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1
p. 175-184
TRADUCTION De la Lettre écrite à son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur du Roy Catholique, auprés du Roy Trés-Chrêtien, par Monsieur le Marquis Grimaldo, premier Secretaire d'Etat & des Depêches universelles de Sa Majesté Catholique.
Début :
Monsieur, Vôtre Excellence aura sans doute été surprise [...]
Mots clefs :
Armes, Conquête, Sardaigne, Armée navale, Roi catholique, Gloire, Sultan, Paix, Alliés, Officiers, Sédition, Traités, Tranquillité publique, Royaume, Ministère, Blessures , Nation espagnole, Prudence, Archiduc
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION De la Lettre écrite à son Excellence Monsieur le Prince de Chelamar, Ambassadeur du Roy Catholique, auprés du Roy Trés-Chrêtien, par Monsieur le Marquis Grimaldo, premier Secretaire d'Etat & des Depêches universelles de Sa Majesté Catholique.
TRADUCTION
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
De la Lettre écrite à Son Excellence
Monfieur le Prince de Chelamar
Ambaffadeurdu Roy Catholique , auprés
du Roy Trés- Chrêtien , par Monfieur
le Marquis Grimaldo , premier
Secretaire d'État & des Dépêches univerfelles
de Sa Majeftè Catholique.
MONSIEUR ,
VOTRE Excellence aura fans doute
été furpriſe , à la premiere nouvelle que
les Armes du Roy nôtre Maître alloient
être employées à la Conquête de la Sárdaigne
, dans le temps que tout le monde
étoit perfuadé , & que toute la Chrétienté
fe promettoit qu'elles alloient
renforcer l'Armée Navale des Chrétiens
qui agit contre les Turcs , & enfuite
des offres que Sa Majesté pouffée
par les fentimens de fa Religion &
de fon coeur , en avoit fait faire au Pape
. Je vous auouerai , Monfieur , que
Piiij
176
LE
MERCURE
je ne m'attendois pas encore fitôt à cette
deftination des Armes du Roy. L'ent
ploi que j'ai l'honneur d'exercer , me
donnant de fréquentes occafions d'approcher
de fa Perfonne ; je dois , ce
femble , connoître mieux que beaucoup
d'autres , fa juftice , fa droiture , la religion
avec laquelle il obferve fa parole
, la délicateffe de fa confcience ; en
fin fa grandeur de courage à l'épreuve
des adverfitez les plus durables ; qualitez
qui le rendent fi digne d'être le fucceffeur
de ces Princes , qui par leur piété,
ont merité d'être mis au nombre des
Saints , & d'avoir le Titre particulier de
Rois Catholiques.
En effet , qui peut ne point être étonné
d'abord , qu'un Prince , dont le
monde vante les vertus , & qu'il reconnoît
pour être incapable de facrifier
jamais la juftice à fa gloire , commence
les premieres hoftilitez contre l'Archiduc
actuellement en guerre ouverte
avec le Sultan des Turcs ; & dans
un temps où les Côtes de l'Etat Ecclefiaftique
paroiffent expofées à fes invafions
? Mais , un peu de reflexion fur
cette conduite , fait bientôt comprendre
qu'un tel deffein n'a pas été formé fans.
D'OCTOBRE. 177
7
un motifimportant qui 'rendoit l'entreprife
abfolument néceſſaire.
Aprés avoir longtemps gardé un profond
filence fur ce fujet , Sa Majesté a
enfin daigné nie faire part d'elle-même ,
des caufes & des motifs de fa réfolution
; & Elle m'a en même temps ordonné
d'en informer Vôtre Excellence :
C'est ce que je vais faire auffi fuccinctement
que l'importance de la matiere le
permet.
Les Perfonnes qui firent le Plan de
la derniere Paix , ayant crû que pour
y parvenir , il falloit que le Roy nôtre .
Maître cedât une partie de fes Etats ,
il a bien voulu faire ce facrifice
> pour
parvenir au rétabliffement de la tranquillité
dans la focieté des Nations. Sa
Majefté eft entrée dans les mefures qu'elles
avoient prifes , avec fa grandeur
d'ame ordinaire , fe flattant que du
moins les Traitez feroient exécutez , &
que fes Peuples , dont les malheurs le
touchoient plus que fes propres difgraces
, jouiroient en repos de la gloire due
à leurs vertus .
