Dans le tems que j'étois le
plus intrigué pour découvrir des
nouvelles, dont les Gazettes ne
fe
MERCURE. 225
fe fuffent pas encore emparées ,
j'ai été affez heureux que de recevoir
un pacquet d'une main
étrangere, qui m'a tout- à- fait tiré
de l'inquiétude où j'étois fur
cet article. Aprés avoir parcouru
tout ce qu'il contenoit , il
m'a paru, que l'obligeant incon
nu étoit au fait de tout ce qui fe
paffoit de plus nouveau ; &
que le choix qu'il en a fait , ne
déplairoit pas. C'est ce qui m'a
fixé à rendre public ce qu'il m'à
adreffé .
Vous me faites pitié , mon
pauvre Mercure , & cette pitié
fait que quelque inconnu que je
vous fois, j'entre cependant dans
l'embarras où je foupçonne que
Fanvier 1717.
X
226 LE NOUVEAU
de
vous vous trouvez par rapport
au peu de tems qui vous refte
pour la compofition de votre
Recueil. Je fuppoſe par avance
que vous ne manquez pas
Pieces Litteraires,mais je crains
fort qu'il n'en foit pas de même
de ce que l'on appelle Nouvelles.
Il faudroit pour cela s'être
preparé de longuemain des correfpondances
& s'être deftiné
en quelque façon à un commerce
mutuel de Relations dans
toutes les Cours de l'Europe ;
ç'aura étéaparemmentvôtre premiere
attention , enattendant que
ces fources coulent jufqu'à vous ;
nevous tiendricz vous pas obligé
envers une perfonne qui vous
délivreroit en partie de cette
MERCURE . 227
rech erche . Sans doute , me direz-
vous . Eh bien , voilà votre
Nouvelifte tout trouvé ? puifque
c'eft moi- même qui veut vous
épargner ce travail & vous dégager
envers le Public de la né
ceffité où vous êtes de le fatis
faire fur ce point.
J'avois d'abord eu deffein de
rapporter les faits dans l'ordre
qu'ils fe préfenteroient à ma
memoire , mais j'ai jugé à pro
pos de féparer les évenemens étrangers
d'avec ceux de la Cour
& de la Ville . J'ai même divifé
chaque matiere par autant d'arricles
, afin que l'on pût cho fir
celle qui agréeroit davantage.
J'ai été tenté plufieurs fois d appliquerdes
Reflexions à l'Hifto-
Xij
228 LE NOUVEAU
rique ; cependant tout bien examiné
, j'ai cru qu'il valloit
mieux abandonner cette partie
à fon Lecteurs que ce feroit gêner
fes vûës fur les conféquences
qu'il pourroit tirer lui même
; contentés vous de lui préfenter
nettement , tout ce que
vous lui décrirés en détail ; il
fera bien le refte fans vous .
Il me reste préfentement une
petite difficulté fur le triage
que vous ferés des nouvelles ,
Car quelque bien informé que
vous foyés , il vous fera prefqu'
impoffible de ne point répeter
les Gazettes en bien des endroits
; les faits ne'varient point,
cela est vrai , mais par où vo- eſt
vre Livre doit primer ſur elles ;
MERCURE. 229
>
c'eft que les Gazettes ne donnans
les nouvelles que par parties
interrompuës , il vous eft
permis de lier ces parties les
unes aux autres -& d'en faire
un tout qui enchaîné par
de nouvelles circonftances , ne
fera pas indifférent; femblable à
ces Hiftoires du tems
quoique formées fur différents
Mémoires que l'on a lû , ne
laiffent pas de faire un nouveau
plaifir par le mérite de l'arangement
que l'Auteur y a
mis .
qui
Voilà Mr bien des libertés pour
un inconnu ; j'efpére que vous
me les pafferés en faveur de mes
bonnes intentions ; d'ailleurs
n'êtes- vous pas le maître d'y
Xiij
230 LE NOUVEAU
apporter telle modification que
-vous le jugerés à propos , c'eft
votre affaire , & la mienne de
tenir ma parole.