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9601
p. 64-75
LETTRE A UN ETRANGER Sur les Moralistes François.
Début :
Mais vous n'êtes donc pas si frivoles, me disoit un jour un Anglois qui, [...]
Mots clefs :
Moralistes, Moralistes français, Morale, Esprit, Coeur, Montaigne, Hommes, Philosophie
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A UN ETRANGER Sur les Moralistes François.
LETTRE A UN ETRANGER
Sur les Moraliftes François.
M
fi frivoles , Ais vous n'êtes donc pas
me difoit un jour un Anglois qui ,
après avoir bien étudié notre littérature ,
fut étonné de trouver tant de profondeur
dans nos bons écrivains , & admira fur-tout
nos ouvrages de morale . En effet ce recueillement
dans l'efprit & cette force de raiſon
que l'étude de la morale exige , ne vont
DECEMBRE . 1754. 65
pas avec le goût de minutie qu'il nous
foupçonnoit. Ce reproche fi commun dans
la bouche des étrangers , fe repére tous les
jours avec une forte de complaifance dans
un tas de brochures , de petites pieces &
de préfaces , dont les Auteurs accufent de
bonne foi leur propre nation d'être frivòle ,
parce qu'ils ne la connoiffent que par le
côté frivole ; & fans doute ils réuffiroient
bien mieux à accréditer cette accufation
par leurs ouvrages que par leurs fatyres..
Je vais , Monfieur , vous donner une
idée générale de nos Moraliftes , en fuivant
la marche de leurs ouvrages & en effayant
de faifir le caractere propre de leur efprit.
Le premier en date , & peut-être en mérite
, c'eft le célebre Montagnell vivoit
dans le XVI fiécle. Une étude profonde
de l'efprit humain l'avoit conduit au Scepticifme
le plus décidé : Que fçais -je ? étoit
fa dévife . Ennemi du ton avantageux des
dogmatiftes , il s'eft plû à répandre des
nuages fur les vérités les plus généralement
reçues . Tout devient paradoxe entre
fes mains ; le peu de confiftence des principes
que nous croyons les mieux fondés ,
l'infuffifance de notre raifon , l'inconftance
& les variations des opinions humaines.
fur les chofes les plus effentielles , & c.ce
font là les argumens dont il accable l'or66
MERCURE DE FRANCE:
gueil des Philofophes à fyftêmes. Il ne faifoit
pas plus de grace à nos vertus qu'à
nos connoiffances. Il remontoit à leur
fource pour apprécier leur mérite , & il
évaluoit ce mérite à bien peu de choſe :
enfin , felon lui , les vérités & les vertus
humaines ne tiennent à rien ou prefque à
rien. Pour peindre le coeur humain , Montagne
n'a fait qu'analyfer fon coeur . Nous
tenons à l'humanité par tant d'endroits ,
que le premier moyen d'apprendre à connoître
le coeur des autres , eft d'étudier de
bonne foi le fien propre . Montagne expofe
dans fes Effais fes idées & fes fentimens
, fes bonnes & fes mauvaifes qualités
avec une franchiſe finguliere , & cet
ouvrage eft un tableau où chacun reconnoît
quelques- uns de fes traits. Son livre
eft d'ailleurs mal fait , fans ordre , fans
méthode ; on y voit une imagination brillante
, mais livrée à fes caprices , irréguliere
dans fa marche , qui ne peut fuivre
aucun objet , s'égare fans ceffe & s'accroche
à tout on a dit bien joliment de
Montagne ,, que perfonne ne fçait moins ce
qu'il va dire , & ne fçait mieux ce qu'il dit.
Il cite à tout propos des paffages anciens
ou des hiftoires qui n'ont aucun rapport
au fujet qu'il traite ; fon ftyle eft furanné,
même pour le tems où il vivoit ; mais
DECEMBRE. 1754. 67
charmant par la naïveté , la vivacité & le
pittorefque de fes expreffions. Paſcal
Mallebranche , Nicole & quelques autres
ont été révoltés de l'Egoifme continuel qui
regne dans fon ouvrage ; avec tout cela
c'eſt la lecture la plus délicieuſe pour tout
homme qui fçait penfer.
Montagne eut pour difciple & pour ami
Pierre Charron , célebre par fon livre de
la Sageffe , qui fit beaucoup de bruit , &
manqua de faire des affaires férieufes à
fon auteur , parce qu'on y trouva l'air de
liberté , une Philofophie peu commune
dans ces tems encore barbares , & qu'on
pritpour de l'impiété . Charron étoit Théologien.
Bayle trouve fingulier que celui
des deux amis qui auroit dû inftruire l'autre
, en fût le difciple. Le livre de la Sageffe
eft eftimable & plein de belles chofes ;
mais il y en a peu dont on ne trouve au
moins le germe dans celui de Montagne.
Il est écrit avec plus de nerf & de méthode
que celui - ci , mais auffi avec bien moins
d'aménité , de grace & même de profondeur
.
Les Ecrivains de Port Royal nous ont
fourni dans le milieu du dernier fiécle
des ouvrages de morale bien eftimables .
Les Effais de Morale de M. Nicole font un
chef -d'oeuvre de méthode , d'éloquence
68 MERCURE DE FRANCE.
& de bonne philofophie , fur- tout dans les
quatre premiers volumes ; l'harmonie de
la morale & de la religion y eft préfentée
avec toute la force & la dignité dont
eft fufceptible une matiere auffi refpectable
; mais il regne dans cet ouvrage ce ton
d'aufterité , qui eft le cachet du Janfénifme
, & une monotonie qui à la longue devient
infupportable.
Mallebranche a donné auffi un excellent
traité de Morale chrétienne . Le célebre
Paſcal nous a laiffé des penfées morales
, où l'on trouve beaucoup de nerf &
de profondeur. A travers les parologifies
dont ce recueil eft rempli , on découvre
à chaque inftant des éclairs de génie qui
décelent toute la fublimité du fien ; mais
cet homme dont l'imagination étoit naturellement
trifte , & affoiblie par les maladies
& une dévotion trop auftere , voyant fans
ceffe un abîme à fes côtés , a répandu dans
fes penfées toute la noirceur de fon imagination
: elles ont un air fombre & effrayant
, qui tire fouvent au fanatifme.
Je ne puis m'empêcher de placer ici
Moliere , dont quelques comédies , indépendamment
du mérite dramatique , font
un traité de morale des plus précieux. Qui
a jamais connu le coeur humain mieux
que lui ? Qui l'a jamais mieux peint , &
DECEMBRE. 1754. 69
qui a jamais donné des leçons us touchantes
pour corriger les moeurs ? La morale
mife en action , fair à coup für une
impreffion bien plus vive & plus fenfible
qu'un traité didactique . Quel fond de Philofophie
ne faut-il pas pour faifir le point
fixe des moeurs avec autant de précision
que lui , lorfqu'il fait contrafter deux caracteres
oppofés qui marquent les deux
extrêmités du vice , pour faire mieux fentir
le jufte milieu où réfide la vertu ? Moliere
eft peut - être l'homme qui a jamais
eu le plus de philofophie dans la tête &
dans le coeur : voici un de fes traits que
je ne puis me laffer d'admirer , & qui peint
bien fon génie. Il revenoit un jour de
campagne avec Chapelle : un pauvre fur
le chemin lui demande l'aumône ; il met
fa main dans fa poche , & en tire une
piece de monnoye qu'il lui donne. Le
pauvre ayant regardé cette piece , courut
après lui pour la lui rapporter , en lui difant
que c'étoit un louis d'or , & qu'il
n'avoit pas eu fans doute deffein de lui
donner une fi groffe fomme. Moliere tira
un autre louis de fa poche , le lui
donna , & fe tourna vers fon ami , en lui
difant : Où diable la vertu va-t - elle fe nicher
? L'action eft belle , mais c'eft la réflexion
que j'admire : qu'elle me paroît
MERCURE DE FRANCE.
profonde ! elle ne pouvoit partir que d'un
Philofophe accoutumé à lire dans le coeur
humain , & dont le premier coup d'oeil a
l'humanité pour objet.
M. le Duc de la Rochefoucault a fait le
premier ouvrage de penfées détachées :
fon fameux livre de Maximes eft un fyftême
de morale bien neuf & bien fingulier
, & il y fait envifager l'humanité
fous un point de vûe bien humiliant . M.
D. L. R. F. ne croyoit point aux vertus ;
nous n'agiffons , felon lui , que par des
vûes d'intérêt & d'amour propre ; & les
plus belles actions feroient fouvent rougir
leur auteur , fi l'on en connoiffoit le principe
: voilà la bafe de fon fyftême . Il defcend
dans les profondeurs du coeur humain,
pour analyfer les vertus ; il les réduit à
leurs principes , & par là même il les réduit
à rien ce font des pierres précieuſes
qui perdent leur prix & leur brillant dans
la décompofition . L'héroïfme la
› grandeur
, la philofophie , ne font que de la
fauffe monnoye aux yeux de M. D. L. R. F.
& toute la fageffe humaine n'eft que le
mafque de l'amour propre. Il faut avoir du
courage & une réputation bien fûre pour
afficher un femblable fyftême ; un autre
auroit rifqué de fe faire envelopper dans
cette profcription générale des vertus , &
DECEMBRE. 1754. 71
&
c'eft un trait d'équité du public d'avoir
rendu juſtice à l'ouvrage de M. D. L. R.
fans foupçonner fon coeur.
Le livre des Maximes fit naître peu de
tems après celui de la fauffeté des Vertus
humaines , qui n'en eft qu'un commentaire.
Il est fait par M. Efprit , qui eft à M. D.
L. R. F. ce que Charron eft à Montagne.
On vit paroître enfin les Caracteres de
la Bruyere , ouvrage admirable que l'on
devroit fçavoir par coeur , & qu'on ne
peut trop méditer : c'eft le tableau de la
vie humaine peint d'après nature : fon mérite
eft trop bien établi pour m'y étendre
davantage. Beaucoup de gens font per
fuadés que M. de la Bruyere a peint réellement
des perfonnes connues ; cela paroît
affez vraisemblable : d'ailleurs fon
livre étant , pour ainfi dire , une galerie
de portraits d'hommes ridicules , fots &
vicieux , il n'y a rien de fi aifé que de
trouver des originaux qui y reffemblent.
Les caracteres font relevés encore par l'éclat
du coloris ; on y trouve de la force
de la nobleſſe , de l'imagination dans le
Style & très-fouvent une grande éloquence
; mais il est beaucoup travaillé , & on
le fent. Il vife quelquefois trop à l'épigramme
, & il me femble qu'on y trouve
quelques femences de ce précieux dans
72 MERCURE DE FRANCE.
les tours , qui s'eft développé dans notre
fiécle. Il y a tel auteur de nos jours qui
voudroit bien avoir créé telle expreffion
de la Bruyere ; mais on ne s'avife pas tout
feul du mérite des autres .
Notre fiècle avoit vû naître un de ces
hommes rares faits pour éclairer les autres
, & que la mort a enlevé au commencement
de fa carriere ( a ) ; c'eſt l'auteur
de l'Introduction à la connoiffance de l'ef
prit humain , ouvrage plein de principes
qui annonce un Philofophe qui avoit bien
refléchi fur lui -même , & qui connoifſoit
les hommes , quoiqu'il n'eût fait que les
entrevoir. Dans le brillant de la jeuneffe ,
au milieu des occupations militaires , accablé
de maladies longues & cruelles , M.
de Vauvenargues avoit confervé un efprit
libre & tranquille , une raifon vigoureuſe ,
qui devoit , fans doute , le conduire bien
loin. Le livre qu'il nous a laiffé ne montre
pas tout ce qu'il étoit , mais tout ce qu'il
devoit être. On y découvre les traces du
génie , des idées grandes , des réflexions
prefque toujours vraies & quelquefois fublimes
, un fens droit , & beaucoup d'efprit
, fans qu'il y prétendît. Son effai fur
le bien & le mal moral eft précieux par les
( 4 ) M. le Marquis de Vauvenargues , mort à
L'âge de 27 ans.
vûes ,
TA
DECEMBRE. 1754. 73-
vûes , la netteté & la faine philofophie
qu'il y a mis : fon ftyle mâle , pathétique ,
plein de vie , refpire par- tout ce ton de
fentiment qui a tant de charmes pour les
ames fenfibles je laiffe à de petits critiques
le foin de faire remarquer quelques
fautes d'exactitude grammaticale qui lui
font échappées . Il y a , ce me femble , une
reffemblance frappante entre Paſcal & M.
de Vauvenargues , & dans le caractere de
leur génie , & dans leurs maladies , & leur
mort prématurée.
L'homme confidéré en lui -même ou dans
par
fes rapports particuliers avec les autres
hommes , voilà l'objet qu'ont envifagé jufqu'ici
les moraliftes. Il eft venu un génie
créateur , qui joignant à ces confidérations
celles des rapports des hommes entr'eux
comme membres d'une fociété politique ,
a réuni là toute la fcience des moeurs ;
c'eſt fous ce point de vue fi étendu que la
morale eft developpée dans l'Esprit des loix ,
ouvrage unique , fait pour inftruire les
peuples , les Rois & les Philofophes , &
auffi admirable dans la magnificence &
l'immensité du plan que dans l'oeconomie
de l'exécution . On fent bien que la morale
doit être la bafe de la politique . Les
moeurs , les loix & les climats fe tiennent
entr'eux par des rapports délicats & dont
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
les combinaiſons font infinies ; ce font ces
rapports que M. de M. a démêlés avec autant
de fagacité que de profondeur : on eft
étonné de cette variété d'obfervations & de
cette multitude de faits , fouvent contradictoires
, qui viennent fe ranger d'euxmêmes
fous un principe fécond , & lui
fervir de point d'appui : on admire dans
fon ftyle cette éloquence rapide & énergi
que , cette force d'expreffion qui naît de la
force des idées ; cette précifion fi finguliere
, qui fait un tableau fini d'un feul
coup de pinceau ; cette imagination vive
& flexible , qui à côté d'une image légere
& gracieufe , nous préfente une image forte
& fublime qui nous étonne . M. de M.
eft tout ce qu'il veut être , & il eſt toujours
grand , toujours créateur ; il ne reſfemble
jamais à perfonne , même de loin ,
& je doute fort que quelqu'un lui reſſemble
de long- tems . On connoît un autre ouvrage
de lui plein d'efprit & de vûes fines
& profondes fur les moeurs , que j'admirerois
quand il ne renfermeroit que
l'hiftoire des Troglodites , qui me paroît
le morceau de morale le plus touchant &
du goût le plus neuf & le plus agréable
qui ait jamais été fait . Qu'il me foit permis
d'ajouter que le fublime des moeurs
que M. de M. a peint dans fes écrits , fe
"
DECEMBRE. 1754. 75
retrouve dans fon ame avec cette aimable
fimplicité , le charme de la fociété , &
qu'on a rencontrée quelquefois dans les
grands hommes. Il m'en coûte pour ne
m'étendre pas davantage fur fon éloge ; il
y a tant de plaifir à louer les hommes vertueux
! je ne craindrois pas affurément d'en
trop dire , mais je craindrois de ne dire pas .
ce qu'il faut.
On fera peut- être charmé d'apprendre
que M. de M. eft un defcendant du célé
bre Montagne ; on voit que le génie & la
philofophie font un bien de patrimoine ,
qui n'a fait qu'augmenter en paffant dans
les mains de M. de M.
Nous avons encore des gens d'efprit
des Philofophes qui ont bien étudié l'efprit
humain , & qui ont porté dans la morale
les nouvelles lumieres que notre fiécle
a acquifes ; mais je referve pour une
autre lettre la fuite de mes obfervations
fur les ouvrages que nous leur devons.
Sur les Moraliftes François.
M
fi frivoles , Ais vous n'êtes donc pas
me difoit un jour un Anglois qui ,
après avoir bien étudié notre littérature ,
fut étonné de trouver tant de profondeur
dans nos bons écrivains , & admira fur-tout
nos ouvrages de morale . En effet ce recueillement
dans l'efprit & cette force de raiſon
que l'étude de la morale exige , ne vont
DECEMBRE . 1754. 65
pas avec le goût de minutie qu'il nous
foupçonnoit. Ce reproche fi commun dans
la bouche des étrangers , fe repére tous les
jours avec une forte de complaifance dans
un tas de brochures , de petites pieces &
de préfaces , dont les Auteurs accufent de
bonne foi leur propre nation d'être frivòle ,
parce qu'ils ne la connoiffent que par le
côté frivole ; & fans doute ils réuffiroient
bien mieux à accréditer cette accufation
par leurs ouvrages que par leurs fatyres..
Je vais , Monfieur , vous donner une
idée générale de nos Moraliftes , en fuivant
la marche de leurs ouvrages & en effayant
de faifir le caractere propre de leur efprit.
Le premier en date , & peut-être en mérite
, c'eft le célebre Montagnell vivoit
dans le XVI fiécle. Une étude profonde
de l'efprit humain l'avoit conduit au Scepticifme
le plus décidé : Que fçais -je ? étoit
fa dévife . Ennemi du ton avantageux des
dogmatiftes , il s'eft plû à répandre des
nuages fur les vérités les plus généralement
reçues . Tout devient paradoxe entre
fes mains ; le peu de confiftence des principes
que nous croyons les mieux fondés ,
l'infuffifance de notre raifon , l'inconftance
& les variations des opinions humaines.
fur les chofes les plus effentielles , & c.ce
font là les argumens dont il accable l'or66
MERCURE DE FRANCE:
gueil des Philofophes à fyftêmes. Il ne faifoit
pas plus de grace à nos vertus qu'à
nos connoiffances. Il remontoit à leur
fource pour apprécier leur mérite , & il
évaluoit ce mérite à bien peu de choſe :
enfin , felon lui , les vérités & les vertus
humaines ne tiennent à rien ou prefque à
rien. Pour peindre le coeur humain , Montagne
n'a fait qu'analyfer fon coeur . Nous
tenons à l'humanité par tant d'endroits ,
que le premier moyen d'apprendre à connoître
le coeur des autres , eft d'étudier de
bonne foi le fien propre . Montagne expofe
dans fes Effais fes idées & fes fentimens
, fes bonnes & fes mauvaifes qualités
avec une franchiſe finguliere , & cet
ouvrage eft un tableau où chacun reconnoît
quelques- uns de fes traits. Son livre
eft d'ailleurs mal fait , fans ordre , fans
méthode ; on y voit une imagination brillante
, mais livrée à fes caprices , irréguliere
dans fa marche , qui ne peut fuivre
aucun objet , s'égare fans ceffe & s'accroche
à tout on a dit bien joliment de
Montagne ,, que perfonne ne fçait moins ce
qu'il va dire , & ne fçait mieux ce qu'il dit.
Il cite à tout propos des paffages anciens
ou des hiftoires qui n'ont aucun rapport
au fujet qu'il traite ; fon ftyle eft furanné,
même pour le tems où il vivoit ; mais
DECEMBRE. 1754. 67
charmant par la naïveté , la vivacité & le
pittorefque de fes expreffions. Paſcal
Mallebranche , Nicole & quelques autres
ont été révoltés de l'Egoifme continuel qui
regne dans fon ouvrage ; avec tout cela
c'eſt la lecture la plus délicieuſe pour tout
homme qui fçait penfer.
Montagne eut pour difciple & pour ami
Pierre Charron , célebre par fon livre de
la Sageffe , qui fit beaucoup de bruit , &
manqua de faire des affaires férieufes à
fon auteur , parce qu'on y trouva l'air de
liberté , une Philofophie peu commune
dans ces tems encore barbares , & qu'on
pritpour de l'impiété . Charron étoit Théologien.
Bayle trouve fingulier que celui
des deux amis qui auroit dû inftruire l'autre
, en fût le difciple. Le livre de la Sageffe
eft eftimable & plein de belles chofes ;
mais il y en a peu dont on ne trouve au
moins le germe dans celui de Montagne.
Il est écrit avec plus de nerf & de méthode
que celui - ci , mais auffi avec bien moins
d'aménité , de grace & même de profondeur
.
Les Ecrivains de Port Royal nous ont
fourni dans le milieu du dernier fiécle
des ouvrages de morale bien eftimables .
Les Effais de Morale de M. Nicole font un
chef -d'oeuvre de méthode , d'éloquence
68 MERCURE DE FRANCE.
& de bonne philofophie , fur- tout dans les
quatre premiers volumes ; l'harmonie de
la morale & de la religion y eft préfentée
avec toute la force & la dignité dont
eft fufceptible une matiere auffi refpectable
; mais il regne dans cet ouvrage ce ton
d'aufterité , qui eft le cachet du Janfénifme
, & une monotonie qui à la longue devient
infupportable.
Mallebranche a donné auffi un excellent
traité de Morale chrétienne . Le célebre
Paſcal nous a laiffé des penfées morales
, où l'on trouve beaucoup de nerf &
de profondeur. A travers les parologifies
dont ce recueil eft rempli , on découvre
à chaque inftant des éclairs de génie qui
décelent toute la fublimité du fien ; mais
cet homme dont l'imagination étoit naturellement
trifte , & affoiblie par les maladies
& une dévotion trop auftere , voyant fans
ceffe un abîme à fes côtés , a répandu dans
fes penfées toute la noirceur de fon imagination
: elles ont un air fombre & effrayant
, qui tire fouvent au fanatifme.
Je ne puis m'empêcher de placer ici
Moliere , dont quelques comédies , indépendamment
du mérite dramatique , font
un traité de morale des plus précieux. Qui
a jamais connu le coeur humain mieux
que lui ? Qui l'a jamais mieux peint , &
DECEMBRE. 1754. 69
qui a jamais donné des leçons us touchantes
pour corriger les moeurs ? La morale
mife en action , fair à coup für une
impreffion bien plus vive & plus fenfible
qu'un traité didactique . Quel fond de Philofophie
ne faut-il pas pour faifir le point
fixe des moeurs avec autant de précision
que lui , lorfqu'il fait contrafter deux caracteres
oppofés qui marquent les deux
extrêmités du vice , pour faire mieux fentir
le jufte milieu où réfide la vertu ? Moliere
eft peut - être l'homme qui a jamais
eu le plus de philofophie dans la tête &
dans le coeur : voici un de fes traits que
je ne puis me laffer d'admirer , & qui peint
bien fon génie. Il revenoit un jour de
campagne avec Chapelle : un pauvre fur
le chemin lui demande l'aumône ; il met
fa main dans fa poche , & en tire une
piece de monnoye qu'il lui donne. Le
pauvre ayant regardé cette piece , courut
après lui pour la lui rapporter , en lui difant
que c'étoit un louis d'or , & qu'il
n'avoit pas eu fans doute deffein de lui
donner une fi groffe fomme. Moliere tira
un autre louis de fa poche , le lui
donna , & fe tourna vers fon ami , en lui
difant : Où diable la vertu va-t - elle fe nicher
? L'action eft belle , mais c'eft la réflexion
que j'admire : qu'elle me paroît
MERCURE DE FRANCE.
profonde ! elle ne pouvoit partir que d'un
Philofophe accoutumé à lire dans le coeur
humain , & dont le premier coup d'oeil a
l'humanité pour objet.
M. le Duc de la Rochefoucault a fait le
premier ouvrage de penfées détachées :
fon fameux livre de Maximes eft un fyftême
de morale bien neuf & bien fingulier
, & il y fait envifager l'humanité
fous un point de vûe bien humiliant . M.
D. L. R. F. ne croyoit point aux vertus ;
nous n'agiffons , felon lui , que par des
vûes d'intérêt & d'amour propre ; & les
plus belles actions feroient fouvent rougir
leur auteur , fi l'on en connoiffoit le principe
: voilà la bafe de fon fyftême . Il defcend
dans les profondeurs du coeur humain,
pour analyfer les vertus ; il les réduit à
leurs principes , & par là même il les réduit
à rien ce font des pierres précieuſes
qui perdent leur prix & leur brillant dans
la décompofition . L'héroïfme la
› grandeur
, la philofophie , ne font que de la
fauffe monnoye aux yeux de M. D. L. R. F.
& toute la fageffe humaine n'eft que le
mafque de l'amour propre. Il faut avoir du
courage & une réputation bien fûre pour
afficher un femblable fyftême ; un autre
auroit rifqué de fe faire envelopper dans
cette profcription générale des vertus , &
DECEMBRE. 1754. 71
&
c'eft un trait d'équité du public d'avoir
rendu juſtice à l'ouvrage de M. D. L. R.
fans foupçonner fon coeur.
Le livre des Maximes fit naître peu de
tems après celui de la fauffeté des Vertus
humaines , qui n'en eft qu'un commentaire.
Il est fait par M. Efprit , qui eft à M. D.
L. R. F. ce que Charron eft à Montagne.
On vit paroître enfin les Caracteres de
la Bruyere , ouvrage admirable que l'on
devroit fçavoir par coeur , & qu'on ne
peut trop méditer : c'eft le tableau de la
vie humaine peint d'après nature : fon mérite
eft trop bien établi pour m'y étendre
davantage. Beaucoup de gens font per
fuadés que M. de la Bruyere a peint réellement
des perfonnes connues ; cela paroît
affez vraisemblable : d'ailleurs fon
livre étant , pour ainfi dire , une galerie
de portraits d'hommes ridicules , fots &
vicieux , il n'y a rien de fi aifé que de
trouver des originaux qui y reffemblent.
Les caracteres font relevés encore par l'éclat
du coloris ; on y trouve de la force
de la nobleſſe , de l'imagination dans le
Style & très-fouvent une grande éloquence
; mais il est beaucoup travaillé , & on
le fent. Il vife quelquefois trop à l'épigramme
, & il me femble qu'on y trouve
quelques femences de ce précieux dans
72 MERCURE DE FRANCE.
les tours , qui s'eft développé dans notre
fiécle. Il y a tel auteur de nos jours qui
voudroit bien avoir créé telle expreffion
de la Bruyere ; mais on ne s'avife pas tout
feul du mérite des autres .
Notre fiècle avoit vû naître un de ces
hommes rares faits pour éclairer les autres
, & que la mort a enlevé au commencement
de fa carriere ( a ) ; c'eſt l'auteur
de l'Introduction à la connoiffance de l'ef
prit humain , ouvrage plein de principes
qui annonce un Philofophe qui avoit bien
refléchi fur lui -même , & qui connoifſoit
les hommes , quoiqu'il n'eût fait que les
entrevoir. Dans le brillant de la jeuneffe ,
au milieu des occupations militaires , accablé
de maladies longues & cruelles , M.
de Vauvenargues avoit confervé un efprit
libre & tranquille , une raifon vigoureuſe ,
qui devoit , fans doute , le conduire bien
loin. Le livre qu'il nous a laiffé ne montre
pas tout ce qu'il étoit , mais tout ce qu'il
devoit être. On y découvre les traces du
génie , des idées grandes , des réflexions
prefque toujours vraies & quelquefois fublimes
, un fens droit , & beaucoup d'efprit
, fans qu'il y prétendît. Son effai fur
le bien & le mal moral eft précieux par les
( 4 ) M. le Marquis de Vauvenargues , mort à
L'âge de 27 ans.
vûes ,
TA
DECEMBRE. 1754. 73-
vûes , la netteté & la faine philofophie
qu'il y a mis : fon ftyle mâle , pathétique ,
plein de vie , refpire par- tout ce ton de
fentiment qui a tant de charmes pour les
ames fenfibles je laiffe à de petits critiques
le foin de faire remarquer quelques
fautes d'exactitude grammaticale qui lui
font échappées . Il y a , ce me femble , une
reffemblance frappante entre Paſcal & M.
de Vauvenargues , & dans le caractere de
leur génie , & dans leurs maladies , & leur
mort prématurée.
L'homme confidéré en lui -même ou dans
par
fes rapports particuliers avec les autres
hommes , voilà l'objet qu'ont envifagé jufqu'ici
les moraliftes. Il eft venu un génie
créateur , qui joignant à ces confidérations
celles des rapports des hommes entr'eux
comme membres d'une fociété politique ,
a réuni là toute la fcience des moeurs ;
c'eſt fous ce point de vue fi étendu que la
morale eft developpée dans l'Esprit des loix ,
ouvrage unique , fait pour inftruire les
peuples , les Rois & les Philofophes , &
auffi admirable dans la magnificence &
l'immensité du plan que dans l'oeconomie
de l'exécution . On fent bien que la morale
doit être la bafe de la politique . Les
moeurs , les loix & les climats fe tiennent
entr'eux par des rapports délicats & dont
1. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
les combinaiſons font infinies ; ce font ces
rapports que M. de M. a démêlés avec autant
de fagacité que de profondeur : on eft
étonné de cette variété d'obfervations & de
cette multitude de faits , fouvent contradictoires
, qui viennent fe ranger d'euxmêmes
fous un principe fécond , & lui
fervir de point d'appui : on admire dans
fon ftyle cette éloquence rapide & énergi
que , cette force d'expreffion qui naît de la
force des idées ; cette précifion fi finguliere
, qui fait un tableau fini d'un feul
coup de pinceau ; cette imagination vive
& flexible , qui à côté d'une image légere
& gracieufe , nous préfente une image forte
& fublime qui nous étonne . M. de M.
eft tout ce qu'il veut être , & il eſt toujours
grand , toujours créateur ; il ne reſfemble
jamais à perfonne , même de loin ,
& je doute fort que quelqu'un lui reſſemble
de long- tems . On connoît un autre ouvrage
de lui plein d'efprit & de vûes fines
& profondes fur les moeurs , que j'admirerois
quand il ne renfermeroit que
l'hiftoire des Troglodites , qui me paroît
le morceau de morale le plus touchant &
du goût le plus neuf & le plus agréable
qui ait jamais été fait . Qu'il me foit permis
d'ajouter que le fublime des moeurs
que M. de M. a peint dans fes écrits , fe
"
DECEMBRE. 1754. 75
retrouve dans fon ame avec cette aimable
fimplicité , le charme de la fociété , &
qu'on a rencontrée quelquefois dans les
grands hommes. Il m'en coûte pour ne
m'étendre pas davantage fur fon éloge ; il
y a tant de plaifir à louer les hommes vertueux
! je ne craindrois pas affurément d'en
trop dire , mais je craindrois de ne dire pas .
ce qu'il faut.
On fera peut- être charmé d'apprendre
que M. de M. eft un defcendant du célé
bre Montagne ; on voit que le génie & la
philofophie font un bien de patrimoine ,
qui n'a fait qu'augmenter en paffant dans
les mains de M. de M.
Nous avons encore des gens d'efprit
des Philofophes qui ont bien étudié l'efprit
humain , & qui ont porté dans la morale
les nouvelles lumieres que notre fiécle
a acquifes ; mais je referve pour une
autre lettre la fuite de mes obfervations
fur les ouvrages que nous leur devons.
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Résumé : LETTRE A UN ETRANGER Sur les Moralistes François.
La lettre met en lumière la profondeur et la force de raison des moralistes français, souvent sous-estimées par les étrangers. L'auteur répond à un Anglais surpris par la richesse de la littérature morale française, soulignant que cette profondeur ne s'oppose pas à la minutie souvent reprochée aux Français. L'auteur commence par Montaigne, un sceptique qui analyse le cœur humain avec franchise. Bien que son ouvrage soit désordonné, Montaigne est admiré pour sa naïveté et sa vivacité. Son disciple, Pierre Charron, est célèbre pour 'La Sagesse', mais son œuvre est moins profonde que celle de Montaigne. Les écrivains de Port-Royal, comme Nicole et Malebranche, ont produit des ouvrages moraux estimables, bien que parfois austères et monotones. Pascal, malgré son imagination sombre, laisse des pensées morales profondes. Molière, à travers ses comédies, offre une morale en action, corrigeant les mœurs avec précision. Le Duc de La Rochefoucauld, avec ses 'Maximes', présente une vision pessimiste des vertus humaines, réduites à l'intérêt et à l'amour-propre. La Bruyère, dans ses 'Caractères', peint la vie humaine avec force et éloquence, bien que parfois épigrammatique. Vauvenargues, malgré sa courte vie, laisse un ouvrage philosophique profond et touchant. Enfin, Montesquieu, dans 'L'Esprit des lois', développe la morale en lien avec la politique, les mœurs et les lois, avec une grande variété d'observations et une éloquence énergique. L'auteur exprime également son admiration pour les hommes vertueux et mentionne que M. de M., un descendant de Montaigne, incarne le génie et la philosophie comme des héritages familiaux. Il note l'existence de philosophes contemporains qui ont bien étudié l'esprit humain et apporté de nouvelles lumières à la morale, mais réserve ses observations détaillées pour une autre lettre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9602
p. 76-78
LE CREPUSCULE.
Début :
Enfin le jour baisse ; [...]
Mots clefs :
Crépuscule, Nuit
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texteReconnaissance textuelle : LE CREPUSCULE.
LE CREPUSCULE.
Enfin le jour baifle ;
L'aftre qui nous luit,
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Auffi
voyageres
Qu'on voit les éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs ,
Le Dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds ,
Le lit des bergeres.
L'ombre fe répand
L'Amour moins timide ,
Livre impunément
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre,
Que la nuit plus fombre
Dérobe à mes yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déja tout çéde
DECEMBRE . 1754. 77
Au plus doux repos ,
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ,
Et volage encor ,
Dans les bras de Flore ,
Attendant l'Aurore ,
Zéphire s'endort.
Sommeil favorable ,
Ton charme agréable
Diffipe nos maux.
Autour des
pavots
Les fonges voltigent
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le Berger fommeille
Près de fon troupeau s
Le plaifir feul veille
Près de ce ruiffeau :
Bientôt le filence ,
Enfant de la nuit ,
Dans ces bois devance
L'Amour qui le fuit.
Plus loin du myſtere ;
Le charme trompeur ,
Séduit & fait taire
L'auftere pudeur.
Voulant fe défendre
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Philis va fe rendre
Au preffant defir ;
Déja le Plaifir
A
Badinant près d'elle ,
Fléchit la cruelle ;
J'entends un foupir.
Douce Nuit , acheve ,
Pour combler mes voeux ,
De me rendre heureux ;
Que le Jour fe leve
Témoin de nos feux.
Enfin le jour baifle ;
L'aftre qui nous luit,
Après lui ne laiffe
Qu'un éclat qui fuit.
Auffi
voyageres
Qu'on voit les éclairs ,
Des vapeurs légeres
Enflamment les airs ,
Le Dieu que je fers
Fait de nos fougeres ,
Sous ces berceaux verds ,
Le lit des bergeres.
L'ombre fe répand
L'Amour moins timide ,
Livre impunément
A ma main avide
Ces biens précieux ,
Ces charmes fans nombre,
Que la nuit plus fombre
Dérobe à mes yeux.
Moment favorable !
Couché fur les fleurs,
Un objet aimable
N'a plus de rigueurs.
Mais déja tout çéde
DECEMBRE . 1754. 77
Au plus doux repos ,
A de longs travaux
Le fommeil fuccéde ,
Et volage encor ,
Dans les bras de Flore ,
Attendant l'Aurore ,
Zéphire s'endort.
Sommeil favorable ,
Ton charme agréable
Diffipe nos maux.
Autour des
pavots
Les fonges voltigent
Des fonges menteurs
Les folles erreurs
Confolent , affligent ,
Raffurent nos coeurs.
Le Berger fommeille
Près de fon troupeau s
Le plaifir feul veille
Près de ce ruiffeau :
Bientôt le filence ,
Enfant de la nuit ,
Dans ces bois devance
L'Amour qui le fuit.
Plus loin du myſtere ;
Le charme trompeur ,
Séduit & fait taire
L'auftere pudeur.
Voulant fe défendre
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Philis va fe rendre
Au preffant defir ;
Déja le Plaifir
A
Badinant près d'elle ,
Fléchit la cruelle ;
J'entends un foupir.
Douce Nuit , acheve ,
Pour combler mes voeux ,
De me rendre heureux ;
Que le Jour fe leve
Témoin de nos feux.
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Résumé : LE CREPUSCULE.
Le texte décrit la transition du crépuscule vers la nuit. La lumière déclinante laisse place à des éclairs et des vapeurs légères qui illuminent l'air. L'amour se manifeste plus librement, offrant des charmes précieux que la nuit sombre dissimule. Un moment propice permet de se reposer sans contrainte. Le sommeil succède aux travaux, et même Zéphyr, le vent doux, s'endort dans les bras de Flore. Le sommeil, entouré de pavots et de songes menteurs, disperse les maux. Les bergers dorment près de leur troupeau, tandis que le plaisir veille. La nuit avance, et l'amour la suit. Philis, séduite par le plaisir, succombe à ses désirs. Le texte se conclut par un souhait que la nuit rende heureux avant que le jour ne se lève, témoin des feux amoureux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9603
p. 78-88
ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Début :
Michel Sachse, Historien Allemand, nous apprend dans la quatrieme [...]
Mots clefs :
Hans Wurst, Théâtre, Acteurs, Comédie, Jean Saucisse, Allemagne, Poésie dramatique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
ETAT
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
De la Poëfie Dramatique en Allemagne.
M
Ichel Sachfe , Hiftorien Allemand ,
nous apprend dans la quatrieme
partie de fa Chronique des Empereurs ,
que la premiere Comédie fur jouée en
Allemagne en 1497 ; que Reuchlin en fut
l'auteur ; qu'il la compofa en l'honneur
de Jean de Dalberg , Evêque de Worms
& que le peuple la regarda comme un prodige
: c'eft là la premiere trace de l'origine
des fpectacles en Allemagne. L'ufage ne
peut gueres en avoir été plus ancien en
>
DECEMBRE . 1754. 79
France puifque fous François I on y
jouoit des comédies faintes , qui , autant
qu'on en peut juger par les titres , devoient
être monftrueufes. Il eft vrai que
fi l'on remonte à cet Anfelme Faidet dont
parle M. de Fontenelle dans fon Hiftoire
du Théatre François , & qui après avoir
promené fes tragédies & fes comédies
avec un grand fuccès dans plufieurs Cours ,
mourut en 1220 , le fpectacle fe trouvera
au moins de 277 ans plus ancien en France
qu'en Allemagne.
La principale caufe qui a empêché le
théatre allemand d'acquerir le dégré de
perfection auquel font parvenus les théâtres
d'Italie , d'Angleterre , & fur-tout celui
de France ; c'eft qu'ayant été en proye
à des troupes de bâteleurs errans , qui couroient
de foire en foire par toute l'Allemagne
, jouant de mauvaiſes farces pour
amufer la populace , les honnêtes gens fe
font revoltés contre cette forte de fpectacles
, & l'Eglife les a condamnés comme
propres par leur indécence , à corrompre
les moeurs. Il ne s'eft pas trouvé un homme
du monde , pas un génie d'un certain
ordre qui ait voulu travailler pour de pareils
hiftrions.
Le premier vice du théatre allemand
étoit donc de manquer de bonnes pieces ;
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
celles qu'on y repréfentoit , devenoient
également odieufes , & par le plan & par
l'exécution . On n'y voyoit jamais une
époque de la vie , un événement développé
; c'étoit toujours des hiftoires , quelquefois
de plufieurs fiécles : les régles du
dramatique y étoient tout- à - fait inconnues
, & les Comédiens donnoient une
pleine carriere à leur imagination.
La comédie qu'on jouoit le plus univerfellement
, c'étoit Adam & Eve , ou la
chute du premier homme ; elle n'eft pas encore
tout -à - fait profcrite , & il n'y a que
quelques années qu'on l'a repréfentée à
Strasbourg. On y voit une groffe Eve ,
dont le corps eft couvert d'une fimple
toile couleur de chair , exactement collée
fur la peau avec une petite ceinture de
feuilles de figuier , ce qui forme une nudité
très dégoûtante . Adam eft fagoté de
même. Le pere Eternel paroît avec une
vieille robe de chambre , affeublé d'une
vafte perruque & d'une grande barbe blanche
; les diables font les bouffons & les
mauvais plaifans.
Une autre piece que les Comédiens regardoient
comme une tragédie fublime ,
& qu'ils nommoient dans leurs affiches ,
une action d'éclat & d'état , c'eft Bajazet
Tamerlan. Après que ces deux rivaux
DECEMBRE. 1754. 81
de la tyrannie fe font fait dire par leurs
Ambaffadeurs , les invectives les plus atroces
& les faletés les plus groffieres , ils en
viennent à la bataille qui fe donne fur le
théatre. On voit Tamerlan qui terraffe
Bajazet : ces Princes fe prennent à braffecorps
, & font des efforts terribles pour s'étrangler
mutuellement , en jettant des cris
& des hurlemens affreux .
Dans une tragédie , intitulée Diocletien
, cet Empereur , grand perfécuteur des
Chrétiens , apprend que la belle Dorothée
a embraffé en cachette le Chriftianifme :
tranſporté de colere il fait venir fon Général
Antonin ; & lui commande de violer publiquement
cette Princeffe.Bien loin d'exécuter
cet étrange ordre , Antonin conçoit
pour elle un amour refpectueux & tâche de
la fauver. L'Empereur féduit par les mauvais
confeils de fon Chancelier , fait couper
la tête à la Princeffe , & cette exécution fe
paffe fur le théatre à la vûe des fpectateurs.
Dioclétien ne tarde point à fe repentir
de fon crime ; mais un moment
après il eft englouti par la terre. Le Général
Antonin perd la raifon de defefpoir , &
fait mille extravagances ; il s'endort à la
fin : Arlequin furvient , & le réveille avec
un jeu de cartes , en lui criant aux oreilles :
quatre matadors & fans prendre.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Le bouffon ou plaiſant de la véritable
comédie allemande eft appellé Jean fauciffe
( Hans-Wurft ) ; c'eft une efpéce de
balourd. Pour être parfait en fon genre ,
on veut qu'il ait l'accent Saltzbourgeois ; il
a le privilége de dire des faletés : au prix
de lui le Polichinel François eft très- poli .
Dans une piece intitulée Charles XII ,
Roi de Suede , le Général Fierabras commande
dans la fortereffe de Friderichshall
; il paroît fur les remparts , provoque
Charles XII , lui chante pouille , & l'appelle
fanfaron. Charles de fon côté le menace
qu'il le fera hacher menu comme
chair a pâté. Sur quoi le Roi va reconnoître
la ville. Jean Sauciffe qui est en faction ,
lui crie : Qui va là ? Le Roi répond , Charles
XII , & ajoute : Et toi , qui es -tu ?
Jean Sauciffe XIII , lui replique le bouffon
, en lui faifant la généalogie des Jean
Sauciffe. A la fin Charles fe met de mauvaiſe
humeur & fait commencer la canonnade
; mais il est bientôt étendu fur le
carreau. Fierabras fuivi de Jean Sauciffe ,
fort de la place ; & après avoir chanté victoire
fur le cadavre du Roi Suédois , il regagne
la ville , & la piece finit.
Ce n'eft pas que parmi tant de fottifes
on ne voye de tems en tems fur l'ancien
théatre allemand quelques bluettes d'efDECEMBRE
. 1754- 85
prit , quelques faillies plaifantes. Il y a
certainement des traits qui font rire , même
les honnêtes gens ; mais ils font rares &
prefque toujours défigurés par des poliffonneries
groffieres , ou par le noeud ridicule
de la piece.
Un autre défaut de ces anciennes pieces
allemandes , & qui n'eft pas des moindres ,
c'eft qu'elles ne font pas écrites d'un bout
à l'autre. Les Comédiens pour l'ordinaire
n'en ont que le cannevas , & jouent le
refte d'imagination . Jean Sauciffe fur-tout
y trouve unbeau champ pour donner carriere
à fes plaifanteries.
Au refte tout étoit mauffade dans ce
fpectacle : une mauvaiſe cabanne de planches
fervoit de maifon ; les décorations y
étoient pitoyables ; les acteurs vêtus de
de haillons & coëffés de grandes & vieilles
perruques , reflembloient à des fiacres
habillés en héros : en un mot , la comédie
étoit un divertiffement abandonné à la lie
du peuple.
Au milieu de cette barbarie une femme
aimable ofa concevoir le deffein d'épurer
le théatre allemand , de lui donner une
forme raisonnable , & de le porter , s'il étoit
Foffible , à la perfection ; but que les ef-
Frits d'un certain ordre fe propofent toujours
dans leurs entrepriſes. Cette femme
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
étoit Madame Neuber , épouſe d'un affez
mauvais Comédien , mais bonne actrice :
outre fon talent pour le théatre , elle en a
beaucoup pour la Poëfie , fuite du génie &
du goût avec lefquels elle eft née . Ses premiers
fuccès furent d'abord très- brillans ;
elle commença par s'affarer de plufieurs
bons acteurs , & en forma d'autres . Ce ne
fut pas une petite acquifition que celle
qu'elle fit en Monfieur Koch , Comédien ,
qui auroit paffé même à Paris pour excellent
, s'il avoit fçu la langue Françoiſe
auffi bien qu'il poffedoit l'Allemande : c'étoit
d'ailleurs un homme d'efprit qui avoit
de bonnes études , & qui dans la fuite a
traduit en vers allemands quelques-unes
des meilleures pieces Françoifes.
Mais ce n'étoit pas le tout d'avoir de
bons acteurs ; Madame Neuber crut avec
raifon qu'il falloit auffi fe pourvoir de
bonnes pieces , & rien n'étoit plus difficile
par les raifons qu'on vient de rapporter.
Elle s'avifa du meilleur expédient qu'elle
pût prendre , & réfolut de commencer par
donner au public de bonnes traductions
avant que de fonger à lui préfenter des
originaux. Son premier début fut en Saxe ,
& elle y trouva des fecours . M. Gottſched
accorda une espece de protection à ce théatre
naiflant , & le fournit non feulement
DECEMBRE . 1754. 85
de quelques bonnes verfions de pieces
françoifes , mais auffi de plufieurs Comédies
de fa façon ou de celle de fes amis ,
& entr'autres d'une tragédie qui feroit
belle dans toutes les langues du monde ;
c'eſt la mort de Caton , imitée en partie
de l'Anglois de M. Addiffon , & en partie
de l'invention de M. Gottfched. M. Koch
travailla auffi de fon côté avec fuccès à la
traduction des meilleures pieces du théatre
François , & le public goûta avec avidité
ces beautés nouvelles qui parurent fur
la fcene allemande .
Le théatre de Madame Neuber avoit
déja fait de grands progrès , lorqu'elle vint
débuter à Hambourg ; elle y trouva des
perfonnes de goût & des gens de lettres ,
amateurs des beaux Arts , dont les travaux
contribuerent beaucoup aux progrès dramatiques.
M. de Stuven dont les talens ont
été employés depuis plus utilement par
deux grands Princes , fut excité par fon
beau génie à confacrer fes momens de loifir
aux ouvrages dramatiques Il traduifit
en peu de tems , avec autant d'élégance que
de fidélité , Phédre & Hippolyte , Britannicus
, le Comte d'Effex , Brutus & Alzire. Il
a été depuis imité par plufieurs de fes compatriotes
; & peu s'en faut qu'on n'ait aujourd'hui
en Allemand les meilleures pie86
MERCURE DE FRANCE.
ces de Corneille , de Racine , de Voltaire ,
de Crébillon , de Campiftron , de Moliere ,
de Regnard , de Deftouches , en un mot
des plus célebres tragiques & comiques
François. Les Allemands font à cet égard
auffi riches que les Anglois , qui ont approprié
à leur théatre des traductions des plus
excellentes pieces Françoifes.
Ceux qui font au fait des détails du
théatre , fçavent combien il faut de dépenfes
& de goût pour l'habillement des
acteurs , pour les décorations & pour mille
autres befoins , dont le fpectateur s'apperçoit
à peine , mais qui font ruineux pour
les entrepreneurs. Mme Neuber n'eut pour
fubvenir à tous ces frais & pour la réuffite
de toutes fes entrepriſes , que la générosité
de quelques particuliers & les reffources
de fon efprit. Mais le croira- t- on ? Cette
femme à laquelle on ne fçauroit difputer
la gloire d'avoir produit en Allemagne le
premier théatre raisonnable , a été pendant
plufieurs années en bute à la fatyre la plus
noire & la plus amere , & fe trouve maintenant
réduite par les perfécutions de fes
ennemis à un état d'indigence , qui fait
honte au fiécle & à la nation. Au lieu de
reconnoiffance & d'encouragement, elle n'a
rencontré que des traverfes & de l'envie.
La defunion s'eft mife auffi dans fa troupe ,
DECEMBRE. 1754. 87
& plufieurs autres circonstances ont concouru
à la décadence de ce théatre , chacun
des principaux acteurs ayant eu l'ambition
d'être chef de troupe , & de fe former une
compagnie féparée. Cette mefintelligence
a tout ruiné. Du fein de la troupe de Mme
Neuber font forties celles de Schonemann
de Koch , de Shuch & d'autres , qui fe n
fant réciproquement n'ont pu s'élever chacune
en particulier à la perfection qu'elles
auroient atteinte fi elles fuffent demeurées
unies. Aujourd'hui chacune de ces troupes
eft défectueufe par quelque endroit , &
fur-tout par les acteurs , qui faifant de leur
art une fimple profeffion méchanique
jouent pour l'ordinaire fans efprit & fans
ame. Ils font ou froids à glacer, ou furieux.
Ce qui choque d'ailleurs beaucoup fur la
ene allemande , c'eft la façon mauffade
& prefque indécente dont s'habillent , fe
chauffent & fe coëffent les Comédiens Allemands
, fur-tout les femmes : on n'y
trouve point ce goût & ces graces fi néceffaires
pour plaire au public raifonnable .
Tout cet expofé prouve qu'il feroit poffible
de porter le théatre allemand à un
certain dégré de perfection ; mais il fait
voir en même tems que la chofe ne fe fera
jamais à moins que quelque Prince éclairé
ne s'en mêle , & n'entretienne à fes dépens
38 MERCURE DE FRANCE.
une bonne troupe , dirigée par un de ſes
courtifans , qui foit au fait du fpectacle.
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Résumé : ETAT De la Poësie Dramatique en Allemagne.
Le texte aborde l'évolution du théâtre dramatique en Allemagne. La première comédie allemande connue date de 1497, écrite par Reuchlin en l'honneur de Jean de Dalberg, évêque de Worms. En France, des comédies étaient déjà jouées sous François Ier, avec des spectacles remontant même à 1220, comme ceux d'Anselme Fadet. En Allemagne, le théâtre était longtemps dominé par des troupes de bateleurs errants, ce qui lui a valu une mauvaise réputation et une condamnation par l'Église. Les pièces étaient souvent de mauvaise qualité, mélangeant des histoires de différentes époires sans respecter les règles dramatiques. Des comédies comme 'Adam et Eve' ou des tragédies comme 'Bajazet Tamerlan' et 'Dioclétien' étaient courantes, caractérisées par leur indécence et leur manque de réalisme. Madame Neuber, actrice et poétesse, a tenté de réformer le théâtre allemand en engageant de bons acteurs et en traduisant des pièces françaises célèbres. Elle a reçu le soutien de M. Gottsched et d'autres intellectuels, permettant au théâtre allemand de progresser. Cependant, des querelles internes et des persécutions ont conduit à la décadence de son théâtre. Les troupes allemandes actuelles souffrent de désunion et de manque de professionnalisme, avec des acteurs jouant sans esprit ni âme. Le texte conclut que pour atteindre un certain degré de perfection, le théâtre allemand nécessiterait le soutien d'un prince éclairé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9604
p. 88
« Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...]
Mots clefs :
Chemin, Cartes à jouer, Caractère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du Mercure de Novembre est Chemin Celui de la [...] »
Le mot de la premiere Enigme du Mercure
de Novembre eft Chemin Celui de la
feconde eft Cartes à jouer. Le mot du Logogryphe
eft Caractere , dans lequel on
trouve carte géographique , terre , art , rare
, car , rat , carte à jouer , Raca , artere.
de Novembre eft Chemin Celui de la
feconde eft Cartes à jouer. Le mot du Logogryphe
eft Caractere , dans lequel on
trouve carte géographique , terre , art , rare
, car , rat , carte à jouer , Raca , artere.
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9605
p. 88-89
ENIGME.
Début :
Mon pere est le blond Apollon, [...]
Mots clefs :
Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
Mon pere eft le blond Apollon ;
Ma mere eft celle d'Egeon .
J'aime la valeur , le courage ;
Je me plais beaucoup au carnage :
Ma vûe imprime la terreur .
Je fuis l'afyle de l'honneur.
Sous l'un & fous l'autre topique
On me chérit & l'on me craint ;
Du fond de la Chine au Mexique
J'agite & je mets tout en train.
Depuis la naiffance du monde ,
Je devins en exploits féconde.
Je fais du bien , je fais du mal ;
J'ai fervi le grand Annibal ,
DECEMBRE. 1754 89
Céfar , Scipion , Alexandre ;
Tous ces conquerans , fous mes loix ,
Ont forcé le monde à fe rendre.
Je foutiens le thrône des Rois .
A ces traits tu peux reconnoître ,
Cher Lecteur , mon nom & mon être.
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9606
p. 89-90
AUTRE.
Début :
J'ai les femmes pour ennemies, [...]
Mots clefs :
Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
JAi les femmes pour ennemies ,
Si l'on croit certain croniqueur ;
Vois , ami , quel eſt mon malheur
D'être banni de leurs parties.
Aux hommes moins indifférent ,
Par fois ils me rendent hommage ;
Mais c'eft un honneur de paffage :
Je ne fuis Roi que dans certain Couvent.
Combien de fois l'amant timide
Me garde-t-il contre fon gré ?
De ces Meffieurs rarement réveré ,
Peu voyagent fous mon Egide.
Il eft pourtant , fans vanité ,
Des cas où j'ai l'éloquence en partage :
D'autres , où de ftupidité
Je fuis la plus parfaite image.
A bien des divers mouvemens
Je dois moneffence & mon être
90 MERCURE DE FRANCE.
Je donne des plaifirs , je cauſe des tourmens.
N'en eft- ce pas aflez pour me faire connoître ?
JAi les femmes pour ennemies ,
Si l'on croit certain croniqueur ;
Vois , ami , quel eſt mon malheur
D'être banni de leurs parties.
Aux hommes moins indifférent ,
Par fois ils me rendent hommage ;
Mais c'eft un honneur de paffage :
Je ne fuis Roi que dans certain Couvent.
Combien de fois l'amant timide
Me garde-t-il contre fon gré ?
De ces Meffieurs rarement réveré ,
Peu voyagent fous mon Egide.
Il eft pourtant , fans vanité ,
Des cas où j'ai l'éloquence en partage :
D'autres , où de ftupidité
Je fuis la plus parfaite image.
A bien des divers mouvemens
Je dois moneffence & mon être
90 MERCURE DE FRANCE.
Je donne des plaifirs , je cauſe des tourmens.
N'en eft- ce pas aflez pour me faire connoître ?
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9607
p. 90-91
LOGOGRYPHE.
Début :
Guidés par la folie & nourris par l'espoir, [...]
Mots clefs :
Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Guidés par la folie & nourris par l'eſpoir ,
Jouets ambitieux d'une vaine avarice ,
Mille & mille mortels foumis à mon pouvoir ,
S'exposent tous les jours aux coups de mon caprice.
Aveugle en mes faveurs , bizarre dans mon choix ,
Capricieuſe , injufte même ,
De mes défauts , malgré le nombre extrême ,
On veut encore fubir mes loix.
Si ce tableau fur moi te laiffe quelque doute ,
Pour me montrer , lecteur , je prens une autre
route.
Partage tout mon corps en deux ,
J'offre d'abord le don que je deftine
A ceux que je veux rendre heureux.
