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1
p. 99-117
ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
Début :
LES Anciens & surtout les Romains furent toujours occupés du soin de procurer [...]
Mots clefs :
Pouces, Eaux , Projet, Mémoire, Rivière, Aqueduc
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texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
ACADÉMIE S.
EXTRAIT du Mémoire lu à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , le 13 Novembre 1762 23
par M. DE PARCIEUX , de la même
Académie; fur un moyen de donner
une abondante quantité de bonne eau
dans tous les Quartiers de PARIS
LESES Anciens & furtout les Romains
furent toujours occupés du foin de procurer
de l'eau aux Villes de leur domination
. Nous en avons une preuve
dans les monumens qu'ils conftruifoient
pour cet ufage & qui fubfiftent encore
dans plufieurs Villes de France. On en
voit à Lyon , à Nifmes , à Fréjus , à
Joigny proche Metz , & c. Au lieu d'imiter
leur exemple & d'employer les
moyens dont ils fe fervirent autrefois,
nous avons eu jufqu'ici recours à des
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
1
machines pour fournir à la Capitale le
peu d'eau qu'elle a , fi ce n'eſt les eaux
de Rungis que la Reine Marie de Médicis
y fit venir dans le fiécle dernier.
L'infuffifance de ces Machines a fait
naître à M. Dep . l'idée d'un projet qu'il
développe dans le Mémoire que nous
annonçons ; projet d'autant plus utile
qu'il remplit parfaitement fon objet
fans des dépenfes énormes ; pour en
rendre l'éxécution moins éffrayante
M. Dep. remet en peu de mots fous
les yeux les immenfes travaux que fi
rent les Romains dans les Gaules dans
le peu de temps qu'ils les ont poffédées ,
pour la conduite des eaux. Il fait enfuite
voir la néceffité d'adopter fon projet
en prouvant que la plupart des
Quartiers de Paris manquent d'eau ou
n'en ont qu'en très-petites quantité.
Après des Obfervations fort éxactes
& dont on pourra voir le détail dans
le Mémoire , M. D. a trouvé qu'il pouvoit
faire venir les eaux de la Rivière
d'Yvette prifes à Vaugien à la Place de
la Porte S. Michel , d'où fe feroit la
diftribution dans tout le refte de Paris ;
diftribution d'autant plus facile que les
eaux de l'Yvette viendroient à la même
hauteur que celles de Rungis , qu'on
MARS. 1763.
101
comme communement d'Arcueil.
L'Aqueduc propofé parcourra - un
chemin de dix-fept à dix -huit mille
toifes en côtoyant d'abord le lit naturel
de l'Yvette depuis Vaugien jufqu'à Palaifeau.
De la vallée de l'Yvette pour
fe rendre à celle de la Bievres , on lui
pratiquera un paffage fous une partie
de la montagne qui eft entre Palaifeau
& Maffy. Arrivée dans la vallée de la
Bievres , le Canal dans lequel coulera
l'eau de l'Yvette fuivra la côte droite
de la Bievres , viendra paffer la gorge
de Fiernes ou de Tourvoye fur un pont
aqueduc , continuera enfuite fa route
fous Fiernes & fous l'Hay , & arrivera
à Arcueil. Là elle paffera la vallée fur
un autre pont aqueduc joignant celui
de la Reine Marie de Médicis , fur lequel
paffent les eaux de Rungis & elle
fuivra enfuite l'aqueduc actuel jufqu'au
Fauxbourg S. Jacques.
Pour faire connoître d'une manière
plus fenfible les endroits par où doit
paffer ce canal ou cet aqueduc , M.
de Parcieux a joint à fon Mémoire une
carte du lieu où l'on voit le cours de
la rivière d'Yvette depuis fes premieres
fources jufqu'à Paris ; le cours de la
riviere de Biévres , & celui du nouveau
canal, E. iij
102 MERCURE DE FRANCE.
La nature du terrein dont les eaux
pluviales tombent dans l'Yvette avoit
bien fait préffentir à M. D. que l'eau
devoit en être bonne ; néanmoins pour
s'en affurer complettement , il en a fait
porter un certain nombre de bouteilles
pleines & cachetées à MM. Hellot &
Macquer , habiles Chymiftes de la même
Académie , qui l'ont fait paffer par toutes
les épreuves que la Chymie fournit
; & l'on voit par leur examen rapporté
tout au long à la fin du Mémoire ,
que cette eau eft de la plus excellente
qualité.
L'abondance des eaux étoit encore
un point éffentiel dont il falloit s'affurer
, de la quantité de pieds cubes d'eau
que dépenfoient par feconde les moulins
de Vaugien & le dernier du ruiffeau
de Gif dans les temps des plus baffes
eaux , M. D. a conclu qu'il paffoit
plus de 1000 pouces d'eau à Vaugien,
& plus de 200 à Gif
En effet , fi l'on circonfcrit le terrein
qui envoye fes eaux pluviales aux deux
prifes de Vaugien & de Gif , on trouve
, dit M. D. que plus de 36 millions
de toifes quarrées envoyent leurs eaux
à Vaugien ou à Gif & nous croyons
qu'il auroit dire plus de pu
millions ; 40
MARS. 1763 ) 103
mais il aime-mieux annoncer moins ,
afin qu'on ne foit pas trompé dans fon
attente.
Le tiers de l'eau qui tombe fur ce
terrein que M. Mariotte fuppofe s'imbiber
pour fournir les fources , pris
moyennement pour toute l'année , don
neroit plus de trois mille pouces d'eau
continuels . Si on fait les réfervoirs néceffaires
pour conferver le trop de certains
temps pour remplacer le moins
des autres , ou voit qu'il eft aifé de
procurer à la Ville de Paris deux mille
pouces d'eau continuels & davantage.
Après avoir parlé des moyens d'amener
l'eau de l'Yvette à Paris , & de
ce qu'il y aura à faire pour l'avoir toute
l'année pure , belle & limpide , M.
D. fait l'analyse de l'eau de la Seine
telle qu'on la puife prèfque dans tout
Paris . Après avoir montré ce qu'il entre
d'égoûts dans cette rivière par la rive
droite , qui eft beaucoup plus la Marne
que la Seine , il fait remarquer ce que
l'autre rive reçoit , & voici comme il
s'exprime :
La rive gauche de la rivière eft encore
bien pire ; on le concevra aifément
, fi on fe repréſente que tous les
égoûts de la partie méridionale de Pa-
E iij
104 MERCURE DE FRANCE.
ris tombent dans la Seine , dans Paris
même ou au-deffus , par la rivière des
Gobelins , dans laquelle fe rendent les
égoûts de toute efpéce , de Bicêtre &
de l'Hôpital , ceux des Fauxbourgs
Saint-Jacques , Saint-Marceau & Saint-
Victor , lefquels joints à tout ce que
cette rivière reçoit des Blanchiffeufes
dont fon cours eft couvert depuis &
compris le Clos- Payen jufqu'au Pontaux-
tripes , & à tout ce que les Teinturiers
, Mégiffiers , Tanneurs , Amidonniers
, Braffeurs & autres ouvriers y
jettent , la rendent indifpenfablement la
plus vilaine & la plus mal-faine qu'on
puiffe imaginer.
La rive gauche de la Seine reçoit
cette eau à fon entrée dans Paris , vient
laver les trains de bois qui font les trois
quarts de l'année le long du Port de la
Tournelle , rencontre les égoûts des
foffés Saint-Bernard & des Grands-degrés
; celui de la Place Maubert , qui
feul feroit capable de gâter une grande
rivière : ainfi préparée elle vient paffer
fous les ponts de l'Hôtel-Dieu , où elle
reçoit de cet Hôpital immenfe , toutes
les ....... on n'ofe le dire : arrivent
enfuite l'égoût de la rue de la Harpe
ceux du quai des Auguftins , & enfin
t
MARS. 1763. TOS
par les trois qui fortent fous le qua
Malaquais , les immondices d'une grande
partie de Paris ; & c'eſt de l'eau qui
coule le long de cette rive , prife audeffous
du Pont- neuf, dont eft abreuvé
tout le fauxbourg Saint- Germain ,
ou peu s'en faut , & affez généralement
celle qu'on boit dans tout Paris ..
On ne trouvera pas que ce tableau
foit flaté ; mais M. D. n'annonce rien.
qui ne foit connu de tout Paris.
Tout le monde fent aisément que
ce projet eft un des plus grands des
plus utiles , des plus importans,des plus
intéreffans & des plus urgens qu'on puiffe.
propofer pour cette grande Ville , &
M. D. n'oublie rien de tout ce qui peut
faire efpérer aux Citoyens que fon
projet fera éxécuté un jour. Il ne diffimule
pas que tout ce qu'il y a à faire
pour amener l'eau jufqu'à la rue Hyacinthe
& pour la diftribuer dans Pa ---
ris , doit coûter même affez confidérablement
: mais , dit- il , Paris n'en vaut
il pas bien la peine ? pourroit -on fe
perfuader & voudroit-on perfuader aux
autres , que nous.fommes arrivés dans:
un fiécle où l'on n'ofe plus entreprendre
les chofes les plus grandes & les
plus utiles ? Que l'on compare feule
,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ment , eu égard au nombre d'habitans,
& qu'on cherche à mettre quelque proportion
, fi on le peut , entre ce que
l'on propofe pour la Capitale de la
France , & ce que l'on vient de faire
pour une ville de province ; alors le
projet n'éffrayera plus.
On compte qu'il y a aux environs
de 800 mille âmes dans dans Paris , &
36 à 40 mille à Montpellier ; ce dernier
nombre n'eft au plus que la vingtiéme
partie du premier.
On vient d'amener à Montpellier les
eaux de plufieurs fources réunies , lefquelles
donnent aux environs de 70
à
So pouces , dans les plus grandes féchereffes
, par un aqueduc de 7409 toifes
de long , voûté dans toute fa lon--
gueur , de trois pieds de largeur fur 6
de hauteur fous clef, dans l'étendue duquel
il a fallu percer une montagne de
200 toifes de longueur , faire plufieurs
ponts - aqueducs pour traverfer les basfonds
, entr'autres un fur la Lironde qui
eft affez confidérable , & celui qui traverfe
le vallon de la Merci fous le Peirou
, lequel eft compofé de deux ponts
l'une fur l'autre ; le premier de 64 arches
de cinq toifes de diamètre , & le fecond
de 140 arches de deux toiſes chacune,&
MARS. 1763. 107
de plus l'épaiffeur des piles & des culées ;
ce dernier a près de 400 toifes de long
fur 60 pieds de hauteur du deffous de
la rigole à l'endroit le plus bas du vallon
C'est tout au plus , fi le projet pour a
mener l'Yvette à Paris , demande trois
ou quatre fois autant d'ouvrage , pour
vingt fois autant d'habitans & pour la
Capitale de la France.
La ville de Carcaffonne , laquelle ,
felon Dom Vaiffette , dans fa Géographie
hiftorique , ne contient que 8000 à
10000 habitans , a trouvé dans la bonne
adminiſtration de fes revenus , auffi-
bien que dans la ville de Montpellier
, le moyen de fe procurer 2 à
300 pouces d'eau , par un petit aqueduc
de 3 pieds de haut , fur 18 pouces
de largeur , & de 4000 toifes de long,
porté fur des arceaux en plufieurs endroits.
Cette eau eft une partie de la
rivière d'Aude , qu'on a dérivée il y a
12 ou 15 ans .