•
Mais , aprés avoir cedé le Royaume
de Sicile , pour obtenir l'évacuation de
la Catalogne & de Mayorque , afin de
178 LE MERCURE
procurer à l'Espagne la tranquillité qu'il
vouloit bien acheter pour elle à ce prix ,
il reconnut bientôt qu'il n'avoit pas
traité avec des Puiffances auffi jalouſes
que lui , d'accomplir leurs engagemens.
Ceux qui devoient évacuer la Catalogne
, cacherent long- tems les ordres
qu'ils en avoient reçûs. Ce ne furent
pas leurs leurs Superieurs qui les contraignirent
à les montrer , mais leurs Alliez
qui les obligerent à feindre du moins de
vouloir exécuter les Traitez . Ce
qui
donna lieu au Roy nôtre Maître de demander
qu'on lui remît les Places qui
devoient lui être renduës . Rien n'étoit
plus facile aux Officiers de l'Archiduc
que de les configner à ceux du Roy ,
fuivant la forme en ufage entre les
Puiffances , lorfqu'elles ont promis de
rendre quelque Place ; en fe fervant
dans le Traité des mêmes termes dont
on s'étoit fervi pour ftipuler que les Places
de Catalogne feroient remiſes au
Roy. Mais , ces Officiers manquans à
leur parole , & violans la foy que l'on
garde à fes ennemis , fe contenterent de
retirer leurs Troupes ; & ils firent même
efperer aux Catalans qu'ils reviendroient
bientôt avec d'autresforces , foD'OCTOBRE.
179
mentans ainfi la déloyauté des Seditieux
, & les encourageans à une reſiftance
opiniâtre. Afin que la refiftance
des Rebelles für plus longue & plus deshonorable
aux Armes du Roy , les Généraux
de l'Archiduc leur enflerent encore
le courage , en leur donnant tous
les moyens poffibles de la prolonger. Ils
permirent que les Cavaliers , avant que
de s'embarquer , laiffaffent leurs chevaux
aux plus mutins , & même ils voulurent
leur livrer la Place d'Oftalric ,
que le Roy avoit eu la condeſcendance
d'accorder aux Troupes de l'Archiduc ,
comme une derniere retraite , pour y demeurer
enfûreté jufqu'à leur embarquement
. Cette infraction des Traitez , cette
infulte faite à la foy publique , a fait
fouffrir de nouveaux malheurs à l'Efpague
, en la jettant dans la néceffité de
faire encore des dépenfes immenfes ,
lorfqu'elle fe voyoit déja fort épuifée par
celles des Campagnes précedentes . Ces
dépenfes auroient été moins onéreufes
& plus honorables , fi elles s'étoient faites
dans une continuation de guerre.
La paffion du Roy pour le rétabliffement
de la tranquillité publique , lui fic
diffimuler cet outrage , auffi bien que
180 LE MERCURE
les fecours continuels que les Révoltez
recevoient du Royaume de Naples , leſquels
entretenoient leur audace. Sa Majefté
voulut bien encore acheter , pour
ainfi dire , une feconde fois le repos de
fes Sujets , en recouvrant pied à pied
fes propres Domaines : Mais , il cbferva
toujours la paix avec ceux qui lui faifoient
la guerre fous les étendarts des
Rebelles , Il lui auroit été plus facile de
combattie les Troupes de l'Archiduc
dans les propres Etats de ce Prince , s'il
avoit voulu y porter la guerre , qu'on
lui donnoit un jufte fujet de declarer.
Les autres conditions du Traité ne
furent pas plus religieufement exécutées.
Il cf vray que les Cénéraux de
P'Archiduc délivrerent des ordres adref
fez à ceux qui commandoient pour ce
Prince à Mayor que , de remettre l'ifle
aux Officiers du Roy. Mais, ceux de
I'A chiduc differerent toûjours de les
exécuter ; & une preuve qu'en cela ils
ne defobéiffoient point à la volonté de
leurs Superieurs , c'eft que peu aprés , ils
reçûrent un renfort de Troupes Allemandes.
Ainfi l'Eſpagne fe vit forcée à
faire de nouveaux armemens de Terre
& de Mer , & il fallut qu'elle conquît
D'OCTOBRE 181
Mayorque qui devoit lui être remife
par le Traité.
On ne s'eft pas même borné à des
manquemens de foy fi authentiques &
fi fcandaleux . Le Miniftere de Vienne
les a avouez par plufieurs démonftrations
publiques , comme par les récompenfes
qu'il a données aux Seditieux , en
diftinguant par des bienfaits plus confiderables
, ceux des Révoltez qui s'étoient
diftinguez par les plus grands crimes;
& en fe déclarant ainfi l'Auteur
de tous les excés où le font portez ces
malheureux.
