprise d'Alexandre
ne fut jamais achevée , Dien l'ayant empêché
, à ce qu'il dit , pour l'accomplissement
de ses Propheties ; et M. Huet dit
que cet Ouvrage , qui ne fut point alors
consommé , l'a été depuis. Ce dernier ne
croit donc pas que les Propheties s'y trou
vassent interressées en cela il a raison ;
mais il se trompe , en ce qu'il croit
l'Euphrate fût rappellédans son lit, comme
s'il en fût sorti , ce qui n'étoit pas.
Secondement l'Auteur moderne de
A vj l'His
1. Vol.
que
2704 MERCURE DE FRANCE
l'Histoire Ancienne regarde le Canal ,
dont parle Arrien , * comme le Fossé ou
les tranchées de Cyrus ; et M, Huet le
regarde comme une saignée faite furtivement
à l'Euphrate par les Arabes pour
arroser leurs terres , qui en avoient grand
besoin. Ces deux Auteurs , dans leurs
diverses opinions , ne se trompent pas .
moins l'un que l'autre.
En troisiéme lieu , M. Huet ajoûte qu'en
cela les Arabes avoient à faire aux Assyriens
, qui de l'autre côté de l'Euphrate ,
avoient besoin des mêmes Eaux , et empêchoient
les Arabes de les détourner.
C'étoit , selon lui , une semence de guerre
entre eux qu'Alexandre voulut termi
ner ; et pour le faire à l'avantage des
Assyriens , il entreprit de boucher pour
toûjours cette ouverture furtive .
En cet endroit M. Huet se trompe
dans l'idée qu'il a de l'entreprise d'Alexandre
; il se trompe aussi dans le motif
qu'il lui attribuë , et il ne pense bien
qu'en ce qu'il ne croit pas , comme l'Auteur
moderne de l'Histoire Ancienne
que le Canal où ce Prince voulut faire
travailler , fût le Fossé de Cyrus.
Une démonstration de cela fort aisée :
c'est que les saignées que Cyrus fit faire
* P. 231. 251. et 2580
I. Vol.
DECEMBRE . 1731 . 2705
༡ *
à l'Euphrate , furent des Tranchées autour
de Babylone. L'Auteur moderne de
l'Histoire Ancienne le dit lui - même.
comme on l'a vû , * en quoi il est d'accord
avec Xenophon elles coupoient le
Fleuve à droite et à gauche au- dessus de
Babylone , pour dessecher son lit dans:
la Ville , ou le rendre guéable. Elles al--
loient se décharger de part et d'autre audessous
de la Ville , dans le lit naturel de
l'Euphrate. Il est évident que M. Huet
ne parle point de ces Tranchées , et on
montrera que c'étoit fort loin de- là qu'Alexandre
vouloit faire son Ouvrage.
la
Comme il n'est dit nulle part que cer
Ouvrage fût de rappeller le Fleuve dans son
Lit ; il n'est aussi dit nulle part que le Pays
autour de la Ville eût été inondé , ni
que
tête de la Tranchée eût donné lieu à l'inondation
, pour avoir été mal fermée. Bien plus il
eût fallu , pour causer une inondation ,
que la seconde ouverture au- dessous de
la Ville , eût été bien rebouchée , tandis
que la premiere ne l'étoit pas. Or c'est ce
que le Texte d'Arrien ne permet pas de
croire,non plus que le Texte de Q Curce.
Le premier dit d'abord qu'Alexandre
fit travailler à Babylone , à bâtir un Port
et à construire des Galeres ; il y avoit
* T. 2. P. 231. et 25№
To Vola
donc
2706 MERCURE DE FRANCE
donc une Riviere qui n'étoit autre que
l'Euphrate. Il ajoûte en effet , que pendant
ce travail Alexandre se mit sur l'Euphrate
pour aller , en suivant le cours de
l'eau , voir le Pallacopas.
