Oeuvre commentée (1)
[empty]
Détail
Liste
Résultats : 1 texte(s)
1
p. 2051-2065
SÉSOSTRIS Tragédie, représentée au Collége des Jésuites, pour la distribution des Prix fondés par le Roi, le 5 Août 1744.
Début :
L'Auteur est le R. P. du Baudory, Professeur de Rhétorique au Collége de [...]
Mots clefs :
Nature, Art, Rhamniticus, Amasis, Ozimas, Beautés, Père, Trône, Merveilles, Défauts, Peuples, Couronne, Ballet, Parricide
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉSOSTRIS Tragédie, représentée au Collége des Jésuites, pour la distribution des Prix fondés par le Roi, le 5 Août 1744.
SE'SOSTRIS Tragédie , repréſentée au
College des féfuites , pour la diftribution des
Prix fondés par le Roi , le 5 Août 1744.
'Auteur eft le R. P. du Baudory , Pro-
Lfeffeur de Rhétorique au Collège de
LOUIS LE GRAND , déja connu dans la belle
Littérature par deux Harangues Latines, que
le Public a honorées d'un favorable accueil.
Cette Piéce n'eft point inférieure, en fon
genre, à tout ce qui a parû jufqu'ici du même
Auteur. Outre l'Elégance de l'expreffion ,
la force du Vers , la nobleffe & l'élevation
des pensées , on y remarque une tendreffe
de fentimens , qui a contribué , plus que
toute autre chofe, au fuccès qu'elle a cû. On
accufe l'Auteur d'un peu de profufion à cet
égard ; un peu d'oeconomie n'eût peut-être
pas moins plû , mais ce défaut, fuppoſé même
qu'il foit bien réel , eft fi rare dans une
Piéce de cette efpece , où le Poëte fe trouve
refferré fur ce point dans des bornes fi étroites
, qu'il peut paffer , en quelque forte ,
pour une beauté , & que bien loin d'être
une occafion de reproche pour l'Auteur , on
Fij
doit
2052 MERCURE DE FRANCE.
doit au contraire prendre une grande idée
de fon goût pour le Théatre , & de fon talent
pour la Poëfie Dramatique.
Le Plan & la conduite de la Piéce , l'ordre
& la liaiſon des Scénes, ce fil impercep
tible , qui lie entre elles toutes les parties
du Poëme , & qui en fait un tout bien afforti
, eft un autre genre de beauté , qu'il eft
réfervé aux feuls Connoiffeurs de bien diftinguer
, ce qui ne manque point à celle- ci.
Le Jeu des Acteurs a mérité auffi le fuffrage
du Public. M, de Palacia , qui foutenoit
le rôle de Sefoftris , a répondu à la dignité
de fon caractére & à fa réputation. M. du
Peron s'eft fait beaucoup d'honneur par la
maniere tendre , délicate & variée, avec la¬
quelle il eft entré dans toutes les fineffes
d'un rôle , fort difficile à exécuter. M. de
Kerfallo n'a pas moins plû . M. Patri s'eſt fait
écouter avec plaifir. Quelle ame dans M. de
Fargés l'étendue de fa voix répondoit à la
vivacité de fon action , M. Seguy a également
réülli dans le Prologue de la Piéce & dans
le rôle d'Apriés , dont il étoit chargé.
SUIET Analyse de la Piéce.
Séfoftris , vainqueur de l'Europe & de
l'Afie , prend la réfolution de s'affocier au
Trône fon fils Rhamniticus. Quelques bruits,
injurieux à la fidelité du jeune Prince,l'obligent
SEPTEMBRE. 1744. 2053
gent à fufpendre l'exécution de ce projet.
Réfolu d'éclaircir lui-même fes foupçons ,
& de mettre l'innocence de fon fils à la
plus rigoureufe épreuve , il rentre fecrettement
dans fa Capitale , découvre fon deffein
à Ozimas , concerte avec lui toute l'intrigue
, & lui déclare que , fous le nom emprunté
d'Aribas , il veut être témoin du fuccès
qu'il ofe s'en promettre. Il lui ordonne
de faire courir dans la Ville le bruit de fon
arrivée prochaine , & de lui ménager une
entrevûe avec Rhamniticus , qui n'étant encore
qu'au berceau,lorfqu'il quitta l'Egypte,
ne fera pas en état de le reconnoître. Ozimas
exécute les ordres de Séſoftris.Sur le bruit qui
vient de fe répandre tout-à- coup que Séfoftris
, chargé de gloire & de lauriers , fe prépare
à rentrer en triomphe dans la Capitale,
Rhamniticus fe livre aux tranfports de la
joye la plus vive ; fon cher Amafis vient
partager avec lui fon bonheur , mais cette
idée- là même , lui rappellant le fouvenir
d'un Pere , qu'il croit avoir perdu dans fon
enfance , rouvre une playe que le tems n'avoit
pû bien fermer ; il ne peut refuſer des
larmes à fon malheur . Séfoftris faifit ce moment
pour apprendre à Ozimas , qu'Amafis ,
qui pleure depuis long-tems un Pere qu'il
n'a jamais connû , eft fon propre fils , que
des raifons d'Etat l'avoient obligé de le te-
Fij nir
2054 MERCURE DE FRANCE.
nit éloigné de la Cour , & à lui cacher à luimême
la propre grandeur.
