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1
p. 96-132
A M. DE L. G.
Début :
La matiere des Eclipses a fait raisonner beaucoup de Sçavans. / Vous me mandez, Monsieur, que vous avez eu un grand [...]
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texteReconnaissance textuelle : A M. DE L. G.
t raisonnerbeaucoup de
Sçavaris. La Lettre qui fuit
en cft une marque; je croy
que vous la lirez avec pliifir.
c'j yetïp>tj.
A M. DE L. G.
vOusfme mande%
,
Mon
feur, que vous ave% eu
un grand entretien avec un de
vos jimis de la Province, sur le
sujetd?s Echpfes ,
f0 vousfou
b*ite% en mesme temps que je
vous dise messentimenssur cette
matiere qui fait du bruit en vos
Quartiers, je vous avoue que
fay esiéfurpru qu'une Personne
quipénétré dans les plus profonds
secrets de la Nature, & qui en
o
_con!JruIte sur ces PhincJmencs, qui
attirent nos rezœrds, excitent U
ds
,
exciteilt 14
curiosité des Peuples, & Jvurnf
fent dequoy s'exercerauxPhilo
sophes, aux Historiens, aux Af
tronowes, aux Medecins
, &
mefrne aux Theologiens.Je n'ay
aucune des qualitez des Grands
Hommes qui ont fleury dans ces
Arts st) dans Cel Sciences
3 dont
les Ouvrages vous donnent fou
vent du plaisir, £? voffs ave^
dans veftre Famille des Philoso
phes
edes Théologiensquipeur?
reient mieux vous Jatisfaire que
,moy; mais vous desirezm'épreu
Qtr, & je nepuis m'empefèher
de vous obéir. Ne croyez pour
tant pas que ce je vous diray
vienne de moy
, je l'ay appris
dans une .Affimblée où je me
troHvay ily a quelques jours, &
ou cette Questionfut misesir le
tapis. Comme ondemanda ce que
3 un des plus
c'efloit quEclipje
jeunes de la Compagniequi ne
faifolt que desortir du Collegey
répondit brusquement que ce n'é
toit qu'une figure de Rhétotique,
qui confiée a pafiferfous silence
dans le difèours; quelque cboje
qui en apparencefieroit necejfiaire
kfcr perftbon, & cela à dejjein.
Piufieurs se mirent a sourire de
li bévue du jeuneHomme qui
répondoitsans estreinterrogé) £r
mepne sans avoir conçu dequoy
il efloitqucflion.Ongarda quel
que temps le ftlence
; mais celuy
qui avoitfait la proportion, pria
la Compagnie de n'en demeurer
pas
a i
& comme cestoit une
Personne de qualité qui avoit de
l'esprit & beaucoup d'inclina
tion pour les belles Lettres, on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il
demandoit avec empressement.
Undesplus anciens,& qui avoit
de très,belles connoifjances}ayant
ejié invité de parler la-dessus,
commença à peu pres de cette
forte.
Puis que vous voulez, McP
siéurs,que je vous entretiéne
des Eclipses, je leferay, mais
nonpassans craindre de tober
moy-mesmeenEclipse. Cette
matiere est si délicate & si
subtile, qu'il y en a peu qui le
soient davarage. Chaque Fa
culté recrarde l'Eclipse d'une
¡
ç.'
maniéré diférente. Monficu-r
qui a répondu d'abord, a cra
.f
qu'on parloit d'une figure de
Rhétorique. En esser, il y en
aune qu'on appelle Eclipse',
& Monsieur l'a alTz bien
définieV mais cen'est pas de
celle-là dont nous preten
donsparler.Onditaussisou
vent parmy le vulgaire, que
les grands Esprits sont sujets
à de grandes Eclipses, pour
exprimer les defauts de juge
ment dans lesquels ils tom
bent quelquefois
; mais ce
n'est pas encore la Question.
Tous les Sçavans reconnois
sent que l'Eclipse n'est autre
chosequ'une privation de
lumiere, causée par l'interpo
sition d'un corps opaque &c
tenébreux
; & comme il y a
deux grands Luminaires
que
Dieu a créezpour nous éclai
f
rer, l'un le jour, & l'autre la
nuit, & que nous sommes
privez quelquefois d'une ma
niereextraordinaire de leurs
lumieres& irradiations, nous
appellons cela defaut, défail
lance,& les Grecs l'appellent
Eclipse,carEclipse estun
mot Grecfrancisé, & c'est ce
qui fait aujourd'huy l'entre
tien des Hommes&desFem
mes, la crainte & la dévotion
desuns & des autres. Les
Philosophes considérent l'E
clipfe comme un admirable
PhénOlTICne) dont la rareté
excitant leur admiration ôc
leur curiosité, ils en cher
chentles principes &les cau
ses, en examinent lanature
&les effets; sur quoy les An
ciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & cu
rieuses remarques. Les As
tronomes passent plus avant
;
car comme c'est l'objet spé
cial de leur Science, qui leur
fait connoistrelesrévolutions
des Cieux, les conjonctions
des Astres, leurs distances&
leurs approches, & melmc
prévoir&prédire les effets
purement naturels qui en ré
sultent,ils marquent le temps
des Eclipses avec une grande
certitude, jusques à détermi
ner non seulementlesan
nées, mais encore les mois,
les semaines, les jours, les
heures, & jusques aux minu
tes. Tous leurs Livres d'E
phémerides sont pleins de
ces remarques &: prédictions.
Ceux qui ont lû les Histoires
des Indes, sçavent que dans
le Royaume de la Chine, ôc
dans les Païsnouvellement
convertis à la Foy,cessortes
de Prédictions faites par d'ha
biles Mimonnaires leur don
nent une grande autorité sur
les esprits des Peuples, & les
disposent à écouter avec do
cilité des Personnes si intelli
genres en ces matieres subli
mes & cachées au commun
des Hommes. Les Astrolo
gues n'en demeurent pas là.
