1
p. [3]-12
EPITRE A LOUISE.
Début :
Salut à vous, ma chere & douce amie [...]
Mots clefs :
Rimeur, Clément Marot, Reine, Roi, Poète, Amour, Bouquets, Louis
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A LOUISE.
EPITRE A LOUISE.
S
Alut à vous, ma chere & douce amie
Telle vous puis nommer fans infamie
,
Difoit Marot , rimear de fon métier ,
A fa Luna Diane de Poitier ,
Voire à Margot Princeffe de Navarre ;
Le bonhommeau de ces licences-là
En poëfie oncques ne fut avare ;
Même il ofoit encor , par- ci par- là ,
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
.*
Naïvement déployant fa tendreſſe ,
Les appeller mon coeur & ma maîtreſſe.
Or tant revére un fi gentil rimeur
Et l'aime tant que ne ferois d'humeur ,
Pour bienfeance ou tel autre prétexte
De le gâter en alterant fon texte.
Sur ce direz : petit rimeur hideux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux ;
Pas ne me vont fi douceṛeux vocables ,
Et ne me font du tout point applicables ;
Garde-toi donc de jamais ufer d'eux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux
Quant eft de vous , égalez en mérite ,
Comme en beauté la Reine Marguerite ,
Quant eft de moi , fi je n'ai le talent
De cettui Chantre & Poëte excellent ,
'Au moins de lui fuis -je image petite ,
Et par endroits je me diş reffemblant.
Etoit -il pas , fi bien je me remembre ,
Enfon vivant , ce difeur fans façon ,
Du Roi François humble valet- de -chambre ,
Et de fa foeur Madame d'Alençon ,
Etes-vous pas
de moi la fouveraine
Et fuis-je pas votre ſervant petit ,
Qui de fervir fa dame fuzeraine
Et Chevaliere
a fi grand appetit ?
Marot étoit joli faifeur de metres ,
Moi je les aime & j'en apprends par coeur;
"
DECEMBRE. 1747.
Marot vivoit fous un preux belliqueur
Aimé des fiens , & protecteur des Lettres ,
Et moi je vis fous un Prince vainqueur ,
Qui de fon peuple a fubjugué le coeur ,
Et de l'Europe un jour fera l'arbitre.
Marot étoit tendre & reconnoiffant ;
Le coeur aufli fut mon premier pupitre ;
A fon Monarque il fit gentille épitre ,
Et comme moi Poëte adoleſcent ,
Félicita fon Roi convalefcent ;
Même il ofa , fans doute à meilleur titre ,
Lui demander argent ou penfion ,
Ce fis-je auffi dans cette occafion ,
Non pas pourtant à même intention ,
Mais par un trait de cerveau plein de nitre,
Qui trouve & fuit fantafque invention .
Marot l'obtint , & c'eft fur ce chapitre
Qu'il me convient dire d'un ton piteux :
Pauvre rimeur, Marot & toi font deux.
Voyons encor en quoi je lui reffemble :
Marot aimoit Dame de grand renom ,
En qui brilloient mille vertus enfemble ,
En aimai - je une auffi , que vous en ſemble ?
Si je dis oui , pourrez -vous dire non ?
Ah ! pour fi peu n'allez me contredire ;
Mon pauvre coeur hélas , fçait trop qu'en dire ;
Sentant le trait dont Cupidon le point ;
Ou fi votre ame eft tellement mauvaiſe ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'avec mon dire elle ne corde point ,
Oyez ceci ; je vais vous dire un point
Que vous pouvez contredire à votre aiſe.
Le bon Marot , quoique loyal amant,
En les amours n'eût point contentement ,
Ains il en eût toujours peine & fouffrance ,
Or donc pourriez y mettre difference ,
Difant à moi pauvret & fouffreteux ,
Prens bon courage & fois en affûrance ,
Or ne fois plus fi timide & honteux ;
Amour ne rit aux gens fans eſpérance ,
Mais fortune aide aux amans hazardeux ;
Gentil rimeur , Marot & toi font deux.
Pourtant ici quand j'oſe en avant mertre
Propos d'amour & d'eſpoir trop hautain ,
Il n'eft befoin que preniez à la lettre
Ce dont au fond je fuis très-peu certain.
