EPITRE
istsasas
SUR LA POESIE ,
AM. d'Arnaud , Agent Littéraire de Sa
Majefté Pruffienne , & de S. A. S. le
Duc de Wirtemberg.
D'Arnaud , vous le fçavez , on doit au Dieu des
vers
Les fublimes leçons que reçut l'Univers ,
Quand les Mufes jadis , dans de facrés Cantiques ,
Célébrerent de Dieu les oeuvres magnifiques.
Leurs fons , réuniffant les premiers Citoyens ,
De la focieté formerent les liens ;
Les tirant d'un état & honteux & fauvage ,
Des Sciences , des Arts leur apprirent Pufage
NOVEMBRE. 1749. 31
Combien de fois ,peignant les hauts faits des Héros,
Ont elles par leurs chants égalé leurs travaux ,
Et traçant às yeux leurs talens & leur gloire ,
Ónt- elles , en traits d'airain , illuftré leur mémoire
?
Un Philofophe obſcur , un fubtil Orateur ,
Peuvent - ils de leur vol atteindre la hauteur?
Comme elles, des vertus nous montrant la lumiere,
Peuvent ils du bonheur nous ouvrir la carriere ?
Hé ! que pourroit fur nous l'augufte vérité , ·
Si l'art n'adouciffoit fa trifte auſtérité ,
Et fi pour tempérer fa clarté refpectable ,
La Fable ne prêtoit fon voile favorable
Il faut que la raifon , à l'aide des beaux vers ,
Corrige en badinant nos bizarres travers ,
Et que gagnant l'efprit par cette adreffe utile ,
Jufqu'au coeur elle s'ouvre une route facile.
En vain pour m'éclairer , une froide raiſon
Veut aux régles d'Euclide affervir Apollon ;
La hauteur de fon vol ne fouffre point d'entraves ,
Et d'un ordre trop fec méprite les efclaves.
Sageffe ! à tes appas , dont iron coeur eſt épris ,
La vive Poëfie ajoute un nouveau prix .
Quand tu veux des mortels t'aflûrer la conquête ,
Ses plus brillantes fleurs embelliffent ta tête ,
Et pour mieux l'éclairer , lui prêtant ton flambeau
Ton éclat en paroît & plus vif & plus beau,
Tu fais éclore en nous , à l'aide de fes flâmes ,
Biiij
'32 MERCURE DEFRANCE.
Les femences du Beau que renfermoient nos
ames.
C'est ainsi que Davil , rempli d'un u divin ,
Chante de l'Et rnel-le pouvoir fouverain ,
Nous montre l'Univers lui rendant fes hommages,
Et le néant forcé d'enfanter des ouvrages.
Ranimant les humains de molleffe abbatus ,
Les Mufes dans leurs coeurs font germer les vertus;
Et leurs fublimes fons , en charmant les oreilles ,
De ce vafte Univers étalent les merveilles .
Leur vûe embraffe tout , leur vol audacieux
De ce fombre fejour s'élance jufqu'aux Cieux ,
Et dans des vers nombreux qu'enfante le Génie ,
Tout prend du fentiment , des graces , de la vie.
Dans les fertiles champs que leurs mains ont produits
,
>
Les Mufes font briller des fleurs comme des fruits,
Profcrivant des plaifirs la honteufe licence ,
Elles nous font aimer la paix & l'innocence .
Pour nous faire goûter leur utile leçon ,
Elles ont infpiré Greffet & Pavillon .
Sous un berceau de fleurs leur favori Voltaire , '
De leur art enchanteur inftruifit fa bergere.
Et vous , mon cher d'Arnaud , comblé de leurs
faveurs ,
Vous tenez de leurs dons Part de toucher les
coeurs ;
L'art de plaire en un mot ; art aimable & fublime,
NOVEMBRE. 1749 .
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Dangereux quelquefois ..... ah ! que jamais le
crime ,
Mufes que je chéris , ne fouille vos accens !
Que l'aimable vertu foit l'ame de vos chants !
Rendez -lui dans vos vers un hommage fincére ,
Et que toujours votre art foit d'inftruire & de
plaire.
7. Baptifte Tollot.
A Genève le 26 Août 1749.