Ils prédisent beaucoup de
choses à l'occasion des Ecli
Eses, mais on sçait combien
leurprérenduë
Science cil*
décriée. Le sçavant Pic de
la Mirande a composé con
tre ces Astrologues, qu'on
appelle Judiciaires, un excel
lent Ouvrage,qu'ilfinit, en
disant que leur prétenduë
Science n'est que folie. En
effet, quand ils veulent con
[
clure des Eclipses,l'évene
ment des choses quifont dé
pendantes de la liberté dès
jHommes, comme des Re
voltes, des Trahisons ,
des
Guerres,&c.ilsse trompent
;mais quand
manifestement
r ils se contentent de faire des
Prédictions sur les choses piu
r;rement naturelles, comme
les stérilitez, maladies, seche
j rcsses,&c.ils ontquelque
1
1
raison, & en ce quelesAstro
nomes en concluënt. Les
Historiens de tous les Siecles
ont fait des remarques sur les
Eclipses, & les ont regardées
commedes évenemcns fin
guliers qui méritentplace
dans l'Histoire; ils ont écrit
avec foin ce qui a précédé,
suivy, & accompagné les E
clipfes. C'est une chose ad
mirable devoir les merveilles
qu'ils en rapportent,. & l'on
peut dire qu'il n'apoint paru
d'Eclipieconsidérable qui
n'ait esté précédée ou suivie
de divers accidens.
Comme celuy quip^trlvitâfuoit
la mémoiremerveilicuf
r,0*qiiil
vit que la Compagnie prenoit
goust' à ce
qiiil disoit, voicyqueL
^ues-uvs des exemples J'Eclipfts
de Soleil qu'ilrappQrta,
je mefaissouvenu.
dont
Seus le Regne de l'Empereur
Gordian, le Soleildéfaillit d'une
telle maniéré
, e les tenehres
furentsi cpaijjes
3 qu'ilefloitim
pojjîblederienfaire sans allumer
des Chandelles. La Terre futsi
horriblement ébranlée, que des
Villes entieres,& tousleurs Ha
Mtans,furent engloutis dans les
ouvertures quisefirent;ceque le
Sénatprit pour un figne de la
mort deGordian.Avant les cruel
les persecutionsque l'Empereur
ValêrianfitauxCbrefiiens, la
Terre fut courverte de tentbres
pendantplusieurs jours
; ily eut
d'épouvantables tonnerres
; plu
sieurs Edificesfurentttbîmezdins
les Ouvertures qui se firent A la
Terre
fut émuë
; toute l's4fiefoaffrit, Rome
) la Libie & quantité
de Terres furent chFIouties, U
Mer couvrit les Villes mariti
mes, &de là sènfuivit la Peflef
qui fit mourir en un jour jusques
A "quinze millePersonnes a Ro
me, dans l'sfcbaïe. Ily eut
une grande Eclipse de Soleil
quand les Cbrefliens furent mi.
férablement défaitslanuitpar les
PerfesaSyngara* qu'ils ajjiége
rent N7i[io'is
, &prirent Amida.
Enl'an ÓÓl. de NopreSeigneur.,
ily eutune grande Eclirfi de
Soleille 10. de May
; en fuite
mecruelle Maladie,& la Pefley
affligèrent la Bretagne. Cons
tance futen déteflation pour sa
Crannie, poursonfratricide
3 &
pourses crudutez tni'ersles bons
Enûefyues. Lafàp^. le Ó. du
Regrre de ïEmpereurCopronime,
depuis le 4. d'Aoufljusquesan
premier de Septembre, ily euten
Orient £epaissestenehres, qui fu
rentsuivies de prodigieux trem
blemens JeTerre en la Palestine
jèj/fentoutel'AJJirie; en fuite lA
;elle dura
Pesle desola la Sicile
trois ans a ConftantinopleJ&fit
un DeJ'en de cette grande Ville.
Theophane dit que Dieu envoya
ce Fléaupourfaire amender les
Hommes, eparticulierementcet
Empereur impie. L'an 760. le
zSjSeptembre, à neufheures, il
y eut une Eclipse. Pépin, Rey
de France,mourut
a,
Paris ; le
Pape Paul mourut. Conflantin
fut défait par les Dulgares, où il
perditquantitédeNoblesse, &
toutes jes Troupes ; les Arabes
iemparèrent de ïArménie.Lan
797.aumois deJuillet, dans le
temps que
ïImpératrice Irene fit
tantin, & s'empara de
tEmpire;
le Soleil ne parut point durant
crever lesyeux ason Fils Conf
dix-septjours, & les tenebre
i
furent sigrandes, que les Vais
féaux ne se pouvoient conduire
sur Mer. Ily eut de grands
tremblement de terre en Crete-,
en Sicile3&sursauta Constan
tinople. Conflantin mourutbien,
tost apres. VanSu.ilyentune
Ec/ipfe deSoleil le 2. des Ides
dïJuin, à deux heures. Vhin),
Fils de Charlemagne
j mourut^
LesUni*aresdtji'ent les RamainJ
JttS du Fleuve S'trimoniura ; 6"
/•' Empereur Nicêphoyemeurut
ayant eslé vaincu des Buls,ares.'
L'an813.le 4, de May, il_y eut
une Echpfe de Soleil.L'Empe
reur Michel ayant eslé vaincu
des "Bulgares,Je retira de l'Em
pire
j @J cboijtt une vie monas
tique. L'an S33. le Seleil la
Lune. éclipferolt; & dans le
mefne temps, 'Empereur Lew,
abandonné des Siens.,& mis en
tre les mnns dejesEncans, fut
renferméduns un Cloijlre. L'an
joop. que les TurcsprirentJérll
r,tle;n
, il y eut une Eclipje de
Soleil. Celle cpù arriva en11$6.
fut suivie d'une irande Pesle en
Pologne & dans la Russie; le
PapeLucIII. mourut; iHyver
futchaud.Enni7*ily eut
deux Eclipses merveilleufa3l'une
de Soleil}l'autre de Lune,
avecuneconjonÛien dePlanetes.