Au refte , il faut attendre , fans défefpérer
, continue M. D. que des Savans
capables de juger de toutes les parties.
d'un pareil projet & d'évaluer le prix
de chacune , que la Cour ou les Magiftrats
commettront , ayent prononcé.
J'ofe affurer , en attendant leur exa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
men , qu'il y a eu de nos jours des
monumens commencés & finis , & d'autres
commencés qui marchent à grands
pas à leur perfection , qui couteront
plus que celui-ci Je les crois tous néceffaires
, mais celui de donner de l'eau
à Paris l'eft autant qu'aucun , & l'on
peut trouver des moyens pour celui-ci,
comme on en a trouvé pour ceux-là..
Les grands hommes , & nous en
avons , ont de grandes reffources : pourquoi
ne s'en trouveroit - il pas qui imitaffent
Gérard de Poiffi ce refpe&table
& généreux citoyen , qui a immortalifé
fon nom pour avoir donné onze
mille marcs d'argent , deftinés à faire
paver les rues de Paris. Quelle gloire
ne s'eft-il pas acquife , en employant
une partie de fes richeffes pour l'utili
té de fes concitoyens ? Puifque la mémoire
de cet acte généreux s'eft confervée
jufqu'à nous , elle durera vraifemblablement
auffi long-temps qu'il y
aura des hommes dans Paris.
M. Dép. fait voir dans fon Mémoire
qu'il faudroit 1881000 livres de notre
monnoye pour faire à préfent ce qu'on
faifoit alors avec la valeur de onze mille
marcs d'argent.
Quels éxemples de générofité ne nous
MARS. 1763. 109
donnent pas nos voifins ! un célébre
Médecin Anglois , vient de donner aux
environs de cinq millions de livres de
notre monnoye , pour faire bâtir un
Amphithéâtre anatomique , non compris
les fondations qu'il fe propofe de
faire pour les Profeffeurs. Qu'auroit- il
donné pour faire venir de l'eau à Londres
, fi celle de la nouvelle rivière n'y
avoit déjà été menée ? Efpérons que nos
plus riches Citoyens ne le céderont en
rien à la générofité des Anglois.
On peut trouver de ces grandes actions
dans tous les fiécles ; le quartier
de l'Univerfité eft couvert de monumens
fondés par la générofité de plufieurs
dignes Patriotes , proportionnée
à leur fortune ; & fous le règne de
LOUIS XV il y a des ames auffi généreufes
que fous celui de Philipe- Augufte
; je les crois même en plus grand
nombre : le zéle avec lequel les principaux
Corps & plufieurs dignes & grands
Citoyens fe font empreffés de contribuer
au rétabliffement de la Marine françoiſe
, en eft une preuve.
La ville de Reims n'oublira jamais
le nom & le bienfait de M. Godinot ,
qui après avoir fait des embelliffemens
Coufidérables à la Cathédrale dont il
fio MERCURE DE FRANCE.
étoit Chanoine , a procuré de l'eau à
fes concitoyens par une machine qu'il
a fait conftruire à fes ' dépens ainfi
qu'une grande partie des conduites &
des fontaines qui la diftribuent dans
tous les quartiers ; on lui a encore l'obligation
de plufieurs autres travaux publics.
Il y a certainement dans Paris des
âmes auffi bienfaifantes qu'à Reims ;
mais avec le noble defir d'être utile à
fes concitoyens , il faut l'heureux concours
des facultés .
Quel eft le citoyen zélé pour le bien.
public , dit M. D. qui ne donnât volontiers
fi les autres moyens manquent,
une ou deux années du revenu de fa
maifon pour y faire venir en tout temps
une quantité d'eau fuffifante ? Que ne
donneroit-on pas dans nombre de Châteaux
où l'eau manque, pour avoir une
fource d'un pouce d'eau feulement ?
quelles dépenfes ne fait- on pas quelquefois
pour s'en procurer dans des
maifons qu'on n'habite qu'en paſſant ?
ne feroit-ce pas faire de fon argent un
meilleur ufage que de l'employer en
lambris , en dorures & en autres ornemens
fuperflus & paffagers ? la bonne
eau fera toujours de mode.
En effet , quel avantage d'avoir dans
MAR S. 1763.
III
la maifon qu'on habite le plus longtems ,
une fource de bonne eau , fourniffant
l'office , la falle à manger , coulant fans
ceffe dans la cuifine , entraînant les immondices
fans leur laiffer le temps de
fermenter & d'empuantir & infecter
l'air des endroits où l'on conferve les
viandes & de ceux où on les prépapare.
Quelle fatisfaction de voir laver
fa cuifine & tous fes recoins dix
fois par jour , fi l'on veut fon eft moins
pareffeux à nétoyer partout quand l'eau
ne coute pas à tirer.
Non feulement cette abondance d'eau
tiendra le dedans de la maison propre &
frais , mais auffi les rues qui deviendront
des ruiffeaux formés tant par l'eau
de refte qui fortira des grandes maifons
que par celles qu'on employera à laver.
Ces ruiffeaux entraîneront fans ceffe les
boues , entretiendront le pavé propre &'
mouillé auprès des ruiffeaux pour le foulagement
des chevaux. En Eté on arrofera
, ou pour mieux dire , on lavera
les rues avec cette eau auffi fouvent
qu'on le voudra , au lieu de deux fois
qu'on les humecte à préfent avec fort
peu d'eau & fouvent avec de l'eau vilaine
& puante , qui jettée en petite
112 MERCURE DE FRANCE .
quantité , ne fait que tenir la boue délayée
pendant un peu de temps & infecter
d'autant mieux l'air , l'abondance
de celle-ci le rendra fain & falubre ,
ce qui eft fi important pour la fanté des
citoyens & d'autant plus néceffaire que
le nombre des habitans eft plus confidérable
; tout le monde fent de refte
que le féjour des boues & immondices
contre les murs ou contre les bornes
doit de néceffité rendre l'air bas , infecté
& mal fain & c'est celui que
nous refpirons.
"
"
Quelle tranquillité d'avoir dans fa
maiſon un réſervoir toujours plein d'eau
& fans ceffe renouvellé pour fournir un
fecours prompt & à propos dans un cas
de malheur tant pour foi que pour le
voifinage !
Dans la feconde partie de cet intéreffant
Mémoire , M. Dep. rend compte
de ce qui l'a conduit à former ce
projet , & de ce qu'il a fait pour s'af--
furer d'abord de la poffibilité, & enfuite.
pour dire exactement à quelle hauteur
l'eau pouvoit arriver à Paris. Il a fallu
pour cela rapporter le tout à un point
fixe & immuable , & c'eft au fol de l'Églife
N. D. qu'il a rapporté toutes ſes.
opérations.
MARS. 1763. 113
Faifant abftraction de la pente qui
fait couler l'eau de moulin en moulin
depuis Vaugien jufqu'à Paris , les chutes
des moulins ont fait connoître à M.
D. de combien l'eau de Vaugien étoit
plus élevée que l'eau de la Seine fous le
Pont de l'Hôtel- Dieu , de laquelle déduifant
la quantité de pieds & pouces
dont le fol de N. D. étoit plus élevé
que la Seine le même jour qu'il mefuroit
les chutes des moulins , le refte
donne l'élévation de l'eau de Vaugien
fur le fol de N. D. qui eft de 83 pieds
9 pouces.
Le nivellement que M. D. a fait &
repété plufieurs fois pour parvenir à
connoître de combien l'arrivée des eaux
d'Arcueil eft plus élevée que le même
fol de N. D. fuppofe des opérations
fort intéreffantes pour les perfonnes
qui font au fait de ces matiéres ; mais
comme elles ne font pas à la portée
de tous nos Le&curs , nous nous contenterons
d'en rapporter les principaux
réfultats.
1°. Le haut de la Tour méridionale
de N. D. eft plus élevé que le fol de
l'Eglife pris au bas de l'efcalier des.
Tours de 204 pieds 9 pouces. 2 °. Le haut
du parapet de l'Obfervatoire et plus.
114 MERCURE DE FRANCE .
haut que le même fol de N. D. de
161 pieds d'où il fuit que la Tour
méridionale de N. D. eft plus élevée
que le haut de l'Obfervatoire de 43
pieds 9 pouces. 3° . Le bouillon d'arrivée
des eaux d'Arcueil eft plus élevée
que le le fol de N. D. de 67 pieds 10
pouces & demie , qui ôtés de 83 pieds
9 pouces dont l'eau de Vaugien eft plus
élevée que le même fol de N. D, refte
15 pieds 10 pouces & demi , dont
l'eau de l'Yvette à Vaugien eft plus
élevée que l'arrivée des eaux d'Arcueil
à côté de l'Obfervatoire , non compris
la pente qui la fait couler de moulin
en moulin depuis Vaugien jufqu'à
Paris.
4º Le haut de la Place de l'Eftrapade
eft plus élevé que le fol de N. D. de
81 pieds 3 pouces.
5°. Enfin l'endroit le plus élevé du parapet
du pont de l'Hôtel-Dieu eft plus
élevé que le fol de N. D. de 10 pieds 6
pouces , ce qui donne le moyen de connoitre
de combien la Seine eft plus baffe
que le fol de N. D.
M. D. avec cette modeftie qui
convient aux vrais Sçavans qui n'ont
d'autres vues que celles du bien public,
MARS.
115
veut bien n'être pas cru fur fa parole ,
´'il demande lui-même qu'on faffe examiner
fon projet ; mais il defire que ce
foit par les perfonnes les plus capables
& les plus propres à infpirer la confiance
que l'objet mérite . Comme il
connoît bien la vérité de ce qu'il propofe
, on voit en plufieurs endroits de
fon Mémoire qu'il eft pleinement perfuadé
que fon projet fera exécuté à l'avenir
s'il ne l'eft à préfent. Voici comment
il s'exprime en un endroit.
Ne connoiffant rien de plus urgent
à
faire pour une grande ville , après la
conftruction des ponts , quand il en
faut que de procurer dans tous les
quartiers une fuffifante quantité de
bonne eau ; & connoiffant affez bien
les environs de Paris , pour pouvoir affurer
qu'il n'y a que la riviére d'Yvette
qui, donnant cette fuffifante quantité
de bonne eau , puiffe y arriver à une
hauteur propre à l'envoyer dans tous
les quartiers , à moins de l'aller prendre
beaucoup plus loin ; je crois être fondé
à me perfuader que ce projet fera
éxécuté à l'avenir , s'il ne l'eft à préfent
, & d'autant plus , comme je l'ai
déja fait obferver , que c'eft la feule
dépense que la Ville puiffe faire dont
116 MERCURE DE FRANCE.
les fonds tui rentrent avec avantage ,
en faifant le bien des citoyens , cette
dépenſe n'étant , à proprement dire
qu'une avance ou de l'argent placé.
Mais quand même cette dépenfe ne
devroitjamais rentrer : pour une grande
ville , capitale d'un grand royaume , il
faut de grandes chofes
Il regarde donc l'éxécution de ce
projet comme indifpenfable , foit dans
peu , foit à l'avenir or dans quelque
temps qu'on l'entreprenne , on doit
faire le tout de manière à pouvoir recevoir
& laiffer couler plus de 2000 pou--
ces d'eau, vû qu'on peut les avoir dèsà-
préfent les trois quarts de l'année
& qu'on pourra fe les procurer pour
toute l'année quand on le voudra , & c..