Je ne fçais trop au vrai fi je vous aime ,
Suis là- deffus d'une ignorance extrême ,
Es loix d'amour n'étant grand bâchelier ,
Mais feulement jeune & tendre écolier ;
Pourriez pourtant m'aider dans mon problême
J'ignore hélas ! ce que mon coeur reffent ,
Bien eft-il vrai que je vous trouve belle ,
Qu'abfent de vous fuis trifte & languiffant ,
Mais je ne fçais comment cela s'appelle.
Eft - ce l'effet d'amour , ce Dieu puiffant
Si le croyez , j'y fuis acquiefcant ,
DECEMBRE
.
7 1747.
Si là-deffus votre coeur fe rebelle ,
Vous me verrez de mon ton rabaiſſant ,
Voir je dirai que je fuis haïffant.
Huit jours ya que fuis à la campagne ,
•
Et que me fuis départi d'avec vous
Huit jours y a que fouci m'accompagne
,
Et qu'ici rien ne me femble plus doux.
Tant ſeulement
je bâtis en Eſpagne
Châteaux
d'amour , bofquets & rendez- vous.
Puis quand la puit qui des amans prend cure ,
Couvert nous a de fa grand' robe obſcure ,
Souci commence
alors à déloger ,
S'en vient Morphée apportant votre image ,
Pour un petit mes tourmens alléger ;
Le lendemain fitôt que je m'éveille ,
Et que je vois que Madame Aurora
Par fa venue éclairci le jour a
Me revoilà penfant comme la veille ;
Or vais-je alors toujours en fupputant
Et la femaine , & le jour , & l'inftant ,
Où je verrai ma tant douce merveille ;
C'eſt en comptant ainfi dans mon cerveau ,
Et feuilletant mon almanach nouveau ,
Que j'avifai la glorieuſe fête
Du bon Louis , ce preux & devot Roi ;
C'eſt le patron , ce me dis- je en ma tête ,
De celle-là qui me tient fous la loi ;
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
C'eft dans deux jours ; point n'ai d'offrande prête
Ah ! fi Louiſe étoit en ce lieu - ci ,
Lui donnerois un bouquet defouci ,
Souci marquant celui que j'ai pour elle ;
Ou bien pour mieux orner ma paftourelle
Je lui ferois préfent d'un bel oeillet
Clair- panaché , teint vif & vermeillet ,
Valet d'amour , & portant ſa livrée ,
Ou de jafmins un frais petit cueillet ,
Marquant du coeur la candeur épurée ,
Et détachant d'un petit caffolet
De fins foupirs une foule odorée ;
D'en être auffi fe tiendroit honorée
L'humble pensée en habit violet ,
D'un beau velours , & la juppe dorée ,
Veftement riche & fi pourtant fimplet ;
Plus fierement d'une marche affûrée
Viendroit Grenade avec fon air guerrier ,
Qui pour mieux plaire & fe rendre illuftrée ,
Affûreroit croître fur un laurier.
En outre plus auroit ma Louifette
Un plein pannier d'une franche noisette,
Et puis lapêche à l'air luxurieux ,
Très-dure au coeur , au-dehors pateline ,
Portant fur elle un manteau gracieux ,
Blanc & fanguin , plaqué fous mouffeline :
Auroit auffi du raifin noir hâtif,
DECEMBRE. 1747. 9
Un peu furet , comme fon coeur retif.
J'ajouterois encor , fe fafchât- elle ,
Pour la parer quelques petits atours ,
Bel affiquet , piquante bagatelle ,
Rubans touffus , d'amour plaifante échelle ,
Qui du château va gagner les deux tours ,
Ou de fin lin une claire mentelle
Falbalaffée & pliffée en dentelle ,
Mule écourtée en les juttes contours
Qui galamment un petit pied décore ,
Et devant foi va pouffant les amours ,
Que jambe & juppe en trottant font éclorre ,
Ou bien de paille un reluifant chapeau :
Métail des champs moins faux que l'oripeau ,
Deffus c'eft or , en dedans ce font rofes ,
Sous fon arcade il tient cent beautés claufes ,
Et va gardant que Phébus fur la peau
Pat trop d'amour ne faffe du bobo .
