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1
p. 207-210
DE CASSEL, le 11 Août.
Début :
L'Armée a pris le chemin d'Oldendorff sur le Weser, où elle arriva le 3. [...]
Mots clefs :
Armée, Comte, Régiment, Prince Héréditaire de Brunswick, Attaques, Ennemis, Soldats, Artillerie, Blessés et morts, Déplacement des troupes, Infanterie, Fatigue, Maréchal de Contades, Nouvelles
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texteReconnaissance textuelle : DE CASSEL, le 11 Août.
DE CASSEL , le ri Août.
L'Armée a pris le chemin d'Oldendorff für le
Wefer , où elle arriva le 3. Elle y féjourna. Elle
fe remit en marche le s , & fe rendit à Eumbeck
?
208
MERCURE
DE FRANCE
.
le 7 avec toute l'artillerie & les équipages. Le
Comte de Saint -Germain avoit été détaché avec
quatre Brigades d'Infanterie & deux Brigades de
Cavalerie , pour maſquer les débouchés d'Hame-
len. L'Armée n'a point été inquiétée pendant fa
marche , & on n'a vu que quelques Chaffeurs
des Ennemis.
La
nuit
du 7 au
8
,
le
Prince
héréditaire
deBrunſwick
,
détaché
de
l'Armée
du
Prince
Fer-
dinand
,
avec
un
corps d'environ
douze
mille
hommes
,
paffa
le
Wefer
à
Hainelen
.
Il
s'ap-
procha d'Eimbeck
le
8 au
point
du
jour
.
Il
atta-
qua
cette
Ville
dans
laquelle
il
étoit réſté
quel
ques
troupes
de
l'arrière
garde aux
ordres
du
feur
de Baye
,
Maréchal
-
de
-
Camp
de
jour
,
qui
défendit
les
rues
fans
être
entamé
.
Les ennemis maîtres de la Ville , en fortirent
en colonne. Ils furent reçus par l'arrière-garde ,
commandée par le Chevalier de Nicolay , &
les Marquis de Traifnel & de Brehan , & com-
pofée de la Brigade de Picardie , des Grenadiers
de France & Royaux , de trois cens Carabiniers,
du Régiment de Berchiny , des Volontaires de
Haynault , & de ceux de Muret. Ces troupes fe
préſenterent à l'ennemi dans le plus grand ordre
& avec la plus grande fermeté. Les Hanovriens
furent forcés de rentrer dans la Ville après
avoir perdu plus de cinq cens hommes , & ils
n'ont plus reparu. Nous n'avons perdu que cin-
quante Grenadiers tués ou bleſſés.
L'Armée
continua fa
marche
,
&
campa
le
même
jour
8
à Barnfen
.
Le
9
elle
vint à
Branf
feldt
,
&
dans
les
journées
du 10
&
du
11
, elle
a
été raflemblée dans
les
environs
de
Caffel
.
Les
ennemis
fe
font préfentés
de nouveau pour
atta-
quer
l'arrière
garde à
l'entrée
des
défilés
de
Munden
.
-
24
OCTOBRE
.
1759
.
209
2
L'Armée marchoit fur deux colonnes . On for-
ma deux arrières gardes , celle de la colonne de
la droite , compolée de la Brigade de Picardie,
& foutenue par celle de Beltunce , aux ordres
du fieur de Planta , Maréchal - de- Camp ; celle
de la gauche , composée des Grenadiers de Fran
ce & Royaux , aux ordres du Marquis de Trail
nel ; la fanté du Marquis de Saint- Pern ne lui
ayant pas permis de s'en charger. Les ennemis
fe, préfenterent en force à l'arrière- garde de la
colonne de la droite. Les deux Brigades de Pi-
cardie & de Béthune fe mirent en bataille à la
tête de la gorge , avant d'y entrer , & reçurent
les ennemis de fi bonne grace avec du canon
que ceux-ci n'oferent s'approcher , & le conten-
terent de tirer quelques coups de canon , mais
de fi loin , qu'ils ne firent aucun mal. Ils prirent
enfuite le parti de gagner les hauteurs pour atta-
quer le Comte de Saint- Germain qui les défen
doit. Ce Général marcha à eux ; il les fit atta-
quer par les Brigades d'Auvergne , d'Aquitaine
& d'Anhalt , & les culbuta . L'action a été vive
Le fieur de Muret étoit far le flanc des enne
mis caché dans le bois avec deux cens Volon-
taires de l'Armée. Lorſqu'il les a vûs ſe retirer en
défordre , il les a fuivis pendant une demi- lieue
d'affez près pour les atteindre à coups de bayon
nette. Depuis ce moment , les ennemis n'ont plus
reparu. nous n'avons eu qu'une vingtaine d'hom
mes tués ou bleffés. On eftime la perte des en¬
nemis à mille ou douze cens hommes.