Quand même M. Dep. n'auroit pas
la fatisfaction de voir éxécuter ſon projet
, il pourra fe flatter d'avoir rendu un
fervice éffentiel à fa patrie , en faisant .
une fi heureufe découverte . Elle intéreffa
tout le monde dès qu'il commença
à en faire
part , & jamais
Mémoire
n'a été écouté
avec plus d'attention
ni
plus applaudi
qu'il le fut lorsqu'il
en fit.
la lecture
à l'Affemblée
de la rentrée
publique
de l'Académie
Royale
des.
Sciences
, du mois de Novembre
derMARS.
1763. 117
>
nicr. Le Miniftre toujours attentif à ce
qui peut contribuer au bien public , a
voulu qu'il fut imprimé à l'Imprimerie
Royale.
Lorfque M. Dep. eut l'honneur de le
préfenter au Roi , il en fut accueilli favorablement
, & Sa Majesté voulut bien
entrer avec lui dans des détails qui marquoient
fort l'intérêt qu'Elle y prenoit.
Ce Mémoire ne fe vend pas ; on n'en
a tiré que le nombre d'exemplaires qu'on
a voulu donner ; mais on le trouvera
dans la fuite des Mémoires de l'Académie
des Sciences , pour l'année 1762.
EXTRAIT du Mémoire lu à l'Affemblée
publique de l'Académie Royale
des Sciences , le 13 Novembre 1762 23
par M. DE PARCIEUX , de la même
Académie; fur un moyen de donner
une abondante quantité de bonne eau
dans tous les Quartiers de PARIS
LESES Anciens & furtout les Romains
furent toujours occupés du foin de procurer
de l'eau aux Villes de leur domination
. Nous en avons une preuve
dans les monumens qu'ils conftruifoient
pour cet ufage & qui fubfiftent encore
dans plufieurs Villes de France. On en
voit à Lyon , à Nifmes , à Fréjus , à
Joigny proche Metz , & c. Au lieu d'imiter
leur exemple & d'employer les
moyens dont ils fe fervirent autrefois,
nous avons eu jufqu'ici recours à des
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
1
machines pour fournir à la Capitale le
peu d'eau qu'elle a , fi ce n'eſt les eaux
de Rungis que la Reine Marie de Médicis
y fit venir dans le fiécle dernier.
L'infuffifance de ces Machines a fait
naître à M. Dep . l'idée d'un projet qu'il
développe dans le Mémoire que nous
annonçons ; projet d'autant plus utile
qu'il remplit parfaitement fon objet
fans des dépenfes énormes ; pour en
rendre l'éxécution moins éffrayante
M. Dep. remet en peu de mots fous
les yeux les immenfes travaux que fi
rent les Romains dans les Gaules dans
le peu de temps qu'ils les ont poffédées ,
pour la conduite des eaux. Il fait enfuite
voir la néceffité d'adopter fon projet
en prouvant que la plupart des
Quartiers de Paris manquent d'eau ou
n'en ont qu'en très-petites quantité.
Après des Obfervations fort éxactes
& dont on pourra voir le détail dans
le Mémoire , M. D. a trouvé qu'il pouvoit
faire venir les eaux de la Rivière
d'Yvette prifes à Vaugien à la Place de
la Porte S. Michel , d'où fe feroit la
diftribution dans tout le refte de Paris ;
diftribution d'autant plus facile que les
eaux de l'Yvette viendroient à la même
hauteur que celles de Rungis , qu'on
MARS. 1763.
101
comme communement d'Arcueil.
L'Aqueduc propofé parcourra - un
chemin de dix-fept à dix -huit mille
toifes en côtoyant d'abord le lit naturel
de l'Yvette depuis Vaugien jufqu'à Palaifeau.
De la vallée de l'Yvette pour
fe rendre à celle de la Bievres , on lui
pratiquera un paffage fous une partie
de la montagne qui eft entre Palaifeau
& Maffy. Arrivée dans la vallée de la
Bievres , le Canal dans lequel coulera
l'eau de l'Yvette fuivra la côte droite
de la Bievres , viendra paffer la gorge
de Fiernes ou de Tourvoye fur un pont
aqueduc , continuera enfuite fa route
fous Fiernes & fous l'Hay , & arrivera
à Arcueil. Là elle paffera la vallée fur
un autre pont aqueduc joignant celui
de la Reine Marie de Médicis , fur lequel
paffent les eaux de Rungis & elle
fuivra enfuite l'aqueduc actuel jufqu'au
Fauxbourg S. Jacques.
Pour faire connoître d'une manière
plus fenfible les endroits par où doit
paffer ce canal ou cet aqueduc , M.
de Parcieux a joint à fon Mémoire une
carte du lieu où l'on voit le cours de
la rivière d'Yvette depuis fes premieres
fources jufqu'à Paris ; le cours de la
riviere de Biévres , & celui du nouveau
canal, E. iij
102 MERCURE DE FRANCE.
La nature du terrein dont les eaux
pluviales tombent dans l'Yvette avoit
bien fait préffentir à M. D. que l'eau
devoit en être bonne ; néanmoins pour
s'en affurer complettement , il en a fait
porter un certain nombre de bouteilles
pleines & cachetées à MM. Hellot &
Macquer , habiles Chymiftes de la même
Académie , qui l'ont fait paffer par toutes
les épreuves que la Chymie fournit
; & l'on voit par leur examen rapporté
tout au long à la fin du Mémoire ,
que cette eau eft de la plus excellente
qualité.
L'abondance des eaux étoit encore
un point éffentiel dont il falloit s'affurer
, de la quantité de pieds cubes d'eau
que dépenfoient par feconde les moulins
de Vaugien & le dernier du ruiffeau
de Gif dans les temps des plus baffes
eaux , M. D. a conclu qu'il paffoit
plus de 1000 pouces d'eau à Vaugien,
& plus de 200 à Gif
En effet , fi l'on circonfcrit le terrein
qui envoye fes eaux pluviales aux deux
prifes de Vaugien & de Gif , on trouve
, dit M. D. que plus de 36 millions
de toifes quarrées envoyent leurs eaux
à Vaugien ou à Gif & nous croyons
qu'il auroit dire plus de pu
millions ; 40
MARS. 1763 ) 103
mais il aime-mieux annoncer moins ,
afin qu'on ne foit pas trompé dans fon
attente.
Le tiers de l'eau qui tombe fur ce
terrein que M. Mariotte fuppofe s'imbiber
pour fournir les fources , pris
moyennement pour toute l'année , don
neroit plus de trois mille pouces d'eau
continuels . Si on fait les réfervoirs néceffaires
pour conferver le trop de certains
temps pour remplacer le moins
des autres , ou voit qu'il eft aifé de
procurer à la Ville de Paris deux mille
pouces d'eau continuels & davantage.
Après avoir parlé des moyens d'amener
l'eau de l'Yvette à Paris , & de
ce qu'il y aura à faire pour l'avoir toute
l'année pure , belle & limpide , M.
D. fait l'analyse de l'eau de la Seine
telle qu'on la puife prèfque dans tout
Paris . Après avoir montré ce qu'il entre
d'égoûts dans cette rivière par la rive
droite , qui eft beaucoup plus la Marne
que la Seine , il fait remarquer ce que
l'autre rive reçoit , & voici comme il
s'exprime :
La rive gauche de la rivière eft encore
bien pire ; on le concevra aifément
, fi on fe repréſente que tous les
égoûts de la partie méridionale de Pa-
E iij
104 MERCURE DE FRANCE.
ris tombent dans la Seine , dans Paris
même ou au-deffus , par la rivière des
Gobelins , dans laquelle fe rendent les
égoûts de toute efpéce , de Bicêtre &
de l'Hôpital , ceux des Fauxbourgs
Saint-Jacques , Saint-Marceau & Saint-
Victor , lefquels joints à tout ce que
cette rivière reçoit des Blanchiffeufes
dont fon cours eft couvert depuis &
compris le Clos- Payen jufqu'au Pontaux-
tripes , & à tout ce que les Teinturiers
, Mégiffiers , Tanneurs , Amidonniers
, Braffeurs & autres ouvriers y
jettent , la rendent indifpenfablement la
plus vilaine & la plus mal-faine qu'on
puiffe imaginer.
La rive gauche de la Seine reçoit
cette eau à fon entrée dans Paris , vient
laver les trains de bois qui font les trois
quarts de l'année le long du Port de la
Tournelle , rencontre les égoûts des
foffés Saint-Bernard & des Grands-degrés
; celui de la Place Maubert , qui
feul feroit capable de gâter une grande
rivière : ainfi préparée elle vient paffer
fous les ponts de l'Hôtel-Dieu , où elle
reçoit de cet Hôpital immenfe , toutes
les ....... on n'ofe le dire : arrivent
enfuite l'égoût de la rue de la Harpe
ceux du quai des Auguftins , & enfin
t
MARS. 1763. TOS
par les trois qui fortent fous le qua
Malaquais , les immondices d'une grande
partie de Paris ; & c'eſt de l'eau qui
coule le long de cette rive , prife audeffous
du Pont- neuf, dont eft abreuvé
tout le fauxbourg Saint- Germain ,
ou peu s'en faut , & affez généralement
celle qu'on boit dans tout Paris ..
On ne trouvera pas que ce tableau
foit flaté ; mais M. D. n'annonce rien.
qui ne foit connu de tout Paris.
Tout le monde fent aisément que
ce projet eft un des plus grands des
plus utiles , des plus importans,des plus
intéreffans & des plus urgens qu'on puiffe.
propofer pour cette grande Ville , &
M. D. n'oublie rien de tout ce qui peut
faire efpérer aux Citoyens que fon
projet fera éxécuté un jour. Il ne diffimule
pas que tout ce qu'il y a à faire
pour amener l'eau jufqu'à la rue Hyacinthe
& pour la diftribuer dans Pa ---
ris , doit coûter même affez confidérablement
: mais , dit- il , Paris n'en vaut
il pas bien la peine ? pourroit -on fe
perfuader & voudroit-on perfuader aux
autres , que nous.fommes arrivés dans:
un fiécle où l'on n'ofe plus entreprendre
les chofes les plus grandes & les
plus utiles ? Que l'on compare feule
,
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
ment , eu égard au nombre d'habitans,
& qu'on cherche à mettre quelque proportion
, fi on le peut , entre ce que
l'on propofe pour la Capitale de la
France , & ce que l'on vient de faire
pour une ville de province ; alors le
projet n'éffrayera plus.
On compte qu'il y a aux environs
de 800 mille âmes dans dans Paris , &
36 à 40 mille à Montpellier ; ce dernier
nombre n'eft au plus que la vingtiéme
partie du premier.
On vient d'amener à Montpellier les
eaux de plufieurs fources réunies , lefquelles
donnent aux environs de 70
à
So pouces , dans les plus grandes féchereffes
, par un aqueduc de 7409 toifes
de long , voûté dans toute fa lon--
gueur , de trois pieds de largeur fur 6
de hauteur fous clef, dans l'étendue duquel
il a fallu percer une montagne de
200 toifes de longueur , faire plufieurs
ponts - aqueducs pour traverfer les basfonds
, entr'autres un fur la Lironde qui
eft affez confidérable , & celui qui traverfe
le vallon de la Merci fous le Peirou
, lequel eft compofé de deux ponts
l'une fur l'autre ; le premier de 64 arches
de cinq toifes de diamètre , & le fecond
de 140 arches de deux toiſes chacune,&
MARS. 1763. 107
de plus l'épaiffeur des piles & des culées ;
ce dernier a près de 400 toifes de long
fur 60 pieds de hauteur du deffous de
la rigole à l'endroit le plus bas du vallon
C'est tout au plus , fi le projet pour a
mener l'Yvette à Paris , demande trois
ou quatre fois autant d'ouvrage , pour
vingt fois autant d'habitans & pour la
Capitale de la France.