Tousles Afroloçues du Levant,
de tOccidrnt, & duMidy, tant
Chrefliens que Mahometans>
firent des Prédiftions qui furent
toutes conformes
y comme si elles
sussentsorties d'un mesme cer
neau. Les effits ne furentpas
absolumenttets en Occidentqu'ils
les dvoientprédits)encore que la
prise de Jerusalem par Saladin
Roy des Sarrasins, eule Roy
Baudouin dr toute la Noblcffe
furent pris, les armes des Chré
tiens Occidentaux dans la Pa
lejline5 la prise de Conflantinople
par les mcjmes,la veçuëdesTar
tares
, &les horribles CIJdnge
mens qu'ils apportèrent preflote
dans toutes les Contrées de la
Terre, outre ceux qUI arrivèrent
particulièrement en Afrique. &.
tn Ejpagne3témoignèrent qu'ils
ne s'efloietpas entifrement trom
pez en leurs Prédictions. L'E
clipfe du Soleil qui arrivale4.
dAoust de tan959. que le Duç
de Lorrainese noya dans le Rhin,
st) que les Espagnols donnèrent
U Bataille ae Simancas,ejlre
marquavle en cequ'eue duraplue
d'une heure., & qde pendant tout
ce. temps
la on, vit au Cielles
Etoiles brittïntes•& remuante*.
Luitprand de Pavie qui njivoit
alors j du qu'il en a eslétémoin
oculaire. La mort du Pape Gré-
OfoireJ. & la FaéliondesGibelins
Çjjr des Guelphes, qui causa de
grandes calilmitez, annexent
apru l'Eclipse de l'an 1230.
Ily
en eut une en141f. aprèsla Fejlt
du S. Sacrement. Jean Hus fut,
truie. Lanijjo.l'Eté, fut ex
trémementchaud&[ec, deforte
que les Foin
s, lu Légumes>
twtto les autres chofu qui 'Vien';W
nent en abondance dans un temps
temperé, furent extrêmement ra
res. Ily eut feulement des Seigles
dffizraifonrptbhment;,& quan
tité de Vins trèsforts, & d'une
bonté admirable3mesme dans
les lieux ou
il en croissoit le
moins. Le Palais Royal de Pra
gut3 dr VEglife Cathédrale
bâtie avec de grands foins & de
grandes magnificences par les
Roy
sde Hongrie3furent krû/ez,
&il y eut de grandes incendies
ailleurs5 dont beaucoup de Gens
furent accusez, qui moururent en
frotejltrit de leur innocence.
Il nefis enditbeaucoupd'autre?
qui avoient eslè toutes fuhies
d'évenemens tragiques & ex
truordinaires
; mais je m'arrefie
à celle-cy,qui a du raport par
on commencement aux grandes
secheresses que nous avons eues
ce Printemps, & au commence.
ment de l'Eté* à la disette des.
Foins st) des Herbages de toutes
fôrtes, à la raisonnable quantité
de Setgles que l' on
aferre%, &
a la belle apparence que chacun
'VOlt de remplir cette année les
Celiers d'excellens Fins.Mais
avectoutes cesconformitek, dei
mandons à Dieu que l'Eclipse
<duiz, deJuillet de la prefentç
année
3 à deux heureJ. & demie,
xaitpointd'effetsfïmflres.Apres
celay noflre Dofleur reprit Jon
discours3 & nous dit que les Me
~c/~~4~~roM
decins ayantconfdert les principe
&les effetsdesEclipjes avec les
~r~f~~
Philosophes & lesAflronomesy
en concluent,sur tout quand elles
fontde longue durer,quily aura
des maladies, principalement
quand cessle Seleil qui efl êcli
psé, car ilf conneijpnt kien que
cet Aftfe si benm, qui efl comme'
comme
lœildu Àdmâe & le Pere de la
Nature, ne nous regardantpM
dt bon œil, tout va mal
basv
ilagitsurletchofesd'icy
;&que
IntS, leur communiquant ses in*
fuencesyfon mouvementyfa lueurt
@rfa chaleur, cette lumière&
sesrayons, efiant arreile%surla
partie supérieure de la Lune, qui
efl éclairée alors centre l'ordre
naturel
3 cet Aflre qui efl mal
faisant, nous dérobant en partie
la lumière, nous osse en mefme
temps-lessalutairesinfluences du
soleil
i-e
r comme dans le petit
monde, qui efl l'Homme, quand
l'irradiation des efyrits animaux
qui defeendent du cerveau efl
empefehée par quelque humeur
froidequi cause obftruEllOn, les
parties inférieures du Corps fouf
frent, de Ynefmel'irradiation du
Soleil eslansempefchte par le
corps opaque &solide de laLune,
roui les Animauxsouffrentpùr
cette
interruption.
Vn de la Compagnie inter
rompit icy le difeours, disant que
l'Eclipsè efloit une cboje natu
re lle, qui ne prdduifoit aucun
mauvais effet
; qu'il ne s'enfui
''Voit pas que les Corps s'en trou
lassentpis, encore que les rayons
du Soleil fussent détourné%,
st)
; Cques'il
sa lumière obscurcie
en arrivoit autrement, on 4uroit
fitjet de craindre qu'il n'y east de
grandes maladies(Dutu les fois
que le Soleilferoitcache par des
nuages, ou par degrands brouilL
lards. Noflre bon Vteillard ré..
pondit que ce nefloitpas unerai
fin aJlèz forte pour combatte lu
sentimens des Agronomes & des
yde dire que ce qui cft
Meiecins
naturel ne produit peint de ma--
ladies, Ily a millecboses natu
reilesqui produisentbien des ma
ladie,s, comme les Tempefies> les
Orages., laTonnerres, les Trem
blement de terre3 les exhalaisons
puantes $infe£léesdesCloaques.
