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1
p. 1407-1415
MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
Début :
Voicy l'Extrait que nous avons promis de cette Piece, représentée depuis [...]
Mots clefs :
Marie Stuart, Reine Élisabeth, Duc de Norfolk, Palais, Amant, Entendre, Ministre, Coeur, Juges, Pièce
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texteReconnaissance textuelle : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
MARIE STUART , Reine d'Ecosse ,
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
Tragédie de M. * * * .
VoOicy l'Extrait que nous avons promis
de cette Piece , représentée depuis
peu au Théatre François.
ACTERS.
Elisabeth, Reine d'Angleterre. La Dlle de
Balicourt.
Marie Stuatd , Reine d'Ecosse , La Dlle
11. Vol.
du Fresne.
Le
1408 MERCURE DE FRANCE
Le Duc de Norfolck ,
Dudley , Comte
le Sr Dufresne.
le Sr Grandval.
Lle S.Sarrazin
de
Leycestre,
d'Elisabeth' Ministres
S
Cecil ,
Heliton , l'un des Principaux Officiers
du Palais , ami du Duc de Norfolck
le Sr le Grand
Monros , Ami d'Helton , le Sr Dubreuil.
Chelsey, Confidente d'Elizabeth, la Dlle
Fouvenot.
Un Officier des Gardes d'Elizabeth , le Sr
Un Garde ,
de la 7 horilliere.
le Sr d'Angeville , jeune.
La Scene est à Londres dans une Sale
'du Palais d'Elizabeth.
>
Quoique cette Tragédie dont l'Auteur
ne s'est pas encore fait connoître , n'ait
pas eu beaucoup de succès , on n'a pas
laissé de rendre justice à la plume dont
elle est sortie. On en a trouvé la versification
noble soutenue et élegante.
On n'a pas été , à beaucoup près , aussi
content de l'action Theatrale , non plus
que des caractéres ; celui d'Elizabeth a
été mieux rendu que tous les autres . Au
reste , comme les Représentations n'en
ont pas été assez nombreuses , nous
n'avons pû retenir l'ordre de la Piéce
Scene par Scene : ainsi nous esperons que
II. Vol. le
JUIN 1734. 1409
le Public voudra bien nous excuser , si
nous ne faisons pas un détail assez exact
de ce Poëme .
Il commence par une Scene déliberative
entre Elizabeth et ses deux Ministres ,
et Cecil. La Reine expose les raisons qui
la portent à les consulter. Il s'agit de faire
périr Marie Stuard , son ennemie et sa
prisonniere , ou de la renvoyer à son
Royaume d'Ecosse. Dudley amoureux de
cette Reine opprimée , opine pour son
rétablissement sur le Trône , et Cecil fait
entendre qu'il importe à la Reine d'Angleterre
de perdre une si redoutable Rivale
; Elizabeth se rend en apparence au
Conseil de Dudley , et lui ordonne d'aller
délivrer Marie Stuard. A peine ce Ministre
est-il sorti pour aller exécuter sa
commission , que Cecil , pour se vanger
de ce qu'il l'a emporté sur lui , ou pour
d'autres interêts qu'il n'explique pas ,
fait entendre à Elizabeth que Dudley a
moins parlé en Ministre, qu'en Amant de
Marie Stuard , quand il a pris si hautement
şon parti. Elizabeth qui aime secretement
Dudley , et qui a trop de fierté
pour ne s'en croire pas aimée , est mortellement
frappée de la double infidelité
qu'on lui fait ; elle se détermine dans un
monologue à approfondir cette fatale dé-
G.Y Avant couverte.
1410 MERCURE DE FRANCE
que
Avant Marie Stuard eut été mise
en liberré , il y a apparence que le Duc
de Norfolck , son Partisan et son Amant
déclaré , avoit conspiré pour la tirer de
prison à force ouverte. Il est introduit
secretement par Helton son ami , et l'un
des principaux Officiers du Palais dans
un Appartement des moins fréquentez.
Marie Stuard est agréablement surprise
de le trouver au sortir de sa prison , mais,
à ce premier mouvement de joye succede
un sentiment de vertu , quand elle apprend
que le Duc ne parle pas moins
que de déthrôner Elizabeth et de la faire
périr. Norfolck ne peut s'empêcher d'admirer
la noblesse du coeur d'une si illustre
Amante ; il lui promet de ne s'attacher
uniquement qu'à la rendre à ses sujets
et à la rétablir sur le Trône paternel ; il
la quitte pour aller mettre la derniere
main à un projet si glorieux.