Voilà une partie des juftes motifs que
le Roy nôtre Maître avoit de reprendre
les armes , lorfque la guerre que l'Archiduc
déclara l'année derniere au Sultan
des Turcs , fournit à Sa Majesté
une fi belle occafion de recouvrer par
la voye d'une réprefaille legitime , les
Etats qu'Elle a perdus. Au lieu de profiter
des conjonctures , non feulement
elle voulut bien s'engager à ne point
troubler l'Italie , mais facrifiant encore
fes propres interêts , elle contribua par
voye de diverfion anx Corquêtes de fon
Ennemi . Elle renforce par une puffante
Efcadre,PArmic Nyle des Venitiens ,
182 LE MERCURE
les Alliez de l'Archiduc , & dont les
efforts affoibliffoient le même Ennemi
que ce Prince attaquoit .
Le Roy penfoit qu'un procédé fi honorable
engageroit l'Archiduc , finon à
faire la paix avec lui , du moins à garder
à fon égard les mefures que gardent l'un
envers l'autre les Généraux de deux
Armées prêtes à donner bataille . Mais ,
ce Prince n'a pasjugé à propos de fe foumettre
à ces bienféances . L'Allemagne ,
l'Italie & les Pays - Bas viennent de
voir des Declarations injurieufes â la
Couronne & à la Perfonne du Roy . La
Cour de Vienne s'eft même oubliée ,
jufqu'à faire arrêter prifonnier le Grand
Inquifiteur d'Espagne , qui paffoit par
Milan avec un Paffeport du Pape , que
Sa Sainteté lui avoit donné du confentement
exprés du Cardinal de Schrotembach
, qui eft chargé auprés d'elle
des affaires de cette Cour.
Ce dernier coup a fait r'ouvrir les
premieres bleffures , & a obligé le Roy
nôtre Maître à faire les plus ferieufes
reflexions fur l'obligation où font les
Souverains de fe reffentir des injures
faites à leur Couronne , dont l'impunité
avilit la Majefté Royale , en faisant
D'OCTOBRE. 183
regarder les Princes qui fouffrent avec
indolence de pareils outrages , comme
des Maîtres incapables de défendre,
l'honneur & les biens de leurs Sujets.
Il a fait encore reflexion que la Cour,
de Vienne a voulu fe prévaloir de ces
manquemens,pour aliener de lui l'efprit
d'une Nation auffi fenfible fur le point
d'honneur que l'eft la Nation Efpagnol
le ; en donnant à croire à fes Sujets que.
leur gloire étoit bleffée par les affronts
& par les outrages qui le faifoient impunément
à leur Chef & à leur Souverain
›
Des confiderations d'un fi grand poids.
ont fufpendu pour quelque tems les effets
du zele & de la religion du Roy ,
en l'obligeant d'employerfes forces àfaire
de juftes réprefailles pour les outrages
qu'il a reçûs de la part de l'Archiduc
, avant que de les faire paffer une
feconde fois au fecours des Alliez de ce
Prince.
La prudence confommée de Vôtre
Excellence lui aura déja fait affez concevoir
qu'il ne falloit pas un motif moins
important, pour retarder les fecours dont
le Roy veut continuer d'aider la caufe
de la Religion , pour laquelle il eft toû184
LE MERCURE
jours plein du zele , dont il a donné des
preuves fi éclatantes dans fon accommodement
avec la Cour de Rome . Le
Roy lui-même en eft trés - affligé ; & je
puis vous affurer que je vois auffi avec
douleur , qu'une entrepriſe fi jufte retienne
pour un temps les fecours que le
Pape fouhaiteroit de voir unis à l'Armée
Chrétienne.Sa Sainteté n'auroit pas
vu reculer l'accompliffement de fes defirs
, fi les Miniftres d'un auffi grand
Prince que l'Archiduc , avoient fçû
mieux ménager les véritables interêts
de leur Maître , & ne pas expofer fa
Perfonne & fes affaires aux mauvais difcours
& aux inconveniens qui font les
fuites néceffaires de la mauvaiſe foy.
Je prie Dieu , Monfieur , qu'il conferve
vôtre Excellence auffi long-tems
que je le defire.
A Madrid le 9. Aoust
1717.
Signè , Le Marquis de
GRIMALDO.
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