La ville de Carcaffonne , laquelle ,
felon Dom Vaiffette , dans fa Géographie
hiftorique , ne contient que 8000 à
10000 habitans , a trouvé dans la bonne
adminiſtration de fes revenus , auffi-
bien que dans la ville de Montpellier
, le moyen de fe procurer 2 à
300 pouces d'eau , par un petit aqueduc
de 3 pieds de haut , fur 18 pouces
de largeur , & de 4000 toifes de long,
porté fur des arceaux en plufieurs endroits.
Cette eau eft une partie de la
rivière d'Aude , qu'on a dérivée il y a
12 ou 15 ans .
Au refte , il faut attendre , fans défefpérer
, continue M. D. que des Savans
capables de juger de toutes les parties.
d'un pareil projet & d'évaluer le prix
de chacune , que la Cour ou les Magiftrats
commettront , ayent prononcé.
J'ofe affurer , en attendant leur exa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
men , qu'il y a eu de nos jours des
monumens commencés & finis , & d'autres
commencés qui marchent à grands
pas à leur perfection , qui couteront
plus que celui-ci Je les crois tous néceffaires
, mais celui de donner de l'eau
à Paris l'eft autant qu'aucun , & l'on
peut trouver des moyens pour celui-ci,
comme on en a trouvé pour ceux-là..
Les grands hommes , & nous en
avons , ont de grandes reffources : pourquoi
ne s'en trouveroit - il pas qui imitaffent
Gérard de Poiffi ce refpe&table
& généreux citoyen , qui a immortalifé
fon nom pour avoir donné onze
mille marcs d'argent , deftinés à faire
paver les rues de Paris. Quelle gloire
ne s'eft-il pas acquife , en employant
une partie de fes richeffes pour l'utili
té de fes concitoyens ? Puifque la mémoire
de cet acte généreux s'eft confervée
jufqu'à nous , elle durera vraifemblablement
auffi long-temps qu'il y
aura des hommes dans Paris.
M. Dép. fait voir dans fon Mémoire
qu'il faudroit 1881000 livres de notre
monnoye pour faire à préfent ce qu'on
faifoit alors avec la valeur de onze mille
marcs d'argent.
Quels éxemples de générofité ne nous
MARS. 1763. 109
donnent pas nos voifins ! un célébre
Médecin Anglois , vient de donner aux
environs de cinq millions de livres de
notre monnoye , pour faire bâtir un
Amphithéâtre anatomique , non compris
les fondations qu'il fe propofe de
faire pour les Profeffeurs. Qu'auroit- il
donné pour faire venir de l'eau à Londres
, fi celle de la nouvelle rivière n'y
avoit déjà été menée ? Efpérons que nos
plus riches Citoyens ne le céderont en
rien à la générofité des Anglois.
On peut trouver de ces grandes actions
dans tous les fiécles ; le quartier
de l'Univerfité eft couvert de monumens
fondés par la générofité de plufieurs
dignes Patriotes , proportionnée
à leur fortune ; & fous le règne de
LOUIS XV il y a des ames auffi généreufes
que fous celui de Philipe- Augufte
; je les crois même en plus grand
nombre : le zéle avec lequel les principaux
Corps & plufieurs dignes & grands
Citoyens fe font empreffés de contribuer
au rétabliffement de la Marine françoiſe
, en eft une preuve.
La ville de Reims n'oublira jamais
le nom & le bienfait de M. Godinot ,
qui après avoir fait des embelliffemens
Coufidérables à la Cathédrale dont il
fio MERCURE DE FRANCE.
étoit Chanoine , a procuré de l'eau à
fes concitoyens par une machine qu'il
a fait conftruire à fes ' dépens ainfi
qu'une grande partie des conduites &
des fontaines qui la diftribuent dans
tous les quartiers ; on lui a encore l'obligation
de plufieurs autres travaux publics.
Il y a certainement dans Paris des
âmes auffi bienfaifantes qu'à Reims ;
mais avec le noble defir d'être utile à
fes concitoyens , il faut l'heureux concours
des facultés .
Quel eft le citoyen zélé pour le bien.
public , dit M. D. qui ne donnât volontiers
fi les autres moyens manquent,
une ou deux années du revenu de fa
maifon pour y faire venir en tout temps
une quantité d'eau fuffifante ? Que ne
donneroit-on pas dans nombre de Châteaux
où l'eau manque, pour avoir une
fource d'un pouce d'eau feulement ?
quelles dépenfes ne fait- on pas quelquefois
pour s'en procurer dans des
maifons qu'on n'habite qu'en paſſant ?
ne feroit-ce pas faire de fon argent un
meilleur ufage que de l'employer en
lambris , en dorures & en autres ornemens
fuperflus & paffagers ? la bonne
eau fera toujours de mode.
En effet , quel avantage d'avoir dans
MAR S. 1763.
III
la maifon qu'on habite le plus longtems ,
une fource de bonne eau , fourniffant
l'office , la falle à manger , coulant fans
ceffe dans la cuifine , entraînant les immondices
fans leur laiffer le temps de
fermenter & d'empuantir & infecter
l'air des endroits où l'on conferve les
viandes & de ceux où on les prépapare.
Quelle fatisfaction de voir laver
fa cuifine & tous fes recoins dix
fois par jour , fi l'on veut fon eft moins
pareffeux à nétoyer partout quand l'eau
ne coute pas à tirer.
Non feulement cette abondance d'eau
tiendra le dedans de la maison propre &
frais , mais auffi les rues qui deviendront
des ruiffeaux formés tant par l'eau
de refte qui fortira des grandes maifons
que par celles qu'on employera à laver.
Ces ruiffeaux entraîneront fans ceffe les
boues , entretiendront le pavé propre &'
mouillé auprès des ruiffeaux pour le foulagement
des chevaux. En Eté on arrofera
, ou pour mieux dire , on lavera
les rues avec cette eau auffi fouvent
qu'on le voudra , au lieu de deux fois
qu'on les humecte à préfent avec fort
peu d'eau & fouvent avec de l'eau vilaine
& puante , qui jettée en petite
112 MERCURE DE FRANCE .
quantité , ne fait que tenir la boue délayée
pendant un peu de temps & infecter
d'autant mieux l'air , l'abondance
de celle-ci le rendra fain & falubre ,
ce qui eft fi important pour la fanté des
citoyens & d'autant plus néceffaire que
le nombre des habitans eft plus confidérable
; tout le monde fent de refte
que le féjour des boues & immondices
contre les murs ou contre les bornes
doit de néceffité rendre l'air bas , infecté
& mal fain & c'est celui que
nous refpirons.
"
"
Quelle tranquillité d'avoir dans fa
maiſon un réſervoir toujours plein d'eau
& fans ceffe renouvellé pour fournir un
fecours prompt & à propos dans un cas
de malheur tant pour foi que pour le
voifinage !
Dans la feconde partie de cet intéreffant
Mémoire , M. Dep. rend compte
de ce qui l'a conduit à former ce
projet , & de ce qu'il a fait pour s'af--
furer d'abord de la poffibilité, & enfuite.
pour dire exactement à quelle hauteur
l'eau pouvoit arriver à Paris. Il a fallu
pour cela rapporter le tout à un point
fixe & immuable , & c'eft au fol de l'Églife
N. D. qu'il a rapporté toutes ſes.
opérations.
MARS. 1763. 113
Faifant abftraction de la pente qui
fait couler l'eau de moulin en moulin
depuis Vaugien jufqu'à Paris , les chutes
des moulins ont fait connoître à M.
D. de combien l'eau de Vaugien étoit
plus élevée que l'eau de la Seine fous le
Pont de l'Hôtel- Dieu , de laquelle déduifant
la quantité de pieds & pouces
dont le fol de N. D. étoit plus élevé
que la Seine le même jour qu'il mefuroit
les chutes des moulins , le refte
donne l'élévation de l'eau de Vaugien
fur le fol de N. D. qui eft de 83 pieds
9 pouces.
Le nivellement que M. D. a fait &
repété plufieurs fois pour parvenir à
connoître de combien l'arrivée des eaux
d'Arcueil eft plus élevée que le même
fol de N. D. fuppofe des opérations
fort intéreffantes pour les perfonnes
qui font au fait de ces matiéres ; mais
comme elles ne font pas à la portée
de tous nos Le&curs , nous nous contenterons
d'en rapporter les principaux
réfultats.
1°. Le haut de la Tour méridionale
de N. D. eft plus élevé que le fol de
l'Eglife pris au bas de l'efcalier des.
Tours de 204 pieds 9 pouces. 2 °. Le haut
du parapet de l'Obfervatoire et plus.
114 MERCURE DE FRANCE .
haut que le même fol de N. D. de
161 pieds d'où il fuit que la Tour
méridionale de N. D. eft plus élevée
que le haut de l'Obfervatoire de 43
pieds 9 pouces. 3° . Le bouillon d'arrivée
des eaux d'Arcueil eft plus élevée
que le le fol de N. D. de 67 pieds 10
pouces & demie , qui ôtés de 83 pieds
9 pouces dont l'eau de Vaugien eft plus
élevée que le même fol de N. D, refte
15 pieds 10 pouces & demi , dont
l'eau de l'Yvette à Vaugien eft plus
élevée que l'arrivée des eaux d'Arcueil
à côté de l'Obfervatoire , non compris
la pente qui la fait couler de moulin
en moulin depuis Vaugien jufqu'à
Paris.
4º Le haut de la Place de l'Eftrapade
eft plus élevé que le fol de N. D. de
81 pieds 3 pouces.
5°. Enfin l'endroit le plus élevé du parapet
du pont de l'Hôtel-Dieu eft plus
élevé que le fol de N. D. de 10 pieds 6
pouces , ce qui donne le moyen de connoitre
de combien la Seine eft plus baffe
que le fol de N. D.
M. D. avec cette modeftie qui
convient aux vrais Sçavans qui n'ont
d'autres vues que celles du bien public,
MARS.
115
veut bien n'être pas cru fur fa parole ,
´'il demande lui-même qu'on faffe examiner
fon projet ; mais il defire que ce
foit par les perfonnes les plus capables
& les plus propres à infpirer la confiance
que l'objet mérite . Comme il
connoît bien la vérité de ce qu'il propofe
, on voit en plufieurs endroits de
fon Mémoire qu'il eft pleinement perfuadé
que fon projet fera exécuté à l'avenir
s'il ne l'eft à préfent. Voici comment
il s'exprime en un endroit.
Ne connoiffant rien de plus urgent
à
faire pour une grande ville , après la
conftruction des ponts , quand il en
faut que de procurer dans tous les
quartiers une fuffifante quantité de
bonne eau ; & connoiffant affez bien
les environs de Paris , pour pouvoir affurer
qu'il n'y a que la riviére d'Yvette
qui, donnant cette fuffifante quantité
de bonne eau , puiffe y arriver à une
hauteur propre à l'envoyer dans tous
les quartiers , à moins de l'aller prendre
beaucoup plus loin ; je crois être fondé
à me perfuader que ce projet fera
éxécuté à l'avenir , s'il ne l'eft à préfent
, & d'autant plus , comme je l'ai
déja fait obferver , que c'eft la feule
dépense que la Ville puiffe faire dont
116 MERCURE DE FRANCE.
les fonds tui rentrent avec avantage ,
en faifant le bien des citoyens , cette
dépenſe n'étant , à proprement dire
qu'une avance ou de l'argent placé.