Quesiquelqu'un ri-avoitpasref
[enty les effets malins des Ecli
pret) elles en Avaientpu produire
en aautres Perjonnu
; que dans
les temps des maladies générales,
mtfme co'tao,,Ietifes,tour lemende
rieftoit pas pour cela sujet aux
mrfmes maladiM; que les Corps
les plus forts, vigoureux, &re
bufteSj réjîflent aux venins de
l'air ; que la nourriture mesme y
cOYJtribuë) maisqueles CorpsfoL
bles & mal dfPofzysuccom
bent, &quil avoitveu des Per
sonnes tombermalades,mesme
en mourir) pour avoir eflc expo
sées dehors durâtVEclipse
conseilloit mesme a ses Amis de ne
pas regarder en ce temps-là trop
fixement le Soleil ny U Lune) gjr
;quil
de les regarderfeulement dans un
Baffin d'eau expose devant quel
quevitre, ou parun petit trou, tel
qu'on enfait pour mirer ou pour
ni'Veler
Jpuis que les observations
diférentes faites par tant d'ba
hiles Gens n'efioientpas à négli
ger; &surce que Vautreavoit
dit des nuages & des breüinards,
le
ilréponditqu'ilefloitconfiantque
Îiuand ils nous cachent longtemps
Soleily ils c-iufent du desordre.
C'est alors que les Fièvres s'aug
mentent, que les Goûtesrevien
nent, que les Fluxionsdébotdent
ducerveau, qui étoufent souvent
les Malades tout d'un cout>t&
qu
il arrive mille autres accidensy
comme Migraines) maux de
Dents,apoplexies,&c.
Unautrequi ejloitfort ejîime
parfonffa.-voir,.crûtl'embaraffir>
en luy demandant comment il
efloit pojjibleque les Habitons de
¿'¡]le de GroenUndpussent vi
vre,eflant\la'moitié de tannle.
dans les tenebres
9 sansvoir le;
Soleily & par conséquent prive
de ses douces influences. Il répons
dit qu'il ne falloit pas s'en éton
ner, que ces
Gens-la efîoientac.
CQHtume% & naturaliser dans
ces Lieux)qutils ejloientenun
Paisfroid,que cejlle propre
dufroid de dessecher les Corps, {£
de concentrer
lachaleur naturelle,
su dedans, ce qui faisoit que en
bustes pourrefîfier à Ugrojjtereiz
desvapeurs
Personnesefleient fartes & ro
;qu'ils ne laissoient
pas de voirun peu de jour, &,
que l'habitude efl une fécondé
Nature. Il ajoûta que ceux qui
navigent vers Groenland
>
&,
pussent mefrte jusques à Sbisber
gue, pour lapcfcbt de la Baleiner
st) pour chercher des Dents dt
Chevaux marins & de Vac/Jes,
marines,qu'on trouve sur tout
vers Sbisbergue, qui cft fort
antancc vers le Nord, ne vont1
point en ce Pais que quand le
Soleil efl bien hauty & qu'ils le
voyent quasi toute la nuit sur
leurs tefles. Que
sicesGens,quoy
lu'habituez en des Paisfroids
erfujets auxvapeurs& brQüil
lards) commefont les HoHandoisy
les Damis,&lesHambQUrgU9isy
alloient là dans d'autres temps, ils
n'y pourraientvivre, ny réfifler à
lagrojjiereté de l'air
j encore que
les Habitansyvivent bien.
Il dit de plus, qu'outre ce qu'il
avoit lâ la-d:jfus} il avoit in
terrogédes Officiers de Marine
quiyavoient esié) @rqsÚ l'a
voient affureque les Vaiffeavx
ny peuvent aller que dans les
grands jours & les grandes cha
leurs, car autrement les Hommes
ne pourroient réfijleral'airépais
&malaifêyremplyde brl'ÍÚt!a?ds>
&tres froid. IveftreVieillard
ayantfatissait
à la Queflion qui
luy avoit eHé faite t reprit ou il
en efloit demeure, & dit que les
Tbeilogiens & les Saints Perei
parlentfortsouvent desEclipsee,
sur teutde la o-rande& admi
rable qui arriva a la mort du
Sauveur
J qui avait ejlêpredite
par les Propbe
tes, dr laquelle
efloit tout à.fait rniraculeufe, par
troisraifbns* Lapremiere,parce
qu'elle arriva dans la pleine
Lune. Laseconde., parce qu'elle
dura troisheures, ce qui encontre
l'ordre naturel ; @¡ la troisiéme,
à cause qu'elle fut universelle9
comme les Evangelistes le témoi
gnent. Et S. Denys ïjfreopa
gistegrand Philosophe(j* grand
Mathématicien, estant alors elt.
Egipte, dit à cette occasion , Il
faut que le Dieu.de la Nature
souffre, ou toute la Machine
du Monde se dissout. Il
ajoûta, pour éclaircir ce qu'il a
voit dit, que l'Eclipse du Soleil ne
sefaisoitsuivant le communsen
timent des Philosophes (Sf des.
jéfironomes, que dans le temps
que la Lune til dans la tesse ou
dans la queue du Dragon, oubien
près, cejî à dire dans [on com
mencement on
àsafin7&quelle
efïoit pleine à la mortdeNoBrs
Srigncur; que le Soleil efiant
fort rapide dans sa course) la
Lune ne pouvait empefeher si
logtempsFinfluence deJe
s rayons.
Enfin ilfiimiNe belles reiféxions
sur. les diférentes Eclipses natu
relles &fumaturclies, dont tonte
In Compagniefutextrêmement
contente, luy témoigna bien,
des rrconnoiffances. J'en anjois
l'espr.it tout remply, quandfay,
reçeu uojtre Lettre; deforte que
je nay eu qua les mettresur le
JUtpÙr) mais non pas avec son
éloquence
;cequi me tiendra lieu,
s'il vous plaiR;, d'une décharge
pour ce que vous avek d¡firé.
de
Richelieu ce
"6_4,
M«:*'
Vostretres-humble & tres
obeïssant Serviteur,
VlGNI£fU
Sçavaris. La Lettre qui fuit
en cft une marque; je croy
que vous la lirez avec pliifir.
c'j yetïp>tj.
