Résultats : 1 texte(s)
Accéder à la liste des noms d'auteurs. Détail
Liste
Personnes concernées par ce nom d'auteur, avec leurs éventuels coauteurs :
1
p. 5-18
EPITRE à Mde la Comtesse d'***, sur l'éducation de son Fils.
Début :
Tes voeux sont donc remplis, mère sensible & tendre ; [...]
Mots clefs :
Fils, Étude, Moeurs, Vertus, Cours, Âme, Voix, Yeux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE à Mde la Comtesse d'***, sur l'éducation de son Fils.
EPITRE àMde laComteſſe d' ***,fur
l'éducation defon Fils.
TESV
Es vœux ſontdonc remplis, mère ſenſible&
tendre;
Tonfils croît ſous tes yeux&commenceàt'en
tendre.
Touteſtnouveaupour lui, toutvientfrapper ſes
ſens;
Tout occupe à lafois ſesorganesnaiſſans.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ses yeux cherchent tes yeux, fa mainpreſſe la
tienne.
Il abeſoinencorquetonbras le ſoutienne;
Ilhéfite,chancelle, &bientôt, ſans effroi ,
Viendrad'unpiedplus fûrcourir autourdetoi.
• Lorſquetuluiſouris,ſa languecinbarraffée
Voudroit articulerlesfonsdelapenſée.
Oquej'aimeà tevoir, avec vivacité,
Deſesjeuxinnocenspartagerlagaîté,
Del'amourmaternelépuiſer lestendreſſes,
Lui rendreàchaque inſtantcarefſespourcareſſes,
Epierfesdefirs,&prévenant ſespleurs,
Deſonberceautranquilleécarter lesdouleurs!
Cesvertusd'unemèreappellentmonhommage.
Maistandis qu'enmesversj'enretracel'image,
Tonfilsavec ſesjours voit croître ſesbeſoins.
D'autres tems à ton cœur demandent d'autres
foins.
Veux-tuquetoutconſpireàremplirtonenvie?
Ilfautſemerde fleurs l'aurorede ſa vie;
Maisque les fruits toujours ſe cachent ſous les
fleurs.
Tonfils netedoitrien,s'il netedoitdes mœurs.
C'eſt le vœu del'hymen, c'eſt ladette facrée
Quet'impoſe leCiel, que taboucheajurée.
Tuluidonnaslejour; &, pour luidonnerplus,
Dans l'amedetonfilscultivetes vertus.
Rends-le digne , enunmot,de ſesdeſtinsprof.
** pères.
OCTOBRE. 1770. 7
Qu'il apprenneàporterlegrandnomdeſespères,
Etqu'enſe rappelant un fibeau ſouvenir ,
Il tranſmette le ſien aux fièclesàvenir.
AinſilejeuneAiglon, échappéde ſonaire,
Ofeenfins'élever au féjourdutonnerre ,
Etdansleurvolſublime, imitant ſesaïeux,
Fixe l'aſtre brûlantquirègneſur lescieux.
Mais,avantquetonfils aitcomblétonattente,
Tudoisplieraujoug ſajeuneffe inconſtante ,
Inſtruis-lepardegrés , &, dès ſespremiersans,
Montre-lui la raiſon ſousdes traits féduiſans.
Vois tu ce jardinier, d'unemain attentive,
Elaguer avec ſoin l'arbriſſeauqu'il cultive?
Laplanteſécheroit&languiroitſans lui.
Afatigenaiſſanteilpréſenteunappui.
Il abreuve tantôt la racine alterée,
Tantôtpreſcrit un cours à lasèveégarée,
Etcontrel'aquilontâche de protéger
Cedébile arbrifleau,l'eſpoirde ſonverger.
Lesſoinsde fon miniſtre àPomoneont ſuplaire.
1
Unjour, unjour viendra qu'ils auront leurfa
laire.
Déjà l'automneapproche,& ſestréſorsnouveaux
Dujardinierſoigneuxvontpayer les travaux,
L'arbreest chargédefruits qu'il doitàlaculture.
Ainfi l'artdesmortels peutaider la nature
Et,dansuntendre enfantvoyantl'hommefutur,
Diſpoſer ſon jeuneâge auxfruitsdel'âge mûr,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
Tonfils eſt l'arbrifſeau dont lafoiblefle implore
Les regards careflans de Pomone&de Flore.
Prodigue-lui tesſoins, &nourrisdans ſoncœur
Detousles ſentimens la féconde chaleur ;
Tafranchiſe déjàſepeintſur ſonvilage,
D'un eſpritgénéreux favorable préſage ,
Gardons-nous d'étouffercette ingénuité!
Ellehonore ſon âge&prouve ſabonté.
Qu'ilcroie à lavertu ſans ſoupçonner lecrime!
Ah! fi c'eſt une erreur, cetteerreureſt ſublime.
Il faut par les humains ſe laiſſerabuſer ,
Plutôtquede lescraindreoudeles mépriſer.