Mais quand même cette dépenfe ne
devroitjamais rentrer : pour une grande
ville , capitale d'un grand royaume , il
faut de grandes chofes
Il regarde donc l'éxécution de ce
projet comme indifpenfable , foit dans
peu , foit à l'avenir or dans quelque
temps qu'on l'entreprenne , on doit
faire le tout de manière à pouvoir recevoir
& laiffer couler plus de 2000 pou--
ces d'eau, vû qu'on peut les avoir dèsà-
préfent les trois quarts de l'année
& qu'on pourra fe les procurer pour
toute l'année quand on le voudra , & c..
Quand même M. Dep. n'auroit pas
la fatisfaction de voir éxécuter ſon projet
, il pourra fe flatter d'avoir rendu un
fervice éffentiel à fa patrie , en faisant .
une fi heureufe découverte . Elle intéreffa
tout le monde dès qu'il commença
à en faire
part , & jamais
Mémoire
n'a été écouté
avec plus d'attention
ni
plus applaudi
qu'il le fut lorsqu'il
en fit.
la lecture
à l'Affemblée
de la rentrée
publique
de l'Académie
Royale
des.
Sciences
, du mois de Novembre
derMARS.
1763. 117
>
nicr. Le Miniftre toujours attentif à ce
qui peut contribuer au bien public , a
voulu qu'il fut imprimé à l'Imprimerie
Royale.
Lorfque M. Dep. eut l'honneur de le
préfenter au Roi , il en fut accueilli favorablement
, & Sa Majesté voulut bien
entrer avec lui dans des détails qui marquoient
fort l'intérêt qu'Elle y prenoit.
Ce Mémoire ne fe vend pas ; on n'en
a tiré que le nombre d'exemplaires qu'on
a voulu donner ; mais on le trouvera
dans la fuite des Mémoires de l'Académie
des Sciences , pour l'année 1762.
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Résumé : ACADÉMIES. EXTRAIT du Mémoire lu à l'Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, le 13 Novembre 1762 par M. DE PARCIEUX, de la même Académie ; sur un moyen de donner une abondante quantité de bonne eau dans tous les Quartiers de PARIS.
En 1762, M. de Parcieux présente à l'Académie Royale des Sciences un projet visant à fournir une abondante quantité d'eau potable à Paris. Les Romains et d'autres anciens avaient déjà construit des infrastructures pour acheminer l'eau dans leurs villes. À Paris, les machines utilisées jusqu'alors étaient insuffisantes, à l'exception des eaux de Rungis apportées par Marie de Médicis. Le projet de M. de Parcieux propose de capter les eaux de la rivière d'Yvette à Vaugien et de les acheminer jusqu'à la Porte Saint-Michel, d'où elles seraient distribuées dans toute la ville. L'aqueduc proposé parcourrait environ dix-sept à dix-huit mille toises, suivant le lit naturel de l'Yvette jusqu'à Palaiseau, puis traversant une montagne pour rejoindre la vallée de la Bièvre. L'eau suivrait ensuite la côte droite de la Bièvre, traversant plusieurs ponts aqueducs jusqu'à Arcueil, où elle rejoindrait l'aqueduc actuel. M. de Parcieux a analysé la qualité de l'eau de l'Yvette, confirmée par les chimistes Hellot et Macquer comme étant de la plus excellente qualité. Il a également estimé la quantité d'eau disponible, concluant qu'il était possible de fournir à Paris deux mille pouces d'eau continus. Le projet est présenté comme essentiel et urgent pour Paris, qui manque d'eau ou n'en dispose qu'en petites quantités. M. de Parcieux compare les travaux nécessaires à ceux réalisés dans d'autres villes comme Montpellier et Carcassonne, soulignant que Paris, avec sa population plus importante, mérite un tel investissement. Il espère que des citoyens généreux, inspirés par des exemples historiques de philanthropie, contribueront à la réalisation de ce projet. Le texte discute également des avantages d'une eau courante pour la propreté des cuisines, l'évacuation des immondices, et la salubrité de l'air. Les rues deviendraient des ruisseaux permettant d'évacuer les boues et de maintenir le pavé propre. En été, les rues pourraient être arrosées plus fréquemment avec de l'eau propre, améliorant ainsi la qualité de l'air et la santé des citoyens. Le mémoire de M. Dep. a été bien accueilli lors de sa présentation à l'Académie Royale des Sciences et a suscité un grand intérêt. Le ministre et le roi ont également montré un intérêt favorable pour ce projet. Le mémoire est disponible dans les publications de l'Académie des Sciences pour l'année 1762.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 117-118
GÉOMÉTRIE.
Début :
ON demande (Mercure de France du mois de Fevrier page 113 ) le rapport [...]
Mots clefs :
Triangle isocèle, Diamètres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GÉOMÉTRIE.
GÉOMÉTRIE.
ON demande ( Mercure de France (
du mois de Fevrier page 113 ) le rapport
de la bâfe aux côtés d'un triangle
ifocéle circonfcrit à deux cercles contigus
, dont les diametres font dans la
raifon de trois à un , de manière que
la plus grande circonference touchant
les deux côtés & la bâfe , celle du petit
cercle touche feulement les côtés. Réponfe.
Ce rapport eft celui de l'égalité
; c'est-à- dire que ce triangle eft l'Equilatéral
, dans le quel on peut infcrire
118 MERCURE DE FRANCE.
de la manière propofée , non feulement
deux , mais une infinité de cercles dont
les diamètres aillent toujours en décroiffant
dans la même raifon de 3 à I.
Par un Abonné au Mercure.
A Paris , le 16 Fevrier 1763 .
ON demande ( Mercure de France (
du mois de Fevrier page 113 ) le rapport
de la bâfe aux côtés d'un triangle
ifocéle circonfcrit à deux cercles contigus
, dont les diametres font dans la
raifon de trois à un , de manière que
la plus grande circonference touchant
les deux côtés & la bâfe , celle du petit
cercle touche feulement les côtés. Réponfe.
Ce rapport eft celui de l'égalité
; c'est-à- dire que ce triangle eft l'Equilatéral
, dans le quel on peut infcrire
118 MERCURE DE FRANCE.
de la manière propofée , non feulement
deux , mais une infinité de cercles dont
les diamètres aillent toujours en décroiffant
dans la même raifon de 3 à I.
Par un Abonné au Mercure.
A Paris , le 16 Fevrier 1763 .
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Résumé : GÉOMÉTRIE.
Le Mercure de France de février 1763 pose une question de géométrie sur un triangle isocèle circonscrit à deux cercles dont les diamètres sont dans la raison de trois à un. La réponse, proposée le 16 février 1763, indique que ce triangle est équilatéral. Dans un triangle équilatéral, une infinité de cercles peuvent être inscrits avec des diamètres décroissants dans la même raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 118-129
EXTRAIT de la Séance publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans Grande Salle de l'Hôtel-de-Ville le 17 Août 1762.
Début :
LE Secrétaire perpétuel, après avoir fait quelques réflexions générales sur les [...]
Mots clefs :
Dissertation, Sommeil, Prélat, Philosophie, Secrétaire perpétuel, Graisse du vin, Esprit académique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Séance publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans Grande Salle de l'Hôtel-de-Ville le 17 Août 1762.
EXTRAIT de la Séance publique de
l'Académie des Sciences , Arts &
Belles-Lettres de DIJON , tenue dans
Grande Salle de l'Hôtel- de - Ville le
17 Août 1762.
LEE Secrétaire perpétuel , après avoir
fait quelques réflexions générales fur les
exercices littéraires & fur les différens
programmes des prix de l'Académie
obferva qu'elle avoit propofé deux fois
une queſtion de la plus grande utilité
, concernant la caufe de la graiſſe
du vin , & les moyens de l'en préferver
ou de le rétablir. Elle s'étoit attachée
, ajouta-t-il , d'autant plus volontiers
à cet objet , que les éclairciffemens
qu'elle defiroit , devoient mettre
la Bourgogne en état de conferver
MARS. 1763. 119
cette liqueur éxquife qui fait le fond
de fes richeffes & de fon commerce.
Mais les Mémoires qui furent envoyés
à l'Académie loriqu'elle interrogea
pour la premiere fois les Obfervateurs
de la Nature fur cette efpéce de dépériffement
du vin , n'ayant pas fuffifamment
rempli fes vues , elle ouvrit un
nouveau concours fur le même fujet ,
dans la jufte confiance que les recherches
, les expériences & les découvertes
répondroient à fon attente. Cependant
une feule Differtation qui lui fut adreffée
au mois de Mars dernier , n'ayant
encore obtenu ni fon approbation ni
fes fuffrages , la médaille qu'elle deftinoit
au meilleur ouvrage . fur la graiffe
des vins , a été réfervée pour l'année
1763 , à l'Auteur qui aura traité avec
le plus de folidité le problême qu'elle
vient de publier , fçavoir : Quels font ,
relativement àla Bourgogne , les avantages
& les défavantages du canal projette
en cette Province , pour la commu
nication des deux mers par la jonction
de la Sône & de la Seine ? Parmi le
grand nombre d'écrits qui ont paru
Tur le projet de ce canal , on a déja
touché, mais trop fuperficiellement, l'u-
'tilité & les inconvéniens qui en réfulte-
1:
120 MERCURE DE FRANCE .
roient. Aujourd'hui , l'Académie , en
fuppofant la poffibilité de cet établiffement
de quelque manière qu'on en détermine
le local , fe borne à l'intérêt ef-
Tentiel de la patrie , & demande précifément
fi l'exécution de cette vafte entrepriſe
, feroit plus avantageufe, qu'onéreuse
à la Bourgogne ?
M. Poncet de la Rivière , ancien Evêque
de Troyes , a lû enfuite une Differtation
fur l'Esprit Académique. Ce
que cet efprit eft en lui-même , & ce
qu'il eft par comparaifon avec les autres
; tel eft le plan de fon ouvrage , tel
eft l'objet de fes réfléxions. Sans s'arrer
ter à la définition que les Philofophes
donnent de l'efprit , il en revient à celle
qui lui femble la plus analogue au difcours
oratoire. Qu'eft-ce donc que l'efprit
, dit- il ? Un feu que la Nature allume
dans nos âmes , plus ou moins vif
felon le degré de chaleur & d'activité
qu'il plaît à l'éternel Auteur de notre
éxiftence de lui donner ; plus ou moins
brillant felon notre attention ou notre
négligence à réfléchir fur lui les lumiè
res qu'ont répandu les Aftres qui , dans
tous les fiécles, éclairérent le Monde littéraire
; plus ou moins borné felon no-
"tre hardieffe ou notre indolence à éloigner
MARS. 1763. 121
quagnér
fes limites ; plus ou moins fécond
felon la culture que l'émulation lui
donne ou que l'oifiveté lui refufe für
de plaire quand il en eft jaloux & digne
d'obtenir l'admiration lorfqu'il fe rend
habile à la faifir & capable de la fixer.