A la vue d'Aribas ( Séfoftris ) Rhamniticus
fent au fond de fon coeur une agitation
fecrette , dont il n'a garde de développer le
principe ; apprenant qu'il eft cet Officier dépêché
par Séfoftris , dont lui a parlé Ozimas,
il lui demande avec empreffément des nouvelles
de fon Pere. Ah ! Prince , s'écrie Aribas
, qu'allez -vous entendre ! & que fuis- je
obligé de vous annoncer ! Séfoftris n'eft plus;
ce Héros magnanime , qui mit à la chaîne
tant de Peuples & de Nations , qui conquit
tant de Provinces & de Royaumes , qui brifa
tant de Sceptres & de Couronnes , n'a pû
dérobet fa tête au coup meurtrier d'une main
parricide & inconnue; percé d'un trait mortel
dans la Forêt voifine , il vient d'expirer
à nos yeux. Rhamniticus éperdu ... furieux
& hors de lui-même , jure par l'Ombre fanglante
de fon Pere , de venger fa mort par
celle du coupable ; on lui préfente le trait
fatal qui vient de le priver du meilleur de
tous les Peres ; il le faifit avec fureur , mais
quelle eft fa furprife , lorfqu'il reconnoît
que c'eft celui-là même dont il a fait préſent
à Amafis , comme un gage de fon amitié ;
pénétré de la plus amere douleur , il éprou
ve les cruelles alternatives de l'amour filial
& de l'amitié la plus tendre. Séfoftris , témoin
1
SEPTEMBRE. 1744. 2015
moin des allarmes de fon fils , foupçonne
que Rameffés pourroit bien être l'Auteur des
bruits qui l'ont allarmé lui -même. Rameffés
eft un jeune Seigneur , iffu d'un Sang illuftre
, qui regna autrefois dans Memphis , &
donna des Loix à l'Egypte . Séfoftris , pour
le fonder , fait briller en quelque forte la
Couronne à fes yeux ; il lui repréfente combien
il lui feroit facile de remonter fur un
Trône,que fes Ancêtres ont occupé autrefois
avec gloire. L'occafion eft belle, lui dit- il' ;
déclarez -vous ; je m'offre à vous feconder.
Rameffés , ébloui par les offres d'Aribas , lui
ouvre fon coeur, & lui déclare que l'abſence
de Séfoftris lui a fouvent fait naître l'efpérance
de reprendre une Place à laquelle fa
naiffance l'appelloit ; que fa mort inopinée
femble lui applanir toutes les voyes , & qu'il
eft enfin réfolu à remettre fur fa tête une
Couronne ,qu'il croit lui appartenir.Cet aveu
fait faire des refléxions à Séſoftris , aux yeux
duquel l'innocence de fon fils ſe dévoile de
plus en plus.
Rhamniticus , toujours partagé entre fon
Pere & fon Ami , chancelant & irréfolu
ne fçait à quoi fe déterminer. Tantôt il
veut condamner Amafis ; fon coeur s'y oppofe;
l'Arrêt expire fur fes levres ; tantôt
il veut l'abfoudre ; la Nature fe fait entendre
, & réclame ſes droits. Dans ce moment
F iiij d'irré2056
MERCURE DE FRANCE .
d'irréfolution ,il croit voir l'Ombre plaintive
de fon Pere , qui lui reproche fa lâcheté ;
faifi tout-à-coup d'une généreufe indignation
contre lui-même , il mande Amafis. A
la vûë de ce cher objet , toute fa tendreffe
fe réveille. Amafis demande quel eft fon crime.
Rhamniticus lui préſente le trait fatal, encore
teint du fang de Séfoftris ; Amafis s'écrie
qu'il eft un parricide ; Rhamniticus veut
le percer ; Ozimas s'y oppofe. Séfoftris , qui
veut pouffer l'épreuve jufqu'où elle peut aller
, fait remettre à Rhamniticus un Ecrit,
qu'il dit avoir reçû de la main de fon Pere
mourant ; le Prince lit , & jettant les yeux
fur Amafis , s'écrie : Ah ! mon frere . .Amafis
, effrayé , veut fe percer lui-même ; dans
ce moment de trouble & d'effroi , on annonce
que le perfide Rameffés a levé le mafque,
& qu'il s'avance en armes vers le Palais ; les
deux freres veulent courir pour le repouffer;
Ozimas les retient. Rhamniticus reparoît
plus agité qu'auparavant ; Aribas l'aborde ;
Rhamniticus , qui le croit du nombre des
conjurés , lui fait les plus fanglants reproches
, & dans le tranfport de fa fureur, leve
fur lui un bras parricide ; faifi tout-à- coup
d'une horreur fecrette , il s'arrête ; la Nature
s'explique affes pour fufpendre fon bras ,
trop peu pour lui deffiller les yeux ; fon
trouble recommence ; la vue d'Amafis , qui
paroît
SEPTEMBRE. 1744. 2057
paroît chargé de chaînes , l'augmente ; Ozimas
y met le comble ; il feint d'exécuter un
ordre de fon Maître expirant, & fait apporter
fur la Scéne le Trône de Séfoftris même.
