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1
p. 232-240
De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Début :
Toutes les lettres d'Espagne ne présentent que des détails préparatifs formidables que l'on y [...]
Mots clefs :
Bruxelles, Vent, Vaisseaux, Français, Combat, Amiral, Ligne, Bataille, Roi, Lettre, Anglais, Manche, Mademoiselle Raucourt, Française
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texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
De BRUXELLES le 10 Septembre.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
,
TOUTES les lettres d'Efpagne ne préfentent que
des détails des préparatifs formidables que l'on y
fait.. On écrit d'Utrera , à 4 lieues de Séville , qu'on
va y former un Camp de 20 mille hommes, & que;
tous les Grenadiers Provinciaux du Royaume ont
ordre de fe raffembler au Camp de St. - Roch , devant
Gibraltar . La Marine eft maintenant fur le pied
le plus refpectable ; les Matelots néceffaires à tant
de vaiffeaux , n'auroient pu être levés dans le
Royaume , fans interrompre le fervice du Commerce
& de la Pêche ; les Etrangers en ont fourni ;
il en eft arrivé 10,000 de Naples , dont 3000 Napolitains
, & 7000 Grecs de Lipari . Ils ont mis
en état d'en renvoyer un pareil nombre de Nationaux .
au Commerce ; dans deux ans , ils reviendront fur la
Marine du Roi , prendre la place de 10,000 autres .
Nationaux qu'on renverra pour fervir à leur tour
le Commerce . Tant de mouvements & de préparatifs
font toujours penfer qu'on a en vue des projets d'une
grande importance ; on ne tardera pas à les pénétrer ,
ce qu'on lit dans la lettre fuivante de Madrid , eft
し
( 233 )
לכ vrai. » Le Roi a fait demander à l'Ambaffadeur d'Angleterre
, raifon de l'infulte faite à fon pavillon dans
le Miffiffipi. On peut le rappeller qu'un Capitaine
Anglois fit des menaces au Gouverneur de la Nouvelle
-Orléans , pour avoir donné afyle dans ce Port
à deux Corfaires Américains , qui avoient pris 2
bâtiments Anglois dans ces parages , & que ce Capitaine
n'ayant pu intimider le Gouverneur Efpagnol
, retourna à la Jamaïque pour y demander un
renfort dans la vue de fe faire lui -même juftice . La
demarche actuelle de l'Espagne femble prouver
qu'elle foutient les Américains , comme fes alliés ,
& qu'elle ne tardera pas à faire cauſe commune avec
la France , aux termes du pacte de famille. On dit
même ici très -publiquement , que deux Députés des
Etats - Unis ont conclu fecrètement un Traité avec
cette Cour ; & qu'enfuite ils font parcis pour la Corogne
, où ils fe font embarqués de nuit , fur les
Paquebots dont on a tant parlé le mois paflé «.
On fe rappelle le bruit calomnicux qui s'étoit répandu
au fujet de Mlle . Raucourt , célèbre Actrice
Françoife , fur la foi d'une Gazette Allemande ; cette
Actrice empreffée de le détruire , écrivit de Heffe-
Caffel , où elle fe trouvoit , à M. le Baron de la
Houze , Miniftre Plenipotentiaire du Roi , près les
Princes & Etats du Cercle de la Baffe - Saxe , Réfident
à Hambourg , qui lui répondit fur- le-champ : » J'allois
partir pour aller dîner à la campagne , Mlle. ,
quand l'Eftafette que vous m'avez dépêché le 4 de
ce mois , m'a apporté ce matin à 11 h . & demie , la
lettre par laquelle vous réclamez la juftice qui vous
eft due , relativement au féjour que vous avez fait à
Hambourg. J'ai tout quitté pour vous la procurer;
je me fuis cmpreffé de recourir à M. le Syndic Schuback
, pour détruire par un Certificat ce que la plus
noire calomnie a inventé . J'adreffe au Ministre du
Roi ce Certificat que j'ai légalifé , & qui ſera ſuivi
d'un hommage rendu en votre faveur à la vérité ,
( 234 )
dans les Gazettes de Hambourg que je vous feraf
paller par le premier ordinaire. Je defire qu'il puiffe
contribuer à votre fatisfaction . Je ſuis Mile. Signé.
Le Baron de la Houze.
Le Certificat de M. Schuback eft conçu ainfi :
»Mlle Raucourt, célèbre actrice Françoile , a féjourné
quelques femaines ici au commencement de cet été
avec Mlle . de Souque , qui y avoir un procès ; &'
comme j'ai été nommé Commiffaire par le Sénat
dans ce procès , j'ai été à même de connoître Mile.
