Voicy
à bon compte ,
le paralelle
que vous m'avez envoyé.
Les Modernes y répondront
; mais vous estes trop
fage & trop piqué pour oublier
les vingt quatre pieces
que vous me promettez.
COMPARAISON
desDiscouirsdeMonsieur
de la Motte & de Madame
Dacier,surlesOu
4 vrages d'Homere.
1. Madame Dacier a Pavantage
de l'érudition. Elle
cite grand nombre d'Auteurs
de differens ficcles qui ont admiré
Homere.Mde la Motte
se donne l'avantage de la raison
; il prétend qu'elle seule
doit decider une chose ou il
s'agit d'esprit & de goust.
Madame Dacier ne veut
pas qu on examine âpres que
rant. de grands hommes ont
décidé en faveur d'Homere,&
&il s'agissoit de Religion,elie
auroit sur M. de laMotte l'avantage
-
que. les Catholiques
ont sur les Novateurs. M. de
la Motte croie qu'il cft. contre
le bon sens d'admirer sur la
foy d'autruy des choses qu'on
ne trouve pas admirables
3. MadameDacier en écrivant
avec beaucoup de vivacité
contre M. de la Morte a perdu
une partie des avantages
que luy donnoit sur son adverfaire
la connoissance qu'elle &
de la langue Grecque. M. de la
Motte par sa modération a repris
sur Madame Dacierles
avantages qu'il perdoit faute
de sçavoir le Grec.
4. Le discours de Madame
Dacier cG: plus simple & plus
naturel. Celuy de M. de la
Motteest plus étudie & micua
travaillé; l'un estchargé de
citations
»
l'autre est rempli de
reftexions.
5. Madame Dacier semble
,
n'avoir deffendu Homere que
parce qu'elle sçait le Grec.
M. de la Motte semble n'attaquer
Homere que parce qu'il
ne sçair pas la langue que es
Poëte parloit. -.
&.Legrand nombre de ceux
qui ne sçavent pas le Grec se
declare pour Madame Daciep.*
Iln'y a qu'un petit nombre de
personnes, dont plusieurs ne sçavent t pas le Grec,qui prennent
le parti deM. de la
Motte. :
- 7. Il est également surpre-
,
nant qu'une Dame prenne le
parti d'Homere & qu'un Académicienentreprenne
de l'at-
- 8. Madame Dacier gagne
moins en dessendant Homere
-
que M. de la Motteneperd en
l'attaquant,l'aigreur qui paroist
répandue dans le discours
de Madame Dacier fait craindre
qu'elle n'ait pas bien soûtenu
une bonne cause; la policeÍfe
du discours de M. de la
Motte fait souhaiter qu'il eue
foûrenu une meilleure caufc
quecelle qu'il a dessenduë.
9. Madame Dacier s'est élevéeaudessus
de son sexe,&en
deffendant Homère elle a plus
fait qu'on ne doit attendre dune
Dame qui n'est point obligée
d'avoir une si grande connoissance
des belles Lettres,ny
de sçavoir le. Grec. M. dela
Motte en attaquant Homere a
fait tort à la réputation qu'il a
d'estre un des grands hommes
de Lettres du Royaume.
10. Homere n'est point admirable
en tout, & Madame
Dacier auroit mieux fait de l'abandonner
en quelques endroits
qu'elle prérend justifier.
Homere nest pas si méprisable
que M. de la Motte semble
l'insinuër, & il l'autoit attaqué
avec plus d'avantages'il
l'avoit plus estimé.
11. La Critique que M. de
la Motte a faite du Poëme
d'Homere ,n'empêchera pas
qu'on ne le life & qu'on ne
l'estime. La réponfc de Madame
Dacier au discours de M.
de la Morte en donne une idée
fort defavaorageufe, mais
aprèslavoirlû,quoy qu'on ne
l'approuve pas en tout, on ne
laide pas d'y trouver de fort
belles choses. Il ne faut donc
ny juger de l'Iliade d'Homere
par ce qu'en dit M. de la Motte
, ny du discours de M. de
la Motte par ce qu'en dit Madame
Dacier.