Enfuite joins mes fept pieds , & combine ,
Tu trouveras du Créateur
Un oeuvre dans lequel éclate fa puiſſance ,
Une riviere de la France ,
Remarquable par ſa grandeur ,
Un ornement aux Prêtres néceſſaire ,
Un cas honteux qu'on ne fait guere à jeun ,
Dans un repas un ſervice ordinaire ,
DECEMBRE. 1754. 91
Un métal autrefois au Pérou fort commun ;
Un inftrument avec lequel Orphée
Sçutjadis attendrir Pluton ;
De la jalouſe & cruelle Junon
La rivale qui fut la plus perfecutée.
Un Prophête fameux , ce qui fert au repos ;
Après le vin ce qui refte aux tonneaux ;
Une chofe fort néceffaire ,
Que tout le monde doit porter ;
Le nom d'un mortel qu'on revere
Un Saint connu dans le calendrier.
Un pays de la Gréce , une plante qui pique ;
Un Dieu puiflant dont Zéphire eft le fils ,
Plus une note de Mufique :
Enfin un ....
Mais , Lecteur , c'eſt aſſez , je finis.
Guidés par la folie & nourris par l'eſpoir ,
Jouets ambitieux d'une vaine avarice ,
Mille & mille mortels foumis à mon pouvoir ,
S'exposent tous les jours aux coups de mon caprice.
Aveugle en mes faveurs , bizarre dans mon choix ,
Capricieuſe , injufte même ,
De mes défauts , malgré le nombre extrême ,
On veut encore fubir mes loix.
Si ce tableau fur moi te laiffe quelque doute ,
Pour me montrer , lecteur , je prens une autre
route.
Partage tout mon corps en deux ,
J'offre d'abord le don que je deftine
A ceux que je veux rendre heureux.
Enfuite joins mes fept pieds , & combine ,
Tu trouveras du Créateur
Un oeuvre dans lequel éclate fa puiſſance ,
Une riviere de la France ,
Remarquable par ſa grandeur ,
Un ornement aux Prêtres néceſſaire ,
Un cas honteux qu'on ne fait guere à jeun ,
Dans un repas un ſervice ordinaire ,
DECEMBRE. 1754. 91
Un métal autrefois au Pérou fort commun ;
Un inftrument avec lequel Orphée
Sçutjadis attendrir Pluton ;
De la jalouſe & cruelle Junon
La rivale qui fut la plus perfecutée.
Un Prophête fameux , ce qui fert au repos ;
Après le vin ce qui refte aux tonneaux ;
Une chofe fort néceffaire ,
Que tout le monde doit porter ;
Le nom d'un mortel qu'on revere
Un Saint connu dans le calendrier.
Un pays de la Gréce , une plante qui pique ;
Un Dieu puiflant dont Zéphire eft le fils ,
Plus une note de Mufique :
Enfin un ....
Mais , Lecteur , c'eſt aſſez , je finis.
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9608
p. 92-96
« Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
Début :
Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...]
Mots clefs :
Royaume de Galam, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
ISTOIRE OU police du Royaume de
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
Gala . Cette brochure qui fe vend chez
Jombert , rue Dauphine , préſente des vûes
utiles à la fociété. Je n'en donnerai point
d'extrait ; mais je placerai ici quelques réflexions
que j'ai faites , & que je defirerois
paffionnément de voir juftifier par le fuccès.
Pour peu qu'on foit obfervateur , on remarque
dans tous les efprits une fermentation
qui n'y avoit pas été peut- être depuis
la fondation de la Monarchie . Le bien
public eft l'objet des converſations , même
des gens frivoles , de l'étude des fages , &
des écrits des citoyens affez inftruits pour
éclairer les autres. Il feroit agréable & uti
le de remonter aux caufes qui ont produit
une révolution fi heureufe ; & j'oſe inviter
quelqu'une de nos Académies à propofer
ce fujet pour un de fes prix. Si j'avois
à le traiter , je m'arrêterois principalement
à l'exemple de nos refpectables rivaux les
Anglois , à l'efprit philofophique qui fait
des progrès fi rapides depuis vingt ans , &
à l'Esprit des Loix , l'ouvrage le plus lumineux
qui foit peut- être jamais forti de la
tête d'aucnn homme.
L
DECEMBRE . 1754- 93
Les difpofitions où eft la nation n'ont
pas échappé au gouvernement . Il en a profiré
pour faire des opérations , qui dans
des tems moins éclairés n'auroient pas été
pratiquables Sa probité & fon exactitude à
remplir fes engagemens , font devenues les
fondemens d'un crédit public , aujourd'hui
la baſe de notre opalence. Nous tommes
le peuple de l'Europe qui a la maffe d'argent
la plus confiderable , & le commerce
le plus riche.
Il reftoit un vice radical dans l'Etat,
L'ordre fi nombreux & fi précieux des cultivateurs
étoit gêné dans la vente de la
plus néceffaire de fes denrées. Le nouveau
Miniftre des Finances en rendant libre le
commerce du blé dans tout le Royaume ,
& en ouvrant deux ports pour le porter 2
l'étranger , s'eft affuré pour toujours le
coeur de vingt millions d'hommes .
·
Seroit ce fe flater que d'efperer que
cette fage innovation fera fuivie d'une plus
importante encore : Toute la nation fou
pire depuis long- tems après la taille réelle ,
la feule impofition capable de prévenir les
haines , les injuftices , le découragement.
Par quelle fatalité n'a - t - on pas écouté la
voix de la raifon & le cri des peuples ? Les
obftacles que pouvojent apporter d'un côté
le défaut de lumieres & le défaut de con94
MERCURE
DE FRANCE.
fiance de l'autre , font heureuſement levés.
S'il refte des difficultés , comme il n'eft
pas permis d'en douter , M. le Controlleur
Général a dans fon coeur le courage qu'il
faut les braver , & il trouvera dans pour
fon efprit des moyens pour les furmonter.
Cette opération répareroit tout le tort
qu'on a fait au Royaume , en s'occupant
toujours moins de fon bonheur que de fa
gloire , & placeroit le Miniftre qui en ſeroit
l'auteur , au- deffus de tous les grands
hommes que leurs talens ont fait appeller
à l'adminiftration des affaires.
L'ART de cultiver les muriers blancs
d'élever les vers à foye & de tirer la foye
des cocons , avec figures . A Paris , chez la
veuve Lottin , & J. H. Butard , rue S. Jacques
, 1754, I vol . in-8°.
L'ouvrage que nous annonçons , eft divifé
en trois parties. La premiere regarde
les muriers ; la feconde , les vers ; la troifieme
, le tirage de la foye. Dans la premiere
partie on expofe en général les propriétés
du murier & fes différentes efpeces .
On donne auffi divers moyens de le multiplier
, & on enfeigne la maniere de le
cultiver , foit dans les pépinieres , foit
quand il eft planté à demeure. La feconde
partie traite de tout ce qui regarde les vers
DECEMBRE. 1754.
95
à foye , du logement qui leur convient ,
du tems & de la maniere de les faire éclor
re , de les nourrir & de les gouverner en
fanté & en maladie , de les faire filer &
d'en recueillir de la graine pour l'année
fuivante. Enfin dans la troifieme partie , fur
le tirage de la foye , on enfeigne divers
moyens de tuer les papillons dans les coques
, pour qu'ils ne les percent pas. On
donne la deſcription de plufieurs tours inventés
pour le tirage de la foye , avec la
maniere de la tirer. Ces trois traités renferment
un grand nombre de choſes neuves
, qu'on chercheroit inutilement dans
les autres traités fur cette matiere. L'excellent
citoyen auquel nous devons cet ou
vrage , n'a rien négligé ni pour le fond ni
pour la forme. Tout ce qu'il eft important
de fçavoir fur la matiere qui y eft traitée ,
s'y trouve , & s'y trouve écrit avec préci
fion , avec ordre & avec clarté.
ABREGE de la Philofophie ou differ
tation fur la certitude humaine , la Logique
, la Métaphyfique & la Morale. A
Paris , chez Delaguette , rue S. Jacques ,
1754.2 vol. in- 12.
Cet ouvrage eft de feu M. l'Abbé de la
Chambre , fort connu par un grand nombre
de livres fur des matieres qu'il feroit
96 MERCURE DE FRANCE.
à fouhaiter qu'on agitât peu . Voici le portrait
qu'on nous trace de lui .
Il avoit l'efprit extrêmement jufte , les
idées fort nettes , & beaucoup de précifion ;
fçachant faire valoir une objection , fans
négliger de mettre dans tout fon jour la
réponſe. Complaifant , facile & parlant
très-peu , il n'avoit le ten ni impofant ni
déciff. La douceur dans la fociété & la
tranquillité d'ame formoient le fond de
fon caractere. Si la converfation l'engageoit
dans quelque difpute , il foutenoit
fon fentiment fans âcreté & fanş amertume.
Cette complaifance de caractere , cette
indifférence & pour ainfi dire, cette tiédeur
qu'il avoit pour les propres fentimens ,
étoient même en lui quelquefois portées
trop loin , & l'ont engagé dans une occa
fion au-delà de ce qu'il penfoit véritablement.
Mais quel eft le Sage & le Philofophe
, l'homme le plus profond & du plus
folide jugement , qui n'ait pas fait dans fa
vie quelque fauffe démarche ? Heureux
celui qui fent fes fautes , mais plus heureux
ceux qui ont le courage de les réparer !
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Résumé : « Histoire ou police du Royaume de Gala. Cette brochure qui se vend chez [...] »
En décembre 1754, le Royaume de France connaît une fermentation intellectuelle marquée par un intérêt croissant pour le bien public dans les conversations et les écrits. L'auteur suggère que les Académies devraient proposer un prix pour étudier les causes de cette révolution positive, en s'inspirant de l'exemple anglais et de l'œuvre 'L'Esprit des Lois'. Sur le plan économique, le gouvernement français a su tirer parti de cette effervescence pour renforcer le crédit public, faisant de la France le pays européen avec la plus grande masse d'argent et le commerce le plus riche. Cependant, un problème majeur subsistait : les cultivateurs rencontraient des difficultés pour vendre leurs denrées. Le nouveau ministre des Finances a alors pris des mesures pour libérer le commerce du blé et ouvrir des ports à l'exportation, ce qui lui a valu le soutien de la population. L'auteur exprime l'espoir que cette réforme sera suivie par l'instauration de la taille réelle, une forme d'imposition plus juste. Il salue le courage du contrôleur général pour surmonter les obstacles restants. Le texte mentionne également deux ouvrages : l'un traitant de la culture des muriers et de l'élevage des vers à soie, et l'autre, un abrégé de philosophie rédigé par l'Abbé de la Chambre, reconnu pour son esprit juste et sa complaisance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9609
p. 96-99
« PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Début :
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...]
Mots clefs :
Virgile, Signification
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texteReconnaissance textuelle : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
PUBLII Virgilii Maronis opera ordine
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
perpetuo , interpretationibus Gallicis & dictionariis
illuftrabat Antonius Bourgeois
Parochus Sancti Germani , & in Collegio
Crefpiaco
DECEMBRE . 1754. 27
Crefpiaco Vallenfi primarius ; ad ufum Scholarum.
Sylvanecti , apud Nicolaum Defroques
; Parifiis , apud Carolum Hochereau
natu-majorem , ripâ de Conti , 1754 ,
I vol. in- 8°.
Quelque Auteur latin , quelque recueil
même , dit M. Bourgeois , que l'on
mette entre les mains des commençans ,
ils y trouveront toujours des difficultés
de cinq fortes , & qui confiftent , 1 °. à
faire ou à retenir la conftruction de chaque
phrafe. 2°. A trouver de foi - même les
mots fous- entendus. 3 °. A trouver la fignification
propre des expreffions figurées.
4. A choifir dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot. 5 ° . Enfin
à trouver un tour françois convenable
pour traduire les phrafes latines , qu'on
peut rendre mot à mot . M. Bourgeois s'eft
appliqué à faire difparoître ces difficultés ;
voici comment il s'y eft pris.
y
1º . A côté & vis- à-vis du texte eft la
conſtruction de chaque phrafe. Les mots
font à peu près rangés comme ils doivent
l'être pour former une phrafe françoife
, quand on les aura traduits les uns
après les autres . L'auteur ne s'écarte de ce
fentier que par rapport aux mots qu'on ne
peut déranger fans pécher contre les régles
de la Grammaire , qui apprend elle-
1.Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
même où il faut les placer quand il eſt
question de traduire. La même conſtruction
offre encore tous les mots fous- entendus
dans le texte.
2º. Avec le fecours des interprétations
placées au bas des pages , il fera aifé d'apprendre
la fignification jufte des expreffions
figurées. Elles y font toutes expliquées
& traduites d'abord à la lettre , & ramenées
enfuite au fens naturel & fimple.
3° . Des remarques fur le fujet , fur les
perfonnages & fur le texte de chaque églogue
compofent la troifieme partie de l'ouvrage
de M. Bourgeois . Comme elle eſt
inutile aux commençans , l'Auteur l'a écrite
en latin . On y trouve de la fagacité , des
idées neuves & des fyltêmes vraisemblables
.
4°. La quatrieme difficulté qui confifte
à trouver dans un dictionnaire la fignification
propre de chaque mot , eft tout- àfait
infurmontable pour les commençans
,
à caufe du grand nombre des fignifications
diverfes dont le même mot eft communément
fuivi. Pour remédier à cet inconvénient
, M. Bourgeois a compofé le petit
dictionnaire qui termine le volume , &
ne laiffe rien à défirer à la jeuneffe . Ce
dictionnaire , outre qu'il eft fort exact , eſt
encore fait de façon qu'on ne peut fe tromDECEMBRE.
1754. 99.
per dans le choix de la fignification dont
on a befoin.
Nous croyons en avoir affez dit pour
faire fentir le mérite du travail de M.
Bourgeois. Il y a apparence que l'Auteur
qui ne publie aujourd'hui que les Eglogues
, fera encouragé par des fuffrages
importans & décififs à nous donner tout
le Virgile.
LES livres de Ciceron , de la Vieilleffe
de l'Amitié , traduction nouvelle ; fur l'édition
latine de Grævius , avec le latin à'
côté. A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la Fontaine S. Benoît , aux
Cicognes , 1754 , in - 12 .
fi
On ne fçauroit trop multiplier les traductions
des bons livres , des livres de morale
fur- tout. Il eft rare que le bien reſte
long- tems dans l'efprit , fans tomber ,
l'on peut parler ainfi , dans le coeur. Combien
de fois n'eft- il pas arrivé qu'une lecture
qui n'avoit été entreprise que par curiofité
, foit devenue une leçon de vertù ?
Nous fouhaitons cette deftinée à la traduction
que nous annonçons .
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Résumé : « PUBLII Virgilii Maronis opera ordine perpetuo, interpretationibus Gallicis & dictionariis [...] »
Le texte présente une édition de l'œuvre de Publius Virgilius Maro, réalisée par Antonius Bourgeois, curé de Saint-Germain et membre du Collège de Crèfpiaco, en décembre 1754. Cette édition est destinée aux étudiants et est disponible à Sylvanecti chez Nicolaum Defroques et à Paris chez Carolus Hochereau. Bourgeois met en lumière les difficultés rencontrées par les débutants en latin, telles que la construction des phrases, la compréhension des mots usuels, l'interprétation des expressions figurées, le choix des significations dans un dictionnaire et la traduction en français. Pour surmonter ces obstacles, Bourgeois a structuré son ouvrage de manière pédagogique. Chaque phrase est présentée avec les mots rangés pour faciliter la traduction en français. Des interprétations au bas des pages expliquent et traduisent les expressions figurées. Des remarques sur les sujets, personnages et textes des églogues sont incluses en latin pour les lecteurs avancés. Un dictionnaire précis et clair termine le volume, aidant les débutants à choisir la bonne signification des mots. Le texte mentionne également une nouvelle traduction des livres de Cicéron sur la Vieillesse et l'Amitié, publiée à Paris chez Joseph Barbou, soulignant l'importance des traductions des ouvrages moraux pour leur impact durable sur l'esprit et le cœur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9610
p. 128-147
« EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Début :
EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...]
Mots clefs :
Physique, Électricité, Expérience, Newton, Almanach, Francis Hauksbee, Effets, Nature, Impulsion, Attraction, Physicien, Cartésiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
EXPÉRIENCES Phyfico - méchaniques
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
fur différens fujets , & principalement
fur l'Electricité, produites par le frottement
des corps , traduites de l'Anglois de M.
Hauksbée ; par feu M. de Bremond , de
l'Académie royale des Sciences ; revûes ,
mifes au jour , avec un difcours préliminaire
, des remarques & des notes par M.
Defmareft , avec des figures ; 2 vol . in- 12.
A Paris , chez la veuve Cavelier & fils , rue
S. Jacques , au Lys d'or , 1754.
La réputation dont jouiffent en Angleterre
les expériences de M. Hauksbée , le
dégré d'authenticité qu'elles y ont acquis
d'abord & que le tems n'a point affoibli ,
font des titres qui affurent à la traduction
un accueil favorable de tous ceux qui aiment
à puifer dans des fources fûres. Feu
M. de Bremond qui connoiffoit les bons
ouvrages de Phyfique Anglois , & qui étoit
fi zélé pour les faire connoître par fes traductions
, s'attacha dans fes premiers eſſais
DECEMBRE. 1754. 129
aux expériences que nous annonçons ; mais
des travaux plus importans dont le public
a recueilli les fruits , ne lui ont pas permis
de les revoir & de les publier. M. Defmareft
qui s'en eft chargé , a revû & retouché
exactement la traduction , & l'a accompagnée
de notes & de remarques. A mefure
qu'il travailloit fur cet ouvrage , fes
réflexions fe font multipliées , & il les a
développées dans un difcours préliminaire
, qu'il a placé à la tête du recueil. Dans
la premiere fection à laquelle nous nous
bornerons dans cet extrait , M. D. établit les
raifons des principes qui ont guidé M.
Hauksbée dans un grand nombre de fes
expériences , & il mêle à cette difcuffion
quelques détails hiftoriques qui concernent
le Phyficien Anglois . Nous allons commencer
par expofer ces faits en abrégé , &
nous fuivrons enfuite M. Defmareft dans
l'expofition des principes.
M. Hauksbée s'annonça vers 1704 comme
un Phyficien d'une dexterité très- grande
dans le manuel des opérations , & d'une
exactitude fcrupuleufe dans la difcuffion
des phénomenes. Il peut être regardé comme
le premier qui à Londres ait expofé les
phénomenes de la Phyfique expérimentale
aux yeux d'une nation férieufe & capable
de faifir les objets fufceptibles de préciſion .
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
Ce Phyficien ne fe borna pas à préfenter
au public d'anciennes obfervations un peu
rajeunies , ou par le procédé ou par les machines
; il fe fit à lui- même un fonds d'expériences
nouvelles & très- curieuſes , qui
forment le recueil que nous annonçons .
C'étoit auffi le Phyficien de la Société royale.
Cette illuftre compagnie le chargea de
répéter dans plufieurs occafions importantes
des expériences délicates , & il a toujours
juftifié cette diftinction , en ne faifant
pas moins admirer un coup d'oeil fûr
& la fineffe de fon tact , que fa pénétration
& fa fagacité , qualités dont la réunion
forme le phyficien.
Il avoit un grand talent pour toutes les
machines propres aux expériences de Phyfique
, & il en fourniffoit à la Société royale
& aux Sçavans d'Angleterre ; mais il
n'abufoit pas de cette confiance pour faire
de ces machines un objet de commerce
dont il auroit abandonné la direction à des
ignorans. Il veilloit à tout , & tout ce qui
portoit fon nom portoit auffi l'exactitude
& l'empreinte de fon génie. Il réforma
la machine pneumatique ; il inventa une
machine de rotation très -commode pour
communiquer du mouvement aux corps
placés dans le vuide ; il conftruifit un thermometre
que la Societé royale adopta.
DECEMBRE. 1754. 131
Ce mérite n'échappa pas à M. Newton.
M. Hauksbée fut lié étroitement avec ce
grand homme. Un commerce auffi intime
mit notre Phyficien à portée de s'inftruire
des vûes qu'avoit Newton , en introduifant
l'attraction de cobéfion dans la Phyfique
expérimentale ; il lui fournit auffi une occafion
favorable de préfenter à cet illuftre
Géometre des expériences délicates trèspropres
à établir folidement la marche de
l'agent qu'on fubftituoit à la matiere fubtile
, &c . Témoin de la révolution que la
phyfique expérimentale éprouva pour lors
en Angleterre , par rapport à l'attraction de
cohésion , M. Hauksbée ne parut pas pour
lors comme un fpectateur oifif, qui attend
le fuccès pour fe décider, ou comme un
adverfaire incommode, qui ne fçait qu'obfcurcir
les queftions par une métaphyfique
contentieufe : il y prit part , il fit des expériences.
11 fçavoit que les phénomenes pou
voient feuls lui découvrir les loix aufquelles
les attractions étoient foumiſes ; il varia
les obfervations pour en faifir la marche
, & ce fut dans ces vûes qu'il fuivit
avec zéle les expériences fur l'afcenfion
des liqueurs dans les efpaces capillaires ;
expériences qui fe trouvent toutes dans ce
recueil , & dont Newton adopta les plus
curieufes dans fon Traité d'Optique.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
M. Hauksbée ne s'attacha pas témérairement
au parti naiffant , fans y être entraîné
par des raifons folides . Il confidéra
d'abord , comme l'obſerve M. Deſmareſt ,
que la phyfique expérimentale ne confifte
pas dans la connoiffance fterile des chofes
poffibles , mais qu'elle s'occupe de la difcuffion
des effets réels , & qui peuvent fervir
à notre inſtruction ou à nos befoins, Il
cut foin de la diftinguer de la phyfique
fyftématique qui en retarde les progrès ,
parce qu'elle confond le plus fouvent des
affemblages d'idées abitraites avec des vérités
de fait . Il fe convainquit facilement
que faire des fyftêmes , c'étoit combiner le
plus fouvent ce que la nature nous daigne
montrer , avec ce que notre imagination
croit devoir y fuppléer , fans doute pour
fe dédommager de l'ignorance du vrai , en
fe forgeant une brillante chimere qui lui
en tienne lieu .
Il n'avoit garde au refte de taxer d'inutilité
tous les fyftêmes que l'on a formés
fur différens points de la phyfique expérimentale
; mais il diftingua avec foin l'efprit
fyftématique qui s'occupe à faifir les
rapports mutuels ; les analogies des princi
paux faits qui fe préfentent à fes recherches
, d'avec l'efprit de fyftême qui malheureufement
s'étoit emparé de toute la
P
DECEMBRE. 1754. 133
phyfique , & qui préfuma tout voir , tour
éclaircir , parce qu'il croyoit tout deviner .
M. Hauksbée crut devoir éviter des inconvéniens
qui regardoient les progrès de
la Phyfique ; les vues éclairées qui le guiderent
dans fes demarches , lui firent fentir
qu'un Phyficien devoit confulter plutôt
la nature que fon imagination , être plus
porté à difcuter qu'à décider : auffi s'occupa-
t-il à rechercher les loix conftantes
& uniformes aufquelles les phénomenes
étoient affujettis , à évaluer l'étendue des
effets , perfuadé que rien n'eft bien connu
en phyfique que ce qui eft réduit à des
mefures précifes, & que l'art de mefurer eft
d'autant plus ingénieux qu'on l'applique
à des objets qui en paroiffent moins fufceptibles.
A la lecture des expériences de
M. Hauksbée on reconnoît qu'il fut guidé
par ces principes : il fe contente de développer
ce qu'il a obfervé , d'en indiquer
la liaiſon avec d'autres faits avérés qu'il
rapproche , & il ne fe livre à l'analogie.
que lorfque l'enfemble des circonstances
parle en fa faveur. S'il hazarde des conjectures
il ne les porte pas au- delà des détails
principaux de fes obfervations ; il s'en fert
comme d'échafaudage pour bâtir quelque
chofe de plus folide , où comme de doutes
méthodiques pour fonder la nature ; mais
134 MERCURE DE FRANCE.
il fe fouvient que fes conjectures ne font
pas plus de la phyfique qu'un échafaudage
n'eft un bâtiment , ou que le doute méthodique
n'eft un principe de conduite.
Dans les queſtions de phyfique où les
caufes ne fe décelent par aucun endroit , M.
Hauksbée , difciple éclairé de Newton , fe
borne aux effets , dont il fçait varier les
circonftances pour démêler les loix des
agens inconnus qui concourent à leur production
. Il étoit perfuadé que dans ces
matieres les faits doivent feuls attirer notre
attention , & qu'un Phyficien judicieux
ne s'aventure pas au - delà. Cette prudence ,
cette réferve , fi oppofées à la confiance téméraire
& au charlatanifme de quelques
Phyficiens , M. Hauksbée l'avoit puifée
dans les ouvrages & le commerce de M.
Newton. Un efprit auffi conféquent que ce
grand Géométre , comprit en examinant
une infinité de phénomenes , qu'il falloit
s'en tenir aux faits , & ce fut dans ces vûes
qu'il admit l'auration de cohésion dont nous
avons parlé plus haut .
On obferve dans les petites particules
des corps une tendance à fe réunir. Cette
tendance réciproque qu'elles ont les unes
vers les autres , prefque infenfible lorfque
la diftance eft appréciable , devient d'autant
plus confidérable que le contact eft
DECEMBRE. 1754.
1754 135
plus immédiat & plus étendu . Comme la
caufe de ces mouvemens eft cachée à ceux
qui font de bonne foi , le mot attraction
marque le fait de la tendance . Outre cette
confidération qui détermina Newton à introduire
cette expreffion , il y fut porté
encore lorfqu'il eut été convaincu que les
liquides ne s'attachoient pas aux folides ,
que les gouttes d'eau ne fe réuniffoient
pas par un effet de la preffion d'un fluide
ambiant , dont on les fuppofoit gratuitement
enveloppées. Il prouva que deux
gouttes d'eau ne pouvoient iamais fe réunir
dans cette hypothèfe , parce que la figure
d'une portion de fluide foumiſe à la
preffion uniforme d'un autre fluide ne
pouvoit être altérée par cette preffion.
Newton reconnut d'ailleurs que ces petites
malles s'arrondiffoient par une tendance
fort approchante de celle qui arrondit la
furface immenfe de la mer autour de notre
globe . Enfin ce qui achevoit de convaincre
Newton , c'est que la force néceſſaire
pour un tel arrondiffement eft de beaucoup
fupérieure à celle de la pefanteur ,
puifqu'une goutte de mercure pofée fur
une table s'applatit à peine par le point de
contact.
Suivant ces principes , les faits que l'on
tangea pour lors fous les loix de l'attrac
136 MERCURE DE FRANCE.
tion de cohéfion purent être la matiere
des recherches phyfiques ; mais les Cartéfiens
de ce tems là qui foutenoient l'impulfion
exclufivement à tout autre agent ,
s'oppoferent à l'introduction de cette force
; cependant , fi nous en croyons M. Defmareft
, ce ne fut qu'avec de foibles armes
qu'une métaphysique brillante qui les féduifoit
, leur mit en main. En vain nous
repréfentent- ils le méchanifme de la nature
dépendant de la feule impulfion , il fe
plaint que l'expérience refléchie n'a pas
préfidé à la conftruction d'un auffi beau
plan ; & il avance même que bien loin qu'il
ait été formé d'après ces précautions , c'eſt
en les employant qu'on découvre combien
il eft imaginaire & hazardé.
Newton ne peut diffimuler fes allarmes
en voyant les Phyficiens de fon tems fe
tourmenter inutilement pour réduire tous
les effets à des agens méchaniques. Selon
lui , la fonction des Phyficiens eft de raifonner
fur les faits , d'en fuivre les loix
conftantes , & non d'admettre des cauſes ,
parce qu'ils en peuvent imaginer. Les défenfeurs
de l'impulfion exclufive tomberent
dans ces inconvéniens : ils foumettoient
les opérations les plus cachées de la
nature à des agens invifibles , mais qu'ils
décorerent de propriétés copiées fur des
DECEMBRE. 1754. 137
agens palpables. Fiers de ces reffources , ils
fe vanterent d'être feuls en poffeffion d'un
méchaniſme intelligible , & publierent même
que les Newtoniens ne tendoient à rien
moins qu'à le détruire : c'étoit l'imagination
qui rendoit témoignage à la beauté
de fes productions.
M. Defmareſt foutient au contraire que
tout bien apprécié , les partifans de l'impulfion
exclufive détruifoient le méchanifme
de la nature , & il appuye cette prétention
en faifant obferver , 1 °. que les
impulfionnaires fe trouvent visiblement en
défaut , lorsqu'ils entreprennent d'expliquer
avec une certaine étendue & une certaine
préciſion quelque fait de l'ordre de
ceux que les Newtoniens attribuent à l'attraction.
Il renvoye ceux qui voudront s'en
convaincre, à une hiftoire critique des ſyſtêmes
fur la caufe de l'afcenfion des liqueurs
dans les tubes capillaires , qu'il a
placée dans le fecond volume du recueil.
» Tout impulfionnaire , ajoute - t - il , fait
» voir par fon peu de fuccès , ou qu'il n'y
» a pas de méchaniſme dans la nature , ce
qui eft abfurde , ou qu'il ne le fçait pas
»faifir , ce qui eft palpable. Les attraction-
" naires au contraire font heureux dans les
» détails ; ils nous affignent des loix , des
93
proportions , des analogies , & tout ceci
138 MERCURE DE FRANCE.
"
"
» bien développé nous préſente pour les
effets dont nous venons de parler , le vrai
» méchanifme de la nature : ainfi , nous di-
» fent - ils , les hauteurs d'une même li-
»queur en divers tubes capillaires font en
raifon inverte des diametres de ces tubes.
Les impulfionnaires euffent - ils trouvés
cette analogie par le fecours de leurs
principes compliqués ? elle explique plus
» de chofes , elle préfente plus de lumiere
» que tout le long tiffu des imaginations
cartéfiennes fur les mêmes effets . Ainfi
lorfqu'on fera parvenu ( & on le peut
fans le fecours d'agens méchaniques ) à
découvrir les proportions qui peuvent fe
rencontrer entre les différens phénomenes
, à fixer les limites & l'étendue des
» effets , à fuivre les loix générales qui les
maîtrifent , à en déterminer la marche ,
ne les aura-t-on pas expliqués ? Peut-on
regarder ceux qui font en état de faire
» valoir de tels fuccès , & qui les doivent
» à la maniere dont ils envifagent les phé-
» nomenes , comme ayant un plan de phyfique
barbare & copié fur le péripate-
» tifme ? Peut - on fe perfuader que l'inf-
" trument de leurs découvertes , l'attrac-
» tion , foit une chimere en phyfique &
une qualité occulte ?
n
ל כ
- M. D. appuye cette confidération en reDECEMBRE.
1754. 139
marquant que Diea eft libre de pouvoir
établir plus d'un principe primitif, & que
tout ce qu'il nous plaît de décorer du nom
de caufe , fe réduit en derniere analyſe à
une maniere d'agir de la part de Dieu , par
laquelle il s'eft affujetti très- librement à
donner de l'activité à quelque loi conftante
: c'eſt , ajoute - t - il , la découverte de
cette loi qui doit faire l'objet de nos recherches
& la gloire de nos fuccès .
En 3 lieu , notre Editeur confidere qu'on
n'a pu refufer d'admettre l'exiſtence de la
pefanteur comme une force particuliere ,
quoiqu'on n'ait pu trouver jufqu'à préfent
un méchanifme d'impulfion fatisfaifant
qui donnât le dénouement des différens
phénomenes de la pefanteur. Galilée luimême
n'a découvert les loix de l'accélération
qu'en fouftrayant tour Auide , toute
impulfion ; & quelques impulfionnaires
rigides qui ont tenté d'introduire dans cette
queftion leur machine favorite , ont contredit
les loix découvertes par Galilée .
Voilà un abus & en même tems une impuiffance
de l'impulfion bien avérées.
De toutes ces raifons M. D. conclut que
les attractionnaires , en fuivant les phenomenes
& s'y bornant , s'en tiennent à des
évaluations précifes qui aftreignent les effets
à des loix exactes. Il ne diffimule pas
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'elles laiffent quelque obfcurité dont
l'imagination peut s'allarmer : » mais ne
» vaut - il pas mieux , dit- il , préférer des
traits lumineux & vifs accompagnés de.
» certains nuages qui les enveloppent , à des
» opinions qui faififfent par un air de clarté,
mais certainement fauffes , à un ſyſ-
» tême brillant & intelligible , mais qui
» n'eft qu'une illufion ? Des faits finguliers
» fe préfentent à nous , nous en étudions.
» les rapports , nous n'allons pas d'abord
au- delà , ayant lieu de reconnoître par
expérience que la nature nous montre
» infenfiblement fes fecrets & ne fe décou-
» vre à nous que fous de très petites faces.
Une affinité , une attraction fera pour
moi un effet dont je chercherai à varier
les circonftances & à établir les loix en
» les ramenant à des précifions folides &
» inftructives ; tandis que pour ceux qui
» veulent rapporter à des agens fubordonnés
d'un méchanifme intelligible , ce fera
un paradoxe , une fource de contradictions
& d'erreurs .
Les Cartéfiens qui ne faifirent pas les
vûes de Newton & de fes difciples, crurent
qu'ils vouloient ramener les qualités occultes
du péripatetiſme ; mais il eit aifé de ſe
convaincre que l'attraction de cohésion ,
dont M. Hauksbée a obſervé les loix dans
DECEMBRE. 1754.141
plufieurs expériences délicates , étoient
aufli manifeftes que les qualités des péripatéticiens
étoient cachées. Ces difcoureurs
oififs abandonnoient la conſidération
des effets qu'ils auroient dû difcuter , pour
imaginer & fuppofer des caufes dont ils
n'avoient nulle idée ; bien différens en cela
des Newtoniens , qui fe bornent aux phé
nomenes & qui en examinent fcrupuleufement
les différentes circonftances. Les
Cartéfiens au contraire n'étoient - ils pas
plus dans le cas du péripatetifme , puifqu'on
ne peut diffimuler que dans beaucoup
de queftions ils ne fuppofent des
agens très-occultes , & dans leur nature &
dans leurs fonctions ? M.D. cite pour exem
ple la Phyfique de Regis , où la plupart des
phénomenes font expliqués d'une maniere
ennuyeufe& monotone , par l'entremise de
la matiere fubtile , & c.
Par rapport à l'obfcurité qui environne
la maniere d'agir de l'attraction , on peut
répondre que l'impulfion n'eft pas fans
difficulté , & dès lors ces deux forces fe
trouveront à peu près au même niveau , fi
on les confidere d'une vûe métaphysique :
cependant M. Defmareſt voudroit qu'on
fût réfervé dans l'application de l'attrac
tion aux phénomenes . Il ne fuffit pas , fe
lon lui , d'annoncer cette force comme
142 MERCURE DE FRANCE.
caufe d'un effet , pour avoir fatisfait à ce que
les progrès de la phyfique demandent de
nous ; on ne peut y avoir recours qu'en indiquant
les loix qu'elle fuit dans les effets
qu'on lui foumet ; & en général il faut
plus s'appliquer à approfondir les loix de
cet agent qu'à étendre fon empire fans
fpécifier fes droits. Nous parlerons du
corps de l'ouvrage dans le Mercure prochain.
On trouvera dans le difcours que nous
venons d'extraire , un ftyle net & concis ,
de grandes recherches , des principes lumineux
, une Logique exacte. L'Auteur ,
homme appliqué , modefte , vertueux , a
des connoiffances qui devroient le faire
rechercher par les gens en place.
La pratique univerfelle pour la renovation
des terriers & des droits feigneuriaux
, contenant les queftions les plus importantes
fur cette matiere , & leurs déci
fions , tant pour les pays coutumiers que
ceux régis par le Droit écrit ; Ouvrage utile
à tous les Seigneurs , tant laïques qu'eccléfiaftiques
, à leurs Intendans , Gens d'affaires
, Receveurs & Régiffeurs , de même
qu'aux Notaires & Commiffaires à terriers
& autres Officiers : dans lequel on trouvera
tout ce qui eft néceffaire de fçavoir concer
C
DECEMBRE. 1754. 143
nant les péages & leur établiffement; les foires
& marchés , & leur origine ; les che
mins , les fleuves & rivieres ; la pêche , tant
des rivieres navigables que des étangs ; la
chaffe & fon origine ; les garennes , les
colombiers , & tout ce qui doit être pratiqué
fur ces objets par les Apanagiftes ,
Engagiftes , Douairiers , Ufufruitiers , Bénéficiers
, Commandeurs de Malthe , Communautés
eccléfiaftiques & laïques , & tous
gens de main- morte , Seigneurs particuliers
; le tout accompagné de modeles &
ftyles des procès verbaux de délits , faifies
& reconnoiffances à terriers. Par M. Edme
de la Poix de Frémenville , Bailli des ville
& Marquifat de la Paliffe , Commiffaire
aux droits feigneuriaux ; in-4°. A Paris ,
chez Giffey , rue de la Vieille Bouclerie , à
l'Arbre de Jeffé .
Cet ouvrage eft fi connu & fi néceffaire,
qu'il fuffit de l'annoncer pour le faire rechercher.
DICTIONNAIRE portatif des Théatres ,
contenant l'origine des différens théatres
de Paris ; le nom de toutes les pieces qui
y ont été repréſentées depuis leur établiſ
fement , & des pieces jouées en province ,
ou qui ont fimplement paru par la voie de
l'impreffion depuis plus de trois fiécles ;
134 MERCURE DE FRANCE.
avec des anecdotes & des remarques fur la
plûpart. Le nom & les particularités intéreffantes
de la vie des Auteurs , Muſiciens ,
& Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages
, & l'expofé de leurs talens. Une
chronologie des Auteurs , des Muficiens &
des Opéra ; avec une chronologie des pieces
qui ont paru depuis vingt- cinq ans. A
Paris , chez Jombert , rue Dauphine , à
l'image Notre -Dame , 1754 , in- 8 ° . 1 vol.
petit caractere , prix cinq livres.
Quelques corrections & des additions
qu'on vient de joindre à ce Dictionnaire ,
le rendent encore plus intéreffant , & nous
engagent à l'annoncer de nouveau . On
peut voir ce que nous en avons déja dit
dans le Mercure du mois de Septembre de
cette année .
TOUTE la France connoit le plan d'une
Maifon d'affociation . Il a rendu refpectable
M. de Chamouffet aux yeux même de
ceux qui ont trouvé fes idées chimeriques.
Cet excellent citoyen vient de répondre à
une critique qui a été faite de fon projet.
Sa lettre qui eft de feize pages in - 4° , eft
écrite avec cette force de raifonnement que
pouvoit lui donner la bonté de fa caufe , &
avec cette chaleur de fentiment dont il a
déja donné tant de preuves.
MÉMOIRES
DECEMBRE . 1754 145
MÉMOIRES du Marquis de Benavidès ,
dédiés à S. A. S. Madame la Ducheffe d'Orléans
; par M. le Chevalier de Mouhy , de
'Académie des Belles- Lettres de Dijon ;
eroifieme & quatrieme parties. A Paris ,
chez Jorry , quai des Auguftins ; & chez
Duchefne , rue S. Jacques , 1754.
On trouvera dans ce Roman de grands
fentimens , & un ftyle convenable au fujet.
DUCHESNE , Libraire , rue S. Jacques ,
au Temple du Goût , vient de réimprimer
'Architecture des voûtes , ou l'art des traits
& coupes des voûtes . Par le Pere Derand
Jéfuite. Cet ouvrage qui jouit d'une grande
réputation , & dont on a retouché les
planches , eft très - néceffaire à tous les Architectes
, Maîtres Maçons , Appareilleurs ,
Tailleurs de pierre , & à tous ceux qui fe
mêlent de l'Architecture militaire,
Le même Libraire diftribue pour l'année
1755 , les Almanachs fuivans.
Les Spectacles de Paris , ou Calendrier
hiftorique & chronologique de tous les
théatres : quatrieme partie , 1755. Chaque
partie fe vend féparément.
La France littéraire , ou Almanach des
beaux Arts , contenant les noms & ouvra
ges de tous les Auteurs François qui vivent
actuellement.
I. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
Almanach des Corps des Marchands ,
arts , métiers & communautés du royaume.
Almanach eccléfiaftique & hiftorique.
Almanach de perte & gain , avec une
table alphabétique de tous les Jeux qui fe
jouent en Europe.
Almanach danfant , chantant.
Almanach chantant du beau fexe , ou
nouvelle Ethomancie des Dames.
Almanach chantant , ou nouvelles allégories
& autres chanfons fur tout ce qui
appartient au Calendrier .
Nouvelle Lotterie d'Etrennes magiques.
Deux Almanachs de Fables en Vaudevilles.
Le Noftradamus moderne , en Vaudevilles
.
Nouveau Calendrier du deftin , précédé
de tous les amufemens de Paris .
Nouvelles tablettes de Thalie , ou les
promenades de Paris.
L'Oracle de Cythere , ou l'Almanach du
Berger.
Etrennes des Amans .
Almanach des Francs- Maçons .
La Bagatelle ou Etrennes à tout le monde .
GISSEY , rue de la vieille Bouclerie ,
à l'arbre de Jeffé , donne pour l'année 1755 ,
les deux Almanachs fuivans.
DECEMBRE . 1754 147
Etrennes hiftoriques , ou mêlange curieux
pour l'année 1755 , contenant plufieurs
remarques de chronologie & d'hiftoire
; enſemble les naiffances & morts
des Rois , Reines , Princes & Princeffes de
l'Europe , accompagnées d'époques & de
remarques que l'on ne trouve point dans
les autres calendriers ; avec un recueil de
diverfes matieres variées , utiles , curieufes
& amufantes .
Almanach des curieux pour la même
année , où les curieux trouveront la réponſe
agréable des demandes les plus divertiffantes
, pour fe réjouir dans les compagnies.
Fermer
Résumé : « EXPÉRIENCES Physico-méchaniques sur différens sujets, & principalement [...] »
Le texte présente une traduction des expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, réalisée par feu M. de Bremond et révisée par M. Desmarets. Publiée en 1754 à Paris, cette œuvre se compose de deux volumes et inclut un discours préliminaire, des remarques et des notes de M. Desmarets. M. Hauksbée, physicien anglais du début du XVIIIe siècle, est reconnu pour sa dextérité et son exactitude dans les expériences physiques. Il a introduit la physique expérimentale à Londres et a réalisé de nombreuses expériences novatrices. Membre de la Société royale, il a inventé plusieurs machines, dont une machine de rotation pour les expériences sous vide et un thermomètre adopté par la Société royale. Hauksbée a collaboré avec Isaac Newton, contribuant à des expériences sur l'attraction de cohésion. Il a distingué la physique expérimentale de la physique systématique, préférant observer les effets réels plutôt que de spéculer sur des idées abstraites. Ses travaux se concentrent sur l'observation précise et la mesure des phénomènes physiques. Le texte souligne la controverse entre les partisans de l'attraction et ceux de l'impulsion exclusive. Influencé par Newton, Hauksbée a préféré se baser sur les faits observables plutôt que sur des hypothèses métaphysiques, évitant les conjectures non fondées et cherchant à comprendre les lois constantes des phénomènes physiques. Le texte discute également des approches scientifiques et philosophiques concernant les phénomènes naturels, en particulier l'attraction et la pesanteur. Il met en avant les travaux de scientifiques comme Newton et Galilée, qui ont étudié les lois régissant ces phénomènes sans recourir à des causes occultes ou des mécanismes complexes. Les 'attractionnaires' sont loués pour leur méthode qui consiste à observer et à suivre les phénomènes sans chercher à les expliquer par des agents subordonnés. Ils préfèrent des explications lumineuses, même si elles laissent certaines obscurités, plutôt que des systèmes brillants mais faux. Le texte critique les Cartésiens, qui refusaient les vues de Newton, en les accusant de supposer des agents occultes similaires à ceux des péripatéticiens. Il souligne que les Newtoniens se contentent d'examiner les phénomènes et leurs circonstances, contrairement aux Cartésiens qui imaginent des causes dont ils n'ont aucune idée. Enfin, le texte mentionne divers ouvrages et almanachs publiés en 1754, couvrant des sujets variés comme la physique, le droit seigneurial, le théâtre, et les associations. Il loue l'auteur d'un discours sur la physique pour son style concis et ses principes lumineux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9611
p. 149-151
« M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
Début :
M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Académie de chirurgie, Moscou, Saint-Petersbourg, Sages-femmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand , de l'Académie des Sciences
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
, & Secrétaire perpétuel de l'Académie
de Chirurgie , qui a autant de zéle pour le
bien de l'humanité de talent pour le
procurer , nous a communiqué une ordonnance
rendue par l'Impératrice de Ruffe
, qui porte que » toutes les Sages fem-
» mes , tant à Mofcou qu'à Petersbourg ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
و ر
"
39
» devront être examinées par des Médecins
» & Chirurgiens experts , ainfi que par
» des Sages femmes jurées , après quoi on
» leur fera prêter ferment fuivant le for-
» mulaire joint à la même ordonnance . Le
» nombre de ces Sages femmes eft fixé à
» quinze pour Mofcou , & à dix pour Pétersbourg.
A mesure qu'il y en aura de
» furnuméraires , on en fera paffer une
» dans chaque ville du Gouvernement , &
fucceffivement dans les villes provinciales
, afin qu'avec le tems tout l'Empire
» foit pourvû de Sages femmes. Leur ſalai-
» re eft reglé par une lifte annexée à ladite
» Ordonnance , & chacun fera tenu de le
» payer fans contradiction . Outre les Sages
» femmes ordinaires , il y en aura deux à
" Mofcou & deux à Pétersbourg pour tou
» tes fortes de cas extraordinaires , lefquel-
» les feront aux gages de la Couronne.
» Celles de Mofcou auront , la premiere
» deux cens roubles , & la feconde cent
cinquante ; celles de Pétersbourg , la pre-
» miere trois cens , & la feconde deux
» cens roubles par année . Chaque Sage
» femme jurée tiendra deux apprentives.
»
Pour l'inftruction fondamentale & la
»confirmation réguliere des Sages fem-
» mes , on établira tant à Mofcou qu'à Pé-
» tersbourg , dans chacune de ces deux vil-
00
DECEMBRE. 1754 151
»
"
» les , une école fous l'infpection d'un Mé-
>> decin & d'un Chirurgien , lefquels Méde-
» cins & Chirurgiens feront nommés Profeffeurs
en l'art d'accoucher , & les Chirur-
" giens , Accoucheurs ; ils feront auffi aux
» gages de la Couronne. Les premiers au-
» ront depuis trois cens jufqu'à fix cens
» roubles , & les derniers entre deux cens
»& quatre cens roubles par année . Le Collégé
de Médecine ne demande pour tous
» ces frais & autres qu'une fimple fomme
>> annuelle de trois mille roubles ; laquelle
» fomme devant être , comme de raifon
» fupportée par le public , l'on a formé
» une taxe , dont la liſte eft de même join-
» te à l'Ordonnance , & en conféquence de
laquelle chacun fera obligé de payer fuivant
le rang du mari de l'accouchée , fans
exception de qui que ce foit , fous peine
» d'exécution. Cette fomme fera avancée
» en trois termes annuellement par le tré-
»for de la Couronne , au Collège de Mé-
» decine , qui en fera enfuite la reftitution
» du produit de la taxe . Tout cet établif-
» fement eft foumis à la direction du même
» Collége , qui eft chargé auffi de la per-
»ception des deniers affectés à fon ufage.
Fermer
Résumé : « M. Morand, de l'Académie des Sciences, & Secrétaire perpétuel de l'Académie [...] »
M. Morand, membre de l'Académie des Sciences et Secrétaire perpétuel de l'Académie de Chirurgie, a communiqué une ordonnance de l'Impératrice de Russie. Cette ordonnance impose que toutes les sages-femmes à Moscou et à Saint-Pétersbourg soient examinées par des médecins, chirurgiens experts et sages-femmes jurées. Le nombre de sages-femmes est limité à quinze pour Moscou et dix pour Saint-Pétersbourg. Les sages-femmes surnuméraires seront envoyées dans les villes du gouvernement et les villes provinciales pour couvrir l'ensemble de l'Empire. Leur salaire est réglementé et doit être payé sans contestation. Deux sages-femmes à Moscou et deux à Saint-Pétersbourg seront dédiées aux cas extraordinaires, rémunérées par la Couronne. Chaque sage-femme jurée supervisera deux apprenties. Pour la formation et la confirmation des sages-femmes, des écoles seront établies à Moscou et à Saint-Pétersbourg sous la supervision de médecins et chirurgiens, nommés professeurs en art d'accoucher et accoucheurs, également rémunérés par la Couronne. Le Collège de Médecine demande une somme annuelle de trois mille roubles pour ces frais, soutenue par le public via une taxe basée sur le rang du mari de l'accouchée. Cette somme sera avancée par le trésor de la Couronne et restituée par le Collège de Médecine, qui dirige l'ensemble de cet établissement et perçoit les fonds affectés à son usage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9612
p. 152
MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
Début :
D'un côté, la tête du Roi, avec cette inscription : [...]
Mots clefs :
Médailles, Église de Saint-Sulpice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEDAILLE pour la Place que l'on doit faire devant l'Eglise S. Sulpice.
MEDAILLE pour la Place que l'on
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
doit faire devant l'Eglife de S. Sulpice.
'Un côté , la tête du Roi , avec cette
infcription :
LUDOVICUS Prus MUNIFICUS.
Revers. L'Eglife de S. Sulpice , avec la
nouvelle place qu'on doit faire devant
cette Eglife.
Legende. Bafilica & urbi additum decus
Exg. S. Sulpitii area.
M. D. LCCIV.
Fermer
9613
p. 152-160
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Début :
M. le Comte de Caylus, qui aime, qui pratique les Arts depuis long-tems, [...]
Mots clefs :
Anne Claude de Caylus, Manières de peindre, Arts, Estampes, Tableaux, Graveurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
M. le Comte de Caylus , qui aime
qui pratique les Arts depuis long- tems ,
& qui leur a été utile de toutes les manieres
poffibles , a fait part au public dans
l'Affemblée publique de l'Académie des
Infcriptions & Belles - Lettres , tenue le
12 Novembre dernier , d'une des plus
belles découvertes qui ayent été faites depuis
plufieurs fiécles : il a retrouvé une des
manieres de peindre des anciens. C'eſt le
fruit de fes immenfes recherches , & enDECEMBRE.
1754 155
del
•
core plus de fes profondes réflexions. Dès
l'an 1745 il avoit donné une differtation
fur quelques paffages de Pline qui concernoient
les arts dépendans du deffein . Un
de ces paffages roule fur la facon de peindre
pratiquée dans l'antiquité , mais inconnue
de nos jours , que Pline nomme
peinture encaustique * , & dont il diftingue
jufques à trois efpéces.
Ces trois efpéces , dans lefquelles le feu
étoit néceffaire , n'ont aucun rapport avec
l'émail , quoiqu'en difent les interpretes de
Pline, plus fçavans que connoiffeurs. M. de
Caylus , après les avoir combattus dans fa
differtation de 1745 , propofoit des conjectures
vagues fur chacune des efpéces de
Le paffage fuivant eft un de ceux qui ont mis
M. de Caylus fur les voies qui l'ont mené à fa
belle découverte.
Ceris pingere , ac picturam inurere qui primus
excogitaverit , non conftat. Quidam Ariftidis inventum
putant , poftea confummatum à Praxitele . Sed
aliquanto vetuftiores encaustica pictura extitere ,
ut Polygnoti, & Nicanoris , & Arcefilai Pariorum.
Lyfippus quoque Agina picturafua incripfit ,
érixaveer , quod profectò non feciffet , nifi encaufiica
inventa.
Pamphilus quoque Apellis praceptor non pinxiffe
tantum encaufta , fed etiam docuiffe traditur . Paufian
Sicyonium primum in hoc genere nobilem. Brieis
filius hic fuit , ejufdemque primo difcipulus..
- Plinius , lib. 35. cap . XI..
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
peinture encauftique. Il entrevoyoit pour
tant qu'il pourroit retrouver un jour la
maniere de les pratiquer. Les expériences
qu'il a faites depuis , & une lecture trèsrefléchie
de Pline , lui ont fait découvrir
la premiere des trois efpéces. Nous en
parlons avec d'autant plus d'affurance que
nous avons vû , & que tout Paris a vû à
l'Académie la démonftration de ce que
nous avançons. M. de Caylus y a expofé
un tableau qui a été deffiné d'après un
bufte antique de Minerve qui lui appartient
, & colorié d'après nature. M. Vien ,
jeune Peintre , de grande réputation , n'y
a employé que des cires chargées de couleurs
: elles l'ont mis en état d'opérer avec
autant de facilité que le mêlange de l'huile
en peut procurer.
Quelque vif qu'ait été le defir que le
public a montré pour connoître les détails
d'une opération fi curieufe , M. de Caylus
a été forcé de les renvoyer, à cauſe de leur
longueur , à un autre tems. Il s'eft contenté
d'avertir que cette façon de peindre oubliée
depuis tant de fiécles , fournit plus
de fecours que la maniere ordinaire pour
la vérité de l'imitation , qu'elle donne plus
d'éclat & de folidité aux couleurs où l'air
ni les années ne doivent caufer aucune altération
, & qu'enfin on pourra retoucher
DECEMBRE . 1754. 155
5
les ouvrages de ce genre long tems après
qu'ils auront paru , & même auffi fouvent
qu'on le voudra , fans craindre de faire
jamais appercevoir la retouche , ni de fatiguer,
moins encore de tourmenter la couleur.
De tels avantages paroiffent à M. de
Caylus confirmer ce que les auteurs ont
écrit fur les effets de cette ancienne peinture.
Il a obfervé que ces mêmes avantages
pourront être mieux fentis par une plus
longue fuite de pratique. Dans tous les
arts , les premiers effais ont des difficultés
que levent enfin le genie des artiftes. Cependant
, les préparations une fois trouvées
, M. Vien a réuffi fans peine & promptement.
Les amateurs des arts & de l'antiquité
doivent voir reparoître avec plaifir les
moyens que plufieurs grands peintres de la
Grece ont employés pour charmer & pour
inftruire les Grecs , c'eft- à- dire les hommes
dont le goût a été le plus délicat , le plus
jufte & le plus épuré.
On pourroit regarder , ce me femble ,
la gravûre comme une langue que tout le
monde parle , mais dont peu de perfonnes
connoiffent les fineffes. Comme on
voit beaucoup de gens conferver des mots
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
d'habitude , ne fçavoir pas fufpendre leu ?
ton , s'exprimer avec monotonie , &c. on
voit beaucoup de Graveurs qui prennent
un trait fans confiderer l'efprit de l'auteur
, copient le trait fervilement , mettent
enfuite des ombres & des clairs à- peupiès
dans les endroits indiqués par l'original
, & croyent avoir fait une eftampe ;
on ne pourra même en douter , car le nom
du Peintre fera écrit au bas de la planche.
Les maîtres dont le talent eft facile &
l'ordonnance agréable , font d'autant plus
exposés au malheur de ces mauvaiſes traductions
, que leurs compofitions font plus
defirées , & que ces artiſtes étant aimés ,
on veut avoir tout ce qu'ils ont produit.
J'ai vu plus d'une fois des hommes , même
affez éclairés , rougir des mauvaiſes chofes
qu'ils avoient raffemblées , & dire pour excufe
: il faut bien tout avoir. On me dira
que cette néceffité pouffée par - delà les bornes
dans les recueils d'eftampes , eft un
avantage pour foutenir & élever de jeunes
Graveurs ; mais le plus fouvent ils en abufent
; ils travaillent fans attention , & difent
, pour fe confoler de leur peu d'application
ou de leur ignorance , le maître eft
aimé , on a déja beaucoup de fes more
ceaux , il faudra que celui-ci entre dans
la fuite ; & l'ignorant ou le parcffeux fe
DECEMBRE
1754. 357
"
trouve en effet récompenfé d'un travail
dont il auroit mérité d'être puni , du moins
du côté de l'argent. Ces raifons font que
M. Boucher fe trouve plus expofé qu'un
autre à de pareils inconvéniens , & je le
crois trop amateur de fon talent pour n'ê
tre pas perfuadé qu'il feroit charmé d'avoir
toujours été auffi bien rendu qu'il
vient de l'être par M. Daullé dans les deux
ovales qui me restent à décrire. Ils repréfentent
la Mufique Paftorale & les Amufemens
de la campagne ; ce font leurs titres.