Si de tonfils déjà la mémoirefertile
Peut garder le dépôtd'une lecture utile,
Qu'il parcoure, en jouant, ces chef-d'œuvres
vantés
Quel'Eſope François ajadis enfantés.
Queces récitsnaïfs ontd'attraitspour ſonâge!
Laraiſon les approuve, & leur doux badinage
Qu'un ſophiste éloquent vainement aproſcrit,
Saitauprofitdu cœuramufer notre eſprit.
Eh! que ſertd'élever une voix doctorale ?
LaFontaine avec artdéguiſantſa morale,
Auxhumains qu'elle inſtruitpréſente unhame
çon ,
Ainſi quelepêcheuraucrédulepoiſſon.
Sans doute l'artd'inſtruire eſt nédel'art de plai
re.
Ettonfilsquicraindroitlacoupe alutaire,
OCTOBRE. 1770. ,
Sans le miel ſéducteur dont lesbords ſont cou
verts ,
Chérit la vérité ſouslemaſquedes vers.
Sur-toutqu'il n'aille pointdansla poudredes
claſſes ,
Delonâgetroptendreenſevelirlesgraces ,
Etdespédansobſcurshabiterlaprifon.
Ces triſtes raiſonneurs font haïr la raiſon.
Tun'imiteraspointlamarâtre infidèle
Quiveutquefes enfans ſoient exilés loind'elle
Et, nejetantſuteux qu'unregardpaſſager ,
Abandonne leur fort aux mainsd'unétranger.
Maisjevoischaquejourton élèvedocile
Prêter àtes conſeils uneoreille facile.
Deta voixqu'il adore il répéte les ſons;
Labouched'unemèreembellitles leçons.
Delaflédans tesbrasd'unepénible étude,
Il ſefaitdeteplaire une douce habitude;
Pourprixdeſes efforts ,ſon légitimeorgueil
Nebriguequ'un ſourire &neveut qu'uncoup
d'œil.
Alors, ſans fatiguer ſesorganesnovices,
Delafoibleraiſon recueillant les prémices ,
Tupourras quelquefoisranimerla langueur,
Menacerſans colere&punir ſansrigueur.
Il eſt des inſenſésqui , pour la moindreoffenſe,
Ne ſaventqu'effrayer & tourmenter l'enfance ;
Maistonfilsn'eſt puni quepar le ſentiment;
Lahonteſuit lafaute,elleeſtſon châtiment.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
Souvent res entretiensdans le fondde ſoname
Porteront des vertus lagénéreuſe flamme ;
Etquandtuleverrasſenſibleàtesdiſcours,
Deslarmesdetendreſſe entroublerontle cours.
Monfils, luidiras-tu,ſeuleſpoirdetamère,
Non,jeneformepointunevainechimère ,
Quandj'attends de ton cœurdenobles mouve
mens.
Letems vole,monfils,profitedes momens.
L'ufagedela vieen étendladurée.
Pourtenterla carriere àtes vœux préparée,
Pourfairetonbonheur, iln'eſtqu'unſeulmoyen;
Monfils, fois vertueux, fois homme & citoyen.
Entends-tudans ton cœurunevoix qui tecrie,
Qu'ilfaut aimer ſon maître &fervir ſa patrie?
Cet inſtinct généreux , dans tes veinestranſmis,
Eſt le plusbeautréſorqueje laiſſeà mon fils.
Ecarteloin detoi lafraude infidieuſe ,
Lacoupablemoleſſe& l'envie odieuſe,
Fuis le luxe indigent &l'orgueil effronté.
Apprendsquelagrandeur n'eſt rienſanslabonté.
Ah!lorſqu'un malheureux ſuccombeà ſesalar
mes,
La grandeur véritableeſtd'eſſuyer ſeslarmes.
Maisſurtout, dansle ſeinde lareligion,
Descommunes erreursfuisla contagion.
Chéris l'Etre Suprême& foisutile auxhommes.
Sid'autres Spinoſa, dans le ſiècle oùnous fom
mes,
OCTOBRE. 1770. 11
Infectent les eſprits deconſeils venimeux;
Rejetteloindetoi leurdélire fameux.
Crains fur-tout, crains ledoute où leur ame eſt
flottante.
Ah! monfils, qu'au tombeau jedeſcendrai con
tente,
Si tuſuis laraiſon , ſi tu chérisl'honneur.
Mais quels regrets amers ,quel trouble empoi
fonneur
Viendroient flétrir mon ame&defléchermavie,
Side triſteserreurstajeuneſſe ſuivie ,
Danslevaintourbillondescoupablesplaiſirs
Peutloindemoijamais égarertesdefirs.
Hélas!pardonne aux pleurs qui mouillent mon
viſage.
Moncœur n'acceptepointcefuneſtepréſage:
Monfils , pour raſſurercecœur trop combattu ,
Jured'aimer toujours tamère&la vertu.
Acesdiſcourstouchans, àcetendrelangage ,
Jevoispleurerton fils; jel'entendsquis'engage
Parlefermentfacréquetuluiveux dicter ,
D'embrafler lavertu pournelapointquitter.
