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p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
Fermer
2
p. 175-216
Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Début :
Ce qui suit est bien digne de vostre curiosité, & à quelques [...]
Mots clefs :
Éloge funèbre, Jésuites, Collège de Bourges, Orateur, Henri-Jules de Bourbon-Condé, Héros, Auditeur, Oraison, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Ce qui fuit eft bien digne
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
P iiij
176 MERCURE
de voftre curiofité , & à quel
ques mots prés , je vous
l'envoye de la maniere qu'il
eft tombé entre mes mains
ceux qui ont écrit cette Relation à la quelle j'ay fait ferupule de toucher , eftant mieux
inftruits que moy desc hofes
dont il s'agit.
Les Peres Jefuites , du College de Bourges qui ont des
obligations particulieres à la
Maifon de Condé , ne ſe contenterent pas de celebrer les
Sacrez Mifteres pour l'ame de
3
GALANT 177
S. A. S. Henry Julles de Bourbon , fi to
dose
appris la mort de ce Prince ; ils .
voulurent encore donner des
marques fingulieres de leur
reconnoiffance par quelque
action publique qui fût entierement confacrée à fa memoire ; mais comme ils vouloient rendre la Ceremonie
celebre & que les Membres
des principaux Corps de la
Ville de Bourges
voient alors difperfez à la
campagne , ils remirent à
executer leur deffein juſqu'au
mois de Decembre dernier ,
fe trou-
178 MERCURE
oùtout le monde à coûtume
de fe raffembler dans la Ville ;
ce fut le 19. du même mois
qu'ils choifirent pour cerre
folemnité.
Le matin fut employé à
offrir le Saint Sacrifice fur
tous les Autels de leur Eglife ;
l'aprêdinée le Pere de Blainville , un des Profeffeurs de l'Elo.
quenceprononça en latin l'O
raifon funebre du Prince. M'
de Foullé , Intendant de Berry,
quatres Facultez de l'Univerfité enhabit de Ceremonie,
le Corps de Ville , les Magif
trats , les Superieurs d'Ordre ;
les
GALANT 179.
t
& prefque toutes les autres
perfonnes de diftinction de la
Ville formoient une Affemblée également nombreuſe &
choifie.
Le deffein de l'Orateur fut
de reprefenter Henry Jules
de Bourbon , comme un Prince accomply & qui poffedoit
toutes les qualitez d'un veritable Heros. Il fit voir que
fon Heros ne cédoit à aucun
autrepour les vertus du cocur
& que prefque aucun ne l'avoit égalé pour les qualitez de
l'efprit. Les preuves de la
premiere partie confifterent à
180 MERCURE
faire connoiftre qu'Henry Ju
les de Bourbon remplit toû
jours & en tout lieu les dep
voirsd'un Grand Prince ; c'eftà dire , qu'il fut à la Guerre
valeureux & intrepide ; à la
Cour fage également foumis
& fidele ; à la Ville & dans fa
famille , humain , complaifant , équitable. Ainfi les
vertus Militaires , celles qui
font propres d'un Prince à
la Cour , les civiles & les domeftiques firent le partage de
cette partie.
L'Orateur en parlant des
vertus Militaires fit fur tout
GALANT 181
valoir le paffage du Rhin , où
le Prince ne ceffa de combatre
que lorsqu'il eut vangé par la
mort ou la prife de tous les
Ennemis , la bleffure que fon
Pere y reçeut. L'Affemblée
applaudit beaucoup à cette
endroit & ne prit pas moins
de plaifir à entendre le recit
de la Bataille de Seneff , où le
Prince quoyque bleſſé en deux
endroits , &aprés avoir perdu
fon cheval , vint au fecours
de fon Pere le fauva des
mains des Ennemis , & en le
fauvant fut caufe de la Victoire & du falut de la France.
>
182 MERCURE
La prife de Limbourg, &
de plufieurs autres Places où
Henry Jules de Bourbon ,
fignála fa valeur , ne furent
pas oubliées.
Lorfqu'il vint aux vertus
que Monfieur le Prince avoit
pratiquées à la Cour , il loüa
fur tout fa fincerité , fa droiture , fon attachement à tous
fes devoirs , fon affiduité auprés du Roy , & fon attention à fe regler en tout fur les
volontez & fur les inclinations de Sa Majefté ; ce qui
parut plus glorieux pour le
Prince , fut la remarque qu'il
GALANT 183
fit • que toutes fes démarches
& toutes les actions n'eurent
jamais d'autre principe que
fon zele , fon amour & fon
eftime pour Louis le Grand.