A M. DE L. G.
vOusfme mande%
,
Mon
feur, que vous ave% eu
un grand entretien avec un de
vos jimis de la Province, sur le
sujetd?s Echpfes ,
f0 vousfou
b*ite% en mesme temps que je
vous dise messentimenssur cette
matiere qui fait du bruit en vos
Quartiers, je vous avoue que
fay esiéfurpru qu'une Personne
quipénétré dans les plus profonds
secrets de la Nature, & qui en
o
_con!JruIte sur ces PhincJmencs, qui
attirent nos rezœrds, excitent U
ds
,
exciteilt 14
curiosité des Peuples, & Jvurnf
fent dequoy s'exercerauxPhilo
sophes, aux Historiens, aux Af
tronowes, aux Medecins
, &
mefrne aux Theologiens.Je n'ay
aucune des qualitez des Grands
Hommes qui ont fleury dans ces
Arts st) dans Cel Sciences
3 dont
les Ouvrages vous donnent fou
vent du plaisir, £? voffs ave^
dans veftre Famille des Philoso
phes
edes Théologiensquipeur?
reient mieux vous Jatisfaire que
,moy; mais vous desirezm'épreu
Qtr, & je nepuis m'empefèher
de vous obéir. Ne croyez pour
tant pas que ce je vous diray
vienne de moy
, je l'ay appris
dans une .Affimblée où je me
troHvay ily a quelques jours, &
ou cette Questionfut misesir le
tapis. Comme ondemanda ce que
3 un des plus
c'efloit quEclipje
jeunes de la Compagniequi ne
faifolt que desortir du Collegey
répondit brusquement que ce n'é
toit qu'une figure de Rhétotique,
qui confiée a pafiferfous silence
dans le difèours; quelque cboje
qui en apparencefieroit necejfiaire
kfcr perftbon, & cela à dejjein.
Piufieurs se mirent a sourire de
li bévue du jeuneHomme qui
répondoitsans estreinterrogé) £r
mepne sans avoir conçu dequoy
il efloitqucflion.Ongarda quel
que temps le ftlence
; mais celuy
qui avoitfait la proportion, pria
la Compagnie de n'en demeurer
pas
a i
& comme cestoit une
Personne de qualité qui avoit de
l'esprit & beaucoup d'inclina
tion pour les belles Lettres, on ne
voulut pas luy refuser ce qu'il
demandoit avec empressement.
Undesplus anciens,& qui avoit
de très,belles connoifjances}ayant
ejié invité de parler la-dessus,
commença à peu pres de cette
forte.
Puis que vous voulez, McP
siéurs,que je vous entretiéne
des Eclipses, je leferay, mais
nonpassans craindre de tober
moy-mesmeenEclipse. Cette
matiere est si délicate & si
subtile, qu'il y en a peu qui le
soient davarage. Chaque Fa
culté recrarde l'Eclipse d'une
¡
ç.'
maniéré diférente. Monficu-r
qui a répondu d'abord, a cra
.f
qu'on parloit d'une figure de
Rhétorique. En esser, il y en
aune qu'on appelle Eclipse',
& Monsieur l'a alTz bien
définieV mais cen'est pas de
celle-là dont nous preten
donsparler.Onditaussisou
vent parmy le vulgaire, que
les grands Esprits sont sujets
à de grandes Eclipses, pour
exprimer les defauts de juge
ment dans lesquels ils tom
bent quelquefois
; mais ce
n'est pas encore la Question.
Tous les Sçavans reconnois
sent que l'Eclipse n'est autre
chosequ'une privation de
lumiere, causée par l'interpo
sition d'un corps opaque &c
tenébreux
; & comme il y a
deux grands Luminaires
que
Dieu a créezpour nous éclai
f
rer, l'un le jour, & l'autre la
nuit, & que nous sommes
privez quelquefois d'une ma
niereextraordinaire de leurs
lumieres& irradiations, nous
appellons cela defaut, défail
lance,& les Grecs l'appellent
Eclipse,carEclipse estun
mot Grecfrancisé, & c'est ce
qui fait aujourd'huy l'entre
tien des Hommes&desFem
mes, la crainte & la dévotion
desuns & des autres. Les
Philosophes considérent l'E
clipfe comme un admirable
PhénOlTICne) dont la rareté
excitant leur admiration ôc
leur curiosité, ils en cher
chentles principes &les cau
ses, en examinent lanature
&les effets; sur quoy les An
ciens & les Modernes ont
fait quantité de belles & cu
rieuses remarques. Les As
tronomes passent plus avant
;
car comme c'est l'objet spé
cial de leur Science, qui leur
fait connoistrelesrévolutions
des Cieux, les conjonctions
des Astres, leurs distances&
leurs approches, & melmc
prévoir&prédire les effets
purement naturels qui en ré
sultent,ils marquent le temps
des Eclipses avec une grande
certitude, jusques à détermi
ner non seulementlesan
nées, mais encore les mois,
les semaines, les jours, les
heures, & jusques aux minu
tes. Tous leurs Livres d'E
phémerides sont pleins de
ces remarques &: prédictions.
Ceux qui ont lû les Histoires
des Indes, sçavent que dans
le Royaume de la Chine, ôc
dans les Païsnouvellement
convertis à la Foy,cessortes
de Prédictions faites par d'ha
biles Mimonnaires leur don
nent une grande autorité sur
les esprits des Peuples, & les
disposent à écouter avec do
cilité des Personnes si intelli
genres en ces matieres subli
mes & cachées au commun
des Hommes. Les Astrolo
gues n'en demeurent pas là.