Va,ceſermentn'eſtpointune chaîne frivole;
Il prometàſa mère,iltiendraſaparole ,
Sur ſes lévres alors ſoncœureſttoutentier;
Etſon ameàla tienneaimeàſe confier.
Ainfide ſes devoirs offre-lui laſcience;
Qu'ilcroiſſeſousl'abrideton expérience;
vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Tellepiloteveilleaumilieudelanuit,
Etdérobeauxécueils levaiſſeauqu'il conduit.
Cependantl'âgevientoùtonfilsmoinsdébile
S'accoutume au travailſous unMentorhabile.
L'Antiquitédévoileàſesyeux aſſidus
Ses hommes immortels, ſes dieux qui ne font
plus.
Il ravit les tréſors &deRome &d'Athènes.
L'étude le tranſporte aux tems des Démosthè
nes ,
Auxbeauxjours d'Alexandre , au fiècle desCé
fars,
Parmi tous les enfansdeMinerve & desArts.
Fier& ſenſibleAchille , il reflent ton outrage ,
Frémitdetavengeance& chérittoncourage.
Didon, àtesregrets il ſelaiſſetoucher ;
Etſespleurs ,d'Euryale , arrofent lebucher.
Racinel'intéreſſeaux plaintes d'Andromaque.
Il ſuit chezCalyplo lejeuneTélémaque ;
Avecluidansl'Egypte il croit êtrecaptif;
Il voleſurles pas d'Ulyſſe fugitif.
Ilvoitavectranſport aux mursd'Idomenée
L'équité floriſlante& la paix ramenée.
Quelleeft donc ta magie, ôdivinFénelon !
Taproſe enchantereſſeeût ſéduitApollon.
Chez toi le ſentiments'unifſoit augénie,
LesGraces t'inſpiroient une mâle harmonie,
EtMinerve elle-même eut recoursàta voix
Pourlebiendes mortels& l'exempledesRois.
OCTOBRE. 1770. 13
Quels cœurs à tes diſcours pourroient être re
belles?
Notreélèvecharmédefictionsfibelles,
Pourdesobjetsnouveaux brûled'un nouveaufeu
EtſerenddigneenfindelireMonteſquieu.
Duclimat ſur les mœurs il diftingue l'emprein
te;
Il voitledeſpotiſme affermipar lacrainte,
Etl'honneur ſous les Roisdéployer ſa fierté,
EtlaVertu marcher avec la Liberté.
Dansle Dédaleobſcur oùl'eſprits'enveloppe,
Il s'avanceau flambeaudeMontagne&de Pope,
Et,desvainspréjugésheureuſementvainqueur,
Habiteavec loi-mêine&deſcend dans ſon cœur.
Il pénétrele templeoùla ſageUranie
Trace del'Univers l'éternelle harmonie,
Et va, du grand Newtondiſcipleaudacieux,
Peſerdans ſabalance &laterre&les cicux.
Unverreafſujettità ſon regard avide
Tous lesglobes éparsdans lesplaines duvuide.
Il les voitl'un vers l'autre attirésdans leur cours,
Ettoujourss'approcher& s'éloignertoujours.
Ils obéiflent tous aux loix qu'il leurimpoſe.
Enſeptrayonségaux ſon priſmedécompoſe
Unrayon échappédes célestes lambris ,
Etſurprendles couleurs de l'écharpe d'Iris.
Des feuxbrûlans dujourilraſſemble l'élite;
Ettoidenotreglobe, ô pâle Satellite ,
Ildevine tamarche, illarègle,&tavois
14 MERCURE DE FRANCE.
Tescourſiers vagabondsdocilesà ſa voix.
Lescomêtes pourlui neſont plus ces fantômes
De qui l'aſpect vengeurmenaçoitlesroyaumes.
Il fait queleſoleil,à ces aſtres errans ,
D'une flammenouvelleemprunte les torrens.
Il préditleur retour&marque leur diſtance.
Des élémens rivaux le choc &la ſubſtance ,
Cestroisrègnes fameux qu'enEgypte autrefois,
Hermèsà ſonpouvoir ſoumettoittous lestrois;
Lanature, enunmot,eſt l'objetde ſesveilles.
Ocombiencetamasde ſublimes merveilles ,
Combien cegrandſpectacleétonnera ſes yeux!
Il verra que l'étude eſt un préſentdes cieux.
C'eſtuntréſor ſacréquelevulgaire ignore.
Midas haitles ralens, Frédericles honore :
Sonnomparle trépasneſerapointvaincu ;
Maisquivit ſanspenſer, meurt ſansavoirvécu.
L'existence eſt un poids dontlamortledélivre.
Tandisquetonélèveàl'étude ſelivre ,
Tudois, pour régler mieux l'emploi de ſes mo
mens ,
Profiter avec artde ſes délaflemens.
Qu'il tentechaque jourunpénibleexercice ;
Autravail obſtiné que ſon corps s'endurcifle:
Lamolleſſejamais ne forma leshéros.
Eh! ſitoujoursAchille eût languidansScyros,
De la lyred'Homère auroit-il été digne?