12.. M. de la Motte a aussi
bien fait le caractere d'Home-
1
re, que s'il lavoit lû en Grec.
13. Madame Dacier a donc
bien traduit ce Poëme,puisque
c'est dans sa traduction que M.
de la Motte a sçu remarquer
ce qui fait son veritable caractere.
14. M. de la Motteengage
adroitement ses Lecteurs à
blâmerHomere. Madame Dacier
par des exemples de la
Sainte Ecriture qu'elle cite canonise , tout ce qu'a dit Homère.
M. de laMotteagitavec
plus d'art, & Madame Dacier
avec plus d'autorité. La prévention
est égale des deux côtez;
tteezz;jIltu'unns'asv'aeuvgelcusgulrelscu:srdleef-sdefsauts
d'Homere,& l'autre sur
ses beautez.
15. M. dela Motte ne donne
pohit assez à la langue Grecque
qu'il n'entend point pour
relever la langue Françoise
qu'il parle si bien. Madame
Dacier donne un peutrop d'avantage
à la langue Grecque
qu'elle entend, sur la langue
Françoise qu'elle parle si bien.
16. La langue Grecque a plus
de force& plus, d'abondance
que la langue Françoise. C'est
la langue d'une Nation polie
qui avoit du goust pour tout,
pour les Arts, pour les Scient
ces, pour les plaisirs.
17. La langue Latine a quel.
que chose de mâle& de ferme;
c'est la langue d'un peuple deftiné
à commander à toute la
terre.
18. La langue Françoise est
aussi douce,aussi nombreuse,
aussi harmonieuse
,
& même
plus naturelle que la Grecque
elle est plus reguliere que la.
Latine, elle n'en a ny lefaste
ny la secheresse.C'est la langue
d'une Nation qui sçait faire
gourer ses maniérés par les
autres peuples, & ils vou-
I
droient tous parler François,
s'ils avoient le choix d'une langue.
19. Le Public ne perd rien
au démêlé de Madame Dacier
avec M. de la Motte. D'un
côté il apprend à ne point rejetter
des sentimens univerTellement
receus pendant plufleurs
siecles par des personnes
d'un grand mérité; & de l'autre
à ne point recevoir sans
examen les préjugez les plus
anciens & les plus autorisez.
20, On voit encore parce
démêléoù conduirent les préjugez,
quand ons'y laissealler.
Madame Dacier par exemple
excuse certains endroits d'Homere
par des choses semblables
qui se trouvent dans l'Ecriture,
comme si l'Ecriture
qui les rapporte les donnoic
pour des choses quipuissent
faire un bel effet dans un Poëme.
M.de la Motte parle de
la langue Françoise par comparaison
à la langue Grecque
qu'il n'entend pas, comme si
1on pouvoit comparer deux
choses dont il y en a une qu'on
ne connoist pas. Il est choque
de certaines métafores & de
certaines comparaisons propres
à la langue Grecque,com- j
me si elles avoient fait naître
dans l'esprit des Grecs les mêmes
idées qu'elles font naître
dans le nôtre.
2.1. Apres tout M. de la Motte
par sa moderation meritoit
que Madame Dacier le traitât
plus doucement, & Madame
Dacier par ses expressions trop
fortes semble avoir donné
droit à M. de la Motte de luy
dire des chosesdesobligeantes,
s'il pouvoir cftre permis- de
manquer de respect aux Dames,
quelques choses qu'elles
fassent.
Onvoit parce paralelle qui
on peut,sans ignorer le Grec;
estimer M. de la Motte autant
qu'ille merite
, & n'estre pas
du sentiment de Madame
Dacier quoy qu'on sçache le
Grec.
ZJbbéde***.