Rhamniticus , qui croit que ce Trône eft
préparé pour Rameffés , reproche à Ozimas
fa perfidie. Rameffés paroît dans ce moment,
fuivi d'une troupe de factieux ; il accable
d'injures les deux freres , les traite d'ufurpateurs
, & pour affermir de plus en plus
un Trône , dont il fe croit déja le maître, il
ordonne qu'on immole l'un & l'autre à ſes
yeux .
>
Un bruit effrayant de Trompettes Guerrieres
, qui fe fait entendre tout-à- coup
fufpend l'exécution ; Séfoftris , la Couronne
en tête , paroît environné d'une nombreuſe
troupe de Gardes & d'Officiers ; à la vûe
du Héros , Rameffés glacé d'effroi , n'a
pas même le courage de fuir ; Séfoftris l'envoye
au fupplice, embraffe fes Enfans , couronne
l'aîné , & fait rentrer Amafis dans
tous les droits , que fa naiffance & ſa vertu
lui ont fi légitimement mérités.
Le Ballet , fuivant l'ufage ordinaire , fervit
d'Interméde à la Piéce Latine ; il eft intitulé
les Merveilles de l'Art ; en voici le
plan & la diviſion , telle le Profeffeur
l'expofe dans fon Programme.
que
La Danfe eft elle-même une des Merveilles
F V
de
2058 MERCURE DE FRANCE.
de l'Art ; c'est à lui qu'elle eft redevable de
cette richeffe de cette varieté de Peintures
mouvantes, qu'elle préfente aux yeux ; pourroitelle
refufer àfa gloire des talens qu'elle a reçûs
de lui ? C'est donc pour s'acquitter d'un devoir
de reconnoiffance , qu'elle prend pour objet de
fes figures l'Art & fes Merveilles , mais comme
il eft impoffible à l'Art lui-même, de raffembler
dans un Portrait tout ce qu'il a de merveilleux
, on s'eft borné à ces quatre objets differens
, qui ont fait les quatre Parties du
Ballet.
1°. L'Art imite les beautés de la Nature.
2 ° . L'Art corrige les défauts de la Nature.
3°. L'Artforce les obftacles de la Nature.
4. L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
OUVERTURE.
Des hommes , nouvellement fortis des
mains dePromethée, apperçoivent avec étonnement
ce vafte Univers , qu'ils viennent
habiter. La Nature , arrive fur un Trône de
Gazon , & environnée de Divinités Champêtres
, elle s'offre d'abord à leurs regards, &
fixe leur admiration ; l'Art vient à ſon tour
difputer à fa rivale l'hommage des Mortels ,
& c'eft par le Spectacle pompeux de fes
Merveilles qu'il prétend s'affûrer la victoire.
PRE+
1744. 2059 SEPTEMBRE.
PREMIERE PARTIE.
L'Art imite les beautés de la Nature.
PREMIERE ENTRE' E.
Sémiramis raffemble fur la cime de fes
Palais les beautés naïves du Printems. Les
preftiges de l'Art font paroître tout-à-coup
des Prairies émaillées. L'Hyver & fes frimats
viennent détruire les fleurs naiffantes ,
mais on fe fert de ces fleurs pour les enchaî
ner eux-mêmes , & l'Hyver eft tout furpris
de ſe voir métamorphofé en Printems.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art imite les beautés terribles & majestueuses.
Salmonée fait briller aux yeux de fes Courtifans
des feux , avant-coureurs d'un nouveau
foudre. L'Elide retentit des éclats
d'un Tonnerre artificiel ; l'orage creve ; la
flâme ferpente au milieu des Airs , & attire
au nouveau Jupiter les refpects & l'admiration
des Peuples.
TROISIEME ENTRE' E.
L'Art imite les beautés nobles & gracienfes.
La Peinture , pour donner une idée des
beautés gracienfes , repréſente par l'affortiment
de fes couleurs MoNSEIGNEUR LE
F vj DAU2060
MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN ; la Sculpture , pour exprimer les
beautés nobles , fait naître fous le cifeau les
traits de notre AUGUSTE MONARQUE ; la
Renommée fe charge de faire voir à toute
l'Europe ces deux Chefsd'oeuvre de l'Art.
SECONDE PARTIE,
L'Art corrige les défauts de la Nature.
PREMIERE ENTRE'E.
L'Art déguife les défauts de la Nature.
Des Vieillards , à qui l'âge a dépouillé la
tête & affoibli la vûe , fe trouvent exposés
aux infultes d'une Jeuneffe folâtre . Des
Merciers viennent à propos préfenter aux
Vieillards outragés , des yeux artificiels , qui
en leur épurant la vûë , font difparoître les
rieurs. Pour achever de les rajeunir , l'Art
leur fournit encore des chevelures étrangéres
, & des Miroirs pour contempler leurs
graces renaiffantes.