Du 16.
L'armée fe remet chaquejour des fatigues con-
fidérables qu'elle a éprouvées pendant fa marche ,
& elle trouve ici tous les fecours dont elle a be-
Loin.
Depuis l'avantage que
le
Comte de Saint-
Ger
210 MERCURE DE FRANCE:
main
a
eu
fur
les
troupes
du
Prince
héré
litaire
de
Bruntwick
aux
défilés
de
Munden
,
les
ennemis
n'ont
plus
paru
.
Suivant les états qu'on a reçus , la perte de l'In
fanterie & de la Cavalerie dans l'affaire du pre-
mier de ce mois , ſe monte a trois mille quatre
cens feize hommes tués ou prifonniers , & deux
mille trente bleflés.
Du
25
.
Les nouvelles qu'on eut de la marche de l'ar
mée du Prince Ferdinand qui s'avançoit à travers
le pays de Waldeck , déterminerent le Maréchal
de Contades à faire marcher l'armée le 18 , & à
paller l'Eder dans les environs de Fritzlar. On
campa à la rive droite de cette riviere. On laiffa
à Caffel des détachemens pour la garde de quel-
ques malades & bleffés , qui n'avoient pas été en
état d'être tranfportés. Les ennemis s'emparerent
de cette Place le lendemain par capitulation.
Le 19 , fur les nouvelles qu'on eut de l'arrivée
d'un corps des ennemis à Hayna , & de la marche
du Prince Ferdinand pour fuivre ce corps , l'armée
marcha à Gilfen.
Le 22 , l'armée ſe remit en marche , & vint
camper dans les environs de Treiza .
Le 23 , le Maréchal de Contades ſe rendit avec
l'armée dans les environs de Kirchayn , où elle
campe à la rive gauche de la riviere de Lohn. Le
quartier général a été établi à Groſſelheim , diſtant
de Marburg d'environ deux lieues.
Le Maréchal d'Etrées eſt arrivé ce matin à
l'armée.
L'Armée a pris le chemin d'Oldendorff für le
Wefer , où elle arriva le 3. Elle y féjourna. Elle
fe remit en marche le s , & fe rendit à Eumbeck
?
208
MERCURE
DE FRANCE
.
le 7 avec toute l'artillerie & les équipages. Le
Comte de Saint -Germain avoit été détaché avec
quatre Brigades d'Infanterie & deux Brigades de
Cavalerie , pour maſquer les débouchés d'Hame-
len. L'Armée n'a point été inquiétée pendant fa
marche , & on n'a vu que quelques Chaffeurs
des Ennemis.
La
nuit
du 7 au
8
,
le
Prince
héréditaire
deBrunſwick
,
détaché
de
l'Armée
du
Prince
Fer-
dinand
,
avec
un
corps d'environ
douze
mille
hommes
,
paffa
le
Wefer
à
Hainelen
.
Il
s'ap-
procha d'Eimbeck
le
8 au
point
du
jour
.
Il
atta-
qua
cette
Ville
dans
laquelle
il
étoit réſté
quel
ques
troupes
de
l'arrière
garde aux
ordres
du
feur
de Baye
,
Maréchal
-
de
-
Camp
de
jour
,
qui
défendit
les
rues
fans
être
entamé
.
Les ennemis maîtres de la Ville , en fortirent
en colonne. Ils furent reçus par l'arrière-garde ,
commandée par le Chevalier de Nicolay , &
les Marquis de Traifnel & de Brehan , & com-
pofée de la Brigade de Picardie , des Grenadiers
de France & Royaux , de trois cens Carabiniers,
du Régiment de Berchiny , des Volontaires de
Haynault , & de ceux de Muret. Ces troupes fe
préſenterent à l'ennemi dans le plus grand ordre
& avec la plus grande fermeté. Les Hanovriens
furent forcés de rentrer dans la Ville après
avoir perdu plus de cinq cens hommes , & ils
n'ont plus reparu. Nous n'avons perdu que cin-
quante Grenadiers tués ou bleſſés.
L'Armée
continua fa
marche
,
&
campa
le
même
jour
8
à Barnfen
.
Le
9
elle
vint à
Branf
feldt
,
&
dans
les
journées
du 10
&
du
11
, elle
a
été raflemblée dans
les
environs
de
Caffel
.
Les
ennemis
fe
font préfentés
de nouveau pour
atta-
quer
l'arrière
garde à
l'entrée
des
défilés
de
Munden
.
-
24
OCTOBRE
.
1759
.