Le jeune homme qui tient , dans le dernier
, la corde d'un filet tendu pour prendre
des oifeaux , n'allarme point le fpectateur
pour leur liberté ; il n'eft occupé avec
raifon , que de la jeune perfonne auprès
de laquelle il eft affis ; elle paroît à fon
égard dans la même fituation , & fur- toutne
point aimer cette chaffe , à laquelle elle
tourne abfolument le dos. Le brillant des
chairs , la dégradation du payfage. , le travail
des terraffes , & celui d'une fabrique
placée au- deffus du filet , ne peuvent être
mieux traités. Cependant il faut convenir
que les mêmes beautés . fe trouvent nonfeulement
dans le morceau de la mufique
paftorale , mais que le grouppe des deux
jeunes gens de fexe différent , dont il
eft compofé , eft plus riche de lumiere
158 MERCURE DE FRANCE.
qu'elle eft répandue avec plus d'art &
moins d'interruption. Ces deux pendans ,
traités en ovale dans le quarré , feront l'ornement
de plus d'un cabinet , aujourd'hui
que le nombre des eftampes montées fait
une riante décoration pour un très-grand
nombre de perfonnes qui ne font point
en état de fatisfaire leur goût fur une curiofité
plus confidérable .
On trouvera ces deux eftampes chez
Daullé , rue du Plâtre S. Jacques , & chez
Buldet , rue de Gefvres.
BULDET , rue de Gefvres , au Grand
coeur , vient de mettre en vente trois eftampes
gravées par Pelletier. La premiere
d'après M. Natoire , repréfente Jupiter &
Califto ; la feconde & la troifiéme d'après
M. Pierre , repréfentent le Marché de Tivoli
, & l'Inconftance punie.
DANS le grand nombre d'amateurs qui
ne poffedent des chef- d'oeuvres que pour
eux , il s'en trouve quelques- uns qui cher
chent à répandre le goût des arts , & qui
communiquent volontiers au public tout
ce qui peut l'éclairer. Un des plus ardens
à répandre la lumiere , c'eft M. le Comte
de Vence. Son cabinet eft ouvert à tous
les Graveurs qui ont du talent & de la
DECEMBRE . 1754 159
probité. Il ne leur donne pas indifféremment
fes tableaux ; mais il diftribue à chacun
ce qu'il peut bien rendre . Quoique
fes choix ayent été fort heureux jufqu'ici ,
il en a peu fait qui ayent été auffi généralement
approuvés que celui de M. Wille
, Allemand , pour rendre un des plus
beaux tableaux de Netfcher.
Ce Peintre Allemand , établi dans les
Pays-bas , n'a gueres fait que des portraits ;
il jouit pourtant d'une très- grande réputation
c'eft qu'il a réuffi fi parfaitement
dans la maniere de traiter les étoffes , les
fatins fur-tout , que fes portraits ont mérité
d'être mêlés avec les ouvrages des plus
grands maîtres dans les principaux cabinets
de l'Europe .
Quelque talent qu'eût Netfcher pour
le portrait , il ne s'y eft pas tout-à-fait fixé ,
& il s'eft quelquefois élevé jufqu'à l'hiftoire.
La mort de Cléopatre eft celui de fes
tableaux qui eft le plus connu . Outre le
mérite qu'il a dans fes autres ouvrages ,
il y a jetté une expreffion & une nobleſſe
qu'on cherchoit vainement dans les autres
Peintres de fon école.
M. Wille , déja très- connu par la beauté
de fon burin , a rendu ce beau tableau
avec toute la force & les graces poffibles.
Cet habile Graveur demeure quai
160 MERCURE DE FRANCE .
des Auguftins , à côté de l'Hôtel d'Auver
gne.
Nos Graveurs auroient encore plus de
réputation qu'ils n'en ont en Europe , s'ils
s'attachoient plus fouvent à rendre les
tableaux des grands maîtres. On voit donc
avec plaifir que P. B. Audran , qui porte
un nom fi recommandable dans l'art`qu'il
profeffe , s'eft appliqué à nous donner deux
planches , l'une d'après le Titien , qui repréfente
Apparition de Jefus - Chriſt aux
Pelerins d'Emaus , & l'autre une Defceme
de Croix , dans laquelle le Pouffin a fait
fentir tout le mérite de fon expreffion .
Ces deux eftampes font dédiées à M. le
Comte de Brulh . Ce Miniftre & le Roi
fon maître , poffedent les tréfors de l'Italie
; ils l'augmentent tous les jours , &
bientôt on fera contraint de faire le voyage
de Drefde pour acquerir les plus fûres connoiffances
dans la maniere des grands maî
tres. Le jugement & les yeux ne font formés
que par la comparaiſon.
Audran demeure rue S. Jacques , à la
ville de Paris , entre les rues de la Parche
minerie & du Foin.
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Résumé : DÉCOUVERTE IMPORTANTE.
Le 12 novembre 1754, le comte de Caylus a présenté à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres une découverte majeure : la redécouverte de la technique de peinture encaustique antique. Cette méthode, décrite par Pline, utilise des cires chargées de couleurs, permettant une imitation plus fidèle, un éclat et une solidité accrus des couleurs, ainsi que la possibilité de retouches sans altérer l'œuvre. M. de Caylus a exposé un tableau réalisé selon cette technique pour démontrer sa validité. Il a souligné les avantages significatifs de cette méthode par rapport aux techniques modernes. Les amateurs d'art et d'antiquité ont apprécié cette redécouverte, qui rappelle les méthodes utilisées par les grands peintres grecs. Le texte mentionne également des aspects techniques et des références à des artistes contemporains, tels que M. Vien et M. Boucher. Des discussions sur la gravure et la reproduction des œuvres d'art ont également eu lieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9614
p. 163-169
Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Début :
Cette invention qui date de l'année derniere, a eu des censeurs & des partisans [...]
Mots clefs :
Bureau typographique, Musique, Leçons, Louis Dumas, Tons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Méthode du Bureau typographique pour la
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
Mufique. Par M. Dumas.
ETTE invention qui date de l'année
derniere , a eu des cenfeurs & des partifans
. Nous allons difcuter avec impartialité
les raifons des uns & des autres . Il
réfultera de cet examen une lumiere fuffifante
pour mettre nos lecteurs en état de
prononcer.
On impute à la méthode que nous annonçons
, 1. un ordre brouillé dans fa
diftribution. 2°. On prétend qu'elle exige
dix années d'étude . 3 ° . On croit trouver
la caufe de cette perte de tems dans les
opérations de double emploi dans les leçons.
4. On dit la dépenſe du bureau indifpenfable
à toute perfonne pour apprendre
la Mufique . Voici la réponſe à ces objections.
Le Bureau typographique eft divifé en
trois parties. La premiere contient les élémens
de la Mufique renfermés dans trois
colonnes. La feconde parcourt dix- huit colonnes
, qui contiennent les cartes fervant
à l'ufage convenable pour tracer les leçons
notées dans la méthode. La troifieme remplit
les neuf dernieres colonnes , qui font
voir la preuve du progrès que l'on doit
164 MERCURE DE FRANCE.
avoir fait lorfqu'on y eft parvenu ; & enfin
la méthode de chanter dans la partition.
On a vû jufqu'à préfent au commencement
du livre de M. Dumas , une grande
carte qui préfentoit le plan général de fon
entrepriſe : elle fera fupprimée à l'avenir ,
pour ôter le prétexte qu'on a pris de faire
entendre au public la néceffité de la comprendre
pour apprendre la Mufique.
Dans la premiere divifion , on trouve
à la premiere colonne les inftructions concernant
l'ufage des deux tables qui renferment
les monofyllabes ainfi rangées en forme
d'échelle , la , fi , ut , re , mi , fa , fol,
la , qui donnent à entendre par les plans
fuivans , qu'il s'agit dans la Mufique de dégrès
& d'intervalles pour diftinguer les
fons , & pour enfeigner le premier langage
qui les caracteriſe .
La feconde colonne contient les inftruc
tions du détail de la portée muficale . L'on
y voit l'application des mêmes monofyllabes
pour enfeigner à un éleve le nom de
chacun de fes dégrès & du fon qu'il indique.
On y voit fucceffivement les huit pofitions
des trois clefs de la Mufique , le
tout en ordre dans chaque cafe , qui forme
le plan général de cette colonne . L'Auteur
a la fatisfaction de voir que par ces
fimples monofyllabes fes éleves forment
C
DECEMBRE. 1754. 165
aifément toute efpece de fons , tant natu
rels que tranfpofés , foit en montant ou en
defcendant , par les échelles des deux tons
naturels d'a-mi-la & de c-fol- ut , avantage
qui eft de la derniere conféquence.
La troifieme colonne fubftitue les notes
de la Musique aux monofyllabes que l'on
vient de pratiquer fur la portée . On y fait
connoître leur valeur par leurs différentes
figures & par un détail très bien circonftancié.
L'Auteur n'a pas négligé de fimplifier
le moyen important de rendre fenfible
l'application du mouvement convenable à
chaque note de différente figure . Dans cette
vûe il a eu recours aux monofyllabes
dont nous avons parlé . Il fuffit de les lire.
dans l'ordre qu'il preferit , pour remporter
en peu de tems tout ce qu'il y a de plus
difficile à apprendre dans les commencemens
de la Mufique par toute autre voie .
Voilà qui ne s'accorde pas avec l'imputation
d'une méthode brouillée dans fa
diftribution , non plus qu'avec les dix années
d'étude , puifqu'on apprend dans cette
méthode à pratiquer par de fimples mo
nofyllabes , 1. la nomination hardie des
notes . 2 °. La formation des fons , tant na
turels que tranfpofés . 3 ° . Enfin les mouvemens
précis & convenables à toutes les
166 MERCURE DE FRANCE.
différentes valeurs de notes . Ces difficultés
levées , le reste de la méthode devient un
amufement.
La feconde divifion compriſe dans dixhuit
colonnes , renferme le moyen de pratiquer
un premier cours de leçons dans les
tons naturels & tranfpofés , ainfi que dans
leur mode , pour perfectionner un éleve
dans tout ce qu'il vient d'apprendre par les
monofyllabes , je veux dire , la plus parfaite
exécution , tant du chant que des
mouvemens qu'il puiffe acquerir felon les
fignes de mefures , tant fimples que compofés.
L'accufation du double emploi qu'on
prétend être dans les leçons de M. Dumas ,
nous paroît hazardée par des perfonnes
qui n'ont pas fenti que la leçon naturelle
que l'Auteur place au-deffous d'une autre
leçon tranfpofée , doit fervir à un éleve
de modele dans la progreffion de fon échelle
. D'ailleurs , il a prétendu favorifer les
perfonnes qui ne font pas dans l'ufage ou
l'habitude de chanter fans tranſpoſer .
-
Les nouvelles tables que M. Dumas préfente
ici touchant les tranfpofitions & leur
origine , nous paroiffent d'un très bon
ufage , fur-tout celles par lefquelles il en
feigne la Mufique à toutes perfonnes , quelle
voix qu'elles ayent , par le moyen d'une
feule clef.
DECEMBRE. 1754. 167
L'Auteur donne des regles diftribuées
par leçons dans l'ordre de demandes & de
réponſes , qui traitent non feulement des
tranfpofitions , mais encore des principes
fondamentaux de la Mufique , que tout habile
concertant ne doit pas ignorer , ce qui
n'a jamais été donné au public. Il fait précéder
les deux tables qui préfentent l'origine
des tranfpofitions , dans les exemplaires
qu'il délivre à préfent , par des inftructions
qui démontrent certains défauts où
l'on eft tombé pour n'avoir pas encore fait
attention au principe qui les établit. Il
donne enfuite la maniere de remédier à
ces défauts.
Il termine enfin cette feconde partie par
les régles , qui font connoître les tons naturels
& tranfpofés à l'afpect de la clef & des
tranfpofitions , lorfqu'elles lui font appliquées
, & non par la derniere note d'une
leçon. Ce qui lui a donné lieu de repréfenter
un plan des douze demi-tons , qui
porte la preuve des inftructions qu'il y a
établi ; comme auffi celle des vingt - quatre
tons que la Mufique renferme .
Par les deux tables fuivantes il donne la
derniere conviction de la véritable quantité
de dièzes & de bémols qui convient
aux tons ; la relation tonique qu'elles font
voir , en eft la preuve. Elles font établies
168 MERCURE DE FRANCE.
avec tant de folidité & de lumiere qu'elles
donnent le moyen de baiffer ou d'élever
une piece de Mufique un demi- ton plus
haut ou plus bas qu'elle n'a été compoſée.
Enfin la troifieme divifion qui parcourt
les neuf dernieres colonnes du Bureau ,
contient un fecond cours de leçons de Mufique
, qui fervent de preuve au progrès
qu'on doit avoir fait lorfqu'on y eft parvenu
. Ici on apprend à chanter , comme on
appelle improprement , fans tranfpofer,
Nous difons improprement , parce qu'il paroft
avec évidence que la tranfpofition eft
inféparable du chant , & qu'il n'y a que là
lecture qui puiffe être naturelle. Le progrès
en queftion confifte à fçavoir appliquer la
clef & la tranfpofition convenable à ces
leçons , comme auffi les fignes de meſures.
Il y a encore deux tables à la fin du livre ,
par lesquelles on peut élever ou baiffer
toutes les leçons de ce fecond cours , dans
tous les tons de la Mufique.
Il ne refte donc plus qu'à refuter la prétendue
néceffité de faire la dépenfe du Bureau,
pour apprendre la Mufique. Voici
comment s'exprime l'Auteur dans le feuillet
de fa méthode qui précéde la grande carte.
L'ufage du Bureau ayant été imaginé en faveur
de la jeuneffe , les perfonnes plus avancées
en âge peuvent parfaitement apprendre
La
1
Σ
DECEMBRE.
17540 169
la Mufique par le feul fecours de la méthode,
& c .
Nous croyons ce que nous venons de
dire fuffifant pour déterminer les parens
qui veulent que leurs enfans apprennent
la Mufique , à fe fervir de la méthode ingénieufe
& raifonnable de M. Dumas. Elle
fe vend vingt livres : on ne la trouve que
chez l'Auteur , rue Montmartre , vis - à- vis
les Charniers , la porte cochere entre la
Communauté des Prêtres , & les Soeurs
grifes de S. Euftache .
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Résumé : Méthode du Bureau typographique pour la Musique. Par M. Dumas.
Le texte décrit la méthode du Bureau typographique pour la musique, inventée par M. Dumas l'année précédente. Cette méthode a suscité des critiques et des partisans, et l'auteur se propose de discuter impartialement des arguments des deux camps. Les principales objections à la méthode sont un ordre brouillé dans la distribution, une durée d'étude de dix années, des opérations de double emploi dans les leçons, et une dépense jugée indispensable pour apprendre la musique. Le Bureau typographique est divisé en trois parties. La première contient les éléments de la musique répartis en trois colonnes. La deuxième, en dix-huit colonnes, présente les cartes pour tracer les leçons notées dans la méthode. La troisième, en neuf colonnes, montre la preuve du progrès réalisé et la méthode de chanter dans la partition. La première division inclut des instructions sur l'usage des monofyllabes (la, si, ut, re, mi, fa, sol, la) pour enseigner les degrés et intervalles musicaux. La deuxième colonne détaille la portée musicale et les positions des clefs. La troisième colonne substitue les notes de musique aux monofyllabes et explique leur valeur. La deuxième division, en dix-huit colonnes, propose un premier cours de leçons dans les tons naturels et transposés, ainsi que dans leur mode, pour perfectionner l'élève. L'accusation de double emploi est réfutée par l'auteur, qui explique que les leçons naturelles servent de modèle pour la progression. La troisième division, en neuf colonnes, offre un second cours de leçons pour prouver le progrès réalisé. Elle enseigne à chanter sans transposer, bien que la transposition soit considérée comme indispensable au chant. Enfin, l'auteur réfute la nécessité de dépenser pour le Bureau, affirmant que la méthode peut être apprise seule. La méthode se vend vingt livres et est disponible chez l'auteur à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9615
p. 169-171
« L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
Début :
L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...]
Mots clefs :
Rousseau, Musique, Impartialité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'IMPARTIALITÉ fur la mufique . Epître
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
à M. Jean -Jacques Rouffeau de Genêve ;
par M. D. B. 1754. in-4 ° . pp . 36.
» Deux objets partagent cet ouvrage ,
» dit-on dans l'avertiffement . On y répond
» aux principaux reproches que M. Rouf-
" feau fait à la mufique Françoife , & l'on
"y prouve que nos compofiteurs ont tous
» les talens qui caractérisent les grands
» maîtres. Les reproches qu'on fait à notre
mufique font , 1 ° . qu'elle eft afſociée
avec une langue qui ne lui eft point
favorable ; 2 ° . qu'elle eft trop monotone ;
» 3 ° . qu'elle eſt peu naturelle ; 4° . que
» les étrangers ne la goûtent point ; 5 °.
» qu'elle est bien moins parfaite que celle
» des Italiens ; 6°. qu'elle n'exifte point ,
1. Fol. H
170 MERCURE DE FRANCE.
33
» ni ne peut exifter. Voilà le plan de la
premiere partie. On démontre dans la
»feconde , que les compofiteurs François
» 1 °. ont approfondi les principes de la
mufique ; 2 °. qu'ils ont faifi le goût de
» la nation ; 3 ° . qu'ils font doués du génie
» mufical ; 4° . qu'ils poffedent dans le plus
» haut dégré le talent de l'expreffion.
Voici comment finit ce Poëme , dans lequel
il y a beaucoup de morceaux heureux ,
Non , Jean-Jacque , à ton coeur je rends trop de
juſtice ;
De tes préventions fais donc le facrifice ,
Et conviens que dans l'art des fons harmonieux ;
Le François dès long - tems infpiré par les Dieux ;
Partage avec fuccès les dons de Polymnie ;
Que le goût , le talent , le fçavoir , le génie
Sont l'appanage heureux dont il fut enrichi :
Que des vains préjugés fagement affranchi ,
Il faifit le vrai beau par tout où la nature
En offre à fes regards la frappante peinture ;
Qu'il chérit les talens ' , même dans ſes rivaux ;
Et que des plus grands traits décorant fes travaux
En tout genre il créa de fublimes merveilles.
Ces chefs-d'oeuvres brillans , fruits de fes doctes
veilles ,
Par l'ordre d'Apollon , dans d'immortels concerts,
A nos derniers neveux feront encore offerts.
Telle ,malgré l'effort de la jaloufe envie ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
λαπρία
Parla
Répan
THE
NEW
YORK
PUBLIC J
Je
En
M
DECEMBRE . 1754.
Aux piéges de l'erreur la vérité ravie ,
Par la vivacité de fes feux éclatans ,
Répandra fa fplendeur même au-delà des tems.
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Résumé : « L'IMPARTIALITÉ sur la musique. Epître à M. Jean-Jacques Rousseau de Genêve ; [...] »
L'ouvrage 'L'IMPARTIALITÉ fur la mufique', publié en 1754, est adressé à Jean-Jacques Rousseau et répond à ses critiques sur la musique française. Rousseau reproche à cette musique son association avec une langue défavorable, sa monotonie, son manque de naturalité, son absence de reconnaissance internationale et son infériorité par rapport à la musique italienne. La première partie du livre réfute ces critiques, tandis que la seconde met en avant les talents des compositeurs français. Ces derniers sont loués pour leur maîtrise des principes musicaux, leur capacité à refléter le goût national, leur génie musical et leur talent d'expression. Le poème conclut en affirmant que la musique française, inspirée par les dieux, partage les dons de Polymnie et produit des œuvres immortelles, malgré les préjugés et la jalousie.
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9616
p. 171
CHANSON.
Début :
Je crains que Tircis ne m'engage ; [...]
Mots clefs :
Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
Dialogue entre deux Bergeres.
E crains que Tircis ne m'engage
Je ne réponds plus de mon coeur.
En vain l'amoureux esclavage
Me fait peur :
Je le fens trop , ah ! je partage
Son ardeur.
Réponse.
Tircis vous aime , il faut fe rendre
Calmez d'un regard fes foupirs.
Mais pour augmenter d'un coeur tendre
Les defirs ;
Faites-lui quelque tems attendre
Les plaifirs.
Dialogue entre deux Bergeres.
E crains que Tircis ne m'engage
Je ne réponds plus de mon coeur.
En vain l'amoureux esclavage
Me fait peur :
Je le fens trop , ah ! je partage
Son ardeur.
Réponse.
Tircis vous aime , il faut fe rendre
Calmez d'un regard fes foupirs.
Mais pour augmenter d'un coeur tendre
Les defirs ;
Faites-lui quelque tems attendre
Les plaifirs.
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9617
p. 172-174
« L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Rôle, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
'Académie royale de Mufique continue les Fé
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
tes de Thalie. Ce fpectacle , depuis le brillant
début de Mile Cohendet , attire plus de monde
qu'il n'en attiroit d'abord. Le goût du Public
pour la voix & le talent de la nouvelle Actrice eft
toujours très-vif. On retirera le 3 Décembre les
Fêtes de Thalie , pour mettre Thésée.
Les Comédiens François font tous réunis depuis
le 18 de Novembre. Tandis qu'une partie faifoit
les délices de la Cour à Fontainebleau , ceux qui
étoient restés à Paris , foutenoient le théatre avec
fuccès ; & ils avoient de très-fortes repréfentations,
quoiqu'ils ne donnaffent que des pieces de répertoire
. Mlle Clairon a beaucoup joué , & toujours
fupérieurement. Les rolles qu'elle a repréſentés
pendant l'abfence , font Agrippine dans Britannicus
, Zaire , Roxane dans Bajazet , Cléopatre dans
Rodogune , Ariane , Pauline dans Polieudte , Phédre
, la Reine dans Guftave , Alzire , Penelope &
Médée. Ces deux dernieres tragédies font très -médiocres
; on les donne moins fréquemment que
celles des bons Auteurs . Penelope eut une chute
marquée dans la nouveauté , à peine put-elle fupporter
fix représentations , & elle a eu bien de la
peine à fe relever. Il y a apparence que cette tragédie
auroit été abandonnée, fi Baron , à la rentrée
au théatre , n'avoit voulu jouer les trois reconnoiffances
qui fe trouvent dans le rolle d'U
lyffe . Les deux premiers actes de Penelope font
extrêmement froids , la verfification de toute la
DECEMBRE. 1754 173
piece eft dure , profaïque & prefque toujours platte
, les rolles épifodiques font infupportables ; il y
a un perfonnage d'Yphife qu'on devroit fupprimer,
il eft abfolument inutile ; & l'amour de Telemaque
pour cette Princefle eft ridicule. Il y a des endroits
touchans dans les trois derniers actes ; la
reconnoiffance du cinquiéme fait fur- tout un
grand effet. Cette piece eft difficile à bien rendre ;
elle exige le plus grand foin de la part des Ateurs
, & principalement de la part de Penelope .
Mlle Clairon y ravit tous les fpectateurs . M. La-
Doue qui eft chargé du rolle d'Ulyſſe , s'en acquitte
auffi très-bien . Le dénouement de Penelope
devroit être en action au lieu d'être en récit. Il
y a un autre défaut dans ce dénouement , c'eſt
qu'Ulyffe n'y paroît pas : on feroit bien aife de le
revoir triomphant de fes ennemis , & paifible poffeffeur
de fes Etats .
Il nous paroît que les connoiffeurs eftiment plus.
Médée que Penelope ; les deux grands refforts de
la tragédie , la terreur & la pitié , s'y font fentir
plus vivement. Il n'y a point de perfonnage épi
fodique ; l'action en eft fimple & grande , & le
fujet bien traité. Il y a des beautés dans tous les
actes. Le quatrieme eft frappant. Médée prête à
poignarder fes enfans , & retenue par l'amour maternel
, remplit tous les fpectateurs d'effroi . Il
feroit à fouhaiter que le rolle de Jafon fût moins
foible & moins odieux . Les prétextes dont il fe
fert abandonner Médée , font miférables ;
ils excitent une indignation générale . Les rolles
de Créon & de Créufe ne font gueres mieux faits ,
Longepierre a tout facrifié à celui de Médée. Il
ya quelquefois de l'élévation dans les vers de
cette piece, il y a même des tours naturels & heureux
, mais le ftyle n'eft pas foutenu . On voit que
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE:
P'Auteur s'eft fatigué quand il a voulu mettre de la
force & de la nobleffe dans l'expreffion ; fon imagination
s'épuife promptement . La tragédie de
Médée fut reçue froidement lorfqu'elle fut mife
au théatre en 1694 , & cet ouvrage étoit preſque
oublié , lorfque les Comédiens en rifquerent une
repriſe au mois de Septembre 1728. Mlle Balicour
y rempliffoit le principal rolle , & le fuccès
en fut prodigieux , quoiqu'on ne le repréfentât
que les Mardis & Vendredis , les deux jours de
fa femaine ou la Comédie eft le moins fréquentée.
Depuis la retraite de Mlle Balicour , la tragédie
de Médée s'eft foutenue par les talens de Miles
Dumefnil & Clairon ; & tant qu'il y aura de grandes
Actrices au théatre , elle s'y maintiendra.
M. Molé a continué fon début par les rollesd'Horace
dans l'Ecole des femmes , de Seleucus
dans Rodogune , de Fréderic dans Guſtave , du
Chevalier dans le Diftrait , & de Charmant dans
l'Oracle,
On a donné le Samedi 16 , à la fuite du Ma
homet de M. de Voltaire , la petite Comédie de
la Pupille. Mlle Guéant y a débuté pour la troifieme
fois par le rolle de la Pupille ; elle a joué le
lendemain Mélite dans le Philofophe marié. On
a trouvé qu'elle avoit la figure plus agréable &
plus noble que jamais , & qu'elle avoit beaucoup
acquis du côté du fentiment & de l'expreffion . Le
public paroît defirer qu'elle foit reçue pour les
rolles de feconde amoureuſe.
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Résumé : « L'Académie royale de Musique continue les Fêtes de Thalie. Ce spectacle, depuis le brillant [...] »
En décembre 1754, les activités théâtrales étaient marquées par plusieurs événements notables. L'Académie royale de Musique poursuivait les 'Fêtes de Thalie', attirant un public de plus en plus nombreux grâce à la performance de Mile Cohendet. Cependant, à partir du 3 décembre, ces fêtes ont été remplacées par la représentation de 'Thésée'. Parallèlement, les Comédiens Français, réunis depuis le 18 novembre, ont donné des représentations tant à la cour de Fontainebleau qu'à Paris, malgré un répertoire limité. Ces représentations ont été couronnées de succès. Mlle Clairon a interprété plusieurs rôles prestigieux, notamment dans 'Britannicus', 'Zaire', 'Bajazet', 'Rodogune', 'Polyeucte', 'Gustave', 'Alzire', 'Pénélope' et 'Médée'. Parmi ces pièces, les tragédies 'Pénélope' et 'Médée' ont reçu des critiques mitigées. 'Pénélope' a été accueillie tièdement et a été sauvée par l'interprétation de Baron. La pièce a été critiquée pour sa versification dure et ses rôles épisodiques insupportables. En revanche, 'Médée' a été mieux appréciée pour ses effets de terreur et de pitié, bien que certains rôles aient été jugés faibles. Cette tragédie a connu un succès renouvelé grâce à des actrices comme Mlle Balicour, Duménil et Clairon. M. Molé a également interprété plusieurs rôles avec succès. Quant à Mlle Guéant, elle a fait ses débuts dans 'La Pupille' et 'Mélite', recevant des éloges pour son jeu et son expression.
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9618
p. 174-185
« Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Début :
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Air, Capitaine, Servante, Vieillard, Chocolat, Personnages, Maître, Époux, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heu
reux ftratagême , très -ingénieufe Comédie Françoife
, en trois actes , de M. de Marivaux ; elle a
été fuivie de Baftien de Baftienne . Le Jeudi 14
DECEMBRE. 1754. 175
ils ont repris , toujours avec fuccès , la Servante
Maitreffe, dont voici l'extrait .
ACTEURS.
Pandolfe , vieillard ,
Zerbine , fa fervante ,
Scapin , fon valet ,
M. Rochard.
Mlle Favart.
Perfonnage muet.
Pandolfe ouvre la fcene par le monologue fuivant
; il eſt affis devant une petite table.
AIR.
Long-tems attendre
Sans voir venir ;
Au lit s'étendre ,
Ne point dormir ;
Grand'peine prendre
Sans parvenir ;
Sont trois fujets d'aller fe pendre.
C'eft auffi ſe mocquer des gens ;
Voilà trois heures que j'attends
Que ma fervante enfin m'apporte
Mon chocolat ; elle n'a pas le tems.
Cependant il faut que je forte :
Elle me dira , que m'importe ?
Oh ! c'en eft trop ; je fuis trop bon ;
Mais je vais prendre un autre ton .
Le vieillard appelle Zerbine de toutes les for
ces. En fe retournant il apperçoit Scapin , qui eft
entré fans dire mot , & qui fe tient tranquillement
derriere lui. Comme malgré les cris de fon
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE .
maître , il ne s'empreffe pas d'aller chercher Zerbine
, Pandolphe eft obligé de le pouffer dehors
par les épaules. Il continue enfuite de fe plaindre
de fa fervante.
Récitatif accompagné .
Voilà pourtant , voilà comment
On fait foi-même fon tourment.
Je trouve cette enfant qui me paroît gentille ;
Je la demande à fa famille ;
On ! me la donne , & depuis ce moment
Je l'éleve comme ma fille .
Que m'en revient-il à préfent ?
Mes bontés l'ont rendue à tel point infolente ,
Capricieuſe , impertinente ,
Qu'il faut avant qu'il foit long- tems ,
S'attendre enfin que la fervante
Sera la maîtreffe céans.
Oh ! tout ceci m'impatiente.
Zerbine entre en difputant avec Scapin , & lui
dit :
AIR.
Eh bien , finiras - tu , deux fois , trois fois ;.
Je n'en ai pas le tems , cela te doit fuffire.
Fort bien.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Combien de fois faut-il te le redire ?
DECEMBRE. 1754. 177
Si ton maître eft preffé faut- il que je le fois
A merveille.
Pandolfe , à part.
Zerbine.
Finis , Scapin , fi tu m'en crois ,
Ma patience enfin ſe laffe ;
Si tu la réduis aux abois ,
Je vais faire pleuvoir vingt foufflets fur ta face.
Elle fe met en devoir de fouffleter Scapin :
Pandolfe l'arrête , & lui demande ce qui peut la
mettre fi fort en courroux ; elle lui répond qu'elle
ne veut pas fouffrir que Scapin lui donne des leçons.
Pandolfe a beau lui dire que c'eſt de fa
part , & qu'il veut avoir fon chocolat . Ce chocolat
n'eft point fait , & Zerbine n'a pas le tems
d'en faire . Pandolfe impatienté , & hors de luimême
, fait beaucoup rire Scapin ; Zerbine s'en
offenfe , & Pandolfe avoue qu'on a raiſon de ſe
mocquer de lui , mais il affure que tout ceci finira.
AIR.
Sans fin , fans ceffe ,
Nouveaux procès ;
Et fi , & mais ,
Et oui , & non ,
Tout fur ce ton ;
Jamais , jamais , au grand jamais ,
On n'eft en paix,
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mais que t'en femble à toi ?
Dois-je en crever , moi ?
Non , par ma foi.
Un jour viendra ,
Qu'on fe plaindra ,
Qu'on gémira ,
Quand on fera
Dans la détreffe ;
On maudira
à Scapin.
Son trifte fort ,
On fentira
Qu'on avoit tort .
à Scapin
Qu'en penfes-tu ? n'eft - il pas vrai è
Hai ,
Dis , toi ,
Quoi !
Oui , oui fur ma foi.
Sans fin , fans ceffe , & c:
Pandolfe demande à Scapin fa canne & fon épée
pour fortir. Zerbine 's'y oppofe ; il faut encore
que le vieillard en paffe par là. L'infolence de fa
fervante lui fait prendre la réfolution de fe marier
, fût-ce à une guenon. Zerbine le raille fur
ce prétendu mariage , & lui dit que s'il fe marie
, il n'aura pas d'autre femme qu'elle . Cette
imprudence redouble la colere de Pandolfe ; Zerbine
infifte fur fon projet.
DECEMBRE. 1754 179
Duo en Dialogue.
Je devine
Zerbine.
A ces yeux , à cette mine
Fine ,
Lutine ,
Affaffine ;
Vous avez beau dire non ;
Bon , bon ;
Vos yeux me difent que fi ,
Et je veux le croire ainfi .
Pandolfe.
Ma divine ,
Vous vous trompez à ma mine
Très-fort ;
Prenez un peu moins l'effor ,
Mes yeux avec moi d'accord ,
Vous diront vous avez tort.
Zerbine.
Mais comment ! mais pourquoi
Je fuis jolie ,
Mais très-jolie ,
Douce , polie :
Voulez-vous de l'agrément , de la fineffe
Des bons airs de toute espéce ,
Gentilleffe ,,
Nobleffe ?
Regardez-moi.
Hvj
480. MERCURE DE FRANCE.
Pandolfe , à part.
Sur mon ame , elle me tente ;
Elle eft charmante.
Zerbine , à
part.
Pour le coup il devient tendre .
Il faut fe rendre.
Pandolfe.
Ah ! laiffes-moi.
Zerbine.
Il faut me prendre.
Pandolfe.
Tu rêves , je crois.
Zerbine.
à Pandolfe.
Tu veux en vain t'en défendre :
11 faut que tu fois à moi.
Zerbine,
Je t'aime ,
Je fuis à toi ,
Sois donc à moi.
Pandolfe?
O peine extrême !
Je fuis , ma foi ,
Tout hors de moi.
Le fecond acte commence par un air que
Zerbine chante feule , & dont les paroles conviennent
à toutes les filles qui pourront fe trouves
dans le cas où elle est.
DECEMBRE. 1754. 181
AIR.
Vous gentilles ,
Jeunes filles ,
'Aux vieillards qui tendez vos filets ;
Qui cherchez des maris , beaux ou laids ,
Apprenez , retenez bien mes fecrets ;
Vous allez voir comme je fais.
Tour à tour avec adreffe ,
Je menace , je careffe ;
Quelque tems
Je me défends ,
Mais enfin je me rends.
Elle a mis Scapin dans fes intérêts ; il confent
à faire le perfonnage d'un Capitaine déguifé qui
la demande en mariage. Zerbine appercevant
Pandolfe , fait femblant de fe repentir de fes infolences
& de fa témérité , & elle lui dit qu'elle eft
recherchée par le Capitaine Tempête , auquel
elle a promis fa foi . Elle chante enfuite les paroles
qui fuivent.
Récitatif accompagné .
Jouiffez cependant du deftin le plus doux ;
Soyez long- tems l'heureux époux
De celle que le Ciel aujourd'hui vous deftine .
Souvenez -vous quelquefois de Zerbine ,
Qui tant qu'elle vivra ſe ſouviendra de vous .
AIR , tendrement.
A Zerbine laiff ez , par grace,
Sz MERCURE DEFRANCE,
Quelque place
En votre fouvenir ;
L'en bannir ;
Quelle difgrace !
Eh comment la foutenir ?
Pandolfe s'attendrit par dégrés , & veut cacherfo
attendrisjement.
Zerbine à part , gaiement.
Il eft , ma foi , dupe de ma grimace ,
Je le vois déja s'attendrir.
à Pandolfe , tendrement.
De Zerbine gardez , par grace
Quelque trace ;
L'oublier , quelle diſgrace !
Eh , comment le foutenir ?
* part , gaiement
Il y va venir.
Pandolfe s'attendrit de plus en pluss
Il ne peut long-tems tenir.
Pandolfe , tendrement.
Si je fus impertinente ,
Contrariante ,
Vous m'en voyez repentante ,
Pardonnez-moi.
Elle fejette auxgenoux de Pandolfe , qui luiprend
la main comme en cachette.
à part , gaiement.
Mais..... il me prend la main ,
DECEMBRE. 1754 183
Ma foi l'affaire eft en bon train.
Zerbine demande enfuite à Pandolfe la permiffion
de lui préfenter fon prétendu ; Pandolfe y
confent. Cet homme lui fait peur par fon air
bourru & par les grimaces. Le vieillard commence
à plaindre Zerbine de tomber en de pareilles
mains. Le Capitaine garde un filence obftiné
en préfence de Pandolfe , qui s'en étonne.
Zerbine promet en le tirant à l'écart de le faire
parler ; la réponſe qu'elle rapporte eft que le Capitaine
demande à Pandolfe la dot de fa future ,
puifqu'il lui a tenu lieu de pere : Pandolfe , plus
furpris quejamais , dit qu'il aille fe promener . Le
faux Capitaine fait femblant d'entrer en fureur , &
menace Pandolfe en grinçant les dents . Pandolfe
appelle Scapin à fon fecours : Scapin qui ne
fonge plus au perfonnage de Capitaine qu'il étoit
obligé de faire , veut accourir , & Zerbine le retient.
Pandolfe qui a perdu tout à fait la tête , fe
propofe pour époux à Zerbine fi elle veut congé
dier le Capitaine.
Zerbine , en le regardant tendrement.
Vous , Monfieur !
Pandolfe , vivement .
Oui , ma chere , il n'eft plus tems de feindre
A cet aveu tu fçais à la fin me contraindre.
Je t'aime , je t'adore , & je fuis comme un fou :
Prends ma main , prends mon coeur , prends mon
bien , & renvoie
Ce maudit fpadaffin , ce franc oifeau de proie
A qui Satan puiffe tordre le cou.
184 MERCURE DE FRANCE,
Zerbine.
Ah ! mon cher maître , en confcience ,
Vous méritez la préférence ;
Je vous la donne , & c'eft de très -grand coeur :
Voilà ma main , vous êtes le vainqueur.
Pandolfe.
Il ne faut pas non plus braver le Capitaine ;
Attends qu'il foit forti de ma maifon.
Zerbine.
Oh ! ne vous mettez pas en peine ;
Je vais d'un mot le mettre à la raiſon.
à Scapin.
Scapin , tu peux quitter cet attirail fantafque ;
Nous n'avons plus befoin de maſque.
Scapin fe découvre en riant aux éclats.
Pandolfe.
Comment , coquin , c'est toi !
Zerbine.
De quoi vous plaignez-vous ;
Quand vous devez ma main à ſon adreſſe ?
Pandolfe.
left vrai , je ne puis me fàcher d'une piece
Qui met le comble à mesvoeux les plus doux.
DECEMBRE , 1754. 185
Zerbine.
Elle remplit auffi les miens , mon cher époux.
à part.
J'étois fervante , & je deviens maîtrefle.
La piece finit par un duo en dialogue de Pan-
'dolfe & de Zerbine.
Tous les amateurs ont été fi contens de la traduction
de la Serva padrona , qu'ils invitent M.
Borans à vouloir bien traduire les autres intermedes
Italiens qui ont réuſſi .
Fermer
Résumé : « Les Comédiens Italiens ont fait l'ouverture de leur théatre le Mercredi 13 Novembre par l'Heureux [...] »
Les Comédiens Italiens ont inauguré leur théâtre le 13 novembre 1754 avec la pièce 'Le Faux Fratagem' de Marivaux, suivie de 'Bastien et Bastienne'. Le 14 décembre 1754, ils ont repris avec succès 'La Servante Maîtresse' de Marivaux. Cette pièce met en scène trois personnages principaux : Pandolfe, un vieillard, Zerbine, sa servante, et Scapin, le valet de Zerbine. Pandolfe, impatient d'attendre son chocolat, se plaint de l'insolence de Zerbine. Zerbine et Scapin se disputent, et Zerbine menace de le gifler. Exaspéré, Pandolfe décide de se marier, même avec une guenon. Zerbine le raille et insiste sur son projet. Dans le deuxième acte, Zerbine chante un air où elle conseille aux jeunes filles de se défendre tout en se rendant. Elle manipule Pandolfe en lui faisant croire qu'un capitaine, en réalité Scapin déguisé, la demande en mariage. Pandolfe, attendri, finit par avouer son amour à Zerbine. Zerbine accepte et révèle que Scapin était déguisé. La pièce se termine par un duo entre Pandolfe et Zerbine, qui deviennent mari et femme. Les spectateurs ont apprécié la traduction de 'La Servante Maîtresse' et souhaitent que d'autres intermèdes italiens soient traduits.
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9619
p. 185
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Le Concert Spirituel qui fut exécuté le premier Novembre, fête de tous les Saints, commença [...]
Mots clefs :
Concert spirituel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
E Concert Spirituel qui fut exécuté le premier
Novembre , fête de tous les Saints , commença
par une fymphonie de M. Labbé fils ; enfuite
Cantate Domino , motet à grand choeur de Lalande
, dans lequel Mlle Cohendet chanta le récit
Viderunt. Mile Lepri chanta un air Italien . M.
Palanca joua un concerto de la compofition del
Signor Beffozzi. Mlle Lepri chanta un fecond air
Italien . Le Concert finit par De profundis , motet à
grand choeur de M. Mondonville.
E Concert Spirituel qui fut exécuté le premier
Novembre , fête de tous les Saints , commença
par une fymphonie de M. Labbé fils ; enfuite
Cantate Domino , motet à grand choeur de Lalande
, dans lequel Mlle Cohendet chanta le récit
Viderunt. Mile Lepri chanta un air Italien . M.
Palanca joua un concerto de la compofition del
Signor Beffozzi. Mlle Lepri chanta un fecond air
Italien . Le Concert finit par De profundis , motet à
grand choeur de M. Mondonville.
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9620
p. 186
DU LEVANT.
Début :
Les diverses secousses de tremblement de terre qu'on a essuyées ici pendant quatorze jours, ont [...]
Mots clefs :
Constantinople, Tremblement de terre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 19 Septembre.
LESEs diverfes fecouffes de tremblement de terre
qu'on a effuyées ici pendant quatorze jours , one
fait de grands ravages dans cette ville. Il y a des
rues dans lesquelles il ne fubfifte plus aucune maifon.
Prefque tous les bâtimens du Serail ont confidérablement
fouffert , & deux pavillons , fitués à
l'extrêmité des jardins , font totalement renversés.
Par la fecouffe du 3 , plufieurs Mofquées , entre
autres celle de Sainte Sophie , ont été fort endommagées
, ainfi qu'un grand nombre d'autres édi
fices publics . Le tremblement du 14 a ruiné la
moitié du quartier des Janiffaires . En quelques endroits
la terre s'eft entr'ouverte , & des Palais entiers
ont été abîmés. On compte que par ces différens
accidens il a péri deux mille perfonnes. La
crainte d'un femblable fort a fait fuir la plupart des
habitans , & le Grand Seigneur fuivi du grand
Vifir & des principaux Officiers de la Porte , partit
le 16 , pour fe retirer dans une de les maifons fur
le bord du grand canal.
DE CONSTANTINOPLE , le 19 Septembre.
LESEs diverfes fecouffes de tremblement de terre
qu'on a effuyées ici pendant quatorze jours , one
fait de grands ravages dans cette ville. Il y a des
rues dans lesquelles il ne fubfifte plus aucune maifon.
Prefque tous les bâtimens du Serail ont confidérablement
fouffert , & deux pavillons , fitués à
l'extrêmité des jardins , font totalement renversés.
Par la fecouffe du 3 , plufieurs Mofquées , entre
autres celle de Sainte Sophie , ont été fort endommagées
, ainfi qu'un grand nombre d'autres édi
fices publics . Le tremblement du 14 a ruiné la
moitié du quartier des Janiffaires . En quelques endroits
la terre s'eft entr'ouverte , & des Palais entiers
ont été abîmés. On compte que par ces différens
accidens il a péri deux mille perfonnes. La
crainte d'un femblable fort a fait fuir la plupart des
habitans , & le Grand Seigneur fuivi du grand
Vifir & des principaux Officiers de la Porte , partit
le 16 , pour fe retirer dans une de les maifons fur
le bord du grand canal.
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Résumé : DU LEVANT.
Entre le 3 et le 14 septembre, Constantinople a été frappée par des tremblements de terre sur une période de quatorze jours, causant des destructions massives. Plusieurs rues ont été entièrement ravagées, et de nombreux bâtiments, y compris ceux du Serail, ont été gravement endommagés. Deux pavillons des jardins du Serail ont été renversés. Le 3 septembre, des mosquées, dont Sainte Sophie, et divers édifices publics ont subi des dommages. Le 14 septembre, la moitié du quartier des Janissaires a été détruite. En certains lieux, la terre s'est ouverte, entraînant la ruine de palais entiers. On estime que deux mille personnes ont péri. La peur d'une nouvelle secousse a poussé la plupart des habitants à fuir. Le Grand Seigneur, accompagné du grand vizir et des principaux officiers, a quitté la ville le 16 septembre pour se réfugier dans une maison sur le bord du grand canal.
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9621
p. 186-188
DU NORD.
Début :
Avant hier sur le midi, la Grande Duchesse sentit quelques douleurs. Une demi-heure après elle [...]
Mots clefs :
Copenhague, Roi, Ambassadeur, Saint-Petersbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DE PETERSBOURG , le 3 Octobre.
Avant -bier for le midi , la Grande Ducheffe fen
tit quelques de aleurs. Une demi-heure après elle
DECEMBRE. 1754. 187
accoucha d'un Prince , dont la naiffance fut annoncée
au peuple par les falves réitérées du canon
de la citadelle & de l'Amirauté . La Grande Ducheffe
fe porte auffi bien qu'on puiffe le defirer
de même que le jeune Prince , qui a été ondoyé ,
& nomméPaul.
DE COPPENHAGUE , le 27 Octobre.
"
Le 23 de ce mois , le Roi fit l'honneur au Préfident
Ogier , Ambaffadeur de Sa Majeſté Très-
Chrétienne , de dîner chez lui dans une maiſon
de plaifance , que ce Miniftre a fait orner avec
beaucoup de goût . La table étoit de quinze couverts.
Sa Majesté fit placer l'Ambaſſadrice à fa
droite , & l'Ambaffadeur à fa gauche. Les autres
places furent remplies par les Miniftres
d'Etat , & par quelques-uns des principaux Seigneurs
de la Cour. Une magnifique illumination
& un très-beau feu d'artifice terminerent
la fête. La décoration du feu repréſentoit un aro
de triomphe , fur le fronton duquel étoit le chiffre
du Roi , avec cette infcription : Friderico V. Pio ,
Felici , P. P. Optimo Principi . De chaque côté de
cette décoration s'élevoient cinq grandes pyra
mides. Elles étoient liées enfemble par des guir-
Landes , & chargées chacune d'un cartouche contenant
quelque enblême relatif aux vertus de Sa
Majefté, ou le tableau allégorique de quelqu'un
des établiflemens qu'elle a faits pour l'augmenta
tion du commerce , & pour le progrès des arts.
Des vafes à l'antique étoient placés dans les entredeux
des pyramides L'artifice occupoit toute la
longueur de la décoration ; & du milieu , ainfi
que des extrêmités , on voyoit fortir fans interruption
des gerbes de feu . On découvroit à tra
vers les arcades de l'arc de triomphe une perfpec188
MERCURE DE FRANCE.
tive de pots à feu , de trois cens pas de longueur .
Le Roi , en fe retirant , témoigna à l'Ambaffadeur
& à l'Ambaffadrice combien il étoit fatisfait
de la réception qu'ils lui avoient faite.
Avant -bier for le midi , la Grande Ducheffe fen
tit quelques de aleurs. Une demi-heure après elle
DECEMBRE. 1754. 187
accoucha d'un Prince , dont la naiffance fut annoncée
au peuple par les falves réitérées du canon
de la citadelle & de l'Amirauté . La Grande Ducheffe
fe porte auffi bien qu'on puiffe le defirer
de même que le jeune Prince , qui a été ondoyé ,
& nomméPaul.
DE COPPENHAGUE , le 27 Octobre.
"
Le 23 de ce mois , le Roi fit l'honneur au Préfident
Ogier , Ambaffadeur de Sa Majeſté Très-
Chrétienne , de dîner chez lui dans une maiſon
de plaifance , que ce Miniftre a fait orner avec
beaucoup de goût . La table étoit de quinze couverts.
Sa Majesté fit placer l'Ambaſſadrice à fa
droite , & l'Ambaffadeur à fa gauche. Les autres
places furent remplies par les Miniftres
d'Etat , & par quelques-uns des principaux Seigneurs
de la Cour. Une magnifique illumination
& un très-beau feu d'artifice terminerent
la fête. La décoration du feu repréſentoit un aro
de triomphe , fur le fronton duquel étoit le chiffre
du Roi , avec cette infcription : Friderico V. Pio ,
Felici , P. P. Optimo Principi . De chaque côté de
cette décoration s'élevoient cinq grandes pyra
mides. Elles étoient liées enfemble par des guir-
Landes , & chargées chacune d'un cartouche contenant
quelque enblême relatif aux vertus de Sa
Majefté, ou le tableau allégorique de quelqu'un
des établiflemens qu'elle a faits pour l'augmenta
tion du commerce , & pour le progrès des arts.
Des vafes à l'antique étoient placés dans les entredeux
des pyramides L'artifice occupoit toute la
longueur de la décoration ; & du milieu , ainfi
que des extrêmités , on voyoit fortir fans interruption
des gerbes de feu . On découvroit à tra
vers les arcades de l'arc de triomphe une perfpec188
MERCURE DE FRANCE.
tive de pots à feu , de trois cens pas de longueur .
Le Roi , en fe retirant , témoigna à l'Ambaffadeur
& à l'Ambaffadrice combien il étoit fatisfait
de la réception qu'ils lui avoient faite.
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Résumé : DU NORD.
Le 3 octobre 1754 à Petersbourg, la Grande Duchesse donna naissance à un prince, nommé Paul. La mère et l'enfant se portaient bien, et la nouvelle fut célébrée par des salves de canon. Le 23 octobre à Copenhague, le Roi rendit hommage au Président Ogier, Ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne, en dînant chez lui dans une maison de plaisance. Quinze convives étaient présents, incluant l'Ambassadrice à la droite du Roi et l'Ambassadeur à sa gauche, ainsi que des ministres d'État et des seigneurs de la Cour. La soirée se termina par une illumination et un feu d'artifice représentant un arc de triomphe avec le chiffre du Roi et des pyramides ornées d'emblèmes et de tableaux allégoriques. Le Roi exprima sa satisfaction à l'Ambassadeur et à l'Ambassadrice pour la réception.
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9622
p. 188-192
ALLEMAGNE.
Début :
Les fêtes que le Prince de Saxe Hildburghausen a données à leurs Majestés Impériales, ont été [...]
Mots clefs :
Prince de Saxe-Hildburghausen, Impératrice, Empereur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
DE SCHLOSHOFF , le 27 Septembre.
Les fêtes que le Prince de Saxe Hildburghau
fen a données à leurs Majeftés Impériales , ont été
fi éclatantes , que le public en verra fans doute
avec plaifir la relation. L'Empereur & l'Impératrice
étant arrivés le 23 de ce mois vers une heure
après midi au Château de Hoff , dînerent à une
table de quarante- deux couverts . Après le repos ,
le Prince de Saxe-Hildburghauſen conduifit l'Empereur
& l'Impératrice dans le parc . Leurs Majeftés
Impériales s'étant promenées pendant quelque
temps dans des allées pratiquées en forme de
labyrinthes , furent agréablement ſurpriſes de voir
paroître tout à coup un théâtre de verdure. Une
fymphonie fe fit entendre , & elle fut fuivie d'une
paftorale italienne , intitulée Il vero Omaggio. Des
cors de chaffe , des trompettes , des hautbois , &
des flutes , répétoient par intervalles , dans les bofquets
voifins , les airs que deux Actrices avoient
chantés. Sur le foir l'Einpereur & l'Impératrice
retournerent au Château , où leurs Majeftés Impériales
virent repréfenter un Opera , qui avoit
pour titre l'Ifola dishabitata . Le lendemain aprèsmidi
, elles fe rendirent en carroffe fur les bords
de la riviere de Mark ; elles y trouverent une
barque conftruite fur le modele du Busentaure de
Venife , dans laquelle elles entrerent . L'apparte
ment qu'on y avoit préparé pour leurs Majeftés ,
DECEMBRE. 1754. 189
3
avoit trente- deux croifées , ornées de rideaux de
moire d'argent, garnis de franges & de houppes d'or.
La peinture , la fculpture & la dorure concouroient
à l'embelliffement de toutes les parties , tant intérieures
qu'extérieures , de cet appartement . De
chaque côté de la barque pendoit un riche tapis
avec des franges d'argent , flottant fur la furface
des eaux. Quarante bateaux fculptés & dorés
dont chacun étoit conduit par un pilote & quatre
rameurs habillés en matelots Vénitiens , fuivoient
cette barque. Toute cette petite flotte étoit précédée
d'une autre barque , repréfentant le Jardin des
Hefperides , fur laquelle quatre Nymphes , accompagnées
d'un harmonieux orchestre , chantoient
des vers à la louange de leurs Majeftés . Lorfqu'on
eut navigé une demi-heure , on apperçut
a droite fur le rivage une falle de verdure , qu'entouroit
une galerie foutenue par une colonade.
L'Empereur & l'Impératrice ayant mis pied à
terre , découvrirent de l'autre côté de la riviere ,
au bas d'une haute montagne , trois arcs de
triomphe , compofés chacun de trois arcades. Sur
celui du milieu on voyoit la ftatue de Diane , qui
fembloit donner fes ordres pour la chaffe . Plu
feurs trompettes , cors & autres inftrumens, placés
fur diverfes collines , firent retentir les airs de leurs
fanfares. Auffi- tôt il partit du haut de la_montagne
fix cens cinquante cerfs , qui , chaffés par
une armée de payfans vêtus uniformément , fe
précipiterent au travers des arcades des arcs de
triomphe dans la riviere , la traverferent à la
nage , & fe réfugierent dans la prairie , où étoit
la falle dont nous venons de parler . Leurs Majeftés
pendant une heure s'amuferent de ce spectacle ,
Comme elles ne voulurent tuer aucun de ces animaux
, on baiſſa les toiles qui formoient l'ens
190 MERCURE DE FRANCE.
ceinte , & ils fe fauverent dans les bois des envia
rons. Quelques momens après on vit fortir d'un
palais élevé dans le fond de la prairie , un nombre
prodigieux de loups , de renards & de marcaffins
, dont une partie fut tuée par leurs Majeftés
& par les Archiducs. La chaffe étant finie ,
I'Empereur & l'Impératrice retournerent au Châ.
reau , pour affifter à un nouvel Opera , intitulé I
Cinefi . Les décorations qui formoient un cabinet
chinois, étoient toutes de cryftal ; l'art avec lequef
elles étoient éclairées excita l'admiration de toute
Ja Cour. L'Opera fut fuivi d'un fouper fplendide
& d'un grand bal . Le 25 le Prince de Saxe Hildburghaufen
après le dîner, donna à leurs Majeftés
Impériales le divertiffement d'une joûte fur un
étang , dont la fituation étoit des plus favorables
par les collines qui l'environnent. De part & d'autre
l'étang étoit bordé d'arcades de verdure , foutenues
par deux rangs de colonnes , & furmontées
par des pyramides . Au milieu de la chauffée on
avoit conftruit des loges pour leurs Majestés &
pour leur fuite. Vis -à-vis , à la queue de l'étang ,
une perfpective peinte trompoit tellement les
yeux , qu'on croyoit voir des jardins d'une immenfe
étendue. Vers le centre de l'étang s'élevoient
neuf arcades. On avoit placé fur celle du
milieu un orcheſtre rempli de toutes fortes d'inftrumens.
