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1
p. 128-153
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Début :
Je vous envoye une suite des Dialogues, qui ont / Je souhaiterois aussi-bien que je souhaite Mr Pascal [...]
Mots clefs :
Moscovites, Souverain, Matière, Justice, Peuples, Beauté, Criminels, Prince, Juge, Inde, Asie, Religion, Philosophie, Russie, Coutumes
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Je vous envoye une fuite
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
des Dialogues , qui ont fait
un article dans chacune de
mes trois dernieres Lettres .
La matiere en eft toûjours
également curieufe.
525252 ·52525-25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE QUATRIE' ME.
BELOROND , LAMBRET.
J
BELORO ND.
E fouhaiterois auffi- bien
que le fouhaite M Paſcal
dans fes Penfées que je viens
GALANT. 129 *
de quitter , avoir un Livre
Italien intitulé , Della-opinione
regima del mondo. Que j'aurois
de plaifir à eftudier ce Livre
fi fon deffein eft bien remply?
Je me contente de fuppléer à
fon défaut par mes reflexions
fur les differentes Coûtumes
des Hommes , qui ne m'ap- "
prennent autre chofe finon
que l'opinion difpofe de tout,
puis qu'elle difpofe de la Juftice,
de la Beauté, & du Bonheur,
qui eft le tour du monverité
que j'aurois eu de
de's
.
la peine à croire fi je n'en a--
vois les exemples que je vais
vous rapporter.
130 MERCURE
LAMBRET.
Puis
que
M' Paſcal vous a
donné matiere pour commencer
voftre entretien, vous
voulez bien que je me ferve
encore de fes judicieuſes meditatiós
pour cófirmer ce que
Vous venez de me dire. On
ne voit prefque rien de juſte
ou d'injuste , dit ce grand
Homme , qui ne change de
qualité en changeant de climat.
Trois degrez d'élevation
du Pole renverfent toute
la Jurifprudence. Plaifante
Juftice , qui eft bornée par
une Riviere ou une Monta
t
t
GALANT. 134
gne ! Verité au deça des Pyrenées
, Erreur au delà : Avoüez
que le Public a bien
perdu en perdant ce grand
Genie , qui avoit fait une fi
ferieufe eftude de l'Homme,
& qui auroit affurement bien
fuppleé au Livre dont il regrettoit
d'eftre privé . Confolons
- nous donc dans la
perte de l'un & de l'autre par
les reflexions que nous fourniront
les exemples que nous
trouverons dans les autres Li
vres. Je fuis preft à écouter
les voſtres , peut - eſtre y en
pourray -je ajoûter quelques-
}
132 MERCURE
unes qui ne vous déplairont
pas.
BELORO ND .
Il s'en prefente tant , & em
mefme temps de fi bizarres
& de fi difficiles à croire, que
je ne fçay par où commencer,
ou mefme fi je dois exe
cuter mon deffein. Cepen
dant puis que je vous l'ai promis
, & que je me fuis toujours
fait un honneur de tenir
ma parole , je vais vous
fatisfaire. Voicy ce que j'ay
à vous apprendre touchant la
Juftice. Tertullien dans le
Livre , De habit. Mul. C. 71
GALANT. 133
に
parlant de quelques Peuples
Barbares , dit que chez eux
plus on eftoit criminel , plus
on recevoit de richeffes. Auro
vinctos in ergaftulis habent , &
I divitijs malos onerant , tantò lecupletiores
, quanto nocentiores.
LAMBRET.
Apropos de criminel, vous
voulez bien que je vous interrompe,
pour vous dire que
t Marc Polo nous apprend que
le long de la cofte de Malabares
, le témoignage d'un
Homme qui navige , fur mer
neft jamais receu , à cauſe
qu'il paffe pour un defefperé.
134 MERCURE
On lit chez Diodore Sicilien,
qu'il n'eftoit permis en toute
la Germanie qu'aux feuls Prêtres
de lier & punir les criminels
; & Philippe Camerarius
affure en fes Meditations
hiftoriques , qu'en certaines
Villes de ce mefme Pays le
dernier receu au Confeil dé
capitoit autrefois les criminels.
Il ajoûte qu'en un Village
de la Franconie quand
on furprend un Larron fur le
fait , le dernier marié du lieu
luy met la corde au col, & le
pend à un vieil arbre deſtiné
de temps immemorial à cét
GALANT. 135
ufage. Mais pourfuivez je
vous prie.
BELORON D..