Dudley instruit de la conjuration de
Norfolck par un perfide Ami à qui ce
Duc s'est inprudemment confié , veut
tirer parti de ce secret , pour s'insinuer
dans les bonnes graces de Marie Stuard
qu'il aime , comme nous l'avons déja fait
remarquer il lui fait valoir les services
qu'il lui a déja rendus et ceux qu'il peut
encore lui rendre. Marie Stuard qui le
11 Vol
Croir
JUIN. 1734. 1411
que,
croit dans les interêts d'Elizabeth , dont
il est Ministre , se défie de lui ; Dudley
lui proteste qu'il est entierement à elle ,
quoique Ministre de sa Rivale ; Marie
Stuard toujours plus défiante, lui dit
soit qu'il trahisse Elizabeth , soit qu'il
vueille la tromper elle - même, il est ég lement
coupable : Dudley lui répond qu'il ne
peut mieux prouver son innocence que
par l'aveu d'un crime qu'elle a ignoré
jusqu'à ce jour , et ce crime s'explique
par une déclaration d'amour ; M Stuard
prend cette déclaration pour un dernier
pige qu'il lui tend par l'ordre d'Eli
Zabeth ; par malheur Elizabeth atrive
dans ce premier mouvement de colere
et de défiance . M. Stuard lui fait entendre
qu'elle a découvert son artifice et
qu'elle ne doute point que Dudley , qui
a porté l'audace jusqu'à lui parlerd'amour,
ne l'ait fait, pour la faire expliquer avec
plus d'ouverture de coeur.
M. Stuard s'étant retirée avec assez de
hauteur ; Elizabeth éclate contre Dudley
dont elle s'est toujours crûe aimée ; Dudley
a recours à l'artifice , et répond à
Elizabeth que c'est uniquement pour
mieux sonder le coeur de M. Stuard qu'il
lui a parlé d'amour ; Elizabeth le congédie
sans lui faire l'honneur de le croire..
IL Vol.
Gvj Elle:
1412 MERCURE DE FRANCE
Elle est plus indignée contre Dudley
comme sujet perfide , que comme Amant
infidele ; son coeur se tourne tout entier
du côté de l'ambition et paroît craindre
beaucoup plus de perdre le Trône, qu'un
coeur si peu digne d'elle.
Dans l'Acte suivant , Dudley fait une
seconde tentative auprès de M. Stuard ;
il est plus précisement instruit des démarches
du Duc de Norfolck , par le
même traître qui s'est déja ouvert à lui
il dit à M. Stuard qu'il ne tient
qu'à lui de perdre son Rival qu'il
ne tient qu'à elle de se sauver elle même,
en acceptant ses services ; M. Stuard
emportée par son amour,lui répond, que
la premiere loi qu'elle lui impose c'est de
sauver Norfolck ; Dudley frémit à cette
proposition et se retire , la menace à la
bouche ; il ne tarde pas à consommer sa
trahison ; Elizabeth ne le reconnoît que
trop à l'arrivée de Cecil : Ce Ministre
dont on a parlé dans la premiere Scene ,
Jui fait entendre qu'on vient de lui dire
que le Duc de Norfolck a de l'intelligence
dans le Palais et qu'il va en instruire Elizabeth.
M. Stuard l'arrête , et croit ne
pouvoir mieux sauver son Amant qu'en
s'accusant elle- même. Cecil , au comble
de ses voeux , va tout dire à Elizabeth ;
II. Vola M.
JUIN. 1734- 1413
M. Stuard en est dans la consternation .
Pour surcroît de malheur elle voit approcher
le Duc ; elle frémit du peril où
il est exposé : elle lui apprend qu'on sçait
tout ; et qu'il a été trahi par quelqu'un
des conjurez ; elle lui ordonne de sortir
du Palais ; Norfolck vent perir avec elle;
mais elle l'oblige enfin de sortir , après lui
avoir dit que sa qualité de Reine met sa
vie en seureté .