Quoique l'efprit ne foit point afſervi
aux pays ; qu'il anime les neiges & les
frimats de l'Amérique , comme il s'enflamme
au foleil brulant de l'Afrique
& de l'Italie ; cependant àle juger d'après
la diverfité qui fe trouve dans la façon
de penfer des différens peuples , ne diroit-
on pas que dépendant en quelque
forte des climats , il en prend les
lités & les défauts ; & qu'il tire , comme
les fruits , fa couleur & fon goût
du terroir où il fe produit. M. l'Evêque
de Troyes entre ici dans le détail
des différens caractères d'efprit des Nations
, & finit ainfi par celui du Francois.....
En France , amufant par fon
caractère , riche de fon fonds , propre .
aux plus grands éffors , capable encore
de produire les chefs - d'oeuvres qu'il admire
; fi , plus content de pofféder fes
richeffes que jaloux de les étendre , il
ne préféroit le talent délicat qui embellit
, au génie puiffant qui invente : fait
pour plaire , mais trop livré à cet attrait;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ingénieux dans fes penfées , peut-être
trop étudié dans fon langage ; voulant
des apprêts jufques dans la naïveté qui
les bannit ; portant les recherches de l'art
jufques dans les agrémens de la Natu
re ; Philofophe par fantaifie ; & , fi j'ofe
le dire , moins fage , parce qu'il fait entrer
de la mode jufques dans fa fagef
fe. Après avoir fait voir que l'efprit ne
dépend ni du fang ni de la naiffance ;
que , quoique reçu de la Nature , il eſt
le mérite de la perfonne ; l'Auteur donne
une idée de l'esprit académique , en faifant
le portrait des Affemblées où il doitfe
produire. Qu'est- ce donc , dit ce Prélat
qu'une Affemblée Littéraire , &
fous quels traits dois-je vous la repréfenter
? c'eft un corps d'hommes polis
& cultivés , livrés de bonne heure par
attrait , & dans la fuite attachés par goût,
à l'étude des Lettres ; dont les moeurs
font ornées par les Mufes ; dont le caractère
eft fans foibleffe , férieux fans
auftérité , fçavant fans féchereffe , agréable
fans affectation , épuré dans tous les
défauts qui font l'écueil de la fociété
& enrichi de tous les avantages qui en :
font l'agrément. Ce tableau fut fuivi de
l'énumération des talens propres à fou .
tenir la gloire de ces Affemblées . Par
>
•
MARS. 1763. 123
mi les différentes efpèces de fciences qui
font à rejetter , le Prélat s'éléve furtout
contre cette fcience qui n'eft qu'un
amas fonore & faftueux de connoiffances
vaines & stériles fouvent auffi
pernicieufes pour le coeur qu'agréables
à l'efprit ; qui ajoûtant peu au mérite
que l'on veut avoir , ôtent beaucoup de
celui que l'on a ; ne font à l'homme
qu'un honneur médiocre , & font prèf
que toujours une playe dangereufe au
Chrétien . Pardonnez - moi cette réfléxion
, Meffieurs , ajoûte le Prélat , je
me la crois permife , même dans une
Affemblée académique ; & je connois
affez vos coeurs pour ne pas craindre
d'en être défavoué. En confidérant les
différentes fortes d'efprits qui concourent
à former le caractère de l'efprit
académique, M. l'Evêque de Troyes
s'arrête principalement à ces efprits
amis de la fageffe qui vont fur les
tombeaux des Anciens Maîtres du Monde
recueillir les reftes de cette Philofophie
véritable qui épuroit les moeurs
en dirigeant les talens ; & dont les principes
tracés par des génies puiffans ,
mais par des efprits dociles , formoient
des Sujets aux Royaumes & des Citoyens
aux Républiques : Philofophie &
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vantée...... Mais , oferois - je le dire ?
Philofophie aujourd'hui fi peu connue ,
fi méconnoiffable dans ces fectes altières
& impérieufes , ifolées & répandues ,
graves & fantafques ; en qui une farouche
frivolité qui ne connoit point de
loix , s'arroge le droit fuperbe d'en
donner ; dont le difcours n'eft que
fentence & paradoxe ; les principes qu'indépendance
& irréligion ; les actions
qu'un libertinage de moeurs déguifé ou
rafiné ; où fous le nom de fageffe , une
audacieuſe folie confacre les vertiges les
plus honteux à la raiſon , & peut-être
les plus dangereux pour les Etats ; dont
l'efprit oppofé à celui de la fubordination
, ne fe foumet que par contrainte
& en reclamant pour fa liberté ; où la
Religion méconnue dans ce qu'elle
commande , combattue dans ce qu'elle
enfeigne , ne trouve pas même dans
fes enfans ce refpect dont fes ennemis
ne purent autrefois fe difpenfer de l'honorer.
J'ai dû cette vivacité de réfléxions
, dit le Prélat , & à ma façon de
penfer & au caractère dont j'ai l'honneur
d'être revêtu. Je ne pouvois , Meffieurs ,
rendre un hommage plus glorieux à l'efprit
qui vous anime , qu'en réveillant
publiquement votre dégoût contre un
MARS. 1763. 125
efprit fi étranger à vos jugemens & à
Vos moeurs.
Ce Difcours fut fuivi de la lecture
d'un Mémoire de M. Fournier , contenant
des Obfervations fur les différentes
manières dont périffent ceux qui
font frappés de la foudre , fur les accidens
qu'ils éprouvent , & fur le traitement
qu'on doit employer lorfqu'ils
peuvent être rappellés à la vie.
Les femmes font auffi propres que
les hommes à l'étude des Sciences & à
la culture des Arts : c'est le fujet d'une
differtation de M. l'Abbé Picardet , où
en éffayant de prouver que les talens
& les difpofitions font les mêmes dans
les deux féxes ; il montre la frivolité des
prétextes qu'on employe ordinairement
pour étouffer dans les femmes l'amour
des Sciences , des Arts & des Belles - Lettres.
La délicateffe du tempérament ,
le défaut de goût pour les grandes chofes
& d'aptitude aux Sciences , l'efprit
de détail & les foins oeconomiques ,
font de vains préjugés qu'il expofe
qu'il combat & qu'il détruit. Les Sciences
& les Arts n'ont donc aucunes difficultés
qui doivent ralentir l'émulation
des Dames pour mettre encore dans
un plus grand jour la vérité de cette
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
conclufion , M. l'Abbé Picardet jette
un coup d'oeil fur les Arts où elles réuffiffent
fupérieurement ; comme l'éloquence
, la mufique , la poëfie , la peinture
, l'astronomie , l'hiftoire naturelle ,
la médecine , la philofophie & la morale.
La Séance a été terminée par un Mémoire
de M. Marêt puifné , fur la méri
dienne. Après avoir obfervé la diverfité
des fentimens à ce fujet , l'Auteur annonce
qu'il va fixer les incertitudes qui
en pourroient naître en fifant voir
les avantages que procure ce fommeil,
& les précautions que l'on doit prendre
en s'y livrant. C'eſt l'intérêt de la digeftion
, dit- il , qui engage à blâmer
ou à louer la méridienne. Mais ce pro
blême fera réfolu dès qu'on aura prouvé
que loin de nuire à la digeſtion , cet
ufage lui eft favorable. D'après cet idée
il expofe fuccintement , fuivant les principes
de Boerhaave , le méchanifme de
la digeftion. » C'eft dans une diffolu-
» tion que la chaleur facilite , dans une
»décompofition qui eft le produit du
mêlange du fluide nerveux & d'un
commencement de fermentation pu-
"tride & acide , que confifte le mé-
» chaniſme de la digeſtion : pour déciMARS.
1763. 127
der fi la méridienne eft avantageufe
relativement à cet objet , il faut donc
s'attacher à examiner :
Si elle augmente la chaleur de l'eftomac ;
Si elle facilite l'abord du fluide nerveux dans ce
vifcère ;
Si enfin elle y favorife la fermentation.
Chacune de ces propriétés attribuées
à la méridienne eft examinée & prouvée
dans autant de paragraphes . Les objections
de différens Auteurs tant anciens
que modernes y font rapprochées &
réfolues. Mais malgré les avantages que
peut procurer la méridienne par elle
même , M. Marêt avertit que ce fommeil
éxige des attentions particulières
quand on s'y livre :
Le temps où elle doit commencer
Le terme auquel il faut la finir :
La fituation qu'on doit prendre en dormant :
La température du Lieu qu'on choifit
pour dormir , l'habillement-même
loin d'être indifférens , font de la plus
-grande impportance ; & tous ces détails ,
minucieux en apparence , ceffent de le paroître
dès qu'on les fuit avec l'Auteur.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
la
En effet , dans fa differtation , la phy
fiologie fe réunit à l'anatomie pour prouver
qu'il eft éffentiel » d'attendre que
» Nature nous engage elle-même à dor-
»mir ; de proportionner la durée du
fommeil , à la chaleur du tempérament
, à la qualité & à la quantité des
>> alimenś.
C'eft au peu d'attention que l'on fait
ordinairement à ces détails , que M. Maret
attribue tous les accidens qui ont
déterminé quelques Auteurs à décrier
la méridienne . Cependant il l'interdit
à ceux qui dorment plus des fept heures
que la raifon femble permettre de donner
au fommeil ; ainfi qu'à ceux qui ,
livrés au plaifir ou à l'étude , veillent
une grande partie de la nuit , dorment
le jour , & ne s'éveillent qu'après que
le foleil a parcouru la moitié de fa
carrière ; à moins que leur dîné ne foit
confidérablement retardé. Mais en général
, il croit que dans certaines circonftances
les hommes doivent fans
éxception fe livrer au fommeil après
le diné ; qu'il peuvent tous dormir
» quelquefois au fortir de ce repas , &
» qu'il y en a beaucoup qui ne pour-
» roient s'y refufer fans imprudence.
Chacune de ces propofitions eft juf
{
>
MAR S. 1763. 129
tifiée par des détails ; d'où il réfulte qu'on
doit regarder ceux qui font d'un tempérament
fanguin où bilieux , comme
les feuls auxquels la méridienne convienne
peu . L'Auteur termine fa differtation
en invoquant l'expérience ; non
comme une preuve de l'utilité de la
méridienne qu'il croit avoir fuffiſamment
établie ; mais comme une préfomption
favorable à cette habitude.
Que ceux qui blâment la méridienne ,
ajoûte-t-il , ceffent donc de prétendre
nous forcer à réſiſter à l'impulfion de
la nature ; elle nous invite à dormir
après le dîné la raifon d'ailleurs le
confeille , & l'expérience doit au moins
faire préfumer que c'est un moyen capable
de nous procurer la fanté la plus
defirable , & de nous faire parvenir à
un âge très-avancé.
l'Académie des Sciences , Arts &
Belles-Lettres de DIJON , tenue dans
Grande Salle de l'Hôtel- de - Ville le
17 Août 1762.
LEE Secrétaire perpétuel , après avoir
fait quelques réflexions générales fur les
exercices littéraires & fur les différens
programmes des prix de l'Académie
obferva qu'elle avoit propofé deux fois
une queſtion de la plus grande utilité
, concernant la caufe de la graiſſe
du vin , & les moyens de l'en préferver
ou de le rétablir. Elle s'étoit attachée
, ajouta-t-il , d'autant plus volontiers
à cet objet , que les éclairciffemens
qu'elle defiroit , devoient mettre
la Bourgogne en état de conferver
MARS. 1763. 119
cette liqueur éxquife qui fait le fond
de fes richeffes & de fon commerce.