Raucourt & tout le tems quelle a été ici , elle a
mené une vie & une conduite irréprochables en tout
point ; il eft faux qu'elle ait fait une fauffe lettre de
change & ait été obligée de quitter la ville après
une punition publique. En foi de quoi , je donne le
préfent certificat «. Signé Schuback , Syndic.
M. le Baron de la Houze a donné la légalifation
fuivante à cette pièce , « Nous Mathieu de Baſquiat
Chevalier , Baron de la Houze , & Miniftré plénipotentiaire
de S. M. T. C. près les Princes & Etats du
Cercle de baffe Saxe , certifions & atteftons à tous
qu'il appartiendra , que le certificat & la fignature
ci- deffus font véritablement de M. Schuback , Syndic
de la République de Hambourg , & que foi doit y
être ajoutée tant en jugement que dehors ; en foi de
quoi avons délivré le préfent , figné de notre main ,
contrefigné par notre Secrétaire , & fcellé du cachet
de nos armes. A Hambourg ce 6 Août 1778. La
Houze. Et plus bas , Saint- Paul.
Mile Rancourt a fait faire plufieurs copies de
ces pièces , que le Miniftre du Roi à Heffe- Ċaffel , a
auffi légalifées , & qu'elle a envoyées par- tout . Nous
fouffigné , Miniftre plénipotentiaire de S. M. T. C.
auprès du Landgrave règnant de Heffe- Caffèl , certifions
que les copies ci-deffus font en tout conformes
aux originaux que nous en avons lus , & qui font
reftés aux mains de Mlle. Raucourt . Fait à Caffel ,
le 30 Avril 1778. Ce font certainement les ennemis
( 235 )
de Mlle. Raucourt qui l'ont auffi cruellement calomniée
dans les différens bulletins qui circulent dans
Paris. Le Comte de Grais «.
Les flottes Françoife & Angloife font à la veille
de fe mefurer une feconde fois ; on fait que la première
eft bien déterminée à ne laiffer à la feconde
aucun prétexte d'effayer d'en impofer à fa Nation
& à l'Europe , qui n'ont point été trompées fur l'iffue
du combat. En attendant que l'Amiral Keppel parvienne
, s'il le peut , à réparer l'échec qu'il a reçu
dans celui d'Oueffant , les Gazetiers Anglois ne ceffent
de répéter des relations de fon prétendu triomphe.
Un Officier de l'armée navale de France vient
d'adreffer une lettre à l'Amiral Anglois , à bord de
l'efcadre Françoife près d'Oueffant le 9 Août ; c'eft
une réponse à celle que la Gazette de Londres , a
imprimée fous le nom de M. Keppel , à qui perfonne
en France n'a fait l'injure de croire qu'elle fût de
lui ; cette réponſe en conféquence s'adreffe à l'Auteur
inconnu de cette lettre. Après avoir obſervé l'attention
de l'Auteur à vanter les fuccès des Généraux Anglois
en Amérique pendant qu'ils y éprouvoient des revers
continuels ; la relation du combat de la Belle
Poule , de la priſe de 2 frégates par 21 vaiffeaux
Anglois qui tenoient la mer , tandis que les François
étoient dans leurs rades ; on admire , avec raifon ,
fon entrepriſe hardie , de préfenter comme victorieufe
une flotte battue , & qui avoit pris la fuite 24
heures avant que les vainqueurs entraflent dans Breft.
" Vous dites qu'avant le 27 Juillet les François
avoient fui l'occafion de combattre & pourquoi
donc vous étiez -vous réfugiés dans la Manche , dont
ils gardoient l'entrée , où vous faviez qu'ils n'iroient
pas , où vous aviez des Ports , où ils n'en ont aucup ,
* Cette lettre imprimée avec le plan figuré des principales
évolutions des deux armées navales , fe trouve à Paris , chez
Fournier , Libraire , rue du Hurepoix .