Voilà le noeud de la Piéce arrivé à son
plus haut point , tout ce qui suit s'achemine
à grand pas à un dénouement des
plus funestes pour l'un et pour l'autre.
Amant.
Chelsey Confidente d'Elizabeth , ouvre
la Scene du quatrième Acte avec Marie
Stuard elle lui fait entendre que la
Reine sa maîtresse est toute disposée à
la recevoir entre ses bras , poutvû qu'elle.
vucille bien s'y jetter ; elle ajoute que
c'est le seul azile qui lui reste contre ses
juges, qui vont s'assembler pour lui faire.
son Procès ; au nom de Juge, M. Stuard
ne peut se contenir ; elle ne reconnoît
point de Tribunal qui puisse interroger
une Reine , encore moins la condamner;
elle consent cependant à voir Elizabeth :
cette derniere vient , et après un préam
bule d'indulgence et mênie de tendresse ;
11. Vol.
elle
1414 MERCURE DE FRANCE
elle fait un détail de tous les crimes dont
elle prétend que M. Stuard s'est noircie.
On a trouvé cette Scene très - belle , à la
longueur près ; M. Stuard ,sans répondre
d'une maniere détaillée à chaque chef
d'accusation , nie tout et parle avec tant
d'aigreur à Elizabeth , qu'elle l'oblige à
lui répondre sur le même ton et à se retirer
dans le dessein de lui faire subir le
honteux interrogatoire dont on l'a déja
menacée. Cecil vient l'avertir qu'il est
tems qu'elle paroisse devant ses Juges ;
il veut même lui donner des conseils ;
elle lui ferme la bouche et lui dit en sortant
que ses indignes Juges ne soutiendront
pas un seul de ses regards.
Marie Stuard ayant comparu devant le
Tribunal qu'elle a meprisé , et en ayant
été renvoyée par Cecil , qui a craint que
sa présence n'imposât à ses Juges, apprend
par des avis confus que le Duc de Norfolck
a déja subi l'arrêt de mort qui a
été prononcé contre lui ; elle ne songe
plus qu'à le suivre au tombeau . Monros
ami d'Helton , dont on a déja parlé
comme entierement attaché aux interêts
de Norfolck , vient lui donner une fausse
joye ; il lui dir que le Duc suivi d'une
nombreuse et vaillante escorte ,
vers le Palais d'une maniere à faire trem-
11. Vol. bier
JUIN. 1734. 1419
à se
bler et ses Juges et la Reine même ;
M. Stuard en rend graces au Ciel et se
livre à la douceur de l'espérance ; mais
Helton qui arrive un moment après , la
replonge dans le désespoir , par le funeste
récit qu'il lui fait de la mort de
Norfolck , qui s'est percé le sein sur la
fausse nouvelle qu'on lui a donnée que
sa chereReine venoit de perdre la vie sur
un échafaut : on vient avertir M. Stuard
qu'il est tems d'exécuter l'arrêt de sa
condamnation . Elle ne balance pas
résoudre à la mort pour ne pas survivreà
son Amant. Au reste dans les deux
premieres Représentations on fiitoit reparoître
Elizabeth , résolue en apparen
ce à révoquer Parrêt prononcé contre
M. Stuard , qu'elle traite de soeur dans
tout le cours de la Piéce ; mais cette fin
de Tragédie ayant paru trop ressemblanteaux
dernieres Scenes du Comte d'Essex ,
on a jugé à propos de retrancher une
imitation qui avoit indisposé la plupart
des Spectateurs.
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Résumé : MARIE STUART, Reine d'Ecosse, Tragédie de M. ***.