Plus loin étoient fix rochers , fur lefquels
on voyoit divers animaux déguifés en arlequins
, en polichinelles & en pantalons . Dès
que les timballes & les trompettes curent donné le
fignal , huit bateaux chargés de maſques de différens
caracteres , fe mirent en mouvement. La
joûte commença , & l'adreffe avec laquelle les
Joûteurs exécuterent leurs manoeuvres charma
tous les fpectateurs. Après ce divertiſement la
DECEMBRE . 1754- 191
perfpective de jardins feints difparut . Elle fit place
a une ifle flottante , qui s'étant détachée du rivage
& traversant tout l'étang , alla ſe réunir à la
loge de leurs Majeftés Impériales. Dans le fond
de cette ifle , fur le fommet d'une petite colline ,
paroiffoient les ftatues de la Clémence & de la
Justice , aux pieds defquelles une abondance éton-,
nante d'eau tomboit par plufieurs cafcades dans
un grand baffin , d'où divers jets s'élançoient dans
les airs. Un vafte parterre de fleurs , orné de vafes
& de ftatues , occupoit le milieu de l'ifle. Le refte
du terrein étoit couvert d'une infinité d'orangers ,
de limoniers & de cedras , dont les fruits glacés
imitoient parfaitement les fruits naturels . Quatre
Jardiniers fuperbement vêtus , inviterent l'Empereur
& l'Impératrice à defcendre dans cette habitation
enchantée . Deux Pêcheurs & deux Pêcheufes
préfenterent des filets d'argent aux Archiducs
& aux Archiducheffes , qui pêcherent dans le
baffin , & qui prirent plufieurs poiffons. Leurs
Majeftés fe promenerent dans l'iflè , dont la ftructure
furprenoit d'autant plus , qu'on n'avoit vu
faire aucune manoeuvre pour lui faire traverſer
Pétang. Le foir la Cour tira au blanc près du
Château dans une plaine , où des milliers de lam
pions & de pots à feu diftribués dans la verdure ,
avoient ramené la clarté du plus beau jour. L'Archiduc
Jofeph fut le premier qui toucha le centre,
Une fufée qu'il fit partir alluma un foleil , au mi,
fieu duquel on lifoit en gros caracteres , vivat
Francifcus. D'un autre coup ce Prince alluma un
autre foleil , dont le centre portoit en lettres de
feu cette infcription , vivat Maria-Therefia. Le
troifiéme foleil fut allumé par un coup de l'Archiducheffe
Marie-Anne , & fit voir ces mots vivas
Jofephus. A ces foleils fuccéda un très - beau feu
192 MERCURE DE FRANCE.
d'artifice. Hier toute la matinée fut remplie par
une espece de bacchanale . Cette derniere fête commença
par l'arrivée de deux chars de triomphe
dans la cour du Chateau. Ils étoient traînés chacun
par huit boeufs blancs , chargés de rubans & de
Aeurs , & dont les cornes étoient dorées.. Ces
chars étoient précédés de douze Sylvains à cheval,
& fuivis d'une foule de Bacchantes. Les Sylvains
coururent la bague , & les Bacchantes danferent
plufieurs ballets figurés. Il parut enfuite un troiféme
char , fur lequel il y avoit une multitude
prodigieufe d'animaux de toute efpece , foit en
venaifon , foit en volaille & en gibier , apprêtés de
diverfes façons. Tous ces vivres furent abandonnés
au peuple , & douze fontaines de vin coulerent des
deux chars qui étoient arrivés les premiers . A une
heure après - midi l'Empereur & l'Impératrice dînerent
; & après avoir témoigné au Prince de Saxe-
Hildburghaufen combien ils étoient fatisfaits
de la réception qu'il leur avoit faite , ils partirent
pour retourner à Schonbrun.
DE SCHLOSHOFF , le 27 Septembre.
Les fêtes que le Prince de Saxe Hildburghau
fen a données à leurs Majeftés Impériales , ont été
fi éclatantes , que le public en verra fans doute
avec plaifir la relation. L'Empereur & l'Impératrice
étant arrivés le 23 de ce mois vers une heure
après midi au Château de Hoff , dînerent à une
table de quarante- deux couverts . Après le repos ,
le Prince de Saxe-Hildburghauſen conduifit l'Empereur
& l'Impératrice dans le parc . Leurs Majeftés
Impériales s'étant promenées pendant quelque
temps dans des allées pratiquées en forme de
labyrinthes , furent agréablement ſurpriſes de voir
paroître tout à coup un théâtre de verdure. Une
fymphonie fe fit entendre , & elle fut fuivie d'une
paftorale italienne , intitulée Il vero Omaggio. Des
cors de chaffe , des trompettes , des hautbois , &
des flutes , répétoient par intervalles , dans les bofquets
voifins , les airs que deux Actrices avoient
chantés. Sur le foir l'Einpereur & l'Impératrice
retournerent au Château , où leurs Majeftés Impériales
virent repréfenter un Opera , qui avoit
pour titre l'Ifola dishabitata . Le lendemain aprèsmidi
, elles fe rendirent en carroffe fur les bords
de la riviere de Mark ; elles y trouverent une
barque conftruite fur le modele du Busentaure de
Venife , dans laquelle elles entrerent . L'apparte
ment qu'on y avoit préparé pour leurs Majeftés ,
DECEMBRE. 1754. 189
3
avoit trente- deux croifées , ornées de rideaux de
moire d'argent, garnis de franges & de houppes d'or.
La peinture , la fculpture & la dorure concouroient
à l'embelliffement de toutes les parties , tant intérieures
qu'extérieures , de cet appartement . De
chaque côté de la barque pendoit un riche tapis
avec des franges d'argent , flottant fur la furface
des eaux. Quarante bateaux fculptés & dorés
dont chacun étoit conduit par un pilote & quatre
rameurs habillés en matelots Vénitiens , fuivoient
cette barque. Toute cette petite flotte étoit précédée
d'une autre barque , repréfentant le Jardin des
Hefperides , fur laquelle quatre Nymphes , accompagnées
d'un harmonieux orchestre , chantoient
des vers à la louange de leurs Majeftés . Lorfqu'on
eut navigé une demi-heure , on apperçut
a droite fur le rivage une falle de verdure , qu'entouroit
une galerie foutenue par une colonade.
L'Empereur & l'Impératrice ayant mis pied à
terre , découvrirent de l'autre côté de la riviere ,
au bas d'une haute montagne , trois arcs de
triomphe , compofés chacun de trois arcades. Sur
celui du milieu on voyoit la ftatue de Diane , qui
fembloit donner fes ordres pour la chaffe . Plu
feurs trompettes , cors & autres inftrumens, placés
fur diverfes collines , firent retentir les airs de leurs
fanfares. Auffi- tôt il partit du haut de la_montagne
fix cens cinquante cerfs , qui , chaffés par
une armée de payfans vêtus uniformément , fe
précipiterent au travers des arcades des arcs de
triomphe dans la riviere , la traverferent à la
nage , & fe réfugierent dans la prairie , où étoit
la falle dont nous venons de parler . Leurs Majeftés
pendant une heure s'amuferent de ce spectacle ,
Comme elles ne voulurent tuer aucun de ces animaux
, on baiſſa les toiles qui formoient l'ens
190 MERCURE DE FRANCE.
ceinte , & ils fe fauverent dans les bois des envia
rons. Quelques momens après on vit fortir d'un
palais élevé dans le fond de la prairie , un nombre
prodigieux de loups , de renards & de marcaffins
, dont une partie fut tuée par leurs Majeftés
& par les Archiducs. La chaffe étant finie ,
I'Empereur & l'Impératrice retournerent au Châ.
reau , pour affifter à un nouvel Opera , intitulé I
Cinefi . Les décorations qui formoient un cabinet
chinois, étoient toutes de cryftal ; l'art avec lequef
elles étoient éclairées excita l'admiration de toute
Ja Cour. L'Opera fut fuivi d'un fouper fplendide
& d'un grand bal . Le 25 le Prince de Saxe Hildburghaufen
après le dîner, donna à leurs Majeftés
Impériales le divertiffement d'une joûte fur un
étang , dont la fituation étoit des plus favorables
par les collines qui l'environnent. De part & d'autre
l'étang étoit bordé d'arcades de verdure , foutenues
par deux rangs de colonnes , & furmontées
par des pyramides . Au milieu de la chauffée on
avoit conftruit des loges pour leurs Majestés &
pour leur fuite. Vis -à-vis , à la queue de l'étang ,
une perfpective peinte trompoit tellement les
yeux , qu'on croyoit voir des jardins d'une immenfe
étendue. Vers le centre de l'étang s'élevoient
neuf arcades. On avoit placé fur celle du
milieu un orcheſtre rempli de toutes fortes d'inftrumens.
Plus loin étoient fix rochers , fur lefquels
on voyoit divers animaux déguifés en arlequins
, en polichinelles & en pantalons . Dès
que les timballes & les trompettes curent donné le
fignal , huit bateaux chargés de maſques de différens
caracteres , fe mirent en mouvement. La
joûte commença , & l'adreffe avec laquelle les
Joûteurs exécuterent leurs manoeuvres charma
tous les fpectateurs. Après ce divertiſement la
DECEMBRE . 1754- 191
perfpective de jardins feints difparut . Elle fit place
a une ifle flottante , qui s'étant détachée du rivage
& traversant tout l'étang , alla ſe réunir à la
loge de leurs Majeftés Impériales. Dans le fond
de cette ifle , fur le fommet d'une petite colline ,
paroiffoient les ftatues de la Clémence & de la
Justice , aux pieds defquelles une abondance éton-,
nante d'eau tomboit par plufieurs cafcades dans
un grand baffin , d'où divers jets s'élançoient dans
les airs. Un vafte parterre de fleurs , orné de vafes
& de ftatues , occupoit le milieu de l'ifle. Le refte
du terrein étoit couvert d'une infinité d'orangers ,
de limoniers & de cedras , dont les fruits glacés
imitoient parfaitement les fruits naturels . Quatre
Jardiniers fuperbement vêtus , inviterent l'Empereur
& l'Impératrice à defcendre dans cette habitation
enchantée . Deux Pêcheurs & deux Pêcheufes
préfenterent des filets d'argent aux Archiducs
& aux Archiducheffes , qui pêcherent dans le
baffin , & qui prirent plufieurs poiffons. Leurs
Majeftés fe promenerent dans l'iflè , dont la ftructure
furprenoit d'autant plus , qu'on n'avoit vu
faire aucune manoeuvre pour lui faire traverſer
Pétang. Le foir la Cour tira au blanc près du
Château dans une plaine , où des milliers de lam
pions & de pots à feu diftribués dans la verdure ,
avoient ramené la clarté du plus beau jour. L'Archiduc
Jofeph fut le premier qui toucha le centre,
Une fufée qu'il fit partir alluma un foleil , au mi,
fieu duquel on lifoit en gros caracteres , vivat
Francifcus. D'un autre coup ce Prince alluma un
autre foleil , dont le centre portoit en lettres de
feu cette infcription , vivat Maria-Therefia. Le
troifiéme foleil fut allumé par un coup de l'Archiducheffe
Marie-Anne , & fit voir ces mots vivas
Jofephus. A ces foleils fuccéda un très - beau feu
192 MERCURE DE FRANCE.
d'artifice. Hier toute la matinée fut remplie par
une espece de bacchanale . Cette derniere fête commença
par l'arrivée de deux chars de triomphe
dans la cour du Chateau. Ils étoient traînés chacun
par huit boeufs blancs , chargés de rubans & de
Aeurs , & dont les cornes étoient dorées.. Ces
chars étoient précédés de douze Sylvains à cheval,
& fuivis d'une foule de Bacchantes. Les Sylvains
coururent la bague , & les Bacchantes danferent
plufieurs ballets figurés. Il parut enfuite un troiféme
char , fur lequel il y avoit une multitude
prodigieufe d'animaux de toute efpece , foit en
venaifon , foit en volaille & en gibier , apprêtés de
diverfes façons. Tous ces vivres furent abandonnés
au peuple , & douze fontaines de vin coulerent des
deux chars qui étoient arrivés les premiers . A une
heure après - midi l'Empereur & l'Impératrice dînerent
; & après avoir témoigné au Prince de Saxe-
Hildburghaufen combien ils étoient fatisfaits
de la réception qu'il leur avoit faite , ils partirent
pour retourner à Schonbrun.
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le Prince de Saxe-Hildburghausen a organisé des festivités en l'honneur de l'Empereur et de l'Impératrice, qui sont arrivés au Château de Hoff le 23 septembre. Après un dîner de quarante-deux couverts, le Prince a conduit Leurs Majestés dans le parc, où elles ont découvert un théâtre de verdure et assisté à une pastorale italienne. Le lendemain, ils ont navigué sur la rivière de Mark à bord d'une barque inspirée du Bucentaure de Venise, ornée de moire d'argent et suivie par une flotte de bateaux sculptés et dorés. Sur le rivage, ils ont assisté à une chasse aux cerfs et à une battue de loups, de renards et de marcassins. De retour au château, ils ont assisté à un opéra intitulé 'L'isola disabitata'. Le 25 septembre, une joute sur un étang a été organisée, suivie d'un spectacle de feux d'artifice et d'une bacchanale. Les festivités se sont conclues par un char de triomphe et des fontaines de vin offertes au peuple. L'Empereur et l'Impératrice ont exprimé leur satisfaction avant de partir pour Schönbrunn.
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9623
p. 192-193
ESPAGNE.
Début :
Par un décret publié depuis peu le Roi a ordonné aux Corrégidors de prendre, chacun dans leur [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Madrid
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 10 Octobre.
Par un décret publié depuis peu le Roi a ordon
né aux Corregidors de prendre , chacun dans leur
département , une note exacte des biens- fonds dont
jouiffent les Communautés Religieufes , & de fe
faire apporter les titres en vertu defquels elles les
poffedent.
DE MADRID , le 15 Octobre.
Le 9 de ce mois leurs Majeftés partirent pour
le Château de l'Efcurial. L'Académie Espagnole
ayang
DECEMBRE. 1754. 193
ayant à fa tête le Duc de Huefcar , leur préfenta
le 8 un éloge funebre de la feue Reine Douairiere
de Portugal , & un nouveau Traité de l'Ortographe
Caftillane . ·
Il est arrivé de Cadix un courier , par lequel on
a appris l'arrivée du vaiffeau le Jefus-Marie& Jo-
Seph , qui revient de Callao , de Lima. Ce bâtiment
étoit chargé de la valeur de feize cens cinquante-
trois mille neuf cens vingt- huit piaftres ,
tant en or qu'en argent monnoyé ou non monnoyé
, & il avoit à bord beaucoup de cacao , de
cuirs , de cafcarille , d'étain & de laine de Vigogne.
DE LISBONNE , le 10 Octobre.
Par un décret publié depuis peu le Roi a ordon
né aux Corregidors de prendre , chacun dans leur
département , une note exacte des biens- fonds dont
jouiffent les Communautés Religieufes , & de fe
faire apporter les titres en vertu defquels elles les
poffedent.
DE MADRID , le 15 Octobre.
Le 9 de ce mois leurs Majeftés partirent pour
le Château de l'Efcurial. L'Académie Espagnole
ayang
DECEMBRE. 1754. 193
ayant à fa tête le Duc de Huefcar , leur préfenta
le 8 un éloge funebre de la feue Reine Douairiere
de Portugal , & un nouveau Traité de l'Ortographe
Caftillane . ·
Il est arrivé de Cadix un courier , par lequel on
a appris l'arrivée du vaiffeau le Jefus-Marie& Jo-
Seph , qui revient de Callao , de Lima. Ce bâtiment
étoit chargé de la valeur de feize cens cinquante-
trois mille neuf cens vingt- huit piaftres ,
tant en or qu'en argent monnoyé ou non monnoyé
, & il avoit à bord beaucoup de cacao , de
cuirs , de cafcarille , d'étain & de laine de Vigogne.
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Résumé : ESPAGNE.
En Espagne, le roi a récemment publié un décret ordonnant aux corregidors de recenser les biens-fonds des communautés religieuses et de collecter les titres de propriété. Le 9 octobre, Leurs Majestés ont quitté Madrid pour le Château de l'Escurial. Le 8 décembre, l'Académie Espagnole, dirigée par le Duc de Huéscar, a présenté un éloge funèbre de la défunte Reine Douairière de Portugal et un nouveau traité sur l'orthographe castillane. Par ailleurs, un courrier de Cadix a annoncé l'arrivée du vaisseau Jésus-Marie-Joseph en provenance de Callao, Lima, transportant une cargaison évaluée à 153 928 piastres en or et argent, ainsi que du cacao, des cuirs, de la cannelle, de l'étain et de la laine de vigogne.
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9624
p. 193-194
ITALIE.
Début :
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid, a apporté la démission que l'Infant Dom Louis fait [...]
Mots clefs :
Turin, Rome, Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE ROME , le 8 Octobre.
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid ,
a apporté la démiffion que l'Infant Dom Louis fait
du Cardinalat & des Archevêchés de Tolede & de
Seville.
La réponſe du Saint Pere au fujet des penfions
que l'Infant Dom Louis demande de conferver
far les Archevêchés de Tolede & de Seville , eſt
partie pour Madrid.
La petite vérole a fait des ravages affreux dans
cette capitale , & l'on compte qu'elle y a enlevé
plus de fix mille perfonnes.
Dans une maison de gens du commun , la mere
& fix enfans font morts de cette maladie, & le pere,
de douleur , a perdu l'efprit.
DE TURIN , le 12 Octobre.
Lo Prince dont Madame Infante , Ducheffe de
Savoye eft accouchée le s de ce mois , a été bap¬
I. Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
:
tifé le même jour. Il a eu le Roi pour parrein , &
la Princeffe Félicité pour marreine, & il a été nom,
mé Amédée Alexandre- Marie, Ce Prince portera
le titre de Duc de Montferrat.
DE ROME , le 8 Octobre.
Un courier extraordinaire dépêché de Madrid ,
a apporté la démiffion que l'Infant Dom Louis fait
du Cardinalat & des Archevêchés de Tolede & de
Seville.
La réponſe du Saint Pere au fujet des penfions
que l'Infant Dom Louis demande de conferver
far les Archevêchés de Tolede & de Seville , eſt
partie pour Madrid.
La petite vérole a fait des ravages affreux dans
cette capitale , & l'on compte qu'elle y a enlevé
plus de fix mille perfonnes.
Dans une maison de gens du commun , la mere
& fix enfans font morts de cette maladie, & le pere,
de douleur , a perdu l'efprit.
DE TURIN , le 12 Octobre.
Lo Prince dont Madame Infante , Ducheffe de
Savoye eft accouchée le s de ce mois , a été bap¬
I. Vol. 1
194 MERCURE DE FRANCE.
:
tifé le même jour. Il a eu le Roi pour parrein , &
la Princeffe Félicité pour marreine, & il a été nom,
mé Amédée Alexandre- Marie, Ce Prince portera
le titre de Duc de Montferrat.
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Résumé : ITALIE.
Le 8 octobre, l'Infant Dom Louis a renoncé au cardinalat et aux archevêchés de Tolède et de Séville. La réponse du pape sur ses pensions a été envoyée à Madrid. La petite vérole y a causé plus de six mille morts. Le 12 octobre, à Turin, la Duchesse de Savoie a accouché d'un prince nommé Amédée Alexandre-Marie, Duc de Montferrat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9625
p. 194
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Quelques vaisseaux de guerre ont ordre de se tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois [...]
Mots clefs :
Londres, Roi d'Angleterre, Vaisseaux
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , lele 17 Octobre.
Quelques vaiffeaux de guerre ont ordre de fe
tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois
prochain , pour eſcorter en Afie les navires de
la Compagnie des Indes Orientales.
Le bruit court que le Roi a deffein d'inſtituer en
Irlande un Ordre de chevalerie , qui portera le
nom de Saint Patrice. Cet Ordre , à ce qu'on prétend
, fera compofé de trente & un Chevaliers.
Ils porteront une étoile en broderie d'or fur leurs
habits , & leur cordon fera orangé . L'Evêque de
Kildare, Doyen de l'Eglife de Chriſt , fera Grand
Aumônier de cet Ordre dans lequel on ne pourra
être admis fi l'on n'eſt Pair , ou du moins fi l'on
n'a été membre du Parlement d'Irlande .
On a reçu de Stebbing , dans le Comté d'Effex ;
la nouvelle de la mort du fieur Jacques Powel . Sa
groffeur monstrueufe l'avoit rendu célébre ; il
avoit environ ſeize pieds d'Angleterre de circon
férence , & il peloit fix cens cinquante livres.
Ona inoculé la petite vérole aux Princes Henri ,
Guillaume & Frederic ; & cette opération a en
tout le fuccès qu'on en attendoit,
DE LONDRES , lele 17 Octobre.
Quelques vaiffeaux de guerre ont ordre de fe
tenir prêts à faire voile de Spithead le 20 du mois
prochain , pour eſcorter en Afie les navires de
la Compagnie des Indes Orientales.
Le bruit court que le Roi a deffein d'inſtituer en
Irlande un Ordre de chevalerie , qui portera le
nom de Saint Patrice. Cet Ordre , à ce qu'on prétend
, fera compofé de trente & un Chevaliers.
Ils porteront une étoile en broderie d'or fur leurs
habits , & leur cordon fera orangé . L'Evêque de
Kildare, Doyen de l'Eglife de Chriſt , fera Grand
Aumônier de cet Ordre dans lequel on ne pourra
être admis fi l'on n'eſt Pair , ou du moins fi l'on
n'a été membre du Parlement d'Irlande .
On a reçu de Stebbing , dans le Comté d'Effex ;
la nouvelle de la mort du fieur Jacques Powel . Sa
groffeur monstrueufe l'avoit rendu célébre ; il
avoit environ ſeize pieds d'Angleterre de circon
férence , & il peloit fix cens cinquante livres.
Ona inoculé la petite vérole aux Princes Henri ,
Guillaume & Frederic ; & cette opération a en
tout le fuccès qu'on en attendoit,
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 17 octobre à Londres, plusieurs vaisseaux de guerre ont été préparés pour escorter des navires de la Compagnie des Indes Orientales en Afrique. Des rumeurs indiquent que le roi envisage de créer en Irlande un Ordre de chevalerie nommé Saint Patrice, composé de trente-et-un chevaliers portant une étoile en broderie d'or et un cordon orangé. L'évêque de Kildare serait nommé Grand Aumônier, et l'admission serait réservée aux pairs ou anciens membres du Parlement d'Irlande. La mort de Jacques Powel, connu pour sa taille imposante, a été annoncée. Powel mesurait environ seize pieds de circonférence et pesait six cent cinquante livres. Par ailleurs, les princes Henri, Guillaume et Frédéric ont été inoculés contre la petite vérole avec succès.
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9626
p. 195-202
« Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
Début :
Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...]
Mots clefs :
Roi, Reine, Famille royale, Aumônier du roi, Évêque, Chapelle, Dauphine, Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
LE 13 Octobre le Commandeur de la Cerda ,
Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal , eut
une audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préfenta à Sa Majefté une lettre de compliment
du Roi fon Maître , fur l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & fur la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Berry. Le Commandeur
de la Cerda fut conduit à cette audience par M.
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le même jour leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale , affifterent aux Vêpres & au
Salut dans la Chapelle du Château.
Le Roi a érigé la Terre de Marigny en Marquifat
, en faveur de M. de Vandiere , Directeur
& Ordonnateur Général des Bâtimens. Il a eu
l'honneur d'être préfenté le 9 à leurs Majeftés &
à la Famille royale , & d'entrer deux jours après
dans les carroffes du Roi.
L'ouverture de l'affemblée des Etats de Bretagne
s'eft faite à Rennes le 14 .
Le 15 , fête de Sainte Therefe , la Reine entendit
la Meffe dans l'Eglife du Couvent des Carmes
réclus des Loges.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de
France affifterent l'après- midi au Salut dans la
même Eglife.
Le Comte de Sartiranne Ambaffadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le même jour une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
donna part à Sa Majesté , au nom du Roi fon
Maître , de l'heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Savoye , & de la naiſſance d'un
Prince. Cet Ambaffadeur fut conduit à cette audience
, ainsi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Madame Adelaide , & de Mefdames Victoire ,
Sophie & Louife , par le même Introducteur,
Suivant les lettres de Toulon , le Duc de Penthievre
vifita le 29 de Septembre la galere la
Brave. Ce Prince alla le jour fuivant à l'arfenal ,
pour voir les Gardes de la Marine faire l'exercice.
A fon paffage fur le port , il fat falué par le vaiſfeau
amiral & par les galeres . L'exercice des Gardes
de la Marine étant fini , le Duc de Penthievre
fe rendit à bord du vaiffeau le Foudroyant. Le premier
Octobre ce Prince vit le parc d'artillerie,,
& fit le tour des remparts du côté de la rade ; il
alla le 3 vifiter la grande tour. Après le dîner il
vifita le Fort de la Malgue , d'où il paffa à celui
d'Artigues. Le 4 vers les trois heures après- midi ,
le Duc de Penthievre s'embarqua fur un canot , &
fut fuivi par tous les canots , ainfi que par toutes
les barques & les chaloupes qui étoient dans le
port. Dès que le Prince parut dans la rade , les
quatre galeres definées à le conduire en Italie ,
& qui étoient prêtes à partir pour aller l'attendre
à Antibes , le faluerent à fon paffage , ce que fit
auffi la Frégate la Thetis. Toute cette flotille s'avança
à deux lieues en mer , & l'on donna au Duc
de Penthievre le divertiffement de la pêche du
thon. Au retour , les galeres qui avoient déja tiré
deux coups de canon pout annoncer leur départ ,
vinrent l'une après l'autre à force de rames paffer
devant le canot du Prince , & firent une nouvelle
falve de toute leur artillerie . Le tems étoit fi fa
DECEMBRE. 1754. 197
•
vorable pour la avigation , qu'une demi-heure
après on les perdit de vite. Lorfque le foleil fut
fous l'horizon , trois galiotes à bombes placées
dans la petite rade , tirerent chacune fix bombes.
Les le Prince fit le tour des remparts en dedans
de la ville. Sur les fept heures du foir les galiotes
tirerent encore vingt- quatre bombes , & le Duc
de Penthievre vit ce fpectacle de fon appartement.
Ce Prince partit le 7 de Toulon , & alla coucher
au Luc : il s'eft rendu le lendemain à Fréjus , &
le 9 à Antibes ; le 12 il est parti d'Antibes pour
Gênes.
Les nouvelles de Marſeille du 17 portent qu'il
y étoit arrivé à bord du vaiffeau Anglois le Deptford
, vingt-fept efclaves François qui ont été embarqués
fur ce bâtiment à Gibraltar , & qui avoient
été rachetés peu de tems auparavant dans le
Royaume de Maroc par les Religieux des Ordres
de la Sainte Trinité & de Notre-Dame de la
Mercy. Ces efclaves ayant fait leur quarantaine à
Carthagene , ont eu l'entrée le 13 , & ont été reçus
par les Peres François Baurans & Paulin Gobin
, Commiffaires des deux Ordres.
Le 19 & le 20 d'Octobre , leurs Majeftés accompagnées
de la Famille Royale , aflifterent aux
Vêpres & au Salut dans la Chapelle du Château .
Le Roi foupa le 20 au grand couvert chez la
Reine .
Le même jour la Marquife de Fontange fit fes
révérences au Roi , à la Reine & à la Famille
Royale,
Leurs Majeftés fignerent le même jour le contrat
de mariage du Comte de Salvert & de la
Demoiſelle de Sabrevois , fille de M. de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général d'artillerie , & Commandant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
en chef au départément général d'Alface , de
Bourgogne & de Franche Comté.
Le 20 l'Evêque de Gap nommé à l'Evêché d'Auxerre
, fit dans l'Eglife des Miffions étrangeres
la cérémonie de bénir le nouvel Abbé de l'Abbaye
réguliere de Saint Amand.
Le Roi a nommé Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel M. Pitot , Penfionnaire vétéran de l'Académie
Royale des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , Directeur du canal & des
travaux publics de la Province de Languedoc.
Le 22 M. Gualterio , Archevêque de Mira ,
Nonce ordinaire du Pape , eut une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majesté M. Molinari , Archevêque de Damas ,
qui paffe par la France pour fe rendre à fa Nonciature
de Bruxelles . M. Guakerio fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adelaide & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs .
›
Le Comte Turpin , Brigadier de cavalerie , &
Colonel d'un Régiment de Huffards , a préſenté
au Roi un ouvrage de fa compoſition fur l'Ars
militaire.
La place d'Aumônier du Roi , vacante par la
mort de M. l'Abbé de Caulincourt , a été donnée à
M.l'Abbé de Scey-Montbeillard , Abbé de l'Abbaye
de Saint André , Ordre de Prémontré , Diocefe
de Clermont.
Le Roi a envoyé au Parlement de Bretagne une
Déclaration datée du 8 Octobre , qui fut enregiftrée
le 17 du même mois.
Un Juif de Metz , âgé de trente-cinq ans , refut
le 10 Octobre à Saintes , par les mains de l'EDECEMBRE.
1754 199
vêque , les Sacremens de Baptême & de la Con
firmation. Il a eu pour parrein M. de Blair de
Boifmon , Intendant de la Rochelle , nommé à
l'Intendance de Valénciennes ; & pour marreine
la Dame de Parabere , Abbeffe de l'Abbaye de
Notre-Dame de Saintes , qui lui ont donné les
noms de Louis-Marie.
Depuis le 15 Octobre on a commencé à allu→
mer toutes les nuits à Calais , deux heures avant
& deux heures après la pleine mer , un fanal au
bout de la grande jettée du côté de l'oueft. Cela
s'obfervera pendant tout le tems de la pêche du
hareng , c'est - à- dire jufqu'au mois prochain , afin
de faciliter aux Pêcheurs l'entrée du port de Calais
. On en ufera de même deformais chaque année
dans cette faiſon.
Selon les lettres de Provence , la maison des
Penfionnaires établie à Aix le premier Octobre
1753 , au College Royal - Bourbon des Jefuites ,
en vertu d'un brevet du Roi , vient d'être achevée
Elle peut contenir jufqu'à cent jeunes gens,
Moyennant une nouvelle fondation , il y a actuellement
deux Profeffeurs de Rhétorique dans
ce College.
Le 24 l'Archevêque de Sens conféra le Sacrement
de la Confirmation à onze cens enfans dans
l'Eglife de la Communauté des Filles Bleues.
Le 26 le Roi quitta le deuil que Sa Majefté avoit
pris le 6 pour laReine Douairiere de Portugal.
Le Roi foupa le 27 au grand couvert chez la
Reine avec la Famille Royale.
Il a été fait par le Lord Powerscourt une ga.
geure , qu'il viendroit à cheval en deux heures de
la derniere maifon de Fontainebleau à la premiere
barriere des Gobelins . M. Baillon ,
loger de la Reine , a été chargé d'envoyer deux
Hor
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
pendules à Fontainebleau , & d'en tenir deux à la
barriere des Gobelins fur la même heure , afin de
mefurer le tems que ce Seigneur Anglois employe
roit à fa courſe. Le 29 du mois dernier le Lord
Powerscourt eft parti de Fontainebleau à fept
heures neuf minutes quarante-cinq fecondes du
matin , & il eſt arrivé à huit heures quarante- fept
minutes vingt- fept fecondes à la barriere indiquée.
Il avoit deux relais fur la route. Une des
conditions de la gageure étoit qu'il ne monteroit
pas plus de trois chevaux , & il n'en a monté que
deux.
Selon les lettres de Gênes , le Duc de Penthievre
y eft arrivé le 19 Octobre , à trois heures
après- midi. Une députation de la République eft
allée le recevoir à fa galere , & l'a conduit au Pa-
Lais Brignolé , qui avoit été préparé pour le loge.
ment de ce Prince . Les Députés doivent l'accom
pagner par-tout pendant fon féjour à Gênes.
Le 31 , veille de la Fête de Tous les Saints , le
Roi & la Reine , accompagnés de la Famille royale
, affifterent au premieres Vêpres dans la Chapelle
du Château . Elles furent chantées par la Muſique ,
& l'Evêque de Chartres y officia.
Le premier Novembre , jour de la Fête , leurs
Majeftés accompagnées comme le jour précédent,
entendirent la grande Meffe célébrée pontificament
par le même Prélat . Le Roi , la Reine & la
Famille royale affifterent l'après- midi aux Vêpres
du jour chantées par la Mufique , aufquelles
Ï'Evêque de Chartres officia , & enfuite aux Vêpres
des Morts. Avant les Vêpres , leurs Majeftés
entendirent la Prédication du Pere de Neufville ,
de la Compagnie de Jeſus.
A l'occafion de la Fête , la Reine a communié
par les mains de l'Evêque de Chartres , fon preDECEMBRE
. 1754. 201
mier Aumônier ; Monfeigneur le Dauphin, par celles
de M. l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi ;
Madame la Dauphine , par celles de M. l'Abbé de
Murat , fon Aumônier en quartier ; Madame Adelaïde,
par celles de l'Evêque de Meaux , fon premier
Aumônier ; & Mefd . Victoire , Sophie & Louiſe ,
par celles de M. l'Abbé Barc , Chapelain du Roi.
Le premier & le 3 , le Roi foupa au grand couvert
chez la Reine avec la Famille royale.
M. Pitrou , Ingénieur des ponts & chauffées ,
ayant fait anciennement par ordre du Roi la vifite
de la riviere de Marne depuis Châlons jufqu'à
Charenton , a eftimé à treize millions les dépenfes
néceffaires pour faciliter la navigation de cette
riviere. Un autre Ingénieur commis auffi par Sa
Majeſté , a viſité la riviere d'Yonne : il a jugé qu'il
falloit dépenfer dix millions pour la rendre navigable
jufqu'à fon embouchure dans la Seine . M.
Macary , privilegié du Roi pour la fûreté de la
navigation , a foumis à la décision du Confeil un
projet différent , pour que le tiers au moins des
denrées deftinées à la confommation de Paris , y
foient amenées dans tous les tems de l'année ,
hors les cas extraordinaires des glaces & des débordemens
& pour que les frais de transport foient
toujours les mêmes . Selon le devis , la dépenfe ne
montera qu'à quatre millions trois cens vingtneuf
mille fix cens foixante- fix livres . Une Compagnie
fournira les fonds , & il n'en coutera rien
au Roi ni au public . L'auteur du projet , s'il eft autorifé
, demande feulement pour l'exécuter avec
La Compagnie, & pour entretenir les ouvrages , un
droit médiocre de navigation , qui fera à la charge
des Maîtres de barques.
Le mémoire de M. Macary a été renvoyé par le
Confeil à Mr de Bernage ; Confeiller d'Etat or-
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
dinaire , Prévôt des Marchands , pour que le Bureau
de la ville donne fon avis fur les propoſitions
qui y font continues.
Le 9 Novembre , le Roi déclara la nomination
au chapeau de Cardinal que Madame la Dauphine
a obtenu pour l'Archevêque de Sens , fon premier
Aumônier .
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, que M. l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle , célébra dans la Chapelle de la grande
Salle du Palais , & à laquelle M. de Maupeou , premier
Préfident , & les Chambres affifterent .
Le 13 , le Marquis de Malefpina qui eft venu
pour complimenter leurs Majeftés de la part de
I'Infant Duc & de Madame Infante Ducheffe de
Parme , fur la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , prit congé du Roi , de la Reine & de la Famille
royale.
Le Roi a fixé au 18 fon départ de Fontainebleau.
Des fix places de Docteurs Aggrégés qui étoient
vacantes dans la Faculté de Droit de Paris , les
trois premieres ont été adjugées par cette Faculté
à MM. Sauvage , Boyer & Lalourcey , Docteurs
de Paris. Le concours pour les trois autres places
doit s'ouvrir le 19 de Décembre.
On mande de Strasbourg que le Margrave &
la Margrave de Brandebourg- Bareith y ont paffé
en allant à Montpellier.
Les mêmes lettres marquent qu'on a effuyé
pendant le mois dernier plufieurs facheux orages
dans une partie de l'Alface.
Le 14 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix - huit cens trente livres ;
les Billets de la premiere lotterie royale , à fept
cens foixante -dix livres ; & ceux de la feconde , à
fix cens foixante- dix.
Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal , eut
une audience particuliere du Roi , dans laquelle
il préfenta à Sa Majefté une lettre de compliment
du Roi fon Maître , fur l'heureux accouchement
de Madame la Dauphine , & fur la naiffance de
Monfeigneur le Duc de Berry. Le Commandeur
de la Cerda fut conduit à cette audience par M.
Dufort , Introducteur des Ambaſſadeurs .
Le même jour leurs Majeftés accompagnées de
la Famille Royale , affifterent aux Vêpres & au
Salut dans la Chapelle du Château.
Le Roi a érigé la Terre de Marigny en Marquifat
, en faveur de M. de Vandiere , Directeur
& Ordonnateur Général des Bâtimens. Il a eu
l'honneur d'être préfenté le 9 à leurs Majeftés &
à la Famille royale , & d'entrer deux jours après
dans les carroffes du Roi.
L'ouverture de l'affemblée des Etats de Bretagne
s'eft faite à Rennes le 14 .
Le 15 , fête de Sainte Therefe , la Reine entendit
la Meffe dans l'Eglife du Couvent des Carmes
réclus des Loges.
Monfeigneur le Dauphin & Mefdames de
France affifterent l'après- midi au Salut dans la
même Eglife.
Le Comte de Sartiranne Ambaffadeur ordinaire
du Roi de Sardaigne , eut le même jour une
audience particuliere du Roi , dans laquelle il
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
donna part à Sa Majesté , au nom du Roi fon
Maître , de l'heureux accouchement de Madame
la Ducheffe de Savoye , & de la naiſſance d'un
Prince. Cet Ambaffadeur fut conduit à cette audience
, ainsi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine ,
de Madame Adelaide , & de Mefdames Victoire ,
Sophie & Louife , par le même Introducteur,
Suivant les lettres de Toulon , le Duc de Penthievre
vifita le 29 de Septembre la galere la
Brave. Ce Prince alla le jour fuivant à l'arfenal ,
pour voir les Gardes de la Marine faire l'exercice.
A fon paffage fur le port , il fat falué par le vaiſfeau
amiral & par les galeres . L'exercice des Gardes
de la Marine étant fini , le Duc de Penthievre
fe rendit à bord du vaiffeau le Foudroyant. Le premier
Octobre ce Prince vit le parc d'artillerie,,
& fit le tour des remparts du côté de la rade ; il
alla le 3 vifiter la grande tour. Après le dîner il
vifita le Fort de la Malgue , d'où il paffa à celui
d'Artigues. Le 4 vers les trois heures après- midi ,
le Duc de Penthievre s'embarqua fur un canot , &
fut fuivi par tous les canots , ainfi que par toutes
les barques & les chaloupes qui étoient dans le
port. Dès que le Prince parut dans la rade , les
quatre galeres definées à le conduire en Italie ,
& qui étoient prêtes à partir pour aller l'attendre
à Antibes , le faluerent à fon paffage , ce que fit
auffi la Frégate la Thetis. Toute cette flotille s'avança
à deux lieues en mer , & l'on donna au Duc
de Penthievre le divertiffement de la pêche du
thon. Au retour , les galeres qui avoient déja tiré
deux coups de canon pout annoncer leur départ ,
vinrent l'une après l'autre à force de rames paffer
devant le canot du Prince , & firent une nouvelle
falve de toute leur artillerie . Le tems étoit fi fa
DECEMBRE. 1754. 197
•
vorable pour la avigation , qu'une demi-heure
après on les perdit de vite. Lorfque le foleil fut
fous l'horizon , trois galiotes à bombes placées
dans la petite rade , tirerent chacune fix bombes.
Les le Prince fit le tour des remparts en dedans
de la ville. Sur les fept heures du foir les galiotes
tirerent encore vingt- quatre bombes , & le Duc
de Penthievre vit ce fpectacle de fon appartement.
Ce Prince partit le 7 de Toulon , & alla coucher
au Luc : il s'eft rendu le lendemain à Fréjus , &
le 9 à Antibes ; le 12 il est parti d'Antibes pour
Gênes.
Les nouvelles de Marſeille du 17 portent qu'il
y étoit arrivé à bord du vaiffeau Anglois le Deptford
, vingt-fept efclaves François qui ont été embarqués
fur ce bâtiment à Gibraltar , & qui avoient
été rachetés peu de tems auparavant dans le
Royaume de Maroc par les Religieux des Ordres
de la Sainte Trinité & de Notre-Dame de la
Mercy. Ces efclaves ayant fait leur quarantaine à
Carthagene , ont eu l'entrée le 13 , & ont été reçus
par les Peres François Baurans & Paulin Gobin
, Commiffaires des deux Ordres.
Le 19 & le 20 d'Octobre , leurs Majeftés accompagnées
de la Famille Royale , aflifterent aux
Vêpres & au Salut dans la Chapelle du Château .
Le Roi foupa le 20 au grand couvert chez la
Reine .
Le même jour la Marquife de Fontange fit fes
révérences au Roi , à la Reine & à la Famille
Royale,
Leurs Majeftés fignerent le même jour le contrat
de mariage du Comte de Salvert & de la
Demoiſelle de Sabrevois , fille de M. de Sabrevois
, Maréchal des camps & armées du Roi ,
Lieutenant général d'artillerie , & Commandant
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
en chef au départément général d'Alface , de
Bourgogne & de Franche Comté.
Le 20 l'Evêque de Gap nommé à l'Evêché d'Auxerre
, fit dans l'Eglife des Miffions étrangeres
la cérémonie de bénir le nouvel Abbé de l'Abbaye
réguliere de Saint Amand.
Le Roi a nommé Chevalier de l'Ordre de Saint
Michel M. Pitot , Penfionnaire vétéran de l'Académie
Royale des Sciences , Membre de la Société
Royale de Londres , Directeur du canal & des
travaux publics de la Province de Languedoc.
Le 22 M. Gualterio , Archevêque de Mira ,
Nonce ordinaire du Pape , eut une audience particuliere
du Roi , dans laquelle il préfenta à Sa
Majesté M. Molinari , Archevêque de Damas ,
qui paffe par la France pour fe rendre à fa Nonciature
de Bruxelles . M. Guakerio fut conduit à
cette audience , ainſi qu'à celles de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de Madame Adelaide & de Mefdames
Victoire , Sophie & Louife , par M. Dufort , Introducteur
des Ambaffadeurs .
›
Le Comte Turpin , Brigadier de cavalerie , &
Colonel d'un Régiment de Huffards , a préſenté
au Roi un ouvrage de fa compoſition fur l'Ars
militaire.
La place d'Aumônier du Roi , vacante par la
mort de M. l'Abbé de Caulincourt , a été donnée à
M.l'Abbé de Scey-Montbeillard , Abbé de l'Abbaye
de Saint André , Ordre de Prémontré , Diocefe
de Clermont.
Le Roi a envoyé au Parlement de Bretagne une
Déclaration datée du 8 Octobre , qui fut enregiftrée
le 17 du même mois.
Un Juif de Metz , âgé de trente-cinq ans , refut
le 10 Octobre à Saintes , par les mains de l'EDECEMBRE.
1754 199
vêque , les Sacremens de Baptême & de la Con
firmation. Il a eu pour parrein M. de Blair de
Boifmon , Intendant de la Rochelle , nommé à
l'Intendance de Valénciennes ; & pour marreine
la Dame de Parabere , Abbeffe de l'Abbaye de
Notre-Dame de Saintes , qui lui ont donné les
noms de Louis-Marie.
Depuis le 15 Octobre on a commencé à allu→
mer toutes les nuits à Calais , deux heures avant
& deux heures après la pleine mer , un fanal au
bout de la grande jettée du côté de l'oueft. Cela
s'obfervera pendant tout le tems de la pêche du
hareng , c'est - à- dire jufqu'au mois prochain , afin
de faciliter aux Pêcheurs l'entrée du port de Calais
. On en ufera de même deformais chaque année
dans cette faiſon.
Selon les lettres de Provence , la maison des
Penfionnaires établie à Aix le premier Octobre
1753 , au College Royal - Bourbon des Jefuites ,
en vertu d'un brevet du Roi , vient d'être achevée
Elle peut contenir jufqu'à cent jeunes gens,
Moyennant une nouvelle fondation , il y a actuellement
deux Profeffeurs de Rhétorique dans
ce College.
Le 24 l'Archevêque de Sens conféra le Sacrement
de la Confirmation à onze cens enfans dans
l'Eglife de la Communauté des Filles Bleues.
Le 26 le Roi quitta le deuil que Sa Majefté avoit
pris le 6 pour laReine Douairiere de Portugal.
Le Roi foupa le 27 au grand couvert chez la
Reine avec la Famille Royale.
Il a été fait par le Lord Powerscourt une ga.
geure , qu'il viendroit à cheval en deux heures de
la derniere maifon de Fontainebleau à la premiere
barriere des Gobelins . M. Baillon ,
loger de la Reine , a été chargé d'envoyer deux
Hor
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
pendules à Fontainebleau , & d'en tenir deux à la
barriere des Gobelins fur la même heure , afin de
mefurer le tems que ce Seigneur Anglois employe
roit à fa courſe. Le 29 du mois dernier le Lord
Powerscourt eft parti de Fontainebleau à fept
heures neuf minutes quarante-cinq fecondes du
matin , & il eſt arrivé à huit heures quarante- fept
minutes vingt- fept fecondes à la barriere indiquée.
Il avoit deux relais fur la route. Une des
conditions de la gageure étoit qu'il ne monteroit
pas plus de trois chevaux , & il n'en a monté que
deux.
Selon les lettres de Gênes , le Duc de Penthievre
y eft arrivé le 19 Octobre , à trois heures
après- midi. Une députation de la République eft
allée le recevoir à fa galere , & l'a conduit au Pa-
Lais Brignolé , qui avoit été préparé pour le loge.
ment de ce Prince . Les Députés doivent l'accom
pagner par-tout pendant fon féjour à Gênes.
Le 31 , veille de la Fête de Tous les Saints , le
Roi & la Reine , accompagnés de la Famille royale
, affifterent au premieres Vêpres dans la Chapelle
du Château . Elles furent chantées par la Muſique ,
& l'Evêque de Chartres y officia.
Le premier Novembre , jour de la Fête , leurs
Majeftés accompagnées comme le jour précédent,
entendirent la grande Meffe célébrée pontificament
par le même Prélat . Le Roi , la Reine & la
Famille royale affifterent l'après- midi aux Vêpres
du jour chantées par la Mufique , aufquelles
Ï'Evêque de Chartres officia , & enfuite aux Vêpres
des Morts. Avant les Vêpres , leurs Majeftés
entendirent la Prédication du Pere de Neufville ,
de la Compagnie de Jeſus.
A l'occafion de la Fête , la Reine a communié
par les mains de l'Evêque de Chartres , fon preDECEMBRE
. 1754. 201
mier Aumônier ; Monfeigneur le Dauphin, par celles
de M. l'Abbé de Chabannes , Aumônier du Roi ;
Madame la Dauphine , par celles de M. l'Abbé de
Murat , fon Aumônier en quartier ; Madame Adelaïde,
par celles de l'Evêque de Meaux , fon premier
Aumônier ; & Mefd . Victoire , Sophie & Louiſe ,
par celles de M. l'Abbé Barc , Chapelain du Roi.
Le premier & le 3 , le Roi foupa au grand couvert
chez la Reine avec la Famille royale.
M. Pitrou , Ingénieur des ponts & chauffées ,
ayant fait anciennement par ordre du Roi la vifite
de la riviere de Marne depuis Châlons jufqu'à
Charenton , a eftimé à treize millions les dépenfes
néceffaires pour faciliter la navigation de cette
riviere. Un autre Ingénieur commis auffi par Sa
Majeſté , a viſité la riviere d'Yonne : il a jugé qu'il
falloit dépenfer dix millions pour la rendre navigable
jufqu'à fon embouchure dans la Seine . M.
Macary , privilegié du Roi pour la fûreté de la
navigation , a foumis à la décision du Confeil un
projet différent , pour que le tiers au moins des
denrées deftinées à la confommation de Paris , y
foient amenées dans tous les tems de l'année ,
hors les cas extraordinaires des glaces & des débordemens
& pour que les frais de transport foient
toujours les mêmes . Selon le devis , la dépenfe ne
montera qu'à quatre millions trois cens vingtneuf
mille fix cens foixante- fix livres . Une Compagnie
fournira les fonds , & il n'en coutera rien
au Roi ni au public . L'auteur du projet , s'il eft autorifé
, demande feulement pour l'exécuter avec
La Compagnie, & pour entretenir les ouvrages , un
droit médiocre de navigation , qui fera à la charge
des Maîtres de barques.
Le mémoire de M. Macary a été renvoyé par le
Confeil à Mr de Bernage ; Confeiller d'Etat or-
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
dinaire , Prévôt des Marchands , pour que le Bureau
de la ville donne fon avis fur les propoſitions
qui y font continues.
Le 9 Novembre , le Roi déclara la nomination
au chapeau de Cardinal que Madame la Dauphine
a obtenu pour l'Archevêque de Sens , fon premier
Aumônier .
Le 12 , l'ouverture du Parlement fe fit avec les
cérémonies accoutumées , par une Meffe folemnelle
, que M. l'Abbé de Sailly , Chantre de la Sainte
Chapelle , célébra dans la Chapelle de la grande
Salle du Palais , & à laquelle M. de Maupeou , premier
Préfident , & les Chambres affifterent .
Le 13 , le Marquis de Malefpina qui eft venu
pour complimenter leurs Majeftés de la part de
I'Infant Duc & de Madame Infante Ducheffe de
Parme , fur la naiffance de Monfeigneur le Duc de
Berry , prit congé du Roi , de la Reine & de la Famille
royale.
Le Roi a fixé au 18 fon départ de Fontainebleau.
Des fix places de Docteurs Aggrégés qui étoient
vacantes dans la Faculté de Droit de Paris , les
trois premieres ont été adjugées par cette Faculté
à MM. Sauvage , Boyer & Lalourcey , Docteurs
de Paris. Le concours pour les trois autres places
doit s'ouvrir le 19 de Décembre.
On mande de Strasbourg que le Margrave &
la Margrave de Brandebourg- Bareith y ont paffé
en allant à Montpellier.
Les mêmes lettres marquent qu'on a effuyé
pendant le mois dernier plufieurs facheux orages
dans une partie de l'Alface.
Le 14 de ce mois , les Actions de la Compagnie
des Indes étoient à dix - huit cens trente livres ;
les Billets de la premiere lotterie royale , à fept
cens foixante -dix livres ; & ceux de la feconde , à
fix cens foixante- dix.
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Résumé : « Le 13 Octobre le Commandeur de la Cerda, Envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, eut [...] »
Le 13 octobre, le Commandeur de la Cerda, envoyé extraordinaire du Roi de Portugal, a été reçu en audience privée par le Roi de France pour lui présenter une lettre de félicitations concernant l'accouchement de Madame la Dauphine et la naissance du Duc de Berry. Le même jour, Leurs Majestés et la Famille Royale ont assisté aux Vêpres et au Salut dans la Chapelle du Château. Le Roi a élevé la Terre de Marigny au rang de Marquisat en faveur de M. de Vandiere, Directeur et Ordonnateur Général des Bâtiments. Le 14 octobre, l'ouverture de l'assemblée des États de Bretagne a eu lieu à Rennes. Le 15 octobre, la Reine a entendu la messe dans l'église du Couvent des Carmes réclus des Loges, et le Dauphin ainsi que Mesdames de France ont assisté au Salut l'après-midi. Le Comte de Sartiranne, ambassadeur du Roi de Sardaigne, a informé le Roi de l'accouchement de la Duchesse de Savoie et de la naissance d'un prince. Le Duc de Penthièvre a visité plusieurs sites militaires et navals à Toulon avant de partir pour Gênes le 12 octobre. À Marseille, vingt-sept esclaves français ont été libérés et ramenés par les Religieux des Ordres de la Sainte Trinité et de Notre-Dame de la Mercy. Le 20 octobre, Leurs Majestés ont assisté aux Vêpres et au Salut, et le Roi a signé le contrat de mariage du Comte de Salvert et de Mademoiselle de Sabrevois. Le Roi a également nommé Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel M. Pitot, et a reçu en audience l'Archevêque de Mira et l'Archevêque de Damas. Divers événements religieux et cérémoniels ont eu lieu, notamment la confirmation de nombreux enfants et la fin du deuil du Roi pour la Reine Douairière de Portugal. Le Lord Powerscourt a réalisé une course à cheval entre Fontainebleau et Paris. Le Duc de Penthièvre est arrivé à Gênes le 19 octobre. Le 1er novembre, le Roi et la Famille Royale ont assisté à des cérémonies religieuses à l'occasion de la Toussaint. Le Roi a également déclaré la nomination de l'Archevêque de Sens au chapeau de Cardinal. Le Parlement a ouvert sa session avec une messe solennelle. Le Marquis de Malespina a pris congé après avoir félicité la Famille Royale pour la naissance du Duc de Berry.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9627
p. 203-208
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Le 24 du mois d'Avril, fut célébré dans le Chapelle du Château de Pressac en Angoumois, par [...]
Mots clefs :
Roi, Marquis, Comte
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
pelle du Château de Preffac en Angoumois , par
le Curé du lieu , le mariage de Thomas d'Alogny ,
Marquis d'Alogny , de Puy - Saint- Aftier , Baron
de Saint-Pardou- la Riviere & de Château - Gaillard
, Seigneur de Villars , la Rolphy , fils de feu
Claude d'Alogny , Marquis de Puy Saint- Aftier , &
Ze Françoife -Renée d'Abzac de la Douze, avec Marie-
Gabrielle d'Abzac de Preffac , fille de Jacques
d'Abzac , Marquis de Preffac , & de Marie Vautier.
Ces maifons font affez connues pour ne pas
en donner ici le détail. Voyez l'Hiftoire des grands
Officiers de la Couronne , à l'article du Maréchal
d'Alogry- Rochefort , pag. 615. tom. VII ; & l'Armorial
général , à l'article d'Abzac de la Douze .
Charles - Antoine de Guerin , Marquis de Lugeac
, Brigadier d'Infanterie , & Colonel du Régiment
de Beauvoifis , fils de feu Gilbert- Agatange
, Comte de Lugeac , & d'Antoinette de Clugni
de Teniffei ; & Charles - Théophile de Beziade ,
Marquis d'Avarey , fils de feu Charles de Beziade
, Marquis d'Avarey , Maréchal des camps &
armées du Roi , épouferent le premier Juillet à
Verfailles , dans l'Eglife de la Paroiffe du Château
, Jeanne - Charlotte- Victoire - Elifabeth de
Bafchi , & Elifabeth - Guillelmine de Bafchi de
Thoard , filles de François des Comtes de Bafchi ,
Comte de Baſchi , Ambaſſadeur de France à la
Cour de Portugal ; & de Dame Charlotte-Victoire
le Normant , & nieces de Charles des Comtes de
Balchi , Marquis d'Aubaïs, Les deux contrats de
mariage avoient été fignés le 29 du mois dernier
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
par le Roi & par la Famille royale.