( 236 )
où un feul coup de
auroit difperfé leur
23 au 24,
vent , tel que celui du
armée & jetté leurs vaiſſeaux à la côte Avant cette époque du 23 , vous étiez donc réduits vous-mêmes à des croiſières sûres & renfermées
, en nous abandonnant
le golfe de Gascogne & les grandes mers qui y communiquent
. L'éloignement
des François , à l'époque du coup de vent du 23 , n'eut que l'objet indifpenfable
de leur sûreté ; & c'est ce même vent forcé de nord- oueft qui les mit au large & vous fit fortir de la Manche , égale- ment pour votre sûreté , & lorfque vous faviez bien que les François ne pouvoient plus être à portée de vous en défendre la fortie. Du 24 au 27 , vous fûtes
à la vue les uns des autres ; les François s'étoient rapprochés
de vous dès qu'il l'avoient pu ; ils n'a- voient donc pas évité le combat : il ne vous le livrè- rent point , parce que vous l'évitiez vous- mêmes , & qu'ils attendoient d'être joints par le Duc de Bour gogne & l'Alexandre
, que la tempête avoit écartés : ils évitoient fi peu le combat , qu'ils ne manoeuvroient
que pour l'engager le 27 , quoique ces deux vaif- feaux n'euffent pas rejoints. Ils vous y forcèrent
lorfque les deux armées faifant la même route , nôtre revira par la contremarche
. Cette manoeuvre
, qui trompoit votre Amiral , mit bientôt l'avant-garde & le centre des François hors de mefure. Vous revi- râtes alors vent devant , & vous forçâtes de voiles pour attaquer & féparer , avec l'avantage du nombre, l'arrière-garde de vos ennemis ; alors , par leur ma noeuvre , & non par les vôrres , vous vous trouvâtes
pour la première fois à la portée de leur canon. Auffi- tôt ils revirèrent
de nouveau, vent devant , tous à la
fois ; & prolongeant
leur ligne en fens contraire. chacun de vos vailleaux fut obligé de recevoir le feu de tous les vaiffeaux François
, & réciproquement
de le leur rendre.
la
» Pendant certe promenade militaire de 30 de vos
vaiffeaux contre 27 ( M. le Comte d'Orvilliers en
( 237 )
avoit mis en réferve ) , vous aviez l'avantage du
nombre , des calibres , de l'échantillon de la force
& du rang , puifque vous aviez s vaiíleaux de 3 ponts ,
& que les François n'en avoit que 2 ; vous aviez la
fupériorité de 300 canons ; panchés par le vent , vous
aviez la facilité de vous fervir de tout votre feu quand
l'armée de France ne pouvoit pas faire ufage de fes
premières batteries : & malgré ces avantages , vous
favez que quand les deux lignes fe furent dépaffées ,
tous les vaiffeaux François furent en état de manoeuvrer
& de combattre. Vous convenez auffi que vous
aviez beaucoup fouffert; plufieurs de vos vaiffeaux
étoient démâtés & fans voiles ; vous en aviez au
moins 7 de défemparés . Les François , malgré la
grande inégalité de leurs forces , vous avoient donc
battus autant que le genre
de combat , qui venoit de
Le donner , avoit pu le leur permettre.
"Vous ne craignez pas de dire que
dans cette fituation
les François fe formèrent en bataille , & enfuite
qu'ils le refufèrent à un fecond combat. Cette contradiction
eft manifefte : fe former en bataille , c'eſt
au moins ne pas refufer le combat , c'eſt au contraire
s'y difpofer & le préfenter de nouveau. Et pourquoi
s'y feroient -ils refufés , puifque , par vos propres
aveux , ils avoient moins fouffert que vous ?
Les deux lignes s'étant dépallées & fuivant un- cours
oppofé , il falloit , de toute néceffité , que l'une des
deux , au moins , revirât de bord pour vous remettre
en préfence. Ce furent les François qui revirèrent par
la contre-marche ; ils ne craignirent point defe former
en bataille fous le vent pour avoir la poffibilité d'engager
une nouvelle action. Vous mîtes à profit cet
avantage du vent pour vous foutenir loin d'eux , &
ce n'étoit pas à l'approche de la nuit , comme vous le
dites : il vous reftoit plufieurs heures de jour , dont
on préfume que votre Amiral aurcit fait , s'il l'avoit
pu , un plus glorieux ufage. Le Général François
fous le vent ne pouvant pas vous approcher , quand
( 238 )
vous ne le vouliez point , vous provoqua en vain à
un combat qui ne dépendoit que de vous ; & lorſque
la nuit fut venue , maître du champ de bataille , allumant
fes feux pour que vous n'euffiez pas l'excufe
de l'avoir perdu de vue , ne vous difcernant plus dans
la profonde obfcurité dont vous vous étiez prudemment
enveloppés , vous vous remîtes dans la Manche
auffi promptement que le défordre de quelques - uns
de vos vailleaux traîneurs pouvoit le comporter.
