AUTRE.
Comme les Rois j'habite des Palais ,
Mais fouvent la belle nature ,
Dans les miens que je ne quitte jamais ,
Fait briller fa feule parure.
Une petite escorte my deffend ;
J'y brille feule fans feconde ,
J'y fais la guerre à l'innocent
Sur la terre comme fur l'onde ,
Souvent je fais du mal fans le fçavoir ,
Et contre moi fois l'on gronde, par
Car je ne puis exercer mon pouvoir ,
Sans faire jazer le monde .
Par M ** , d'Alençon
ENIGM E.
DAns deux fens differens je me montre à vos
yeux ,
J'amufe bien des gens , j'orne par fois les Cieux...
Tantôt pour le plus ignorant vulgaire
Mon étude devient un jeu ;
Tantôt , chofe finguliere ,
J'intrigue le Sçavant , & c'eft de fon aveu.
Je fuis volage , je fuis inconftante ,..
Je fuis blonde & brune à la fois ,
Et fuis toujours piquante ,
Pour qui fubit mes Loix.
-
Més faveurs font le prix , dit-on , de la mémoire ; .
Ufant de mon pouvoir je remplace les Rois ,
Eft- ce là ma plus grande gloire
Non , pour celui qui connoît tous mes droits s
Toujours je fuis commode ,..
Je te charme à la fin d'un Opéra ,
Aujourd'hui je plais à l'homme à la mode',.
}
T'en dis- je aflez ; Lecteur pour moi, je m'ena
tiens là
Par M. C**. d'Alençons.
LOGO GRIP HE.
Tu me connois , lecteur , je fuis à ton ufage' ;
Je fers à ton plaifir , toujours à ton ménage ;
Les grands & les petits , tous ont recours à moi ,
Je cimente la paix , je divulgue la loi.
Combine maintenant, lecteur , mon affemblage ,
Huit membres font mon tout , mais tu me tiens)
jgage
&
ito MERCURE DE FRANCE.
Primò , mon cher lecteur , pour entrer en dé
tail ,
D'un infecte connu je nomme le travail ;
Doot retranchant ma tête , à l'inftant il te refte
Ce qui pour plus d'un homme eft fouvent très
funefte.
Pourfuis , tu trouveras un peuple du Levant ;
Deux notes de Mufique , un folide élement ;
Ce qu'on perd à regret , fur tout dans le grand
monde
D'un animal impur la femelle féconde.
Je te préfente encor dans ma diſſection ,
Ce qui dans bien des gens eft ſouvent paffion }
Ce qui chaffe toujours toute mélancolie ,
Et le nom d'une Ville en Baffe -Normandie,
Pour t'éviter enfin davantage à chercher,
Je me montre à tes yeux en voulant me cacher
Par M. CASTAING fils , à Alençone
AUTRE.
TRès- aifément ,
Rès-aifément , ami, tu pourras me connoître,
En te difant d'abord que l'on me voit paroître
Ainfi qu'une coquette , où l'art étudié
Te préfente à la fois plus d'un trait varié.
Je puis auffi comme elle avoir le droit de plaire
Je cheris l'inconftance , & je fuis fans myftere ;
MA I 17527 III
Mais pour me dévoiler tout-à-fait à tes yeux ,
Mes fept pieds combinés , t'inftruiront encor
mieux.
Je te nomme d'abord ce qu'un fils d'Hypo
crate
Cherche , mais que fouvent fon ignorance rate,
Et je fuis fi tu veux m'expliqer autrement ,
Place très-difficile à remplir dignement.
Tu trouves dans mon fein une Piéce de France ;
Joins-y deux pieds , Venus doit à moi ſa naifs
fance ;
Mais combine autrement , je te dis à ton tour ,
Le nom tendre & cheri de qui tu tiens le jour.
Ce n'eft pas tout , pourfuis , je fuis pour l'ordi
naire ,
'A la bonté d'un fruit , un point très- néceffaire,
Je fuis un mal commun ; je te nomme un Comté
Une note dans mi fa fol la fi ut re ,
Le chemin que l'on prend pour aller dans les
Ifles..
Si tu ne me tiens pas pour le coup , que ſçait - on ; '
Moi même je pourrois te dire enfin mon nom.
Par le même.
ENIGM E.
Oui j'ai , mon cher Lecteur , un corps ainfi
qu'une ame ,
Et femblable à l'Amour , fans avoir fes attraits ,
Je fuis toujours l'auteur d'une plus vive flamme :
Mais par un fort bizarre & cruel à l'excès ,
Dans un fens différent , qui change ma puiffance,
Jefais naître à la fois la haine & la vengeance.
Par M. C... à Alençon , le 4 Octobre
1756.