COURS d'Histoire sacrée & prophane,
dédié aux jeunes Personnes, comprenant
l'Histoire sainte, l'Histoire ancienne,
l'Histoire Romaine & l'Histpore
de France. A Paris , chez Panckouke,
rue & à côté de la Comédie
Françoise, 1763, avec Approbation
& Privilége du Roi, 2 vol. in-12.
CET Ouvrage n'est pas une suite exacte
de Faits & d'Annales ; on a, en ce genre,
tout ce que l'on peut fouhaiter dans
d'autres Ouvrages excellens. Ce font
ici des tableaux rangés avec ordre , &
fous chacun defquels on donne des pré-
ceptes de morale tirés du fujet. C'eft ,
pour la Jeuneffe , un Livre élémentaire ,
où l'on paroît avoir fuivi le plan que
M. de la Chalotais a tracé dans fon Mé-
moire fur l'Education nationale. L'Au-
teur explique lui -même fous quel point
de vue il envifage l'Hiftoire , & com-
ment il fe propofe de la traiter. » Nous
» allons , dit- il , retracer avec ordre ce
JANVIER. 1764.
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» qu'on appelle les grands Evénemens ,
» les grandes Révolutions qui ont bou-
» leverfé notre petit globe. En parcou-
>> rant ce théâtre , que nous ne trouvons
در
digne d'attention , que parce que nous
» ne le comparons jamais au tout im-
» menfe dont il eft une partie prèfque
» infenfible , nous y verrons une longue
» fcène , mêlée d'horreurs , de mépri-
» fables bouffonneries , & de temps en
» temps de quelques traits de vertu. Au
» milieu de ce défordre univerfel , quel
» eft l'état du vrai Sage ? Il jouit tran-
» quillement de fon exiſtence , & étudie
» les hommes.
11 les aime comme fes
» frères ; il les eſtime même , en les con-
» fidérant , finon tels qu'ils font deve-
» nus , au moins tels que les avoit faits
» la nature. Il excufe la plupart de leurs
» crimes , en ne les regardant que com-
» me des traits de folie . Il reffent , à la
» vérité , une profonde douleur de les
» voir s'entre-déchirer ; mais il fe dit
>> alors
pourquoi les hommes ont-ils.
» renoncé aux loix de la fage & bienfai-,
» fante nature ? Ils en font punis ; ils.
"
» l'ont bien mérité. «
C'est dans cet efprit de Philofophie
que l'Auteur a écrit ce Cours d'Hiftoire ;
& comme fon Ouvrage n'eft point fuf
62 MERCURE DE FRANCE.
ceptible d'une analyfe fuivie , il fuffira
de quelques traits pour faire connoître
dans quel goût il a éxécuté fon projer.
» Le Dictateur Cincinnatus cultivoit
" fous les murs de Rome quatre arpen's
» de terre , qui faifoient tout fon bien...
Le mépris & l'aviliffement où les La
» boureurs font réduits de nos jours ,
» épaiffit leurs âmes ; il font réellement
» pour la plupart auffi méprifables qu'ils
» nous le paroiffent. Mais à qui d'eux
» ou de nous - mêmes devons - nous
» nous en prendre ? Lorfque l'Agricul-
» ture étoit auffi honorée qu'elle doit
» l'être , on ne cherchoit les grands.
» hommes qu'à la Campagne ; & ce
» n'eft que là qu'il peut y en avoir qui
» méritent , fans réferve , le titre dé hé-
» ros & d'hommes vertueux.
En parlant d'Alexandre le Grand ,
l'Auteur dit : » Nous commençons à
» devenir humains , puifque nous com-
" mençons à mettre aurang des époques
» funeftes , le règne de ce Conquérant.
» Ce Prince eut quelques grandes qua-
» lités ; mais il n'y a pas de chef de vo-
» leur qui n'en ait eu auffi. Il faut , pour
»les grands crimes , des âmes fortes &
» capables par intervalle de quelques
» fentimens de vertu ; & l'on peut dire
JANVIER. 1764.
1 651
» qu'Alexandre en ent bien peu ; car il
» en eut encore moins que cet Eſpagnol
"
qui alla dévafter l'Amérique , & égor-
» ger un million d'hommes , parce que
» la terre qu'ils habitoient', au lieu d'être
» foutenue , comme la nôtre , par des
» lits & des veines de pierres , eft foute-
» nue par des lits & des veines d'un mé-
» tal auquel l'opinion a donné un prix.