Le 18 du même mois fut célébré dans l'Eglife
de S. Sulpice le mariage de Meffire François- Léon
Dreux , Comte de Nancré , fils de Jacques- Jofeph
Dreux de Nancré , & de Dame Bonne de Lajeard
, avec Dlle Sufanne - Charlotte - Pauline de
Saint-Hyacinthe , fille de Meffire Paul de Saint-
Hyacinthe , Chevalier , Seigneur de Saint Joris
& de Dlle Sufanne de Marconpai de Châteauneuf.
Le Comte de Nancré eft petit-fils de Meffire
Claude Dreux , Chevalier , Comte de Nancré , Colonel
de deux Régimens François de fon nom
Gouverneur d'Arras , Lieutenant général des armées
du Roi & de la Province d'Artois ; & d'Emée-
Thérefe de Montgommeri , dont il eut quatre fils.
L'aîné appellé le Marquis de Nancré , mourut fans
alliance , après avoir été Ambaſſadeur en Eſpagne
, & Capitaine des Cent Suiffes de feu M. le
Duc d'Orléans Régent. Le fecond époufa la fille
du Comte de Montmorenci- Lognies , dont il n'eut
point d'enfant mâle. Le troifieme , Capitaine des
Carabiniers , mourut fans avoir été marié. Le
quatrieme qui fut nommé par le Roi à l'Abbaye
de Saint Cybar en 1701 , époufa quelques années
après Dlle Bonne de Lajeard , d'ou eft iffu le Marquis
de Nancré qui donne lieu à cet article.
La famille de Dreux , originaire de Poitou ,fut
partagée en deux branches par deux freres , Claude
& Thomas Dreux. De celui-ci qui fut reçu Secrétaire
du Roi le 5 Juin 1594 , eft forti la branche
de Brezé, illuftrée par deux Lieutenans généraux
des armées du Roi , un Commandeur des Ordres
, & trois Grands Maîtres des Cérémonies de
France , place qu'occupe actuellement M. le Chevalier
de Brezé le dernier de cette branche.
Claude Dreux , frere aîné de Thomas , fut
DECEMBRE . 1754. 205
pere d'Antoine Dreux , Seigneur de ChenelayeÏ'Hermitage
, allié en 1620 à Jeanne de Ruellé ,
mort Chanoine de l'Eglife de Paris en Septembre
1662 , & bifayeul du Comte de Nancré , feul rejetton
de cette branche.
-Les armes de cette famille font d'azur au cheuron
d'or , accompagné de deux rofes d'argent en
chef, & d'une comette d'or en pointe.
Meflire Jean-Jofeph- Aimé-Marie , Marquis de
Houchin , fils de Meffire Louis - Albert -François-
Jofeph , Comte de Houchin , Marquis de Longaftre
; & de feue Dame Marie-Andrée- Jofephe de-
Berghes- Rache , fut marié le 20 à Dlle Marie-
Jeanne -Georgette - Touffaint de Querouart , fille
de Meffire Sebaftien - Louis , Marquis de Querouart
, & de Dame Jeanne - Françoiſe de Quergroadés.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée
par M. l'Abbé de Marbeuf, Aumônier ordinaire -
de la Reine en furvivance , & Confeiller d'Etat ordinaire.
Leur contrat de mariage avoit été figné
le 30 Juin par leurs Majeftés.
LE Lord Louis Gordon , fils du feu Duc de Gordon
, Pair d'Ecoffe , eft mort à Montréal en Bugey
, au commencement du mois d'Août , âgé
d'environ 36 ans ; il étoit Colonel réformé à la
fuite du Régiment royal Ecoffois.
Demoiſelle Catherine - Louife Chafot , fille de
Meffire Louis- Benigne Chafot , Préfident à Mortier
au Parlement de Metz , eft morte à Paris le 2
Août 1754.
Meffire Louis Dupré de la Grange , Confeiller
au Parlement , eft mort le même jour , âgé de foixante-
fix ans.
Meffire Jean-Baptifte Surian , Evêque de Vence
, Abbé de l'Abbaye de S. Vincent du Luc , Or
206 MERCURE DE FRANCE.
dre de S. Benoît , Diocèle d'Oleron , & l'un des
quarante de l'Académie Françoife , eft mort le
3 en fon Diocèfe , âgé de quatre-vingt- fix ans.
Jean Bertin de Bourdeil , Maître des Requêtes
honoraire , eft mort le 4 , âgé de 75 ans .
Meffire Charles- Hyacinthe de Galeans de Caftellane
, Marquis des Iffarts & de Salerne , Cheva
lier de l'Ordre de l'Aigle blanc , Confeiller d'Etat.
d'Epée , ci -devant Ambafladeur de Sa Majeſté auprès
du Roi & de la République de Pologne , &
enfuite à la Cour de Turin , eft mort le 17 à Avi- .
gnon , âgé de trente-fept ans.
Meffire Louis - François de Bouville , fils de
Meffire Louis-Nicolas , Comte de Bouville , Brigadier
des Armées du Roi , eft mort le même jour.
Dame Louife-Léon - Gabrielle le Clerc de Juigné
, époufe de Meffire Antoine Gui , Marquis de
Pertuy , eft morte le 19.
Hugues René- Timoléon de Coffé - Briffac
Comte de Coffé , Lieutenant général des armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre royal & militai
re de S. Louis , Gouverneur de Salces en Rouffillon
, & Menin de Monfeigneur le Dauphin , mourut
à Paris le 21 , dans fa 54° année,
Meffire Louis- Henri - Félix du Pleffis -Châtillon ,
Comte de Château Meillien , Sous- Lieutenant de
la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orléans .
mourut le 25 à Paris , dans la vingt-huitieme année
de fon âge.
Antoinette Potier de Novion , épouſe de Galpard
, Marquis de Clermont - Tonnerre , Maré
chal de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Gouverneur des ville , château de Betfort , ci-devant
Mestre de camp général de la Cavalerie lé
gere , mourut à Champlâtreux le 29 Août , âgée
de foixante-neuf ans.
DECEMBRE. 1754. 207
François-Bernardin , Marquis du Châtelet , Maréchal
des camps & armées du Roi , Gouverneur
du château de Vincennes , eft mort en cette ville
le 3 Septembre , dans la foixante-huitieme année
de fon âge.
Meffire Gafpard de Fontenu , ancien Commiffaire
général de la Marine , & ci -devant chargé
des affaires du Roi à la Porte , eft most les , âgé
de quatre-vingt- onze ans .
Meffire Antoine- Pierre de Grammont , Archevêque
de Besançon , eft mort en fon Diocèfe le 7
Septembre , âgé de foixante- neuf ans .
Le 8 , eft décédé au château de Mauny Louis
Roger d'Eftampes , Marquis d'Eftampes, Baron de
Mauny , âgé de près de quarante- trois ans , étant
né le 2 Novembre 1711. Il étoit fils de Roger
d'Eftampes , Marquis d'Eftampes , Baron de Mauny
, Capitaine-Lieutenant des Gendarmes d'Orléans
, & de Marguerite Dirfchfe Dangres. Il avoit
été marié deux fois . La premiere , le 8 Avril 1728,
avec Angélique- Elifabeth d'Eftampes , Dame de
Valençai , fa coufine , fille de François - Henri
d'Estampes , Comte de Valençai , & d'Angelique-
Françoife-Raimond , décédée le 28 Nov. 1728. La
feconde, le 4 Mars 1734 , avec Marguerite-Lidye.
de Becdelievre Cany , four confanguine du Marquis
de Cany d'aujourd'hui & de la Marquise de
Rannes ; & fille de Louiſe de Becdelievre , Marquis
de Cany , & de Marie- Anne Cofté de S. Sulplix
fa feconde femme. De cette Dame , dont le Marquis
d'Eftampes étoit refté veuf le 3 Avril 1742 ,
il laiffe deux fils , le Marquis & le Vicomte d'Eſ
tampes , nés le 4 Décembre 1734 , & le s Septembre
1736 , Officiers dans le Régiment du Roi Infanterie.
La généalogie de la maiſon d'Eftampes , une
208 MERCURE DE FRANCE.
des plus illuftres , eft rapportée dans les grands
Officiers , tome VII , pag. 542 & ſuiv.
pelle du Château de Preffac en Angoumois , par
le Curé du lieu , le mariage de Thomas d'Alogny ,
Marquis d'Alogny , de Puy - Saint- Aftier , Baron
de Saint-Pardou- la Riviere & de Château - Gaillard
, Seigneur de Villars , la Rolphy , fils de feu
Claude d'Alogny , Marquis de Puy Saint- Aftier , &
Ze Françoife -Renée d'Abzac de la Douze, avec Marie-
Gabrielle d'Abzac de Preffac , fille de Jacques
d'Abzac , Marquis de Preffac , & de Marie Vautier.
Ces maifons font affez connues pour ne pas
en donner ici le détail. Voyez l'Hiftoire des grands
Officiers de la Couronne , à l'article du Maréchal
d'Alogry- Rochefort , pag. 615. tom. VII ; & l'Armorial
général , à l'article d'Abzac de la Douze .
Charles - Antoine de Guerin , Marquis de Lugeac
, Brigadier d'Infanterie , & Colonel du Régiment
de Beauvoifis , fils de feu Gilbert- Agatange
, Comte de Lugeac , & d'Antoinette de Clugni
de Teniffei ; & Charles - Théophile de Beziade ,
Marquis d'Avarey , fils de feu Charles de Beziade
, Marquis d'Avarey , Maréchal des camps &
armées du Roi , épouferent le premier Juillet à
Verfailles , dans l'Eglife de la Paroiffe du Château
, Jeanne - Charlotte- Victoire - Elifabeth de
Bafchi , & Elifabeth - Guillelmine de Bafchi de
Thoard , filles de François des Comtes de Bafchi ,
Comte de Baſchi , Ambaſſadeur de France à la
Cour de Portugal ; & de Dame Charlotte-Victoire
le Normant , & nieces de Charles des Comtes de
Balchi , Marquis d'Aubaïs, Les deux contrats de
mariage avoient été fignés le 29 du mois dernier
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
par le Roi & par la Famille royale.
Le 18 du même mois fut célébré dans l'Eglife
de S. Sulpice le mariage de Meffire François- Léon
Dreux , Comte de Nancré , fils de Jacques- Jofeph
Dreux de Nancré , & de Dame Bonne de Lajeard
, avec Dlle Sufanne - Charlotte - Pauline de
Saint-Hyacinthe , fille de Meffire Paul de Saint-
Hyacinthe , Chevalier , Seigneur de Saint Joris
& de Dlle Sufanne de Marconpai de Châteauneuf.
Le Comte de Nancré eft petit-fils de Meffire
Claude Dreux , Chevalier , Comte de Nancré , Colonel
de deux Régimens François de fon nom
Gouverneur d'Arras , Lieutenant général des armées
du Roi & de la Province d'Artois ; & d'Emée-
Thérefe de Montgommeri , dont il eut quatre fils.
L'aîné appellé le Marquis de Nancré , mourut fans
alliance , après avoir été Ambaſſadeur en Eſpagne
, & Capitaine des Cent Suiffes de feu M. le
Duc d'Orléans Régent. Le fecond époufa la fille
du Comte de Montmorenci- Lognies , dont il n'eut
point d'enfant mâle. Le troifieme , Capitaine des
Carabiniers , mourut fans avoir été marié. Le
quatrieme qui fut nommé par le Roi à l'Abbaye
de Saint Cybar en 1701 , époufa quelques années
après Dlle Bonne de Lajeard , d'ou eft iffu le Marquis
de Nancré qui donne lieu à cet article.
La famille de Dreux , originaire de Poitou ,fut
partagée en deux branches par deux freres , Claude
& Thomas Dreux. De celui-ci qui fut reçu Secrétaire
du Roi le 5 Juin 1594 , eft forti la branche
de Brezé, illuftrée par deux Lieutenans généraux
des armées du Roi , un Commandeur des Ordres
, & trois Grands Maîtres des Cérémonies de
France , place qu'occupe actuellement M. le Chevalier
de Brezé le dernier de cette branche.
Claude Dreux , frere aîné de Thomas , fut
DECEMBRE . 1754. 205
pere d'Antoine Dreux , Seigneur de ChenelayeÏ'Hermitage
, allié en 1620 à Jeanne de Ruellé ,
mort Chanoine de l'Eglife de Paris en Septembre
1662 , & bifayeul du Comte de Nancré , feul rejetton
de cette branche.
-Les armes de cette famille font d'azur au cheuron
d'or , accompagné de deux rofes d'argent en
chef, & d'une comette d'or en pointe.
Meflire Jean-Jofeph- Aimé-Marie , Marquis de
Houchin , fils de Meffire Louis - Albert -François-
Jofeph , Comte de Houchin , Marquis de Longaftre
; & de feue Dame Marie-Andrée- Jofephe de-
Berghes- Rache , fut marié le 20 à Dlle Marie-
Jeanne -Georgette - Touffaint de Querouart , fille
de Meffire Sebaftien - Louis , Marquis de Querouart
, & de Dame Jeanne - Françoiſe de Quergroadés.
La bénédiction nuptiale leur a été donnée
par M. l'Abbé de Marbeuf, Aumônier ordinaire -
de la Reine en furvivance , & Confeiller d'Etat ordinaire.
Leur contrat de mariage avoit été figné
le 30 Juin par leurs Majeftés.
LE Lord Louis Gordon , fils du feu Duc de Gordon
, Pair d'Ecoffe , eft mort à Montréal en Bugey
, au commencement du mois d'Août , âgé
d'environ 36 ans ; il étoit Colonel réformé à la
fuite du Régiment royal Ecoffois.
Demoiſelle Catherine - Louife Chafot , fille de
Meffire Louis- Benigne Chafot , Préfident à Mortier
au Parlement de Metz , eft morte à Paris le 2
Août 1754.
Meffire Louis Dupré de la Grange , Confeiller
au Parlement , eft mort le même jour , âgé de foixante-
fix ans.
Meffire Jean-Baptifte Surian , Evêque de Vence
, Abbé de l'Abbaye de S. Vincent du Luc , Or
206 MERCURE DE FRANCE.
dre de S. Benoît , Diocèle d'Oleron , & l'un des
quarante de l'Académie Françoife , eft mort le
3 en fon Diocèfe , âgé de quatre-vingt- fix ans.
Jean Bertin de Bourdeil , Maître des Requêtes
honoraire , eft mort le 4 , âgé de 75 ans .
Meffire Charles- Hyacinthe de Galeans de Caftellane
, Marquis des Iffarts & de Salerne , Cheva
lier de l'Ordre de l'Aigle blanc , Confeiller d'Etat.
d'Epée , ci -devant Ambafladeur de Sa Majeſté auprès
du Roi & de la République de Pologne , &
enfuite à la Cour de Turin , eft mort le 17 à Avi- .
gnon , âgé de trente-fept ans.
Meffire Louis - François de Bouville , fils de
Meffire Louis-Nicolas , Comte de Bouville , Brigadier
des Armées du Roi , eft mort le même jour.
Dame Louife-Léon - Gabrielle le Clerc de Juigné
, époufe de Meffire Antoine Gui , Marquis de
Pertuy , eft morte le 19.
Hugues René- Timoléon de Coffé - Briffac
Comte de Coffé , Lieutenant général des armées
du Roi , Commandeur de l'Ordre royal & militai
re de S. Louis , Gouverneur de Salces en Rouffillon
, & Menin de Monfeigneur le Dauphin , mourut
à Paris le 21 , dans fa 54° année,
Meffire Louis- Henri - Félix du Pleffis -Châtillon ,
Comte de Château Meillien , Sous- Lieutenant de
la Compagnie des Chevaux - Legers d'Orléans .
mourut le 25 à Paris , dans la vingt-huitieme année
de fon âge.
Antoinette Potier de Novion , épouſe de Galpard
, Marquis de Clermont - Tonnerre , Maré
chal de France , Chevalier des Ordres du Roi ,
Gouverneur des ville , château de Betfort , ci-devant
Mestre de camp général de la Cavalerie lé
gere , mourut à Champlâtreux le 29 Août , âgée
de foixante-neuf ans.
DECEMBRE. 1754. 207
François-Bernardin , Marquis du Châtelet , Maréchal
des camps & armées du Roi , Gouverneur
du château de Vincennes , eft mort en cette ville
le 3 Septembre , dans la foixante-huitieme année
de fon âge.
Meffire Gafpard de Fontenu , ancien Commiffaire
général de la Marine , & ci -devant chargé
des affaires du Roi à la Porte , eft most les , âgé
de quatre-vingt- onze ans .
Meffire Antoine- Pierre de Grammont , Archevêque
de Besançon , eft mort en fon Diocèfe le 7
Septembre , âgé de foixante- neuf ans .
Le 8 , eft décédé au château de Mauny Louis
Roger d'Eftampes , Marquis d'Eftampes, Baron de
Mauny , âgé de près de quarante- trois ans , étant
né le 2 Novembre 1711. Il étoit fils de Roger
d'Eftampes , Marquis d'Eftampes , Baron de Mauny
, Capitaine-Lieutenant des Gendarmes d'Orléans
, & de Marguerite Dirfchfe Dangres. Il avoit
été marié deux fois . La premiere , le 8 Avril 1728,
avec Angélique- Elifabeth d'Eftampes , Dame de
Valençai , fa coufine , fille de François - Henri
d'Estampes , Comte de Valençai , & d'Angelique-
Françoife-Raimond , décédée le 28 Nov. 1728. La
feconde, le 4 Mars 1734 , avec Marguerite-Lidye.
de Becdelievre Cany , four confanguine du Marquis
de Cany d'aujourd'hui & de la Marquise de
Rannes ; & fille de Louiſe de Becdelievre , Marquis
de Cany , & de Marie- Anne Cofté de S. Sulplix
fa feconde femme. De cette Dame , dont le Marquis
d'Eftampes étoit refté veuf le 3 Avril 1742 ,
il laiffe deux fils , le Marquis & le Vicomte d'Eſ
tampes , nés le 4 Décembre 1734 , & le s Septembre
1736 , Officiers dans le Régiment du Roi Infanterie.
La généalogie de la maiſon d'Eftampes , une
208 MERCURE DE FRANCE.
des plus illuftres , eft rapportée dans les grands
Officiers , tome VII , pag. 542 & ſuiv.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
En 1754, plusieurs événements marquants ont touché la noblesse et le milieu militaire. Le 1er juillet, à Versailles, deux mariages notables ont eu lieu : Charles-Antoine de Guerin, Marquis de Lugeac, a épousé Jeanne-Charlotte-Victoire-Élisabeth de Bafchi, tandis que Charles-Théophile de Beziade, Marquis d'Avarey, a épousé Élisabeth-Guillemine de Bafchi de Thoard. Le 18 juillet, François-Léon Dreux, Comte de Nancré, a épousé Suzanne-Charlotte-Pauline de Saint-Hyacinthe. Le 20 juillet, Jean-Joseph-Aimé-Marie, Marquis de Houchin, a épousé Marie-Jeanne-Georgette Touffaint de Querouart. Parmi les décès notables, Lord Louis Gordon, Colonel réformé, est mort à Montréal en août à l'âge de 36 ans. Catherine-Louise Chafot, fille de Louis-Bénigne Chafot, Président au Parlement de Metz, est décédée à Paris le 2 août. Le même jour, Louis Dupré de la Grange, Conseiller au Parlement, est mort à l'âge de 66 ans. Jean-Baptiste Surian, Évêque de Vence, est décédé le 3 août à l'âge de 86 ans. Jean Bertin de Bourdeil, Maître des Requêtes honoraire, est mort le 4 août à l'âge de 75 ans. Charles-Hyacinthe de Galeans de Castellane, Marquis des Issarts et de Salerne, est décédé le 17 août à l'âge de 37 ans. Louis-François de Bouville, fils de Louis-Nicolas, Comte de Bouville, est également décédé le 17 août. Louise-Léon-Gabrielle le Clerc de Juigné, épouse d'Antoine Gui, Marquis de Pertuy, est morte le 19 août. Hugues René-Timoléon de Coffé-Brissac, Comte de Coffé et Lieutenant général des armées du Roi, est décédé à Paris le 21 août à l'âge de 54 ans. Louis-Henri-Félix du Plessis-Châtillon, Comte de Château-Meillien, est mort le 25 août à l'âge de 28 ans. Antoinette Potier de Novion, épouse de Gaspard, Marquis de Clermont-Tonnerre, est décédée le 29 août à l'âge de 69 ans. François-Bernardin, Marquis du Châtelet et Maréchal des camps et armées du Roi, est mort à Vincennes le 3 septembre à l'âge de 68 ans. Gaspard de Fontenu, ancien Commissaire général de la Marine, est décédé à l'âge de 91 ans. Antoine-Pierre de Grammont, Archevêque de Besançon, est mort le 7 septembre à l'âge de 69 ans. Enfin, Louis Roger d'Estampes, Marquis d'Estampes, est décédé le 8 septembre à l'âge de 43 ans.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9628
p. 208-219
AVIS.
Début :
Le sieur Vacossain, Marchand Epicier Droguiste, rue & vis-à-vis S. André des Arts, continue [...]
Mots clefs :
Cierge, Canon, Succès, Maladies, Flambeaux, Chocolat, Vinaigre
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texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
E fieur Vacoffain , Marchand Epicier Dro-
Lguifte,rue to vis -à- vis 3. André des sirs , Dontinue
de vendre avec beaucoup de fuccès fon eau
pour les dents : cette eau a la propriété de les
conferver & blanchir & de diſſoudre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gâter . Elle a
auffi la vertu d'arêter dans l'inftant le mal que
l'on nomme communément rage de dents. L'ufage
de quinze jours fera voir , par la beauté & la
fermeté des dents , que l'on pourra , hors dans les
grand befoins , fe difpenfer de tous ferremens.
Ledit Sieur donne un imprimé de la maniere d'en
faire ufage , & vend la bouteille douze fols.
Ledit fieur Vacoffain continue auffi de vendre
avec le même fuccès fa poudre purgative , qu'il
compofe de différens fimples : cette poudre
fond les humeurs groffieres & peccantes , purifie
la maffe du fang , détruit les glaires , & diffipe
les réplétions. Elle prévient les maladies , particulierement
l'apoplexie ; guérit les maux de tête ,
la jauniffe de l'un & de l'autre fexe , les fievres
tierces , quartes & intermittentes . Elle eft fi bienfaifante
qu'elle ne caufe ni tranchée ni colique.
Les femmes enceintes de cinq à fix mois peuvent
en ufer en toute fureté , elle les difpofera à un
heureux accouchement. Ses vertus & fes propriétés
font expliquées plus au long dans un mémoire
particulier , ainfi que la maniere de s'en fervir.
Cette poudre fe vend vingt fols le paquet , qui eſt
DECEMBRE. 1754 209
cacheté & figné de la main dudit Sieur , afin que
le Public ne puiffe pas être trompé. Ledit fieur
Vacoffain eft autorifé & approuvé pour la vente
de fes remédes .
Ledit Vacoffain avertit qu'il a auffi le bureau
du vrai fel Polychrefte , compofé par M. de Seignette
, de la Rochelle , lequel fel eft paraphé
en dedans de chaque paquet , & cacheté de la
main dudit fieur de Seignette , pour éviter toute
fuprife & falfification ordinaire."
AUTR E.
E fieur Meffier donne avis qu'il tient manu-
Lfacture de cierges à refforts qu'il a pouffé à la
derniere perfection , lefquels offrent de grands
avantages pour ménager la cire de deux tiers ; de
n'être point expofé à couler comme les autres
cierges , ce qui périt tous les ornemens d'Autel ;
de conferver toujours la même hauteur , ce qui
eft impoffible avec les autres cierges ; d'y brûler
toute forte de cire , la couleur de ladite cire n'étant
point exposée à la vue , fe trouvant renfermée
dans un canon , qui ne laiffe voir que la lumiere
, le tout s'y confumme fans aucun déchet ,
la bougie brulant jufqu'à la fin. Les avantages de
les peindre & revernir n'étant point fujets à
s'écailler , & fe pouvant laver , met toutes les
Eglifes à portée de jouir des avantages que procurent
ces cierges , laquelle peinture imite parfaitement
la cire. Comme il fe trouve dans les
provinces des ouvriers qui veulent imiter ces
cierges , qui outre leur mauvaife façon deviennent
très - fujets & très-incommodes , plufieurs
perfonnes en ayant vû dudit fieur Meffier dans différens
endroits , pour éviter les frais des ports &
210 MERCURE DE FRANCE.
emballages , en ont acheté à ces ouvriers , & fe
trouvant trompés , ont été obligés de les abandonner
, & d'en faire venir de la manufacture dudit
fieur Meffier.
Pour que toutes les Eglifes des Provinces puiffent
profiter de cet avantage , qui eſt déja connu
dans tout le royaume & dans beaucoup d'autres
pays étrangers où il en a fait des envois confidérables
, ledit Sieur donne avis aux marchands ou
autres perfonnes de provinces , qu'en fe faifant
connoître il leur en enverra des affortimens de
différentes grandeurs pour débiter pour fon compte
dans les Eglifes de leurs provinces , en leur
abandonnant un bénéfice fur chaque cierge pour
la commiffion de la vente , comme il fait dansplufieurs
villes où il a des perfonnes qui lui en
débitent. Les perfonnes qui lui écriront font priées
d'affranchir les lettres , à moins que ce ne foit
pour commander de l'ouvrage . Sa manufacture eſt
rue de Charonne , Faubourg S. Antoine , à Paris .
Les corps des cierges fe vendent au pied , &
les canons & refforts qui entrent dans ces fortes
de cierges , fe vendent à la pièce.
Pour les cierges , depuis trois pieds juſqu'à
fept , 10 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges , 4 liv.
piéce.
Pour les cierges , depuis huit jufqu'à dix , 12
fols par pied.
Pour le canon & reffort defdits cierges , s liv.
piece.
Les bougies d'un pied avec leurs canons & refforts
pour le S. Sacrement , bras de cheminée ou
luftres , 2 liv . 15 fols piece.
Pour celles d'un pied & demi , 3 liv. piece.
Pour les flambeaux d'élévation pour couvrir en
cire , 12 fols par pied.
DECEMBRE . 1754. 211
> dont la
Pour les flambeaux pour peindre
fouche doit être cannelée , 1 liv. 4 fols par pied.
Pour les canons defdits flambeaux , 4 liv. piece.
Pour les cierges pafchals , depuis fix pieds jufqu'à
neuf, 12 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges pafchals
, liv . piece .
Pour les cierges pafchals de dix pieds & au¬
deffus , 1 liv. par pied.
Pour les canons defdits cierges pafchals , de
puis 8 jufqu'à 24 liv . piece.
Pour couvrir les cierges & flambeaux , la cire
coute 3 liv . à cauſe de ſa façon.
Les cierges & flambeaux fe peignent en couleur
de cire , excepté les cierges paichals.
Pour peindre & vernir les bougies & cierges
jufqu'à fept pieds , fols par pied.
Pour ceux de huit pieds & au-deffus , 7 fols
par pied .
Pour les flambeaux , 10 fols par pied.
Une bougie d'un pied en couleur de cire revient
à 3 trois liv . une d'un pied & demi 3 liv.
7 fols 6 deniers , avec leurs canons & reflorts ; un
cierge de trois pieds en couleur de cire , 6 livres
S fols ; un de quatre pieds , 7 liv. un de cinq
pieds , 7 liv. 15 fols ; un de 6 pieds , 8 liv. 10
fols ; un de fept pieds , 9 liv. 5 fols ; un de huit
pieds , 12 liv. 12 fols ; un flambeau de quatre
pieds , 10 liv. 16 fols ; un de cinq pieds , 12 liv.
10 fols ; un de fix pieds 14 liv. 4 fols.
Il a auffi des moules pour faire les bougies qui
entrent dans ces fortes de cierges , pour la commodité
des perſonnes de province qui ne font pas
à portée d'avoir des Ciriers qui puiffent leur faire
des bougies bien égales ; avec lefdits moules les
bougies fe trouvent mieux faites , & toutes per212
MERCURE DE FRANCE.
fonnes peuvent les faire eux-mêmes . Lefdits moules
coutent 3 livres piece .
AUTR E.
M.DE TORRES , Médecin de S. A. S. M. le
Duc d'Orléans , ci -devant Médecin de la Famille
royale de S. M. C. Membre des Académies royales
de Médecine , & de l'Hiftoire Univerſelle d'Efpagne
, Affocié Correfpondant Etranger de la Société
royale de Montpellier , & de l'Académie des
Sciences de Paris , &c. avertit le Public qu'il ne
répondra deformais que depuis huit heures du
matin jufqu'à neuf, aux confultations des perfonnes
attaquées de maux vénériens , rhumatilmes
dartres , écrouelles , cancers , ou d'autres maladies
qu'on regarde comme incurables . M. de TORRÈS
demeure rue Tire - boudin , près la Comédie Italienne
, dans la maison qu'occupoit ci -devant M. Debrus
, Banquier.
AUTRE.
Odeau , Marchand Diftillateur , tenant le
>
Saint-Honoré , fait & vend toutes fortes de liqueurs
fines , tant françoifes qu'étrangeres. Il fait
aufli du chocolat de fanté à la façon d'Espagne
& autre chocolat à la vanille . L'on trouve auffi
chez lui de l'ancienne huile de Venus , vrai figogne
, Marafquin , Ratafia de Bologne , huile royale
, crême des barbades , crême de fleur d'orange
, crême de framboife , crême d'angelique , liqueur
vanille , les délices de la fanté , liqueurs
très-agréables , kis wafer , & généralement toutes
fortes de liqueurs fines.
DECEMBRE. 1754. 213
M
AUTRE.
RS Bianchetti & Manar , Suiffes Italiens ,
viennent d'établir une fabrique de chocolat
à la façon de Milan & de Turin , dont ils ont apporté
d'Italie tous les uftenfiles néceffaires à cette
fabrique, Tout le monde fçait que la bonté du
chocolat confifte dans une parfaite coction ; c'eft
cette qualité qui fait fi eftimer le chocolat de Milan
& de Turin , & qui va être deformais fabriqué
à Paris , par les fieurs Bianchetti & Manar,
Ils le vendront en gros & en détail , & ils en
ont à plufieurs prix de la fufdite façon ; ils le vont
faire en ville quand on les y demande. Leur adreffe
eft dans les Quinze-vingt , la boutique à côté
de la cuifine des Prêtres,
AUTRE.
A veuve Mouton , Marchande Apothicaire de
le débit de fon bechique fouverain , ou fyrop
pectoral approuvé pour les maladies de poitrine ,
comme rhume , toux invétérées , oppreffion , foibleffe
de poitrine , & afthme humide . Ce firop béchique
ayant la propriété de fondre & d'atténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe , comme balfamique
, & rétablir les forces abattues , en tant que
parfait reftaurant , produit des effets fi rapides dans
les maladies énoncées ci-deffus , que fix jours fuffifent
pour s'appercevoir d'un changement notable
; en un mot , une bouteille fuffit pour en
éprouver toute l'efficacité avec fuccès , en tant
qu'il rétablit les forces abbattues en rappellant
214 MERCURE DE FRANCE.
peu à peu l'appétit & le fommeil , comme parfait
reftaurant , par conféquent très-ſalutaire à la
fuite des longues maladies où les forces font épuifées.
L'odeur & le goût en font agréables , le régime
aifé à obferver ; en outre il convient à toutes
fortes de perfonnes , aux enfans même & aux
femmes enceintes , qui peuvent en uſer avec fuccès
, preuve de fa benignité. Nombre de perfonnes
de tous les états & de tous pays en ont fait
une heureuſe expérience , & en particulier quelques
Anglois. Si l'on en faifoit un plus grand
ufage en Angleterre , & qu'on le prenne à propos
, l'on ne verroit pas périr tant de milliers
d'Anglois de maladie de confomption , non pas
qu'il puiffe les réchapper , une fois la maladie invétérée
, mais lorfque les fymptômes l'annoncent
prochaine. Il peut non- feulement en éloigner les
effers ; mais encore en détruire la cauſe ; bien plus
en empêcher les progrès dans fon principe. La
preuve de ce , c'eft qu'en occafionnant une plus
prompte circulation , il empêche le fang de
croupir , & refter en ftagnation dans le poulmon ,
& en tant que balfamique , confolide les petits
ulceres qui peuvent s'y rencontrer , ce qui fuffit
pour en arrêter les progrès.
La bouteille fcellée & étiquetée à l'ordinaire ;
taxée à fix livres , eft fuffifante pour en éprouver
toute l'efficacité avec fuccès.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
, Marchande Apothicaire de Paris , rue S
Denis , entre la rue Thevenot & la rue des Filles-
Dieu, vis-à-vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affranchir
les lettres.
DECEMBRE . 1754. 2rg-
AUTRE.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diſtillateur ordieu
le
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis aux perfonnes de diftinction qu'il vend
des corbeilles galantes de neuf flacons & de quinze
, remplis de différens vinaigres nouveaux ; il
continue avec fuccès la vente du vinaigre romain
pour la confervation de la bouche. Če vinaigre
raffermit les gencives , blanchit les dents , & arrête
le progès de la carie ; comme auffi le vinaigre de
turbie , pour la guérifon parfaite du mal de dents ,
& différens vinaigres fervant à blanchir la peau ,
ôter les boutons , dartres farineufes & taches du
vifage ; & le véritable vinaigre des Quatre voleurs ,
qui eft un préfervatif de toutes fortes d'airs contagieux
, & généralement toutes fortes de vinaigres ,
au nombre de cent cinquante - fix fortes , tant
pour la table que pour les bains & toilettes . Il
continue le débit de la nouvelle moutarde des fix
graines de fa compofition , &la moutarde aux capres
& aux anchois par extraits d'herbes fines , &
différens fruits confits au vinaigre. Les moindres
bouteilles , tant pour les dents que pour le vifage ,
font de trois livres . Les perfonnes de province qui
defireront fe les procurer , en écrivant une lettre
d'avis audit fieur Maille , & remettant l'argent par
la pofte , le tout affranchi de port , on le leur enverra
très- exactement.'Il demeure à Paris , rue da
P'Hyrondelle , aux Armes Impériales.
E fieur Vacoffain , Marchand Epicier Dro-
Lguifte,rue to vis -à- vis 3. André des sirs , Dontinue
de vendre avec beaucoup de fuccès fon eau
pour les dents : cette eau a la propriété de les
conferver & blanchir & de diſſoudre l'humeur
glaireufe qui peut contribuer à les gâter . Elle a
auffi la vertu d'arêter dans l'inftant le mal que
l'on nomme communément rage de dents. L'ufage
de quinze jours fera voir , par la beauté & la
fermeté des dents , que l'on pourra , hors dans les
grand befoins , fe difpenfer de tous ferremens.
Ledit Sieur donne un imprimé de la maniere d'en
faire ufage , & vend la bouteille douze fols.
Ledit fieur Vacoffain continue auffi de vendre
avec le même fuccès fa poudre purgative , qu'il
compofe de différens fimples : cette poudre
fond les humeurs groffieres & peccantes , purifie
la maffe du fang , détruit les glaires , & diffipe
les réplétions. Elle prévient les maladies , particulierement
l'apoplexie ; guérit les maux de tête ,
la jauniffe de l'un & de l'autre fexe , les fievres
tierces , quartes & intermittentes . Elle eft fi bienfaifante
qu'elle ne caufe ni tranchée ni colique.
Les femmes enceintes de cinq à fix mois peuvent
en ufer en toute fureté , elle les difpofera à un
heureux accouchement. Ses vertus & fes propriétés
font expliquées plus au long dans un mémoire
particulier , ainfi que la maniere de s'en fervir.
Cette poudre fe vend vingt fols le paquet , qui eſt
DECEMBRE. 1754 209
cacheté & figné de la main dudit Sieur , afin que
le Public ne puiffe pas être trompé. Ledit fieur
Vacoffain eft autorifé & approuvé pour la vente
de fes remédes .
Ledit Vacoffain avertit qu'il a auffi le bureau
du vrai fel Polychrefte , compofé par M. de Seignette
, de la Rochelle , lequel fel eft paraphé
en dedans de chaque paquet , & cacheté de la
main dudit fieur de Seignette , pour éviter toute
fuprife & falfification ordinaire."
AUTR E.
E fieur Meffier donne avis qu'il tient manu-
Lfacture de cierges à refforts qu'il a pouffé à la
derniere perfection , lefquels offrent de grands
avantages pour ménager la cire de deux tiers ; de
n'être point expofé à couler comme les autres
cierges , ce qui périt tous les ornemens d'Autel ;
de conferver toujours la même hauteur , ce qui
eft impoffible avec les autres cierges ; d'y brûler
toute forte de cire , la couleur de ladite cire n'étant
point exposée à la vue , fe trouvant renfermée
dans un canon , qui ne laiffe voir que la lumiere
, le tout s'y confumme fans aucun déchet ,
la bougie brulant jufqu'à la fin. Les avantages de
les peindre & revernir n'étant point fujets à
s'écailler , & fe pouvant laver , met toutes les
Eglifes à portée de jouir des avantages que procurent
ces cierges , laquelle peinture imite parfaitement
la cire. Comme il fe trouve dans les
provinces des ouvriers qui veulent imiter ces
cierges , qui outre leur mauvaife façon deviennent
très - fujets & très-incommodes , plufieurs
perfonnes en ayant vû dudit fieur Meffier dans différens
endroits , pour éviter les frais des ports &
210 MERCURE DE FRANCE.
emballages , en ont acheté à ces ouvriers , & fe
trouvant trompés , ont été obligés de les abandonner
, & d'en faire venir de la manufacture dudit
fieur Meffier.
Pour que toutes les Eglifes des Provinces puiffent
profiter de cet avantage , qui eſt déja connu
dans tout le royaume & dans beaucoup d'autres
pays étrangers où il en a fait des envois confidérables
, ledit Sieur donne avis aux marchands ou
autres perfonnes de provinces , qu'en fe faifant
connoître il leur en enverra des affortimens de
différentes grandeurs pour débiter pour fon compte
dans les Eglifes de leurs provinces , en leur
abandonnant un bénéfice fur chaque cierge pour
la commiffion de la vente , comme il fait dansplufieurs
villes où il a des perfonnes qui lui en
débitent. Les perfonnes qui lui écriront font priées
d'affranchir les lettres , à moins que ce ne foit
pour commander de l'ouvrage . Sa manufacture eſt
rue de Charonne , Faubourg S. Antoine , à Paris .
Les corps des cierges fe vendent au pied , &
les canons & refforts qui entrent dans ces fortes
de cierges , fe vendent à la pièce.
Pour les cierges , depuis trois pieds juſqu'à
fept , 10 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges , 4 liv.
piéce.
Pour les cierges , depuis huit jufqu'à dix , 12
fols par pied.
Pour le canon & reffort defdits cierges , s liv.
piece.
Les bougies d'un pied avec leurs canons & refforts
pour le S. Sacrement , bras de cheminée ou
luftres , 2 liv . 15 fols piece.
Pour celles d'un pied & demi , 3 liv. piece.
Pour les flambeaux d'élévation pour couvrir en
cire , 12 fols par pied.
DECEMBRE . 1754. 211
> dont la
Pour les flambeaux pour peindre
fouche doit être cannelée , 1 liv. 4 fols par pied.
Pour les canons defdits flambeaux , 4 liv. piece.
Pour les cierges pafchals , depuis fix pieds jufqu'à
neuf, 12 fols par pied.
Pour les canons & refforts defdits cierges pafchals
, liv . piece .
Pour les cierges pafchals de dix pieds & au¬
deffus , 1 liv. par pied.
Pour les canons defdits cierges pafchals , de
puis 8 jufqu'à 24 liv . piece.
Pour couvrir les cierges & flambeaux , la cire
coute 3 liv . à cauſe de ſa façon.
Les cierges & flambeaux fe peignent en couleur
de cire , excepté les cierges paichals.
Pour peindre & vernir les bougies & cierges
jufqu'à fept pieds , fols par pied.
Pour ceux de huit pieds & au-deffus , 7 fols
par pied .
Pour les flambeaux , 10 fols par pied.
Une bougie d'un pied en couleur de cire revient
à 3 trois liv . une d'un pied & demi 3 liv.
7 fols 6 deniers , avec leurs canons & reflorts ; un
cierge de trois pieds en couleur de cire , 6 livres
S fols ; un de quatre pieds , 7 liv. un de cinq
pieds , 7 liv. 15 fols ; un de 6 pieds , 8 liv. 10
fols ; un de fept pieds , 9 liv. 5 fols ; un de huit
pieds , 12 liv. 12 fols ; un flambeau de quatre
pieds , 10 liv. 16 fols ; un de cinq pieds , 12 liv.
10 fols ; un de fix pieds 14 liv. 4 fols.
Il a auffi des moules pour faire les bougies qui
entrent dans ces fortes de cierges , pour la commodité
des perſonnes de province qui ne font pas
à portée d'avoir des Ciriers qui puiffent leur faire
des bougies bien égales ; avec lefdits moules les
bougies fe trouvent mieux faites , & toutes per212
MERCURE DE FRANCE.
fonnes peuvent les faire eux-mêmes . Lefdits moules
coutent 3 livres piece .
AUTR E.
M.DE TORRES , Médecin de S. A. S. M. le
Duc d'Orléans , ci -devant Médecin de la Famille
royale de S. M. C. Membre des Académies royales
de Médecine , & de l'Hiftoire Univerſelle d'Efpagne
, Affocié Correfpondant Etranger de la Société
royale de Montpellier , & de l'Académie des
Sciences de Paris , &c. avertit le Public qu'il ne
répondra deformais que depuis huit heures du
matin jufqu'à neuf, aux confultations des perfonnes
attaquées de maux vénériens , rhumatilmes
dartres , écrouelles , cancers , ou d'autres maladies
qu'on regarde comme incurables . M. de TORRÈS
demeure rue Tire - boudin , près la Comédie Italienne
, dans la maison qu'occupoit ci -devant M. Debrus
, Banquier.
AUTRE.
Odeau , Marchand Diftillateur , tenant le
>
Saint-Honoré , fait & vend toutes fortes de liqueurs
fines , tant françoifes qu'étrangeres. Il fait
aufli du chocolat de fanté à la façon d'Espagne
& autre chocolat à la vanille . L'on trouve auffi
chez lui de l'ancienne huile de Venus , vrai figogne
, Marafquin , Ratafia de Bologne , huile royale
, crême des barbades , crême de fleur d'orange
, crême de framboife , crême d'angelique , liqueur
vanille , les délices de la fanté , liqueurs
très-agréables , kis wafer , & généralement toutes
fortes de liqueurs fines.
DECEMBRE. 1754. 213
M
AUTRE.
RS Bianchetti & Manar , Suiffes Italiens ,
viennent d'établir une fabrique de chocolat
à la façon de Milan & de Turin , dont ils ont apporté
d'Italie tous les uftenfiles néceffaires à cette
fabrique, Tout le monde fçait que la bonté du
chocolat confifte dans une parfaite coction ; c'eft
cette qualité qui fait fi eftimer le chocolat de Milan
& de Turin , & qui va être deformais fabriqué
à Paris , par les fieurs Bianchetti & Manar,
Ils le vendront en gros & en détail , & ils en
ont à plufieurs prix de la fufdite façon ; ils le vont
faire en ville quand on les y demande. Leur adreffe
eft dans les Quinze-vingt , la boutique à côté
de la cuifine des Prêtres,
AUTRE.
A veuve Mouton , Marchande Apothicaire de
le débit de fon bechique fouverain , ou fyrop
pectoral approuvé pour les maladies de poitrine ,
comme rhume , toux invétérées , oppreffion , foibleffe
de poitrine , & afthme humide . Ce firop béchique
ayant la propriété de fondre & d'atténuer
les humeurs engorgées dans le poulmon , d'adoucir
l'acrimonie de la limphe , comme balfamique
, & rétablir les forces abattues , en tant que
parfait reftaurant , produit des effets fi rapides dans
les maladies énoncées ci-deffus , que fix jours fuffifent
pour s'appercevoir d'un changement notable
; en un mot , une bouteille fuffit pour en
éprouver toute l'efficacité avec fuccès , en tant
qu'il rétablit les forces abbattues en rappellant
214 MERCURE DE FRANCE.
peu à peu l'appétit & le fommeil , comme parfait
reftaurant , par conféquent très-ſalutaire à la
fuite des longues maladies où les forces font épuifées.
L'odeur & le goût en font agréables , le régime
aifé à obferver ; en outre il convient à toutes
fortes de perfonnes , aux enfans même & aux
femmes enceintes , qui peuvent en uſer avec fuccès
, preuve de fa benignité. Nombre de perfonnes
de tous les états & de tous pays en ont fait
une heureuſe expérience , & en particulier quelques
Anglois. Si l'on en faifoit un plus grand
ufage en Angleterre , & qu'on le prenne à propos
, l'on ne verroit pas périr tant de milliers
d'Anglois de maladie de confomption , non pas
qu'il puiffe les réchapper , une fois la maladie invétérée
, mais lorfque les fymptômes l'annoncent
prochaine. Il peut non- feulement en éloigner les
effers ; mais encore en détruire la cauſe ; bien plus
en empêcher les progrès dans fon principe. La
preuve de ce , c'eft qu'en occafionnant une plus
prompte circulation , il empêche le fang de
croupir , & refter en ftagnation dans le poulmon ,
& en tant que balfamique , confolide les petits
ulceres qui peuvent s'y rencontrer , ce qui fuffit
pour en arrêter les progrès.
La bouteille fcellée & étiquetée à l'ordinaire ;
taxée à fix livres , eft fuffifante pour en éprouver
toute l'efficacité avec fuccès.
Il ne fe débite que chez la Dame veuve Mouton
, Marchande Apothicaire de Paris , rue S
Denis , entre la rue Thevenot & la rue des Filles-
Dieu, vis-à-vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affranchir
les lettres.
DECEMBRE . 1754. 2rg-
AUTRE.
E fieur Maille , Vinaigrier , Diſtillateur ordieu
le
pour la compofition des vinaigres de propriété ,
donne avis aux perfonnes de diftinction qu'il vend
des corbeilles galantes de neuf flacons & de quinze
, remplis de différens vinaigres nouveaux ; il
continue avec fuccès la vente du vinaigre romain
pour la confervation de la bouche. Če vinaigre
raffermit les gencives , blanchit les dents , & arrête
le progès de la carie ; comme auffi le vinaigre de
turbie , pour la guérifon parfaite du mal de dents ,
& différens vinaigres fervant à blanchir la peau ,
ôter les boutons , dartres farineufes & taches du
vifage ; & le véritable vinaigre des Quatre voleurs ,
qui eft un préfervatif de toutes fortes d'airs contagieux
, & généralement toutes fortes de vinaigres ,
au nombre de cent cinquante - fix fortes , tant
pour la table que pour les bains & toilettes . Il
continue le débit de la nouvelle moutarde des fix
graines de fa compofition , &la moutarde aux capres
& aux anchois par extraits d'herbes fines , &
différens fruits confits au vinaigre. Les moindres
bouteilles , tant pour les dents que pour le vifage ,
font de trois livres . Les perfonnes de province qui
defireront fe les procurer , en écrivant une lettre
d'avis audit fieur Maille , & remettant l'argent par
la pofte , le tout affranchi de port , on le leur enverra
très- exactement.'Il demeure à Paris , rue da
P'Hyrondelle , aux Armes Impériales.
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Résumé : AVIS.
En décembre 1754, plusieurs annonces commerciales et professionnelles ont été publiées. Le sieur Vacoffain, marchand épicier, propose une eau pour les dents qui conserve, blanchit et dissout les humeurs gâteresses. Cette eau arrête instantanément la 'rage de dents' et permet de se passer de ferrements après quinze jours d'usage. Il vend également une poudre purgative composée de divers simples, qui purifie le sang, détruit les glaires et prévient diverses maladies comme l'apoplexie et les fièvres. Cette poudre est sans danger pour les femmes enceintes et se vend vingt sols le paquet, cacheté et signé. Le sieur Meffier annonce la fabrication de cierges à reforts, offrant plusieurs avantages tels que la conservation de la cire et l'absence de coulure. Ces cierges peuvent être peints et vernissés, imitant parfaitement la cire. Il met en garde contre les imitations de mauvaise qualité et propose d'envoyer des assortiments aux marchands de province pour vente. M. de Torres, médecin, informe qu'il reçoit des consultations pour des maladies vénériennes, rhumatismes, dartres, écrouelles, cancers et autres maladies incurables, de huit heures à neuf heures du matin. Le sieur Odeau, distillateur, vend diverses liqueurs fines, chocolats et crèmes. Les sieurs Bianchetti et Manar, Suisses Italiens, établissent une fabrique de chocolat à la façon de Milan et Turin, vendu en gros et en détail. La veuve Mouton, marchande apothicaire, propose un sirop pectoral souverain pour les maladies de poitrine, efficace en six jours et sans danger pour les femmes enceintes et les enfants. Enfin, le sieur Maille, vinaigrier, vend des corbeilles de vinaigres pour diverses utilités, comme la conservation de la bouche, le blanchiment des dents et la guérison du mal de dents. Il propose également des vinaigres pour blanchir la peau et des vinaigres préventifs contre les airs contagieux.
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9629
p. 216
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES en Vers & en Prose. Eloge de la Peinture, page 3 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
P Elogede la Peinture , Page 3
Eloge hiftorique de Madame du Chaſtelet , par
M. de Voltaire ,
Vers à M. de Ruffey ,
Converſation finguliere ,
Vers de feu M. de Foucault ,
Hiftoire morale ,
Vers de feu M. de la Motte ,
6
18
19
29
30
35
36
Florence & Blanchefleur , Conte ,
A Madame P .. fur fon voyage à Argenteuil , 44
Effai philofophique ,
Epitre à Mile D ....
Madrigal
Contes ,
46
54
56
64
Quatrain , à une femme laide qui avoit des boutons
ibid.
Lettre à un étranger , fur les Moraliftes François
á
Le Crépuscule ,
ibid.
76
Etat de la Poëfie dramatique en Allemagne , 78
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
de Novembre ,
Enigmes & Logogryphe ,
Nouvelles Litteraires ,
Beaux Arts ,
Chanfon ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres ,
Mariages & Morts ,
88
ibid.
92
152
171
172
186
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 195
Avis divers ,
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe.
P Elogede la Peinture , Page 3
Eloge hiftorique de Madame du Chaſtelet , par
M. de Voltaire ,
Vers à M. de Ruffey ,
Converſation finguliere ,
Vers de feu M. de Foucault ,
Hiftoire morale ,
Vers de feu M. de la Motte ,
6
18
19
29
30
35
36
Florence & Blanchefleur , Conte ,
A Madame P .. fur fon voyage à Argenteuil , 44
Effai philofophique ,
Epitre à Mile D ....
Madrigal
Contes ,
46
54
56
64
Quatrain , à une femme laide qui avoit des boutons
ibid.
Lettre à un étranger , fur les Moraliftes François
á
Le Crépuscule ,
ibid.
76
Etat de la Poëfie dramatique en Allemagne , 78
Mots des Enigmes & du Logogryphe du Mercure
de Novembre ,
Enigmes & Logogryphe ,
Nouvelles Litteraires ,
Beaux Arts ,
Chanfon ,
Spectacles ,
Nouvelles Etrangeres ,
Mariages & Morts ,
88
ibid.
92
152
171
172
186
France. Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 195
Avis divers ,
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Résumé : TABLE.
Le document est une table des matières de 'IECES FUGITIVES en Vers & en Profe'. Il répertorie divers textes et poèmes, incluant des éloges, des conversations, des histoires, des essais philosophiques, des lettres et des analyses sur la poésie dramatique en Allemagne. Il mentionne aussi des sections sur les énigmes, les logogryphes, les nouvelles littéraires, les beaux-arts et les avis divers, couvrant les pages 3 à 195.
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9630
p. 216
« La Chanson notée doit regarder la page 171. [...] »
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La Chanson notée doit regarder la page 171. [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 171.
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9631
p. 216
« De l'Imprimerie de Ch. A. JOMBERT. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. A. JOMBERT. [...]
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De l'Imprimerie de Ch. A. JOMBERT.
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9632
s. p.
« L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Début :
L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...]
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texteReconnaissance textuelle : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
'ADRESSE du Mercure eft à M. LUTTON
LCommis au recouvrement du Mercure , rue Sie
Anne , Butte S. Roch , vis -à - vis la rue Clos- Geargeot
, entre deux Selliers , au fecond 1pour rémettre
à M. de Boiffy , de l'Académie Françoife.
Nous prions très- inflamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
à eux celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux perfonnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire
fçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure; on leur por
tera le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
en recevant le fecond volume de Juin , & 10l. 10ſ.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Jupplie inftamment de donner leurs ordres pour que
cespayemens foient faits dans leur tems.
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofle, d'être exuttes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femestre
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaque semaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
LCommis au recouvrement du Mercure , rue Sie
Anne , Butte S. Roch , vis -à - vis la rue Clos- Geargeot
, entre deux Selliers , au fecond 1pour rémettre
à M. de Boiffy , de l'Académie Françoife.
Nous prions très- inflamment ceux qui nous adref
feront des Paquets par la Pofte , d'en affranchir le
port , pour nous épargner le déplaifir de les rebuter ,
à eux celui de ne pas voir paroître leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays Etrangers
qui fouhaiteront avoir le Mercure de France de la
premiere main & plus promptement , n'auront qu'à
écrire à l'adreffe ci- deffus indiquée.
On l'envoye auffi par la Pofte aux perfonnes de
Province qui le defirent , les frais de la Pofte ne
font pas confidérables.
On avertit auffi que ceux qui voudront qu'on le
porte chez eux à Paris chaque mois , n'ont qu'à faire
fçavoir leurs intentions , leur nom & leur demeure
audit Sr Lutton , Commis au Mercure; on leur por
tera le Mercure très - exactement , moyennant 21 livres
par an , qu'ils payeront ; fçavoir , 10 liv. 10 f.
en recevant le fecond volume de Juin , & 10l. 10ſ.
en recevant le fecond volume de Décembre. On les
Jupplie inftamment de donner leurs ordres pour que
cespayemens foient faits dans leur tems.
On prie auffi les perfonnes de Province à qui on
envoye le Mercure par la Pofle, d'être exuttes à faire
payer au Bureau du Mercure à la fin de chaque femestre
, fans cela on feroit hors d'état de foutenir
les avances confidérables qu'exige l'impreffion de cet
Ouvrage.
On adreffe la même priere aux Libraires de Province.
On trouvera le Sr Lutton les Mardi , Mercredi
Jeudi de chaque semaine , l'après-midi .
PRIX XXX SOLS.
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Résumé : « L'ADRESSE du Mercure est à M. LUTTON, Commis au recouvrement du Mercure, rue Ste [...] »
Le Mercure est situé au domicile de M. LUTTON, rue Sainte-Anne, Butte Saint-Roch, face à la rue Clos-Georgeot. Les expéditeurs de paquets doivent affranchir le port pour éviter les rejets. Les libraires des provinces ou des pays étrangers peuvent obtenir le Mercure en écrivant à l'adresse indiquée. Le Mercure est envoyé par la poste aux personnes de province à des frais réduits. À Paris, les abonnés peuvent recevoir le Mercure mensuellement contre un paiement annuel de 21 livres, à régler en deux fois. Les personnes de province et les libraires doivent payer les frais d'abonnement au Bureau du Mercure chaque semestre. M. LUTTON est disponible les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le prix du Mercure est de trente sols.
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9633
p. 3-5
EPITRE A M. ***
Début :
A Vous l'apôtre du plaisir, [...]