Al'égard des vertus domeftiques & civiles , il s'étendit
particulierement fur la reconnoiffance & la pieté de Henry
Jules de Bourbon envers le
le grand Condé fon Pere , fur
fon foin pour l'éducation &
l'établiffement des Princes fes
enfans ; fur la protection qu'il
accorda toujours conftamment à la Province dont il
avoit le Gouvernement ; fur
184 MERCURE
a
fa bienveillance , fa charité , fa
clemence , pour tous ceux qui
curent recours ou qui curent
affaire à luy. Je ferois trop
long fi je vous raportois en
détail ce que dit l'Orateur fur
les fommes immenfes que
Henry Jules de Bourbon , fit
diftribuer aux Pauvres , aprés
la mort du Prince fon Pere ;
les Paroiffes qu'il fonda ; les
dettes qu'il acquita ; fur l'abondance qu'il conferva dans
la Bourgogne dans un temps
de famine ; fur fa facilité à
pardonner les injures ; ſa compaffion pour les malheureux ,
GALANY 185
quand même ils auroient efté
fes ennemis & fur la bonté de
fon cœur , qui alloit juſqu'à
luy faire répandre des larmes
au feul récit de quelque action
de pieté.
Mais l'endroit ou l'Auditeur témoigna le plus de joye,
fut lorfque l'Orateur , en parlant de l'amour paternel , fit
remarquer avec verité , que le
Prince n'avoit en fait pour
fes enfans , qu'il ne leur fuc
dû ; qu'ils meritoient encore plus que la fortune qu'il leur
avoit laiffée , & qu'à confideFer leurs vertus , il fembloit
Fanvier 1710.
186 MERCURE
même n'en avoir pas affez fait
pour eux. Ce fut à cette occafion que l'Orateur fit un caractere auffi jufte qu'avantageux de Son Alteffe Sereniffime Madame la Princeffe , qui
par fes exemples encore plus
que par fes leçons , a entretenu
tant de vertus heroïques dans
fon Augufte Famille.
Dansla feconde Partie, l'Orateur après avoir fait entendre,qu'on n'eft point veritablement Heros , fi on nejointaux
vertusdu cœur, les qualitez d'un
genie éminent , diftingua trois
fortes de connoiffances qu'un
GALANT 187
Prince doit avoir pour meriter la réputation d'un excellentefprit ; il dit que les premieres fervoient à deffendre & àfoutenir un Etat ; que les fecondes
contribuoient àfan embelliffement
&
àfa gloire ; que les troifiémes
fontneceffairespouryconferverla
Religion dans fa fplendeur , &
qu'Henry Jules de Bourbon n'avoit prefque point eu d'égal dans
ces troisfortes de connoiffances.
Entre les Sciences qui procurent le bien d'un Royaume,
comme la Militaire eft une des
principales , l'Orateur fans rien
repeterde ce qu'il avoit dit de
Q ij
188 MERCURE
la valeur du Prince , montra
combien il eftoit entendu dans
le mêtier de la guerre. On ne
peut expofer d'une maniere
plus variée qu'il fit , les dix
Campagnes où fon Heros s'eſt
fait remarquer par mille actions éclatantes , dans tous les
Sieges & tous les Combats differens dont la France fortoit
alors toûjours victorieufe.
Il ajoûta que Mr le Prince
ne fut pas moins admirable
dans les autres connoiffances ,
foit des chofes qui concernent
le dedans du Royaume , commeles Loix del Etat, les mœurs
ALANT 189
& les ufages des Peuples ; les
Coutumes & les Privileges des
Provinces ; foit celles qui appartiennent aux affaires Politiques , comme le genie & les
interefts des Nations étrangeres , les vues & les projets des
Princes. Il s'attacha fur tout à
faire le caractere particulier du
Prince en marquant l'étenduë
de ſon eſprit également capable des plus grandes & des plus
petites chofes. Le détail infini
où Son Alteffe entroit , foit
qu'il fallut mettre l'ordre dans
la on
du
Roy
, foit
qu'il
fallut regler la fienne pro-
190 MERCURE
pre , ou preſider aux Etats de
Bourgogne fut un des beaux
morceaux de la Harangue. 18
Il fut aîfé de montrer combien Henry Jules de Bourbon
excella dans la connoiffance de
tous les Arts qui contribuënt
à l'ornement & à la gloire d'un
Royaume. Le Portrait que
l'Orateur en fit comme d'un
Prince autant élevé par fa capacité que par fa naiffance ,
eftoit vif & donnoit une belle
idée de la fuperiorité de genie
que perfonne n'a jamais refufée au Prince de Condé.