Mais vain defir ! On n'eft pas toujours maître
Comme l'on veut de choifir fon bien être.
Sechez bouquets ; fuivez votre deftin .
Péchés & fruits , devenez chicotin ;
Votre beauté ine devient inutile ,
Bouquets , vivez l'efpace d'un matin ,
Puis périffez , devenez berbe vile ,
Sechez bouquets , Louiſe eſt à la ville .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Me voilà donc à tourner & virer
Dedans mon coeur plein de deuil & fouffrance ,
Comment pourrois cettui cas réparer ;
Lors mon efprit courant à toute outrance ,
Divers fujets fe plaifoit de fleurer ;
Si vins -je alors à vous accomparer
'A ce qu'avons de plus aimable en Francé ,
Qu'avons- nous donc , ce me dis je à part mois
De plus exquis › Louis notre bon Roi .
Ah ! le voilà , c'eft lui par préference.
Pourtant j'y mets certaine difference ,
Refpect eft là qui dit , homme hazardeux ,
Tout beau , Louis & Louife font deux ;
Je le fçais bien ; quoique faifeur de time ,
Je vous connois Beau Monfieur du respect ;
Suis vers mon Prince & tendre & circonfpect ;
Le ton du coeur eft unique , unanime ,
Mais le parler diverſement l'exprime ;
J'aime eft le ton dont il s'agit ici ,
J'aime eft un mot qui comprend tout en ſomme ,
Un mot tout d'or ; en effet quel eft l'homme
Qui me voulut contredire en ceci ,
J'aime le Roi , j'aime Louife auffi ?
Qu'il eut d'efprit , n'eft il pas vrai ma chere 2
Ce beau Précheur qui le premier en chaire
Trois ans y a dans ce tems a nommé
DECEMBRE 11
1747 .
Notre bon Roi Louis le Bien-aimé ?
Ce terme- là vraiment étoit idoine
A fon fujet ; vous noterez pourtant
Que moi n'étant Clerc , ni Prêtre , ni Moine ,
Je crois qu'alors j'en eus dit tout autant .
Ce beau nom là vaut bien celui de Sire ;
Or à ma Life il va comme de cire
Dans ce petit Royaume d'amitiés ,
Ce peu d'amis qu'elle a fçu bien élire ,
Et que l'efprit & le coeur ont liés .
Amis elle a tant elle eft amiable ,
Et complaifante & douce & fociable )
Voir chés fon fexe , & c'eft un très -grand point ;
Car comme on fçait femmes ne s'aiment point .
A donc ferez aujourd'hui proclamée
Par moi chetif, Louife bien aimée ;
Ce joli nom fera votre bouquet ;
Il part du coeur & vaut mieux que muguet ,
Et n'eft befoin que foyez bien aimante ,
Quoique pourtant cela ne gâtât rien ;
Il me fuffit que vous foyez charmante
Toujours dirai que je vous aime bien ,
Mais comme amie & non plus comme amante.
Autant dirai-je encor un coup du Roi ,
Et je crois bien que l'aimez comme moi.
C'est bien raifon qu'ici je le louange ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Comme je fais de vous mon très bel ange .
On ne peut trop , nous dit Jean la Fontaine ,
C'est mon patron , à lui je fuis dévor
Autant & plus encor qu'à mon Marot ,
On ne peut trop trouver belles & bonnes
Et louanger trois fortes de perfonnes ;
Sçavoir les Dieux , fa Maîtreffe & fon Roi.
Ce beau conteur avoit raifon , je croi.
Par M. B** de M***.
S
Alut à vous, ma chere & douce amie
Telle vous puis nommer fans infamie
,
Difoit Marot , rimear de fon métier ,
A fa Luna Diane de Poitier ,
Voire à Margot Princeffe de Navarre ;
Le bonhommeau de ces licences-là
En poëfie oncques ne fut avare ;
Même il ofoit encor , par- ci par- là ,
A ij
4
MERCURE
DE FRANCE
,
.*
Naïvement déployant fa tendreſſe ,
Les appeller mon coeur & ma maîtreſſe.
Or tant revére un fi gentil rimeur
Et l'aime tant que ne ferois d'humeur ,
Pour bienfeance ou tel autre prétexte
De le gâter en alterant fon texte.