SECONDE . ENTRE' E.
L'Art corrige les défauts de la Nature.
Efchyle & Ariftophane tranſportent fur
la Scéne les Paffions & les Ridicules des
hommes . Efchyle évoque des Enfers les Ombres
ennemies d'Eteocle & de Polinice,
& peint les attentats de la haine & de la
vengeance,
SEPTEMBRE. 1744. 2061¹
vengeance . Ariftophane introduit des Pantomimes
, qui font rire les Spectateurs aux
dépens de leurs propres défauts.
TROISIEME ENTREE .
L'Art guérit les défauts de la Nature.
Des Malades paroiffent en tremblant , &
expriment par la difference de leurs attitudes
, celle de leurs maux ; ils invoquent la
Mort ; les Parques fe préfentent ; Efculape
& fa fuite arrivent fur la Scéne , forcent la
troupe Infernale d'abandonner fa proye , &
appliquent aux Malades raffûrés , la vertu
toute puiffante de leur Art.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Art force les obftacles de la Nature,
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchaîne la Mer.
Jafon , à la tête de fes Braves , part pour
la Conquête de la Toifon d'Or , Neptune ,
les Tritons & les Vents , obligent les Argonautes
de céder pour un tems à l'effort de la
tempête. L'Art des Matelots vient au fecours
des Guerriers ; ils enchaînent Neptu
ne & les Tritons ; ils emprifonnent les
Vents , & les forcent de concourir eux-mêmêmes
à l'Expédition .
Se2062
MERCURE DE FRANCE.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art ouvre le fein de la Terre.
Cérès & fes Laboureurs , Bacchus & fes
Vendangeurs forcent la Terre à leur livrer
les tréfors que la Nature avare avoit enfermés
dans fon fein. Plutus paroît à fon tour,
& fait briller le précieux Métail qu'il vient
d'arracher aux entrailles de la Terre . Les
Vignerons & les Laboureurs , charmés de
fon éclat, offrent en échange leurs richelles;
on s'accorde de part & d'autre , & Bacchus
fournit le Vin du marché.
TROISIEME ENTREE.
L'Art efcalade le Ciel.
Dédale conſtruit le fameux Labyrinthe ,
l'un des Chefsd'oeuvre de l'Art ; on lui
donne pour prifon l'Edifice merveilleux ,
fon propre ouvrage ; fon Art l'y accompagne
, & lui trace , pour s'enfuir , une route
encore plus merveilleufe ; pendant qu'on
infulte à fa diſgrace , il s'éleve tout-à- coup ,
fuit au milieu des Airs , & difparoît.
QUAL
SEPTEMBRE. 1744. 2063
QUARTIE'ME PARTIE.
L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchérit fur les Ouvrages de la Nature.
Des Peuples , déja défendus par la fituation
des Lieux , ajoûtent les Ouvrages de l'Art à
ceux de la Nature ; les Baſtions s'élevent, &
préfentent aux Affigeans une barriere infurmontable
, mais ceux-ci oppofent l'Art à luimême
; on ouvre la tranchée , on fait les approches
, on emporte fucceffivement les dehors
de la Place , qui fe voit enfin réduite
à battre la chamade.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les fecrets de la Nature.
La Nature avoit enfeigné aux hommes
l'admirable fecret de fe communiquer leurs
penſées par le fon de la voix ; l'Art va plus
loin ; il ordonne à Vulcain de fondre des
Caractéres parlans , qui tranfmettent aux
fiécles futurs les noms & les actions des Hétos;
pour donner un effai & un Chefd'oeuvre
tout à la fois , il trace en Caractéres ineffaçables
l'Augufte nom de notre GRAND
MONARQUE. Des Peuples de toutes les
Nations viennent partager leur admiration
entre
2064 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Invention merveilleufe, & le Héros
qu'elle immortalife.
TROISIEME ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les Jeux de la Nature .
De jeunes gens , n'ayant que la Nature
pour guide , expriment par des Danfes naïves
mais irrégulieres , les tranfports d'une
joye vive & folâtre ; des Maîtres habiles ,
viennent polir ce que la Nature n'avoit fait
qu'ébaucher ; ils forment leurs Eleves aux
differens Caractéres de la Danfe , communiquent
à tous leurs mouvemens de la grace
& de la régularité , & leur donnent ces
graces naturelles qui doivent d'autant plus
à l'Art , qu'elles paroiffent plus tenir de la
Nature.
BALLET GE'NE'RA L.
Charmés des merveilles que l'Art vient
d'étaler à leurs yeux , des hommes s'empreffent
à lui rendre l'hommage de leur admiration.
Quelques-uns font d'avis qu'on enchaîne
à fon Char de Triomphe la Nature;
les plus moderés opinent à unir enſemble
P'un & l'autre , & fe promettent les plus
heureux fruits d'une fi belle union.
L'ordre & l'exécution du Ballet ; la juftelle
& la promptitude des évolutions , ont
fait
SEPTEMBRE. 1744. 2065
fait honneur au Profeffeur , & lui ont mérité
de la part d'une nombreuſe troupe de
Spectateurs , des éloges , aufquels il eft tems
qu'il commence à s'accoûtumer .