Vous avez oublié apparemment
de me dire en parlant
d'Executeur de la Jufti
ce , que chez les Mofcovites
la qualité de Boureau n'eft
pas odieufe.
LAMBRET.
Je ne l'ay pas oublié , puis
que je ne le fçavois pas. Vous
m'obligeriez fort fi vous me
vouliez entretenir de ces Peuples
. Quelque chofe `d'extraordinaire
que j'ay remar
qué dans les Mofcovites qui
-136 MERCURE
font venus rendre leurs devoirs
au Roy, m'a donné l'envie
de fçavoir au moins en
abregé ce qui regarde leur
Pays & leurs Couftumes.
BELOROND.
Je le feray volontiers en
peu de mots , aprés qué je
vous auray rapporté une partie
de ce que je vous ay promis
; le refte fera pour une
autre fois. Au Tunquin le
Roy donne des appointemens
à tous les Juges , fans
qu'ils prennent jamais rien
des Parties. Un parent ne
peut avoir procés contre fon
?
GALANT. 137
parent, & aucun Seigneur ne
peut eftre Gouverneur dans
la Province où il eft né. Less
Avocats de la Guinée nom- .
mez Troens au rapport
'der
Jarric, L. 5. C. 44. plaident let
vilage couvert devant le Prince
qui rend luy mefme la ju
4ftice à fes Sujets . Les Perfest
1 foüettoient la robe de leurs
enfans pour les punir , fans
toucher les perfonnes . Les
#Chinois puniffent le Precep
uteur des fautes de fon Difci-
།
;
- ple en fa prefence.
D
C'eft
tinius qui le dit , Dec. 1. L.
& 5. Prefque par tout les
4
.
Juin 1685.
Mi
138 MERCURE
Levant les Roys donnent:
leurs plus ordinaires Audiences
quand ils fe font faire la.
barbe . Le Socrate de la Chine,
le grand Confutius , foûtenoit
qu'il eft impoffible qu'un
Eftat foit bien gouverné fans
la muſique , c'eſt encore au
rapport de Martinius , Dec..
1. L. i. On punit de mort aux
Malabares celuy qui a rompu
un pot de terre fur la porte
de quelqu'un , Ram . Tomer.
Plaifante Juftice ! Pour ce quir
regarde la Beauté , à la Chine
les plus petits yeux font
les plus beaux. Chez les CaGALANT.
129
ribes & les Sigimiens le plus
grand , le plus haut & le plus
large front eft eftimé le mieuxfait.
Chez les Macrocephales
la plus longue tefte , la plus
chauve & la plus pelée, paffe :
pour la plus belle . Chez les
Miconiens & Japonois on'
prefere le vifage le plus fardé
& le plus plaftré , le mentor,
le nez & les jouës les plus
troüez & les plus cicatrifez.
Les grands ongles ne fe por
tent que par les Nobles aut
Royaume de Mangis, & chezlés
Negres de la cofte Malabare,
les Femmes Tartares &
.
Mij
140 MERCURE
Mofcovites les peignent de
noir. Beato Odorico affure
avoir veu des ongles du gros
doigt fi grands , qu'ils couvroient
toute la main. Diodore
Sicilien dit qu'Alexandre.
le Grand trouva, dans, l'Inde
des Peuples qui ne rognoient
jamais leurs ongles . En beau
coup de lieux de l'Inde Orientale
, & particulierement
en Sumatra les grandes panfes
& les bedaines extréme .
ment rebondies , font trouvées
fort agreables , au rapport
de Pietro Della Valle
Part. 4 Une Relation dit
GALANT. 141
C
qu'au pays du Mogol la blan.
cheur paffe pour une ladrerie .
Quant à ce qui regarde le
Bonheur ou le fouverain Bien,
iles fentimens fur cette matie
re ont efté fi extravagans
,,
qu'on ne peut affez s'éton
ner de la bizarrerie de l'ef
prit humain . Anacharfis mettoit
le fouverain Bien dans la
vangeance d'une injure faito
à tort ; Crates dans une heu,
reuſe navigation ; Simonide
dans l'amitié d'un chacun ;
Architas dans le gain d'une
Bataille , Gorgias à ouir des
chofes qui plaifent , Chryfip- .