Mais les Mémoires qui furent envoyés
à l'Académie loriqu'elle interrogea
pour la premiere fois les Obfervateurs
de la Nature fur cette efpéce de dépériffement
du vin , n'ayant pas fuffifamment
rempli fes vues , elle ouvrit un
nouveau concours fur le même fujet ,
dans la jufte confiance que les recherches
, les expériences & les découvertes
répondroient à fon attente. Cependant
une feule Differtation qui lui fut adreffée
au mois de Mars dernier , n'ayant
encore obtenu ni fon approbation ni
fes fuffrages , la médaille qu'elle deftinoit
au meilleur ouvrage . fur la graiffe
des vins , a été réfervée pour l'année
1763 , à l'Auteur qui aura traité avec
le plus de folidité le problême qu'elle
vient de publier , fçavoir : Quels font ,
relativement àla Bourgogne , les avantages
& les défavantages du canal projette
en cette Province , pour la commu
nication des deux mers par la jonction
de la Sône & de la Seine ? Parmi le
grand nombre d'écrits qui ont paru
Tur le projet de ce canal , on a déja
touché, mais trop fuperficiellement, l'u-
'tilité & les inconvéniens qui en réfulte-
1:
120 MERCURE DE FRANCE .
roient. Aujourd'hui , l'Académie , en
fuppofant la poffibilité de cet établiffement
de quelque manière qu'on en détermine
le local , fe borne à l'intérêt ef-
Tentiel de la patrie , & demande précifément
fi l'exécution de cette vafte entrepriſe
, feroit plus avantageufe, qu'onéreuse
à la Bourgogne ?
M. Poncet de la Rivière , ancien Evêque
de Troyes , a lû enfuite une Differtation
fur l'Esprit Académique. Ce
que cet efprit eft en lui-même , & ce
qu'il eft par comparaifon avec les autres
; tel eft le plan de fon ouvrage , tel
eft l'objet de fes réfléxions. Sans s'arrer
ter à la définition que les Philofophes
donnent de l'efprit , il en revient à celle
qui lui femble la plus analogue au difcours
oratoire. Qu'eft-ce donc que l'efprit
, dit- il ? Un feu que la Nature allume
dans nos âmes , plus ou moins vif
felon le degré de chaleur & d'activité
qu'il plaît à l'éternel Auteur de notre
éxiftence de lui donner ; plus ou moins
brillant felon notre attention ou notre
négligence à réfléchir fur lui les lumiè
res qu'ont répandu les Aftres qui , dans
tous les fiécles, éclairérent le Monde littéraire
; plus ou moins borné felon no-
"tre hardieffe ou notre indolence à éloigner
MARS. 1763. 121
quagnér
fes limites ; plus ou moins fécond
felon la culture que l'émulation lui
donne ou que l'oifiveté lui refufe für
de plaire quand il en eft jaloux & digne
d'obtenir l'admiration lorfqu'il fe rend
habile à la faifir & capable de la fixer.
Quoique l'efprit ne foit point afſervi
aux pays ; qu'il anime les neiges & les
frimats de l'Amérique , comme il s'enflamme
au foleil brulant de l'Afrique
& de l'Italie ; cependant àle juger d'après
la diverfité qui fe trouve dans la façon
de penfer des différens peuples , ne diroit-
on pas que dépendant en quelque
forte des climats , il en prend les
lités & les défauts ; & qu'il tire , comme
les fruits , fa couleur & fon goût
du terroir où il fe produit. M. l'Evêque
de Troyes entre ici dans le détail
des différens caractères d'efprit des Nations
, & finit ainfi par celui du Francois.....
En France , amufant par fon
caractère , riche de fon fonds , propre .
aux plus grands éffors , capable encore
de produire les chefs - d'oeuvres qu'il admire
; fi , plus content de pofféder fes
richeffes que jaloux de les étendre , il
ne préféroit le talent délicat qui embellit
, au génie puiffant qui invente : fait
pour plaire , mais trop livré à cet attrait;
F
122 MERCURE DE FRANCE.
ingénieux dans fes penfées , peut-être
trop étudié dans fon langage ; voulant
des apprêts jufques dans la naïveté qui
les bannit ; portant les recherches de l'art
jufques dans les agrémens de la Natu
re ; Philofophe par fantaifie ; & , fi j'ofe
le dire , moins fage , parce qu'il fait entrer
de la mode jufques dans fa fagef
fe. Après avoir fait voir que l'efprit ne
dépend ni du fang ni de la naiffance ;
que , quoique reçu de la Nature , il eſt
le mérite de la perfonne ; l'Auteur donne
une idée de l'esprit académique , en faifant
le portrait des Affemblées où il doitfe
produire. Qu'est- ce donc , dit ce Prélat
qu'une Affemblée Littéraire , &
fous quels traits dois-je vous la repréfenter
? c'eft un corps d'hommes polis
& cultivés , livrés de bonne heure par
attrait , & dans la fuite attachés par goût,
à l'étude des Lettres ; dont les moeurs
font ornées par les Mufes ; dont le caractère
eft fans foibleffe , férieux fans
auftérité , fçavant fans féchereffe , agréable
fans affectation , épuré dans tous les
défauts qui font l'écueil de la fociété
& enrichi de tous les avantages qui en :
font l'agrément. Ce tableau fut fuivi de
l'énumération des talens propres à fou .
tenir la gloire de ces Affemblées . Par
>
•
MARS. 1763. 123
mi les différentes efpèces de fciences qui
font à rejetter , le Prélat s'éléve furtout
contre cette fcience qui n'eft qu'un
amas fonore & faftueux de connoiffances
vaines & stériles fouvent auffi
pernicieufes pour le coeur qu'agréables
à l'efprit ; qui ajoûtant peu au mérite
que l'on veut avoir , ôtent beaucoup de
celui que l'on a ; ne font à l'homme
qu'un honneur médiocre , & font prèf
que toujours une playe dangereufe au
Chrétien . Pardonnez - moi cette réfléxion
, Meffieurs , ajoûte le Prélat , je
me la crois permife , même dans une
Affemblée académique ; & je connois
affez vos coeurs pour ne pas craindre
d'en être défavoué. En confidérant les
différentes fortes d'efprits qui concourent
à former le caractère de l'efprit
académique, M. l'Evêque de Troyes
s'arrête principalement à ces efprits
amis de la fageffe qui vont fur les
tombeaux des Anciens Maîtres du Monde
recueillir les reftes de cette Philofophie
véritable qui épuroit les moeurs
en dirigeant les talens ; & dont les principes
tracés par des génies puiffans ,
mais par des efprits dociles , formoient
des Sujets aux Royaumes & des Citoyens
aux Républiques : Philofophie &
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vantée...... Mais , oferois - je le dire ?
Philofophie aujourd'hui fi peu connue ,
fi méconnoiffable dans ces fectes altières
& impérieufes , ifolées & répandues ,
graves & fantafques ; en qui une farouche
frivolité qui ne connoit point de
loix , s'arroge le droit fuperbe d'en
donner ; dont le difcours n'eft que
fentence & paradoxe ; les principes qu'indépendance
& irréligion ; les actions
qu'un libertinage de moeurs déguifé ou
rafiné ; où fous le nom de fageffe , une
audacieuſe folie confacre les vertiges les
plus honteux à la raiſon , & peut-être
les plus dangereux pour les Etats ; dont
l'efprit oppofé à celui de la fubordination
, ne fe foumet que par contrainte
& en reclamant pour fa liberté ; où la
Religion méconnue dans ce qu'elle
commande , combattue dans ce qu'elle
enfeigne , ne trouve pas même dans
fes enfans ce refpect dont fes ennemis
ne purent autrefois fe difpenfer de l'honorer.
J'ai dû cette vivacité de réfléxions
, dit le Prélat , & à ma façon de
penfer & au caractère dont j'ai l'honneur
d'être revêtu. Je ne pouvois , Meffieurs ,
rendre un hommage plus glorieux à l'efprit
qui vous anime , qu'en réveillant
publiquement votre dégoût contre un
MARS. 1763. 125
efprit fi étranger à vos jugemens & à
Vos moeurs.
Ce Difcours fut fuivi de la lecture
d'un Mémoire de M. Fournier , contenant
des Obfervations fur les différentes
manières dont périffent ceux qui
font frappés de la foudre , fur les accidens
qu'ils éprouvent , & fur le traitement
qu'on doit employer lorfqu'ils
peuvent être rappellés à la vie.
Les femmes font auffi propres que
les hommes à l'étude des Sciences & à
la culture des Arts : c'est le fujet d'une
differtation de M. l'Abbé Picardet , où
en éffayant de prouver que les talens
& les difpofitions font les mêmes dans
les deux féxes ; il montre la frivolité des
prétextes qu'on employe ordinairement
pour étouffer dans les femmes l'amour
des Sciences , des Arts & des Belles - Lettres.
La délicateffe du tempérament ,
le défaut de goût pour les grandes chofes
& d'aptitude aux Sciences , l'efprit
de détail & les foins oeconomiques ,
font de vains préjugés qu'il expofe
qu'il combat & qu'il détruit. Les Sciences
& les Arts n'ont donc aucunes difficultés
qui doivent ralentir l'émulation
des Dames pour mettre encore dans
un plus grand jour la vérité de cette
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
conclufion , M. l'Abbé Picardet jette
un coup d'oeil fur les Arts où elles réuffiffent
fupérieurement ; comme l'éloquence
, la mufique , la poëfie , la peinture
, l'astronomie , l'hiftoire naturelle ,
la médecine , la philofophie & la morale.
La Séance a été terminée par un Mémoire
de M. Marêt puifné , fur la méri
dienne. Après avoir obfervé la diverfité
des fentimens à ce fujet , l'Auteur annonce
qu'il va fixer les incertitudes qui
en pourroient naître en fifant voir
les avantages que procure ce fommeil,
& les précautions que l'on doit prendre
en s'y livrant. C'eſt l'intérêt de la digeftion
, dit- il , qui engage à blâmer
ou à louer la méridienne. Mais ce pro
blême fera réfolu dès qu'on aura prouvé
que loin de nuire à la digeſtion , cet
ufage lui eft favorable. D'après cet idée
il expofe fuccintement , fuivant les principes
de Boerhaave , le méchanifme de
la digeftion. » C'eft dans une diffolu-
» tion que la chaleur facilite , dans une
»décompofition qui eft le produit du
mêlange du fluide nerveux & d'un
commencement de fermentation pu-
"tride & acide , que confifte le mé-
» chaniſme de la digeſtion : pour déciMARS.
1763. 127
der fi la méridienne eft avantageufe
relativement à cet objet , il faut donc
s'attacher à examiner :
Si elle augmente la chaleur de l'eftomac ;
Si elle facilite l'abord du fluide nerveux dans ce
vifcère ;
Si enfin elle y favorife la fermentation.
Chacune de ces propriétés attribuées
à la méridienne eft examinée & prouvée
dans autant de paragraphes . Les objections
de différens Auteurs tant anciens
que modernes y font rapprochées &
réfolues. Mais malgré les avantages que
peut procurer la méridienne par elle
même , M. Marêt avertit que ce fommeil
éxige des attentions particulières
quand on s'y livre :
Le temps où elle doit commencer
Le terme auquel il faut la finir :
La fituation qu'on doit prendre en dormant :
La température du Lieu qu'on choifit
pour dormir , l'habillement-même
loin d'être indifférens , font de la plus
-grande impportance ; & tous ces détails ,
minucieux en apparence , ceffent de le paroître
dès qu'on les fuit avec l'Auteur.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
la
En effet , dans fa differtation , la phy
fiologie fe réunit à l'anatomie pour prouver
qu'il eft éffentiel » d'attendre que
» Nature nous engage elle-même à dor-
»mir ; de proportionner la durée du
fommeil , à la chaleur du tempérament
, à la qualité & à la quantité des
>> alimenś.