Les Danfes font de la compofition de M.
Malter , l'aîné , dont on connoît le talent
pour ces fortes d'Exercices.
College des féfuites , pour la diftribution des
Prix fondés par le Roi , le 5 Août 1744.
'Auteur eft le R. P. du Baudory , Pro-
Lfeffeur de Rhétorique au Collège de
LOUIS LE GRAND , déja connu dans la belle
Littérature par deux Harangues Latines, que
le Public a honorées d'un favorable accueil.
Cette Piéce n'eft point inférieure, en fon
genre, à tout ce qui a parû jufqu'ici du même
Auteur. Outre l'Elégance de l'expreffion ,
la force du Vers , la nobleffe & l'élevation
des pensées , on y remarque une tendreffe
de fentimens , qui a contribué , plus que
toute autre chofe, au fuccès qu'elle a cû. On
accufe l'Auteur d'un peu de profufion à cet
égard ; un peu d'oeconomie n'eût peut-être
pas moins plû , mais ce défaut, fuppoſé même
qu'il foit bien réel , eft fi rare dans une
Piéce de cette efpece , où le Poëte fe trouve
refferré fur ce point dans des bornes fi étroites
, qu'il peut paffer , en quelque forte ,
pour une beauté , & que bien loin d'être
une occafion de reproche pour l'Auteur , on
Fij
doit
2052 MERCURE DE FRANCE.
doit au contraire prendre une grande idée
de fon goût pour le Théatre , & de fon talent
pour la Poëfie Dramatique.
Le Plan & la conduite de la Piéce , l'ordre
& la liaiſon des Scénes, ce fil impercep
tible , qui lie entre elles toutes les parties
du Poëme , & qui en fait un tout bien afforti
, eft un autre genre de beauté , qu'il eft
réfervé aux feuls Connoiffeurs de bien diftinguer
, ce qui ne manque point à celle- ci.
Le Jeu des Acteurs a mérité auffi le fuffrage
du Public. M, de Palacia , qui foutenoit
le rôle de Sefoftris , a répondu à la dignité
de fon caractére & à fa réputation. M. du
Peron s'eft fait beaucoup d'honneur par la
maniere tendre , délicate & variée, avec la¬
quelle il eft entré dans toutes les fineffes
d'un rôle , fort difficile à exécuter. M. de
Kerfallo n'a pas moins plû . M. Patri s'eſt fait
écouter avec plaifir. Quelle ame dans M. de
Fargés l'étendue de fa voix répondoit à la
vivacité de fon action , M. Seguy a également
réülli dans le Prologue de la Piéce & dans
le rôle d'Apriés , dont il étoit chargé.
SUIET Analyse de la Piéce.
Séfoftris , vainqueur de l'Europe & de
l'Afie , prend la réfolution de s'affocier au
Trône fon fils Rhamniticus. Quelques bruits,
injurieux à la fidelité du jeune Prince,l'obligent
SEPTEMBRE. 1744. 2053
gent à fufpendre l'exécution de ce projet.
Réfolu d'éclaircir lui-même fes foupçons ,
& de mettre l'innocence de fon fils à la
plus rigoureufe épreuve , il rentre fecrettement
dans fa Capitale , découvre fon deffein
à Ozimas , concerte avec lui toute l'intrigue
, & lui déclare que , fous le nom emprunté
d'Aribas , il veut être témoin du fuccès
qu'il ofe s'en promettre. Il lui ordonne
de faire courir dans la Ville le bruit de fon
arrivée prochaine , & de lui ménager une
entrevûe avec Rhamniticus , qui n'étant encore
qu'au berceau,lorfqu'il quitta l'Egypte,
ne fera pas en état de le reconnoître. Ozimas
exécute les ordres de Séſoftris.Sur le bruit qui
vient de fe répandre tout-à- coup que Séfoftris
, chargé de gloire & de lauriers , fe prépare
à rentrer en triomphe dans la Capitale,
Rhamniticus fe livre aux tranfports de la
joye la plus vive ; fon cher Amafis vient
partager avec lui fon bonheur , mais cette
idée- là même , lui rappellant le fouvenir
d'un Pere , qu'il croit avoir perdu dans fon
enfance , rouvre une playe que le tems n'avoit
pû bien fermer ; il ne peut refuſer des
larmes à fon malheur . Séfoftris faifit ce moment
pour apprendre à Ozimas , qu'Amafis ,
qui pleure depuis long-tems un Pere qu'il
n'a jamais connû , eft fon propre fils , que
des raifons d'Etat l'avoient obligé de le te-
Fij nir
2054 MERCURE DE FRANCE.
nit éloigné de la Cour , & à lui cacher à luimême
la propre grandeur.