Cefut avec la mêmefacilité
GALANT 191
qu'il fit voir que jamais perfonneneconnutmieux faReligion
& nefut plus docile à la fuivre.
Aprés une espece de Recapitulation que l'Orateur fit de
tant de rares qualitez , foit du
scœur , foit de l'efprit , il ne
craignit pas d'avancer qu'il
eftoit en quelque maniere de
la gloire de Dieu qu'un Heros
fi accompli mourut en parfait
Chreftien il dit qu'Henry-fules de Bourbon mourut en effet
avec une entiere connoiſſance , &
une fermeté inébranlable , muni
de tous les Sacremens de l'Eglife ,
qu'il reçut avec une pieté exem-
192 MERCURE
plaire , laiffant aprés ſa mort la
memoire d'un Prince encore plus
grand qu'il n'avoit paru pendant
fa vie..
Le lieu où cette Oraifon funebrefut prononcée eftoit une
grande Salle toute tenduë de
noir depuis le haut jufqu'au
bas , avec un appareil funebre
qui répondoit parfaitement au
deffein de l'Oraifon.
Dans un des fonds de la
Salle , à la droite de l'Orateur ,
on avoit élevé, un Dais magn fique fous lequel on avoit
placé un grand Tableau où
eftoient les armes du Prince ;
il
GALANT 193
il eftoit accompagné de chaque
côté de deux trophées , dont
l'un par divers inftrumens de
guerre, & l'autre par tous les
fymboles des Sciences , & des
Arts , marquoient que HenryJules de Bourbon eftoit également grand & dans la guerre
& dans la Paix ; au deffous on
avoit dreffé une grande table
parée d'un riche tapis : fur cette table eftoit la Couronne à
fleurs de lis , couverte d'un crefpe fur un carreau de velours
noir ; avec tous les ornemens
qui convenoient aux dignitez
Janvier 1710.
R
194 MERCURE
dontfeu Monfieur le Prince a
efté revêtu.
Dans l'autre fond de la Salle
eftoit élevé un autre tableau
de même grandeur , qui contedoit le chiffre du Prince , accompagné de deux trophées
differens des deux premiers.
Au- deffus de la tefte de l'O
rateur ou avoit placé un grand
Cartouche, qui reprefentoit un
Mars & unApollon foûtenant
les armes de la Maifon de Condé ; deux autres eftoient unpeu
au- deffous ; dans l'un du cofté
où eftoit Apollon , on avoit
peint un Parnaffe , où l'on
GALANT 195
voyoit toutes les Mufes qui
prefident aux Sciences & aux
beaux Arts ; dans l'autre on
avoit peint les differens Dieux
de la Fable , qui paffent pour
prefider à l'Art Militaire &
pour eftre les Inventeurs des
Inftrumens qui fervent à la
Guerre.
Aces trois Cartolesré
pondoit de l'autre coſté de la
Salle une nouvelle decoration ,
qui confiftoit en diverfes Figures , qui repreſentoient & les
vertus du cœur & les qualitez
de l'efprit , avec cette feule
Infcription , qui renfermoit
Rij
196 MERCURE
tout le deffein de l'Oraifon
& qui fe trouvoit juſtement
au milieu de la Salle & vis- à vis
l'Orateur.
PRINCIPI PERFECTO.
Au Prince accompli,
Àla droite de cette Infcription regnoient autour de la
Salle jufqu'à la Chaire de l'Orateur , des Infcriptions , des
Peintures & des Devifes, qui exprimoient les vertus du cœur
qui faifoient le fujet de la premiere partie de l'Oraiſon.
D'abord une Infcription
generale marquoit les vertus
Militaires ,
GALANT, 197
VIRTUTES BELLICA.
Au- deffous eftoient en formedequarré trois Infcriptions
particulieres & trois Tableaux
qui fe rapportoient à l'Infcription generale.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIS ULTORI.