Non: d'un loiſir honteux ſa grande ame s'indi
gne.
OCTOBRE. 1770. 15
Il ſent qu'un tel reposeſtunelâcheté ,
Etquepar letravail l'honneurest acheté.
Chiron,dequilesfoinsformerent ſonjeuneâge,
L'inſtruiſit à paſſer les fleuves àla nage;
Abriſerdes torrens les flots impétueux ;
Afuirlesvains apprêts d'unluxe infructueux;
Avaincredanslalice , oùles filsde laGrèce,
Joignoient l'art aucourage&laforce àl'adreſſe;
Adompter lescourſiers, àſupporter enfin
L'ardente canicule, & la ſoif&la faim.
Qu'ilbrûle maintenant de rentrerdans la lice !
Son inſtinct vertueux ſert la frauded'Ulyſſe ,
Etlaiſlant la molleſleàdesbras énervés ,
Il voleàceshonneurs qui lui fontréſervés.
Jadis chez nos Français quelques ames ſtoïques
Conſerverent les mœursdecestems héroïques.
Onvittout Paladin ,loyal &courageux ,
DelaGréceimiterles combats&les jeux.
D'unbrasquen'avoitpoint affoibli l'indolence,
Il ſavoit, jeune encore, eſſayerune lance;
Accoutumoit au freinun rebellecourſier ,
Etnedédaignoitpas un metsſimple&groffier.
Maiscette courtoiſie , autrefoistant priſée,
Servitoitaujourd'hui defable &deriſées
Chaque jour, chaque inſtant voit changer nos
humeurs;
Les faux beſoins du luxe ont corrompu nos
mœurs.
@honte! O deceſiécleéternelle infamie!
16 MERCURE DE FRANCE.
Le citoyenchéritlamolleſſe ennemie ,
Etdel'oifiveté préfère les pavots
Auxlauriersdeſtinés pourlesnoblestravaux.
Tous lesjours ſont perdus dans un oubli pro
1
fane.
Lafleurdeſajeuneſſeavantletemsſefane:
Etlesmolleslangueursqu'adoptaSybaris ,
Denosbraves Hectors fontde lâchesPâris.
TonElève fuiraleurs trompeuſes amorces;
Il pourra , dès quel'âge aura mûri lesforces,
Vouer à ſaparrie uncourage aſſuré,
Et,dansuncorps robuſte, uneſprit éclairé.
Jetouche à cetteépoque oùlecride lagloire
Feravoler tonfils aux champsdelavictoire.
DeBelloneà ſes yeux quandla flammeauralui,
Mèretendre, il faudra teſéparerdelui.
Il faudraqueſonfrontdelauriersſedécore.
DeThierryſon aïeul lapalmefraîcheencore,
Autempledesvainqueursl'appeleſurſespas,
Etlui prometunnomqui nepérirapas.
Maispourquoiretracerces images ſanglantes ?
Mars eſt tropdéteſté parlesmèrestremblantes;
Al'aſpectdecedieu la nature frémit:
Sur ſes crimes brillans l'humanitégémit.
Ah! puifleundieu plusdoux,pour lebiendela
terre,
Etouffer à jamaisladiſcorde&laguerre!
Puiflent les Rois unjour nediſputerentr'eux,
Queſurl'artpeuconnudefairedesheureux!
OCTOBRE. 1770. 17
Simesvœux ſontremplis , fi l'olive ſacrée
Couvrelong-teins le frontde l'Europe éplorée ,
Tonfils ranimerales beaux arts abattus.
Il ſeradansla paixhéros parles vertus.
Il meſemblelevoirdanscesvallons champêtres,
Al'ombredecesboisqu'ont plantéſes ancêtres ,
Juger les différendsdes peuplesd'alentour ,
Etdubonheurdesſiens être heureux à ſon tour.
Parunfaſte érayé (urdes ruſesobliques ,
Iln'inſultera pointaux mifères publiques.
Qued'autres , profanant lecultedePalès,
Dufangdesmalheureux cimententleurs palais!
Ah!loinde s'abreuverdespleursde la patrie ,
Ilnourrit l'indigence, ilſoutient l'induſtrie ,
Il recueille , pour prix des foins quil'ont formé,
Lagloired'être utile ,&fur-toutd'être aimé
Sonnom ferachantéparles muſes divines.
Qu'untorrent en fureur, grondantdans les ra
vines ,
D'uncoursimpétueux précipite feseaux,
Entraîne les forêts , dévoreles troupeaux
Détruiſeàchaque inſtant&change ſes rivages;
Onvoudroit oublier ſes funeſtes ravages,
Les nymphes, en fuyant , évitent ſon courroux.
Le ruifleau plus paiſible offre un tableauplus
doux.
Ilfuitparmilesfleurs,&ſous l'ombrechérie
Desjeunes peupliers qui bordent la prairie.
Soncours tranquille&purfertiliſeles champs,
18 MERCURE DE FRANCE.
Etlesbergers enfontleſujetdeleurschants.