A la vue d'Aribas ( Séfoftris ) Rhamniticus
fent au fond de fon coeur une agitation
fecrette , dont il n'a garde de développer le
principe ; apprenant qu'il eft cet Officier dépêché
par Séfoftris , dont lui a parlé Ozimas,
il lui demande avec empreffément des nouvelles
de fon Pere. Ah ! Prince , s'écrie Aribas
, qu'allez -vous entendre ! & que fuis- je
obligé de vous annoncer ! Séfoftris n'eft plus;
ce Héros magnanime , qui mit à la chaîne
tant de Peuples & de Nations , qui conquit
tant de Provinces & de Royaumes , qui brifa
tant de Sceptres & de Couronnes , n'a pû
dérobet fa tête au coup meurtrier d'une main
parricide & inconnue; percé d'un trait mortel
dans la Forêt voifine , il vient d'expirer
à nos yeux. Rhamniticus éperdu ... furieux
& hors de lui-même , jure par l'Ombre fanglante
de fon Pere , de venger fa mort par
celle du coupable ; on lui préfente le trait
fatal qui vient de le priver du meilleur de
tous les Peres ; il le faifit avec fureur , mais
quelle eft fa furprife , lorfqu'il reconnoît
que c'eft celui-là même dont il a fait préſent
à Amafis , comme un gage de fon amitié ;
pénétré de la plus amere douleur , il éprou
ve les cruelles alternatives de l'amour filial
& de l'amitié la plus tendre. Séfoftris , témoin
1
SEPTEMBRE. 1744. 2015
moin des allarmes de fon fils , foupçonne
que Rameffés pourroit bien être l'Auteur des
bruits qui l'ont allarmé lui -même. Rameffés
eft un jeune Seigneur , iffu d'un Sang illuftre
, qui regna autrefois dans Memphis , &
donna des Loix à l'Egypte . Séfoftris , pour
le fonder , fait briller en quelque forte la
Couronne à fes yeux ; il lui repréfente combien
il lui feroit facile de remonter fur un
Trône,que fes Ancêtres ont occupé autrefois
avec gloire. L'occafion eft belle, lui dit- il' ;
déclarez -vous ; je m'offre à vous feconder.
Rameffés , ébloui par les offres d'Aribas , lui
ouvre fon coeur, & lui déclare que l'abſence
de Séfoftris lui a fouvent fait naître l'efpérance
de reprendre une Place à laquelle fa
naiffance l'appelloit ; que fa mort inopinée
femble lui applanir toutes les voyes , & qu'il
eft enfin réfolu à remettre fur fa tête une
Couronne ,qu'il croit lui appartenir.Cet aveu
fait faire des refléxions à Séſoftris , aux yeux
duquel l'innocence de fon fils ſe dévoile de
plus en plus.
Rhamniticus , toujours partagé entre fon
Pere & fon Ami , chancelant & irréfolu
ne fçait à quoi fe déterminer. Tantôt il
veut condamner Amafis ; fon coeur s'y oppofe;
l'Arrêt expire fur fes levres ; tantôt
il veut l'abfoudre ; la Nature fe fait entendre
, & réclame ſes droits. Dans ce moment
F iiij d'irré2056
MERCURE DE FRANCE .
d'irréfolution ,il croit voir l'Ombre plaintive
de fon Pere , qui lui reproche fa lâcheté ;
faifi tout-à-coup d'une généreufe indignation
contre lui-même , il mande Amafis. A
la vûë de ce cher objet , toute fa tendreffe
fe réveille. Amafis demande quel eft fon crime.
Rhamniticus lui préſente le trait fatal, encore
teint du fang de Séfoftris ; Amafis s'écrie
qu'il eft un parricide ; Rhamniticus veut
le percer ; Ozimas s'y oppofe. Séfoftris , qui
veut pouffer l'épreuve jufqu'où elle peut aller
, fait remettre à Rhamniticus un Ecrit,
qu'il dit avoir reçû de la main de fon Pere
mourant ; le Prince lit , & jettant les yeux
fur Amafis , s'écrie : Ah ! mon frere . .Amafis
, effrayé , veut fe percer lui-même ; dans
ce moment de trouble & d'effroi , on annonce
que le perfide Rameffés a levé le mafque,
& qu'il s'avance en armes vers le Palais ; les
deux freres veulent courir pour le repouffer;
Ozimas les retient. Rhamniticus reparoît
plus agité qu'auparavant ; Aribas l'aborde ;
Rhamniticus , qui le croit du nombre des
conjurés , lui fait les plus fanglants reproches
, & dans le tranfport de fa fureur, leve
fur lui un bras parricide ; faifi tout-à- coup
d'une horreur fecrette , il s'arrête ; la Nature
s'explique affes pour fufpendre fon bras ,
trop peu pour lui deffiller les yeux ; fon
trouble recommence ; la vue d'Amafis , qui
paroît
SEPTEMBRE. 1744. 2057
paroît chargé de chaînes , l'augmente ; Ozimas
y met le comble ; il feint d'exécuter un
ordre de fon Maître expirant, & fait apporter
fur la Scéne le Trône de Séfoftris même.
Rhamniticus , qui croit que ce Trône eft
préparé pour Rameffés , reproche à Ozimas
fa perfidie. Rameffés paroît dans ce moment,
fuivi d'une troupe de factieux ; il accable
d'injures les deux freres , les traite d'ufurpateurs
, & pour affermir de plus en plus
un Trône , dont il fe croit déja le maître, il
ordonne qu'on immole l'un & l'autre à ſes
yeux .