Le Pallacopas est le Canal dont parle
Arrien, c'est celui où il dit qu'Alexandre
voulut faire travailler. On va voir sa situation
, la nature de l'Ouvrage et le
motif qui le faisoit entreprendre. Ecoutons
cet Auteur.
*
»Le Pallacopas , dit -il , en suivant le
» cours de l'eau , est environ à huit cent
» stades de Babylone , c'est- à- dire , à qua-
» rante lieües au - dessous , et plus de quarante-
six lieuës loin de la tête de la Tranchée
de Cyrus. On voit évidemment la
difference des lieux et la méprise de l'Auteur
moderne , tant en ce qu'il avance ,
qu'en ce qu'il cite Arrien pour son garant.
Arrien dit encore , que » le Pallacopas
» n'est pas une Riviere naturellement
>>> formée par des eaux de source ; mais
» un Canal qu'on avoit fait à l'Euphrate . »
Car ce Fleuve qui vient des Montagnes
d'Armenie , se contient dans son lit pendant
tout l'Hyver , parce qu'il n'y a que
très-peu d'eau ; mais au commencement
du Printemps, et plus encore vers le sols-
* L. 7.
I. Vol.
C. 21
tice
DECEMBRE. 1731. 2707
-
tice d'Eté , il s'enfle prodigieusement ;
desorte qu'au dessous de Babylone ,
surmontant particulierement son bord
Oriental , à cause qu'il est plus bas que
l'autre bord , il inonde le Pays des Assyriens
, et ce sont les neges d'Armenie
qui le grossissent , parce que c'est alors
que la chaleur les fait fondre , et par consequent
elles font déborder l'Euphrate ,
fort loin au-dessous de la Ville , à moins
qu'on ne prévienne cette inondation par
l'ouverture du Pallacopas , qui recevant
les eaux du Fleuve , les laisse aller à quatre-
vingt lieuës loin de là , sur les confins
de l'Arabie , où elles se déchargent
d'abord dans desMares ou dans desEtangs ,
et ensuite dans la Mer par un grand
nombre de souterrains.
Ce récit tout naturel d'Arrien , dissipe
les idées de M. Huet sur l'entreprise furtive
des Arabes , qui pour lors étoient à
plus de 80. lieues de l'Euphrate, et qui en
étoient même séparez par une chaîne de
Montagnes , des Lacs , des Mares , et des
Etangs , que ce Fleuve formoit sur les
confins de leur Pays.
Le même récit fait disparoître les prétendues
contestations de ces Peuples avec
les Assiriens , pour ces Eaux ainsi détournées.
Quel tort pouvoit faire aux derniers
1. Vol. une
2708 MERCURE DE FRANCE
une saignée que les premiers auroient
faite à des Marais , à 8. lieues de l'Euphrate
? On voit disparoître en mêmetemps
la prétendue décision d'Alexandre
en faveur des Assiriens ; mais il faut achever
d'entendre Arrien pour une plus
grande évidence .
» Lorsque les neiges , dit-il , se sont
» écoulées , les Eaux de l'Euphrate sont
»fort basses , et neanmoins elles s'écou
» leroient toutes par l'ouverture du Pallacopas
, si on ne la rebouchoit . On la
rebouche pour donner aux Assyriens ,
» de l'autre côté , le moyen d'arroser leurs
Terres qui ont besoin d'être arrosées .
» Ce soin regardoit les Satrapes de Baby-
>> lone. L'Ouvrage étoit difficile , il de-
" mandoit tous les ans dix milles Ou-
»vriers pendant trois mois entiers.