142 MERCURE
pus à faire bâtir de ſuperbes
Edifices ; Epicure dans la volupté
; Antifthene dans une
celebre renommée aprés fas
mort ; Sophocle à avoir des
enfans pour heritiers ; Euripide
à avoir une belle fem--
me ; Palemon dans l'éloquence
; Themiftoclé
à def.
cendre de parens illuftres ;
Ariftide dans les biens temporels
; Heraclite dans les
un Auteur
grands trefors
.4
moderne dans la fatisfaction '
de l'efprit. Ce dernier fenti
ment me plairoit le plus fi la
Religion ne me donnoit pas
GALANT. 143
7
V
1
un autre fouverain Bien. Enfin
faint Auguſtin dit , que
Marc Varron à compté juf
ques à 288. opinions toutes
differentes fur ce qui concernoit
le fouverain Bien .
LAMBRET.
De Il y a affurément fujet de
s'étonner de ce que de fr
grands Homines fe font fr
lourdement trompez dans la
décifion d'une chofe fi effen .
tielle à l'Homme , & qui de
voit faire le fondement de
route leur Philofophie ; car
comme Ciceron l'a fort bien
remarqué, L. s. De Fin, lors
144 MERCURE
qu'on eft une fois tombé d'ac
cord dans la Philoſophie de
ce qui conftituë le fouverain
Bien , toutes
toutes chofes y font
faciles & ajustées . Summo bo→
no conftituto in Philofophia, con
ftituta funt omnia. Les Ana
charfis, les Crifippes , les Crates
, & tous les autres dont
vous venez de me rapporter
les opinions fur le fouverain
Bien , ont eu des fentimens
fi juftes fur d'autres matieres,
& paffent dans l'Hiftoire angienne
pour de fi grands
Hommes , queje regarderois
ces opinions comme des cho
fes
GALANT. 145
fes tres difficiles à croire , fi
elles n'eftoient rapportées par
des Hiſtoriens , pour lesquels
jay toûjours eu de la veneration.
C'eft dequoy je yous
ferois un détail en peu de paroles
, fi je n'attendois de
vous ce que vous m'avez
promis des Mofcovites. Ce
fera la matiere de noftre premier
entretien Je vous prie
de fatisfaire preſentement
ma
curiofité.
BELOROND.
La Mofcovie qu'on appelle
encore Ruffie Blanche à
caufe de fes neiges , eft un
Juin 1685
N
146 MERCURE
เค
des plus grands Etats de l'Eu
rope. On luy donne environ,
fix cens lieues de longueur,
& autant de largeur. Elle a
la Mer glaciale au Septen.
trion , la Pologne & la petite
Tartarie au Midy , le Volga
& la grande Tartarie à l'O
rient , la Suede , la Livonie,
la Finlandie & la Lappie à
Occident. Entre plufieurs
Rivieres qui l'arroſent, on en
remarque quatre confidera
bles , fçavoir le Nieper ou
Borifthene
, qui fe décharge
dans le Pont- Euxin ; la Dui
ne , qui ſe décharge dans la
GALANT. 147
1
€
Mer Baltique , le Volga , qui
Ava tomber dans la Mer Cafpienne
, & le Tanaïs , qui fe
perd dans les Palus Meotides .
La Capitale eft Moſcou . C'eſt
où réfide fon Prince , qui
prend le titre de grand Duc,
où Czar , pretendant defcendre
d'Augufte Cefar. Ses Armes
font une Aigle à deux
teftes , portant trois Couronnes.
Dans la partie la plus
Septentrionale , il fe paffe un
jour de trois mois , qui dure
pendant les mois de May,
Juin & Juillet , & une nuit
auffi de trois mois , qui dure
Nij
148 MERCURE
pendant ceux de Novembre,
Decembre & Janvier.
C'eft dans la Moſcovie que
fe trouve l'admirable Plante
de Boranets , ou Plante- Agneau,
qui fe nourrit de celles
qui font autour d'elle , & qui
fe feiche quand elle n'en trouve
plus . Elle eft devorée
par
le Loup , à cauſe qu'elle a la
figure d'un Agneau.
Les Mofcovites font Schif
matiques Grecs. Saint Nicolas
eft le Protecteur de leur
Nation . De toutes les Feftes
de l'année , ils ne celebrent
proprement que celle de
GALANT. 149
pal'Annonciation
de la Vierge,
Ils commencent
l'année par
le premier jour du mois de
Septembre , parce qu'ils ne
reçoivent
point d'autre Epoque
que celle de la creation
du monde , qu'ils croyent avoir
efté fait en Automne.