La pièce 'Marie Stuart, Reine d'Écosse' est une tragédie jouée au Théâtre Français. Elle met en scène Élisabeth, Reine d'Angleterre, et Marie Stuart, Reine d'Écosse, détenue par Élisabeth. Les personnages clés incluent Dudley, Comte de Leicester, Cecil, et le Duc de Norfolk, tous impliqués dans des intrigues politiques et amoureuses. L'intrigue commence par une délibération entre Élisabeth et ses ministres sur le sort de Marie Stuart. Dudley, amoureux de Marie Stuart, plaide pour sa libération, tandis que Cecil suggère son élimination. Élisabeth ordonne initialement la libération de Marie Stuart, mais Cecil la convainc que Dudley agit par amour pour Marie Stuart. Jalouse, Élisabeth décide d'enquêter sur cette trahison. Le Duc de Norfolk, partisan de Marie Stuart, conspire pour la libérer. Dudley, informé de cette conjuration, tente de gagner la confiance de Marie Stuart en lui offrant ses services, mais elle rejette ses avances. Élisabeth, découvrant la déclaration d'amour de Dudley à Marie Stuart, le congédie. Dans les actes suivants, Dudley trahit Norfolk en révélant sa conjuration à Élisabeth. Marie Stuart, pour protéger Norfolk, s'accuse elle-même. Norfolk est exécuté après avoir appris la fausse nouvelle de la mort de Marie Stuart. Marie Stuart, condamnée à mort, refuse de survivre à son amant et accepte son exécution. La pièce se termine par l'exécution de Marie Stuart, sans la réapparition d'Élisabeth, contrairement aux premières représentations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 87-100
Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Nous avons annoncé dans le second Volume du mois de Novembre les [...]
Mots clefs :
Roi, Angleterre, Marie Stuart, Reine, Régent, Mémoires, Écosse, Parti, Melvil, James Melville de Halhill
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoires de Melvil, Extrait, [titre d'après la table]
N
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
1
DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
On
DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
E
98 MERCURE DE FRANCE .
conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
DECEMBRE. 1744 . 99
Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
Ous avons annoncé dans le ſecond
Volume du mois de Novembre les
Mémoires de Melvil , traduits de l'Anglois ,
avec des additions conſidérables , en z volumes,
dont le troifiéme contient les Lettres de Marie
Stuart. Ce Livre imprimé à Edimbourg chés
Barrows & Young , porte la datte de 1745,
quoique la veuve Barrois ait commencé à le
débiter à Paris dès le mois de Novembre
1744.
Les Mémoires ne ſont pas la partie la
moins curieufe des Monumens Hiſtoriques ,
mais il feroit dangereux de les lire ſans
précaution. Ceux qui font à portée de laifſer
à la pofterité ces fortes d'Ecrits , font
preſque toujours des gens qui ont été toute
leur vie engagés dans les affaires ; la prévention
, l'attachement au parti qu'ils ont fuivi
prévalent ſur l'amour de la vérité , & les empêche
même quelquefois de la connoître.
De-là les contradictions ſi fréquentes entre
tous les Ecrivains de Mémoires. Ce ne font
pasdes témoins qui dépoſent de la vérité
des faits , ce font des Parties qui plaident
1
88 MERCURE DE FRANCE.
leur cauſe , & qui ne négligent rien pour la
faire valoir , & pour tromper leurs Juges.
Un autre défaut ne leur eſt pas moins
ordinaire. Combien en voit-on qui ayant
été employés dans quelque ſubdiviſion d'une
grande affaire , ne preſentent au Lecteur
que cette face , parce que c'eſt la ſeule qu'is
ont apperçue ? La plupart des hommes ne
peuvent conſentir à ſe perdre de vûe , & il
n'y a que les eſprits ſupérieurs qui ſe garantiſſent
ſur cet article des ſéductions de
l'amour propre.
Onne doit cependant pas conclure de
ceci qu'il faut traiter les Mémoiresde fables.
Autant il feroit dangereux de leur accorder
une confiance aveugle , autant ſeroit- il deraiſonnable
de leur refuſer toute créance:
un bon eſprit ſçait difcerner le vrai d'avec
le faux par un examen exact ; il connoît
quand un homme le trompe par défaut de
lumieres après s'être trompé lui-meme , ou
lorſque de deſſein prémédité il lui en impoſe.
La vérité n'échappe guéres à des yeux
éclairés qui la cherchent , & il eſt ſi rare de
trouver des impoſteurs qui ne foient bientôt
reconnus pour tels , que ce vice devroit
être ſans exemple.
Les Mémoires de Melvil font un des plus
précieux Monumens Hiſtoriques de ſon tems,
pour ce qui concerne l'Histoire d'Angleterre
1
1
-----
DECEMBRE. 1744. 8
& d'Ecofle, Il étoit le contemporain , le Miniftre
& l'ami de Marie Stuart : ſa naiſſance
étoit diftinguée, & la confiance que pluſieurs
Princes qu'il fervit eurent en lui , prévient
en faveur de ſa capacité.