» C'eft après avoir cédé le champ de bataille , après
avoir été forcés à un premier combat de ligne , quand
vous n'aviez cherché qu'une ſurpriſe d'arrière -garde
après avoir évité une feconde action , après avoir fui
toute une nuit fans fanaux vers Plymouth , & enfuite
plus avant jufqu'à Portſmouth , pour y réparer vos
vailleaux délabrés , que vous dites aux 20,000 compagnons
de cette fuite , & à l'Europe entière , que les
François n'ont pas voulu combattre ! Le Général
François refta toute la journée du 28 dans les mêmes
eaux où il avoit combattu ; il vous fit fuivre par fes
frégates , & vous étiez déja bien loin quand il profita
de la proximité de fon port pour y débarquer fes
bléffés & réparer des dommages , fuites inévitables
d'un combat. Dès le lendemain trois de fes vaiſſeaux
reparurent à l'entrée de la Manche.
» J'étois occupé , faites -vous dire à M. l'Amiral ,
de la pourfuite d'une flotte nombreuſe de vaiffeaux
de guerre François. Quoi ! dans la Manche , où ils
n'étoient pas entrés , d'où vous n'êtes fortis que par
les mêmes vents qui les avoient éloignés , & pour
éviter les mêmes dangers de la côte ? Vous ne les
avez pas pourſuivis dans la Manche : dans quel efpace
les avez-vous donc pourfuivis ? La flotte Françoife
étant toujours au vent & gagnant le large , j'employai
tous les moyens poffibles de la ferrer de
près... Cette précaution étoit devenue néceſſaire à
raifon de la manière circonfpecte avec laquelle les
François manoeuvroient. Ils fuyoient & manoeu
( 239 )
vroient ! Ils gagnoient le large , & fe trouvoient au
plus près fur Oueffant ! La vérité eft qu'ils vous ferroient
de près eux mêmes , & fur la ligne la plus
avancée dont ils vouloient vous défendre l'approche.
>
» Les François , ajoutez-vous , commencèrent à
faire feufur celui des vaiffeaux de la Divifion du
Vice - Amiral Sir Robert Harland. Les François devant
Queffant fur la ligne qu'ils ne vouloient ni ne
devoient pas dépaffer , font feu les premiers ; ils
avoient le vent & pouvoient vous éviter ; eft- ce ainfi
qu'ils vous fuyoient ? C'eft le premier vaiffeau de la di
vifion de votre Vice-Amiral qui tira fa première bordée
fur le Saint-Esprit , quand la manoeuvre preflante &
hardie du Général François , en ordonnant qu'on vi
rât ENSEMBLE Vent devant , eut déconcerté vos projets
& vous eut obligé de combattre , non pas une
arrière-garde , mais une ligne entière. Vous voudriez
bien que l'on crût que , par le premier feu , les Fran
çois ont été les aggreffeurs . Eh ! qu'importe ce premier
feu ? dès qu'ils avoient été fi bien poursuivis, fi
bien ferrés de près , vous vous étiez déclarés leurs
ennemis , & la défenfe , au moins , leur étoit permife.
Il paroit , dites vous , pour M. l'Amiral , que l'objet
des François a étéde défemparer les vaiffeaux du Roi
de leurs mâts & de leurs voiles , projet dans lequel
ILS ONT SI BIEN RÉUSSI , qu'ils ont mis plufieurs
vaiffeaux de ma flotte HORS D'ÉTAT DE ME SUIVRE
, lorfqueje virai vent arrière à l'effet de porter
vers la flotte Françoife ; je me vis donc obligé de
virer encore pour joindre les vaiffeaux , &c. Les
François avoient donc bien réuffi à défemparer plufieurs
vaiffeaux , & fi bien réuffi , que plufieurs ne
pouvoient pas vous fuivre , & c. Et qu'auriez - vous
voulu que les François euffent fait de mieux ? Ils
avoient mis une partie de votre armée hors de combat
, & obligé l'autre de manoeuvrer pour la joindre ,
c'eft à -dire , de ceffer de combattre , de refter dans
l'impoffibilité , non-feulement de nous attaquer , mais
( 240 )
même de fe défendre . Si l'aveu de votre embarras &
de votre impuiflance étoit moins clair , moins précis ,
je vous dirois que votre ligne étoit dans le plus grand
défordre ; que plufieurs de vos vaiffeaux étoient démâtés
; quelques-uns fans voiles & fans vergues ;
qu'un de ceux à trois ponts , qui porroit pavil
bleu à fa milaine , étoit démâté de fon grand mât .