» Alexandre instruit de tout ce détail ,
» voulut faire plaisir aux Assyriens ; il
>>>résolut de boucher pour toûjours l'an-
» cienne ouverture de ce Canal , si dif-
» ficile à fermer , lorsqu'il en étoit be-
» soin , à cause que cet endroit n'étoit que
» de la terre et du limon ou du sable
»
que l'eau emportoit aisément. Il pour-
» suivit d'abord sa route par le Pallaco-
» pas , jusqu'aux Marais sur les confins
» de l'Arabie ; après quoi étant revenu à
J. Fol
DECEMBRE. 1731. 2709
la tête de ce Canal , et de -là , remon-
»tant vers Babylone , il trouva à la distance
de 30. Stades , c'est -à- dire , d'une
» lieuë et demie , un terrain ferme et pierreux
, et ainsi plus propre à retenir
» l'eau , si on le creusoit. Il voulut donc
» faire en cet endroit une nouvelle ou-
» verture à l'Euphrate , qui seroit très-
» aisée à fermer quand on voudroit , et
>> tirer de - là un nouveau Canal qui iroit
joindre l'ancien Canal du Pallacopas.
Voilà le dessein d'Alexandre , voilà
son motif; c'est tout ce que nous lisons
dans Arrien. Il ne faut donc pas le citer
pour nous faire croire que du temps d'Alexandre
, l'Euphrate avoit déja quitté
son lit , ni lui faire dire que cela étoit
arrivé par l'ouverture du Fossé de Cyrus
, ni qu'elle n'avoit pas été bien fermée
, ni que cette négligence avoit été
cause de l'inondation du Pays , ni enfin
que l'entreprise d'Alexandre fût de faire
rentrer le Fleuve dans son lit. Elle ne consistoit
qu'à fermer l'ancienne Ouverture
du Pallacopas , et à lui en donner une
autre , et elle n'interessoit en rien l'accomplissement
des Propheties.
Il est vrai , que selon les Propheties ,
Babylone avec son Fleuve ne devoit plus
être qu'un Marais : il ne devoit demeurer
I. Vela aucun
2710 MERCURE DE FRANCE
vestige de cette Villes son nom ne devoit
plus exister. Mais cela devoit s'accomplir
par degrez. Du temps de Pausanias , qui
est le temps de l'Empereur Adrien , on
en voyoit encore les murs , mais elle n'étoit
plus que la retraite des bêtes sauvages.
Du temps de Théodoret et de saint
Jerôme , ce Fleuve n'étoit en effet qu'un
Marais ou qu'un très- petit Ruisseau , mais
non pas encore du temps d'Alexandre .
Dês le temps de Cyrus , l'Empire des Babyloniens
fut détruit , et la Race de ses
Rois fut éteinte . Cela conduisoit à la
Ruine de Babylone , qui s'est enfin totalement
accomplie. Aujourd'hui on nomme
encore Babylone ; mais ce que ce nom
a signifié n'existe plus. Ce qu'on appelle
perdre le nom d'un Peuple , c'est détruire
le Peuple même , comme Annibal s'étoi
proposé de perdre le Nom Romain. Ces
vrayes idées des évenemens suffisent à la.
Religion , elle n'a que faire d'imaginations
fausses et mal concertées , et qui
n'ont aucun fondement.
Quint-Curce est d'accord avec Arrien ,
il nous dit formellement que lorsqu'Alexandre
vint à Babyione , l'Euphrate
couloit à l'ordinaire par le milieu de cette
Ville ( 1 ) Euphrates interfluit. Il étoit en-
( 1 ) Liv. s . ch.4. pag. 136. in 12.
1. Vol. .core
DECEMBRE. 1731. 2711.
core alors muni de hauts parapets , pour
en empêcher les débordemens. Et parce que
dans la fonte des Neges , il auroit encore
surmonté ces Parapets, Quinte - Curce observe
qu'autour de tous les grands Ouvrages
de cette Ville , on avoit creusé des
Cavernes et des Lacs fort profonds , pour
y recevoir cette surabondance d'eau , qui
sans cela ,auroit débordé dans la Ville même
, et auroit emporté les Maisons . Ces
Cavernes et ces Lacs étoient revêtus de
brique et recrépis de bitume.