Au Vengeur de fon Pere:
Elle eftoit accompagnée
d'un grand Tableau où l'on
avoit dépeint le Paffage du
Rhin , avec ces mots : ad Rhenum , pour marquer que Mr le
Prince n'avoit point quitté la
mêlée, que la mort où la prife
R iij
198 MERCURE
de tous les ennemis ne l'eut
fon vengé de la bleffure que
Pere avoit requë dans le ComSeconde Infcriprion partibat.
culiere.
PATRIS ET GALLIE
CONSERVATORL.
AuConfervateur defon Pere
de la France.
Le Tableau repreſentoit la
Bataille de Seneff , avec ces.
mots : AdSeneffum , pour marquer qu'enfecourant fon Pere,
tombé de cheval dans unfoffé,
& en le retirant des mains de
l'Ennemi , il avoit en même
порный
THEQUE DE
DA GALANT
temps fauvé la France.
Troifiéme Infcription par
ticuliere.
SUIS AUSPICIIS TRIUMPHANTI
Au Vainqueur qui ne doit qu'à
lui-même fa Victoire.
Le Tableau reprefentoit la
Villede Limbourg & plufieurs
Forts affiegez & pris par le
Prince , avec ces mots : Ad.
Limburgum , &c.
La feconde Infcription generale marquoit les vertus que
ce Prince a pratiquées à la
Cour.
VIRTUTES AULICE..
R iiij
200 MERCURE
Au - deffous eftoient trois
autres Infcriptions particulieres & trois Deviſes qui formoient une figure quarrée
femblable à la premiere.
Premiere Infcription particuliere.
REGIS OBSERVANTISSIMO.
Il fut toûjous attaché &foûmis
àfon Roy.
La Devile qui exprimoit ce
zele & cet amour pour Sa Majefté eftoit un Girafol penché
du cofté du Soleil , avec ces
mots :
HOC QUOCUNQUE SEQUOR.
Fe le fuis par tout.
GALANT 201
Seconde Infcription particu
liere.
RECTI TENACISSIMO.
Iln'eut pour regle que la droiture
&la vertu.
Devife : Une Bouffole toûjours tournée vers le Nord ,
avec ces mots :
DUCOR AMORE POLI.
Mon inclination mè porte vers
le Pole.
Troifiéme Infcription par.
ticuliere.
SUI SEMPER SIMILLIMO.
Ilfut toûjours égal à lui- même.
Devife : Un Laurier qui conferve en tout temps fa ver-
202 MERCURE
dure , avec ces mots :
NIL ESTAS ADDIT , NIL
TOLLIT HYEMS.
L'Efté ne medonne rien , l'Hyver
nem❜ofte rien.
La troifiéme Infcription
generale marquoit les vertus
civiles &
domeftiques ;
VIRTUTES DOMESTICE AC
CIVILES.
Premiere Infcription particuliere.
PATRIA INDOLIS EFFIGIEM
RENOVANTI.
Ilfuivit les belles inclinations
defon Pere.
Devife: Un nouveau Phc-
GALANT 203
nix qu'on voit fortir des cendres de celuy qui l'a precedé ,
avec ces mots :
ALTER AB ILLO SURGIT.
Il s'en éleve un fecond ſemblable·
au premier.
Seconde Infcription particuliere.
PARENTI PROVIDENTISSIMO.
Il remplit tous les devoirs d'un
bon Pere.
fes enLa Devife qui exprimoit cette vigilance & cet amour paternel du Prince pour
fans , eftoit un Aigle occupé
à conftruire fon aire , avec
mots :
204 MERCURE
NON MEOS SED PROLIS IN
USUS.
Cen'eftpaspourmoymaispour
les miens queje travaille.
Troifiéme Infcription particuliere.
GUBENATORUM EXEMPLO.
Il fut l'exemple le modele
des Gouverneurs.
b
Devife : Un Soleil qui par
fa chaleur benigne fait porter
des fleurs & des fruits à des arbres qui font au- deffous de lui,
avec ces mots :
UBI PRÆEST , PRODEST.
Où il prefide, ilfait du bien.
Pour fignifier que M' le
GALANT 205
Prince a toûjours maintenu la
Bourgogne dans fes Privileges,
& qu'il y a confervé l'abondance dans les temps les plus
fâcheux.
A la gauche de la grande Inf
cription qui renfermoit tout
le fujet de l'Oraifon exprimé
par ces mots : Principi perfecto.
