Il paroît depuis peu un Livre de
Réflexions Politiques & Morales,
130 LE MERCURE
dédié à M. le Duc de Noailles.
Mr l'Abbé Pegere qui en eft l'Auteur
, dit dans fon Epître Dédicatoire
, qu'il les lui préfente avec d'autant
plus de confiance , que la
valeur foûtenuë de la prúdence lui
eft comme héréditaire : Qu'après
s'être diftingué à la Guerre par fes
belles Actions , il effaye à préfent
de nous faire goûter les fruits de la
Paix , à la vérité toujours amers
dans leur primeur , mais qui ne
peuvent manquer de devenir très
agréables , en fecondant , comme
il fait , le GRAND PRINCE qui
veut bien par fes foins infinis ,
être le Reftaurateur de la France ,
comme il en eft les délices.
Donnons à préfent quelque idée
de l'Ouvrage.
L'Auteur prouve qu'après avoir
confideré les Hommes par raport
à eux-mêmes , il a cru pouvoir les
confiderer par raport à la fociété
Civile : Que c'est ce qui a donné
lieu aux Réflexions Politiques qu'il
a ajoutées dans cette e Edition de
D'AVRIL. r31
ce Livre , avec des Notes la plupart
Hiftoriques .
Le Lecteur fera peut- être plus
à portée de juger de l'Ouvrage ,
fi on donne ici quelques Exemples
de ces Réflexions Politiques.
ARTICLE PREMIER
DU PRINCE OU DU SOUVERAIN.
Quelquefois une feule tête dans
11ºReft, un Etat y change toute la face des
affaires & y maintient la dignité
du Gouvernement
.
MARTIAL dit que Ciceron étoit Note.
la Tête de la Republique Romaine.
" Hoc tibi Roma Caput cum loquereris
erat .
Peut-on fçavoir trop bon gré à Refl.xie
un Prince , qui déclare à fon Con.
feil , qu'il veut avoir les mains liées
pour faire le mal , mais qu'il fouhaire
être libre pour faire le bien.
Un Grand Prince * a autrefois * Trajan
ébauché ce trait de Sageffe : Un autre
Grand Prince de nos jours l'a
accompli.
132 LE MERCURE
Refl. 4° Un Prince , qui non content de
gouverner avec beaucoup d'attention
, veut bien entrer , comme
en focieté de plaifirs , avec le Public
, ne peut manquer d'en être
les délices , & il eft bien fûr par
cette conduite gracieufe & populaire
, de ne point compromettre fa
Grandeur.
Notto. Auguite gagnoit ainfi l'affection
des Peuples , quia Auguftus comiter
interfuiffet & civile
rebatur mifceri voluptatibus vulgi
Réfl.56€
Notte.
"
"
››
"
Tac. ann. I.
Unbon Politique faifant peu d'attention
aux Difcours des Peuples ;
s'attache feulement à les conduire ,
de maniere qu'ils ne s'apperçoivent
pas de la route qu'il leurs fait
tenir; & à ne donner que des atteintes
delicates , & comme imperceptibles
à leur chere liberté.
Galba repréfentoit à Pifon ( qu'-
il avoit deffein d'adopter ) toutes
les difficultez qu'on trouve à gouverner
des Peuples jaloux d'une
liberté mal entendue.
ImD'AVRIL.
133
"9 Imperaturus es hominibus qui nec
totam libertatem , nee totamfervitutem
pati poffunt. 7 ac. His .
""
"
Lib. I.
Un Prince peut s'affûrer qu'il Refl.58 .
fera toûjours Maître de la Langue
des Peuples dont il aura gagné les
coeurs.
Parceque Domitien avoit le fé- Notte,
cret de fe faire quelque fois aimer,
il étoit appellé le pere des Peuples,
que n'en n'eut - t'on point dit , s'il
cût toujours été aimable .
* Populorum vox tamen una
Cum verus Patria diceris effe Pater.
La bonne foy & la confiance étant
le principal lien du Commerce , &
de la Société Civile ; les hommes,
pour
leur
propre
interêt
, devroient
s'attacher , à entretenir l'une &
l'autre ; le défordre des Finances
d'un Etat contribue bien à rompre
ce lien précieux .
Du Tems de TI BERE, les prêts,
Refl.Si .
ou les Traitez Ufuraires avoient Notte.
* Mart . ad Domiti. L. 1. Ep . 3 .
Avril 1717.
M
134
LE MERCURE
mis la confufion dans tous les biens;
il y apporta du remede , & par ce
moyen rétablit la confiance Publique;
c'est l'image naturelle de ce
qu'on voit aujourd'hui , & il ne faut
pas moins auffi qu'un grand homme,
pour apporter un pareil remede
à de femblables maux » Реси-
nias fanore anlitabant , & inopia
rei nummaria commoto are
alieno everfio rei familiaris
""
""
و د
ر د
"
famam præceps dabat; Donec opem
tulit Cafar, &fic fides refecta eft.
Tac. an. 6.
Refl.103 Les Peuples les plus amateurs
de l'indépendence ne font jainais
fi libres , que quand ils obéïffent
à un Prince aimable ; c'eft pour
les plus féroces un attrait pareil
à celui de l'Ayman.
Notte Ces mêmes Romains qui venoient
de donner un exemple éclatant de
leur Amour pour la liberté , en ſe
défaifant de CESAR , s'accoûtumerent
infenfiblement à la perdre
feus l'agréable domination de fon
Succeffeur.
D'AVRIL. 135
C'eftune confolation pour le Peu- Reflex.
ple de voir , qu'en s'épuifant pour
les befoins de l'Etat , il n'enrichit
au moins , & ne foutient que l'Etat .
Lorfque fous François I. les Note:
Peuples fe plaignirent des Impôts
exceflifs qui ne fervoient qu'à enrichir
quelques Particuliers , &fur
tout , le Chancelier du Prat. Ce-
Prince leur répondit par ces Vers
de Virgile , qu'il envoya même à
du Prat..
"" * Claudite jam rivos ,pueri ,fat
›› prata biberunt.