Marie Stuart l'employa dans pluſieurs
négociations importantes , juſqu'au tems où
ſes propres Sujets l'empriſonnerent à Lockcleven.
Les quatre Regens qui gouvernerent
fucceſſivement l'Ecoſſe pendant la captivité
de la Reine , traiterent Melvil avec honneur
& avec confiance. Il demeura toujours attaché
au parti du Roi pendant la détention de
Marie , & lorſque Jacques VI commença
de régner , cette Princeſſe lui recommanda
particulierement Melvil comme le plus fidéle
& le plus habile Miniftre qu'il pût employer.
Il ſe maintint en faveur auprès de Jacques
VI , juſqu'au tems où ce Prince alla prendre
poſſeſſion de la Couronne d'Angleterre ,
mais il ne voulut point le ſuivre dans ce Pays,
& malgré les inftances & les offres que le Roi
lui fit ,Melvil reſta en Ecoſſe .
Le ſtile de ces Mémoires eſt ſimple &
naïf , & développe le caractere de l'Auteur
mieux que ne feroient les traits les plus réflechis.
On y voit le modele rare d'un homme
vertueux , qui au milieu de l'agitation
des guerres civiles , parmi les factions &
• MERCURE DE FRANCE.
les intrigues , eſt inacceſſible à l'ambition ,
&n'a en vûe que le bien public , d'un Courtiſan
qui ne craint pas de dire la verité à fon
Maître , enfin d'un ſage qui dans des que
relles de Religion a le courage de ne
haïr ceux qui penſent autrement que 'ui.
pas
Ma politique , dit-il dans une Lettre ,
par laquelle il adreſſe ſes Mémoires à ſon fils,
-mapolitique a toujours été d'être vertueux.
Je ſçais que la probité pale aujourd'hui
> pour une chimere & pour une vertu dePedant,
peu utile& ſouvent nuiſible à la fortune
, mais je n'ai pu me réſoudre à m'avancer
par d'autres voies .... Occupéuni-
>> quement des interêts de mon Prince , j'ou
bliois le ſoin de ma fortune.
Que ce caractere eſt beau ! mais malheureuſement
il eſt encore plus rare.
Au reſte ſi ces Mémoires offrent le
portrait confolant d'un homme vertueux,
ony trouve auffi le récit de bien des crimes.
C'eſt un tiſſu continuel de révoltes , de
brigandages , de noires intrigues , d'infignes
trahifons.
Les foibleffes & les malheurs de Marie
Stuart font trop celebres pour nous arrêter
long-tems fur cette partie des Memoires de
Melvil. Il la peint auſſi foible qu'ambitieu
ſe, voulant opprimer la liberté de l'Ecoffe ,
i
DECEMBRE. و . 1744
troubler l'Angleterre , pendant qu'elle
* obéifſoit en eſclave aux caprices d'un Amant
qui la maltraitoit. Elizabeth , qui ſans étre
exempte de la même paſſion , ne lui laiffoit
pas prendre cet empire abſolu , ſçut bien
profiter des égaremens de Marie'; elle alluma
& entretint en Ecoſſe le feu de la guerre
civile , par une politique excuſable peut-
* être , puiſqu'il eſt certain que ſans cela la
Reine d'Ecoffe lui auroit caufé en Angleterre
de fâcheux embarras. La moitié des
Anglois , & fur-tout les Catholiques , adoroient
Marie , & defiroient ardemment de
la voir nommer heritiere préſomptive de la
Couronne d'Angleterre , ce qui , vu le ca
ractere inquiet de la Nation , le nombre de
Efes Partifans , & les circonstances , ne lui auroit
laiſſé peut - être qu'un pas faire pour
monter au Trône même avant la mort d'Elizabeth
.
Tel eſt le récit de Melvil dont nous fommes
bien éloignés de vouloir être les garants;
nous avertiſſons au contraire nos Lecteurs,
quedes Auteurs reſpectables ont entrepris de
juftifier Marie Stuart.