Ainſitonfilsunjourteprendra pourmodèle.
Il ſerabienfaiſant; & malyre fidèle ,
Maisplustouchantealors&plusdignedelui,
Chanteraſes vertusquej'augure aujourd'hui.
ParM. FrançoisdeNeufchâteau,
deplusieurs académies.
l'éducation defon Fils.
TESV
Es vœux ſontdonc remplis, mère ſenſible&
tendre;
Tonfils croît ſous tes yeux&commenceàt'en
tendre.
Touteſtnouveaupour lui, toutvientfrapper ſes
ſens;
Tout occupe à lafois ſesorganesnaiſſans.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ses yeux cherchent tes yeux, fa mainpreſſe la
tienne.
Il abeſoinencorquetonbras le ſoutienne;
Ilhéfite,chancelle, &bientôt, ſans effroi ,
Viendrad'unpiedplus fûrcourir autourdetoi.
• Lorſquetuluiſouris,ſa languecinbarraffée
Voudroit articulerlesfonsdelapenſée.
Oquej'aimeà tevoir, avec vivacité,
Deſesjeuxinnocenspartagerlagaîté,
Del'amourmaternelépuiſer lestendreſſes,
Lui rendreàchaque inſtantcarefſespourcareſſes,
Epierfesdefirs,&prévenant ſespleurs,
Deſonberceautranquilleécarter lesdouleurs!
Cesvertusd'unemèreappellentmonhommage.
Maistandis qu'enmesversj'enretracel'image,
Tonfilsavec ſesjours voit croître ſesbeſoins.
D'autres tems à ton cœur demandent d'autres
foins.
Veux-tuquetoutconſpireàremplirtonenvie?
Ilfautſemerde fleurs l'aurorede ſa vie;
Maisque les fruits toujours ſe cachent ſous les
fleurs.
Tonfils netedoitrien,s'il netedoitdes mœurs.
C'eſt le vœu del'hymen, c'eſt ladette facrée
Quet'impoſe leCiel, que taboucheajurée.
Tuluidonnaslejour; &, pour luidonnerplus,
Dans l'amedetonfilscultivetes vertus.
Rends-le digne , enunmot,de ſesdeſtinsprof.
** pères.
OCTOBRE. 1770. 7
Qu'il apprenneàporterlegrandnomdeſespères,
Etqu'enſe rappelant un fibeau ſouvenir ,
Il tranſmette le ſien aux fièclesàvenir.
AinſilejeuneAiglon, échappéde ſonaire,
Ofeenfins'élever au féjourdutonnerre ,
Etdansleurvolſublime, imitant ſesaïeux,
Fixe l'aſtre brûlantquirègneſur lescieux.
Mais,avantquetonfils aitcomblétonattente,
Tudoisplieraujoug ſajeuneffe inconſtante ,
Inſtruis-lepardegrés , &, dès ſespremiersans,
Montre-lui la raiſon ſousdes traits féduiſans.
Vois tu ce jardinier, d'unemain attentive,
Elaguer avec ſoin l'arbriſſeauqu'il cultive?
Laplanteſécheroit&languiroitſans lui.
Afatigenaiſſanteilpréſenteunappui.
Il abreuve tantôt la racine alterée,
Tantôtpreſcrit un cours à lasèveégarée,
Etcontrel'aquilontâche de protéger
Cedébile arbrifleau,l'eſpoirde ſonverger.
Lesſoinsde fon miniſtre àPomoneont ſuplaire.
1
Unjour, unjour viendra qu'ils auront leurfa
laire.
Déjà l'automneapproche,& ſestréſorsnouveaux
Dujardinierſoigneuxvontpayer les travaux,
L'arbreest chargédefruits qu'il doitàlaculture.
Ainfi l'artdesmortels peutaider la nature
Et,dansuntendre enfantvoyantl'hommefutur,
Diſpoſer ſon jeuneâge auxfruitsdel'âge mûr,
Aiv
8 MERCURE DE FRANCE.
Tonfils eſt l'arbrifſeau dont lafoiblefle implore
Les regards careflans de Pomone&de Flore.
Prodigue-lui tesſoins, &nourrisdans ſoncœur
Detousles ſentimens la féconde chaleur ;
Tafranchiſe déjàſepeintſur ſonvilage,
D'un eſpritgénéreux favorable préſage ,
Gardons-nous d'étouffercette ingénuité!
Ellehonore ſon âge&prouve ſabonté.
Qu'ilcroie à lavertu ſans ſoupçonner lecrime!
Ah! fi c'eſt une erreur, cetteerreureſt ſublime.
Il faut par les humains ſe laiſſerabuſer ,
Plutôtquede lescraindreoudeles mépriſer.
Si de tonfils déjà la mémoirefertile
Peut garder le dépôtd'une lecture utile,
Qu'il parcoure, en jouant, ces chef-d'œuvres
vantés
Quel'Eſope François ajadis enfantés.
Queces récitsnaïfs ontd'attraitspour ſonâge!
Laraiſon les approuve, & leur doux badinage
Qu'un ſophiste éloquent vainement aproſcrit,
Saitauprofitdu cœuramufer notre eſprit.
