L'Obfervateur françois à Londres ,
Lettres fur l'état préfent de l'Angleterre
, relativement à fes forces , à fon
commerce & à fes moeurs , avec des
notes fur les papiers Anglois & des
remarques hiftoriques , critiques & po.
Fi
124 MERCURE DE FRANCE.
litiques de l'éditeur. A Londres & fe
trouve à Paris , chez Lacombe , rue
Chriſtine , près la rue Dauphine ; Didot
l'aîné , Libraire & Imprimeur , rue
pavée , au coin du quai des Auguf
ting.
Nous avons rendu compte dans le dernier
Mercure du numero premier de cet
ouvrage périodique. Les numeros 2 , 3
& 4 viennent de paroître , & prefentent
le même agrément , le même intérêt , la
même variété. Les Anglois prétendent
que nous n'avons pas de Mufique. Ils
croient en trouver la caufe principale dans
le génie de notre langue & dans la frivolité
de notre goût : cependant , fuivant le
témoignage d'un voyageur Anglois , qui
a vu exécuter à Lyon l'acte de Pygmalion
de M. Rouffeau , on peut faire de
bonne mufique fur des paroles françoiſes .
Selon lui les paroles & la mufique de ce
drame , qui font du même Auteur , font
également fublimes. Ce qui l'a frappé le
plus , eft l'expreffion du premier fentiment
qu'éprouve la ftatue c'eft celui de
fon existence . Dès qu'elle fe touche , elle
s'écrie : c'est moi ! Elle touche fon piedeftal
& dit ce n'eft pas moi ! Pygmalion la
preffe dans fes bras & elle s'écrie : c'eft
NOVEMBRE . 1776. 125
encore moi ! Cette manière naïve de peindre
eft fimple & néanmoins neuve & fublime
.
Un Gentilhomme a offert , pendant la
dernière courfe de chevaux de la Province
d'lorck , trois mille guinées d'un
cheval nommé l'Eclipfe & fa propofition
a été rejetée.
Rameau difoit , ( fans doute en plaifantant
) , qu'il mettroit en mufique , &
avec fuccès , la gazette d'Hollande . Des
membres de la fociété du Bill des droits
fe propofent de faire aujourd'hui la
même chofe en Angleterre . Leur projet
eft de mettre d'abord en vers une lettre
que leur a écrit un des membres les plus
celèbres de cettes fociété ; d'en faire enfuite
une chanfon fur un air très connu ,
afin que l'on puiffe chanter cette fublime
production du patriotifme dans toutes les
occafions intéreffantes .
Trois filous , qui avoient l'air d'honnêtes
gens , arrivèrent il y a quelques jours
dans une hôtellerie à Putney. Toutes les
chambres étoient occupées à l'exception
d'une feule qu'on leur donna . Ils demandèrent
un bol de punch , & pour qu'on
les fervit plus promptement , l'un d'eux
sefta fur l'efcalier & jura qu'aucun do-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
meftique de la maifon n'y pafferoit que
lorfqu'on leur auroit apporté le punch :
tandis qu'on le préparoit , les deux autres
ouvrirent la porte de la chambre où
ils favoient que l'hôteffe ferroit fon argent,
crochetèrent l'armoire où il étoit enfermé
, y prirent environ 300 liv. fterlings
( 6750 liv. tournois ) , burent leur
punch, le payèrent & fortirent de la maifon
, fans qu'on pût fe douter de leur
larcin.
AWorkington , dans le Cumberland,
une mine de charbon ; s'eft tout-à - coup
enflammée & fon explofion à été fi forte
qu'elle s'eft fait entendre à fix lieues . Six
perfonnes y ont perdu la vie , quelquesunes
la vue , & plufieurs ont été bleffées.
Près de Rofneath , belle maifon de
campagne , à l'oueft d'un lac d'eau falée ,
qui fe perd dans la rivière de Clyde , à .
dix - fept milles au- deffous de Glafcow
il y a un écho très fingulier. Ce lac eft
environné de collines , dont quelques
unes font des rochers arides : les autres
font couvertes de bois . Quelques perfonnes
curieufes d'entendre l'écho célèbre
qui fe trouve dans ce lieu fauvage , y ont
mené unhomme qui fonnoit parfaitement
de la trompette il s'eft placé fur une poinNOVEMBRE.
1770. 127
te de terre , que l'eau laiffe à découvert ,
& s'étant retourné du coté du nord , il a
fonné un air & s'eft arrêté :auffitôt un écho
a repris l'air qu'il a répété très - diftin &tement
& très-fidélement , mais d'un ton
plus bas que la trompette. Quand cet écho
a ceffé , un autre écho ,d'un ton encore plus
bas , a répété le même air avec la même
exactitude : ce fecond a été fuivi d'un troifième
qui a été auffi fidèle que les deux autres
, à l'exception du ton qui étoit , à
l'égard du fecond , ce que celui- ci étoit
à l'égard du premier ; & l'on n'a plus rien
entendu . On a répété plufieursfois la même
expérience qui a toujours été également
heureuſe .
L'Obfervateur continue de nous faire
connoître les moeurs des Anglois , leurs
loix , leurs ufages , leur caractère , leurs
forces , leur génie , leurs finances , leur
littérature , leur commerce enfin ce
qui conftitue la Nation Angloife dans le
moral , le physique & le politique ; mais
il faut voir tout ceci dans l'ouvrage même
auffi inftructif qu'amufant.