Ils prédisent beaucoup de
choses à l'occasion des Ecli
Eses, mais on sçait combien
leurprérenduë
Science cil*
décriée. Le sçavant Pic de
la Mirande a composé con
tre ces Astrologues, qu'on
appelle Judiciaires, un excel
lent Ouvrage,qu'ilfinit, en
disant que leur prétenduë
Science n'est que folie. En
effet, quand ils veulent con
[
clure des Eclipses,l'évene
ment des choses quifont dé
pendantes de la liberté dès
jHommes, comme des Re
voltes, des Trahisons ,
des
Guerres,&c.ilsse trompent
;mais quand
manifestement
r ils se contentent de faire des
Prédictions sur les choses piu
r;rement naturelles, comme
les stérilitez, maladies, seche
j rcsses,&c.ils ontquelque
1
1
raison, & en ce quelesAstro
nomes en concluënt. Les
Historiens de tous les Siecles
ont fait des remarques sur les
Eclipses, & les ont regardées
commedes évenemcns fin
guliers qui méritentplace
dans l'Histoire; ils ont écrit
avec foin ce qui a précédé,
suivy, & accompagné les E
clipfes. C'est une chose ad
mirable devoir les merveilles
qu'ils en rapportent,. & l'on
peut dire qu'il n'apoint paru
d'Eclipieconsidérable qui
n'ait esté précédée ou suivie
de divers accidens.
Comme celuy quip^trlvitâfuoit
la mémoiremerveilicuf
r,0*qiiil
vit que la Compagnie prenoit
goust' à ce
qiiil disoit, voicyqueL
^ues-uvs des exemples J'Eclipfts
de Soleil qu'ilrappQrta,
je mefaissouvenu.
dont
Seus le Regne de l'Empereur
Gordian, le Soleildéfaillit d'une
telle maniéré
, e les tenehres
furentsi cpaijjes
3 qu'ilefloitim
pojjîblederienfaire sans allumer
des Chandelles. La Terre futsi
horriblement ébranlée, que des
Villes entieres,& tousleurs Ha
Mtans,furent engloutis dans les
ouvertures quisefirent;ceque le
Sénatprit pour un figne de la
mort deGordian.Avant les cruel
les persecutionsque l'Empereur
ValêrianfitauxCbrefiiens, la
Terre fut courverte de tentbres
pendantplusieurs jours
; ily eut
d'épouvantables tonnerres
; plu
sieurs Edificesfurentttbîmezdins
les Ouvertures qui se firent A la
Terre
fut émuë
; toute l's4fiefoaffrit, Rome
) la Libie & quantité
de Terres furent chFIouties, U
Mer couvrit les Villes mariti
mes, &de là sènfuivit la Peflef
qui fit mourir en un jour jusques
A "quinze millePersonnes a Ro
me, dans l'sfcbaïe. Ily eut
une grande Eclipse de Soleil
quand les Cbrefliens furent mi.
férablement défaitslanuitpar les
PerfesaSyngara* qu'ils ajjiége
rent N7i[io'is
, &prirent Amida.
Enl'an ÓÓl. de NopreSeigneur.,
ily eutune grande Eclirfi de
Soleille 10. de May
; en fuite
mecruelle Maladie,& la Pefley
affligèrent la Bretagne. Cons
tance futen déteflation pour sa
Crannie, poursonfratricide
3 &
pourses crudutez tni'ersles bons
Enûefyues. Lafàp^. le Ó. du
Regrre de ïEmpereurCopronime,
depuis le 4. d'Aoufljusquesan
premier de Septembre, ily euten
Orient £epaissestenehres, qui fu
rentsuivies de prodigieux trem
blemens JeTerre en la Palestine
jèj/fentoutel'AJJirie; en fuite lA
;elle dura
Pesle desola la Sicile
trois ans a ConftantinopleJ&fit
un DeJ'en de cette grande Ville.
Theophane dit que Dieu envoya
ce Fléaupourfaire amender les
Hommes, eparticulierementcet
Empereur impie. L'an 760. le
zSjSeptembre, à neufheures, il
y eut une Eclipse. Pépin, Rey
de France,mourut
a,
Paris ; le
Pape Paul mourut. Conflantin
fut défait par les Dulgares, où il
perditquantitédeNoblesse, &
toutes jes Troupes ; les Arabes
iemparèrent de ïArménie.Lan
797.aumois deJuillet, dans le
temps que
ïImpératrice Irene fit
tantin, & s'empara de
tEmpire;
le Soleil ne parut point durant
crever lesyeux ason Fils Conf
dix-septjours, & les tenebre
i
furent sigrandes, que les Vais
féaux ne se pouvoient conduire
sur Mer. Ily eut de grands
tremblement de terre en Crete-,
en Sicile3&sursauta Constan
tinople. Conflantin mourutbien,
tost apres. VanSu.ilyentune
Ec/ipfe deSoleil le 2. des Ides
dïJuin, à deux heures. Vhin),
Fils de Charlemagne
j mourut^
LesUni*aresdtji'ent les RamainJ
JttS du Fleuve S'trimoniura ; 6"
/•' Empereur Nicêphoyemeurut
ayant eslé vaincu des Buls,ares.'
L'an813.le 4, de May, il_y eut
une Echpfe de Soleil.L'Empe
reur Michel ayant eslé vaincu
des "Bulgares,Je retira de l'Em
pire
j @J cboijtt une vie monas
tique. L'an S33. le Seleil la
Lune. éclipferolt; & dans le
mefne temps, 'Empereur Lew,
abandonné des Siens.,& mis en
tre les mnns dejesEncans, fut
renferméduns un Cloijlre. L'an
joop. que les TurcsprirentJérll
r,tle;n
, il y eut une Eclipje de
Soleil. Celle cpù arriva en11$6.
fut suivie d'une irande Pesle en
Pologne & dans la Russie; le
PapeLucIII. mourut; iHyver
futchaud.Enni7*ily eut
deux Eclipses merveilleufa3l'une
de Soleil}l'autre de Lune,
avecuneconjonÛien dePlanetes.