qu'un autre des vôtres fit ridiculement feu de fes deux
bords hors de toute portée ; que votre vaiſſeau Amiral
, après avoir effuyé la bordée de la Bretagne & de
la Ville de Paris , arriva tast qu'il le put , & ceifa
tout fon feu ; que celui des François fut fi prompt &
fi terrible , que la Bretagne feule , en longeant votre
ligne , tira 1400 coups de canon ; que la Ville de
Paris , dérivant par défaut de conftruction , affaillie
de basbord & de ftribord par votre Amiral de 100
canons , & le Formidable de 90 , les combattit tous
deux à la fois , & les força de fe retirer ; qu'enfin , en
terminant le premier combat , nous avions fi bien
réuffi à vous défemparer , que d'après votre propre
conviction , & dans peu de momens , notre victoire
auroit été complette fi notre pofition nous avoit permis
de regagner le vent... Vous avouez que les
François , vers le déclin du jour , eurent le tems de
rallier leurflotte & de la former en ligne de bataille
fous le vent de la vôtre ; ils pouvoient donc ce que
vous ne pouviez plus , former une ligne de tous leurs
vaiffeaux ; donc aucun d'eux n'étoit défemparé : s'ils
fe mirent en bataille , ils vous offrirent le combat ,
que vous n'acceptâtes point , quoiqu'ayant le vent ,
vous fuffiez libre de l'accepter. Ils ofèrent vous défier
fous le vent ; mais comment auroient- ils pu vous
rejoindre , quand vous aviez reviré pour joindre en
arrière vos vaiffeaux défemparés ? Ce fut l'avantage
du vent & non le déclin , fuppofé , du jour qui , pendant
plufieurs heures , vous fit éviter une feconde action
, que vous n'étiez plus en état de foutenir.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : De BRUXELLES, le 10 Septembre.
Le document du 10 septembre détaille les préparatifs militaires en Espagne, notamment la création d'un camp de 20 000 hommes près de Séville et le regroupement des grenadiers provinciaux. La marine espagnole est renforcée par des matelots étrangers, permettant aux marins nationaux de se consacrer au commerce et à la pêche. Ces actions laissent présager des projets significatifs, possiblement une alliance avec la France contre l'Angleterre. L'Espagne a également protesté auprès de l'ambassadeur anglais après une insulte faite à son pavillon sur le Mississippi. Des rumeurs parlent d'un traité secret entre l'Espagne et les États-Unis. Le texte défend également Mlle Raucourt, une actrice française, contre des calomnies publiées dans une gazette allemande, confirmant son innocence grâce à des certificats et légalisations. En réponse à une lettre de la Gazette de Londres attribuée à tort à M. Keppel, le document critique le parti pris en faveur des généraux anglais en Amérique malgré leurs revers. Il mentionne la bataille de la Belle Poule et la prise de deux frégates françaises par 21 vaisseaux anglais. La réponse conteste les accusations de fuite des Français avant le 27 juillet, expliquant que leurs mouvements étaient dictés par des considérations de sécurité face à des conditions météorologiques défavorables. Entre le 24 et le 27 juillet, les deux flottes étaient en vue l'une de l'autre, mais les Français attendaient des renforts avant d'engager le combat. Lors de l'affrontement naval, les Anglais bénéficiaient d'un avantage numérique en vaisseaux et en canons. Les Français ont maintenu leur capacité de manœuvre et de combat. Les Anglais accusent les Français d'avoir refusé un second combat, ce que la réponse réfute en soulignant que se former en bataille signifie se préparer au combat. Après la bataille, les Anglais se sont éloignés pour réparer leurs vaisseaux endommagés. Les Français accusent les Britanniques de ne pas avoir voulu combattre, soulignant leur supériorité du vent et leur prudence. Les Français ont réussi à désemparer plusieurs vaisseaux britanniques, évitant ainsi une seconde confrontation.
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2
p. 139-142
De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Début :
Les Etats de Frise ont écrit aux Etats-Généraux assemblés à la Haye, pour demander [...]
Mots clefs :
Bruxelles, États de Frise, Villes, La Haye, République, Province, Provinces, Résolution
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
De BRUXELLES , le 17 Décembre.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
LES Etats de Frife ont écrit aux Etats-
Généraux affemblés à la Haye , pour demander
une diminution du contingent qu'ils
doivent fournir dans les dépenfes de la
République . Cette lettre a été envoyée par
la Généralité aux Etats de chaque Province ;
ceux de Hollande ont déclaré fur-le- champ
que le tems actuel n'étoit pas celui de fonger
à une nouvelle répartition , vu que la République
étoit agitée par une guerre audehors
& des troubles au- dedans ; mais que
les repréfentations de la Frife paroiffant
juftes , ils vouloient bien fe charger de
fournir un demi-million de florins pour completter
le déficit de cette Province , comme
ils l'avoient déja fait pour la Zélande , juſqu'à
( 140 )
ce qu'on pût convenir d'une nouvelle répartition
; celle qui a lieu actuellement peut
donner une idée de l'importance & de la
confiftance respective des 7 Provinces - Unies ;
c'eft ainfi qu'une Gazette Hollandoife en
préfente le tableau.