Eh! que ſertd'élever une voix doctorale ?
LaFontaine avec artdéguiſantſa morale,
Auxhumains qu'elle inſtruitpréſente unhame
çon ,
Ainſi quelepêcheuraucrédulepoiſſon.
Sans doute l'artd'inſtruire eſt nédel'art de plai
re.
Ettonfilsquicraindroitlacoupe alutaire,
OCTOBRE. 1770. ,
Sans le miel ſéducteur dont lesbords ſont cou
verts ,
Chérit la vérité ſouslemaſquedes vers.
Sur-toutqu'il n'aille pointdansla poudredes
claſſes ,
Delonâgetroptendreenſevelirlesgraces ,
Etdespédansobſcurshabiterlaprifon.
Ces triſtes raiſonneurs font haïr la raiſon.
Tun'imiteraspointlamarâtre infidèle
Quiveutquefes enfans ſoient exilés loind'elle
Et, nejetantſuteux qu'unregardpaſſager ,
Abandonne leur fort aux mainsd'unétranger.
Maisjevoischaquejourton élèvedocile
Prêter àtes conſeils uneoreille facile.
Deta voixqu'il adore il répéte les ſons;
Labouched'unemèreembellitles leçons.
Delaflédans tesbrasd'unepénible étude,
Il ſefaitdeteplaire une douce habitude;
Pourprixdeſes efforts ,ſon légitimeorgueil
Nebriguequ'un ſourire &neveut qu'uncoup
d'œil.
Alors, ſans fatiguer ſesorganesnovices,
Delafoibleraiſon recueillant les prémices ,
Tupourras quelquefoisranimerla langueur,
Menacerſans colere&punir ſansrigueur.
Il eſt des inſenſésqui , pour la moindreoffenſe,
Ne ſaventqu'effrayer & tourmenter l'enfance ;
Maistonfilsn'eſt puni quepar le ſentiment;
Lahonteſuit lafaute,elleeſtſon châtiment.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
Souvent res entretiensdans le fondde ſoname
Porteront des vertus lagénéreuſe flamme ;
Etquandtuleverrasſenſibleàtesdiſcours,
Deslarmesdetendreſſe entroublerontle cours.
Monfils, luidiras-tu,ſeuleſpoirdetamère,
Non,jeneformepointunevainechimère ,
Quandj'attends de ton cœurdenobles mouve
mens.
Letems vole,monfils,profitedes momens.
L'ufagedela vieen étendladurée.
Pourtenterla carriere àtes vœux préparée,
Pourfairetonbonheur, iln'eſtqu'unſeulmoyen;
Monfils, fois vertueux, fois homme & citoyen.
Entends-tudans ton cœurunevoix qui tecrie,
Qu'ilfaut aimer ſon maître &fervir ſa patrie?
Cet inſtinct généreux , dans tes veinestranſmis,
Eſt le plusbeautréſorqueje laiſſeà mon fils.
Ecarteloin detoi lafraude infidieuſe ,
Lacoupablemoleſſe& l'envie odieuſe,
Fuis le luxe indigent &l'orgueil effronté.
Apprendsquelagrandeur n'eſt rienſanslabonté.
Ah!lorſqu'un malheureux ſuccombeà ſesalar
mes,
La grandeur véritableeſtd'eſſuyer ſeslarmes.
Maisſurtout, dansle ſeinde lareligion,
Descommunes erreursfuisla contagion.
Chéris l'Etre Suprême& foisutile auxhommes.
Sid'autres Spinoſa, dans le ſiècle oùnous fom
mes,
OCTOBRE. 1770. 11
Infectent les eſprits deconſeils venimeux;
Rejetteloindetoi leurdélire fameux.
Crains fur-tout, crains ledoute où leur ame eſt
flottante.
Ah! monfils, qu'au tombeau jedeſcendrai con
tente,
Si tuſuis laraiſon , ſi tu chérisl'honneur.
Mais quels regrets amers ,quel trouble empoi
fonneur
Viendroient flétrir mon ame&defléchermavie,
Side triſteserreurstajeuneſſe ſuivie ,
Danslevaintourbillondescoupablesplaiſirs
Peutloindemoijamais égarertesdefirs.
Hélas!pardonne aux pleurs qui mouillent mon
viſage.
Moncœur n'acceptepointcefuneſtepréſage:
Monfils , pour raſſurercecœur trop combattu ,
Jured'aimer toujours tamère&la vertu.
Acesdiſcourstouchans, àcetendrelangage ,
Jevoispleurerton fils; jel'entendsquis'engage
Parlefermentfacréquetuluiveux dicter ,
D'embrafler lavertu pournelapointquitter.
Va,ceſermentn'eſtpointune chaîne frivole;
Il prometàſa mère,iltiendraſaparole ,
Sur ſes lévres alors ſoncœureſttoutentier;
Etſon ameàla tienneaimeàſe confier.