Tousles Afroloçues du Levant,
de tOccidrnt, & duMidy, tant
Chrefliens que Mahometans>
firent des Prédiftions qui furent
toutes conformes
y comme si elles
sussentsorties d'un mesme cer
neau. Les effits ne furentpas
absolumenttets en Occidentqu'ils
les dvoientprédits)encore que la
prise de Jerusalem par Saladin
Roy des Sarrasins, eule Roy
Baudouin dr toute la Noblcffe
furent pris, les armes des Chré
tiens Occidentaux dans la Pa
lejline5 la prise de Conflantinople
par les mcjmes,la veçuëdesTar
tares
, &les horribles CIJdnge
mens qu'ils apportèrent preflote
dans toutes les Contrées de la
Terre, outre ceux qUI arrivèrent
particulièrement en Afrique. &.
tn Ejpagne3témoignèrent qu'ils
ne s'efloietpas entifrement trom
pez en leurs Prédictions. L'E
clipfe du Soleil qui arrivale4.
dAoust de tan959. que le Duç
de Lorrainese noya dans le Rhin,
st) que les Espagnols donnèrent
U Bataille ae Simancas,ejlre
marquavle en cequ'eue duraplue
d'une heure., & qde pendant tout
ce. temps
la on, vit au Cielles
Etoiles brittïntes•& remuante*.
Luitprand de Pavie qui njivoit
alors j du qu'il en a eslétémoin
oculaire. La mort du Pape Gré-
OfoireJ. & la FaéliondesGibelins
Çjjr des Guelphes, qui causa de
grandes calilmitez, annexent
apru l'Eclipse de l'an 1230.
Ily
en eut une en141f. aprèsla Fejlt
du S. Sacrement. Jean Hus fut,
truie. Lanijjo.l'Eté, fut ex
trémementchaud&[ec, deforte
que les Foin
s, lu Légumes>
twtto les autres chofu qui 'Vien';W
nent en abondance dans un temps
temperé, furent extrêmement ra
res. Ily eut feulement des Seigles
dffizraifonrptbhment;,& quan
tité de Vins trèsforts, & d'une
bonté admirable3mesme dans
les lieux ou
il en croissoit le
moins. Le Palais Royal de Pra
gut3 dr VEglife Cathédrale
bâtie avec de grands foins & de
grandes magnificences par les
Roy
sde Hongrie3furent krû/ez,
&il y eut de grandes incendies
ailleurs5 dont beaucoup de Gens
furent accusez, qui moururent en
frotejltrit de leur innocence.
Il nefis enditbeaucoupd'autre?
qui avoient eslè toutes fuhies
d'évenemens tragiques & ex
truordinaires
; mais je m'arrefie
à celle-cy,qui a du raport par
on commencement aux grandes
secheresses que nous avons eues
ce Printemps, & au commence.
ment de l'Eté* à la disette des.
Foins st) des Herbages de toutes
fôrtes, à la raisonnable quantité
de Setgles que l' on
aferre%, &
a la belle apparence que chacun
'VOlt de remplir cette année les
Celiers d'excellens Fins.Mais
avectoutes cesconformitek, dei
mandons à Dieu que l'Eclipse
<duiz, deJuillet de la prefentç
année
3 à deux heureJ. & demie,
xaitpointd'effetsfïmflres.Apres
celay noflre Dofleur reprit Jon
discours3 & nous dit que les Me
~c/~~4~~roM
decins ayantconfdert les principe
&les effetsdesEclipjes avec les
~r~f~~
Philosophes & lesAflronomesy
en concluent,sur tout quand elles
fontde longue durer,quily aura
des maladies, principalement
quand cessle Seleil qui efl êcli
psé, car ilf conneijpnt kien que
cet Aftfe si benm, qui efl comme'
comme
lœildu Àdmâe & le Pere de la
Nature, ne nous regardantpM
dt bon œil, tout va mal
basv
ilagitsurletchofesd'icy
;&que
IntS, leur communiquant ses in*
fuencesyfon mouvementyfa lueurt
@rfa chaleur, cette lumière&
sesrayons, efiant arreile%surla
partie supérieure de la Lune, qui
efl éclairée alors centre l'ordre
naturel
3 cet Aflre qui efl mal
faisant, nous dérobant en partie
la lumière, nous osse en mefme
temps-lessalutairesinfluences du
soleil
i-e
r comme dans le petit
monde, qui efl l'Homme, quand
l'irradiation des efyrits animaux
qui defeendent du cerveau efl
empefehée par quelque humeur
froidequi cause obftruEllOn, les
parties inférieures du Corps fouf
frent, de Ynefmel'irradiation du
Soleil eslansempefchte par le
corps opaque &solide de laLune,
roui les Animauxsouffrentpùr
cette
interruption.
Vn de la Compagnie inter
rompit icy le difeours, disant que
l'Eclipsè efloit une cboje natu
re lle, qui ne prdduifoit aucun
mauvais effet
; qu'il ne s'enfui
''Voit pas que les Corps s'en trou
lassentpis, encore que les rayons
du Soleil fussent détourné%,
st)
; Cques'il
sa lumière obscurcie
en arrivoit autrement, on 4uroit
fitjet de craindre qu'il n'y east de
grandes maladies(Dutu les fois
que le Soleilferoitcache par des
nuages, ou par degrands brouilL
lards. Noflre bon Vteillard ré..
pondit que ce nefloitpas unerai
fin aJlèz forte pour combatte lu
sentimens des Agronomes & des
yde dire que ce qui cft
Meiecins
naturel ne produit peint de ma--
ladies, Ily a millecboses natu
reilesqui produisentbien des ma
ladie,s, comme les Tempefies> les
Orages., laTonnerres, les Trem
blement de terre3 les exhalaisons
puantes $infe£léesdesCloaques.