Comment concevoir qu'en faisant , ou
en conservant de tels ouvrages , on eût
négligé de bien fermer la tête du fossé de
Cyrus , s'il étoit vrai qu'elle inondoit tout
le Païs ? Comment Quinte-Curce n'auroitil
pas parlé de ce fossé , comme il parle
de ces Cavernes ; puisque ce fossé , s'il
eût alors subsisté , auroit servi au même
usage ? Comment n'auroit- il pas parlé de
l'inondation de tout le Païs , qui n'eût
été qu'une Mer , puisqu'alors cette inondation
auroit duré depuis plus de deux
cens ans , c'est -à- dire depuis Cyrus ? Il ( 1 ).
avoit occasion d'en parler , lorsqu'il représente
toute la Ville de Babylone , venant
à pied , ou à cheval audevant d'Aléxandre
, comme il parle de l'inonda-
( 1 ) Liv. s . ch. 3. p. 134, in 12.
I. Vel. tion
712 MERCURE DE FRANCE
tion des confins de l'Arabie , par les Eaux
du Pallacopas , à l'occasion du voyage
qu'Alexandre y fit par Eau , parce qu'il
ne l'auroit pû faire autrement. ( r ) Il appelle
alors le Pallacopas , du nom de Riviere
, per amnem Pallacopam ; nouvelle
preuve qu'il ne le prend pas pour le fossé
de Cyrus .
Il y a des Cartes Géographiques qui placent
Babylone sur les Marais , ou au dessous
de l'ouverture du Pallacopas. Cela se
détruit tout seul, après ce que nous avons
dit , et par un trait remarquable , que
nous trouvons encore dans Arrien ; qui
est , qu'Alexandre revenant des confins
de l'Arabie par ces Marais du Pallacopas,
avoit Babylone à gauche , non à la gauche
du Fleuve , mais à sa gauche à luimême.
Or cela ne pouvoit être , si Babylone
eût été au dessous de ce Canal , il
l'auroit euë à sa droite. C'est pourquoi
la Carte de l'Empire Romain, par le Pere
Briet , Jésuite , et celles de l'Asie , selon
Prolomée , placent toutes ce Canal au dessous
, et le font aboutir vers les Montagnes
, qui bornent l'Arabie , d'où l'on
ne peut revenir , sans qu'on ait Babylone
à sa gauche. Et il faut faire cas de l'autorité
d'Arrien , parce qu'il s'est fait un
( 1 ) Liv. 1o. ch. 10. pag. 45.3 et 45˚4.
devoir
DECEMBR E. 1731. 271 3
devoir de suivre Prolomée et Aristobule
dans , les choses où ils sont tous deux
d'accord sur les actions et les entreprises
d'Alexandre.
L'Euphrate se divisoit en deux bras
assez loin au dessus de Babylone. Son bras
Oriental alloit se jetter dans le Tigre, et delà
dans la Mer. L'autre bras , qui est l'Occidental
, passoit à Babylone ; et à quarante
lieues au dessous , il se divisoit encore
en deux par le Pallacopas , qui alloit
dans la Mer , de la maniere que nous l'avons
dit.Il ne faut pas confondre ces deux
divisions de l'Euphrate.
11 ) Quinte- Curce ne donne de tour à
Babylone que 368 stades ; et Vaugelas l'a
suivi . L'Auteur moderne de l'histoire an
cienne lui en donne 480. communément
on fait le stade de 125 pas ; les huit stades
font le mille , et quatre milles font la
grande lieuë. L'Auteur moderne fait le
stade de 104 toises ; les 20 stades , selon
lui , font la lieuë ; ainsi 800 stades font
40
o lieuës.
Voilà ce que nous avions à dire sur les
deux articles proposez , qui sont l'état de
P'Euphrate à Babylone , du temps d'Aléxandre
, et la nature de l'Ouvrage que ce
Prince entreprit de faire faire sur ce Fleu
( x ) Liv. 5.ch. 4.
1.Vola
2,14 MERCURE DE FRANCE
ye. Nous croions que ces veritez que
nous avons établies , ne sont point à née
gliger.