Ainfide ſes devoirs offre-lui laſcience;
Qu'ilcroiſſeſousl'abrideton expérience;
vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Tellepiloteveilleaumilieudelanuit,
Etdérobeauxécueils levaiſſeauqu'il conduit.
Cependantl'âgevientoùtonfilsmoinsdébile
S'accoutume au travailſous unMentorhabile.
L'Antiquitédévoileàſesyeux aſſidus
Ses hommes immortels, ſes dieux qui ne font
plus.
Il ravit les tréſors &deRome &d'Athènes.
L'étude le tranſporte aux tems des Démosthè
nes ,
Auxbeauxjours d'Alexandre , au fiècle desCé
fars,
Parmi tous les enfansdeMinerve & desArts.
Fier& ſenſibleAchille , il reflent ton outrage ,
Frémitdetavengeance& chérittoncourage.
Didon, àtesregrets il ſelaiſſetoucher ;
Etſespleurs ,d'Euryale , arrofent lebucher.
Racinel'intéreſſeaux plaintes d'Andromaque.
Il ſuit chezCalyplo lejeuneTélémaque ;
Avecluidansl'Egypte il croit êtrecaptif;
Il voleſurles pas d'Ulyſſe fugitif.
Ilvoitavectranſport aux mursd'Idomenée
L'équité floriſlante& la paix ramenée.
Quelleeft donc ta magie, ôdivinFénelon !
Taproſe enchantereſſeeût ſéduitApollon.
Chez toi le ſentiments'unifſoit augénie,
LesGraces t'inſpiroient une mâle harmonie,
EtMinerve elle-même eut recoursàta voix
Pourlebiendes mortels& l'exempledesRois.
OCTOBRE. 1770. 13
Quels cœurs à tes diſcours pourroient être re
belles?
Notreélèvecharmédefictionsfibelles,
Pourdesobjetsnouveaux brûled'un nouveaufeu
EtſerenddigneenfindelireMonteſquieu.
Duclimat ſur les mœurs il diftingue l'emprein
te;
Il voitledeſpotiſme affermipar lacrainte,
Etl'honneur ſous les Roisdéployer ſa fierté,
EtlaVertu marcher avec la Liberté.
Dansle Dédaleobſcur oùl'eſprits'enveloppe,
Il s'avanceau flambeaudeMontagne&de Pope,
Et,desvainspréjugésheureuſementvainqueur,
Habiteavec loi-mêine&deſcend dans ſon cœur.
Il pénétrele templeoùla ſageUranie
Trace del'Univers l'éternelle harmonie,
Et va, du grand Newtondiſcipleaudacieux,
Peſerdans ſabalance &laterre&les cicux.
Unverreafſujettità ſon regard avide
Tous lesglobes éparsdans lesplaines duvuide.
Il les voitl'un vers l'autre attirésdans leur cours,
Ettoujourss'approcher& s'éloignertoujours.
Ils obéiflent tous aux loix qu'il leurimpoſe.
Enſeptrayonségaux ſon priſmedécompoſe
Unrayon échappédes célestes lambris ,
Etſurprendles couleurs de l'écharpe d'Iris.
Des feuxbrûlans dujourilraſſemble l'élite;
Ettoidenotreglobe, ô pâle Satellite ,
Ildevine tamarche, illarègle,&tavois
14 MERCURE DE FRANCE.
Tescourſiers vagabondsdocilesà ſa voix.
Lescomêtes pourlui neſont plus ces fantômes
De qui l'aſpect vengeurmenaçoitlesroyaumes.
Il fait queleſoleil,à ces aſtres errans ,
D'une flammenouvelleemprunte les torrens.
Il préditleur retour&marque leur diſtance.
Des élémens rivaux le choc &la ſubſtance ,
Cestroisrègnes fameux qu'enEgypte autrefois,
Hermèsà ſonpouvoir ſoumettoittous lestrois;
Lanature, enunmot,eſt l'objetde ſesveilles.
Ocombiencetamasde ſublimes merveilles ,
Combien cegrandſpectacleétonnera ſes yeux!
Il verra que l'étude eſt un préſentdes cieux.
C'eſtuntréſor ſacréquelevulgaire ignore.
Midas haitles ralens, Frédericles honore :
Sonnomparle trépasneſerapointvaincu ;
Maisquivit ſanspenſer, meurt ſansavoirvécu.
L'existence eſt un poids dontlamortledélivre.
Tandisquetonélèveàl'étude ſelivre ,
Tudois, pour régler mieux l'emploi de ſes mo
mens ,
Profiter avec artde ſes délaflemens.
Qu'il tentechaque jourunpénibleexercice ;
Autravail obſtiné que ſon corps s'endurcifle:
Lamolleſſejamais ne forma leshéros.
Eh! ſitoujoursAchille eût languidansScyros,
De la lyred'Homère auroit-il été digne?
Non: d'un loiſir honteux ſa grande ame s'indi
gne.
OCTOBRE. 1770. 15
Il ſent qu'un tel reposeſtunelâcheté ,
Etquepar letravail l'honneurest acheté.