Ils font robuftes, aiment à
roiftre avec de gros ventres
& de longues barbes . Ils por
tent de grandes Robes , &
des manches fort étroites ,
des bonnets au lieu de chapeaux
, des bottines de cuir
rouge ou jaune . Les Femmes
font prefque habillées
com-
Niij
150 MERCURE
me les Hommes , exceptéh
que leurs Robes font plus
larges , & leurs manches de
chemifes de trois ou quatreaunes
de long , & fort plif
fées. Les Mofcovites font naturellement
méfians , traîtrés
, fainéans , inhoſpitaliers,
arrogans , fins , trompeurs,
ignorans , le contentant
de
fçavoir lire & écrire , & fi
cruels , que l'office de Bourreau
n'eſt pas infame chez
eux. Ils font auffi fi ſuperbes,
qu'un de leurs Princes fit attacher
avec un cloud le cha
peau à la tefte d'un Ambaſſa
GALANT. 151
deur Italien , qui s'eftoir cou
vert en fa preſence . Ils écri
vent fur des rouleaux de papier
coupez en bandés , &
collez enfemble de la lon
gueur de 25. ou 3d aulnes
Les Femmes Mofcovites
veulent eftre battues de leurs
maris , pour eftre perfuadées
qu'elles en font aimées. Ils
dorment tous aprés diſner ,
de forte que pendant ce
temps- là toutes les boutiques
font fermées , comme icy
pendant la nuit. Le Prince
prend tous les biens de ceux
qui meurent fans enfans. Ill
N iiij
152 MERCURE
eft défendu aux Mofcovites
de voyager dans la permiffion
du Prince , fur peine de la
vie. La Juftice s'adminiftre
en ce pays- là en fort peu de
temps. Les Parties plaident
chacune pour foy. Quand un
Debiteur ne peut pas payer
fes debtes ou trouver caution,
il devient efclave du Czar ou
de quelqu'autre , fi c'eſt la
volonté du Prince. Les pe
tits Tartares ont tellement
maltraité les Mofcovites
qu'autrefois outre un tribut
confiderable qu'ils en exi
geoient , le Duc de Mofcovie
GALANT. 153
1
t
J
;
eftoit obligé de mettre pied
à terre devant l'Ambaffadeur
Tartare , de luy offrir réte
nue un plat de Lait , & de lecher
ce qui fe répandoit par
hazard fur le crin du Che,
val.
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIEME.
Le dialogue entre Belorond et Lambret examine les variations culturelles et les coutumes à travers le monde, en mettant l'accent sur les différences dans les systèmes judiciaires et les pratiques sociales. Belorond observe que les opinions influencent la justice, la beauté et le bonheur, et cite diverses pratiques judiciaires. Par exemple, chez certains peuples barbares, les criminels reçoivent des richesses. En Malabar, le témoignage d'un marin n'est pas recevable, tandis qu'en Germanie, seuls les prêtres peuvent punir les criminels. En Franconie, le dernier marié exécute les condamnés. Lambret ajoute que la notion de justice varie selon les climats et les cultures, illustrant cela par des exemples comme la jurisprudence changeante avec l'élévation du pôle. Belorond mentionne d'autres pratiques judiciaires inhabituelles : au Tonquin, les juges sont payés par l'État et les parents ne peuvent se poursuivre en justice. En Guinée, les avocats plaident devant le prince, et les Perses punissent les enfants sans toucher leurs personnes. En Chine, les précepteurs sont responsables des fautes de leurs élèves. Le texte explore également des pratiques corporelles et esthétiques variées, comme les ongles longs en Inde et les femmes aux grandes panses en Sumatra. Il aborde aussi les conceptions du souverain bien selon divers philosophes anciens, soulignant la diversité des opinions. La Moscovie est décrite comme un grand État européen avec des coutumes spécifiques. Les Moscovites sont présentés comme des schismatiques grecs, robustes, avec des coutumes vestimentaires particulières. Ils sont caractérisés comme méfiants, traîtres, fainéants, inhospitaliers, arrogants, fins, trompeurs, ignorants et cruels. Leur écriture se fait sur des rouleaux de papier collés ensemble. Les femmes moscovites croient être aimées si elles sont battues par leurs maris, et tout le monde dort après dîner.
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2
p. 244-251
A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Début :
Vous avez raison, Madame, d'estre inquiete de la santé / Non, charmante Iris, dans ma Lettre, [...]