209
2
L'Armée marchoit fur deux colonnes . On for-
ma deux arrières gardes , celle de la colonne de
la droite , compolée de la Brigade de Picardie,
& foutenue par celle de Beltunce , aux ordres
du fieur de Planta , Maréchal - de- Camp ; celle
de la gauche , composée des Grenadiers de Fran
ce & Royaux , aux ordres du Marquis de Trail
nel ; la fanté du Marquis de Saint- Pern ne lui
ayant pas permis de s'en charger. Les ennemis
fe, préfenterent en force à l'arrière- garde de la
colonne de la droite. Les deux Brigades de Pi-
cardie & de Béthune fe mirent en bataille à la
tête de la gorge , avant d'y entrer , & reçurent
les ennemis de fi bonne grace avec du canon
que ceux-ci n'oferent s'approcher , & le conten-
terent de tirer quelques coups de canon , mais
de fi loin , qu'ils ne firent aucun mal. Ils prirent
enfuite le parti de gagner les hauteurs pour atta-
quer le Comte de Saint- Germain qui les défen
doit. Ce Général marcha à eux ; il les fit atta-
quer par les Brigades d'Auvergne , d'Aquitaine
& d'Anhalt , & les culbuta . L'action a été vive
Le fieur de Muret étoit far le flanc des enne
mis caché dans le bois avec deux cens Volon-
taires de l'Armée. Lorſqu'il les a vûs ſe retirer en
défordre , il les a fuivis pendant une demi- lieue
d'affez près pour les atteindre à coups de bayon
nette. Depuis ce moment , les ennemis n'ont plus
reparu. nous n'avons eu qu'une vingtaine d'hom
mes tués ou bleffés. On eftime la perte des en¬
nemis à mille ou douze cens hommes.
Du 16.
L'armée fe remet chaquejour des fatigues con-
fidérables qu'elle a éprouvées pendant fa marche ,
& elle trouve ici tous les fecours dont elle a be-
Loin.
Depuis l'avantage que
le
Comte de Saint-
Ger
210 MERCURE DE FRANCE:
main
a
eu
fur
les
troupes
du
Prince
héré
litaire
de
Bruntwick
aux
défilés
de
Munden
,
les
ennemis
n'ont
plus
paru
.
Suivant les états qu'on a reçus , la perte de l'In
fanterie & de la Cavalerie dans l'affaire du pre-
mier de ce mois , ſe monte a trois mille quatre
cens feize hommes tués ou prifonniers , & deux
mille trente bleflés.
Du
25
.
Les nouvelles qu'on eut de la marche de l'ar
mée du Prince Ferdinand qui s'avançoit à travers
le pays de Waldeck , déterminerent le Maréchal
de Contades à faire marcher l'armée le 18 , & à
paller l'Eder dans les environs de Fritzlar. On
campa à la rive droite de cette riviere. On laiffa
à Caffel des détachemens pour la garde de quel-
ques malades & bleffés , qui n'avoient pas été en
état d'être tranfportés. Les ennemis s'emparerent
de cette Place le lendemain par capitulation.
Le 19 , fur les nouvelles qu'on eut de l'arrivée
d'un corps des ennemis à Hayna , & de la marche
du Prince Ferdinand pour fuivre ce corps , l'armée
marcha à Gilfen.
Le 22 , l'armée ſe remit en marche , & vint
camper dans les environs de Treiza .
Le 23 , le Maréchal de Contades ſe rendit avec
l'armée dans les environs de Kirchayn , où elle
campe à la rive gauche de la riviere de Lohn. Le
quartier général a été établi à Groſſelheim , diſtant
de Marburg d'environ deux lieues.
Le Maréchal d'Etrées eſt arrivé ce matin à
l'armée.
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Résumé : DE CASSEL, le 11 Août.
Du 1er au 9 août, l'armée française se déplaça vers Oldendorff, Eumbeck, Barnfen et Branf feldt sans être sérieusement inquiétée, à l'exception de quelques éclaireurs ennemis. Le 7 août, le Prince héréditaire de Brunswick tenta d'attaquer Eumbeck avec environ douze mille hommes, mais fut repoussé par les troupes françaises commandées par le Chevalier de Nicolay et les Marquis de Traifnel et de Brehan. Les pertes hanovriennes furent significatives. Du 16 au 25 octobre, l'armée se remit des fatigues de la marche et reçut les secours nécessaires. Le 24 octobre, elle marcha en deux colonnes avec des arrières-gardes composées de brigades de Picardie, de Béthune et de grenadiers. Les ennemis tentèrent d'attaquer l'arrière-garde de la colonne de droite, mais furent repoussés par les brigades de Picardie et de Béthune, ainsi que par le Comte de Saint-Germain et les brigades d'Auvergne, d'Aquitaine et d'Anhalt. Les ennemis subirent des pertes estimées à mille ou douze cents hommes, tandis que les Français perdirent une vingtaine d'hommes. Les pertes ennemies lors de l'affrontement du 1er octobre furent de trois mille quatre cents seize hommes tués ou prisonniers, et deux mille trente blessés. Du 18 au 23 octobre, l'armée traversa l'Eder près de Fritzlar, marcha vers Gilfen, Treisa et Kirchayn, où elle campa à la rive gauche de la rivière de Lohn. Le quartier général fut établi à Grosselheim, à environ deux lieues de Marburg, et le Maréchal d'Etrées rejoignit l'armée le 23 octobre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 46-51
POEME CHAMPETRE.