>
Un bruit effrayant de Trompettes Guerrieres
, qui fe fait entendre tout-à- coup
fufpend l'exécution ; Séfoftris , la Couronne
en tête , paroît environné d'une nombreuſe
troupe de Gardes & d'Officiers ; à la vûe
du Héros , Rameffés glacé d'effroi , n'a
pas même le courage de fuir ; Séfoftris l'envoye
au fupplice, embraffe fes Enfans , couronne
l'aîné , & fait rentrer Amafis dans
tous les droits , que fa naiffance & ſa vertu
lui ont fi légitimement mérités.
Le Ballet , fuivant l'ufage ordinaire , fervit
d'Interméde à la Piéce Latine ; il eft intitulé
les Merveilles de l'Art ; en voici le
plan & la diviſion , telle le Profeffeur
l'expofe dans fon Programme.
que
La Danfe eft elle-même une des Merveilles
F V
de
2058 MERCURE DE FRANCE.
de l'Art ; c'est à lui qu'elle eft redevable de
cette richeffe de cette varieté de Peintures
mouvantes, qu'elle préfente aux yeux ; pourroitelle
refufer àfa gloire des talens qu'elle a reçûs
de lui ? C'est donc pour s'acquitter d'un devoir
de reconnoiffance , qu'elle prend pour objet de
fes figures l'Art & fes Merveilles , mais comme
il eft impoffible à l'Art lui-même, de raffembler
dans un Portrait tout ce qu'il a de merveilleux
, on s'eft borné à ces quatre objets differens
, qui ont fait les quatre Parties du
Ballet.
1°. L'Art imite les beautés de la Nature.
2 ° . L'Art corrige les défauts de la Nature.
3°. L'Artforce les obftacles de la Nature.
4. L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
OUVERTURE.
Des hommes , nouvellement fortis des
mains dePromethée, apperçoivent avec étonnement
ce vafte Univers , qu'ils viennent
habiter. La Nature , arrive fur un Trône de
Gazon , & environnée de Divinités Champêtres
, elle s'offre d'abord à leurs regards, &
fixe leur admiration ; l'Art vient à ſon tour
difputer à fa rivale l'hommage des Mortels ,
& c'eft par le Spectacle pompeux de fes
Merveilles qu'il prétend s'affûrer la victoire.
PRE+
1744. 2059 SEPTEMBRE.
PREMIERE PARTIE.
L'Art imite les beautés de la Nature.
PREMIERE ENTRE' E.
Sémiramis raffemble fur la cime de fes
Palais les beautés naïves du Printems. Les
preftiges de l'Art font paroître tout-à-coup
des Prairies émaillées. L'Hyver & fes frimats
viennent détruire les fleurs naiffantes ,
mais on fe fert de ces fleurs pour les enchaî
ner eux-mêmes , & l'Hyver eft tout furpris
de ſe voir métamorphofé en Printems.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art imite les beautés terribles & majestueuses.
Salmonée fait briller aux yeux de fes Courtifans
des feux , avant-coureurs d'un nouveau
foudre. L'Elide retentit des éclats
d'un Tonnerre artificiel ; l'orage creve ; la
flâme ferpente au milieu des Airs , & attire
au nouveau Jupiter les refpects & l'admiration
des Peuples.
TROISIEME ENTRE' E.
L'Art imite les beautés nobles & gracienfes.
La Peinture , pour donner une idée des
beautés gracienfes , repréſente par l'affortiment
de fes couleurs MoNSEIGNEUR LE
F vj DAU2060
MERCURE DE FRANCE.
DAUPHIN ; la Sculpture , pour exprimer les
beautés nobles , fait naître fous le cifeau les
traits de notre AUGUSTE MONARQUE ; la
Renommée fe charge de faire voir à toute
l'Europe ces deux Chefsd'oeuvre de l'Art.
SECONDE PARTIE,
L'Art corrige les défauts de la Nature.
PREMIERE ENTRE'E.
L'Art déguife les défauts de la Nature.
Des Vieillards , à qui l'âge a dépouillé la
tête & affoibli la vûe , fe trouvent exposés
aux infultes d'une Jeuneffe folâtre . Des
Merciers viennent à propos préfenter aux
Vieillards outragés , des yeux artificiels , qui
en leur épurant la vûë , font difparoître les
rieurs. Pour achever de les rajeunir , l'Art
leur fournit encore des chevelures étrangéres
, & des Miroirs pour contempler leurs
graces renaiffantes.
SECONDE . ENTRE' E.
L'Art corrige les défauts de la Nature.
Efchyle & Ariftophane tranſportent fur
la Scéne les Paffions & les Ridicules des
hommes . Efchyle évoque des Enfers les Ombres
ennemies d'Eteocle & de Polinice,
& peint les attentats de la haine & de la
vengeance,
SEPTEMBRE. 1744. 2061¹
vengeance . Ariftophane introduit des Pantomimes
, qui font rire les Spectateurs aux
dépens de leurs propres défauts.