Mots clefs :
Iris, Inde, Teint, Éclat, Beauté, Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Vous avez raiſon , Madame,
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
d'eſtre inquiete de la fanté
d'une des plus illuftres perſonnes
de voſtre ſexe.Madame
des Houlieres, dont on a publié
la mort dans voſtre Province,
eſt encore pleine de
vie; mais elle eſt toujours attaquée
d'un mal facheux qui
alarme ſes amis , quoy qu'il y
ait tout lieu d'eſperer que les
remedes & les ſoins que prennent
d'elle des Medecins tres-
1
GALANT. 245
1
habiles la retabliront dans ſa
premiere ſanté. Comme vous
recherchez curicuſement tous
ſes ouvrages, je vous envoye
l'Epitre que vous m'avez demandée.
C'eſt une réponſe à
une Lettre que Madame la
Comteſſe d'Alegre luy avoit
écrite ſur l'Epitre à M' Arnaut,
Fermier General, où elle
la louoit de ce qu'elle y avoit
mis tous les Trefors des Indes.
-подоро
X iij
246 MERCURE
525255 52525252222
:
A MADAME
LACOMTESSE
D'A LEGRE
N
On , charmante Iris , dans
ma Lettre
Je n'ay point employé les précieux
tresors
Que l'Inde étalefurses bords.
Qand on veut parler juste , on ne
Sçauroit les mettre
Que dans l'expreffion des brillantes
couleurs ,
Quifont queles plus vivesfleurs
GALANT. 247
Avec vostre beau teint n'oferoientse
commettre.
S'il arrive qu'un jourje chante dans
mes Vers
Ce teint toujours vainqueur des plus
affreux hivers ,
Quene pourray-jepoint là- deſſus me
promettre?
S
Des roses dont àson réveil
La jeune Amante de Cephale
Sême la route du Soleil ,
Des pleurs dont s'enrichit laMer 0-
rientale ,
Lors queson tendre coeur déteste le
D'un vieux Epoux contraint de deve-
Sommeil
nir Cigale',
Le prendray lafraischeur ,le blanc .
le vermeil,
X iiij
248 MERCURE
Pour compofer un teint àvostre teint
pareily 1.0.9rig
Etje ne feray rien cependant qui
légale
S
Ces precieuses gouttes d'eau,
Que la brulante ardeur du celefte
flambeau
Durcitdans leſein de la terre ,
LesDiamans , ces beaux cailloux
Du feu de vos regards , ce feu bril
lant&doux ,
Plusà craindre partout que lesfeux
duTonnerre,
Serviront à peindre l'éctatyand
Etdans ladureté qui leur est naturelle,
3
Peut- estre trouverois -je à faire un
parallele
D'un coeur que mille Amans accufent
d'estre ingrat.
GALANT. 249
Pourpeindre la beauté de cette treffe
blonde, h
Que les jeunes Zephirs , ces petits
imprudens ,
Rendent quelquefois vagabonde,
Feprendray le soleil, lors qu'aufortir
de l'onde
Le bain aura renduſes rayons plus
ardens.
Iris , quandje je voudray parler de
voftre bouche,
Le rouge du Rubis fera d'un grand
Ce bean rouge fi vif, qu' on crains
Secours ,
presque toujours eta 19
Dese bruler quand on y touche.
Voilà pour vous , aimable Iris,
Cequ'on peut emprunterfur le RivageMore
ピー
250 MERCURE
Maisà ce riche amas de rayons, de
Rubis,
De Diamans , de fleurs qu'on vient
de voir éclore ,
Et de Perles que font les larmes de
l'Aurore ,
Lors qu'elle les répand dans le fein
deThetis,
Ilmanque quelque chose encore.
C'est un esprit foltde, agreable, élevé,
Quine cherche point a paroiſtre ,
Et qui par un excellent Maistre
Futdés le berceau cultivé.
C'est un coeurgenereux ,fincere, adroit
&tendre ,
Toujours par la vertu conduit&pré-
Servé
D'un dangereux poison pour les coeurs
reservé ,
::
Quid'abord les reduit en cendre,
GALANT. 251
Ou tout cela peut-ilse prendre ?
Iris, quandje l'auray trouvé,
Le portrait que pour vous je brule
d'entreprendre ,
Sera fi reſſemblant&Si bien achevé,
Qu'on ne pourrapas s'yméprendre.
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Résumé : A MADAME LA COMTESSE D'ALEGRE.