33 Sur chaque centaine de florins à fournir par la
Généralité , les Provinces contribuent de la manière
fuivante.
La Gueldre pour
La Hollande
La Zélande
Utrecht .
La Frife
Ovéryffel .
SA. 12 13 .
58 6 4
9 3
4 16 7 .
• II
3 S.
3
11 " 5.
Groninge S IS
110 A.
Les divifions règnent toujours dans la
République , qui , dans le moment préfent
, auroit plus befoin que jamais de fe
réunir.
La Chambre des 11 villes , écrit-on de Leuwarde
, qui forme le Quatrième quartier des Etats de la
Province de Frife , s'eft conftamment oppofée aux
réfolutions des 3 autres Chambres , compofées par
les Députés , tant Nobles que Francs- Tenanciers des
trois quartiers du plat pays , & on fait que cette
conduite , fi contraire au vou du peuple , n'eft attribuće
qu'à l'influence qu'un feul individu exerce daus
chacune de ces villes , fous le nom de premier
Bourgmestre , & à la coutume qui s'étoit introduite
de rendre la nomination à toutes les charges Municipales
dépendante de la Cour Stadhoudérienne.
L'excès de cet abus a caufé , de la part du Magiftrat
de Dockum , une démarche vigoureuſe ; il a
réfola unanimement ( à l'exception du premier
( 141 )
-
Bourguemeftre ) de rendre , aux Membres de
fa Régence , l'ancienne liberté de difpofer des
Charges Provinciales qui vaqueront , d'en informer
les dix autres Villes par lettres circulaires
en les exhortant à fuivre fon exemple , & d'en prévenir
également le Prince ; ce qui a été fait par une
lettre en date du 29 Novembre. Le Magiftrat , dans
la réfolution prife le 26 , donne les motifs fuivans
de fa démarche. Qu'étonné & mécontent des avis
donnés par le Quartier des Villes dans les délibé
rations d'Etats contre le fentiment des trois autres
Quartiers , quoique tendant évidemment à avancer
le bien public dans les affaires les plus effentielles ,
il ne pouvoit attribuer un procédé fi étrange qu'aux
obligations que les principaux Députés de ce Quartier
( les premiers Bourguemeftres font conftamment
du nombre ) ont au Stathouder & à la dépendance
où ils font à fon égard : il n'a pris cette réfolution
que pour prévenir les effets de cette influence .
-
Cette réfolution a été mise à exécution fur- lechamp
, en nommant à deux places qui ont vaqué
dans le Confeil Municipal. La lettre circulaire , expédiée
aux dix autres Villes , y a été déja miſe en
délibération ,
Pendant ces difcuffions , qui annoncent
néceffairement du mécontentemenr les
Bourgeois de la Haye , à la fuite d'une fête
qu'ils font dans l'ufage de donner au Stathouder
, avoient projetté de lui offrir une
adreffe , pour le remercier des ouvertures
franches & fatisfaifantes , & des foins paternels
qu'il a montrés dans la direction des
affaires maritimes. Cette pièce , qui a paru
dans la Gazette de la Haye , a femblé bleffer
les Etats de plufieurs Provinces , qui demandent
des éclairciffemens fur cette direction
. Le Stadhouder a paru defirer lui(
142 )
même qu'on ne lui offrit point cette
adreffe , & il en a été rédigé une autre ,
où les Bourgeois fe contentent de complimenter
le Prince , fans entrer dans aucune
difcuffion d'objets qui n'appartiennent qu'aux
Etats Souverains.
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Résumé : De BRUXELLES, le 17 Décembre.