Fermer
Résumé : DISSERTATION sur l'état où étoit l'Euphrate à Babylone, du temps d'Alexandre le Grand, et sur l'ouvrage que ce Prince y vouloit faire construire pour servir à une nouvelle Edition de l'Histoire Ancienne, composée par un Auteur moderne.
La dissertation examine l'état de l'Euphrate à Babylone du temps d'Alexandre le Grand et un projet de construction lié à ce fleuve. Un auteur moderne affirme que l'Euphrate avait quitté son lit à cause d'une ouverture mal fermée dans le canal de Cyrus, inondant ainsi le pays. Cet auteur soutient également qu'Alexandre avait entrepris de ramener le fleuve dans son lit, mais que ce projet fut interrompu par la mort du roi. La dissertation réfute ces affirmations en soulignant plusieurs erreurs factuelles. Premièrement, l'Euphrate n'avait pas quitté son lit. Deuxièmement, l'ouverture du canal de Cyrus n'était pas mal fermée. Troisièmement, le pays n'avait pas été inondé. De plus, l'auteur moderne se trompe en attribuant à Alexandre l'intention de ramener le fleuve dans son lit et en prétendant que Dieu avait empêché ce projet pour accomplir des prophéties. La dissertation cite Arrien, un historien contemporain d'Alexandre, pour montrer que le projet d'Alexandre concernait en réalité le canal du Pallacopas, situé à environ 80 lieues de Babylone. Alexandre voulait boucher l'ancienne ouverture de ce canal et en créer une nouvelle pour mieux contrôler les inondations. Ce projet visait à aider les Assyriens à arroser leurs terres et n'avait aucun lien avec les prophéties concernant la destruction de Babylone. Le texte mentionne également des ouvrages hydrauliques autour de Babylone, tels que des cavernes et des lacs profonds revêtus de brique et de bitume, destinés à gérer l'excès d'eau. Quinte-Curce décrit ces structures et soulève des questions sur la négligence supposée de la tête du fossé de Cyrus. Il est noté qu'Alexandre le Grand a navigué sur le Pallacopas, une rivière, et non sur le fossé de Cyrus. Des cartes géographiques et des descriptions d'Arrien et d'autres historiens sont utilisées pour situer Babylone par rapport au Pallacopas et aux marais environnants. L'Euphrate est décrit comme se divisant en deux bras, l'un oriental se jetant dans le Tigre et l'autre occidental passant par Babylone. Le texte mentionne également les dimensions de Babylone selon différentes sources, avec des variations dans la longueur des stades et des lieues. Enfin, il conclut en affirmant l'importance des vérités établies concernant l'état de l'Euphrate et les ouvrages entrepris par Alexandre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 145
« LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
Début :
LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...]
Mots clefs :
Pompée, Plaisanterie, Empire, Arabes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA VIE & les avantures du petit Pompée, histoire critique, traduite de l'Anglois [...] »
LA VIE & les avantures du petit Pompée,
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
histoire critique, traduite de l'Anglois
par M. Toussaint in- 12. 2 volumes. A
Londres, & se trouve à Paris chez David
jeune.
C'est une plaisanterie, mais c'est la plai-
santerie d'un Philosophe dont nous ren-
drons compte le mois prochain, aussi bien
que du livre qui suit.
Histoire des révolutions de l'Empire des
Arabes, par M. l'Abbé de Marigny, to-
me troisième & quatrième. A Paris chez
Gissey, Bordelet & Ganean. 1751.
Fermer
4
p. 163-168
« HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
Début :
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...]
Mots clefs :
Arabes, Aurangzeb, Prince, François Augier Marigny, Extérieur, Enfants, Habits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE des Révolutions de l'Empire des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny, [...] »
HISTOIRE des Révolutions de l'Empire
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
des Arabes ; par M. l'Abbé de Marigny,
Tom. 3 & 4. A Paris chez Gissey
Bordelei & Ganeau.
