Auteur du texte (1)
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Détail
Liste
1
p. 128-131
« Dans l'éloge de Clemence Isaure, prononcé suivant l'usage, le jour de la distribution [...] »
Début :
Dans l'éloge de Clemence Isaure, prononcé suivant l'usage, le jour de la distribution [...]
Mots clefs :
Clémence Isaure, Jeux floraux, Vers, Richelieu, Prix, Goût, Génie, Louis le Grand
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texteReconnaissance textuelle : « Dans l'éloge de Clemence Isaure, prononcé suivant l'usage, le jour de la distribution [...] »
Dans l'éloge de Clemence Iſaure, prononcé
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
ſuivant l'uſage , le jour de la diftribution
des prix , par M. Delherm ,
Conſeiller au Parlement , l'un des Academiciens
, on met le merite de cette
illuſtre fondatrice dans un beau jour. Clemence
s'éleva au deſſus des foibleſſes de
ſon ſexe , dit l'Orateur. Richelieu trouva
dans ſon projet les avantages des préjugez,&
de l'éducation . Clemence ranime
l'amour de la Poësie , en un fiecle groffier
dans ſon goût & dans ſes moeurs ;
Richelieu medite d'accroître l'empire
des Belles- Lettres , dans le temps où le
genie des François fembloit être tourné
à les culriver. Clemence ſeule, projette
, ſuit , execute ; Richelieu aſſocie à
fon ouvrage des hommes éclairez , & capables
dele conduire. C'emence n'a point
de modele , & l' Academie Françoiſe eſt
formée ſur l'idée que Richelieu prend des
Jeux de Clemence. LeDigne Academi
: cien
DE SEPTEMBRE 1722. 129
cien fait dire un peu après à Loüis le
Grand , que les Jeux Floraux avoient rappellé
en France le goût des Belles- Lettres
, qu'ils avoient ſervi de modele à toutes
les Societez litteraires , & qu'ils of-
⚫ froient depuis quatre fiecles , des fleurs à
cüeillir aux éleves des Muſes .
1
Nous paſſons à regret bien des choſes
excellentes de ce difcours , dans la crainte
de nous y trop arrêter. La fin en eft inftructive,
& très - capable de donner de l'émulation
. Oüy , Meſſieurs , pourſuit , M.
Delherm , les Poëtes peuvent comme
autrefois , aſpirer aux fleurs de Clemence,
par des vers conſacrez à la gloire des vertus
des Heros & des Dieux , & à l'attraic
des innocens plaiſirs ; mais il faut que
leurs vers naiſſent des ſons d'une Lyre
ſçavante , que leurs vers aſſujetis aux
loix d'une cadence auffi meſurée qu'harmonieuſe,
offrent toûjours des Images vives
, nobles , hardies , & élevées ; que le
genie du Poëte Lyrique , formé par la
nature , & guidé par l'art , frape l'auditeur
, l'excite , l'enleve , le raviffe. Telle
eſt cette Poësie divine , que Polymnie
inſpire à ſes favoris , & à laquelle nous
destinons nos premieres couronnes .
Nous en avons encore pour vous , Poë
es , qui à la faveur d'une fiction inge .
nieuſe , chantez auſſi ſur la trompette
F heroïque
130
LE MERCURE
heroïque , la valeur & la ſageſſe des Heros
, la puiffance & la bonté des Dieux ,
vous qui , élevez & foutenus par l'idée d'un
objet , ou heureuſement imaginé , & fagement
ennobli , nous diſpotez par l'attrait
des exemples , à connoître la ſageffe
, à l'aimer , à la ſuivre , genies fublimes
, venez ciieillir les fleurs que nous
vous refervons .
Qu'un coeur tendre ne craigne point
de nous ennuyer par le recit plaintifde
fes peines , ou par l'aveu fincere de ſes
plaiſirs : oüy , les divers mouvemens qui
le flatent, ou qui l'agitent , peuvent nous
intereffer , & rendus dans les vers , ſans
autre art que celui qu'une ardeur pure &
innocente ſçait prêter à l'expreſſion des
ſentimens , ils meriteront nos fuffrages.
Ainſi l'amant vertueux & fidele , orné
de nos couronnes , ſe verra plus digne de
l'objet qui l'a charmé ,&plus ſurde lui
plaire.
Les ſons du chalumeau ruftique , & de
la Muſette champêtre , ſont écoutez favorablement
dans nos jeux. Les Bergers
& les Bergeres peuvent y venit chanter le
retour du Printemps , les charmes de la
folitude , les amours , les Dieux mêmes
& leurs concerts reçoivent de nous un
prix d'honneur , ſi leur genie & leur langage
expriment toûjours l'innocence de
leurs moeurs. Et
DE SEPTEMBRE 1722. 131
-
Et vous qui frapez des traits de l'éloquence
, cherchez à la faire fentir dans
vos difcours , & à la faire aimer : Orateurs
, nous accordons des prix au merite
fuperieur de vos ouvrages , nous en ornons
ceux d'entre vous , qui attachez à
remplir le ſujet que nous leur propofons ,
trouvent l'art de l'étendre par une ſuite
d'idées naturelles , juſtes & ſenſibles ; les
rendent avec préciſion , les placent avec
goût , & les embelliffent de toutes les
beautez de la langue &du ſtile.
Quelle haute idée ne viens-je pas de
vous donner , Meſſieurs , des Jeux Floraux
de Clemence , tels qu'il a plû de les rendre
à la bonté , & au zele de Loüis le
Grand ? Efperons que ces jeux conſerveront
tous leurs avantages , & tout leur
éclat , ſous le regne du digne fucceffeur
de Loüis le Grand ; ſon enfance ne nous
a offert que des talens & des vertus à
admirer. Toûjours docile à la voix de
l'honneur , toûjours frapé des traits dela
ſageſſe , il a montré que la connoiffance
&l'amour de la verité éclatent dans les
vrais Heros avec leur premier âge , &
que chez eux la raiſon & le devoir s'allient
heureuſement avec la jeuneſſe.
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