Quesiquelqu'un ri-avoitpasref
[enty les effets malins des Ecli
pret) elles en Avaientpu produire
en aautres Perjonnu
; que dans
les temps des maladies générales,
mtfme co'tao,,Ietifes,tour lemende
rieftoit pas pour cela sujet aux
mrfmes maladiM; que les Corps
les plus forts, vigoureux, &re
bufteSj réjîflent aux venins de
l'air ; que la nourriture mesme y
cOYJtribuë) maisqueles CorpsfoL
bles & mal dfPofzysuccom
bent, &quil avoitveu des Per
sonnes tombermalades,mesme
en mourir) pour avoir eflc expo
sées dehors durâtVEclipse
conseilloit mesme a ses Amis de ne
pas regarder en ce temps-là trop
fixement le Soleil ny U Lune) gjr
;quil
de les regarderfeulement dans un
Baffin d'eau expose devant quel
quevitre, ou parun petit trou, tel
qu'on enfait pour mirer ou pour
ni'Veler
Jpuis que les observations
diférentes faites par tant d'ba
hiles Gens n'efioientpas à négli
ger; &surce que Vautreavoit
dit des nuages & des breüinards,
le
ilréponditqu'ilefloitconfiantque
Îiuand ils nous cachent longtemps
Soleily ils c-iufent du desordre.
C'est alors que les Fièvres s'aug
mentent, que les Goûtesrevien
nent, que les Fluxionsdébotdent
ducerveau, qui étoufent souvent
les Malades tout d'un cout>t&
qu
il arrive mille autres accidensy
comme Migraines) maux de
Dents,apoplexies,&c.
Unautrequi ejloitfort ejîime
parfonffa.-voir,.crûtl'embaraffir>
en luy demandant comment il
efloit pojjibleque les Habitons de
¿'¡]le de GroenUndpussent vi
vre,eflant\la'moitié de tannle.
dans les tenebres
9 sansvoir le;
Soleily & par conséquent prive
de ses douces influences. Il répons
dit qu'il ne falloit pas s'en éton
ner, que ces
Gens-la efîoientac.
CQHtume% & naturaliser dans
ces Lieux)qutils ejloientenun
Paisfroid,que cejlle propre
dufroid de dessecher les Corps, {£
de concentrer
lachaleur naturelle,
su dedans, ce qui faisoit que en
bustes pourrefîfier à Ugrojjtereiz
desvapeurs
Personnesefleient fartes & ro
;qu'ils ne laissoient
pas de voirun peu de jour, &,
que l'habitude efl une fécondé
Nature. Il ajoûta que ceux qui
navigent vers Groenland
>
&,
pussent mefrte jusques à Sbisber
gue, pour lapcfcbt de la Baleiner
st) pour chercher des Dents dt
Chevaux marins & de Vac/Jes,
marines,qu'on trouve sur tout
vers Sbisbergue, qui cft fort
antancc vers le Nord, ne vont1
point en ce Pais que quand le
Soleil efl bien hauty & qu'ils le
voyent quasi toute la nuit sur
leurs tefles. Que
sicesGens,quoy
lu'habituez en des Paisfroids
erfujets auxvapeurs& brQüil
lards) commefont les HoHandoisy
les Damis,&lesHambQUrgU9isy
alloient là dans d'autres temps, ils
n'y pourraientvivre, ny réfifler à
lagrojjiereté de l'air
j encore que
les Habitansyvivent bien.
Il dit de plus, qu'outre ce qu'il
avoit lâ la-d:jfus} il avoit in
terrogédes Officiers de Marine
quiyavoient esié) @rqsÚ l'a
voient affureque les Vaiffeavx
ny peuvent aller que dans les
grands jours & les grandes cha
leurs, car autrement les Hommes
ne pourroient réfijleral'airépais
&malaifêyremplyde brl'ÍÚt!a?ds>
&tres froid. IveftreVieillard
ayantfatissait
à la Queflion qui
luy avoit eHé faite t reprit ou il
en efloit demeure, & dit que les
Tbeilogiens & les Saints Perei
parlentfortsouvent desEclipsee,
sur teutde la o-rande& admi
rable qui arriva a la mort du
Sauveur
J qui avait ejlêpredite
par les Propbe
tes, dr laquelle
efloit tout à.fait rniraculeufe, par
troisraifbns* Lapremiere,parce
qu'elle arriva dans la pleine
Lune. Laseconde., parce qu'elle
dura troisheures, ce qui encontre
l'ordre naturel ; @¡ la troisiéme,
à cause qu'elle fut universelle9
comme les Evangelistes le témoi
gnent. Et S. Denys ïjfreopa
gistegrand Philosophe(j* grand
Mathématicien, estant alors elt.
Egipte, dit à cette occasion , Il
faut que le Dieu.de la Nature
souffre, ou toute la Machine
du Monde se dissout. Il
ajoûta, pour éclaircir ce qu'il a
voit dit, que l'Eclipse du Soleil ne
sefaisoitsuivant le communsen
timent des Philosophes (Sf des.
jéfironomes, que dans le temps
que la Lune til dans la tesse ou
dans la queue du Dragon, oubien
près, cejî à dire dans [on com
mencement on
àsafin7&quelle
efïoit pleine à la mortdeNoBrs
Srigncur; que le Soleil efiant
fort rapide dans sa course) la
Lune ne pouvait empefeher si
logtempsFinfluence deJe
s rayons.
Enfin ilfiimiNe belles reiféxions
sur. les diférentes Eclipses natu
relles &fumaturclies, dont tonte
In Compagniefutextrêmement
contente, luy témoigna bien,
des rrconnoiffances. J'en anjois
l'espr.it tout remply, quandfay,
reçeu uojtre Lettre; deforte que
je nay eu qua les mettresur le
JUtpÙr) mais non pas avec son
éloquence
;cequi me tiendra lieu,
s'il vous plaiR;, d'une décharge
pour ce que vous avek d¡firé.
de
Richelieu ce
"6_4,
M«:*'
Vostretres-humble & tres
obeïssant Serviteur,
VlGNI£fU
Fermer