Le commencement de l'Ouvrage que
nous annonçons a paru mê liocrement in-
teressant; les Scenes sont plus vives, plus
variées & plus importantes dans les deux
nouveaux volumes qu'on nons donne au-
jourd'hui; le cinquiême & le sixième se-
ront encore plus agréables pour nous
parce que l'Europe, la France même se-
ront le Théâtre d'une grande partie des
évenemens que l'on y lira. LesRévolutions
arrivées dans le Mogol & dans la Perse,
occupent l'Historien dans les deux volu-
mesqu'il vient de publier. LePrince le plus
célebre de ces deux vastes Empires, c'est
Aurengzeb mort en 1707. Voici le por-
trait qu'en fait M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb n avoit rien de grand dans
l'extérieur, son visageétoit sec & déchar-
né, il avoit les yeux vifs, & qui sem-
164 MERCUREDEFRANCE.
bloient percet jusques dans l'intérieur &
ceux qu'il regardoit. Les mouvemens &
son visage laisserent rarement pénétre
les sentimens dont il étoit affecté, soit
de joie ou de tristesse. Une profonde dis-
simulation étoit le point fondamental
de sa politique. Il étoit impénétrable aux
plus claitvoyans, soit dans ses discours,
soit dans sa conduite; tonjours maître de
son extérieur, il ne laissoit point voir ce
qci se passoit dans le fond de son coeur,
& il ne confioit jamais ses pensées à ses
femmes, à ses amis ou à ses enfans. On
loue la régularité de ses moeurs qui
étoient conformes aux principes moraux,
son assiduité aux prices publiques, où
il édifioit les plus religieux; son absti-
nence du vin & des autres plaisirs inno-
cens, dont il ne faisoit aucun usage. Il
parut touiours occupé de ses devoirs,
iors même qu'il n'étoit que Vice-Roi de
Decan. Curieux de s'instruire sut tout ce
qui regardoit le Gouvernement civil ou
militaite, il écoutoit avec pla sir ceux
qui étoient capables de lui donner des
instructions sur ce sujet. Ce Prince étoit
extremement sérieux, parloit peu, & af-
fectoit une modestie extraordinaire, soit
dans ses meubles, ses habits, ou dans ses
équipages; desorte que cet exterieur se-
FEVRIER. 1752.
165
vere, & cette grande simpiicité annon-
çoient plûtôt un Philosophe qu'un grand
Prince. L'ambition cependant étoit le
grand mobile de toutes ses actions, &
Ion peut dire que ce fut cette passion
qui le porta aux plus grands crimes. Tout
ce qui le pouvoit conduire au Thrône
lui parut permis, & les devoirs les plus
sacres ne furent pas capables de l'arrêtet
dans l'exécution de ses desseins. Il ne res-
pectoit ni les jugemens du Public, ni la
Religion même qu'il fit souvent servir
à ses vûes politiques. Il ne du: ses plus
grands succès qu'à ses ruses & à sa fourbe-
rie. Il étoit jaloux du mérite des autres
& de ses enfans même, & leurs succès
lui causoient les plus grands chagrins ;
son coeur étoit inaccessible à la clémence,
à la générosité, & à la reconnoissance;
l'avarice, la mésiance & la cruautéj
trouvoient seulement place. Son génie
étoit vaste, il rassembloit dans un seul
point de vue les projets les plus impor-
tans, & en découvroit en même temps
toutes les difficultés & les différens
movens pour les faire réussir. Le poison,
la séduction, la trahison, &c. etoient,
disoit-il, les moyens les plus prompts &
les plus surs pour se délivrer de ses en-
nemis, & épargner le sang des soldats;
tized by
166 MERCUREDE FRANCE.
son habileté pour l'exécution de ses de-
testables maximes étoit si surprenante,
qu'il étoit presque impossible d'échappe
à ses embûches. Sa pénétration & sa pré-
sence d'esprit dans les circonstances cri-
tiques, etoient si extraordinaires, & ce
Prince étoit si fertile en expédiens, que
le vulgaire s'imaginoit qu'il étoit inspire
par quelque Démon familier.