On avoit diftribué de la même
maniere trois autres quarrez ,
qui aboutiffoient pareillement
à la Chaire de l'Orateur , & qui
en reprefentant par de nouvelles Infcriptions & Devifes , les
diverfes connoiffances , qu'on
admira toujours dans le Prin-
206 MERCURE
ce de Condé , marquoient les
éminentes qualitez de fon efprit ;ce qui faifoit le ſujet de la
feconde Partie de l'Oraifon.
La premiere Infeription ge
nerale marquoit la connoiflance des Arts qui fervent à la
défenſe & au foutien des Empires.
ARTES REIPUBLICE
TUTELARES.
Premiere Infcription particuliere..
BELLI SCIENTISS IMO.
Ilfut tres experimenté dans
la Guerre.
Devife : une main fur un
GALANT 207
jeu d'Echecs , avec les pieces ,
& ces mots :
MIHI PRÆLIA LUDUS.
Les Combats font un
pour moy.
Fen
Seconde Infcription particuliere.
NATIONUM CONSSILIA
PERVADENTI.
Il connut parfaitement les interefts & les projets des differentes
Nations.
Devife : UneFléche volante
qui perce les nuës , avec ces
mots :
LONGE VOLAT ET PENETRAT.
C'eft fon propre de voler loin
&de penetrer.
208 MERCURE
Troifiéme Inſcription particuliere.
UTILITATI REGIA
CONSULENTI.
Il eut toûjours en vûël'utilité
du Roy.
Deviſe : Un Cadran expoſe
au Soleil , & placé ſur le Frontifpice d'un Palais Royal , avec
ces mots:
SOLE REGENTE, DOMUM
ORDINE.
Le Soleil eft ma regle , &je fuis
celle de toute la Maifon.
Pour faire allufion à l'ordre
admirable .que M' le Prince
avoit établi dans la Maiſondu
GALANT 2c9
Roy , dont il eftoit GrandMailtre.
La feconde Infcription generale marquoit la connoiffandes beaux Arts , qui contribuent à la gloire & à l'ornement d'un Royaume :
ARTES IMPERIIS GLORIOSÆ.
Premiere Infcription particuliere.
IMA ET ALTA COMPREHENDENTI.
Il fut également ce qu'ily a de
pluscommune deplusfublime.
Devife : Un Arc - en - Ciel
qui paroift par le milieu élevé
Fanvier 1710.
S
210 MERCURE
au deffus des airs , & dont les
extremitez femblent toucher
la terre , avec ces mos :
ASTRATENET, NEC SPERNIT
HUMUM.
Elevéjufqu'aux Cieux il ne
méprife point la Terre.
Seconde Infcription particuliere.
RERUM SINGULARUM ÆSTIMATORI SACAGISSIMO.
Il eut undifcernement exquis pour
juger de toutes chofes.
Devife : Une Balance fuf
penduë en l'air par une main
qui la foutient
mots :
avec ces
GALANT 201
NON REI MOLES , SED
GRAVITAS MOVET.
Ce n'est point le volume mais
le poids des chofes qui me font
pencher.
Troifiéme Infcription particuliere.
ELEGANTIARUM PATRI .
Ilfutcomme le Pere de l'Elegance
&de la Politeffe.
fa
Devife : Un Parterre couvert de fleurs differentes , &
au deffus un Soleil , qui par
lumiere forme l'agreable varieté de leurs couleurs ; avec
ces mots :
Sij
212 MERCURE
CUNCTA COLORAT.
Ildonne de la couleur & de l'éclat
à
tout.
La troifiéme Infcription generale marquoit la connoiffance des chofes qui appartiennent à la Religion.
Artes Religioni fervientes.
Premiere Infcription particuliere.
RELIGIONIS MYSTERIA
PERNOSCENTI.
Il approfondit les Mysteres
de la Religion.
Devife : Un Aigle au- deſſus
des nuës, qui regarde fixement
le Ciel , avec ces mots :
GALANT 213
ALTIORA VI DET.
Ses regards percentjuſqu'au plus
baut des Cieux.
Seconde Infcription particuliere.
RELIGIONIS INSTITUTA
PROFITENTI .
Il fe fir gloire en tout temps defa
Mind Religion.
Devife: UnVaiffeau qui fuit
toûjours dans fa courfe l'Etoile Polaire avec ces mots :
UBI FULSIT, UNAM
SEQUITUR.