Madame des Houlières est vivante malgré des rumeurs de décès. Elle souffre d'un mal préoccupant, mais ses amis espèrent sa guérison grâce à des soins médicaux. La lettre inclut une épître demandée par la destinataire, qui est une réponse à la Comtesse d'Alegre. Dans cette épître, Madame des Houlières explique qu'elle réserve les trésors de l'Inde pour décrire la beauté de la Comtesse. Elle compare divers éléments naturels et précieux aux qualités de la Comtesse, tels que son teint, ses cheveux blonds et sa bouche. Cependant, elle souligne qu'il manque encore un esprit fort, agréable et élevé, ainsi qu'un cœur généreux et tendre, pour compléter le portrait de la Comtesse.
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3
p. 210-212
DE PARIS, le 4 Août.
Début :
Le Comte de Bretenil, Envoyé de l'Inde par le sieur de Lally, Lieutenant Général [...]
Mots clefs :
Lieutenant général des armées du roi, Troupes, Inde, Siège, Gouverneur, Brigadier, Ministre d'État, Académie royale des inscriptions et belles-lettres, Lettres de noblesse
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texteReconnaissance textuelle : DE PARIS, le 4 Août.
DE PARIS, le 4 Août.
Le Comte de Bretenil , Envoyé de l'Inde par
le fieur de Lally , Lieutenant Général des Armées
du Roi , qui y commande les troupes de Sa Majefté
, a apporté la nouvelle qui fuit. Le fieur de
Lally marchoit vers Arcatte , Capitale de la
Province du Carnate , avec les forces néceffaires
pour faire le fiége de cette Place. Le fieur de
Buffy le joignit en chemin , & dans la vue d'épargner
les frais confidérables d'un fiége dont le
fuccès pouvoit être incertain , il propofa au hieur
de Lally de l'envoyer en avant avec un corps de
troupes, pour ellayer de déterminer le Gouverneur
à fe rendre avant que l'Armée l'y contraiSEPTEMBRE.
1759. 211
gnit. Le fieur de Lally approuva la propofition.
Le fieur de Buffy fe mit en marche , & dès qu'il
fut à portée de la Place , il écrivit au Gouverneur
d'Arcatre pour le fommer de recevoir garnifon
Françoife. Celui- ci , au feul nom du fieur
de Buffy , qui s'eft rendu redoutable dans cette
partie de l'Inde , fe détermina fur le champ à lui
envoyer les clefs de la Ville d'Arcatte , en lui demandant
fon amitié & fa protection . Le lendemain
le Comte d'Eftein Brigadier des Armées du
Roi y entra à la tête d'un Détachement & en
*prit poffetiion .
+
>
On ne peut fe difpenfer de faire part au Public
d'une Lettre écrite au fieur de Lally par des
Officiers d'un grade fupérieur à celui du fieur de
Buffy , qui n'étoit alors que Lieutenant - Colonel .
Il eft aujourd'hui Brigadier. )
MONSIEUR ,
T
» L'eftime que nous avons pour M. de Buffy
» fon mérite , ce que nous voyons qu'il a fair ,
» la confidération qu'il a , l'utilité dont elle doit
» être , la néceffité de la lui conferver , & les
» avantages qu'elle produira en l'augmentant, font
les motifs qui nous engagent vous deman- 31
و و
>
» der qu'il faffe le fervice de premier Brigadier.
» Nous le defirons nous vous le demandons.
>> Une pareille démarche eft peut- être fans exemple
; fi elle eft flatteufe pour M. de Buffy, nous
» la croyons honorable pour nous. C'eft la plus
forte preuve que nous puiffions donner du zèle
» que nous avons pour le fervice du Roi . Elle
» étoit réfervée à des gens , qui tranfplantés au
> fond de l'Afie , ont déjà prouvé authentique-
> ment ce même zèle .
גכ »DifpenfateurdesgracesduRoi,c'eftàvous,
Monfieur , à juger fi ce que nous fouhaitons
>> vous eft poffible.
» Nous avons l'honneur d'être , Monfieur , &c .
212 MERCURE DE FRANCE
»D'Eſtein , Landivifiau , Brigadiers . De Breteuil ,
>> de Crillon , de Verdiere , Colonels .
Le Maréchal d'Eftrées Miniftre d'Etat , eft parti
pour aller concerter avec le Maréchal de Contades
les opérations du refte de la campagne
relativement aux circonftances préfentes.
Pro-
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , dans fon Affemblée du 10 Juillet élut
pour Académicien Aſſocié le fieur le Beau ,
fefleur d'Eloquence au Collège des Graffins , &
frere du fieur le Beau , Secrétaire perpétuel de
la même Académie , à la place du ſieur Bertin
qui a obtenu la vétérance.