Mots clefs :
Sagesse, Plaisirs, Ivresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. ***
Vous l'apôtre du plaifir ,
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
A vous l'enfant de la pareffe ,
Damon , dont le premier foupir
Fut en naiffant pour la fageffe ;
Je vous écris , moi pareffeux ,
Moi , comme vous , voluptueux ;
Mais qui dans la fleur de mon âge
II.Vol. A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
N'ayant pas l'honneur d'être un fage ,
Enfuis peut-être plus heureux.
A mes Lares je facrifie ;
Venez , le front orné de fleurs ;
Ami , célébrer cette orgie.
Bacchus , Thémire & la Folie
En doivent faire les honneurs.
Cette Thémire fi brillante ,
Aimable & chere à tous les deux ;
Mene la troupe fémillante
Des ris, des graces & des jeux ;
affurer la victoire
Et
pour
Que lui promettent fes beaux yeux ;
Elle prétend d'un bon vin vieux
Chez moi demain verfer à boire.
Que de voluptés , que de feux
Naîtront de la mouffe légere
Du Frontignan , du Condrieux
Et des regards de la Bergere !
Le vieux Seneque , par humeur ;
Médit du vin , de la tendreſſe
Et des plaifirs de toute eſpéce ;
Je fuis fon humble ferviteur.
Moi je ne trouve mon bonheur
Que dans le changement d'yvreffe.
Soyons bien fous , bien amoureux :
Que loin de nous le Diable emporte
gens de bien fi vertueux : Ces
Quand nous boirons demain , je veur
DECEMBRE. 1754 S
Que la raifon refte à la porte
Pour écarter tous les fâcheux ... :
Traiter ainfi votre Déeffe ,
Ah ! je vous demande pardon :
Dans les beaux fiécles de la Grece
Le Goût naquit de la Raiſon :
Il étudia fous Platon ,
Et vint fe polir chez Pétrone .
Maintenant dans votre maiſon
Il va fonder une Sorbonne
Pour profeffer cette leçon :
» Donnez àl'aimable fageffe
» Chez les Amours un libre accès ;
En baniffant la folle yvreffe ,
» Mere du trouble & des excès ,
» Elle ménage à la tendreffe
» De nouveaux feux & des defirs ,
» Et dans le fein de la moleffe
» Fait naître la délicateffe
» Pour embellir tous nos plaifirs.
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Résumé : EPITRE A M. ***
L'auteur adresse une lettre poétique à Damon, qu'il décrit comme un apôtre du plaisir et un enfant de la passion. Se présentant comme voluptueux mais non sage, il l'invite à une fête dédiée aux plaisirs des sens, où Bacchus, Thémire et la Folie seront honorés. Thémire, figure brillante et aimable, mènera une troupe de rires, de grâces et de jeux, promettant une victoire symbolisée par ses beaux yeux. La lettre mentionne un festin avec du vin, notamment du Frontignan et du Condrieux, et des regards échangés avec une bergère. L'auteur admire Sénèque pour ses méditations sur le vin, la tendresse et les plaisirs, mais préfère le changement d'ivresse. Il souhaite passer une journée loin des vertueux, où la raison sera exclue pour laisser place aux plaisirs. La lettre se termine par une réflexion sur le goût et la raison, soulignant que dans l'Antiquité, le goût naquit de la raison et fut poli par des figures comme Platon et Pétrone. L'auteur exprime le désir de fonder une Sorbonne pour enseigner que la sagesse doit permettre l'accès libre aux amours, en bannissant l'ivresse excessive, mère du trouble et des excès, pour ménager de nouveaux feux et désirs dans la tendresse.
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9634
p. 6
Autres sur le même sujet.
Début :
Je ne dis point, cent écus à gagner, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres sur le même sujet.
Autres fur le mêmefujet.
E ne dis point , cent écus à gagner ¿
Si tu me portes chez Hortenſe :
Un plus grand prix je te veux affigner ;
Tu la verras , voilà ta récompenfe.
E ne dis point , cent écus à gagner ¿
Si tu me portes chez Hortenſe :
Un plus grand prix je te veux affigner ;
Tu la verras , voilà ta récompenfe.
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9635
p. 6
VERS Pour mettre sur le collier d'un petit chien.
Début :
D'Iris je suis le chien fidele ; [...]
Mots clefs :
Chien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Pour mettre sur le collier d'un petit chien.
VERS
Pour mettrefur le collier d'un petit chies.
D'Iris jefuis le chień fidele ;
Elle eft mon plaifir , moi le fien :
A mevoler vous ne gagneriez rien ;
Car je ne vivrois pas fans elle.
Pour mettrefur le collier d'un petit chies.
D'Iris jefuis le chień fidele ;
Elle eft mon plaifir , moi le fien :
A mevoler vous ne gagneriez rien ;
Car je ne vivrois pas fans elle.
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9636
p. 7-30
IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
Début :
La Philosophie est de toutes les sciences celle qui a fait les progrès les plus [...]
Mots clefs :
Philosophie, France, Progrès, Esprit, Système, Newton, Descartes, Physique, Nature, Philosophes, Géométrie, Découvertes, Observations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
IDÉE DES PROGRES
Les
De la Philofophie en France.
a
A Philofophie eft de toutes les fciences
celle qui a fait les progrès les plus
rapides de nos jours ; les autres connoif-
Lances n'ont pas été portées à un dégré de
perfection plus haut que dans les beaux
fécles de la Grece & de Rome. Les reffources
de l'art font bornées ; l'efprit humain
ne faifant que fe replier fur lui - même ,
a bientôt parcouru la petite fphere de fes
idées , & trouvé les limites que la main
éternelle a prefcrites à fon activité. Au
lieu que la nature eft un abyfme où l'oeil
du Philofophe fe perd fans en trouver jamais
le fond ; c'eft une carriere immenfe
& dont l'immenfité femble augmenter à
mefure qu'on y pénétre plus avant . Les
Philofophes modernes , qui femblent avoit
marché à pas de géans dans cette carriere
, & qui ont laiffé les anciens fi
loin derriere eux , n'ont fait que nous
montrer le but ; les nouvelles lumieres
qu'ils ont portées dans la nuit de la nature
n'ont pas été affez vives pour nous conduire
à la vérité , & n'ont guere fervi qu'à
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
nous éclairer fur l'intervalle énorme qui
nous en féparoit encore. Mais fi le méchanifme
de l'univers eft toujours un fecret
pour nous , du moins pouvons- nous
nous flatter d'être fur la bonne route pour
le découvrir ou pour fentir l'impoffibilité
d'y réuffir. Les François ne font pas ceux
qui ont eu le moins de part aux progrès
de la philofophie ; le grand Defcartes qui
a fi bien mérité d'en être appellé le pere ,
a ouvert le premier la carriere , & a fervi
de guide aux philofophes qui l'ont fuivi .
On fçait affez le defpotifme avec lequel
la philofophie d'Ariftote regnoit fur les
bancs de l'école ; le fanatifme pour fes décifions
étoit monté au plus haut point de
l'extravagance ; on ne cherchoit plus à
concilier fes principes avec les phénomenes
de la nature qui les contredifoient ,
c'étoit les phénomenes que l'on vouloit
adapter à ces principes. Quelques bons efprits
avoient connu les abfurdités du péripatetime
, & avoient fait de vains efforts
pour en réformer les abus : cette philofophie
qu'on avoit eu raifon d'admirer
dans des fiécles d'engourdiffement & de
barbarie de l'efprit humain , avoir été
confacrée par le tems , l'ignorance & le
pédantifme. Bacon parut ; ce grand homme
vit les entraves que cette fuperfti
DECEMBRE . 1754.
tion ridicule mettoit à la raifon ; il ofa
propofer de refondre le fyftême des connoillances
humaines , & démontra la néceffité
d'une nouvelle méthode pour étudier
la nature. Ce que l'illuftre Anglois
n'avoit fait qu'entrevoir , Defcartes l'exécuta
: il détruifit de fond en comble le péripatétifme
, & chercha à élever un nouveau
fyftême fur d'autres fondemens.
Il n'y avoit alors que l'aftronomie & les
mathématiques qui fuffent cultivées avec
fuccès , les autres parties de la philofophie
étoient prefque abandonnées ; d'ailleurs
elles étoient entierement détachées
les unes des autres , & traitées féparément :
un aſtronome n'étoit qu'aftronome , un
géometre n'étoit que geometre , un médecin
n'étoit que médecin , un métaphyficien
n'étoit rien . Defcartes apperçut les
rapports qui lioient ces différentes connoiffances
, & les fecours qu'elles devoient fe
prêter l'une à l'autre ; il rapprocha ces
membres épars , & n'en fit qu'un feul corps
de fcience.
Il appliqua l'algebre à la géométrie , &
la géométrie à la phyfique : c'est à cette
idée fublime , à ce coup de génie qu'il faut
rapporter les progrès étonnans qu'on a fait
dans les fciences phyfico-mathématiques.
On peut dire qu'il a créé la métaphysique ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
par la diftinction auffi fimple que lumineu
fe des deux fubſtances ; diſtinction qui
anéantit les difputes frivoles & ridicules
des métaphyficiens fcholaftiques fur la nature
de l'ame , & par fon admirable méthode
, à laquelle nous devons peut- être
cet efprit philofophique qui s'eſt développé
dans fon fiécle , & a fait des progrès fi
fenfibles dans le nôtre. Il a pris la géomé
trie où les anciens l'avoient laiffée , & en
a reculé bien loin les limites . Enfin il 2
répandu une nouvelle lumiere par- tout ;
mais elle n'a guere fervi qu'à ceux qui
font venus après lui , & ne l'a pas empêché
de s'égarer. Il auroit deviné la nature
fi elle avoit pû fe deviner ; mais il
falloit l'obferver , & il n'en a pas eu le
tems fes erreurs appartiennent à la foi
bieffe de l'humanité & à l'ignorance de fon
fiécle ; mais fes découvertes ne font qu'à
lui ainfi en abandonnant fes idées fauffes
, refpectons toujours fon génie , admi
rable même lorfqu'il s'eft trompé . L'hy
pothefe brillante des tourbillons , fi célé→
bre , fi combattue , & fi bien détruite par
les nouvelles obfervations , ne feroit fûrement
pas entrée dans la tête d'un hommemédiocre
; fon fyftême fur l'ame des bêtes ,
regardé communément comme une plaifanterie
, & ridicule aux yeux de bien des
DECEMBRE. 1754 .
gens , eft à mon avis une idée plus férieufe
, & qui s'étend plus loin qu'on ne penfe ,
lorfqu'on la confidere dans tous fes rapports
: demandez- le à Bayle , & au médecin
Lami.
Je me fuis beaucoup étendu fur Defcartes
, parce qu'on commence à oublier
tout ce qu'on lui doit. Comme la plupart
de fes ouvrages ne font plus d'une grande
utilité , parce qu'on a été plus loin que
lui , on ne fe fouvient plus que fans lui ,
peut-être on feroit encore dans les ténébres.
Lorfqu'il a paru , la philofophie étoit
une terre en friche : elle n'a pas produit
beaucoup de fruits fous fes mains ; mais il
en a arraché les ronces , il l'a préparée , &
a appris à là rendre féconde : en eft - ce trop
peu pour mériter notre reconnoiffance ?
Je ne peux m'empêcher de le regarder comme
un homme rare , qui fubjugué par l'impulfion
du génie , étoit né pour faire une
révolution , & dont les découvertes feront
une des plus brillantes époques de l'hiftoire
de l'efprit humain.
Gaffendi , contemporain de Descartes",
mérite auffi une place honorable dans l'hiftoire
de la philofophie , quoiqu'il n'ait pas'
travaillé avec beaucoup de fuccès pour elle.
Né avec un génie extrêmement méthodique
& une fagacité peu commune , il fue
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
révolté , comme Defcartes , des abfurdités
de la fcholaftique : il la combattit avec vivacité
, & voulut relever le fyftême d'Epicure
, pour l'établir fur les débris de celui
d'Ariftote . Il employa beaucoup d'adreffe
& de fubtilité pour expliquer la
formation & la confervation de l'univers
par le mouvement direct & la déclinaifon
des atômes . Il donna à cette hypotheſe un
vernis d'orthodoxie , & toute la probabi
lité dont elle étoit fufceptible ; mais cette
fecte des atomiftes modernes ne fut pas
nombreuſe ; chimere pour chimere , on
garda celle qui étoit déja établie , quoique
plus abfurde encore .
Le cartéfianifme n'eut pas le même fort ,
parce qu'il étoit mieux fondé ; il fit une
fortune étonnante dans toute l'Europe , il
eut les adverfaires & les fectateurs les plus
diftingués ; il fut profcrit en France , rétabli
enfuite , & adopté avec empreffement
dès qu'il fut mieux connu .
Mrs Rohault & Regis furent les premiers
qui le profefferent en France , & ils
le firent avec un fuccès & des applaudiffemens
finguliers. Mais le plus illuftre partifan
de Defcartes fut fans doute le P. Malebranche
, de l'Oratoire , phyficien , géometre
, & plus grand métaphyficien encore
; il ne prit que les principes de fon
2
I
a
DECEMBRE. 1754. 13
maître , & s'en fervit en homme de génie.
Il adopta fon fyftême des tourbillons ,
après y avoir reformé beaucoup de choſes ,
& le défendit avec vigueur. Dans la métaphyfique
il alla beaucoup plus loin que
Defcartes ; fes principes le conduifirent à
nier l'existence des corps , & s'il l'admit ,
ce fut parce que l'Ecriture Sainte le lui enfeignoit
: quelque finguliere que foit cette
conclufion , on ne peut prefque pas douter
qu'il n'ait été de la meilleure foi du monde .
Il prétendit démontrer que nous nepouvions
pas voir les objets hors de nous , encore
inoins dans nous , & que nous ne pouvions
les appercevoir que dans Dieu. Il étaya ces
idées abftraites de la métaphyfique la plus
fubtile, d'une élocution pleine de force & de
nobleffe , & de l'imagination la plus brillante
: mais malgré ces avantages , la profondeur
&l'obfcurité de fes idées garantirent de
la féduction. Il faut une grande contention
d'efprit & un grand goût de métaphyfique
pour le fuivre dans fes fpéculations ; ce
font des espéces de points indivisibles , dit M.
de Fontenelle : fi on ne les attrappe pas toutà-
fait jufie , on les manque tout - à -fait . Aufli
le P. Mallebranche fe plaignit-il beaucoup
de n'être pas compris par ceux qui le critiquoient.
On fçait que M. Arnaud attaqua
fon fyftême avec un acharnement des
14 MERCURE DE FRANCE.
moins philofophiques . M. Arnaud ne m'en.
tend pas , difoit Mallebranche : cb qui voulez
- vous donc qui vous entende ? lui répondit-
on .
Le mallebranchifme a fait naître la fecte
des immatérialistes , fort peu reçue en France
, mais qui a fait plus de progrès en Angleterre
; ces philofophes nient l'existence
de la matiere , telle que nous la concevons
, & même fa poflibilité ; les illufions
des fens font leur grand argument : ils
prouvent très-bien que les qualités que
nous regardons comme inhérentes aux
corps , telles que la couleur , l'étendue ,
&c. ne font que de pures idées de notre
ame, qui n'exiftent point hors d'elle , & qui
n'ont aucune analogie avec la nature des
objets qui les excitent en nous. Les dialogues
de Berkeley , ouvrage fingulier , où
Fon trouve une logique fubtile avec beaucoup
de fimplicité , font voir combien ce
fyftême eft féduifant, quelque abfurde qu'il
paroiffe au premier coup d'oeil , & combien
font preffans les argumens fur lef- ,
quels il est établi. Quelques-uns pouffent
encore ces idées plus loin , & prétendent
que chaque individu n'eft fûr que de fa
propre exiftence , & qu'il pourroit avoir
routes les idées & les fenfations dont il eft
affecté , fans qu'il y eût aucun autre être
DECEMBRE. 1754. 15
hors de lui ; c'eft la fecte des Egorftes : quel
que inacceffible qu'elle foit aux traits de
la métaphyfique , elle révolte trop les notions
les plus fimples pour trouver beaucoup
de fectateurs.
M. de Fontenelle a peut-être mieux mérité
de la philofophie que beaucoup de
ceux qui l'ont enrichie de découvertes. On
ne voit que des dévots qui dégoûtent de la dévotion
, dit un de nos moraliſtes. Avant
M. de Fontenelle on voyoit des philofophes
qui dégoûtoient de la philofophie ;
il fit voir que ce n'étoit pas la faute de la
philofophie : il la dépouilla de cet air fauvage
qui la rendoit fi peu trairable ; il l'embellit
des graces de fon imagination , & il
fit naître des fleurs où l'on ne foupçonnoit
que des épines : fon livre de la pluralité
des mondes eft un monument qui lui
fera autant d'honneur qu'à l'efprit de la
nation.
Qu'on me permette une digreffion à
laquelle je ne peux me refufer , & que
l'efprit de patriotifme m'arrache. Il y a
long- tems qu'on accufe les François d'être
legers & fuperficiels , & de ne faire qu'effleurer
les fciences : les Anglois , dit- on ,
font bien plus philofophes que nous : pourquoi
? parce qu'ils traitent la philofophie:
d'un air grave & ferieux. Et moi je crois
"
16 MERCURE DE FRANCE.
que nous le fommes pour le moins autant
qu'eux , précisément parce que nous la traitons
légèrement ; il faut polléder bien nettement
une matiere philofophique , pour la
dégager des termes barbares , des idées abtrules
, & des épines du calcul fous lef
quels d'autres font obligés de l'envelopper
, & pour la réduire à un raifonnement
fimple , à des images fenfibles , & aux expreflions
les plus communes , pour lui prêter
même des ornemens : c'est ce que M.
de Fontenelle , & d'autres après lui ont fait
avec fuccès. Il y a des gens qui croyent
que la féchereffe eft effentielle aux ouvra
ges fcientifiques , comme il y en a eu jadis
qui ne croyoient pas qu'on pût être philofophe
fans avoir une barbe fale & un
manteau déchiré. Cet efprit de fuperficie
qu'on nous reproche , n'eft que le vernis de
nos ouvrages qui ne nuit point à leur folidité.
La raifon toute nue a fouvent l'air
rebutant ; nos écrivains la rendent aimable
en la parant de fleurs : c'eft le vaſe dont
on frotte les bords de miel , pour faire ava
ler à un enfant un reméde falutaire : aux
yeux du philofophe , les hommes ordinaires
font- ils autre chofe que des enfans ?
Le cartéfianifme commençoit à être reçu
affez généralement , fur tout en France
lorfque le newtonianiſme parut , & vint
DECEMBRE. 1754. 17
partager les efprits. Comme les ouvrages
de Newton paroiffoient inacceffibles fans le
fecours de la plus fublime géométrie , fon
fyftême ne fut pas répandu d'abord , & refta
quelque tems entre les mains de quelques
adeptes. M. de Maupertuis a été le premier
qui en a donné quelques effais dans
notre langue ; mais il étoit réfervé à un
homme qui ne s'étoit fait qu'un jeu de la
phyfique & de la géométrie , de le produire
au grand jour c'eft M. de Voltaire . Il
donna fes Elémens de la philofophie de Newton
, ouvrage écrit avec la précifion , l'élégance
& la netteté qui lui font propres.
Ce livre fit une fenfation prodigieufe , &
par le nom de l'Auteur , & par les nouveautés
philofophiques qu'il mettoit fous
les yeux du public. D'abord les géometres
que M. de V. humilioit , & les beaux efprits
qu'il avoit humiliés dès long - tems ,
fe déchaînerent à l'uniflon contre lui ; il
paroiffoit inconcevable qu'un homme qui
avoit fait de beaux vers pût être géometre
& phyficien : on ne peut pas mieux
parler , difoit-on , de ce qu'on n'entend
pas ; comme fi l'efprit , en philofophie ,
pouvoit fuppléer aux lumieres. Pour apprécier
le mérite de cet ouvrage & la prévention
ridicule de certaines gens qui ne
font pas même en état de le lire , il faut
18 MERCURE DE FRANCE.
jetter les yeux fur les critiques qu'on en
fit dans le tems. Cette multitude de fautes
énormes qu'on devoit mettre au grand jour ,
fe réduisirent à des erreurs légeres , à quelques
mauvaifes épigrammes , à des ob
jections vagues , & dont la plupart tomboient
fur Newton , & non pas fur M. de
Voltaire . D'ailleurs quand il n'auroit pas
bien faifi Newton dans quelques détails ,
quel eft le phyficien qui puiffe fe flatter
de ne l'avoir jamais manqué : Le reproche
le mieux fondé qu'on ait fait à M. de Voltaire
, c'est peut-être fur la maniere peu
avantageufe dont il a parlé de Deſcartes :
je ne peux pas mieux faire que de rapporter
ici quelques reflexions du P. Caftel à
ce fujet ( Mem. de Trev . Octob. 1739. )..
» M. de Voltaire a fi fort honoré notre
» nation par fes propres talens , qu'elle
peut bien lui pardonner le peu d'hon .
neur qu'elle lui enleve en rabaiffant
» Defcartes. En faveur de M. de Voltaire
» poëte , on devroir juger moins rigoureu-
» fement M. de Voltaire philofophe ; &
»en prenant les chofes du bon côté , en-
>>core eft- ce une louable entrepriſe d'avoir
» ofé s'enfoncer i avant dans des matie-
» res fi épineufes , au mépris de toutes ces
» fleurs qu'il pouvoit s'amufer à cueillir fi
agréablement , & toujours prêtes à éclore
ود
DECEMBRE . 1754 IS
fous fa main ; & n'eft-ce rien que la célébrité
qu'il a donnée à la philofophie ,
» & par conféquent aux philofophes ; l'oc-
» cafion même qu'il donne aux cartéfiens
de triompher du grand Newton ?
Le Newtonianifme une fois mis au
grand jour , fit fur les efprits des impreffions
bien différentes ; il fut adopté des
ans & attaqué par d'autres avec une égale
vivacité. Comme il battoit en ruine le cartéfianifme
, les Carréfiens fe mirent fur la
défenfive . M. Privat de Molieres , bon géometre
& affez fubtil phyficien , fut celui
qui défendit les tourbillons avec le plus de
faccès : il fentit bien qu'ils étoient en défaut
dans beaucoup de phénomenes , & il les réforma
en habile homme ; il les adapta aux
nouvelles expériences avec adreffe , & ii
fit fervir à confirmer fon fyftême les mê
mes obfervations que les Newtoniens apportoient
pour le détruire. Malgré tous
fes efforts cependant , les tourbillons tom
berent dans un difcrédit total , & on peut
dire qu'ils ont pouffé les derniers foupirs
entre les mains de M. de Fontenelle , dont
la Théorie des tourbillons fera vraisemblablement
le dernier ouvrage qu'on fera en leur
faveur.
Quelque abfurdités métaphyfiques que
le Newtonianifme entraîne après lui , on
20 MERCURE DE FRANCE.
ne peut nier que ce fyftême ne foit bien
féduifant ; il ſemble n'être fondé que fur
des faits & des démonftrations. La facilité
admirable avec laquelle il explique les mouvemens
des corps céleftes & beaucoup de
phénomenes julques- là inacceffibles , la fineffe
& la mutitude des obfervations qui en
font la bafe , & un grand étalage de calcul ,
en ont impofé ; on n'a pas voulu voir l'illufion
de quelques expériences , & le peu
de liaifon de certains faits avec les inductions
que Newton en tire pour établir fes
principes ; enfin la ruine des tourbillons
& la néceffité d'un fyftême pour le vulgaire
des philofophes , tout cela a beaucoup favorifé
l'établiffement de la nouvelle phyfique.
Peu de tems après , Madame la Marquife
du Chaſtelet vint auffi fe mettre fur
les rangs , & oppofer Leibnitz à Newton.
Leibnitz , commenté par M. Wolf , avoit
fait beaucoup de fortune en Allemagne ;
quelques idées métaphyfiques , de fimples
projections éparfes dans fes ouvrages , fe
font étendues fous la main de M. Wolf,
& ont donné matiere à beaucoup de gros
volumes , dans lefquels il a remis en honneur
le goût des définitions , & les termes
barbares de l'école combinés avec une méthode
féchement géométrique. Leibnitz
DECEMBRE. 1754. 21
n'a pas été fi heureux en France , quoique
Madame du Chaſtelet lui eût donné un
air plus François dans fes Inftitutions de
physique. Cet ouvrage et écrit avec beaucoup
de méthode , de nobleffe & de précifion
; mais il ne fit pas beaucoup de profélites
, & on ne jugea pas à propos de
croire aux Monades fur la parole de Madame
du Chaftelet . Cette femme illuftre a
laiffé entre les mains de M. de Clairault
une traduction Françoife du grand ouvrage
de Newton , avec des commentaires
très -profonds fur ce que les mathématiques
ont de plus fublime : ce livre eft prêt
à paroître. Madame du Chaftelet & cette
célébre Mlle Agnefi, qui profeffe les mathé
matiques à Boulogne , & qui a donné il y
quelques années un excellent ouvrage d'analyfe
, font des phénomenes qui feront
honneur au beau fexe , à la géométrie &
notre fiécle.
Quoique Newton l'ait emporté fur Defcartes
& Leibnitz , il s'en faut cependant
bien qu'il ait fubjugué tous les efprits ; il a
encore enFrance des adverfaires bien redoutables.
Il y a trop de chofes dans fon ſyſ
tême qui font de la peine à la raifon , pour
ne pas révolter tous ceux qui croyent encore
que la méthode de Defcartes eft la
feule qui puiffe nous conduire à la vérité,
22 MERCURE DE FRANCE.
1
s'il nous eft donné d'y atteindre .
1 Toutes ces difputes philofophiques ont
éclairé les efprits , le goût des fyftêmes
s'eft perdu , & a fait place à un fcepticifme
raifonné & modéré , fort généralement
répandu , & d'autant mieux établi qu'il
n'eft ni l'effet de l'ignorance , ni une affectation
de fingularité ; c'eft peut- être auffi
ce qui nuira le plus aux progrès de la philofophie.
Il faut donner l'effor à l'imagi
nation pour aller loin : les plus grandes
découvertes de fpéculation ne font gueres
que des heureuſes témérités du génie ,
& les plus habiles philofophes ont été des
gens à fyftêmes : ce n'eft qu'à force de s'égarer
en effayant differentes routes , que
l'on rencontrera la bonne.
Il est vrai que la voye des expériences ,
quoique la plus lente , eft bien plus sûret
& plus commode ; c'eft auffi celle qu'a
prife l'Académie des Sciences : elle a déclaré
qu'elle n'adoptoit aucun fyftême. Le
tems d'en faire un n'eft pas encore arrivé ,
il faut attendre que l'on ait affez de matériaux
pour bâtir un fyftême général de l'univers
; ce n'eft qu'en amaffant des obfervations
& en établiffant des faits , que l'on
pourra y parvenir. On s'eft donc jetté principalement
du côté de la phyfique expéri
mentale , comme la partie de la philo
1
I
1
DECEMBRE. 1754. 23
fophie dont l'utilité eft plus fenfible.
Bacon , Galilée & Torricelli ont jetté les
fondemens de la phyfique expérimentale ;
le premier par des vues neuves & fublimes
; Galilée par fa théorie de l'accéléra
tion du mouvement dans la chûte des
corps ; & Torricelli par fes expériences fur
la pefanteur de l'air. Ces découvertes importantes
ont porté dans la phyfique une
nouvelle lumiere , que les Boyle , les Pafcal
, les Newton , &c . ont encore étendue
bien au-delà : ce font des veines heureuſes
qui ont conduit à des mines fécondes .
Le goût des expériences s'eft répandu
chez toutes les nations fçavantes , & il eft
cultivé aujourd'hui avec beaucoup de foin
& de fuccès. Parmi ceux qui peuvent être
cités dans ce genre , on s'attend bien à voir
le nom de M. de Reaumur , qui a fait des
recherches approfondies fur plufieurs parties
de la phyfique , & principalement fur
l'hiftoire naturelle. Obfervateur exact &
infatigable , les plus petits détails n'échap
perent pas à la fineffe & à la fagacité qu'it
porte dans tous fes procédés : fon Hiftoire
des infectes , avec beaucoup de longueurs ,
eft remplie de chofes neuves , utiles & délicates
. Zélé pour le bien public , il n'a pas
dédaigné de confacrer fes talens à des objets
, petits en apparence , mais qui tendent
14 MERCURE DE FRANCE.
à perfectionner les arts méchaniques , ou
prévenir quelques befoins de la fociété .
Les moyens de faire une nouvelle teintud'augmenter
la fécondité des terres ,
de garantir les étoffes des teignes , de conferver
des oeufs frais pendant trois à quatre
mois , voilà les objets de fa curiofité & de
fon travail. Des vues auffi fages & auffi
eſtimables devroient fervir d'exemple à
beaucoup de fçavans , qui croiroient s'avilir
par de femblables détails , & qui facrifient
à des recherches brillantes des recherches
plus utiles , mais obfcures . M. de Reaumur
ne trouve pas dans tous fes concitoyens
les mêmes difpofitions à rendre juſtice à
fes travaux , mais il les trouvera dans fa
nation ; & fa réputation ne peut être bleffée
par les petites épigrammes & le mépris
affecté de quelques perfonnes qui , ce
me femble , n'ont pas pris confeil de leurs
lumieres & de leur philofophie.
C'eft bien ici le lieu de rendre à un philofophe
citoyen l'hommage que méritent
fes talens & l'emploi refpectable qu'il en
fait ; je parle de M. Duhamel , de l'Académie
des Sciences , à qui nous devons
l'excellent Traité de la culture des terres ,
dont les principes font fi peu connus & mériteroient
tant de l'être. Il a réuni fes lumieres
& fes obfervations aux découvertes
des
DECEMBRE. 1754. 25
des Anglois , qui dans cette partie effentielle
font bien faits pour être nos maîtres
& nos modeles. Il a cherché les moyens de
conferver les grains dans les greniers ; il
a imaginé une charrue d'une conftruction
neuve & fort commode , qui abrege beaucoup
les travaux des laboureurs , cette portion
du peuple la plus néceffaire & la plus
miférable. Les principes de M. Duhamel
font fimples & évidens ; on lui a rendu
juftice : mais c'eſt peu d'être loué , il veut
être utile ; & ce ne feroit pas la premiere
fois qu'un philofophe auroit parlé , qu'on
auroit trouvé qu'il a raifon , & que fes
avis n'auroient été fuivis. Quoiqu'il
en foit , on ne doit pas fe laffer de travailler
à la perfection de l'agriculture , qui en
ouvrant dans l'Etat une nouvelle fource
de richeffes réelles & permanentes , donneroit
à notre commerce le plus grand
avantage , & prefque le feul qui lui manque
fur celui de nos voisins .
pas
Si quelqu'un a eu l'efprit de fyftême
dans notre fiécle , je crois que c'eft M. de
Buffon : une tête philofophe , des vûes
grandes , une imagination forte & lumineufe
, & l'art de faifir les analogies ; voilà
ce qu'il m'a femblé appercevoir dans l'Hiftoire
naturelle , & ce qui forme , fi je ne
me trompe , l'efprit de fyftême. M. de Buf-
II.Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
fon , qui par un ftyle riche , élégant , har
monieux , plein de nobleſſe & de poëfie ,
efface Platon & Mallebranche , & donne
à la philofophie un éclat qu'elle n'avoit
pas encore eu , n'a pas été plus heureux
que Deſcartes dans fes conjectures fur l'origine
du monde & la génération des animaux.
Mais fi l'hiftoire de notre globe par
M. de Buffon eft un roman , c'eft celui
d'un habile phyficien : fon hypotheſe fur
la génération marque les bornes de nos
lumieres dans cette matiere ténébreuſe , le
defefpoir de la phyfique : fes obfervations
microfcopiques fi délicates & fi fingulieres,
feront peut-être plus utiles , parce qu'il
eft toujours utile de détruire des erreurs.
Les anciens avoient cru , fur de fimples apparences
peu approfondies , que la corruption
pouvoit engendrer des animaux.
Lorfque le microfcope , qui a élargi l'univers
aux yeux des philofophes , eut découvert
à Hartzoeker & à Lewenhoek les animalcules
qui fe meuvent dans les liqueurs ,
on fe moqua beaucoup des anciens , & il
ne parut plus douteux que tous les êtres
vivans font déja organifés dans la femence
, & qu'ils ne font que fe développer &
augmenter de volume. Mais ce principe
reçu fans conteftation & avancé avec ce
ton de confiance que donne trop fouvent
DECEMBRE . 1754. 29
la chaleur des premieres découvertes , s'eſt
trouvé en défaut dans la reproduction merveilleufe
des polypes , & il eft anéanti
aujourd'hui par les expériences de MM. de
Buffon & de Needham ; la production des
petites anguilles qu'ils ont vû fe former
dans le bled niellé & dans d'autres infufions
, remet en honneur l'opinion des anciens
; nous avons cru voir une étincelle
de lumiere , & nous rentrons dans une nuit
plus fombre. Les animalcules fpermatiques
ne font plus que de petites machines or
ganifées & fans vie ; il eft vrai que les obfervations
microfcopiques font trop fuf
ceptibles d'illufion pour qu'on ne s'en dépas
: celles de Lewenhoek ont été détruites
par celles de M. de Buffon , cellesci
peuvent être détruites par d'autres ; dans
cette matiere obfcure on finit , comme dans
prefque toutes les autres , par douter.
fie
Les fectateurs de la philofophie corpufculaire
ne pardonneront pas aifément à
M. de Buffon d'avoir établi la poffibilité
de fes moules intérieurs fur la ruine du méchaniſme
univerfel , & d'avoir mieux ainé
expliquer la circulation du fang , le jeu des
muſcles , en général toute l'économie animale
par des qualités occultes femblables
aux caufes de la pefanteur , des attractions
magnétiques , &c. que par des principes
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
purement méchaniques ; cela pourroit faire
craindre , difent- ils , le retour du fiécle
d'Ariftote. Epicure créa la phyfique corpufculaire
; ne voyant dans la nature que
de la matiere & du mouvement , il ne
chercha pas d'autres caufes pour expliquer
tous les phénomenes ; mais n'ayant pas encore
affez de faits & d'obſervations , ce
principe lui manqua dans l'application ;
on crut pour lors que ce qu'on ne pouvoit
pas expliquer par les loix du méchanifme
ne s'opéroit pas par ces loix ; de là
l'horreur du vuide , de- là l'attraction , &c.
L'attraction , ce monftre métaphysique ,
dont on ne peut plus fe paffer dans la phy-.
fique célefte , s'eft introduite auffi dans la
chymie. Les affinités de M. Geoffroi ne
font que le même terme déguifé ; elles paroiffent
préfenter une idée plus fimple , &
n'en font pas moins inintelligibles . Nous
devons aux Anglois cet abus de l'attraction ,
auffi bien que celui du calcul : ils réduifent
tout en problêmes algébriques ; l'antique
fuperftition fur la fcience mystérieuse
des nombres femble renaître . Jean Craig
a ofé calculer les dégrés de probabilité
des principes du chriftianifme , & le décroiffement
de cette probabilité : felon fes
calculs , la religion ne peut plus durer que
1400 ans. L'eſtimable auteur de l'Hiftoire
DECEMBRE . 1754 29
critique de la philofophie a calculé auffi les
dégrés de force de la certitude morale . Le
Chevalier Petty , créateur de l'arithmétique
politique , a cru pouvoir foumettre à
l'algebre l'art même de gouverner les hommes.
Le résultat de quelques -uns de fes
calculs peut faire juger de leur folidité ;
il croit avoir démontré que le grand nombre
des impôts ne fçauroit être nuifible à
la fociété & au bien d'un Etat . Il a calculé
ce que valoit un homme en Angleterre ,
& il l'a évalué à 1300 livres environ de
notre monnoie. Un Philofophe fublime
qui connoît bien le prix des hommes , ajoute
qu'il y a des pays où un homme ne
vaut rien , & d'autres où il vaut moins
que rien ( a ) . La médecine n'a pas été à
l'abri des excurfions de la géométrie : aux
aphorifmes d'Hypocrate & de Boerhaave
on a fubftitué des formules algébriques ;
on a voulu évaluer le mouvement des fluides
dans le corps humain , la force des
nerfs & des mufcles confidérés comme des
cordes , des leviers d'un certain genre ,
des piftons , &c. Mais qu'avons nous gagné
à ces abus de la géométrie on l'a
détournée de fon véritable objet , & elle a
eu le fort de l'efprit de notre nation : elle
( a ) Efprit des loix , liv. XXIII . chap. XVII,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
a perdu en profondeur ce qu'elle a gagné
en fuperficie , & je ne doute pas qu'elle
ne touche au moment de fa décadence ,
qui vient d'être prédite par un homme de
beaucoup d'efprit . Cette fcience qui n'étoit
qu'un inftrument entre les mains de Defcartes
& de Newton , & qui n'eft faite
que pour en fervir , étoit devenue une
fcience orgueilleufe qui s'étoit élevée fur
les débris des autres , fur ceux de la métaphyfique
fur tout , parce qu'il eft bien
plus facile d'apprendre à calculer qu'à raifonner.
Il est bien à fouhaiter que le goût
abufif du calcul ne fafle plus d'obſtacle au
retour de la métaphyfique , dont le flambeau
peut feul nous éclairer fur les nouvelles
erreurs que de faufles lumieres ont
introduites , & qui retardent fenfiblement
les progrès de la philofophie.
Les
De la Philofophie en France.
a
A Philofophie eft de toutes les fciences
celle qui a fait les progrès les plus
rapides de nos jours ; les autres connoif-
Lances n'ont pas été portées à un dégré de
perfection plus haut que dans les beaux
fécles de la Grece & de Rome. Les reffources
de l'art font bornées ; l'efprit humain
ne faifant que fe replier fur lui - même ,
a bientôt parcouru la petite fphere de fes
idées , & trouvé les limites que la main
éternelle a prefcrites à fon activité. Au
lieu que la nature eft un abyfme où l'oeil
du Philofophe fe perd fans en trouver jamais
le fond ; c'eft une carriere immenfe
& dont l'immenfité femble augmenter à
mefure qu'on y pénétre plus avant . Les
Philofophes modernes , qui femblent avoit
marché à pas de géans dans cette carriere
, & qui ont laiffé les anciens fi
loin derriere eux , n'ont fait que nous
montrer le but ; les nouvelles lumieres
qu'ils ont portées dans la nuit de la nature
n'ont pas été affez vives pour nous conduire
à la vérité , & n'ont guere fervi qu'à
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
nous éclairer fur l'intervalle énorme qui
nous en féparoit encore. Mais fi le méchanifme
de l'univers eft toujours un fecret
pour nous , du moins pouvons- nous
nous flatter d'être fur la bonne route pour
le découvrir ou pour fentir l'impoffibilité
d'y réuffir. Les François ne font pas ceux
qui ont eu le moins de part aux progrès
de la philofophie ; le grand Defcartes qui
a fi bien mérité d'en être appellé le pere ,
a ouvert le premier la carriere , & a fervi
de guide aux philofophes qui l'ont fuivi .
On fçait affez le defpotifme avec lequel
la philofophie d'Ariftote regnoit fur les
bancs de l'école ; le fanatifme pour fes décifions
étoit monté au plus haut point de
l'extravagance ; on ne cherchoit plus à
concilier fes principes avec les phénomenes
de la nature qui les contredifoient ,
c'étoit les phénomenes que l'on vouloit
adapter à ces principes. Quelques bons efprits
avoient connu les abfurdités du péripatetime
, & avoient fait de vains efforts
pour en réformer les abus : cette philofophie
qu'on avoit eu raifon d'admirer
dans des fiécles d'engourdiffement & de
barbarie de l'efprit humain , avoir été
confacrée par le tems , l'ignorance & le
pédantifme. Bacon parut ; ce grand homme
vit les entraves que cette fuperfti
DECEMBRE . 1754.
tion ridicule mettoit à la raifon ; il ofa
propofer de refondre le fyftême des connoillances
humaines , & démontra la néceffité
d'une nouvelle méthode pour étudier
la nature. Ce que l'illuftre Anglois
n'avoit fait qu'entrevoir , Defcartes l'exécuta
: il détruifit de fond en comble le péripatétifme
, & chercha à élever un nouveau
fyftême fur d'autres fondemens.
Il n'y avoit alors que l'aftronomie & les
mathématiques qui fuffent cultivées avec
fuccès , les autres parties de la philofophie
étoient prefque abandonnées ; d'ailleurs
elles étoient entierement détachées
les unes des autres , & traitées féparément :
un aſtronome n'étoit qu'aftronome , un
géometre n'étoit que geometre , un médecin
n'étoit que médecin , un métaphyficien
n'étoit rien . Defcartes apperçut les
rapports qui lioient ces différentes connoiffances
, & les fecours qu'elles devoient fe
prêter l'une à l'autre ; il rapprocha ces
membres épars , & n'en fit qu'un feul corps
de fcience.
Il appliqua l'algebre à la géométrie , &
la géométrie à la phyfique : c'est à cette
idée fublime , à ce coup de génie qu'il faut
rapporter les progrès étonnans qu'on a fait
dans les fciences phyfico-mathématiques.
On peut dire qu'il a créé la métaphysique ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
par la diftinction auffi fimple que lumineu
fe des deux fubſtances ; diſtinction qui
anéantit les difputes frivoles & ridicules
des métaphyficiens fcholaftiques fur la nature
de l'ame , & par fon admirable méthode
, à laquelle nous devons peut- être
cet efprit philofophique qui s'eſt développé
dans fon fiécle , & a fait des progrès fi
fenfibles dans le nôtre. Il a pris la géomé
trie où les anciens l'avoient laiffée , & en
a reculé bien loin les limites . Enfin il 2
répandu une nouvelle lumiere par- tout ;
mais elle n'a guere fervi qu'à ceux qui
font venus après lui , & ne l'a pas empêché
de s'égarer. Il auroit deviné la nature
fi elle avoit pû fe deviner ; mais il
falloit l'obferver , & il n'en a pas eu le
tems fes erreurs appartiennent à la foi
bieffe de l'humanité & à l'ignorance de fon
fiécle ; mais fes découvertes ne font qu'à
lui ainfi en abandonnant fes idées fauffes
, refpectons toujours fon génie , admi
rable même lorfqu'il s'eft trompé . L'hy
pothefe brillante des tourbillons , fi célé→
bre , fi combattue , & fi bien détruite par
les nouvelles obfervations , ne feroit fûrement
pas entrée dans la tête d'un hommemédiocre
; fon fyftême fur l'ame des bêtes ,
regardé communément comme une plaifanterie
, & ridicule aux yeux de bien des
DECEMBRE. 1754 .
gens , eft à mon avis une idée plus férieufe
, & qui s'étend plus loin qu'on ne penfe ,
lorfqu'on la confidere dans tous fes rapports
: demandez- le à Bayle , & au médecin
Lami.
Je me fuis beaucoup étendu fur Defcartes
, parce qu'on commence à oublier
tout ce qu'on lui doit. Comme la plupart
de fes ouvrages ne font plus d'une grande
utilité , parce qu'on a été plus loin que
lui , on ne fe fouvient plus que fans lui ,
peut-être on feroit encore dans les ténébres.
Lorfqu'il a paru , la philofophie étoit
une terre en friche : elle n'a pas produit
beaucoup de fruits fous fes mains ; mais il
en a arraché les ronces , il l'a préparée , &
a appris à là rendre féconde : en eft - ce trop
peu pour mériter notre reconnoiffance ?
Je ne peux m'empêcher de le regarder comme
un homme rare , qui fubjugué par l'impulfion
du génie , étoit né pour faire une
révolution , & dont les découvertes feront
une des plus brillantes époques de l'hiftoire
de l'efprit humain.
Gaffendi , contemporain de Descartes",
mérite auffi une place honorable dans l'hiftoire
de la philofophie , quoiqu'il n'ait pas'
travaillé avec beaucoup de fuccès pour elle.
Né avec un génie extrêmement méthodique
& une fagacité peu commune , il fue
Avj
12 MERCURE DE FRANCE.
révolté , comme Defcartes , des abfurdités
de la fcholaftique : il la combattit avec vivacité
, & voulut relever le fyftême d'Epicure
, pour l'établir fur les débris de celui
d'Ariftote . Il employa beaucoup d'adreffe
& de fubtilité pour expliquer la
formation & la confervation de l'univers
par le mouvement direct & la déclinaifon
des atômes . Il donna à cette hypotheſe un
vernis d'orthodoxie , & toute la probabi
lité dont elle étoit fufceptible ; mais cette
fecte des atomiftes modernes ne fut pas
nombreuſe ; chimere pour chimere , on
garda celle qui étoit déja établie , quoique
plus abfurde encore .
Le cartéfianifme n'eut pas le même fort ,
parce qu'il étoit mieux fondé ; il fit une
fortune étonnante dans toute l'Europe , il
eut les adverfaires & les fectateurs les plus
diftingués ; il fut profcrit en France , rétabli
enfuite , & adopté avec empreffement
dès qu'il fut mieux connu .
Mrs Rohault & Regis furent les premiers
qui le profefferent en France , & ils
le firent avec un fuccès & des applaudiffemens
finguliers. Mais le plus illuftre partifan
de Defcartes fut fans doute le P. Malebranche
, de l'Oratoire , phyficien , géometre
, & plus grand métaphyficien encore
; il ne prit que les principes de fon
2
I
a
DECEMBRE. 1754. 13
maître , & s'en fervit en homme de génie.
Il adopta fon fyftême des tourbillons ,
après y avoir reformé beaucoup de choſes ,
& le défendit avec vigueur. Dans la métaphyfique
il alla beaucoup plus loin que
Defcartes ; fes principes le conduifirent à
nier l'existence des corps , & s'il l'admit ,
ce fut parce que l'Ecriture Sainte le lui enfeignoit
: quelque finguliere que foit cette
conclufion , on ne peut prefque pas douter
qu'il n'ait été de la meilleure foi du monde .
Il prétendit démontrer que nous nepouvions
pas voir les objets hors de nous , encore
inoins dans nous , & que nous ne pouvions
les appercevoir que dans Dieu. Il étaya ces
idées abftraites de la métaphyfique la plus
fubtile, d'une élocution pleine de force & de
nobleffe , & de l'imagination la plus brillante
: mais malgré ces avantages , la profondeur
&l'obfcurité de fes idées garantirent de
la féduction. Il faut une grande contention
d'efprit & un grand goût de métaphyfique
pour le fuivre dans fes fpéculations ; ce
font des espéces de points indivisibles , dit M.
de Fontenelle : fi on ne les attrappe pas toutà-
fait jufie , on les manque tout - à -fait . Aufli
le P. Mallebranche fe plaignit-il beaucoup
de n'être pas compris par ceux qui le critiquoient.
On fçait que M. Arnaud attaqua
fon fyftême avec un acharnement des
14 MERCURE DE FRANCE.
moins philofophiques . M. Arnaud ne m'en.
tend pas , difoit Mallebranche : cb qui voulez
- vous donc qui vous entende ? lui répondit-
on .
Le mallebranchifme a fait naître la fecte
des immatérialistes , fort peu reçue en France
, mais qui a fait plus de progrès en Angleterre
; ces philofophes nient l'existence
de la matiere , telle que nous la concevons
, & même fa poflibilité ; les illufions
des fens font leur grand argument : ils
prouvent très-bien que les qualités que
nous regardons comme inhérentes aux
corps , telles que la couleur , l'étendue ,
&c. ne font que de pures idées de notre
ame, qui n'exiftent point hors d'elle , & qui
n'ont aucune analogie avec la nature des
objets qui les excitent en nous. Les dialogues
de Berkeley , ouvrage fingulier , où
Fon trouve une logique fubtile avec beaucoup
de fimplicité , font voir combien ce
fyftême eft féduifant, quelque abfurde qu'il
paroiffe au premier coup d'oeil , & combien
font preffans les argumens fur lef- ,
quels il est établi. Quelques-uns pouffent
encore ces idées plus loin , & prétendent
que chaque individu n'eft fûr que de fa
propre exiftence , & qu'il pourroit avoir
routes les idées & les fenfations dont il eft
affecté , fans qu'il y eût aucun autre être
DECEMBRE. 1754. 15
hors de lui ; c'eft la fecte des Egorftes : quel
que inacceffible qu'elle foit aux traits de
la métaphyfique , elle révolte trop les notions
les plus fimples pour trouver beaucoup
de fectateurs.
M. de Fontenelle a peut-être mieux mérité
de la philofophie que beaucoup de
ceux qui l'ont enrichie de découvertes. On
ne voit que des dévots qui dégoûtent de la dévotion
, dit un de nos moraliſtes. Avant
M. de Fontenelle on voyoit des philofophes
qui dégoûtoient de la philofophie ;
il fit voir que ce n'étoit pas la faute de la
philofophie : il la dépouilla de cet air fauvage
qui la rendoit fi peu trairable ; il l'embellit
des graces de fon imagination , & il
fit naître des fleurs où l'on ne foupçonnoit
que des épines : fon livre de la pluralité
des mondes eft un monument qui lui
fera autant d'honneur qu'à l'efprit de la
nation.
Qu'on me permette une digreffion à
laquelle je ne peux me refufer , & que
l'efprit de patriotifme m'arrache. Il y a
long- tems qu'on accufe les François d'être
legers & fuperficiels , & de ne faire qu'effleurer
les fciences : les Anglois , dit- on ,
font bien plus philofophes que nous : pourquoi
? parce qu'ils traitent la philofophie:
d'un air grave & ferieux. Et moi je crois
"
16 MERCURE DE FRANCE.
que nous le fommes pour le moins autant
qu'eux , précisément parce que nous la traitons
légèrement ; il faut polléder bien nettement
une matiere philofophique , pour la
dégager des termes barbares , des idées abtrules
, & des épines du calcul fous lef
quels d'autres font obligés de l'envelopper
, & pour la réduire à un raifonnement
fimple , à des images fenfibles , & aux expreflions
les plus communes , pour lui prêter
même des ornemens : c'est ce que M.
de Fontenelle , & d'autres après lui ont fait
avec fuccès. Il y a des gens qui croyent
que la féchereffe eft effentielle aux ouvra
ges fcientifiques , comme il y en a eu jadis
qui ne croyoient pas qu'on pût être philofophe
fans avoir une barbe fale & un
manteau déchiré. Cet efprit de fuperficie
qu'on nous reproche , n'eft que le vernis de
nos ouvrages qui ne nuit point à leur folidité.
La raifon toute nue a fouvent l'air
rebutant ; nos écrivains la rendent aimable
en la parant de fleurs : c'eft le vaſe dont
on frotte les bords de miel , pour faire ava
ler à un enfant un reméde falutaire : aux
yeux du philofophe , les hommes ordinaires
font- ils autre chofe que des enfans ?
Le cartéfianifme commençoit à être reçu
affez généralement , fur tout en France
lorfque le newtonianiſme parut , & vint
DECEMBRE. 1754. 17
partager les efprits. Comme les ouvrages
de Newton paroiffoient inacceffibles fans le
fecours de la plus fublime géométrie , fon
fyftême ne fut pas répandu d'abord , & refta
quelque tems entre les mains de quelques
adeptes. M. de Maupertuis a été le premier
qui en a donné quelques effais dans
notre langue ; mais il étoit réfervé à un
homme qui ne s'étoit fait qu'un jeu de la
phyfique & de la géométrie , de le produire
au grand jour c'eft M. de Voltaire . Il
donna fes Elémens de la philofophie de Newton
, ouvrage écrit avec la précifion , l'élégance
& la netteté qui lui font propres.
Ce livre fit une fenfation prodigieufe , &
par le nom de l'Auteur , & par les nouveautés
philofophiques qu'il mettoit fous
les yeux du public. D'abord les géometres
que M. de V. humilioit , & les beaux efprits
qu'il avoit humiliés dès long - tems ,
fe déchaînerent à l'uniflon contre lui ; il
paroiffoit inconcevable qu'un homme qui
avoit fait de beaux vers pût être géometre
& phyficien : on ne peut pas mieux
parler , difoit-on , de ce qu'on n'entend
pas ; comme fi l'efprit , en philofophie ,
pouvoit fuppléer aux lumieres. Pour apprécier
le mérite de cet ouvrage & la prévention
ridicule de certaines gens qui ne
font pas même en état de le lire , il faut
18 MERCURE DE FRANCE.
jetter les yeux fur les critiques qu'on en
fit dans le tems. Cette multitude de fautes
énormes qu'on devoit mettre au grand jour ,
fe réduisirent à des erreurs légeres , à quelques
mauvaifes épigrammes , à des ob
jections vagues , & dont la plupart tomboient
fur Newton , & non pas fur M. de
Voltaire . D'ailleurs quand il n'auroit pas
bien faifi Newton dans quelques détails ,
quel eft le phyficien qui puiffe fe flatter
de ne l'avoir jamais manqué : Le reproche
le mieux fondé qu'on ait fait à M. de Voltaire
, c'est peut-être fur la maniere peu
avantageufe dont il a parlé de Deſcartes :
je ne peux pas mieux faire que de rapporter
ici quelques reflexions du P. Caftel à
ce fujet ( Mem. de Trev . Octob. 1739. )..
» M. de Voltaire a fi fort honoré notre
» nation par fes propres talens , qu'elle
peut bien lui pardonner le peu d'hon .
neur qu'elle lui enleve en rabaiffant
» Defcartes. En faveur de M. de Voltaire
» poëte , on devroir juger moins rigoureu-
» fement M. de Voltaire philofophe ; &
»en prenant les chofes du bon côté , en-
>>core eft- ce une louable entrepriſe d'avoir
» ofé s'enfoncer i avant dans des matie-
» res fi épineufes , au mépris de toutes ces
» fleurs qu'il pouvoit s'amufer à cueillir fi
agréablement , & toujours prêtes à éclore
ود
DECEMBRE . 1754 IS
fous fa main ; & n'eft-ce rien que la célébrité
qu'il a donnée à la philofophie ,
» & par conféquent aux philofophes ; l'oc-
» cafion même qu'il donne aux cartéfiens
de triompher du grand Newton ?
Le Newtonianifme une fois mis au
grand jour , fit fur les efprits des impreffions
bien différentes ; il fut adopté des
ans & attaqué par d'autres avec une égale
vivacité. Comme il battoit en ruine le cartéfianifme
, les Carréfiens fe mirent fur la
défenfive . M. Privat de Molieres , bon géometre
& affez fubtil phyficien , fut celui
qui défendit les tourbillons avec le plus de
faccès : il fentit bien qu'ils étoient en défaut
dans beaucoup de phénomenes , & il les réforma
en habile homme ; il les adapta aux
nouvelles expériences avec adreffe , & ii
fit fervir à confirmer fon fyftême les mê
mes obfervations que les Newtoniens apportoient
pour le détruire. Malgré tous
fes efforts cependant , les tourbillons tom
berent dans un difcrédit total , & on peut
dire qu'ils ont pouffé les derniers foupirs
entre les mains de M. de Fontenelle , dont
la Théorie des tourbillons fera vraisemblablement
le dernier ouvrage qu'on fera en leur
faveur.
Quelque abfurdités métaphyfiques que
le Newtonianifme entraîne après lui , on
20 MERCURE DE FRANCE.
ne peut nier que ce fyftême ne foit bien
féduifant ; il ſemble n'être fondé que fur
des faits & des démonftrations. La facilité
admirable avec laquelle il explique les mouvemens
des corps céleftes & beaucoup de
phénomenes julques- là inacceffibles , la fineffe
& la mutitude des obfervations qui en
font la bafe , & un grand étalage de calcul ,
en ont impofé ; on n'a pas voulu voir l'illufion
de quelques expériences , & le peu
de liaifon de certains faits avec les inductions
que Newton en tire pour établir fes
principes ; enfin la ruine des tourbillons
& la néceffité d'un fyftême pour le vulgaire
des philofophes , tout cela a beaucoup favorifé
l'établiffement de la nouvelle phyfique.