La France qui auroit dûdonner du ſecours
àune Reine veuve d'un de ſes Rois,regardoit
d'un oeil tranquille toutes ces tempêtes. Le
Gouvernement François ne voyoit point ſans
jaloufie les Couronnes d'Angleterre & d'E
2 MERCURE DE FRANCE.
:
coſſe prêtes à ſe réunir ſur la même tête, &
n'avoit garde d'empêcher tout ce qui po
voit prévenir ou retarder cette réunion.
On ſçait aflés la ſuite funeſte qu'eurest
ces diviſions. Marie retenue en prifon pas
ſes Sujets , fut obligée d'abdiquer la Roya
té , & de laiſſer la Couronne à ſon fils alors
âgé d'environ deux ans. Ce facrifice ne ki
valut pas la liberté , mais elle s'échappa enfin
de ſa prifon , & chercha un azile en Angle
terre auprès d'Elizabeth , qui la fit arrêter,
& finit enfin par lui faire trancher la tete
après une captivité de 20 années.
S'i eft difficile d'excuſer ſes fautes , il l'est
bien plus de ne pas plaindre un fort auffi
déplorable. Cependant l'abdication de Ma
rie ne mit pas fin aux troubles d'Ecofle. Il ſe
forma une Confederation de Seigneurs qui
ſe déclarérent pour laReine , moins animés
par la fidélité qu'ils devoient à leur Souverai
ne,que pour contrecarrer le Comte deMurrai
qui avoit été nommé Régent : les deux
Partis étoient tour-à-tour le jouet de la politique
d'Elizabeth , & le Parti du Regent
fur-tout étoit l'eſclave de l'Angleterre. On
vit les Ecoffois conduits par le Regent aller
en Angleterre accuſer leur Reine , dont i's
auroient dû venger la captivité , & deshonorer
ainſi leur Roi dans la perſonne de la
mere , leur Nation , & l'humanité.
1
DECEMBRE . 1744 . 93
L'Ecoſſe étoit alors dans un état bien déplorable.
Les Nobles enhardis par la foible
ſe du régne précedent , ſe livroient ſans
crainte aux plus grands excès , & fappoient
chaque jour les fondemens de l'autorité du
Souverain , ſous prétexte de défendre leurs
privileges. Ceux qui étoient du Parti du
Roi n'étoient pas moins animés de l'eſprit
de faction que les revoltés , ils regardoient
le Regent comme un Chef de Parti , l'ouvrage
de leur choix , qui devoit leur plaire,
& n'avoir en vûe que leurs interêts , leurs
haines , leurs jalouſies , plutôt que comme
un Prince dont ils étoient obligés de reſpecter
l'autorité.Un Roi habile & ſage auroit
peut-être échoué au milieu de tant d'orages
; le Regent homme foible & vain , craignoit
de connoître toute l'étendue du mal,
&négligeoit de chercher les remédes, Il périt
enfin miferablement. Un homme de Bodwel
boug nommé ... Hamilton , l'attendit ſur
ſon paffage à Lithquo , & lui tira un coup
de fufil , dont il mourut la nuit ſuivante.
Ses Conſeillers & ſes Domeſtiques étoient
avertis, aufli-bien que lui , de cette entrepriſe;
ils en connoiſſoient l'auteur , & ils
Içavoient en quel tems & en quel lieu elle
devoit s'executer; néanmoins les amis du
Regent s'en mirent ſi peu en peine , qu'ils
pe remarquerent pas ſeulement la maiſon
94 MERCURE DE FRAN
d'où le coup étoit parti , & qui plus eft, is
laifferent échapper l'affaflin .
Les Royaliſtes appellerent à la Regence
le Comte de Lenox,qui étoit du SangRoyal,
ils députerent en même tems l'Abbé de
Dunſarling vers Elizabeth. Le principal article
de l'inſtruction de cet Abbé étoit de
prier la Reine d'Angleterre de remettre la
Reine Marie entre les mains des Seigneurs
du Parti du Roi. Elizabeth répondit qu'elle
la remetttroit volontiers entre leurs mains ,
pourvû qu'on lui donnât des otages ſuffifans
pour la ſureté de ſa vie. Cette condition eft
bien dure , repliqua l'Abbé , car qu'en arriveroit-
ilfi la Reine venoit à mourir ? Elizabeth
repartit qu'elle avoit toujours crû qu'il
১০ étoithomme d'eſprit , & qu'il ne la force-
>> roit pas à s'expliquer : fçachez donc ,
>> continua-t-elle , que mon honneur m'oblige
à demander des otages , & que c'est à vous
dejuger ce qui peut être le plus avantageux
pourmoi.