Le Roi vient d'accorder des Lettres de Nobleſſe
au fieur Robert de Poitiers qui a fait des recherches
& découvertes fur l'art de fondre les mines de fer
relativement à leurs différentes eſpèces . Au mois
d'Octobre 1757 , le fieur Robert, par ordre de S.M.
réduifit cer Art en Méthode fous la protection de
M. le Comte de S. Florentin ; il la fit imprimer à
la fatisfaction des Maîtres de Forge de plufieurs
Provinces du Royaume qui s'en fervent avec ſuccès
: cette méthode eft le fruit des travaux que
la famille du fieur Robert fait exécuter dans les
Forges depuis près d'un Siècle.
Le Comte de Bretenil , Envoyé de l'Inde par
le fieur de Lally , Lieutenant Général des Armées
du Roi , qui y commande les troupes de Sa Majefté
, a apporté la nouvelle qui fuit. Le fieur de
Lally marchoit vers Arcatte , Capitale de la
Province du Carnate , avec les forces néceffaires
pour faire le fiége de cette Place. Le fieur de
Buffy le joignit en chemin , & dans la vue d'épargner
les frais confidérables d'un fiége dont le
fuccès pouvoit être incertain , il propofa au hieur
de Lally de l'envoyer en avant avec un corps de
troupes, pour ellayer de déterminer le Gouverneur
à fe rendre avant que l'Armée l'y contraiSEPTEMBRE.
1759. 211
gnit. Le fieur de Lally approuva la propofition.
Le fieur de Buffy fe mit en marche , & dès qu'il
fut à portée de la Place , il écrivit au Gouverneur
d'Arcatre pour le fommer de recevoir garnifon
Françoife. Celui- ci , au feul nom du fieur
de Buffy , qui s'eft rendu redoutable dans cette
partie de l'Inde , fe détermina fur le champ à lui
envoyer les clefs de la Ville d'Arcatte , en lui demandant
fon amitié & fa protection . Le lendemain
le Comte d'Eftein Brigadier des Armées du
Roi y entra à la tête d'un Détachement & en
*prit poffetiion .
+
>
On ne peut fe difpenfer de faire part au Public
d'une Lettre écrite au fieur de Lally par des
Officiers d'un grade fupérieur à celui du fieur de
Buffy , qui n'étoit alors que Lieutenant - Colonel .
Il eft aujourd'hui Brigadier. )
MONSIEUR ,
T
» L'eftime que nous avons pour M. de Buffy
» fon mérite , ce que nous voyons qu'il a fair ,
» la confidération qu'il a , l'utilité dont elle doit
» être , la néceffité de la lui conferver , & les
» avantages qu'elle produira en l'augmentant, font
les motifs qui nous engagent vous deman- 31
و و
>
» der qu'il faffe le fervice de premier Brigadier.
» Nous le defirons nous vous le demandons.
>> Une pareille démarche eft peut- être fans exemple
; fi elle eft flatteufe pour M. de Buffy, nous
» la croyons honorable pour nous. C'eft la plus
forte preuve que nous puiffions donner du zèle
» que nous avons pour le fervice du Roi . Elle
» étoit réfervée à des gens , qui tranfplantés au
> fond de l'Afie , ont déjà prouvé authentique-
> ment ce même zèle .
גכ »DifpenfateurdesgracesduRoi,c'eftàvous,
Monfieur , à juger fi ce que nous fouhaitons
>> vous eft poffible.
» Nous avons l'honneur d'être , Monfieur , &c .
212 MERCURE DE FRANCE
»D'Eſtein , Landivifiau , Brigadiers . De Breteuil ,
>> de Crillon , de Verdiere , Colonels .
Le Maréchal d'Eftrées Miniftre d'Etat , eft parti
pour aller concerter avec le Maréchal de Contades
les opérations du refte de la campagne
relativement aux circonftances préfentes.
Pro-
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , dans fon Affemblée du 10 Juillet élut
pour Académicien Aſſocié le fieur le Beau ,
fefleur d'Eloquence au Collège des Graffins , &
frere du fieur le Beau , Secrétaire perpétuel de
la même Académie , à la place du ſieur Bertin
qui a obtenu la vétérance.
Le Roi vient d'accorder des Lettres de Nobleſſe
au fieur Robert de Poitiers qui a fait des recherches
& découvertes fur l'art de fondre les mines de fer
relativement à leurs différentes eſpèces . Au mois
d'Octobre 1757 , le fieur Robert, par ordre de S.M.
réduifit cer Art en Méthode fous la protection de
M. le Comte de S. Florentin ; il la fit imprimer à
la fatisfaction des Maîtres de Forge de plufieurs
Provinces du Royaume qui s'en fervent avec ſuccès
: cette méthode eft le fruit des travaux que
la famille du fieur Robert fait exécuter dans les
Forges depuis près d'un Siècle.