TROISIEME ENTREE .
L'Art guérit les défauts de la Nature.
Des Malades paroiffent en tremblant , &
expriment par la difference de leurs attitudes
, celle de leurs maux ; ils invoquent la
Mort ; les Parques fe préfentent ; Efculape
& fa fuite arrivent fur la Scéne , forcent la
troupe Infernale d'abandonner fa proye , &
appliquent aux Malades raffûrés , la vertu
toute puiffante de leur Art.
TROISIE'ME PARTIE.
L'Art force les obftacles de la Nature,
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchaîne la Mer.
Jafon , à la tête de fes Braves , part pour
la Conquête de la Toifon d'Or , Neptune ,
les Tritons & les Vents , obligent les Argonautes
de céder pour un tems à l'effort de la
tempête. L'Art des Matelots vient au fecours
des Guerriers ; ils enchaînent Neptu
ne & les Tritons ; ils emprifonnent les
Vents , & les forcent de concourir eux-mêmêmes
à l'Expédition .
Se2062
MERCURE DE FRANCE.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art ouvre le fein de la Terre.
Cérès & fes Laboureurs , Bacchus & fes
Vendangeurs forcent la Terre à leur livrer
les tréfors que la Nature avare avoit enfermés
dans fon fein. Plutus paroît à fon tour,
& fait briller le précieux Métail qu'il vient
d'arracher aux entrailles de la Terre . Les
Vignerons & les Laboureurs , charmés de
fon éclat, offrent en échange leurs richelles;
on s'accorde de part & d'autre , & Bacchus
fournit le Vin du marché.
TROISIEME ENTREE.
L'Art efcalade le Ciel.
Dédale conſtruit le fameux Labyrinthe ,
l'un des Chefsd'oeuvre de l'Art ; on lui
donne pour prifon l'Edifice merveilleux ,
fon propre ouvrage ; fon Art l'y accompagne
, & lui trace , pour s'enfuir , une route
encore plus merveilleufe ; pendant qu'on
infulte à fa diſgrace , il s'éleve tout-à- coup ,
fuit au milieu des Airs , & difparoît.
QUAL
SEPTEMBRE. 1744. 2063
QUARTIE'ME PARTIE.
L'Artfurpaffe les efforts de la Nature.
PREMIERE ENTREE.
L'Art enchérit fur les Ouvrages de la Nature.
Des Peuples , déja défendus par la fituation
des Lieux , ajoûtent les Ouvrages de l'Art à
ceux de la Nature ; les Baſtions s'élevent, &
préfentent aux Affigeans une barriere infurmontable
, mais ceux-ci oppofent l'Art à luimême
; on ouvre la tranchée , on fait les approches
, on emporte fucceffivement les dehors
de la Place , qui fe voit enfin réduite
à battre la chamade.
SECONDE ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les fecrets de la Nature.
La Nature avoit enfeigné aux hommes
l'admirable fecret de fe communiquer leurs
penſées par le fon de la voix ; l'Art va plus
loin ; il ordonne à Vulcain de fondre des
Caractéres parlans , qui tranfmettent aux
fiécles futurs les noms & les actions des Hétos;
pour donner un effai & un Chefd'oeuvre
tout à la fois , il trace en Caractéres ineffaçables
l'Augufte nom de notre GRAND
MONARQUE. Des Peuples de toutes les
Nations viennent partager leur admiration
entre
2064 MERCURE DE FRANCE.
entre l'Invention merveilleufe, & le Héros
qu'elle immortalife.
TROISIEME ENTRE'E.
L'Art enchérit fur les Jeux de la Nature .
De jeunes gens , n'ayant que la Nature
pour guide , expriment par des Danfes naïves
mais irrégulieres , les tranfports d'une
joye vive & folâtre ; des Maîtres habiles ,
viennent polir ce que la Nature n'avoit fait
qu'ébaucher ; ils forment leurs Eleves aux
differens Caractéres de la Danfe , communiquent
à tous leurs mouvemens de la grace
& de la régularité , & leur donnent ces
graces naturelles qui doivent d'autant plus
à l'Art , qu'elles paroiffent plus tenir de la
Nature.
BALLET GE'NE'RA L.
Charmés des merveilles que l'Art vient
d'étaler à leurs yeux , des hommes s'empreffent
à lui rendre l'hommage de leur admiration.
Quelques-uns font d'avis qu'on enchaîne
à fon Char de Triomphe la Nature;
les plus moderés opinent à unir enſemble
P'un & l'autre , & fe promettent les plus
heureux fruits d'une fi belle union.
L'ordre & l'exécution du Ballet ; la juftelle
& la promptitude des évolutions , ont
fait
SEPTEMBRE. 1744. 2065
fait honneur au Profeffeur , & lui ont mérité
de la part d'une nombreuſe troupe de
Spectateurs , des éloges , aufquels il eft tems
qu'il commence à s'accoûtumer .
Les Danfes font de la compofition de M.
Malter , l'aîné , dont on connoît le talent
pour ces fortes d'Exercices.
Fermer