L'INDISCRETION..
CANT ATE.
Par Me de Malcrais de la Vigne ,
du Croisic en Bretagne.
REine Eine des Airs , pompeuse Aurore ,
Que vous restez long- temps au lit d'un vieu
Epoux !!
Sortez du sein des flots ; la Belle que j'adore ,
Thémire en ces Vallons doit paroître avec vous¿
Je vais entre ses bras , en dépit des jaloux ,
Gouter les dons qu'Amour pour moi seul fi☛
éclore
Mömens délicieux , momens trop attendus ,,
Vous voila donc enfin rendus.
Parfumez ces lieux , fleurs brillantes ¿ ›
Badinez avec les Zéphirs ,
Faites sur vos tiges flotantes ,
Le prélude de mes plaisirs. -
Chantez mon bonheur par avance
Atroupez-vous , petits Oiseaux ;;
Ruisseaux , allez en diligence ,
Le dire à mes tristes Rivaux ;
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Arbres
A O UST. 1733
1745 Arbres, à travers vos rameaux ,
Laissez voir aux Dieux ma victoire
Que tous les témoins de mes maux ,
Le soient aujourd'hui de ma gloire. -
+
L'aimable Lisidor triomphoit en ces mots §.
D'un avant-goût charmant son ame possedée 5 ,
Caressoit sa flateuse idée ; ·
L'espoir tranquillement le berçoit sur ses flots.
Quand l'Aurore à la fin déployant dans la nuë ,,
Des trésors d'Orient le superbe appareil ,
Le surprit, le troubla n'offrant point à sa vûë,
Celle qu'il aimoit mieux revoir que le Soleil.
Ah ! cria-t'il tout haut , que vous tardez , Thé
mire ? ...
Paresseuse arrivez ™, arrivez™, ou j'expire
Auriez-vous à l'Amour préferé le sommeil à ?
Zéphirs , volez vers ma Maîtresse ,,
Peignez-lui l'état de mon coeur , »
Echos , rappellez- la sans cesse , ›
En lui reprochant sa lenteur.
Thémire ne vient point encore ;' ;
Le sommeil s'en est emparé ; ›
Thémire ... ah ! la soif me dévore,,
Quand je devrois m'être enyyré. -
Zephirs, yolez vers ma Maîtrese ,,
Peignez
1750 MERCURE DE FRANCE
Peignez-lui l'état de mon coeur ;
Echos , rappellez - la sans cesse ,
En lui reprochant sa lenteur.
La Bergere arrivoit à travers la Ramée ;
Son nom qui raisonnoit dans l'air ,
Etonna de fort loin son oreille allarmée.
De haine et de dépit cette Amante animée ,
Aux yeux de l'Indiscret s'offrit comme un éclair
Adieu , dit-elle , adieu , montant sur la Colline ,
Et courant à grands pas vers la maison voisine ,
Puisque des biens fondez sur un frivole espoir ,
Ta voix a sçû parler aux Echos du Boccage ,
Perfide , s'ils étoient jamais en ton pouvoir,
Tu l'aurois bien-tôt dit aux Echos du Village.
Amans , sur tout soyez discrets ,
L'Art d'aimer est l'Art de se taire ;
N'apprenez pas même aux Forêts ,
Le nom des ravissans Objets ,
A qui vous vous flattez de plaire,
Les Ruisseaux rouleront
Des Ondes indiscrettes
Les Oiseaux chanteront
Vos douces amourettes
D
Les fleurs , comme autrefois ,
Cessant d'être muettes ,
RetrouA
O UST. 1751 1733
Retrouveront leur voix ,
Pour conter vos fleurettes.
Amans , sur tout soyez discrets , &c.