Peu de tems après , Madame la Marquife
du Chaſtelet vint auffi fe mettre fur
les rangs , & oppofer Leibnitz à Newton.
Leibnitz , commenté par M. Wolf , avoit
fait beaucoup de fortune en Allemagne ;
quelques idées métaphyfiques , de fimples
projections éparfes dans fes ouvrages , fe
font étendues fous la main de M. Wolf,
& ont donné matiere à beaucoup de gros
volumes , dans lefquels il a remis en honneur
le goût des définitions , & les termes
barbares de l'école combinés avec une méthode
féchement géométrique. Leibnitz
DECEMBRE. 1754. 21
n'a pas été fi heureux en France , quoique
Madame du Chaſtelet lui eût donné un
air plus François dans fes Inftitutions de
physique. Cet ouvrage et écrit avec beaucoup
de méthode , de nobleffe & de précifion
; mais il ne fit pas beaucoup de profélites
, & on ne jugea pas à propos de
croire aux Monades fur la parole de Madame
du Chaftelet . Cette femme illuftre a
laiffé entre les mains de M. de Clairault
une traduction Françoife du grand ouvrage
de Newton , avec des commentaires
très -profonds fur ce que les mathématiques
ont de plus fublime : ce livre eft prêt
à paroître. Madame du Chaftelet & cette
célébre Mlle Agnefi, qui profeffe les mathé
matiques à Boulogne , & qui a donné il y
quelques années un excellent ouvrage d'analyfe
, font des phénomenes qui feront
honneur au beau fexe , à la géométrie &
notre fiécle.
Quoique Newton l'ait emporté fur Defcartes
& Leibnitz , il s'en faut cependant
bien qu'il ait fubjugué tous les efprits ; il a
encore enFrance des adverfaires bien redoutables.
Il y a trop de chofes dans fon ſyſ
tême qui font de la peine à la raifon , pour
ne pas révolter tous ceux qui croyent encore
que la méthode de Defcartes eft la
feule qui puiffe nous conduire à la vérité,
22 MERCURE DE FRANCE.
1
s'il nous eft donné d'y atteindre .
1 Toutes ces difputes philofophiques ont
éclairé les efprits , le goût des fyftêmes
s'eft perdu , & a fait place à un fcepticifme
raifonné & modéré , fort généralement
répandu , & d'autant mieux établi qu'il
n'eft ni l'effet de l'ignorance , ni une affectation
de fingularité ; c'eft peut- être auffi
ce qui nuira le plus aux progrès de la philofophie.
Il faut donner l'effor à l'imagi
nation pour aller loin : les plus grandes
découvertes de fpéculation ne font gueres
que des heureuſes témérités du génie ,
& les plus habiles philofophes ont été des
gens à fyftêmes : ce n'eft qu'à force de s'égarer
en effayant differentes routes , que
l'on rencontrera la bonne.
Il est vrai que la voye des expériences ,
quoique la plus lente , eft bien plus sûret
& plus commode ; c'eft auffi celle qu'a
prife l'Académie des Sciences : elle a déclaré
qu'elle n'adoptoit aucun fyftême. Le
tems d'en faire un n'eft pas encore arrivé ,
il faut attendre que l'on ait affez de matériaux
pour bâtir un fyftême général de l'univers
; ce n'eft qu'en amaffant des obfervations
& en établiffant des faits , que l'on
pourra y parvenir. On s'eft donc jetté principalement
du côté de la phyfique expéri
mentale , comme la partie de la philo
1
I
1
DECEMBRE. 1754. 23
fophie dont l'utilité eft plus fenfible.
Bacon , Galilée & Torricelli ont jetté les
fondemens de la phyfique expérimentale ;
le premier par des vues neuves & fublimes
; Galilée par fa théorie de l'accéléra
tion du mouvement dans la chûte des
corps ; & Torricelli par fes expériences fur
la pefanteur de l'air. Ces découvertes importantes
ont porté dans la phyfique une
nouvelle lumiere , que les Boyle , les Pafcal
, les Newton , &c . ont encore étendue
bien au-delà : ce font des veines heureuſes
qui ont conduit à des mines fécondes .
Le goût des expériences s'eft répandu
chez toutes les nations fçavantes , & il eft
cultivé aujourd'hui avec beaucoup de foin
& de fuccès. Parmi ceux qui peuvent être
cités dans ce genre , on s'attend bien à voir
le nom de M. de Reaumur , qui a fait des
recherches approfondies fur plufieurs parties
de la phyfique , & principalement fur
l'hiftoire naturelle. Obfervateur exact &
infatigable , les plus petits détails n'échap
perent pas à la fineffe & à la fagacité qu'it
porte dans tous fes procédés : fon Hiftoire
des infectes , avec beaucoup de longueurs ,
eft remplie de chofes neuves , utiles & délicates
. Zélé pour le bien public , il n'a pas
dédaigné de confacrer fes talens à des objets
, petits en apparence , mais qui tendent
14 MERCURE DE FRANCE.
à perfectionner les arts méchaniques , ou
prévenir quelques befoins de la fociété .
Les moyens de faire une nouvelle teintud'augmenter
la fécondité des terres ,
de garantir les étoffes des teignes , de conferver
des oeufs frais pendant trois à quatre
mois , voilà les objets de fa curiofité & de
fon travail. Des vues auffi fages & auffi
eſtimables devroient fervir d'exemple à
beaucoup de fçavans , qui croiroient s'avilir
par de femblables détails , & qui facrifient
à des recherches brillantes des recherches
plus utiles , mais obfcures . M. de Reaumur
ne trouve pas dans tous fes concitoyens
les mêmes difpofitions à rendre juſtice à
fes travaux , mais il les trouvera dans fa
nation ; & fa réputation ne peut être bleffée
par les petites épigrammes & le mépris
affecté de quelques perfonnes qui , ce
me femble , n'ont pas pris confeil de leurs
lumieres & de leur philofophie.
C'eft bien ici le lieu de rendre à un philofophe
citoyen l'hommage que méritent
fes talens & l'emploi refpectable qu'il en
fait ; je parle de M. Duhamel , de l'Académie
des Sciences , à qui nous devons
l'excellent Traité de la culture des terres ,
dont les principes font fi peu connus & mériteroient
tant de l'être. Il a réuni fes lumieres
& fes obfervations aux découvertes
des
DECEMBRE. 1754. 25
des Anglois , qui dans cette partie effentielle
font bien faits pour être nos maîtres
& nos modeles. Il a cherché les moyens de
conferver les grains dans les greniers ; il
a imaginé une charrue d'une conftruction
neuve & fort commode , qui abrege beaucoup
les travaux des laboureurs , cette portion
du peuple la plus néceffaire & la plus
miférable. Les principes de M. Duhamel
font fimples & évidens ; on lui a rendu
juftice : mais c'eſt peu d'être loué , il veut
être utile ; & ce ne feroit pas la premiere
fois qu'un philofophe auroit parlé , qu'on
auroit trouvé qu'il a raifon , & que fes
avis n'auroient été fuivis. Quoiqu'il
en foit , on ne doit pas fe laffer de travailler
à la perfection de l'agriculture , qui en
ouvrant dans l'Etat une nouvelle fource
de richeffes réelles & permanentes , donneroit
à notre commerce le plus grand
avantage , & prefque le feul qui lui manque
fur celui de nos voisins .
pas
Si quelqu'un a eu l'efprit de fyftême
dans notre fiécle , je crois que c'eft M. de
Buffon : une tête philofophe , des vûes
grandes , une imagination forte & lumineufe
, & l'art de faifir les analogies ; voilà
ce qu'il m'a femblé appercevoir dans l'Hiftoire
naturelle , & ce qui forme , fi je ne
me trompe , l'efprit de fyftême. M. de Buf-
II.Vol. B
26 MERCURE DE FRANCE.
fon , qui par un ftyle riche , élégant , har
monieux , plein de nobleſſe & de poëfie ,
efface Platon & Mallebranche , & donne
à la philofophie un éclat qu'elle n'avoit
pas encore eu , n'a pas été plus heureux
que Deſcartes dans fes conjectures fur l'origine
du monde & la génération des animaux.
Mais fi l'hiftoire de notre globe par
M. de Buffon eft un roman , c'eft celui
d'un habile phyficien : fon hypotheſe fur
la génération marque les bornes de nos
lumieres dans cette matiere ténébreuſe , le
defefpoir de la phyfique : fes obfervations
microfcopiques fi délicates & fi fingulieres,
feront peut-être plus utiles , parce qu'il
eft toujours utile de détruire des erreurs.
Les anciens avoient cru , fur de fimples apparences
peu approfondies , que la corruption
pouvoit engendrer des animaux.
Lorfque le microfcope , qui a élargi l'univers
aux yeux des philofophes , eut découvert
à Hartzoeker & à Lewenhoek les animalcules
qui fe meuvent dans les liqueurs ,
on fe moqua beaucoup des anciens , & il
ne parut plus douteux que tous les êtres
vivans font déja organifés dans la femence
, & qu'ils ne font que fe développer &
augmenter de volume. Mais ce principe
reçu fans conteftation & avancé avec ce
ton de confiance que donne trop fouvent
DECEMBRE . 1754. 29
la chaleur des premieres découvertes , s'eſt
trouvé en défaut dans la reproduction merveilleufe
des polypes , & il eft anéanti
aujourd'hui par les expériences de MM. de
Buffon & de Needham ; la production des
petites anguilles qu'ils ont vû fe former
dans le bled niellé & dans d'autres infufions
, remet en honneur l'opinion des anciens
; nous avons cru voir une étincelle
de lumiere , & nous rentrons dans une nuit
plus fombre. Les animalcules fpermatiques
ne font plus que de petites machines or
ganifées & fans vie ; il eft vrai que les obfervations
microfcopiques font trop fuf
ceptibles d'illufion pour qu'on ne s'en dépas
: celles de Lewenhoek ont été détruites
par celles de M. de Buffon , cellesci
peuvent être détruites par d'autres ; dans
cette matiere obfcure on finit , comme dans
prefque toutes les autres , par douter.
fie
Les fectateurs de la philofophie corpufculaire
ne pardonneront pas aifément à
M. de Buffon d'avoir établi la poffibilité
de fes moules intérieurs fur la ruine du méchaniſme
univerfel , & d'avoir mieux ainé
expliquer la circulation du fang , le jeu des
muſcles , en général toute l'économie animale
par des qualités occultes femblables
aux caufes de la pefanteur , des attractions
magnétiques , &c. que par des principes
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
purement méchaniques ; cela pourroit faire
craindre , difent- ils , le retour du fiécle
d'Ariftote. Epicure créa la phyfique corpufculaire
; ne voyant dans la nature que
de la matiere & du mouvement , il ne
chercha pas d'autres caufes pour expliquer
tous les phénomenes ; mais n'ayant pas encore
affez de faits & d'obſervations , ce
principe lui manqua dans l'application ;
on crut pour lors que ce qu'on ne pouvoit
pas expliquer par les loix du méchanifme
ne s'opéroit pas par ces loix ; de là
l'horreur du vuide , de- là l'attraction , &c.
L'attraction , ce monftre métaphysique ,
dont on ne peut plus fe paffer dans la phy-.
fique célefte , s'eft introduite auffi dans la
chymie. Les affinités de M. Geoffroi ne
font que le même terme déguifé ; elles paroiffent
préfenter une idée plus fimple , &
n'en font pas moins inintelligibles . Nous
devons aux Anglois cet abus de l'attraction ,
auffi bien que celui du calcul : ils réduifent
tout en problêmes algébriques ; l'antique
fuperftition fur la fcience mystérieuse
des nombres femble renaître . Jean Craig
a ofé calculer les dégrés de probabilité
des principes du chriftianifme , & le décroiffement
de cette probabilité : felon fes
calculs , la religion ne peut plus durer que
1400 ans. L'eſtimable auteur de l'Hiftoire
DECEMBRE . 1754 29
critique de la philofophie a calculé auffi les
dégrés de force de la certitude morale . Le
Chevalier Petty , créateur de l'arithmétique
politique , a cru pouvoir foumettre à
l'algebre l'art même de gouverner les hommes.
Le résultat de quelques -uns de fes
calculs peut faire juger de leur folidité ;
il croit avoir démontré que le grand nombre
des impôts ne fçauroit être nuifible à
la fociété & au bien d'un Etat . Il a calculé
ce que valoit un homme en Angleterre ,
& il l'a évalué à 1300 livres environ de
notre monnoie. Un Philofophe fublime
qui connoît bien le prix des hommes , ajoute
qu'il y a des pays où un homme ne
vaut rien , & d'autres où il vaut moins
que rien ( a ) . La médecine n'a pas été à
l'abri des excurfions de la géométrie : aux
aphorifmes d'Hypocrate & de Boerhaave
on a fubftitué des formules algébriques ;
on a voulu évaluer le mouvement des fluides
dans le corps humain , la force des
nerfs & des mufcles confidérés comme des
cordes , des leviers d'un certain genre ,
des piftons , &c. Mais qu'avons nous gagné
à ces abus de la géométrie on l'a
détournée de fon véritable objet , & elle a
eu le fort de l'efprit de notre nation : elle
( a ) Efprit des loix , liv. XXIII . chap. XVII,
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
a perdu en profondeur ce qu'elle a gagné
en fuperficie , & je ne doute pas qu'elle
ne touche au moment de fa décadence ,
qui vient d'être prédite par un homme de
beaucoup d'efprit . Cette fcience qui n'étoit
qu'un inftrument entre les mains de Defcartes
& de Newton , & qui n'eft faite
que pour en fervir , étoit devenue une
fcience orgueilleufe qui s'étoit élevée fur
les débris des autres , fur ceux de la métaphyfique
fur tout , parce qu'il eft bien
plus facile d'apprendre à calculer qu'à raifonner.
Il est bien à fouhaiter que le goût
abufif du calcul ne fafle plus d'obſtacle au
retour de la métaphyfique , dont le flambeau
peut feul nous éclairer fur les nouvelles
erreurs que de faufles lumieres ont
introduites , & qui retardent fenfiblement
les progrès de la philofophie.
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Résumé : IDÉES DES PROGRÈS De la Philosophie en France.
Le texte discute des progrès rapides de la philosophie en France, notant que les autres sciences n'ont pas atteint le niveau de perfection des époques grecques et romaines. La philosophie moderne, bien que prometteuse, n'a pas encore révélé toutes les vérités de la nature. René Descartes, considéré comme le père de la philosophie moderne, a joué un rôle crucial en révolutionnant la pensée en détruisant l'aristotélisme et en proposant une nouvelle méthode pour étudier la nature. Il a uni différentes branches des sciences, comme l'astronomie, les mathématiques et la physique, et a appliqué l'algèbre à la géométrie et à la physique. Ses contributions ont marqué une époque brillante dans l'histoire de l'esprit humain. D'autres philosophes, comme Gassendi, ont combattu la scolastique et tenté de réformer la philosophie en s'inspirant d'Épicure. Le cartésianisme, bien que controversé, a gagné en popularité en Europe avec des partisans influents comme Rohault, Regis et Malebranche. Ce dernier a développé des idées métaphysiques complexes et a défendu le système des tourbillons de Descartes, donnant naissance à la secte des immatérialistes qui nient l'existence de la matière telle que nous la concevons. Fontenelle est loué pour avoir rendu la philosophie accessible et agréable, dépouillant ses aspects austères. Le texte compare les approches françaises et anglaises de la philosophie, soulignant que les Français traitent la philosophie de manière légère mais efficace, la rendant accessible et agréable. Le livre de Voltaire a suscité des réactions variées dans la communauté philosophique et scientifique. Les géomètres et les esprits éclairés, initialement humiliés, critiquèrent Voltaire, trouvant inconcevable qu'un poète puisse exceller en géométrie et en physique. Les critiques se réduisirent à des erreurs mineures et des épigrammes vagues, souvent dirigées contre Newton plutôt que contre Voltaire. Le Newtonianisme divisa les esprits, les cartésiens défendant les tourbillons avec acharnement, mais ces derniers tombèrent en disgrâce grâce aux efforts de M. de Fontenelle. Malgré certaines absurdités métaphysiques, le système newtonien fut adopté pour sa base factuelle et démonstrative, expliquant les mouvements des corps célestes et divers phénomènes. Madame du Châtelet soutint Leibnitz contre Newton, mais son ouvrage, bien que méthodique et précis, ne fit pas beaucoup de prosélytes. Elle laissa également une traduction de Newton avec des commentaires profonds. D'autres figures, comme Mlle Agnesi et M. de Reaumur, contribuèrent à la philosophie et à la physique expérimentale, cette dernière étant privilégiée par l'Académie des Sciences. Le texte critique l'approche de M. de Buffon, qui a proposé des explications pour la circulation du sang et l'économie animale en utilisant des qualités occultes similaires aux causes de la pesanteur et des attractions magnétiques, plutôt que des principes mécaniques. Cette méthode est comparée à celle d'Épicure, qui a créé la physique corpusculaire mais manquait de faits et d'observations pour l'appliquer correctement, menant à des concepts comme l'horreur du vide et l'attraction. Le texte dénonce également l'abus de l'attraction en chimie et l'influence des Anglais qui réduisent tout en problèmes algébriques. La médecine n'est pas épargnée, avec des formules algébriques remplaçant les aphorismes d'Hippocrate et de Boerhaave. Enfin, le texte déplore que la géométrie, autrefois un instrument au service de la philosophie, soit devenue une science orgueilleuse, détournée de son véritable objet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9637
p. 30-31
MADRIGAL.
Début :
J'avois brisé mes fers, & juré hautement [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
J'Avois brifé mes fers , &juré hautement
De n'aimer plus Climene ;
Mais en la revoyant j'ai renoué ma chaîne ;
Et rompu mon ferment.
Ce n'étoit donc qu'un jeu que mon reffentiment :
Climene a fur mon coeur confervé la victoire ,
DECEMBRE . 1754
Etje n'avois fait un ferment
Que pour fa gloire .
J'Avois brifé mes fers , &juré hautement
De n'aimer plus Climene ;
Mais en la revoyant j'ai renoué ma chaîne ;
Et rompu mon ferment.
Ce n'étoit donc qu'un jeu que mon reffentiment :
Climene a fur mon coeur confervé la victoire ,
DECEMBRE . 1754
Etje n'avois fait un ferment
Que pour fa gloire .
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9638
p. 37
MADRIGAL.
Début :
De votre sort, Iris, soyez charmée ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
DE
E votre fort , Iris , ſoyez charmée ;
Vos brillent de mille appas :
yeux
Vous les avez trop beaux pour n'être point ai
mée ,
Et trop
tendres pour n'aimer pas,
DE
E votre fort , Iris , ſoyez charmée ;
Vos brillent de mille appas :
yeux
Vous les avez trop beaux pour n'être point ai
mée ,
Et trop
tendres pour n'aimer pas,
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9639
p. 39
MADRIGAL.
Début :
Vous vous plaignez, Tircis, de ma rigueur ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
香味味
Ous vous plaignez , Tircis , de ma rigueur :
Hélas , n'en dois - je pas l'apparence à ma gloire !
Cependant j'ai beau faire ; on vous croit mon
vainqueur :
Serez-vous donc , Tircis , le dernier à le croire ?
香味味
Ous vous plaignez , Tircis , de ma rigueur :
Hélas , n'en dois - je pas l'apparence à ma gloire !
Cependant j'ai beau faire ; on vous croit mon
vainqueur :
Serez-vous donc , Tircis , le dernier à le croire ?
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9642
p. 84-85
EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
Début :
Rendez-vous dans l'appartement [...]
Mots clefs :
Dieux, Amour, Amérique
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
EPITRE
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
A un ami qui partoit pour l'Amérique:
Rendez - vous dans l'appartement
D'un petit héros de finance ,
Qui , grace aux Dieux , déja commence
De cultiver l'heureux talent
Qui tire un homme du néant
Et le fait vivre avec aiſance.
En attendant ce jour brillant ,
Qui me verra dans l'opulence ,
Accourez avec confiance
Au déjeuner que fans apprêts
Vous prépare mon indigence.
Là vous verrez tous les regrets
Que va me caufer votre abfence :
Là vous recevrez mes adieux .....
Vous partez. Ah ! dans cette plage
Où vous allez porter vos Dieux ;
Fuyez ce foin trop ennuyeux ,
De devenir un perfonnage ;
Ne defirez d'autre avantage
Que celui d'être ... & d'être heureux ;
On l'eft toujours quand on eſt ſage.
Mais n'allez pas être un Caton ,
Je vous preferis cette raison
DECEMBRE.
85 17541
Dont Ariftipe fit ufage ;
Une raiſon fans étalage ,
Qui fe prêtant à nos defirs ,
Nous éclaire fur les plaifirs.
Si les foucis font du
voyage ,
Que j'ai pour vous à craindre encor !
Hélas ! dans ce pays fauvage
Vous ne trouverez que de l'or.
L'or feul fait-il notre partage ?
Des plaiſirs la troupe volage ,
L'urbanité , l'efprit , le goût ,
L'agréable libertinage ,
Enfin tous les Dieux du bel âge
N'ont point de temples au Pérou.
On n'y rit point ; là l'homme eft fou ;
Sans agrément , fans badinage.
» Mais Amour , Amour eft par- tout ;
» Ce Dieu par- tout a des hommages.
L'Amour est donc fur ces rivages.
Adieu , partez , vous aurez tout.
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Résumé : EPITRE A un ami qui partoit pour l'Amérique.
L'épître est adressée à un ami partant pour l'Amérique. L'auteur évoque un 'petit héros de finance' qui cultive un talent prometteur pour échapper au néant et vivre avec aisance. Avant son départ, l'auteur invite son ami à un déjeuner modeste pour exprimer ses regrets et ses adieux. Il conseille à son ami de fuir l'ambition de devenir un personnage important et de rechercher simplement le bonheur et la sagesse. L'auteur met en garde contre les soucis du voyage et les dangers de l'Amérique, où l'on ne trouvera que de l'or, mais pas les plaisirs, l'urbanité, l'esprit, ni les agréments de la vie. Il souligne que l'Amour, cependant, est présent partout. L'auteur conclut en souhaitant à son ami de trouver tout ce qu'il cherche, malgré les défis du voyage.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9643
p. 102
« Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...] »
Début :
Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...]
Mots clefs :
Épée, Loterie, Silence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le mot de la premiere Enigme du premier volume du Mercure de Décembre est [...] »
Le mot de la premiere Enigme du premier
volume du Mercure de Décembre eft
Epée. Celui de la feconde eft le Silence.
Le mot du Logogryphe eft Lourie , dans
lequel on trouve lot , étoile , Loire , étole
rot , rôti , or , lire , lo , Elie , lit , lie , toile ,
Roi , Eloi , Etolie , ortie , Eole , re.
volume du Mercure de Décembre eft
Epée. Celui de la feconde eft le Silence.
Le mot du Logogryphe eft Lourie , dans
lequel on trouve lot , étoile , Loire , étole
rot , rôti , or , lire , lo , Elie , lit , lie , toile ,
Roi , Eloi , Etolie , ortie , Eole , re.
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9644
p. 105-111
« La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
Début :
La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...]
Mots clefs :
Philosophie, Homme, Hommes, Esprit, Monde, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
A Philofophie applicable à tous les
vrage en réflexions détachées . Par feu M.
l'Abbé Terraffon , de l'Académie Françoife
, & Affocié à celles des Sciences de Paris
& de Berlin , 1754. A Paris , chez Prault
fils , quai de Conti , à la defcente du Pont
neuf, deux petits volumes in- 12 .
Il y a dans ce recueil que tout Paris a
lû , plufieurs penfées communes & beaucoup
de chofes fenfées , fines & philofophiques
en voici quelques- unes .
L'homme qui n'a point de philofophie ,
n'a point d'efprit à lui , il n'a que celui des
autres ; il parle comme ceux qui l'ont précédé
, au lieu que le Philofophe fera parler
comme lui ceux qui le fuivront.
Une infinité de gens ne recevront la
Philofophie , qui n'eft pas encore généralement
établie , que lorfqu'elle aura pour
elle la pluralité des voix ; alors elle n'entrera
dans leur efprit que fous la forme de
prévention .
Les Grecs fçavoient parler , les Latins
fçavoient penfer , & les François fçavent
raifonner. Le progrès des tems a fait le fe-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
cond dégré ; le progrès des tems & Defcartes
ont fait le troifiéme.
L'oppofition à tout ce qui fe préfente
de nouveau , a cela d'utile , qu'elle eft caufe
qu'il ne s'établit rien que de bon.
Chacun doit prendre fon exterieur dans
le monde , & fon interieur dans la religion
& dans la fageffe .
Ceux qui méprisent le monde fans l'avoir
connu , en parlent mal , mais en penfent
juste .
Les paffions font les vents qui font aller
notre vailleau , & la raifon eft le pilote qui
le conduit : le vaiffeau n'iroit point fans
les vents , & fe perdroit fans le pilote .
L'ambition qui eft prévoyante , facrifie
le préfent à l'avenir : la volupté qui eft
aveugle , facrifie l'avenir au préfent ; mais
l'envie , l'avarice & les autres paffions lâches
empoifonnent le préfent & l'avenir.
La grande poltronnerie fufpend chez
plufieurs hommes les effets de la grande
méchanceté .
La profpérité qui rend plus fiers & plus
durs les hommes médiocres , humanife
les grands hommes .
Les particuliers font fiers dans une République
; mais la nation l'eft bien davantage
dans une Monarchie..
Un frondeur eft un homme qui paffe fa vie
DECEMBRE. 1754 707
à être fâché de ce que la Seine va du côté de
Rouen , au lieu d'aller du côté de Melun.
Le Juge ordinaire doit comparer la punition
avec le crime : l'homme d'Etat ne
doit comparer la punition qu'avec le fruit
de la punition.
On reproche aux Auteurs Italiens la fubtilité
des pensées , aux Efpagnols la rodomontade
, aux Anglois un air de férocité
: il me femble qu'on ne reproche aux Aureurs
François aucun vice de terroir . Si la
chofe eft ainfi , c'eft à eux à cultiver cet
avantage , & à tâcher de prendre ou de
conferver toujours le ton de la nature & de
la raiſon.
J'ai entendu remarquer par d'habiles
gens , que les habitans des pays chauds
étoient plus adonnés aux femmes , & que
ceux des pays froids avoient plus d'enfans.
L'efprit doit être regardé comme un
inftrument, & non comme un objet : ainfi il
ne faut point parler ou écrire pour montrer
de l'efprit ; mais il faut fe fervir de fon
efprit pour dire ou pour écrire des chofes
bonnes & utiles .
Une des plus grandes preuves d'équité
d'efprit , c'eft de n'avoir aucun égard dans
le jugement que nous portons des autres à.
celui qu'ils portent de nous.
Parler beaucoup & bien , c'eft le talent
Evj
108 MERCURE DE FRANCE:
du bel efprit ; parler peu & bien , c'eſt le
caractere du fage ; parler beaucoup & mal ,
c'eft le vice du fat ; parler peu & mal , c'eſt
le défaut du fot.
Un jeune homme n'ira jamais des mauvais
difcours aux bons qu'en paffant par
le filence.
Le trivial conſiſte à dire ce que tout le
monde dit , & le naturel confifte à dire ce
que tout le monde fent. Voilà par où le trivial
ne fçauroit être neuf , au lieu que le
naturel peut l'être beaucoup .
Vérité dans la chofe , fineffe dans l'obfervation
, hardieffe dans l'énoncé : voilà
ce qui fait les expreffions du génie.
Le ftyle le plus parfait eft celui qui n'at
tire aucune attention comme ſtyle , & qui
ne laiffe que l'impreffion de la chofe qu'on
a voulu dire.
Il ne faut point d'efprit pour faivre
l'opinion qui eft actuellement la plus commune
; mais il en faut beaucoup pour être
dès aujourd'hui d'un fentiment dont tout
le monde ne fera que dans trente ans.
La Jurifprudence demande un efprit
droit , la politique un efprit étendu , & la
guerre un efprit préfent.
On a mis à la tête du Recueil que nous
venons de parcourir , deux morceaux trèspiquans
& très-philofophiques ; le premier,
;
DECEMBRE . 1754. 109
de M. Dalembert ; & le fecond , de M. de
Moncrif. Le but de ces deux Ecrivains célebres
, eft de développer le caractere vrai ,
naïf & tout-à-fait fingulier de M. l'Abbé
Terrallon .
S. Auguftin contre l'incrédulité , où
difcours & penfées recueillies des divers
écrits de ce Pere , les plus propres à prémunir
les fideles contre l'incrédulité de
nos jours. A Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq'; 1754 , 1 vol . in- 12.
Les défenfeurs de la religion font fagement
de puifer leurs preuves dans les ouvrages
des Peres , de S. Auguftin fur - tout .
Ce grand homme avoit dans l'efprit de
l'étendue , de l'élévation , de la force & ,
ce qu'il faut
fingulierement de nos jours ,
beaucoup de métaphyfique.
MEMOIRE pour fervir à la culture
des mûriers & à l'éducation des vers à foye.
A Poitiers , chez Jean Faulcon ; 1754 , in-
12 , pag. 86. On le trouve à Paris , chez
Martin.
Il n'y a pas un mot à perdre de cet important
mémoire. Un extrait tel que nous
le pourrions donner ne feroit pas fuffifant
; & nous exhortons l'Auteur du Journal
économique à l'inferer tout entier
dans fon recueil. Le Gouvernement a deFIO
MERCURE DE FRANCE.
puis quelques années l'attention de rendre
communs les ouvrages dont l'objet inté
reffe le bien public.
M. l'Abbé Coyer vient de publier chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , trois
Differtations. La premiere , fur la différence
de deux anciennes religions , la
Grecque & la Romaine , c'eft un morceau
bien fait , mais de pure curiofité. La feconde
& la troifieme , fur le vieux mot de patrie
, & fur la nature du peuple , ont un but
férieux. Cet Ecrivain après nous avoir raillé
agréablement , vivement & plaifamment
fur nos ridicules , commence à attaquer
nos vices. Nous lui fouhaitons plus de fuccès
dans la carriere qu'il commence que
dans celle qu'il vient de finir . Si je ne me
trompe , nous fommes à peu près tels que
nous étions avant l'Année merveilleufe , la
Pierre philofophale , & c .
ENTRETIENS fur les Romans. Ouvrage
moral & critique , dans lequel on
traite de l'origine des Romans & de leurs
différentes efpeces , tant par rapport à l'efprit
que par rapport au coeur . Par M. l'Abbé
Jacquin ; 1754 , 1 vol . in - 12 . A Paris,
chez Duchesne , rue S. Jacques.
M. l'Abbé Ladvocat dit dans l'approDECEMBRE.
1794 1747
bation qu'il a donnée à ce livre , que l'Auteur
y donne une jufte idée de l'origine &
des différentes efpeces de Romans , tant
anciens que modernes , & qu'il y prouve
très-bien qu'en général la lecture de ces
fortes de livres eft au moins frivole , qu'el
le ne fert le plus fouvent qu'à gâter le
goût , & qu'elle est très- dangereuse pour
les moeurs.
OBSERVATIONS & découvertes faites furt
des chevaux , avec une nouvelle pratique
fur la ferrure . Par le fieur Lafoffe , Maréchal
des petites Ecuries du Roi , avec des
figures en taille- douce. A Paris , chez Hochereau
le jeune , quai des Auguftins , au
coin de la rue Gift -le - Coeur ; 1754 , 1 V
-8° . Cet ouvrage paffe pour fort bon.
vrage en réflexions détachées . Par feu M.
l'Abbé Terraffon , de l'Académie Françoife
, & Affocié à celles des Sciences de Paris
& de Berlin , 1754. A Paris , chez Prault
fils , quai de Conti , à la defcente du Pont
neuf, deux petits volumes in- 12 .
Il y a dans ce recueil que tout Paris a
lû , plufieurs penfées communes & beaucoup
de chofes fenfées , fines & philofophiques
en voici quelques- unes .
L'homme qui n'a point de philofophie ,
n'a point d'efprit à lui , il n'a que celui des
autres ; il parle comme ceux qui l'ont précédé
, au lieu que le Philofophe fera parler
comme lui ceux qui le fuivront.
Une infinité de gens ne recevront la
Philofophie , qui n'eft pas encore généralement
établie , que lorfqu'elle aura pour
elle la pluralité des voix ; alors elle n'entrera
dans leur efprit que fous la forme de
prévention .
Les Grecs fçavoient parler , les Latins
fçavoient penfer , & les François fçavent
raifonner. Le progrès des tems a fait le fe-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
cond dégré ; le progrès des tems & Defcartes
ont fait le troifiéme.
L'oppofition à tout ce qui fe préfente
de nouveau , a cela d'utile , qu'elle eft caufe
qu'il ne s'établit rien que de bon.
Chacun doit prendre fon exterieur dans
le monde , & fon interieur dans la religion
& dans la fageffe .
Ceux qui méprisent le monde fans l'avoir
connu , en parlent mal , mais en penfent
juste .
Les paffions font les vents qui font aller
notre vailleau , & la raifon eft le pilote qui
le conduit : le vaiffeau n'iroit point fans
les vents , & fe perdroit fans le pilote .
L'ambition qui eft prévoyante , facrifie
le préfent à l'avenir : la volupté qui eft
aveugle , facrifie l'avenir au préfent ; mais
l'envie , l'avarice & les autres paffions lâches
empoifonnent le préfent & l'avenir.
La grande poltronnerie fufpend chez
plufieurs hommes les effets de la grande
méchanceté .
La profpérité qui rend plus fiers & plus
durs les hommes médiocres , humanife
les grands hommes .
Les particuliers font fiers dans une République
; mais la nation l'eft bien davantage
dans une Monarchie..
Un frondeur eft un homme qui paffe fa vie
DECEMBRE. 1754 707
à être fâché de ce que la Seine va du côté de
Rouen , au lieu d'aller du côté de Melun.
Le Juge ordinaire doit comparer la punition
avec le crime : l'homme d'Etat ne
doit comparer la punition qu'avec le fruit
de la punition.
On reproche aux Auteurs Italiens la fubtilité
des pensées , aux Efpagnols la rodomontade
, aux Anglois un air de férocité
: il me femble qu'on ne reproche aux Aureurs
François aucun vice de terroir . Si la
chofe eft ainfi , c'eft à eux à cultiver cet
avantage , & à tâcher de prendre ou de
conferver toujours le ton de la nature & de
la raiſon.
J'ai entendu remarquer par d'habiles
gens , que les habitans des pays chauds
étoient plus adonnés aux femmes , & que
ceux des pays froids avoient plus d'enfans.
L'efprit doit être regardé comme un
inftrument, & non comme un objet : ainfi il
ne faut point parler ou écrire pour montrer
de l'efprit ; mais il faut fe fervir de fon
efprit pour dire ou pour écrire des chofes
bonnes & utiles .
Une des plus grandes preuves d'équité
d'efprit , c'eft de n'avoir aucun égard dans
le jugement que nous portons des autres à.
celui qu'ils portent de nous.
Parler beaucoup & bien , c'eft le talent
Evj
108 MERCURE DE FRANCE:
du bel efprit ; parler peu & bien , c'eſt le
caractere du fage ; parler beaucoup & mal ,
c'eft le vice du fat ; parler peu & mal , c'eſt
le défaut du fot.
Un jeune homme n'ira jamais des mauvais
difcours aux bons qu'en paffant par
le filence.
Le trivial conſiſte à dire ce que tout le
monde dit , & le naturel confifte à dire ce
que tout le monde fent. Voilà par où le trivial
ne fçauroit être neuf , au lieu que le
naturel peut l'être beaucoup .
Vérité dans la chofe , fineffe dans l'obfervation
, hardieffe dans l'énoncé : voilà
ce qui fait les expreffions du génie.
Le ftyle le plus parfait eft celui qui n'at
tire aucune attention comme ſtyle , & qui
ne laiffe que l'impreffion de la chofe qu'on
a voulu dire.
Il ne faut point d'efprit pour faivre
l'opinion qui eft actuellement la plus commune
; mais il en faut beaucoup pour être
dès aujourd'hui d'un fentiment dont tout
le monde ne fera que dans trente ans.
La Jurifprudence demande un efprit
droit , la politique un efprit étendu , & la
guerre un efprit préfent.
On a mis à la tête du Recueil que nous
venons de parcourir , deux morceaux trèspiquans
& très-philofophiques ; le premier,
;
DECEMBRE . 1754. 109
de M. Dalembert ; & le fecond , de M. de
Moncrif. Le but de ces deux Ecrivains célebres
, eft de développer le caractere vrai ,
naïf & tout-à-fait fingulier de M. l'Abbé
Terrallon .
S. Auguftin contre l'incrédulité , où
difcours & penfées recueillies des divers
écrits de ce Pere , les plus propres à prémunir
les fideles contre l'incrédulité de
nos jours. A Paris , chez Lottin , rue S. Jacques
, au Coq'; 1754 , 1 vol . in- 12.
Les défenfeurs de la religion font fagement
de puifer leurs preuves dans les ouvrages
des Peres , de S. Auguftin fur - tout .
Ce grand homme avoit dans l'efprit de
l'étendue , de l'élévation , de la force & ,
ce qu'il faut
fingulierement de nos jours ,
beaucoup de métaphyfique.
MEMOIRE pour fervir à la culture
des mûriers & à l'éducation des vers à foye.
A Poitiers , chez Jean Faulcon ; 1754 , in-
12 , pag. 86. On le trouve à Paris , chez
Martin.
Il n'y a pas un mot à perdre de cet important
mémoire. Un extrait tel que nous
le pourrions donner ne feroit pas fuffifant
; & nous exhortons l'Auteur du Journal
économique à l'inferer tout entier
dans fon recueil. Le Gouvernement a deFIO
MERCURE DE FRANCE.
puis quelques années l'attention de rendre
communs les ouvrages dont l'objet inté
reffe le bien public.
M. l'Abbé Coyer vient de publier chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , trois
Differtations. La premiere , fur la différence
de deux anciennes religions , la
Grecque & la Romaine , c'eft un morceau
bien fait , mais de pure curiofité. La feconde
& la troifieme , fur le vieux mot de patrie
, & fur la nature du peuple , ont un but
férieux. Cet Ecrivain après nous avoir raillé
agréablement , vivement & plaifamment
fur nos ridicules , commence à attaquer
nos vices. Nous lui fouhaitons plus de fuccès
dans la carriere qu'il commence que
dans celle qu'il vient de finir . Si je ne me
trompe , nous fommes à peu près tels que
nous étions avant l'Année merveilleufe , la
Pierre philofophale , & c .
ENTRETIENS fur les Romans. Ouvrage
moral & critique , dans lequel on
traite de l'origine des Romans & de leurs
différentes efpeces , tant par rapport à l'efprit
que par rapport au coeur . Par M. l'Abbé
Jacquin ; 1754 , 1 vol . in - 12 . A Paris,
chez Duchesne , rue S. Jacques.
M. l'Abbé Ladvocat dit dans l'approDECEMBRE.
1794 1747
bation qu'il a donnée à ce livre , que l'Auteur
y donne une jufte idée de l'origine &
des différentes efpeces de Romans , tant
anciens que modernes , & qu'il y prouve
très-bien qu'en général la lecture de ces
fortes de livres eft au moins frivole , qu'el
le ne fert le plus fouvent qu'à gâter le
goût , & qu'elle est très- dangereuse pour
les moeurs.
OBSERVATIONS & découvertes faites furt
des chevaux , avec une nouvelle pratique
fur la ferrure . Par le fieur Lafoffe , Maréchal
des petites Ecuries du Roi , avec des
figures en taille- douce. A Paris , chez Hochereau
le jeune , quai des Auguftins , au
coin de la rue Gift -le - Coeur ; 1754 , 1 V
-8° . Cet ouvrage paffe pour fort bon.
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Résumé : « La Philosophie applicable à tous les objets de l'esprit & de la raison ; ouvrage [...] »
Le texte présente une œuvre philosophique intitulée 'A Philofophie applicable à tous les vrage en réflexions détachées' de l'Abbé Terraffon, publiée en 1754 à Paris. Cette œuvre se compose de deux petits volumes contenant des pensées communes et des réflexions fines et philosophiques. Parmi les idées notables, on trouve que l'homme sans philosophie n'a pas d'esprit propre et que la philosophie ne sera acceptée que lorsqu'elle aura la pluralité des voix. Le texte souligne également les progrès des temps et l'influence de Descartes sur la pensée. Il aborde divers aspects de la nature humaine, comme l'opposition au nouveau, l'importance de la raison et des passions, et les différences entre les nations. Le recueil inclut des morceaux de Dalembert et de Moncrif, qui développent le caractère de l'Abbé Terraffon. Le texte mentionne également d'autres publications de 1754, telles qu'un ouvrage contre l'incrédulité basé sur les écrits de Saint Augustin, un mémoire sur la culture des mûriers et l'éducation des vers à soie, des dissertations de l'Abbé Coyer, et un ouvrage moral et critique sur les romans par l'Abbé Jacquin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9645
p. 147-163
« EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Début :
EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...]
Mots clefs :
Francis Hauksbee, Expériences, Remarques, Physiciens, Phénomènes, Observations, Liqueurs, Nicolas Desmarest
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texteReconnaissance textuelle : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
EXPERIENCES Phyfico -mécaniques
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
de M. Hauksbée , traduites par feu M. de
Brémond , revûes & mifes au jour , avec
des remarques ; par M. Defmareft . A Paris
, chez la veuve Cavelier & fils , rue
Gij
148 MERCURE DE FRANCE
Saint Jacques , au Lys d'or.
Nous nous occuperons dans cet extrait
de la maniere dont les deux volumes de ces
expériences font exécutés. M. Defmareſt a
porté fon attention fur deux objets importans
la distribution méthodique des matieres
, & les remarques.
1 °. Comme M. Hauksbée , en compofant
fon recueil , ne s'étoit point aftreint à un
certain arrangement dépendant des matieres
, on s'eft appliqué à donner aux détails
des faits une forme plus méthodique.
Dans ces vûes on a raffemblé fous différentes
claffes générales , qui forment autant
de chapitres , les expériences qui concernent
un même fujet , comme la pefanteur
, l'air , l'électricité , les tubes capillaires
, &c. & l'on a diftingué par articles
chaque expérience particuliere . Par cette
difpofition , des détails , auparavant iſolés ,
font rapprochés heureufement & fe placent
en bon ordré dans l'efprit du lecteur.
2º. L'Editeur n'a pas borné fon attention
à ce feul objet. Les expériences de M.
Hauksbée ont été faites il y a près de
quarante ans. Depuis ce tems la Phyfique
expérimentale a acquis des connoiffances ,
ou plus fûres ou plus étendues . M. Defmareft
a rapproché les faits poftérieurs du récit
de M. Haaksbée , foit qu'ils ferviſſent
DECEMBRE 1754. 149
à le confirmer ( ce qui arrive le plus fouvent)
, foit qu'ils tendiffent à le détruire. Il
a même recueilli dans certaines remarques
l'hiftoire de ce qui a été écrit fur un même
fujet; & ces fortes d'hiftoires , outre
qu'elles plaifent naturellement, parce qu'el
les préfentent les différens efforts de l'efprit
humain , inftruiſent auffi par les vûes
qu'elles fourniffent.
" On ne fçauroit trop , dir M. Defmareft
, engager ceux qui veulent faire
quelque progrès dans la Phyfique , à com-
»parer les connoiffances tranfmifes par les
fçavans qui nous ont précédé , avec les
» recherches des Phyficiens de notre tems ,
» on apprécie par là le mérite des uns &
» des autres. C'eft aufli un moyen pour s'a-
» vancer à de nouvelles découvertes , que
de confiderer, comme le premier pas que
nous ayons à faire , celui où les grands
hommes qui nous ont précédé , ont terminé
leur courfe & leurs travaux. La
continuité de nos efforts joints avec les
leurs , forme cette union & cet accord
» qui doit regner entre les fçavans de tous
» les fiécles & de tous les pays , pour éten-
» dre les limites de nos connoiffances.
où
Telles font les raifons qui ont déterminé
M. Defmareft à donner des remarques ,
il combine les efforts des anciens avec ceux
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
dés obfervateurs de notre tems. Il a fuivi
auffi ce plan dans les deux dernieres fections
de fon difcours préliminaire , qui
comprend un extrait raisonné des deux volumes.
Nous l'allons fuivre dans le compte
que nous nous propofors de rendre du
recueil.
On voit à la tête de l'ouvrage , des
éclairciffemens de l'Editeur fur les thermométres
de M. Hauksbée , & lá defcription
de la machine pneumatique du Phy
ficien Anglois. On y a joint un précis hiftorique
des différentes réformes que cette
machine a éprouvées depuis Otto de Guericke
jufqu'à préfent.
Le chapitre premier a pour objet la pefanteur
des corps . M. Hauksbée examine
d'abord par quelle force les molecules des
corps folides , quoique d'une pefanteur
fpécifiquement plus confidérable que les
liqueurs qui les décompofent , y font fontenues
& y nâgent. Il combat les Phyficiens
qui avoient cru trouver le dénouement de
cette fufpenfion dans l'augmentation des
furfaces qu'acquierent les corpufcules diffous.
M. Defmareft difcute les vûes que
différens Phyficiens ont propofées fur cette
fingulariré hydroftatique , & rapporte ce
phénomène à la même caufe qui éleve les
liqueurs dans les tubes capillaires . Le fe
DECEMBRE . 1754. 151
cond article de ce chapitre préfente les
procédés & les réfultats des expériences
-faires pour déterminer les pefanteurs fpécifiques
de l'or , de l'argent , du cuivre ,
du plomb & du fer , & leur proportion
avec un égal volume d'eau : Î'Editeur expofe
les principes d'hydroftatique fur lefquels
font fondées ces déterminations. Les
deux articles fuivans offrent des obfervations
, par lesquelles M. Hauksbée évalue
la quantité de la réſiſtance que l'air oppofe
aux corps qui s'y meuvent , foit dans
leur chute , foit dans leur réflexion. On
trouve dans les remarques quelques principes
de la théorie de la réſiſtance des fluides
, & des méthodes pour l'évaluer à cháque
inftant de la chûte.
Dans le chapitre fuivant , on a renfermé
les obfervations fur l'air. Il eft queftion
d'abord d'une expérience , par laquelle
on s'affure de la quantité d'air produite
par une certaine dofe de poudre à canon ;
enfuite on voit un procédé très -fimple
pour déterminer le rapport du poids de
l'eau avec celui d'un pareil volume d'air .
que l'on dit être celui d'un à huit cens.
M. Hauksbée , en examinant & rappellant
à des réfultats précis les phénomenes
des hémispheres de Magdebourg , affure
tque ces effets à la preffion de l'atmoſphe-
Gi
152 MERCURE DE FRANCE.
re. Il combat autant les partifans actuels
de la matiere fubtile que les raifonnemens
antiques de ceux qui de fon tems foutenoient
encore le lien funiculaire des parties
erochues de l'air . C'étoit de ces imaginations
futiles , enfantées plutôt par le befoin
d'expliquer que par la conviction de l'expérience.
L'article quatrieme contient le détail
curieux d'une expérience intéreffante fur
la dilatation & la condenfation de l'air
comparées avec celles de l'efprit de vin.
Par ce procédé , M. H. a reconnu que l'expanfion
de l'air , depuis le terme de la glace
jufqu'au plus grand dégré de la chaleur
de l'été dans le climat d'Angleterre , eft
dans le rapport de fix à fept , & depuis le
plus grand froid jufqu'au plus grand chaud
du même climat , dans le rapport de Lept à
huit. M. D. rapproche de cet effai curieux
les expériences relatives de MM . Amontons
, Bernoulli , Muffchenbroeck , & les
autres obfervations de ce chapitre , concernent
le reffort de l'air , la maniere dont
certaines vapeurs rendent ce fluide funefte
& peu propre à la refpiration , le méchanifme
par lequel les courans rapides , l'air
dans les ouragans , ébranlent le mercure
des barometres & affectent l'économie animale
. Toutes ces expériences font appré
DECEMBRE. 1754 153
ciées dans les notes & dans le difcours
préliminaire. Le dernier article contient
le détail d'une expérience importante fur
la réfraction des rayons de lumiere , en paffant
obliquement de l'air ordinaire dans le
vuide de la machine pneumatique. M. Def
mareft a recueilli toutes les circonftances.
qui ont rendu cette expérience fameuſe ,
& les conféquences intéreffantes qu'on en
a tirées par rapport aux réfractions aftronomiques.
Le troisieme chapitre renferme en XVIII
articles les expériences de M. H. fur la lumiere
électrique. Il eſt le premier qui ait
examiné avec attention , & d'une maniere
fuivie , ces phénomenes. Dans tout ce travail
, qui prouve un Phyficien auffi infati
gable que plein de fagacité , il développe
les effets de la lumiere électrique par rap
port aux différens corps qui en font fuf
ceptibles , tels que la laine , l'ambre , fes
matieres graffes & réfineufes , & enfin le
perre. Je dis le verre , car c'est à M. Haukfbée
que nous fommes redevables de la
premiere application des globes , des cylin
dres & des tubes de verre aux expériences
électriques. Avant lui le verre étoit relé
gué parmi les corps dont la vertu électrique
étoit peu confidérable. Il faut voir
dans l'ouvrage même la maniere dont M,
G.v
154 MERCURE DE FRANCE.
Hauksbée diverfifie les appareils des expériences
afin de varier les phénomenes.
La lumiere électrique entre les mains du
Phyficien Anglois , produit des ramifications
, des jets variés ; elle augmente même
au point de devenir un feu réel , & de
s'annoncer par des pétillemens marqués ,
des étincelles brûlantes & phofphoriques.
Nous paffons au chapitre fuivant , où l'on
trouve les expériences qui concernent particulierement
l'électricité. On voit en parcourant
les articles de ce chapitre , que M.
Hauksbée a apperçu les attractions & les répulfions
des effluvia , leur plus grande force
dans certains tems favorables , & lorfque le
tube étoit plein d'air ou échauffé : il a remarqué
quels étoient les corps qui admettoient
les émanations électriques & ceux qui les
interceptoient ; que deux corps inabibés du
même fluide , fe fuyoient ; que les corps
qui flottoient dans l'atmofphere du tube
échauffé , en abandonnoient le tourbillon
pour s'attacher alternativement aux corps
extérieurs & y rentrer ; qu'enfin les couches
de l'atmoſphere que les corps flottans occupoient
, étoient d'autant plus éloignées
du corps électrique qui en étoit le centre ,
que ce corps avoit un dégré de l'électricité
plus marqué. Il s'eft affuré par des fils , que
les émanations électriques formoient des
DECEMBRE. 1754. 155
rayons divergens en fortant des globes &
des cylindres, & des rayons convergens dans
leur affluence ; enfin il a vu que les corps
réfineux , par la chaleur de la fufion ,
contractoient une vertu attractive trèsconfidérable
: il a obfervé les variétés
que le vuide apportoit aux effets des globes
& des tubes ; la permanence de l'électricité
dans les corps frottés , le bruiffement
, les piquures fenfibles , la fluctuation
des effluvia , & c. Toutes ces vérités
établies folidement , & tant d'autres chofes
qu'il a entrevûes , doivent être confidérées
comme lui étant propres , & comme des découvertes
qui font par rapport à lui des vûes
neuves & non des répétitions monotones
d'obfervations faites avant lui , ou des imitations
ferviles de procédés mis en ufage.
Il fuffit de jetter un coup d'oeil fur l'état
où étoit alors cette partie de la Phyfique ,
pour fentir jufqu'où la fagacité angloife a
conduit notre Phyficien , & le peu de fecours
qu'il a tiré des Phyficiens qui l'ont
précédé dans la carriere .
M. Dufay , dans fon travail fur l'électricité
, s'étoit attaché à répéter les expériences
de M. Hauksbée , pour fe mettre ,
comme il le déclare , fur la voye. Tous les
éclairciffemens que l'Editeur a pu trouver
dans les mémoires de l'Académicien Fran-
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
çois , font partie des Commentaires qu'il a
joints au texte , & ces éclairciffemens ont
un nouveau mérite d'être rapprochés des
détails de M. Hauksbée . M. Defmareft n'a
pas négligé de faire ufage des lumieres
que les Phyficiens Anglois , Allemands &
François ont répandues de nos jours fur
les queſtions qu'il s'eft propofé de traiter.
Le dernier chapitre du premier volume
renferme différentes expériences fur les
variétés de la lumiere des phofphores dans
le plein & dans le vuide. Nous ne nous
arrêterons pas fur ces questions , quelque
intéreffantes qu'elles foient.
Nous obferverons feulement avec M.
Defmareft , que les fyftêmes de certains
Cartéfiens , qui pour expliquer la lumiere
des barometres faifoient choquer le fecond
élément de Deſcartes contre le premier
dans les vibrations du mercure , n'ont que
trop d'analogie avec le choc de deux courans
, qui fait la bafe de quelques hypothè
fes que des modernes ont voulu accrédirer.
Ce font d'autres termes , mais le méchaniſme
eft le même. Tant il eft vrai que
l'efprit de fyftême n'a rien enfanté de nouveau
, & que les idées hypothétiques fe
font préſentées avec autant de développement
aux anciens qu'aux modernes. En cela
donc nous n'avons rien , nous n'aurons
DECEMBRE. 1754. 157
rien qu'ils n'ayent eu : nos avantages fur
eux font dans les faits & dans la maniere
de les combiner.
Jufqu'ici nous n'avons parlé que du premier
volume. Le chapitre premier du fecond
contient des expériences fur l'aſcenfion
des liqueurs dans des efpaces capillaires
, & fur les loix de cette fingularité hydroftatique.
Nous y voyons l'eau s'élever
dans des tubes capillaires de différens calibres
dans le vuide , comme à l'air libre , en
raifon inverfe des diametres donc l'air
ne contribue en rien à cet effet . M. D. difcute
dans une note quelques difficultés
fpécieufes de certains Phyficiens modernes
qui prétendoient que l'air y avoit part , &
fait difparoître toute influence de l'air . La
preflion fupérieure des colonnes collatérales
eft détruite de même. Les fyphons capillaires
font affujettis aux mêmes loix que
les tubes , comme on le fait voir dans une
remarque.
Les Phyficiens n'ont employé commumément
dans leurs expériences que des tubes
capillaires cylindriques : mais comme
la nature , malgré fa fimplicité , varie prefque
à l'infini fes opérations & la forme
des agens qui y concourent , & qu'elle préfente
des cavités capillaires de différentes
moulures , pour ainfi dire , il étoit impor158
MERCURE DE FRANCE.
tant qu'on eût des obfervations qui pulfent
offrir des caracteres d'analogie & de comparaifon.
C'eft dans ces vûes que M. Haukfbée
s'eft attaché à comparer les phénomenes
des tubes ou cavités cylindriques avec
ceux des efpaces prifmatiques , & il a reconnu
les mêmes loix . Nous voyons différentes
efpeces de liqueurs s'élever entre
deux lames de verre & de cuivre , entre
deux plans de marbre polis , à une hauteur
qui est toujours en raifon inverfe des diftances
des plans. M. H. a employé non feulement
des plans paralleles , mais des plans
qui s'écartant fous un angle quelconque ,
préfentoient à chaque point de nouvelles
diftances. Les liqueurs dans lefquelles il
les plongeoit , s'élevoient différemment ,
c'eft à-dire que la hauteur de chaque colonne
de liqueur étoit à chaque point en
raifon réciproque à la diftance des plans.