Le 17 décembre, les États de Frise ont sollicité une réduction de leur contribution financière aux dépenses de la République auprès des États-Généraux réunis à La Haye. Cette requête a été relayée par la Généralité aux États de chaque province. Les États de Hollande ont refusé de reconsidérer la répartition des charges financières en raison des troubles internes et de la guerre extérieure. Cependant, ils ont accepté de fournir un demi-million de florins pour combler le déficit de la Frise, comme ils l'avaient déjà fait pour la Zélande, en attendant une nouvelle répartition. Des divisions persistent au sein de la République, nécessitant une réunion. En Frise, la Chambre des 11 villes, représentant le quatrième quartier des États, s'oppose régulièrement aux décisions des trois autres chambres. Cette opposition est attribuée à l'influence d'un individu occupant le poste de premier bourgmestre dans chaque ville et à la pratique de nomination des charges municipales sous l'influence de la Cour Stadhoudérienne. Le magistrat de Dokkum a pris une mesure décisive en rétablissant l'ancienne liberté de disposer des charges provinciales vacantes et a encouragé les dix autres villes à suivre cet exemple. Cette décision a été immédiatement appliquée avec la nomination de membres pour deux postes vacants dans le conseil municipal. Par ailleurs, les bourgeois de La Haye prévoyaient d'adresser une lettre de remerciement au Stathouder pour ses actions dans les affaires maritimes. Cette initiative a suscité des réactions variées parmi les États de plusieurs provinces, qui ont demandé des clarifications. Le Stathouder a opté pour une adresse plus neutre, évitant ainsi toute discussion sur des sujets relevant des États souverains.
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3
p. 142-144
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Début :
Quel jugement portera la direction de la Marine, en considérant ce qui s'est passé à l'égard [...]
Mots clefs :
États de Frise, Résolution, Lettre, Sortir, Brest, Ordre, Vaisseaux, Délibérations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frife.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
Quel jugement portera la direction de la
Marine , en confidérant ce qui s'eft paffé à l'égard
du vaiffeau la Gueldre , qui arriva le 8
Octobre de deffous le Vlierer au Texel , & qui fat
défigné par S. A. pour fortir avec l'eſcadre ; le
Vice-Amiral Harifinck avertit S. A. , par une lettre
du 13 Octobre , qu'il s'en falloit de beaucoup que
l'équipage de ce vaiffeaa fût complet ; que les
canons de fa première batterie avoient été mis à
terre à Medembik , & qu'ainfi il étoit hors d'état
de remplir les intentions de S. A. pour la fortie.
Enfin , pourra-t - on fe faire une idée nette de la
direction des affaires de la Marine , fi l'on confidère
que lorfque L. H. P. , renonçant le 9 Octobre à
l'expédition de Breft prirent le même jour la
réfolution de faire fortir une efcadre , pour aller
prendre le convoi de Drontheim mouillé à Bergen ,
S. A. avoit déjà envoyé le 7 Octobre précédent
au Vice Amiral Hartfinck l'ordre de faire d'abord
fortir les vaiffeaux prêts à appareiller , & cela
( comme il appert par l'ordre donné ) pour faire
une courfe dans la mer du Nord ? Comment cet
ordre anticipé de S. A. , tandis que LL. HH. PP.
n'avoient pas encore terminé leurs délibérations
fur l'envoi de l'efcadre , fur le tems de fa fortie
& fur fa deftination , peut-il ſe juſtifier ? En effet ,
deux chofes font certaines : Ou , au cas que LL.
HH. PP. , en ordonnant promptement de remédier
aux difficultés propofées & de pourvoir les vaiffeaux
( 143 )
du néceffaire , euffent cru ce nonobftant devoir ſe
déterminer à l'expédition de Breft , leur réfolution
fur ce point important auroit été rendue illufoire
& abfolument impraticable contre leur attente &
durant le cours de leurs délibérations : Ou , fi LL..
HH. PP. euffent écouté les avertiffemens férieux
qui , felon la lettre du Vice- Amiral du 5 Octobre ,
ont été donnés par les Pilotes - côtiers ; favoir , que
les vaiffeaux ne pouvoient plus être conduits dehors
fans dangers , & que , la bonne faifon étant paffée',
il falloit bien plutôt leur faire quitter la rade & les
faire entrer au mouillage d hiver ; fi fuivant ce
confeil ( puifque le voyage de Breft avoit échoué )
elles euffent jugé à propos de prendre une réfolution
en conféquence , la fuite en auroit été , que les
ordres préalables de S. A. , qui avoient fi évidemment
anticipé fur les délibérations de LL. HH . PP. ,
auroient rendu l'exécution de la réfolution impoffible
& l'auroient anéantie dans le fait. Si nous faisons
donc réflexion fur toutes ces circonftances , & fi
nous confidérons en même-tems , comment S. A. S.
