OD E.
SUR LE JUGEMENT DERNIER.
QuUelle puissance souveraine ,
Trouble l'ordre de l'Univers !
Quels crls de fureur et de haine !
De quels feux s'allument les Airs !
Les Cieux , de leurs voûtes brisées ,
Ouvrent les portes embrasées ,
Aux Eclairs , aux Foudres brulans,
J'entens une voix menaçante ,
Qui dit à la Terre tremblante ,
Ce jour est le dernier des temps.
>
Mais que vois-je ! quels tas terrible ,
D'ossemens et de membres morts !
Le son d'une Trompette horrible
En ranime tous les ressorts.
Quel divin rayon de lumiere ,
poussiere ,
Donne à cet amas de
De la chaleur , du mouvement !
Quel esprit , quel souffle de vie ,
Agite,
1930 MERCURE DE FRANCE
Agite , échauffe , vivifie,
Les cendres de ce Monument !
Quels cris de joye et de victoire !
Voici le Juge des Humains ,
Le CHRIST sur un Trône de gloire ,
Ouvre le Livre des Destins ,
Au pied du Trône inaccessible ,
Sont la Justice incorruptible ,
Et l'immuable verité.
Tremblez , Mortels , je vois la Foudre ,
Qui va bien-tôt réduire en poudre ,
Le mensonge et l'iniquité.
Satan , du funeste volume ,
Transcrit les fastes criminels.
Ah ! quelle source d'amertume ,
Pour vous , ô malheureux Mortels !
Sur le fer , l'airain et le cuivre ,
Sont gravez dans l'immense Livre ,
Les trahisons , les noirs projets.
Egalement on y découvre ,
Et de la Cabane et du Louvre ,
Les attentats les plus secrets.
Sur le marbre , l'or et l'yvoire ,
Un Chérubin majestueux ,
A le soin de tracer l'Histoire,
Des
SEPTEMBRE. 1732. 1931
Des faits des hommes vertueux.
Du haut de son Trône suprême ,
Le Fils d'un Dieu pese lui- même ,
Et les vices et les vertus.
Au mouvement de la balance ,
Sa main punit ou récompense,
Les Réprouvez ou les Elus.
Du Seigneur , la voix redoutable ,
Trouble les Airs épouvantez.
Je frémis. Sa bouche équitable ,
Va m'anoncer ses volontez.
Qu'entens-je ! quelle horreur soudaine ...
Ciel ! un Fleuve de sang m'entraîne ,
Dans l'éternelle obscurité.
Ah ! Seigneur , je suis ton Ouvrage ,
Voudrois-tu détruire l'Image ;
De ta divine Majesté.
Suspens les coups de ton Tonnerre ,
Qu'ont allumé tant de forfaits ;
Ne me déclare plus la guerre ;
Je fus l'objet de tes bienfaits.
Jadis dans le sein de Marie ,
L'Esprit-Saint te donna la vie ,
Qui me garantit du trépas ,
Et victime de ta Justice,
Tu
1932 MERCURE DE FRANCE
Tu t'offris toi-même au supplice ,
Que méritoient mes attentats.
Contre moi ta juste colere ,
Devroit armer ton bras vengeur ;
Du Châtiment le plus sévere ,
Mon crime égale la rigueur.
Mais souviens-toi qu'en Pere tendre ,
Tu voulus autrefois répandre ,
Tout ton Sang pour briser mes fers ,
Ce Sang dont une seule goute ,
Auroit pû racheter , sans doute ,
Les crimes de tout l'Univers.
Dieu de bonté , mes cris funebres
Sont parvenus jusques à toi ;
Ton éclat perce les tenebres ,
Dont l'horreur me glaçoit d'effroi ;
Oui, déja ta main secourable ,
Comble l'abîme épouventable ,
Où m'entraînoit l'iniquité.
Tu m'appelles. O joye extrême !
Je touche à mon bonheur suprême ,
Et je le dois à ta bonté.
Cavaliez , Avocat à Montpellier.