» Comment juftifier Alexandre , qui pa
» roît n'avoir eu d'autre but que de par
» courir , les armes à la main , la moitié
» de la terre , & laiffer par- tout des traces .
» fanglantes de fon paffage ? "
C'est ainsi que l'Auteur , en parlant
des principaux perfonnages de l'antiqui
té , mêle à leurs actions des traits de mo-
rale,qui le conduifent toujours à fon ob-
jet. Mais , pour ne pas trop étendre cet
Extrait , nous ne citerons plus qu'un
endroit du fecond Tome. L'Hiftoire de
France , par la raifon qu'elle nous inté
reffe & nous touche de plus près , con
tient tout ce fecond volume. Elle éft ti-
rée du Pere de Chalons , & des Tablettes
Anecdotes de M.Duradier. Ces dernieres
répandent fur l'Ouvrage , de l'agrément
& de la variété. » Quand on vint dire
» à Charles IX. que tout étoit prêt pour
l'éxécution de la Saint Barthelemy , il
» frémit. Le Fanatiſme , à qui tour
64 MERCURE DE FRANCE.
» céde , parla moins haut dans fon cœur
" que ne faifoit l'humanité.
Il fentit
» alors qu'il étoit Roi , qu'il étoit père
» de fon Peuple ; il demeura tremblant
» & immobile .... La furieufe Médicis
» l'accufa de lâcheté & d'irréligion . Il
"
» fit un gefte de défefpoir. On prit le
» gefte pour fignal ; les cloches fonne-
» rent ; les meurtres commencerent , &
» ne finirent que quand les meurtriers
» tomberent de laffitude fur leurs vic-
» times. «
L'Auteur femble avoir eu fur- tout en
vue , dans l'Hiftoire de France , d'inſpi-
rer à notre Jeuneffe l'amour de la Patrie
& de nos Rois. Il éxalte leurs vertus ,
& tâche d'excufer leurs foibleffes , &
même leurs crimes , lorfqu'il en trouve
le moyen , fans heurter de front les faits
unanimement reconnus. Cette Hiftoire
de France eft terminée par celle du règne
de Louis XV. que l'Auteur fuit jufqu'a
près la Bataille de Fontenoi.
A l'occafion de ce Cours d'Hiftoire ,
nous croyons devoir rappeller ici un
autre Ouvrage de même genre , qui a
paru il y a quelques années , & dont on
a toujours fait un très-grand cas. C'eft,
Abrégé chronologique de l'Hiftoire Uni-
verfelle du célébre Sleidan , traduit du
latin en françois , & imprimé chez Vin-
JANVIER. 1764.
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cent , Libraire , rue S. Severin , un vol.
in-8°. On fçait que Sleidan , Allemand
de Nation , vint à Paris au commence-
ment du feiziéme fiécle , & qu'il fit bril-
ler fes talens dans les Ecoles de l'Univer-
fité. Il fut employé dans les Ambaffades ;
& , auffi bon Hiftorien que Politique
habile , il a laiffé , entre autres Ouvrages,
un excellent Abrégé de l'Hiftoire des
quatre grands Empires , & un Abrégé
de celle de France. Pour ne pas les laiffer
dans l'oubli auquel l'indifférence pour la
langue latine femble les avoir condam-
nés, on en a donné une Traduction très-
bien faite mais comme il finiffoit à l'Em-
pire de Charles- Quint , le Traducteur a
cru devoir le continuer jufqu'à nos jours.
Outre ce travail , il a encore étendu le
texte original , & l'a accompagné de
notes , quand il a trouvé des endroits
qui demandoient à être éclaircis ou rec-
tifiés. Cette Traduction a encore le mé-
rite particulier d'indiquer les fources où
Sleidan a puifé ; & , par-là même , elle
ouvre aux Lecteurs un champ vaſte où
ils pourront trouver les détails de tout
ce dont on leur a préparé le fonds. Ce
fond eft fi riche , que M. de Voltaire n'a
pas dédaigné d'en faire ufage dans fes
Effais fur l'Hiftoire.