femble éviter , d'une façon inconcevable , de s'intéreſler
le moins du monde à tout ce qui concerne
une affaire , qui a caufé tant de furprife & d'éclat ,
tandis que LL. HH . PP. ont renvoyé tout ce qui
n'eſt pallé , quant aux rapports reçus , à délibération
ultérieure , fans rien de plus . Nous nous
perdons dans un abîme de perplexité . C'eft par ces
motifs , N. & P. S. , que d'une part le fentiment
douloureux des embarras dont nous nous voyons
environnés de tous côtés , & le defir de nous raffurer
au fujet des difficultés fus - mentionnées , ( qui ne font
qu'une partie de la conduite incompréhensible tenue
à tous égards ) puifque nous ne faurions nous procurer
aucunes lumières ni éclairciffemens ; d'autre
part , la perception affligeante de la fituation de
notre chère patrie , dont le danger s'accroît tous
les jours , nous excitent à nous adreffer de nou
-
( 144 )
veau à V. N. P. , à les exhorter & exciter par tout
ce qui nous cft, cher, & de, la manière la plus
folemnelle , à ne plus refter fanière
う
, mais a concourir
fans perte de tems , en mettant de côté
tous intérêts particuliers , pour faire de concert les
efforts les plus extrêmes , & pour nous réunir tous enfemble
avec franchife & un patriotifme ardent , dans
la vue d'effectuer un prompt redreffement dans les
affaires , de façon qu'on concerte avec une intention
Pure & avec promptitude les moyens les plus falutaires
& les plus efficaces pour cette fin , qui fait
aujourd'hui l'objet principal de nos devoirs.
La fuite à l'ordinaire prochain.
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Résumé : Suite de la Lettre circulaire des Etats de Frise.
La Lettre circulaire des États de Frise aborde divers problèmes affectant la Marine. Le vaisseau 'la Gueldre', arrivé le 8 octobre, ne pouvait pas partir en raison d'un équipage incomplet et de canons démontés. Le Vice-Amiral Harffinck en informa Son Altesse le 13 octobre. Les Hautes Puissances Prussiennes annulèrent l'expédition de Brest le 9 octobre et décidèrent d'envoyer une escadre à Bergen. Cependant, Son Altesse avait déjà ordonné le 7 octobre la sortie des vaisseaux prêts à appareiller pour une course en mer du Nord. Cet ordre anticipé pose des questions sur sa justification, car il pourrait compromettre l'exécution des décisions ultérieures des Hautes Puissances. De plus, les pilotes côtiers avaient signalé des dangers pour les vaisseaux. La situation est marquée par une confusion administrative : Son Altesse semble éviter toute implication directe, tandis que les Hautes Puissances reportent les rapports à une délibération ultérieure. Face à cette confusion et aux dangers croissants pour la patrie, les auteurs exhortent les destinataires à agir rapidement et de concert pour redresser la situation.
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p. 144
PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Début :
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinsale en 27 jours, a rapporté que Lord Hood, sur la [...]
Mots clefs :
Samuel Hood, Prises, Anglais, Français, Terre-Neuve
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texteReconnaissance textuelle : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
¿ PRÉCIS DES GAZETTES ANGL . du 11 Décembre,
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
Un bâtiment arrivé de New-Yorck à Kinfale en
27 jours , a rapporté que le Lord Hood , ' fur la
demande des Royaliſtes de cette ville , a conſenti
à y refter avec une divifion , jufqu'à ce qu'on eur
pris quelques mefures pour les garantir de l'oppreſe
fion du Congrès.
7870
( 5
lory & 1oret net
PRISES fur les Anglois par les François. - Le
Dave de Terre-neuve , pour Briſtol , envoyé en
France ; le Chriftopher de Londres , pour Water
Ford , envoyé en France par les Hollandois.
La Marie-Anne de Nerva pour Hull , la Rofe de
Mont-Serrat pour Oftende ; prife & perdue fur les
côtes de Hollande , l'Amphitrite de Guernefay pour
Londres , envoyée à Cherbourg. Par les Américains,
La Polly de la Barbade , pour Hallifax ,
envoyée à Boston ; la Venus de Saint-Thomas
Terre- neuve , envoyée à Salein .
pour
207
PRISES par les Anglois fur les François
2 bâtimens de Saint-Domingue pour la France , envoyés
à Weymouth.
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Résumé : PRÉCIS DES GAZETTES ANGL. du 11 Décembre.
Le 11 décembre, un navire de New York arrive à Kinfale. Le Lord Hood accepte de protéger les royalistes de la ville contre le Congrès. Plusieurs prises maritimes sont signalées : les Français capturent des navires pour Bristol, Waterford, Hull et Ostende, envoyés à Cherbourg. Les Américains capturent des navires pour Halifax et Terre-Neuve, envoyés à Boston et Salem. Les Anglais capturent deux bâtiments de Saint-Domingue pour Weymouth.
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