Sur ce direz : petit rimeur hideux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux ;
Pas ne me vont fi douceṛeux vocables ,
Et ne me font du tout point applicables ;
Garde-toi donc de jamais ufer d'eux ,
La Reine & moi , Marot & toi font deux
Quant eft de vous , égalez en mérite ,
Comme en beauté la Reine Marguerite ,
Quant eft de moi , fi je n'ai le talent
De cettui Chantre & Poëte excellent ,
'Au moins de lui fuis -je image petite ,
Et par endroits je me diş reffemblant.
Etoit -il pas , fi bien je me remembre ,
Enfon vivant , ce difeur fans façon ,
Du Roi François humble valet- de -chambre ,
Et de fa foeur Madame d'Alençon ,
Etes-vous pas
de moi la fouveraine
Et fuis-je pas votre ſervant petit ,
Qui de fervir fa dame fuzeraine
Et Chevaliere
a fi grand appetit ?
Marot étoit joli faifeur de metres ,
Moi je les aime & j'en apprends par coeur;
"
DECEMBRE. 1747.
Marot vivoit fous un preux belliqueur
Aimé des fiens , & protecteur des Lettres ,
Et moi je vis fous un Prince vainqueur ,
Qui de fon peuple a fubjugué le coeur ,
Et de l'Europe un jour fera l'arbitre.
Marot étoit tendre & reconnoiffant ;
Le coeur aufli fut mon premier pupitre ;
A fon Monarque il fit gentille épitre ,
Et comme moi Poëte adoleſcent ,
Félicita fon Roi convalefcent ;
Même il ofa , fans doute à meilleur titre ,
Lui demander argent ou penfion ,
Ce fis-je auffi dans cette occafion ,
Non pas pourtant à même intention ,
Mais par un trait de cerveau plein de nitre,
Qui trouve & fuit fantafque invention .
Marot l'obtint , & c'eft fur ce chapitre
Qu'il me convient dire d'un ton piteux :
Pauvre rimeur, Marot & toi font deux.
Voyons encor en quoi je lui reffemble :
Marot aimoit Dame de grand renom ,
En qui brilloient mille vertus enfemble ,
En aimai - je une auffi , que vous en ſemble ?
Si je dis oui , pourrez -vous dire non ?
Ah ! pour fi peu n'allez me contredire ;
Mon pauvre coeur hélas , fçait trop qu'en dire ;
Sentant le trait dont Cupidon le point ;
Ou fi votre ame eft tellement mauvaiſe ,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Qu'avec mon dire elle ne corde point ,
Oyez ceci ; je vais vous dire un point
Que vous pouvez contredire à votre aiſe.
Le bon Marot , quoique loyal amant,
En les amours n'eût point contentement ,
Ains il en eût toujours peine & fouffrance ,
Or donc pourriez y mettre difference ,
Difant à moi pauvret & fouffreteux ,
Prens bon courage & fois en affûrance ,
Or ne fois plus fi timide & honteux ;
Amour ne rit aux gens fans eſpérance ,
Mais fortune aide aux amans hazardeux ;
Gentil rimeur , Marot & toi font deux.
Pourtant ici quand j'oſe en avant mertre
Propos d'amour & d'eſpoir trop hautain ,
Il n'eft befoin que preniez à la lettre
Ce dont au fond je fuis très-peu certain.
Je ne fçais trop au vrai fi je vous aime ,
Suis là- deffus d'une ignorance extrême ,
Es loix d'amour n'étant grand bâchelier ,
Mais feulement jeune & tendre écolier ;
Pourriez pourtant m'aider dans mon problême
J'ignore hélas ! ce que mon coeur reffent ,
Bien eft-il vrai que je vous trouve belle ,
Qu'abfent de vous fuis trifte & languiffant ,
Mais je ne fçais comment cela s'appelle.
Eft - ce l'effet d'amour , ce Dieu puiffant
Si le croyez , j'y fuis acquiefcant ,
DECEMBRE
.
7 1747.
Si là-deffus votre coeur fe rebelle ,
Vous me verrez de mon ton rabaiſſant ,
Voir je dirai que je fuis haïffant.
Huit jours ya que fuis à la campagne ,
•
Et que me fuis départi d'avec vous
Huit jours y a que fouci m'accompagne
,
Et qu'ici rien ne me femble plus doux.