Le Comte de Lenox avoit de bonnes
intentions , mais Elifabeth & les Ecoffois en
empêcherent l'effet, Randolph, Ambaſſadeur
d'Angleterre , ouvertement déclaré pour le
Parti du Régent , diſoit en ſecret aux Seigneurs
du Parti de Marie qu'il ne pouvoit
y avoir ſans la Reine d'autorité légitime en
Ecoffe , & que tôt ou tard le Parti de cette
DECEMBRE. 1744 .
ور
1
ラ
Princeſſe prévaudroit ; il promettoit alternativement
aux uns & aux autres la protection
de l'Angleterre , & entretenoit avec
art l'animoſité des deux factions. Le long
ſéjour qu'il avoit déja fait en Ecoffe lui avoit
donné le tems de connoître les Chefs des
deux Partis , il s'étoit toujours appliqué à
s'inſtruire de leurs querelles & de leurs prétentions
réciproques. Il ſçavoit faire agir les
femmes pour faire réuffir ſes projets , il engageoit
quelquefois Elifabeth à écrire fami
Lierement à celles qui pouvoient lui être
utiles , il n'oublioit riende tout ce qui étoit
capable de corrompre les Miniſtres , & dès
qu'il en trouvoit quelqu'un ſuſceptible de
féduction , il n'épargnoit point l'argent pour
le gagner.
Il ſe forma dans le même tems une Conſpiration
en Angleterre pour mettre Marie
fur le trône d'Elifabeth. Tout étoit prêt ,
on n'attendoit que le ſignal. Cette Princeſſe
imprudente & plus infortunée en informa
le Cardinal de Lorraine fon oncle , pour lui
demander des avis & des fecours , mais celuici
en avertit la Reine mere & l'engagea à
en donner avis à Elifabeth , qui feignit de
n'en rien croire , & prit de ſages précautions.
Enfin les troubles croiſſant de jour en
jour en Ecoſſe , les Seigneurs du Parti de la
96 MERCURE DE FRANCE .
Reine firent une entrepriſe pour ſurprendre
Sterling, où le Régent étoit avec les Membres
du Parlement quiy étoit aſſemblé , is
furent repoufles , mais le Régent fut tué dans
l'attaque. Le Comte de Marr élu Régent par
les Etats , malgré les intrigues de Randolph
qui portoit le Comte de Mortoun , ne conſerva
que peu de tems une dignité ſans crédit.
Au fortird'un repas où il fut magnifiquement
traité par le Comte de Mortoun , il fut attaqué
d'un mal violent dont il mourut peu de
tems après , ce qui donna de grands foupcons
contre le Comte qui avoit été fon compétiteur.
Ce dernier fut enfin élu Régent par les
brigues des Anglois. Mieux ſecouru par Eliſabeth
que ſes Prédéceſſeurs , il extermina
la faction opoſée , mais il ne ſe preſſa pas
d'exécuter la promeſſe qu'il avoit faite de
remettre le Roi entre les mains de la Reine
d'Angleterre. Cette politique le brouilla
avec les Anglois ; ſa fierté & le mépris qu'il
eut pour la Nobleſſe lui firent perdre fatfection
des Ecoflois. Peu à peu on le mit
mal dans l'eſprit du Roi qui avançoit en
âge , il fut diſgracié par ce Prince , & finit
enfin ſes jours ſur un échafaut , & eut la tote
tranchée , comme complice de la mort du
feu Roi qu'avoit aſſaffiné Bothwel , ce qui
n'étoit qu'un prétexte.
On
DECEMBRE. 1744. 97
On vit alors la ſcene changer. L'Ecoffe
ſe trouva ſous la domination d'un jeune
Roi gouverné par deux Favoris que leur
faveur rendoit infolens , & que leur puiffance
enhardiſſoit à commettre toutes fortes
d'injuftices. Ces deux favoris étoient
Milord d'Aubonie qui fut bientôt après fait
Duc de Lénox , & Jacques Stuart qui fut
fait Comte d'Aran. L'on ne fut gueres mieux
fous leur regne que l'on avoit été juſques-là,
& l'on fut auſſi mécontent. Les Ecoffois
depuis long- tems n'étoient pas accoutumés
àſe borner à des murmures impuiſlans ; plufieurs
Seigneurs formerent le projet d'enlever
le Roi & l'exécuterent. Le Duc de
Lénox un des favoris ſe ſauva.