Dés qu'elle paroift , il ne fuit
qu'elle.
214 MERCURE
Troifiéme Infcription parriculiere.
RELIGIONI ULTIMA
CONSECRANTI.
Il confacra fes derniers foupirs
à la Religion.
Devife: Un Encenfoir fur
un Autel , duquel on voit for
tir la fumée de l'Encens qui fe
confume , avec ces mots :
SOLVITUR NUMINI.
Il eft confumé à l'honneur du
vray Dieu.
Autour de la Salle , regnoit
en haut une longue rangée
d'Armoiries entre- melées de
Chiffres & au- deffous d'ef
GALANT 215
fix
pace en efpace pour remplir les
vuides qui eftoient entre les
quarrez que formoient les
Infcriptions & les Devifes , on
avoit placé des Tableaux qui
reprefentoient par differentes
figures , ce qu'on avoit déja
exprimé par ces mêmes Infcriptions & Devifes.
ས
Tout brilloit des lumieres ,
qu'on avoit diftribuées , de
maniere que chaque piece de
la décoration eftoit éclairée de
toutes parts par le moyen d'un
grandnombredeLuftresqu'onavoit fufpendus & de Plaques
qu'on avoit appliquées fur
216 MERCURE
la Tenture ce qui donnoit un
tres grand éclat à tout l'appareil.
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Résumé : Eloge Funebre de feuë S. A. S. Monsieur le Prince, prononcé à Bourges, avec un appareil qui sert à faire voir toutes les vertus et toutes les grandes qualitez de ce Prince. [titre d'après la table]
Le texte relate une cérémonie organisée par les Pères Jésuites du Collège de Bourges en mémoire de Henry Jules de Bourbon, fils du Prince de Condé. Initialement prévue après l'annonce de la mort du prince, la cérémonie fut reportée au mois de décembre pour permettre la présence des membres des principaux corps de la ville de Bourges. Le 19 décembre, une messe fut célébrée dans l'église des Jésuites, suivie d'un discours funèbre en latin prononcé par le Père de Blainville. L'orateur loua les qualités militaires, civiles et domestiques du prince, soulignant notamment son courage lors du passage du Rhin et de la bataille de Seneff. Il mit également en avant sa droiture, sa fidélité et son dévouement envers le roi Louis XIV. Le discours insista sur les vertus du cœur et les qualités de l'esprit du prince, le présentant comme un héros accompli. La salle où se déroula l'oraison était décorée de manière solennelle, avec des tableaux, des trophées et des inscriptions célébrant les vertus et les exploits du prince. Les inscriptions étaient organisées en trois parties principales : les vertus civiles et domestiques, la connaissance des arts utiles à la défense et au soutien des empires, et la connaissance des beaux-arts contribuant à la gloire et à l'ornement d'un royaume. La première inscription générale mettait en avant les vertus civiles et domestiques du prince. Les inscriptions particulières soulignaient ses belles inclinations héritées de son père, sa vigilance et son amour paternel, et son rôle de modèle pour les gouverneurs. Les devises accompagnantes illustraient ces qualités par des métaphores, comme un aigle construisant son aire ou un soleil faisant pousser des fleurs et des fruits. La deuxième inscription générale se concentrait sur la connaissance des arts de défense. Les inscriptions particulières montraient son expertise en guerre, sa compréhension des intérêts des nations, et son dévouement à l'utilité du roi. Les devises utilisaient des images comme un jeu d'échecs, une flèche volante, et un cadran solaire pour symboliser ces compétences. La troisième inscription générale traitait des beaux-arts. Les inscriptions particulières soulignaient sa compréhension des aspects communs et sublimes, son discernement exquis, et son rôle de père de l'élégance et de la politesse. Les devises incluaient un arc-en-ciel, une balance, et un parterre de fleurs pour représenter ces qualités. Enfin, la dernière inscription générale abordait la connaissance des choses religieuses. Les inscriptions particulières montraient son approfondissement des mystères de la religion, son respect des institutions religieuses, et sa consécration finale à la religion. Les devises utilisaient des images comme un aigle regardant le ciel, un vaisseau suivant l'étoile polaire, et de l'encens se consumant sur un autel. La salle était décorée de manière à illustrer ces inscriptions et devises par des armoiries, des chiffres, des tableaux, et un éclairage abondant, créant ainsi une présentation éclatante et détaillée des qualités du prince.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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