Tant ſeulement
je bâtis en Eſpagne
Châteaux
d'amour , bofquets & rendez- vous.
Puis quand la puit qui des amans prend cure ,
Couvert nous a de fa grand' robe obſcure ,
Souci commence
alors à déloger ,
S'en vient Morphée apportant votre image ,
Pour un petit mes tourmens alléger ;
Le lendemain fitôt que je m'éveille ,
Et que je vois que Madame Aurora
Par fa venue éclairci le jour a
Me revoilà penfant comme la veille ;
Or vais-je alors toujours en fupputant
Et la femaine , & le jour , & l'inftant ,
Où je verrai ma tant douce merveille ;
C'eſt en comptant ainfi dans mon cerveau ,
Et feuilletant mon almanach nouveau ,
Que j'avifai la glorieuſe fête
Du bon Louis , ce preux & devot Roi ;
C'eſt le patron , ce me dis- je en ma tête ,
De celle-là qui me tient fous la loi ;
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE .
C'eft dans deux jours ; point n'ai d'offrande prête
Ah ! fi Louiſe étoit en ce lieu - ci ,
Lui donnerois un bouquet defouci ,
Souci marquant celui que j'ai pour elle ;
Ou bien pour mieux orner ma paftourelle
Je lui ferois préfent d'un bel oeillet
Clair- panaché , teint vif & vermeillet ,
Valet d'amour , & portant ſa livrée ,
Ou de jafmins un frais petit cueillet ,
Marquant du coeur la candeur épurée ,
Et détachant d'un petit caffolet
De fins foupirs une foule odorée ;
D'en être auffi fe tiendroit honorée
L'humble pensée en habit violet ,
D'un beau velours , & la juppe dorée ,
Veftement riche & fi pourtant fimplet ;
Plus fierement d'une marche affûrée
Viendroit Grenade avec fon air guerrier ,
Qui pour mieux plaire & fe rendre illuftrée ,
Affûreroit croître fur un laurier.
En outre plus auroit ma Louifette
Un plein pannier d'une franche noisette,
Et puis lapêche à l'air luxurieux ,
Très-dure au coeur , au-dehors pateline ,
Portant fur elle un manteau gracieux ,
Blanc & fanguin , plaqué fous mouffeline :
Auroit auffi du raifin noir hâtif,
DECEMBRE. 1747. 9
Un peu furet , comme fon coeur retif.
J'ajouterois encor , fe fafchât- elle ,
Pour la parer quelques petits atours ,
Bel affiquet , piquante bagatelle ,
Rubans touffus , d'amour plaifante échelle ,
Qui du château va gagner les deux tours ,
Ou de fin lin une claire mentelle
Falbalaffée & pliffée en dentelle ,
Mule écourtée en les juttes contours
Qui galamment un petit pied décore ,
Et devant foi va pouffant les amours ,
Que jambe & juppe en trottant font éclorre ,
Ou bien de paille un reluifant chapeau :
Métail des champs moins faux que l'oripeau ,
Deffus c'eft or , en dedans ce font rofes ,
Sous fon arcade il tient cent beautés claufes ,
Et va gardant que Phébus fur la peau
Pat trop d'amour ne faffe du bobo .
Mais vain defir ! On n'eft pas toujours maître
Comme l'on veut de choifir fon bien être.
Sechez bouquets ; fuivez votre deftin .
Péchés & fruits , devenez chicotin ;
Votre beauté ine devient inutile ,
Bouquets , vivez l'efpace d'un matin ,
Puis périffez , devenez berbe vile ,
Sechez bouquets , Louiſe eſt à la ville .
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Me voilà donc à tourner & virer
Dedans mon coeur plein de deuil & fouffrance ,
Comment pourrois cettui cas réparer ;
Lors mon efprit courant à toute outrance ,
Divers fujets fe plaifoit de fleurer ;
Si vins -je alors à vous accomparer
'A ce qu'avons de plus aimable en Francé ,
Qu'avons- nous donc , ce me dis je à part mois
De plus exquis › Louis notre bon Roi .
Ah ! le voilà , c'eft lui par préference.