Ces Conjurés qui outrageoient fi cruellement
la perſonnede leurRoi, n'oublioient
aucune des démonſtrations extérieures du
reſpect dû à ſa dignité , & tandis qu'ils le
retenoient dans une étroite eaptivité , ils lui
préſenterent une humble Requéte par laquelle
ils le ſupplioient avec ſoumiſſion de
remédier aux déſordres de l'Etat ; contraſte
de reſpect & de violence qui rendoit l'injure
encore plus ſenſible.
Cette démarche hardie des Conjurés eut
une ſuite bien finguliere. Ils jugerent qu'il
étoit expédient d'aſſembler les Etats pour
délibérer ſur la maniere dont on devoit ſe
E
98 MERCURE DE FRANCE .
conduire. Les Etats répondirent que fentrepriſe
de Lothwen étoit également avantageuſe
au Roi , au Royaume & à la Religion.
C'eſt ce que le Roi reconnut lui-même
& l'on prit acte de ſa déclaration .
On ſent bienque les choſes ne pouvoient
ſubſiſter long - tems dans cet état. Lorſque
le Roi fut en liberté , trop foible pour punir
les rebelles , trop peu politique pour dillimuler
ſes juftes reſſentimens , il laiſſa connoître
qu'il ſentoit toute l'étendue de l'outrage
; & la crainte du chatiment entretint
chez les coupables l'eſprit de révolte. Nous
ne nous engagerons point à ſuivre Melvil
pas à pas dans le reſte de cesMémoires.
L'entrepriſe de Lothwen ne fut pas la ſeule
que Jacques VI eſſuya de la part de ſes ſujets.
Jamais Prince ne prouva mieux que de
bonnes intentions ne fuffiſent pas pourgouverner.
Il aimoit la vérité ,mais il ne ſçavoit
pas la connoître ; il écoutoit volontiers les
gens de bien , mais il croyoit ſes favoris.
Son gouvernement fut foible , & fon regne
toujours agité. Peu eſtimé , mal obéi , fouvent
trahi par ceux qu'il croioit ſes amis ,
il ſe vit toujours en bute aux factions , & ne
fut pas toujours le plus fort. Mépriſé par les
Anglois , il les vit enfin porter l'injure
comble par le fupplice de fa mere & ne put
ou ne voulut pas la vanger,
à fon
DECEMBRE. 1744 . 99
Melvil eſt un des moindres Acteurs de
ces Mémoires. Ce n'eſt point la partie la
plus ſaine d'une Nation qui joue les rôles
les plus éclatans dans les guerres civiles.
Melvil ſoutient dans ces factions le perſonnage
difficile d'un homme qui veut ſincérement
le bien public , mais qui le veut tout
ſeul. Toujours mal ſecondé , ſouvent traverfé
, il trouve autant d'obstacles à vaincre de
la part de fon parti que de la faction opoſée.
C'eſt un Pilote qui conduit ſeul un
grand vaiſſeau au milieu d'une mer orageufe,
tandis que le reſte de l'équipage loin de
l'aider s'occupe à briſer les mats , les cordages
& les voiles.
Qui croiroit après cela que cethommeſage
raconte de fang froid des contos puériles de
Sorciers , & deshiſtoires de ſabat qu'il donne
pour des faits autentiques. Plaignons la foibleffe
de l'eſprit humain. On a vu ſouvent
des hommes très-éclairés à tout autre égard
donner dans depareilles extravagances.Combien
n'ont pas été entétés des viſions de
l'Aftrologie judiciaire , pleins d'ailleurs de
connoiſſances bien digérées , & capables de
vues philoſophiques. Il leur arrivoit la même
choſe qu'au Héros de Cervantes qui raiſonnoit
de tout en homme ſenſé , pourvû qu'on
ne touchât point la corde de la Chevalerie.
Les Lettres de Marie Stuart font fi con
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100 MERCURE DE FRANCE.
nues que nous nous diſpenſerons d'en parler.
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