Chiron,dequilesfoinsformerent ſonjeuneâge,
L'inſtruiſit à paſſer les fleuves àla nage;
Abriſerdes torrens les flots impétueux ;
Afuirlesvains apprêts d'unluxe infructueux;
Avaincredanslalice , oùles filsde laGrèce,
Joignoient l'art aucourage&laforce àl'adreſſe;
Adompter lescourſiers, àſupporter enfin
L'ardente canicule, & la ſoif&la faim.
Qu'ilbrûle maintenant de rentrerdans la lice !
Son inſtinct vertueux ſert la frauded'Ulyſſe ,
Etlaiſlant la molleſleàdesbras énervés ,
Il voleàceshonneurs qui lui fontréſervés.
Jadis chez nos Français quelques ames ſtoïques
Conſerverent les mœursdecestems héroïques.
Onvittout Paladin ,loyal &courageux ,
DelaGréceimiterles combats&les jeux.
D'unbrasquen'avoitpoint affoibli l'indolence,
Il ſavoit, jeune encore, eſſayerune lance;
Accoutumoit au freinun rebellecourſier ,
Etnedédaignoitpas un metsſimple&groffier.
Maiscette courtoiſie , autrefoistant priſée,
Servitoitaujourd'hui defable &deriſées
Chaque jour, chaque inſtant voit changer nos
humeurs;
Les faux beſoins du luxe ont corrompu nos
mœurs.
@honte! O deceſiécleéternelle infamie!
16 MERCURE DE FRANCE.
Le citoyenchéritlamolleſſe ennemie ,
Etdel'oifiveté préfère les pavots
Auxlauriersdeſtinés pourlesnoblestravaux.
Tous lesjours ſont perdus dans un oubli pro
1
fane.
Lafleurdeſajeuneſſeavantletemsſefane:
Etlesmolleslangueursqu'adoptaSybaris ,
Denosbraves Hectors fontde lâchesPâris.
TonElève fuiraleurs trompeuſes amorces;
Il pourra , dès quel'âge aura mûri lesforces,
Vouer à ſaparrie uncourage aſſuré,
Et,dansuncorps robuſte, uneſprit éclairé.
Jetouche à cetteépoque oùlecride lagloire
Feravoler tonfils aux champsdelavictoire.
DeBelloneà ſes yeux quandla flammeauralui,
Mèretendre, il faudra teſéparerdelui.
Il faudraqueſonfrontdelauriersſedécore.
DeThierryſon aïeul lapalmefraîcheencore,
Autempledesvainqueursl'appeleſurſespas,
Etlui prometunnomqui nepérirapas.
Maispourquoiretracerces images ſanglantes ?
Mars eſt tropdéteſté parlesmèrestremblantes;
Al'aſpectdecedieu la nature frémit:
Sur ſes crimes brillans l'humanitégémit.
Ah! puifleundieu plusdoux,pour lebiendela
terre,
Etouffer à jamaisladiſcorde&laguerre!
Puiflent les Rois unjour nediſputerentr'eux,
Queſurl'artpeuconnudefairedesheureux!
OCTOBRE. 1770. 17
Simesvœux ſontremplis , fi l'olive ſacrée
Couvrelong-teins le frontde l'Europe éplorée ,
Tonfils ranimerales beaux arts abattus.
Il ſeradansla paixhéros parles vertus.
Il meſemblelevoirdanscesvallons champêtres,
Al'ombredecesboisqu'ont plantéſes ancêtres ,
Juger les différendsdes peuplesd'alentour ,
Etdubonheurdesſiens être heureux à ſon tour.
Parunfaſte érayé (urdes ruſesobliques ,
Iln'inſultera pointaux mifères publiques.
Qued'autres , profanant lecultedePalès,
Dufangdesmalheureux cimententleurs palais!
Ah!loinde s'abreuverdespleursde la patrie ,
Ilnourrit l'indigence, ilſoutient l'induſtrie ,
Il recueille , pour prix des foins quil'ont formé,
Lagloired'être utile ,&fur-toutd'être aimé
Sonnom ferachantéparles muſes divines.
Qu'untorrent en fureur, grondantdans les ra
vines ,
D'uncoursimpétueux précipite feseaux,
Entraîne les forêts , dévoreles troupeaux
Détruiſeàchaque inſtant&change ſes rivages;
Onvoudroit oublier ſes funeſtes ravages,
Les nymphes, en fuyant , évitent ſon courroux.
Le ruifleau plus paiſible offre un tableauplus
doux.
Ilfuitparmilesfleurs,&ſous l'ombrechérie
Desjeunes peupliers qui bordent la prairie.
Soncours tranquille&purfertiliſeles champs,
18 MERCURE DE FRANCE.
Etlesbergers enfontleſujetdeleurschants.
Ainſitonfilsunjourteprendra pourmodèle.
Il ſerabienfaiſant; & malyre fidèle ,
Maisplustouchantealors&plusdignedelui,
Chanteraſes vertusquej'augure aujourd'hui.
ParM. FrançoisdeNeufchâteau,
deplusieurs académies.
Fermer