Pourtant j'y mets certaine difference ,
Refpect eft là qui dit , homme hazardeux ,
Tout beau , Louis & Louife font deux ;
Je le fçais bien ; quoique faifeur de time ,
Je vous connois Beau Monfieur du respect ;
Suis vers mon Prince & tendre & circonfpect ;
Le ton du coeur eft unique , unanime ,
Mais le parler diverſement l'exprime ;
J'aime eft le ton dont il s'agit ici ,
J'aime eft un mot qui comprend tout en ſomme ,
Un mot tout d'or ; en effet quel eft l'homme
Qui me voulut contredire en ceci ,
J'aime le Roi , j'aime Louife auffi ?
Qu'il eut d'efprit , n'eft il pas vrai ma chere 2
Ce beau Précheur qui le premier en chaire
Trois ans y a dans ce tems a nommé
DECEMBRE 11
1747 .
Notre bon Roi Louis le Bien-aimé ?
Ce terme- là vraiment étoit idoine
A fon fujet ; vous noterez pourtant
Que moi n'étant Clerc , ni Prêtre , ni Moine ,
Je crois qu'alors j'en eus dit tout autant .
Ce beau nom là vaut bien celui de Sire ;
Or à ma Life il va comme de cire
Dans ce petit Royaume d'amitiés ,
Ce peu d'amis qu'elle a fçu bien élire ,
Et que l'efprit & le coeur ont liés .
Amis elle a tant elle eft amiable ,
Et complaifante & douce & fociable )
Voir chés fon fexe , & c'eft un très -grand point ;
Car comme on fçait femmes ne s'aiment point .
A donc ferez aujourd'hui proclamée
Par moi chetif, Louife bien aimée ;
Ce joli nom fera votre bouquet ;
Il part du coeur & vaut mieux que muguet ,
Et n'eft befoin que foyez bien aimante ,
Quoique pourtant cela ne gâtât rien ;
Il me fuffit que vous foyez charmante
Toujours dirai que je vous aime bien ,
Mais comme amie & non plus comme amante.
Autant dirai-je encor un coup du Roi ,
Et je crois bien que l'aimez comme moi.
C'est bien raifon qu'ici je le louange ,
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Comme je fais de vous mon très bel ange .
On ne peut trop , nous dit Jean la Fontaine ,
C'est mon patron , à lui je fuis dévor
Autant & plus encor qu'à mon Marot ,
On ne peut trop trouver belles & bonnes
Et louanger trois fortes de perfonnes ;
Sçavoir les Dieux , fa Maîtreffe & fon Roi.
Ce beau conteur avoit raifon , je croi.
Par M. B** de M***.
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Résumé : EPITRE A LOUISE.
L'épître est une lettre adressée à Louise, où l'auteur la compare à des figures historiques et littéraires telles que Marguerite de Navarre et Clément Marot. Il admire Marot mais souligne les différences entre eux, notamment en termes de contexte politique et amoureux. Marot vivait sous un roi guerrier et protecteur des lettres, tandis que l'auteur vit sous un prince victorieux. L'auteur évoque également leurs expériences amoureuses, notant que Marot, malgré son amour loyal, connaissait la souffrance, contrairement à lui qui est encore incertain de ses sentiments. L'auteur décrit son état d'esprit depuis qu'il est à la campagne, loin de Louise. Il passe ses journées à rêver de leur prochaine rencontre et à imaginer des cadeaux pour la fête du roi Louis, incluant des fleurs symboliques et des fruits, reflétant ses sentiments et ses espoirs. Le texte, un poème écrit en décembre 1747 et publié dans le Mercure de France, utilise des métaphores et des comparaisons pour vanter la beauté et les qualités de Louise. Il mentionne divers accessoires et vêtements qui l'embellissent, mais souligne l'éphémérité de la beauté, comparant les bouquets de fleurs à la beauté fugace de Louise. L'auteur exprime ses sentiments oscillant entre son admiration pour le roi Louis et son affection pour Louise. Il reconnaît la différence entre les deux mais affirme aimer tous deux sincèrement. Il loue un prédicateur ayant qualifié le roi Louis de 'Bien-aimé'. Le poème se termine par une proclamation où l'auteur déclare Louise 'bien aimée' et exprime son amour pour elle en tant qu'amie, étendant cette louange au roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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