Toutes les colonnes réunies formoient par
leurs parties fupérieures une courbe hyperbolique,
une des afymptores étant la furface
du liquide, & l'autre la ligne de la réunion
des deux plans. M. H. varia encore
l'appareil fur une lame de verre placée horizontalement
; il laiffa tomber une goutte
d'huile , enfuite il y appliqua une autre
lame obliquement par une de fes extrêmiés
, la bailfant infenfiblement par l'autre
DECEMBRE . 1754 159
juſqu'à ce qu'elle touchât la goutte d'huile;
cette goutte pour lors fe porta vers le point
de réunion des plans avec un mouvement
qui s'accélera toujours . Newton a donné
ce phénomene comme une preuve de l'attraction
, c'est-à- dire d'une caufe dont on
a befoin de faire encore l'apologie auprès
de certains Phyficiens intolérans . M. D.
développe dans des remarques les vûes de
Newton , & fait voir de plus par le fecours
de la Géométrie , qu'en réuniffant les momens
qui agiffent dans deux directions , leur
fomme, ou la diagonale qui les repréfente ,
eft d'autant plus confidérable que l'angle
des directions de ces forces eft plus petit ;
par là il explique l'accélération du mouvement
de la goutte d'huile. Il montre auffi
par contrafte l'inutilité & le peu de fuccès
de l'impulfion appliquée à ces phénomenes.
A la fuite de tous ces articles viennent
les réflexions de M. H. fur la caufe de l'élévation
des liqueurs dans les tubes ; c'eſt
une hypothèſe où l'attraction figure comme
l'agent principal. M. Defmareft ajoute
à ces réflexions une hiftoire critique des
principales hypothèſes que l'on a formées
pour rendre raifon de ces phénomenes.
Cette hiftoire eft divifée en trois parties ,
qui comprennent autant de claffes de fyf160
MERCURE DE FRANCE.
têmes difcutés avec étendue , M. D.expoſe
à la fin de cette difcuflion le fyftême de M.
Veitbrecht , qui occupe le quart du volume.
En développant par propofitions ce ſyſtème
, M. D. n'a pas prétenda s'expofer au
reproche que l'on fait à certains difciples
de Newton , qui mettant l'attraction partout
fe croyent difpenfés d'expofer comment
elle agit.
Le fecond chapitre comprend les expériences
de M. H. fur le fon & fur fes diffé
rentes modifications, par rapport aux divers
milieux dans lefquels il fe propage : il en
évalue les augmentations & les diminu
tions , fuivant la denfité de l'air & l'éten
due de fa fphere de propagation. L'Editeur
examine dans des remarques quel eft le
concours du reffort de l'air & de fa denfité
par rapport à la force du fon. Il a placé à
la fin du chapitre quatre éclairciffemens
étendus ; le premier , fur les erreurs aufquelles
peut conduire la fuppofition du
mouvement d'ondulation dans l'air pour
expliquer les phénomenes du fon , & fur la
néceffité d'admettre le feul mouvement de
reffort dans ce fluide. Dans le fecond , on
examine quelle variation peut éprouver la
propagation du fon par le froid & le chaud
Un troifieme éclairciffement donne une
idée fuccinte des fyftêmes harmoniques des
1
DECEMBRE. 1754. 16r
fpheres. On s'inftruit de ces fçavantes chimeres
pour avoir le droit de les apprécier.
Tel eft le ton avec lequel M. Defmareft en
fait envifager l'utilité que nous en pouvons
retirer. Ces fyftêmes prétendus harmo-
» niques , dit- il , que nous regardons avec
»raifon comme des chimeres , & qui oc-
» cupoient les meilleures têtes du tems de
» leur fortune , doivent nous faire regarder
» prefque du même oeil , ou au moins avec
»défiance , ces hypothèfes féduifantes qui
» ne prouvent que la témérité de leurs au-
» teurs. Sommes-nous plus fages que les
» anciens l'hiftoire de leurs fautes de-
» vroit naturellement produire cet effet..
"
Nous ne nous étendrons pas fur les deux
chapitres fuivans. Dans le premier, on trouve
des expériences fur l'eau ,fur fon poids ,
fur les phénomenes de fa congélation , far
celle des liqueurs fpiritueufes , fur l'état
des poiffons dans l'eau , & fur la maniere
dont l'air y eft parfemé , &c. Toutes ces
queftions font éclaircies dans des notes . Le
dernier chapitre comprend des obfervations
fur la réfraction des rayons de lumiere
, en traverfant différens fluides gras.
On ajoute dans les remarques vingt - deux
autres fluides examinés par Newton , &
l'on y développe la théorie de ce grand
Géometre fur la réfraction. La feconde ob152
MERCURE DE FRANCE,
fervation concerne le mêlange de deux liqueurs
, dont les volumes fe confondent en
partie par la pénétration . L'Editeur y a
joint le détail raifonné des expériences de
M. de Reaumur , fur un femblable phénomene.
La maniere d'évaluer la force de
l'aimant à différentes diftances , eſt expliquée
dans le troifieme article. On a dans
les remarques un recueil de toutes les expériences
des Phyficiens Anglois & autres
fur cette queftion délicate ; enforte que
les efforts des fçavans s'y trouvent rapprochés
, ainfi que leurs contradictions. M.
Defmareft a ajouté deux articles qu'il a traduits.
Le premier , fur la réfiftance qu'op.
pofe l'air à la pouffiere de malt , qui y flotte;
& l'autre fur l'arrangement des différentes
couches d'une mine de charbon. Ce
dernier article donne lieu à des notes fur
les efpeces de charbons dont il eft parlé ,
& à l'examen de la maniere dont les empreintes
des végétaux fe font formées fur
·les pierres des minieres. On y trouve auffi
des réflexions fur la difpofition relative
des différentes fubftances , & enfin fur leur
parallélifme. M. Defmareft s'attache fur
ces points à des obfervations générales ,
aux faits réguliers & conftans. » Sans nous
» hazarder , dit - il , à former des hypothè
pfes , où l'imagination , en fuppléant ag
DECEMBRE . 1754 163
, vrai , le défigure toujours , nous nous
»bornons à ces obfervations générales , qui
» font peut- être les feuls fyftêmes permis.
Fermer
Résumé : « EXPERIENCES Physico-méchaniques de M. Hauksbée, traduites par feu M. de [...] »
Le texte présente les expériences physico-mécaniques de M. Hauksbée, traduites et révisées par M. Defmareft, structurées en deux volumes. L'ouvrage est organisé méthodiquement en chapitres thématiques tels que la pesanteur, l'air, l'électricité et les tubes capillaires, facilitant ainsi la compréhension du lecteur. M. Defmareft a mis à jour les expériences de M. Hauksbée, réalisées il y a près de quarante ans, en intégrant des connaissances plus récentes pour confirmer ou contredire les observations initiales. Il a également ajouté des remarques historiques sur les sujets traités. Le premier chapitre traite de la pesanteur des corps, examinant les forces qui maintiennent les molécules des solides dans les liquides. M. Defmareft discute des vues de divers physiciens sur ce phénomène et le rapporte à la même cause qui élève les liquides dans les tubes capillaires. Le deuxième chapitre aborde les observations sur l'air, incluant des expériences sur la quantité d'air produite par la poudre à canon et le rapport de poids entre l'eau et l'air. M. Hauksbée confirme les effets de la pression atmosphérique et combat les théories anciennes sur la matière subtile. Le troisième chapitre se concentre sur la lumière électrique, avec des expériences détaillées sur les effets de la lumière électrique sur différents corps. M. Hauksbée est crédité pour ses découvertes sur les propriétés électriques du verre. Le quatrième chapitre explore l'électricité, avec des observations sur les attractions et répulsions des effluves électriques, et les effets du vide sur les expériences électriques. Le texte mentionne également les contributions de M. Dufay, qui a répété les expériences de M. Hauksbée, et les éclaircissements apportés par M. Defmareft à partir des mémoires de l'Académie Française. Le deuxième volume traite de l'ascension des liquides dans des espaces capillaires, discutant des lois hydrostatiques et des observations sur différentes formes de cavités capillaires. M. Hauksbée a étudié l'élévation des liquides entre des plans parallèles ou inclinés, observant que la hauteur des colonnes de liquide est inversement proportionnelle à la distance entre les plans, formant une courbe hyperbolique. Il a également examiné le comportement d'une goutte d'huile entre deux lames de verre, phénomène expliqué par Newton comme une preuve de l'attraction. M. Defmarets a développé les vues de Newton en utilisant la géométrie pour expliquer l'accélération du mouvement de la goutte d'huile. Le texte mentionne également des réflexions de M. Hauksbée sur la cause de l'élévation des liquides dans les tubes, hypothèse où l'attraction joue un rôle principal. M. Desmarets ajoute une histoire critique des principales hypothèses formulées pour expliquer ces phénomènes, divisée en trois parties discutant différentes classes de systèmes. Un chapitre est dédié aux expériences de M. Hauksbée sur le son et ses modifications dans divers milieux, évaluant les augmentations et diminutions en fonction de la densité de l'air et de l'étendue de la sphère de propagation. L'éditeur examine le concours de la résistance de l'air et de sa densité par rapport à la force du son. Le texte aborde également des expériences sur l'eau, son poids, la congélation, les poissons dans l'eau, et la réfraction des rayons lumineux à travers différents fluides. Des observations sur la force de l'aimant à différentes distances sont également présentées, ainsi que des articles sur la résistance de l'air à la poussière de malt et l'arrangement des couches dans une mine de charbon. M. Desmarets se concentre sur des observations générales et des faits constants, évitant les hypothèses spéculatives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
9646
p. 163-173
« TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Début :
TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...]
Mots clefs :
Diction, Style, Rhétorique, Manière de bien parler, Phrase, Grammaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
TRAITÉ de la Diction , par M. Eſteve ,
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
de la Société royale des Sciences de Montpellier
, vol. in - 12 , 1755. A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , &c .
Il ne faut rien moins qu'un efprit exercé
dans les fciences abftraites pour faire de
nouvelles découvertes fur la diction . Arif.
rote , Ciceron , Quintilien ont également
écrit fur cette matiere . Au jugement de
M. de Fenelon , nous ne pouvons mieux
faire que de copier ce que ces Auteurs en
ont dit ; mais ce que nos écrivains modernes
n'avoient pas feulement vû , M.
Efteve vient de l'exécuter. Son ouvrage
-eft divifé en deux livres ; le premier traite
des principes effentiels de la diction , &
le fecond des différens ftyles . Il recherche
quelles font les vraies perfections des élémens
de la phrafe ; enfuite il examine la
phrafe en elle-même. Ce font là les matériaux
dont il fait ufage pour conftruire le
fyſtème général des diverfes manieres de
s'énoncer. Ce n'eft pas ici un ouvrage de
grammaire , mais plutôt un traité philofophique
fur l'art de bien parler & de bien
écrite dans toutes fortes de langues. On
164 MERCURE DE FRANCE.
trouve dans cette production antant de
méthode que dans un ouvrage de Géométrie
, & autant de clarté que dans un ouvrage
pur agrément : pour l'invention
on ne fçauroit la difputer à l'auteur , car
il n'y a aucun modele en ce genre.
de
Nous avons dit qu'il falloit diftinguer
cette production philofophique de tout ce
qu'on nous a donné jufqu'à préfent fur la
grammaire : nous allons rapporter ce qu'en
dit l'Auteur. Ce ne font point ici les
principes raifonnés de la grammaire ni
l'art de parler correctement ces con-
» noiffances préliminaires , je les fuppofe
» dans mes lecteurs, La déclinaifon des
» verbes & des noms , les irrégularités , en
» un mot tout ce qui appartient à la grammaire
doit être connu. Dans un traité de
la peinture il n'eft point néceffaire de re-
» chercher la nature des diverfes couleurs ,
il faut les fuppofer déja broyées & arrangées
fur la palette : nous en ufons de
même dans le traité de l'art de la diction.
Auffi tout ce que nous y difons
peut également convenir à la Langue La-
» tine , Françoife ou Allemande , ou plus
» généralement à toutes les langues anciennes
& modernes.
Le peu d'étendue que nous donnons à
mos extraits ne nous permet pas de fuivre
DECEMBRE. 1754. 165
l'Auteur dans toutes les réflexions qui naiffent
fous fa plume ; nous nous contenterons
de citer quelques morceaux , qui feront
connoître le ftyle & la maniere dont
cet ouvrage eft exécuté .
n
"
En parlant de l'harmonie du difcours ,
l'Auteur compare une période à un air de
mufique. » Ne faut-il point dans une pe-
»riode diftribuer certains repos pour la
voix , exprimer un fentiment , n'introduire
aucune difparate entre les fons qui
doivent fe fuivre , faire annoncer les
» dénominations les unes par les autres ,
ne préfenter les plus grands effets qu'après
ceux qui doivent les préparer , enfin
répandre un accord & une unité d'expreffion
? &c. « Cette comparaifon ainfi
détaillée , eft neuve , & retrace au jufte la
plus grande partie des regles que l'écrivain
doit fe prefcrire. Dans le premier livre
l'Auteur parle des images , de la chaleur
qu'on doit leur donner , des termes
figurés , de la métaphore , de l'allégorie ,
de la périphrafe , des termes négatifs , des
épithetes , des adjectifs , comme auffi des
inverfions & des tours de phrafe , de
l'harmonie du difcours , & de la variété
dans le ftyle. Le fecond Livre , ainſi que
nous l'avons déja dit , traite de toutes les
différentes efpéces de ſtyle qui ont du ca- `
166 MERCURE DE FRANCE.
ractere. Le premier dont il eſt queſtion , eſt
le ftyle fimple. Voici comme l'Auteur entre
en matiere.
»
n
30
» Les anciens ont fait des éloges éton-
» nans du ftyle fimple , qu'ils appelloient
Attique : ils lui donnerent ce nom , par-
» ce que c'étoit le feul territoire d'Athènes
» qui le produifoit . Lorfque les Athéniens
»repréfentoient les Graces , ils les laif-
»foient toutes nûes , fans aucune forte de
» vêtement ; voilà le modele de leur fty-
» le .... Le ftyle fimple pourroit être appellé
le langage de la pure raifon . Rempli
de fentimens nobles & vrais , il ne
»fe permet ni les antithèfes froides & érudiées
, ni les comparaifons fauffes & déplacées
, ni l'enchantement puerile des
figures brillantes d'une fauffe Rhétorique
la peinture exacte des objets , la
» nobleffe & l'élégance de la diction , la
force du raifonnement , la beauté effentielle
du fujet ; voilà la diftinction en-
» tiere du langage que devroient parler les
"
93
"
"
39
hommes.
Cé ftyle fimple eft divifé par l'Auteur
en ftyle fublime & ftyle naïf ; chacun de
ces ftyles eft traité dans un chapitre en particulier.
Dans celui qui traite du ftyle fublime
, l'Auteur compare la maniere d'écrire
de Racine avec celle de Corneille. Après
DECEMBRE. 1754. 167
»
avoir cité plufieurs exemples de l'un & de
l'autre écrivain , M. Efteve dit : » voilà
» encore une peinture ( il eft queftion de
quelques vers de Racine ) , mais faite
dans un autre goût que celle de Cor-
» neille. Ce dernier eft un torrent qui ravage
tout , & précipite fa courfe , la for-
» ce de fon
éloquence l'entraîne fans ceffe
» malgré lui même , on diroit que les mots
» ne font que le fuivre de loin ; mais Ra-
» cine
développe fes couleurs , il les étend ,
» il colorie , il
répréfente au vrai tout ce
» qu'il peint , il fait par les feuls mots des
répréfentations plus
parfaites que ce
» qu'on croiroit pouvoir jamais attendre
de l'art de la diction.
33
» Rien n'eft au -deffus des
fentimens
» élevés que Corneille donne à fes héros :
c'eft la nature dans fa plus grande force
» & dans fa plus belle
fimplicité ; car je
» ne parle ici que des grands traits de gé-
" nie , qui lui affurent
l'admiration de tous
» les fiécles ; il eft vrai que la vive lumiere
» de fon
éloquence s'eft
quelquefois éclip-
» fée. Ces hommes qu'il fait parler & dont
» l'ame paroît dans certains
intervalles fi
grande , fi éclairée , & fi fublime , nẹ
» fe
foutiennent pas
toujours dans cette
région élevée &
lumineufe : on les ap-
» perçoit affez ſouvent
defcendre parmi le
"
168 MERCURE DE FRANCE.
»vulgaire ; alors ils ne font plus une fource
de vive lumiere qui éclaire tout ce
qui les approche , on diroit plutôt qu'ils
» ne fe conduifent que par une lueur foi-
» ble & empruntée.
Nous ne pouvons qu'annoncer les idées
de l'Auteur. Il parcourt tous les ftyles , il
en montre les beautés & les défauts. Le
ftyle ingénieux , le ftyle brillant , le ſtyle
fleuri , le ftyle qui peint , le ftyle qui ne
peint point , le ftyle oriental , le ftyle découfu
, tout eft traité par ordre & avec
précifion . Nous nous contenterons de citer
un des traits qui terminent l'ouvrage , &
dont le lecteur pourra faire aisément l'application.
» S'il y avoit une nation qui , peu capable
de raifonnemens fuivis , ne recherchât
jamais la jufteffe dans la fucceffion
des idées ; fi une feule phrafe bien tour-
» née fuffifoit à la capacité de cette na-
» tion , le ſtyle découfu y paroîtroit avan-
» tageufement. Un écrivain , pour con-
» tenter le lecteur , négligeroit le plan &
la fuite de l'ouvrage , pour ne s'occuper
* que du tour brillant d'une penfée. A
cette premiere penfée , il feroit fuccéder
» celle qui fe préfenteroit d'abord à fon
imagination , quoiqu'elle n'eût fouvent
aucun rapport avec celle qui doit la pré-
33
céder
DECEMBRE. 1754. 169
céder ; ce feroit là le grand art d'amufer
»des efprits frivoles. Car une imagination
légere préferera toujours l'éclat d'une
phrafe ifolée à un difcours fuivi , dont
toutes les parties font faites les unes pour
les autres , & qui par- tout également vif
» & preffant , ne montre pas mal à propos
des ombres qui fervent à relever une
fauffe lumiere.
HISTOIRE & commerce des Colonies
'Angloifes dans l'Amérique feptentrionale.
ALondres ; & fe trouve à Paris , chez Lebreton
, Defaint , Piffot , Lambert. 1754
in-12. 1 vol.
Il nous paroît qu'on n'a pas faifi jufqu'ici
la vraie maniere d'écrire l'hiftoire des colonies
: on n'a prefque parlé que des guerres
qui avoient été entreprifes pour s'y établir
, ou qu'on a été forcé de foutenir pour
s'y maintenir. Comme le but de ces établiſſemens
eft moins la gloire que l'utilité ,
il auroit fallu paffer rapidement fur les événemens
militaires , & s'arrêter à la fituation
, aux productions , aux moeurs , au
gouvernement , à tous les avantages qu'on
retire & qu'on pourroit retirer des pays
éloignés dont on parle. L'Auteur de l'hiftoire
des Colonies Angloifes a parfaitement
rempli l'idée que nous propofons. Il dit
11. Vol. H
170 MERCURE DE FRANCE .
tout ce que les négocians & les politiques
peuvent defirer de fçavoir fur le fujet qu'il
traite , & il le dit d'une maniere convenable
à la matiere qu'il traite. Nous connoillons
affez les fources où il a puifé ,
pour affurer quelles font très bonnes. Cet
Ecrivain , ou quelqu'autre auffi inftruir ,
devroit bien nous donner dans le même.
goûtd'hiftoire de nos lles fous le vent , les
plus belles colonies de l'univers , fans en
excepter le Pérou & le Mexique.
NOUVEAU Commentaire fur les ordonhances
des mois d'Août 1669 , & Mars
1673 , enſemble fur l'édit du mois de
Mars 1673 , touchant les épices. Par M.
***. Confeiller au Préfidial d'Orléans. A
Paris , chez Debure l'aîné , quai des Auguftins.
1754. in- 12. 1 vol. Ce livre fe
vend liv. 12 fols.
L'Ordonnance de 1669 traite des évocations
, des réglemens de Juges en matiere
civile & criminelle , des Committimus ,
des Lettres d'Etat & de répit. L'Ordonnance
de 1673 a pour objet le commerce.
Elle traite des apprentifs négocians & marchands
, des agens de banque , & courtiers
, des livres & registres des négocians
, marchands & banquiers , des faciétés
, des lettres & billets de change & proDECEMBRE.
1754. 175
melles d'en fournir , des intérêts de change
& de rechange , des contraintes par
corps , des féparations de biens , des défenfes
& lettres de répi , des ceffions de
biens , des faillies & banqueroutes , de la
jurifdiction des Confuls. Le même auteur
nous a donné il y a deux ans des commentaires
courts , clairs , & très- inftructifs fur
les ordonnances civiles & criminelles.
Ces quatre ordonnances feront toujours
regardées comme un des plus beaux monumens
du regne de Louis XIV. L'Europe entiere
en a fenti le prix , & en a retiré les plus
grands avantages. Il faut efpérer que l'étude
de nos loix ne tardera pas à nous paroître un
objet digne de nous occuper. Notre nation
a pouffé fi loin depuis vingt ans la théorie
& la pratique des finances , du commerce
, de la guerre , de la politique ,, de toutes
les connoiffances qui peuvent intéreffer
fa gloire , fon bonheur ou fon opulence
, qu'elle est devenue dans les chofes importantes
, comme elle l'a toujours été dans
lés agréables , un objet d'émulation pour
les peuples qui fe conduifent avec le plus
de circonfpection & de fagefle . On nous
reproche cependant encore avec raifon l'ignorance
de notre droit public & de notre
jurifprudence. Les fecours fürs & faciles
qu'on nous préfente , nous détermineront
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
fans doute à acquerir des lumieres qu'il
eft honteux & très- dangereux de ne pas
avoir.
Le bon Jardinier , Almanach pour l'année
1755 , contenant une idée générale
des quatre fortes de jardins , les regles pour
les cultiver , & la maniere d'élever les plus
belles fleurs. A Paris , chez Guillin , quai
des Auguftins , au Lys d'or. 1755 .
Cet Almanach qui n'étoit prefque l'an
dernier qu'un catalogue , eft devenu un
Quvrage plein de recherches & de détails
agréables fur la matiere qui y eft traitée.
On y trouvera de l'inftruction & de l'amufement.
LE College des Jéfuites de Toulouſe , où
les études font excellentes , a faifi l'occafion
de la diftribution des prix pour faire
représenter une paftorale héroïque à la
louange du Roi. Le P. Badon qui , à ce
qu'il nous paroît , eft chargé ordinairement
de ces actions d'éclat , & qui juftifie
le choix qu'on fait de lui , fait célébrer par
les bergers qu'il introduit fur la fcene , la
juftice des armes du Roi , fa douceur , fa
modération dans la victoire , fes conquêtes
, la journée de Fontenoy , la paix d'Aix-
12- Chapelle , la nobleffe accordée aux Of
DECEMBRE. 1754. 173
ficiers , l'établiſſement de l'Ecole Militaire
, &c. Les éloges de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dau
phine , de Mefdames fuivent naturelle
ment. La paftorale eft terminée par la joie
générale que la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Berri a répandu parmi les François
, & par des voeux pour la gloire de
ce jeune Prince.
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Résumé : « TRAITÉ de la Diction, par M. Esteve, de la Société royale des Sciences de Montpellier [...] »
Le texte présente plusieurs ouvrages et sujets divers. Le 'Traité de la Diction' de M. Esteve, membre de la Société royale des Sciences de Montpellier, publié en 1755, explore les principes essentiels de la diction et les différents styles. Divisé en deux livres, le premier traite des éléments de la phrase et de la construction du discours, tandis que le second examine les diverses espèces de style, telles que le style simple, sublime et naïf. Esteve compare la diction à la musique, soulignant l'importance de l'harmonie et de la variété dans le discours. Il distingue également les styles de Racine et de Corneille, mettant en avant leurs approches différentes de l'éloquence. Le texte mentionne également d'autres publications, comme l''Histoire & commerce des Colonies Angloises dans l'Amérique septentrionale', qui se concentre sur les aspects utilitaires des colonies plutôt que sur les conflits militaires. Un 'Nouveau Commentaire' sur les ordonnances des mois d'août 1669 et mars 1673, ainsi que sur l'édit de mars 1673 concernant les épices, est également présenté. Cet ouvrage traite des réglements juridiques et commerciaux sous le règne de Louis XIV. Enfin, le texte évoque le 'Bon Jardinier', un almanach pour l'année 1755, qui offre des conseils sur la culture des jardins et l'élevage des fleurs. Il mentionne également une pastorale héroïque représentée par le Collège des Jésuites de Toulouse, célébrant les vertus et les conquêtes du roi.
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9647
p. 173-175
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Début :
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti, [...]
Mots clefs :
Cerveau, Imagination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU ,
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
Fragment d'un Poëme Latin fur l'imagination.
Quà cerebrum exigui vallatur fornice tecti ,
Innumeræ celantur opes ; hic fpiffa frequentes
Denfat fylva fibras & inextricabile textum
Hic vaga fpirituum rapidoque exercita curfu
Turba per anguftos refluitque fuitque canales ,
Quæfimul ac variis huc illuc flexibus errans
Trita redorditur veftigia , plurima mentem
Occupat effigies fimulachraque dædala rerum.
Sed neque fpiritibus natura eft una creandis ,
Namque olli craffo male pingues corpore cæcos
Agrè aditus penetrant obnixi & mollia furdo
Impere flexilium quaffant ramenta fibrarum.
Tenuior eft aliis exutaque pondus & omnes
Carpere prompta vias agilifque in verbera moles.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
Præcipitant alii & rapido fe turbine torquent.
Ignea gens ; pars lenta gradu fe motat inerti
Cun&tatrix , paffimque ignavo frigore torper.
Pars fluit uberior fæcundoque amne tumentes
Diftentat nervos ; pars circumcurfat inanes
Rara canaliculos & inania regna pererrat.
Eft quoque quod vario difcriminet ordine -
bras.
Pars riget indocilis crebro incurvefcere pulfa
Spirituum & certis infcribi ex ordine fulcis.
Pars quoque fæmineo plerumque innata cerebre
Flexura patiens inflexa repentè refultat ,
Aut refugo properat fubfidere lubrica lapfu
at declinatos fruftratur molliter ictus.
Pars male laxa jacet fluitantibus obfita guttis
Quæ nimio bibulas oppleat humore lacunas ;
Naufragus alveolis vix denique fpiritus arctis
Enatat ; implicitis coëunt veftigia ramis.
Sunt etiam veterum rugarum apprima tenaces ;
Namque ufu longo fenioque retorrida pellis
Aruit , inque novos metuit lentefcere flexus.
Sunt graciles quas pauca vago corpufcula. fluxu
Undatim pulfant , quà pulfant cumque fequaces ;
Ut Zephyrus tremulas hinc inde fupinat ariftas
Et flabris vibrat ludentibus , aurea mellis
Fluctuat & dubios alternat flexilis æftus.
Flexilis ab nimiùm ne fit mihi fylva fibrarum
Neu nimium gracilis neque enim penetrabilis
incus ,
DECEMBRE . 1754. 175
Admittit grandes exili cortice fulcos
Et morfu crebro paulatim exefa fatifcit.
Denfior eft aliis textura & fuftinet ictum
Dùm fidis impreffa notis veftigia rerum
Altiùs infideant , nec quaffam ver bere multo
Tenuia fcindit agens in fegmina fpirituum vis ,&c .
On ne croira pas aisément que les vers
pleins d'énergie & de précision qu'on vient de
lire , foient l'ouvrage d'un homme du monde.
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Résumé : DESCRIPTION PHYSIQUE DU CERVEAU, Fragment d'un Poëme Latin sur l'imagination.
Le poème latin décrit la complexité du cerveau, comparé à un lieu riche en trésors. Il met en avant les fibres nerveuses et leur texture inextricable, ainsi que les esprits ou fluides circulant rapidement à travers des canaux étroits. Ces esprits créent des images et des simulacres représentant diverses choses. Le texte distingue plusieurs types d'esprits : certains sont épais et aveugles, d'autres légers et agiles. Certains esprits sont rapides et tourbillonnants, tandis que d'autres sont lents et inertes. Une partie des esprits distend les nerfs comme un fleuve abondant, une autre erre dans des canaux rares et vides. Le poème évoque également les différentes flexibilités et résistances des fibres nerveuses : certaines sont rigides et résistantes, d'autres flexibles et rebondissantes. Certaines fibres sont lâches et obstruées par des gouttelettes fluides, rendant difficile la circulation des esprits. Le texte mentionne des fibres anciennes et durcies par le temps, ainsi que des fibres graciles et ondulantes. Le poème se termine par une réflexion sur la nécessité d'éviter que les fibres ne deviennent trop fragiles ou trop denses, afin de permettre une circulation optimale des esprits et de préserver les traces des expériences.
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9648
p. 175-178
« La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
Début :
La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...]
Mots clefs :
Gravure, Graveurs, Peintres
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texteReconnaissance textuelle : « La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
А
BEAUX ARTS.
Agravure en général eft un talent ſoumis
, c'eft- à- dire l'imitation d'un autre
Art. Il ne faut pas entendre par ce mot ,
une copie féche & fervile ; car l'Artiſte
Graveur ne réuffit que par les équivalens
qu'il fçait préfenter . L'intelligence & le
talent lui font donc néceffaires pour arriver
par des voies différentes au même but
que le Peintre. Cette définition générale
renferme l'idée d'un travail particulier , &
le travail exige des variétés fans nombre.
Un Graveur eft néceffairementobligé de
les obferver , felon les circonftances ; mais
fon premier devoir eft d'être toujours foumis
à l'imitation du trait , & à la maniere
du Maître. Hiv
376 MERCURE DE FRANCE.
L'hiſtoire & le portrait ne font pas traités
de la même façon par les Peintres ; des
paffions , des malles de lumiere très- étendues
, des grouppes , des payſages , des
ciels , de l'air , de la vagueffe , &c. Toutes
ces chofes font fort oppofées à une compofition
fimple , à une lumiere répandue fur
un feul point , à des ornemens foumis &
faits pour concourir à un feul objet ; voilà
les idées générales de ces deux genres. Un
Graveur doit faire fentir leurs différens
effets , fans avoir d'autres fecours que le
blanc & le noir , & les oppofitions qu'il
peut tirer de la variété de fon travail.
Ces difficultés doivent augmenter par la
réflexion , le mérite que l'on reconnoît à
ceux dont le burin a fçu rendre des effets
fi flatteurs à la vûe ; on doit même fouvent
excufer les Artiftes , & ne reprocher qu'aux
Peintres plufieurs chofes moins heureufes
qu'on remarque quelquefois dans leurs
planches ; car tous les Peintres n'ont pas
l'intelligence ou la patience néceffaires pour
retoucher les épreuves , & conduire un
Graveur à l'avantage de fon Art. Rubens
fera toujours le mieux gravé des Peintres.
Plein de goût & d'intelligence , il a formé
fes Graveurs , il retouchoit les épreuves ,
& les accordoit pour le blanc & le noir ,
& donnoit , pour ainfi dire , une nouvelle
DECEMBRE. 1754. 177
harmonie différente de fon tableau , mais
Toujours conféquente & plus convenable.
M. Rigaud a eu les mêmes attentions &
la même conduite pour la belle collection
de fes portraits qu'il a laiffés à la poftérité.
L'un & l'autre de ces grands Artiſtes fçavoient
que dans quelques fiécles leurs Ou
vrages ne feroient plus connus que par la
gravure , & cette idée vraie & humiliante
en quelque façon pour des hommes qui
ont excellé , n'avoit point encore frappé
les Maîtres célébres qui ont paru dans
le premier fiécle du renouvellement des
Arts ; ils faifoient peu de cas de la gravure,
ils la regardoient comme une copie privée
de plufieurs fecours , & s'embarraffoient
peu de la façon dont elle les traduifoit.
Ces réflexions font occafionnées
par un portrait qui repréfente un homme
Tranquille , & dont le loifir ne prend rien
fur Refprit , car fa tête eft vive & animée ;
il eft peint par M. Nonnote , & gravé par
M. Daulé.
La compofition en eft belle & aifée , &
Pexécution du Graveur eft fçavante & d'un
beau détail. Le travail de la tête & des
mains est jufte & careffé ; le fond & les
accompagnemens font bien traités , ils font
à leur ton , & préfentent les variétés de
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
burin , fi néceffaires dans la gravure . If
feroit peut - être à defirer que la robe de
chambre & la vefte euffent été un peu
teintées pour donner plus de repos au refte
du tableau .
Malgré cette legere critique , pour la
quelle même il faudroit que l'on pût comparer
l'original à l'eftampe , nous pouvons
affurer que c'eft un très - bel ouvrage de
gravure , & qui doit faire honneur à foa
Auteur.
On lit ces Vers au bas de l'eftampe :
Latus inprafens animus , quod ultrà eft
Oderit curare , & amara lento
Temperet rifu..... HOR.
Daulé demeure rue du Plâtre S. Jacques.
BEAUX ARTS.
Agravure en général eft un talent ſoumis
, c'eft- à- dire l'imitation d'un autre
Art. Il ne faut pas entendre par ce mot ,
une copie féche & fervile ; car l'Artiſte
Graveur ne réuffit que par les équivalens
qu'il fçait préfenter . L'intelligence & le
talent lui font donc néceffaires pour arriver
par des voies différentes au même but
que le Peintre. Cette définition générale
renferme l'idée d'un travail particulier , &
le travail exige des variétés fans nombre.
Un Graveur eft néceffairementobligé de
les obferver , felon les circonftances ; mais
fon premier devoir eft d'être toujours foumis
à l'imitation du trait , & à la maniere
du Maître. Hiv
376 MERCURE DE FRANCE.
L'hiſtoire & le portrait ne font pas traités
de la même façon par les Peintres ; des
paffions , des malles de lumiere très- étendues
, des grouppes , des payſages , des
ciels , de l'air , de la vagueffe , &c. Toutes
ces chofes font fort oppofées à une compofition
fimple , à une lumiere répandue fur
un feul point , à des ornemens foumis &
faits pour concourir à un feul objet ; voilà
les idées générales de ces deux genres. Un
Graveur doit faire fentir leurs différens
effets , fans avoir d'autres fecours que le
blanc & le noir , & les oppofitions qu'il
peut tirer de la variété de fon travail.
Ces difficultés doivent augmenter par la
réflexion , le mérite que l'on reconnoît à
ceux dont le burin a fçu rendre des effets
fi flatteurs à la vûe ; on doit même fouvent
excufer les Artiftes , & ne reprocher qu'aux
Peintres plufieurs chofes moins heureufes
qu'on remarque quelquefois dans leurs
planches ; car tous les Peintres n'ont pas
l'intelligence ou la patience néceffaires pour
retoucher les épreuves , & conduire un
Graveur à l'avantage de fon Art. Rubens
fera toujours le mieux gravé des Peintres.
Plein de goût & d'intelligence , il a formé
fes Graveurs , il retouchoit les épreuves ,
& les accordoit pour le blanc & le noir ,
& donnoit , pour ainfi dire , une nouvelle
DECEMBRE. 1754. 177
harmonie différente de fon tableau , mais
Toujours conféquente & plus convenable.
M. Rigaud a eu les mêmes attentions &
la même conduite pour la belle collection
de fes portraits qu'il a laiffés à la poftérité.
L'un & l'autre de ces grands Artiſtes fçavoient
que dans quelques fiécles leurs Ou
vrages ne feroient plus connus que par la
gravure , & cette idée vraie & humiliante
en quelque façon pour des hommes qui
ont excellé , n'avoit point encore frappé
les Maîtres célébres qui ont paru dans
le premier fiécle du renouvellement des
Arts ; ils faifoient peu de cas de la gravure,
ils la regardoient comme une copie privée
de plufieurs fecours , & s'embarraffoient
peu de la façon dont elle les traduifoit.
Ces réflexions font occafionnées
par un portrait qui repréfente un homme
Tranquille , & dont le loifir ne prend rien
fur Refprit , car fa tête eft vive & animée ;
il eft peint par M. Nonnote , & gravé par
M. Daulé.
La compofition en eft belle & aifée , &
Pexécution du Graveur eft fçavante & d'un
beau détail. Le travail de la tête & des
mains est jufte & careffé ; le fond & les
accompagnemens font bien traités , ils font
à leur ton , & préfentent les variétés de
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
burin , fi néceffaires dans la gravure . If
feroit peut - être à defirer que la robe de
chambre & la vefte euffent été un peu
teintées pour donner plus de repos au refte
du tableau .
Malgré cette legere critique , pour la
quelle même il faudroit que l'on pût comparer
l'original à l'eftampe , nous pouvons
affurer que c'eft un très - bel ouvrage de
gravure , & qui doit faire honneur à foa
Auteur.
On lit ces Vers au bas de l'eftampe :
Latus inprafens animus , quod ultrà eft
Oderit curare , & amara lento
Temperet rifu..... HOR.
Daulé demeure rue du Plâtre S. Jacques.
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Résumé : « La gravure en général est un talent soumis, c'est-à-dire l'imitation d'un autre [...] »
Le texte explore la gravure comme un art imitant la peinture, nécessitant intelligence et talent pour reproduire les œuvres originales. Les graveurs doivent adapter leur travail aux circonstances tout en restant fidèles au trait et à la manière du maître. Ils doivent également rendre les différences entre l'histoire et le portrait, en utilisant uniquement le blanc et le noir. Les difficultés de la gravure augmentent avec la réflexion, et le mérite est reconnu à ceux qui réussissent à créer des effets flatteurs. Rubens et Rigaud sont mentionnés pour leur collaboration réussie avec des graveurs, retouchant les épreuves pour harmoniser les couleurs. Le texte cite également un portrait gravé par Daulé, représentant un homme tranquille avec une composition belle et aisée, et une exécution savante. Malgré une légère critique sur les teintes de la robe de chambre et de la veste, l'œuvre est jugée très belle et honorable. Daulé réside rue du Plâtre S. Jacques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9649
p. 178-187
« SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
Début :
SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...]
Mots clefs :
Sculpteurs, Ornements, Orfèvres, Ciseleurs, Appartement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
La plaifanterie tout- à-fait inſtructive qu'on
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
va lire eft d'un Artifle du premier merite &
de la plus grande réputation. Puiſſe- t - elle pour
l'honneur & le progrès de nos Arts , produire
tout l'effet qu'il eft en droit d'en attendre.
SUPPLICATION aux Orfévres , Cifeleurs ,
Sculpteurs en bois pour les appartemens
& autres , par une fociété d'Artiſtes .
Soit très humblement repréſenté à ces
Meffieurs , que quelques efforts que la Nation
Françoife ait fait depuis plufieurs anDECEMBRE
. 1754. 179
nées pour accoutumer fa raifon à fe plier
aux écarts de leur imagination , elle n'a pâ
y parvenir entierement : ces Meffieurs font
donc fuppliés de vouloir bien dorénavant
obferver certaines régles fimples , qui font
dictées par le bon fens , & dont nous ne
pouvons arracher les principes de notre efprit.
Ce feroit un acte bien méritoire à
ces Meffieurs , que de vouloir bien fe ptêter
à notre foibleffe , & nous pardonner
l'impoffibilité réelle où nous fommes de
détruire, par complaifance pour eux , toutes
les lumieres de notre raifon.
Exemple. Sont priés les Orfévres , lorfque
fur le couvercle d'un pot à ouille ou
fur quelqu'autre piéce d'orfévrerie , its
exécutent un artichaut ou un pied de céleri
de grandeur naturelle , de vouloir bien
ne pas mettre à côté un lievre grand comme
le doigt , une allouette grande comme
le naturel , & un faiſan du quart ou du
cinquième de fa grandeur ; des enfans de
la même grandeur qu'une feuille de vigne ;
des figures fuppofées de grandeur naturelle
, portées fur une feuille d'ornement
qui pourroit à peine foutenir fans plier
un petit oifeau ; des arbres dont le tronc
n'eſt pas fi gros qu'une de leurs feuilles ,
& quantité d'autres chofes également bien
caifonnées.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Nous leur ferions encore infiniment
obligés s'ils vouloient bien ne pas changer
la deftination des chofes , & fe fouvenir,
par exemple , qu'un chandelier doit être
droit &perpendiculaire pour porter la lumiere
, & non pas tortué , comme fi quelqu'un
l'avoit forcé ; qu'une bobeche doit
être concave pour recevoir la cire qui coule
, & non pas convexe pour la faire tomber
en nape fur le chandelier , & quantité
d'autres agrémens non moins déraiſonnables
qu'il feroit trop long de citer.
Pareillement , font priés Meffieurs les
Sculpteurs d'appartemens d'avoir agréable
dans les trophées qu'ils exécutent , de ne
pas faire une faux plus petite qu'une horloge
de fable , un chapeau ou un tambour
de bafque plus grand qu'une baffe de viole
, une tête d'homme plus petite qu'une
rofe , une ferpe auffi grande qu'un rateau ,
&c. C'eft avec bien du regret que nous
nous voyons obligés de les prier de reftreindre
leur génie à ces loix de proportion ,
quelque fimples qu'elles foient . Nous ne
fentons que trop qu'en s'affujettiffant au
bon fens , quantité de perfonnes qui paffent
maintenant pour de beaux génies fe
trouveront n'en avoir plus du tout ; mais
enfin il ne nous eft plus poffible de nous y
prêter. Avant que de jetter les hauts cris ,
DECEMBRE. 1754. r8r
nous avons enduré avec toute la patience
poffible , & nous avons fait des efforts in
croyables pour admirer ces inventions &
merveilleufes qu'elles ne font plus du ref
fort de la raifon ; mais notre ſens commun
groffier nous excite toujours à les trouver
ridicules. Nous nous garderons bien cependant
de trouver à redire au goût régnant
dans la décoration intérieure de nos
édifices ; nous fommes trop bons citoyens.
pour vouloir tout d'un coup mettre à la
mendicité tant d'honnêtes gens qui ne fçavent
que cela. Nous ne voulons pas même
leur demander un peu de retenue dans l'ufage
des palmiers qu'ils font croître fi abondamment
dans nos appartemens , fur les
cheminées , autour des miroirs , contre les
murs , enfin par- tout ; ce feroit leur ôter
leur derniere reffource. Mais du moins
pourrions- nous efperer d'obtenir que lorf
que les chofes pourront être quarrées , ils
veuillent bien ne les pas tortuer ; que lorfque
les couronnemens pourront être en
plein ceintre , ils veuillent ne les pas corrompre
par ces contours en S , qu'ils femblent
avoir appris des Maîtres Ecrivains ,
& qui font fi fort à la mode , qu'on s'en,
fert même pour faire des plans de bâtimens.
On appelle cela des formes , mais on
oublie d'y ajouter l'épithete de mauvaises
182 MERCURE DE FRANCE.
qui en eft inféparable. Nous confentons
cependant qu'ils fervent de cette marchandife
tortue à tous Provinciaux ou Etrangers
qui feront affez mauvais connoiffeurs
pour préférer notre goût moderne à celui
du fiécle paffé. Plus on répandra de ces inventions
chez les Etrangers , & plus on
pourra efpérer de maintenir la fupériorité
de la France. Nous les fupplions de confiderer
que nous leur fourniffons de beaux
bois bien droits , & qu'ils nous ruinent en
frais en les faifant travailler avec toutes
ces formes finueufes ; qu'en faifant courber
nos portes pour les affujettir aux asrondiffemens
qu'il plaît au bon goût de
nos Architectes modernes de donner à
toutes nos chambres , il nous les font couter
beaucoup plus qu'en les faifant droites ,
& que nous n'y trouvons aucun avantage ,
puifque nous paffons également par une
porte droite comme par une porte arrondie.
Quant aux courbures des murailles
de nos appartemens , nous n'y trouvons
d'autre commodité que de ne fçavoir plus
oùplacer ni comment y arranger nos chaifes
ou autres meubles. Les Sculpteurs font
donc priés de vouloir bien ajouter foi aux
affurances que nous leur donnons , nous
qui n'avons aucun intérêt à les tromper ,
que les formes droites , quarrées , rondes
DECEMBRE. 1754. 183
& ovales régulieres , décorent auffi richement
que toutes leurs inventions ; que
comme leur exécution exacte eft plus difficile
que celle de tous ces herbages , aîles
de chauve-fouris , & autres miferes qui
font en ufage , elle fera plus d'honneur à
leur talent. Qu'enfin les yeux de nombre.
de bonnes gens dont nous fommes, leur auront
une obligation inexprimable de n'être
plus moleftés par des difproportions déraifonnables
, & par cette abondance d'ornemens
tortueux & extravagans.
Que fi nous demandons trop de chofes à
la fois , qu'ils nous accordent du moins
une grace , que dorénavant la moulure
principale qu'ils tourmentent ordinairement
, fera & demeurera droite , conformément
aux principes de la bonne architecture
; alors nous confentirons qu'ils faffent
tortiller leurs ornemens autour & par
deffus tant que bon leur femblera , nous
nous estimerons moins malheureux , parce
qu'un homme de bon goût , à qui un tel
appartement échoira , pourra avec un cifeau
abattre toutes ces drogues , & retrou
ver la moulure fimple qui lui fera une décoration
fage , & dont fa raifon ne fouffrira
pas.
On fent bien qu'une bonne partie des
plaintes que nous adreffons aux Sculpteurs
184 MERCURE DE FRANCE.
pourroient avec raifon s'adreffer aux Archi
tectes mais la vérité eft , que nous n'ofons
pas ; ces Meffieurs ne fe gouvernent
pas fi facilement , il n'en eft preſque aucun
qui doute de fes talens , & qui ne les vante
avec une confiance entiere ; nous ne préfumons
pas affez de notre crédit auprès
d'eux , pour nous flatter qu'avec les meilleures
raifons du monde nous puiflions
opérer leur converfion . Si nous nous étions
fentis affez de hardieffe , nous les aurions
refpectueufement invités à vouloir bien
examiner quelquefois le vieux Louvre , les
Tuileries , & plufieurs autres bâtimens
royaux du fiécle paffé , qui font univerfellement
reconnus pour de belles chofes ,
& à ne nous pas donner fi fouvent lieu de
croire qu'ils n'ont jamais vû ces bâtimens
qui font fi près d'eux . Nous les aurions
priés de nous faire grace de ces mauvaiſes
formes à pans qu'il femble qu'ils foient
convenus de donner à tous les avant- corps,
& nous les aurions affurés , dans la fincérité
de nos confciences , que tous les angles
obtus & aigus ( à moins qu'ils ne foient
donnés néceffairement , comme dans la
fortification ) font defagréables en architecture
, & qu'il n'y a que l'angle droit
qui puiffe faire un bon effet ; ils y perdroient
leurs fallons octogones : mais pour
DECEMBRE . 1754. 185
pas
quoi un fallon quarré ne feroit- il pas auffi
beau On ne feroit pas obligé de fupprimer
les corniches dans les dedans , pour
fauver la difficulté d'y bien diftribuer les
ornemens qui y font propres : ils n'auroient
été réduits à fubftituer des herbages ,
& autres gentilleffes mefquines , aux mọ-
dillons , aux denticules , & autres ornemens
inventés par des gens qui en fçavoient
plus qu'eux , & reçus de toutes les
Nations , après un mur examen .. Nous les
aurions priés d'admirer la beauté des pierres
qu'ils tirent de la carriere , qui font
naturellement droites & à angle droit , &
de vouloir bien ne les pas gâter pour leur
faire prendre des formes qui nous en font
perdre la moitié , & donnent des marques
publiques du dérangement de nos cervelles.
Nous les aurions priés de nous délivrer
de l'ennui de voir à toutes les maifons
des croifées ceintrées , depuis le rez-dechauffée
jufqu'à la manſarde , tellement
qu'il femble qu'il y ait un pacte fait de
n'en plus exécuter d'autres. Il n'y a pas
jufqu'au bois des chaffis de croifées qui veulent
auffi fe faire de fête , & qui fe tortuent
le plus joliment du monde , fans
autre avantage que de donner beaucoup
de peine au Menuifier , & de l'embarras
au Vitrier , lorfqu'il lui faut couper des
186 MERCURE DE FRANCE.
verres dans ces formes barroques.
Nous aurions bien eu encore quelques
petites repréſentations à leur faire fur ce
moule général , où il femble qu'ils jettent
toutes les portes cocheres , en faiſant toujours
retourner les moulures de la corniche
en ceintre , fans que celles de l'architrave
les fuivent , tellement que cette
corniche porte à faux ,
à faux , & que s'ils mettent
leur chere confole , toute inutile qu'elle y
eft , ils ne fçavent où la placer. Hors du
milieu du pilaftre elle eft ridicule ; au milieu
elle ne reçoit point la retombée de
cet arc. N'aurions nous pas en leur
accordant que la manfarde eft une invention
merveilleuſe , admirable , digne de
paffer à la poftérité la plus reculée , fi on
pouvoit la conftruire de marbre , les prier
néanmoins de vouloir bien en être plus chiches
, & nous faire voir quelquefois à fa
place un Attique qui étant perpendiculaire
& de pierre , fembleroit plus régu
lier & plus analogue au refte du bâtiment ?
car enfin on fe laffe de voir toujours une
maifon bleue fur une maifon blanche.
Combien de graces n'aurions nous pas
eu à leur demander ! mais nous efpererions
vainement qu'ils vouluffent nous en accorder
aucune. Il ne nous refte à leur égard
que de foupirer en fecret , & d'attendre
DECEMBRE . 1754 187
que leur invention étant épuifée , ils s'en
laffent eux-mêmes. Il paroît que ce tems
eft proche , car ils ne font plus que fe répéter
, & nous avons lieu d'efpérer que l'envie
de faire du nouveau , ramenera l'architecture
ancienne.
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Résumé : « SUPPLICATION aux Orfévres, Ciseleurs, Sculpteurs en bois pour les appartemens [...] »
En décembre 1754, une supplique est publiée dans le Mercure de France, adressée aux orfèvres, ciseleurs et sculpteurs d'appartements. Cette supplique, rédigée par une société d'artistes, appelle à respecter certaines règles de bon sens pour améliorer l'artisanat. Les auteurs reconnaissent que, bien que la nation française s'habitue aux écarts de l'imagination, la raison n'a pas entièrement triomphé. Les orfèvres sont invités à éviter les mélanges disproportionnés, comme des légumes de taille naturelle à côté de petits animaux ou des figures humaines sur des feuilles d'ornement trop petites. Ils doivent également respecter la destination des objets, par exemple en utilisant des chandeliers droits pour porter la lumière. Les sculpteurs d'appartements sont sollicités pour éviter les disproportions dans les trophées, comme des faux plus petites que des horloges ou des têtes humaines plus petites que des roses. Ils sont encouragés à utiliser des formes régulières, telles que des formes droites, carrées, rondes et ovales, qui décorent aussi richement que leurs inventions actuelles. Les auteurs reconnaissent que ces changements pourraient mettre au chômage des artisans habitués à des styles extravagants. Cependant, ils espèrent que les artistes accepteront ces règles pour le bien de l'art et du bon sens. Ils expriment également leur regret de ne pas pouvoir adresser ces plaintes aux architectes, jugés plus difficiles à convaincre. La supplique se termine par un souhait que les artisans se lassent de leurs inventions actuelles et reviennent à des formes plus classiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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9650
p. 187-189
« L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Début :
L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
Académie royale de Mufique a donné
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
le Dimanche premier Décembre , la
derniere repréſentation des Fêtes de Thalie.
M. Vallée avoit débuté dans ce ballet , le
19 Novembre , par un air qu'on avoit
ajouté dans le troifiéme acte , & il a depuis
chanté dans le prologue . Le nouvel acteur
peut , avec beaucoup de travail & le fecours
des bons maîtres , devenir une jolie haute-
contre.
Le public commençoit à trouver un peu
lents les progrès de Mlle Davaux , dont la
figure , la voix & le talent avoient d'abord
donné de fi grandes efpérances. Cette actrice
a fait de fes cenfeurs autant de partifans
, le 19 Novembre . Elle a ce jour- là , &
les repréſentations fuivantes , fi bien chanté
& joué avec tant de fineffe & d'intelligence
le rolle de Califte dans le troifieme acte
des Fêtes de Thalie , qu'elle a réuni tous les
188 MERCURE DE FRANCE.
fuffrages. Nous efperons que Mlle Davaux
ne regardera pas ce fuccès comme une
preuve qu'elle ait atteint le point de perfection
qu'on defiroit d'elle , mais comme
une certitude qu'elle y arrivera , fi elle
continue à travailler opiniâtrément , & à
fe livrer avec docilité aux foins de l'excellent
maître qui la dirige.
LES Comédiens François ont repris le
Mercredi 20 Novembre , les Troyennes, Tragédie
de M. de Châteaubrun , mife pour
la premiere fois au théatre avec un fuccès
éclatant , le Lundi 11 Mars de cette année.
On ne l'a jouée que cinq fois à cette reprife.
Le Samedi 30 , jour de la derniere
repréſentation , il s'eft préfenté an fpectacle
trois fois plus de monde que la falle
n'en pouvoit contenir. Tout eft naturel
dans cette Tragédie ; il n'y a ni de ces coups
imprévus ni de ces fituations forcées qui
éblouiffent d'abord & qui révoltent enfuite.
La vérité , qui doit être l'effence de tout
poëme dramatique , eft peinte dans tous
les actes , avec une fimplicité noble & touchante
. On s'attendrit par dégrés. Les malheurs
dont la famille de Priam eft accablée,
fe fuccédent fans effort les uns aux autres ,
& les Spectateurs croyent être transportés
devant Troye brûlée & faccagée.
. DECEMBRE . 1754. 189
Nous avons remarqué une chofe qui
doit paroître extraordinaire , & qui prouve
que les acteurs de la Comédie Françoife
font tous leurs efforts pour varier les amufemens
du public . Ils ont repréfenté vingtfept
tragédies depuis le 22 Avril , jour de
l'ouverture du théatre , jufques & compris
le 2 Décembre ; fçavoir , le Cid , les Horaces
, Rodogune , & Polieucte , de Pierre
Corneille ; Andromaque , Britannicus
Bajazet , Mithridate , Phédre , & Athalie
de Racine ; Ariane , de Thomas Corneille ;
Fénelope , de l'Abbé Geneft ; Manlius , de
la Foffe ; Médée , de Longepierre ; Inès de
Caftro , de Lamotte ; Radamiſte & Zénobie
, de M. de Crébillon ; OEdipe , Herode
& Mariamne , Brutus , Zaïre , Ālzire , Mérope,
& Mahomet , de M. de Voltaire ; Guftave
, de M. Piron ; Didon , de M. Lefranc ;
les Troyennes , de M. de Châteaubrun ; &
Amalazonte , de M. le Marquis de Ximenès.
LES Comédiens Italiens continuent avec
un fuccès toujours foutenu , la Servante
maîtreffe. Cet ouvrage eft à fa quarantieme
repréſentation .
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Résumé : « L'Académie royale de Musique a donné le Dimanche premier Décembre, la [...] »
L'Académie royale de Musique a présenté la dernière représentation des 'Fêtes de Thalie' le 1er décembre. M. Vallée, débutant le 19 novembre, a montré un potentiel prometteur en tant que haute-contre. Mlle Davaux, après des progrès jugés lents, a gagné des partisans en interprétant le rôle de Calife avec finesse et intelligence. Les Comédiens Français ont repris 'Les Troyennes' de M. de Châteaubrun le 20 novembre, après un succès initial le 11 mars. La dernière représentation, le 30 novembre, a attiré trois fois plus de monde que la salle ne pouvait en contenir. La tragédie se distingue par sa naturalité et sa simplicité touchante, transportant les spectateurs devant Troie en flammes. Depuis l'ouverture du théâtre le 22 avril, les Comédiens Français ont représenté vingt-sept tragédies différentes. Les Comédiens Italiens continuent de présenter 'La Servante maîtresse' avec succès, à sa quarantième représentation.
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