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Résumé : DE PARIS, le 4 Août.
Le 4 août, le Comte de Breteuil rapporta que le Lieutenant Général des Armées du Roi, le sieur de Lally, se dirigeait vers Arcatte, capitale de la Province du Carnate, pour l'assiéger. Le sieur de Bussy, ayant rejoint de Lally, proposa d'envoyer des troupes pour inciter le Gouverneur à se rendre. De Lally accepta, et après une lettre de Bussy, les clefs de la ville furent remises. Le Comte d'Estein entra ensuite à Arcatte. Des officiers, dont les Brigadiers d'Estein et Landivisiau, demandèrent la nomination de Bussy comme premier Brigadier, soulignant ses mérites. Par ailleurs, le Maréchal d'Estrées consulta le Maréchal de Contades pour les opérations futures. L'Académie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres élut le sieur le Beau comme Académicien Associé. Le Roi accorda des Lettres de Noblesse au sieur Robert de Poitiers pour ses découvertes sur la fonte des mines de fer.
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4
p. 190-191
De LA HAYE, le 9 Novembre.
Début :
On a appris par les Lettres de l'Inde, la véritable cause du [...]
Mots clefs :
Inde, Compagnie, Trône, Prince, Gouverneur, Bengale, Expédition, Vaisseaux, Attaques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De LA HAYE, le 9 Novembre.
De LA HAYE, le 9 Novembre.
On a apprispar les Lettres de l'Inde, la véritable
DECEMBRE. 1760. 19t
cauſe du démêlé furvenu à Bengale , entre notre
Compagnie & celle des Anglois. Ceux - ci ayant
placé fur le Trône le Nabab régnant , ce Prince
les a affranchis de toute redevance , & en a impofé
de nouvelles fur notre Commerce. Il venoit d'ex
torquer récemment à notre Compagnie une fomme
fort confidérable . Le Gouverneur de Battavia
envoya pour le faire rendre juftice , quelques Vaif
feaux de ligne dans le Golfe de Bengale ; mais les
Anglois , Alliés de Nabab , les ont attaqués avec
des forces fupérieures , & les ont empêchés d'exécuter
leur projet. Ils ont enfuite repréſenté en
Europe cette expédition avec les traits les plus
noirs,& commeune entrepriſe fur leur Commerce,
pendant qu'elle avoit un objet très- différent.
Le Prince de Stadhouder & fa maiſon , ont pris
le deuil pour fix mois , à l'occaſion de la mort du
Roi d'Angleterre.
On a apprispar les Lettres de l'Inde, la véritable
DECEMBRE. 1760. 19t
cauſe du démêlé furvenu à Bengale , entre notre
Compagnie & celle des Anglois. Ceux - ci ayant
placé fur le Trône le Nabab régnant , ce Prince
les a affranchis de toute redevance , & en a impofé
de nouvelles fur notre Commerce. Il venoit d'ex
torquer récemment à notre Compagnie une fomme
fort confidérable . Le Gouverneur de Battavia
envoya pour le faire rendre juftice , quelques Vaif
feaux de ligne dans le Golfe de Bengale ; mais les
Anglois , Alliés de Nabab , les ont attaqués avec
des forces fupérieures , & les ont empêchés d'exécuter
leur projet. Ils ont enfuite repréſenté en
Europe cette expédition avec les traits les plus
noirs,& commeune entrepriſe fur leur Commerce,
pendant qu'elle avoit un objet très- différent.
Le Prince de Stadhouder & fa maiſon , ont pris
le deuil pour fix mois , à l'occaſion de la mort du
Roi d'Angleterre.
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Résumé : De LA HAYE, le 9 Novembre.
Le 9 novembre 1760, des lettres de l'Inde rapportent un conflit entre les compagnies française et anglaise à Bengale. Les Anglais, soutenus par un Nabab, ont imposé de nouvelles taxes au commerce français et extorqué une somme importante. La Compagnie française a envoyé des vaisseaux pour obtenir justice, mais les Anglais les ont attaqués. Les Anglais ont ensuite déformé cette expédition en Europe. Par ailleurs, le Prince de Stadhouder a observé un deuil de six mois après la mort du roi d'Angleterre.
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