C'eft au peu d'attention que l'on fait
ordinairement à ces détails , que M. Maret
attribue tous les accidens qui ont
déterminé quelques Auteurs à décrier
la méridienne . Cependant il l'interdit
à ceux qui dorment plus des fept heures
que la raifon femble permettre de donner
au fommeil ; ainfi qu'à ceux qui ,
livrés au plaifir ou à l'étude , veillent
une grande partie de la nuit , dorment
le jour , & ne s'éveillent qu'après que
le foleil a parcouru la moitié de fa
carrière ; à moins que leur dîné ne foit
confidérablement retardé. Mais en général
, il croit que dans certaines circonftances
les hommes doivent fans
éxception fe livrer au fommeil après
le diné ; qu'il peuvent tous dormir
» quelquefois au fortir de ce repas , &
» qu'il y en a beaucoup qui ne pour-
» roient s'y refufer fans imprudence.
Chacune de ces propofitions eft juf
{
>
MAR S. 1763. 129
tifiée par des détails ; d'où il réfulte qu'on
doit regarder ceux qui font d'un tempérament
fanguin où bilieux , comme
les feuls auxquels la méridienne convienne
peu . L'Auteur termine fa differtation
en invoquant l'expérience ; non
comme une preuve de l'utilité de la
méridienne qu'il croit avoir fuffiſamment
établie ; mais comme une préfomption
favorable à cette habitude.
Que ceux qui blâment la méridienne ,
ajoûte-t-il , ceffent donc de prétendre
nous forcer à réſiſter à l'impulfion de
la nature ; elle nous invite à dormir
après le dîné la raifon d'ailleurs le
confeille , & l'expérience doit au moins
faire préfumer que c'est un moyen capable
de nous procurer la fanté la plus
defirable , & de nous faire parvenir à
un âge très-avancé.
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Résumé : EXTRAIT de la Séance publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans Grande Salle de l'Hôtel-de-Ville le 17 Août 1762.
Lors de la séance publique de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon, tenue le 17 août 1762, le secrétaire perpétuel a mis en avant l'importance des exercices littéraires et des programmes de prix de l'Académie. Deux questions majeures ont été soulevées : la cause de la graisse du vin et les moyens de la prévenir ou de la rétablir. Ces éclaircissements sont cruciaux pour la Bourgogne, dont le commerce repose sur cette liqueur. Cependant, les mémoires envoyés lors du premier concours n'ayant pas été satisfaisants, un nouveau concours a été lancé sur le même sujet. La médaille pour le meilleur ouvrage sur la graisse des vins a été réservée pour 1763. Un nouveau sujet a également été proposé : les avantages et les désavantages du canal projeté en Bourgogne pour la communication des deux mers par la jonction de la Saône et de la Seine. M. Poncet de la Rivière, ancien évêque de Troyes, a lu une dissertation sur l'esprit académique. Il a défini l'esprit comme un feu allumé dans les âmes, dont la vivacité dépend de l'attention, de la culture et de l'émulation. Il a décrit l'esprit académique comme un corps d'hommes polis et cultivés, attachés à l'étude des lettres, avec des mœurs ornées par les Muses et un caractère sérieux sans austérité. La séance a également inclus la lecture d'un mémoire de M. Fournier sur les effets de la foudre et les traitements à appliquer. M. l'Abbé Picardet a présenté une dissertation affirmant que les femmes sont aussi aptes que les hommes à l'étude des sciences et des arts, réfutant les préjugés qui étouffent l'amour des sciences chez les femmes. Enfin, M. Marêt a lu un mémoire sur la méridienne, discutant de ses avantages pour la digestion et des précautions à prendre lors de ce sommeil. Il a conclu que la méridienne est bénéfique dans certaines circonstances et pour certains tempéraments.
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p. 129-132
ÉCOLE Royale Vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du ROI, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France.
Début :
LE Lundi, trente-un Janvier on a procédé dans l'Hôtel de l'Ecole Royale [...]
Mots clefs :
Hôtel de l'école royale vétérinaire, Cheval, Élèves
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE Royale Vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du ROI, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France.
ÉCOLE Royale Vétérinaire , établie à
Lyon fous la direction de M. BOURGELAT
, Ecuyer du ROI , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de France.
LE Lundi , trente- un Janvier on
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
a procédé dans l'Hôtel de l'Ecole Royale
Vétérinaire à la diftribution d'un
nouveau prix dont le Sujet concernoit
les parties extérieures du cheval & furtout
celles dont la connoiffance intéreffe
le plus , tels font les yeux , la
bouche , les nafeaux & c .
Cette diftribution a été faite felon
la forme obfervée lors de celle qui eut
lieu le 20 Decembre dernier. Dix- neuf
des Eléves ont encore concouru , après
que
les billets cachetés & contenant
cent quatre-vingt queſtions divifées
& reparties dans ces mêmes billets leur
ont été adjugés par le fort ; ils ſe font
mutuellement interrogés d'après les
queftions qu'ils avoient tirées, & le dixneuviéme
a répondu à celui des chefs
de brigade choifi & nommé pour concourir
encore avec lui.
L'Affemblée étoit nombreufe & compofée
de perfonnes diftinguées ; celles
qui dans la féance du 20 Décembre
avoient daigné juger des efforts des
Eléves ont prononcé pareillement dans
celle- ci .
Les fieurs d'Enguien de la Ville de
Lyon , & Bredin de la Ville d'Auxonne,
qui dans le précédent concours avoient
mérité le prix , ont foutenu leur répuMARS.
1763. 131
tation & ont acquis un nouveau droit
à l'eftime du public . Le premier a fait
une démonstration anatomique des parties
extérieures & intérieures du globe
fur les piéces même ; il a remporté le
prix.
Le fecond a eu à jufte titre le premier
Acceffit ; il a fait une démonſtration
très -claire & très -fimple de la connoiffance
de l'age du cheval par la dentition.
Les fieurs Detuncq , Eléve entretenu
par M. l'Intendant d'Amiens , & Bra
chet , Eléve entretenu par la Province
de Bugey , ont balancé longtemps les
voix pour le fecond Acceffit , qui a été
accordé au fieur Detuncq ; le fieur Brachet
a obtenu le troifiéme.
Quant au quatriéme on a été contraint
de faire tirer au fort les fieurs
Beauvais , Eléve entretenu par M. l'Intendant
d'Amiens , ( il avoit eu le premier
Acceffit , le 20 Décembre , ) &
Preflier , Eléve entretenu par M. l'Intendant
de Moulins , ( il avoit eu le
quatriéme ) le fort a favorifé le fieur
Bauvais qui l'a obtenu.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Noms des Elèves qui ont concouru.
LES SIEURS ,
Didney. Vierville.
Rambert. Defchaux.
Saunier,
Detuncq.
Bloufard. Guilet.
Kamerlet. Rouffet.
Moret . Defaveniers
Preflier. Bauvais.
Gauthier. Pufenas.
Bredin. D'Enguien .
Brachet, interrogé par le fieur d'Enguien
Lyon fous la direction de M. BOURGELAT
, Ecuyer du ROI , & Correfpondant
de l'Académie Royale des
Sciences de France.
LE Lundi , trente- un Janvier on
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
a procédé dans l'Hôtel de l'Ecole Royale
Vétérinaire à la diftribution d'un
nouveau prix dont le Sujet concernoit
les parties extérieures du cheval & furtout
celles dont la connoiffance intéreffe
le plus , tels font les yeux , la
bouche , les nafeaux & c .
Cette diftribution a été faite felon
la forme obfervée lors de celle qui eut
lieu le 20 Decembre dernier. Dix- neuf
des Eléves ont encore concouru , après
que
les billets cachetés & contenant
cent quatre-vingt queſtions divifées
& reparties dans ces mêmes billets leur
ont été adjugés par le fort ; ils ſe font
mutuellement interrogés d'après les
queftions qu'ils avoient tirées, & le dixneuviéme
a répondu à celui des chefs
de brigade choifi & nommé pour concourir
encore avec lui.
L'Affemblée étoit nombreufe & compofée
de perfonnes diftinguées ; celles
qui dans la féance du 20 Décembre
avoient daigné juger des efforts des
Eléves ont prononcé pareillement dans
celle- ci .
Les fieurs d'Enguien de la Ville de
Lyon , & Bredin de la Ville d'Auxonne,
qui dans le précédent concours avoient
mérité le prix , ont foutenu leur répuMARS.
1763. 131
tation & ont acquis un nouveau droit
à l'eftime du public . Le premier a fait
une démonstration anatomique des parties
extérieures & intérieures du globe
fur les piéces même ; il a remporté le
prix.
Le fecond a eu à jufte titre le premier
Acceffit ; il a fait une démonſtration
très -claire & très -fimple de la connoiffance
de l'age du cheval par la dentition.
Les fieurs Detuncq , Eléve entretenu
par M. l'Intendant d'Amiens , & Bra
chet , Eléve entretenu par la Province
de Bugey , ont balancé longtemps les
voix pour le fecond Acceffit , qui a été
accordé au fieur Detuncq ; le fieur Brachet
a obtenu le troifiéme.
Quant au quatriéme on a été contraint
de faire tirer au fort les fieurs
Beauvais , Eléve entretenu par M. l'Intendant
d'Amiens , ( il avoit eu le premier
Acceffit , le 20 Décembre , ) &
Preflier , Eléve entretenu par M. l'Intendant
de Moulins , ( il avoit eu le
quatriéme ) le fort a favorifé le fieur
Bauvais qui l'a obtenu.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Noms des Elèves qui ont concouru.
LES SIEURS ,
Didney. Vierville.
Rambert. Defchaux.
Saunier,
Detuncq.
Bloufard. Guilet.
Kamerlet. Rouffet.
Moret . Defaveniers
Preflier. Bauvais.
Gauthier. Pufenas.
Bredin. D'Enguien .
Brachet, interrogé par le fieur d'Enguien
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Résumé : ÉCOLE Royale Vétérinaire, établie à Lyon sous la direction de M. BOURGELAT, Ecuyer du ROI, & Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France.
Le 31 janvier 1763, l'École Royale Vétérinaire de Lyon, dirigée par M. Bourgélat, a organisé une compétition portant sur les parties extérieures du cheval, notamment les yeux, la bouche et les naseaux. Dix-neuf élèves ont participé, se posant mutuellement des questions. L'assemblée, composée de personnes distinguées, incluait les juges du concours précédent du 20 décembre. Les sieurs d'Enguien de Lyon et Bredin d'Auxonne, lauréats précédents, ont de nouveau excellé. D'Enguien a remporté le prix pour sa démonstration anatomique des parties extérieures et intérieures du globe oculaire. Bredin a obtenu le premier accessit pour sa démonstration sur la connaissance de l'âge du cheval par la dentition. Detuncq, élève de l'intendant d'Amiens, a remporté le second accessit, tandis que Brachet, élève de la province de Bugey, a obtenu le troisième accessit. Pour le quatrième accessit, Beauvais, élève de l'intendant d'Amiens, a été favorisé par le sort face à Préfier, élève de l'intendant de Moulins.
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