Enfin cet Empereur neut point de
principes réels de vertu. Ce n'étoit qu'un
hypocrite & un imposteur qui se jouoit
de Dieu & des hommes. S'il étoit frugal
sobre, modeste, religieux, c'étoit plu-
tôt par goût, par humeur, par tempera-
ment que par vertu. Sa santé exigeoit
qu'il vecût avec tempérance & frugalité,
il s'en faisoit honneur devant les hom-
mes, pour avoir occasion de persécuter
ceux qui étoient sujets à l'intempérance,
& aux excès du boire & du manger; lors-
que ses intérêts, sa vengeance, sa ja-
lousie, son avarice ou son ambition exi-
geoient quelques victimes, il coloroit du
prérexte de Religion ou du bien de l'Etat,
la perte ou la disgrace de ses ennemis;
ses amis mêmen en étoient souvent pas
exempts. Aurengzeb sçut par la seule
crainte de son nom maintenir la tranqui-
lité de ses Etats, arrêter les projets de
FEVRIER. 1752. 167
ses fils, les tenir toujours dans la dé-
pendance, & inspirer à ses sujets la
crainte dont il étoit continuellement agi-
té. En un mot ce Prince fut un fils dé-
naturé, un mauvais pere, perfide ami,
ennemi redoutable, infidele, parjure,
cruel, avare, imposteur, détesté de tous
ses sujets & de ses propres enfans.
Pour achever de peindre Aurengzeb,
nous ajouterons un trait, & nous nous
servirons encore des propres termes de
M. l'Abbé de Marigny.
Aurengzeb fit publier dans ses Etats
que tous les Faquirs eussent à se rendre
à un jour marqué dans une plaine qu'il
leur indiqua, afin d'avoir le plaisir de
manger avec eux; après le repas, Au-
rengzeb fit apporter des calaques neuves
qu il avoit fait faire exprès, & en fit pré-
sent d'une à chaque Faquir, ordonnant en
même tems de s'emparer des vieux habits,
& de les metre en un tas. Les Faquirs fi-
rent beaucoup de difficultés pout quitter
leurs haillons & pour accepter un habit.
neuf, mais il fallut obéir. Aurengzeb fit
ensuite brûler toutes ces hardes, & lors-
qu'elles furent brûlées, on trouva quan-
tité d'or & d'argent. Ce Prince n'igno-
roit pas les ruses de ces prétendus moi-
nes: il sçavoit qu'ils recevoient beau-
168 MERCUREDE FRANCE.
coup pat le moyen des aumônes, & qu
cet argent étoit coulu dans les replis d:
leurs habits; c est ce qui l'engagea à s.
rendre maître des vieilles hardes, sous
prétexte qu'il vouloit gratifier les man-
dians d'un habit neuf.
Fermer
5
p. 194
DE CONSTANTINOPLE, le 2. Novembre.
Début :
On est toujours fort occupé à la Porte, de la Guerre contre les [...]
Mots clefs :
Arabes, Rébellion, Troupes, Intervention
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE CONSTANTINOPLE, le 2. Novembre.
DE CONSTANTINOPLE , le 2. Novembre.
ON eft toujours fort occupé à la Porte , de
la Guerre contre les Arabes rebelles . Les Troupes
qu'on a mifes en mouvement contre eux ,
ont déja remporté divers avantages ; & on leur
envoye de nouveaux renforts , pour les mettre
en état d'éteindre plutôr ce feu de rebellion .
ON eft toujours fort occupé à la Porte , de
la Guerre contre les Arabes rebelles . Les Troupes
qu'on a mifes en mouvement contre eux ,
ont déja remporté divers avantages ; & on leur
envoye de nouveaux renforts , pour les mettre
en état d'éteindre plutôr ce feu de rebellion .
Fermer