Début :
Qu'un autre se plaise à demeurer dans les villes, qu'il en aime le bruit incommode, [...]
Mots clefs :
Nature, Chant, Coeur, Soleil, Fatigue, Joie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME CHAMPETRE.
POEME CHAMPETRE.
Q
U'UNautrefeplaiſe à demeurer dans
les villes, qu'il en aime le bruit incom
mode, l'air empefté, le féjour mal-ſain,
qu'il contemple avecenthouſiaſme les édi
fices qui les décorent, les jardins où un
art bifarre étouffe la nature ; pour moi je
préfère la campagne : c'eſt-là où je jouis
d'unfpectaclemagnifique & toujoursnou
veau. Je meplais à errer dans les bois &
AVRIL 1766.
47
fur les montagnes. L'airpur que j'yrefpire
répand dans mon fangle baume de la vie,
porte dans mon âme la tranquillité & la
paix.
Quel'hommeferoit heureux , fi tout ce
quil'environne ne lui avoit pas faitperdre
le goûtdes chofes fimples ! mais en cher
chant fans ceffe le bonheur loin de lui , il
pourfuit fa chimère jufqu'au tombeau : le
vil intérêt, l'ambition funefte , lafoifavide
des richeffes le tourmentant fans ceffe , il
nepeutjouirdelui-même que, lorſqu'ayant
le courage de renoncer à tout ce qui
féduit fes femblables , il ne cherche plus
que dans lui-même la récompenſe des
facrifices qu'il a faits à la vertu.
Loin de ces vices, loin de la foule des
hommes que je plains, mais que je ne
méprife ni nehais , qu'il eft doux de vivre
enpaix dans lerecueillementdefoi-même!
Quel eft le malheureuxauquel le fpectacle
raviffant de la nature ne caufeplus d'émo
tion ! quipeut voir fans raviffement l'ordre
admirable qui règne dans l'univers ! quel
eft le cœur flétri qui ne s'ouvre plus aux
charmes de la bienfaifance , qui peut voir
fouffrir , gémir fon frère fans en être
attendri ?
Soit que je franchiffe les monts efcar
pés , foit que j'erre à l'ombre des forêts
48 MERCURE DE FRANCE.
fur la mouffedouce & fraîche, mon eſprit
s'occupe de tes ouvrages & de tes dons.
Être bienfaifant ! tant que je refpirerai
jamais le Soleil ne fe levera fans que je
chante une hymne à ton honneur.
Venez, ômes amis ! partager mon bon
heur; venezadmirer avec moi les beautés
fimples & mâlesde la nature. Quelquefois
couché fur l'herbe je contemple le magni
fique fpectacle du Soleil couchant : frappé
de l'effet merveilleux de fes rayons réflé
chis dans un nuage d'une forme pittoreſ
que, à peineapperçois-je la jeune Bergère,
dont le vifage modefte peint l'innocence,
qui paffe à côté de moi en conduifantfon
troupeau.
Tous les matins, lorfque le Soleil vient
vivifier la nature, éveillé par la fraîcheur
del'air & par le chant du roffignol , j'ou
:
vre mes yeux àla lumière & mon âme au
plaifir je vais cultiver mes légumes fa
voureux & l'œillet odoriférant ; je leur
donne tous mes foins, & tous les jours je
jouis de ce que j'ai fais pour eux la veille.
Quelquefois , bravant l'ardeur de la
canicule , je vais partager les travaux des
moiffonneurs fatigués ; je mêle ma voix à
leurs chans ruftiques; nous faifons fuir au
loin le liévre timide & la perdrix aux
pieds d'écarlate : & , lorfque la chaleur
invite
AVRIL 1766.
49
invite toute la nature à prendre du repos,
affis tous enfemble fous un poirier fau
vage dont une fource pure arrofe les raci
nes, jepartage avec eux leur frugal repas ;
je les laiffe enchantés & furpris de voir
renaître les douceurs de l'égalité.
Lorfque la lune répand fur l'horifon
fa lumière argentée , je vais trouver mon
bon & honnête voifin qui fe repofe des
fatigues de la journée fous un noyer qui
couvre fa cabane de fon ombrage ; fon
cœur naïf & fimple verfe avec confiance
dans mon fein fes chagrins & fa joie ; je
le foulage, non pas avec des paroles ftéri
les , mais par les foins officieux & tendres
:
A
de l'amitié il me raconte l'hiftoire de fa
jeuneffe , les dangers qu'il a courus à la
guerre lorfque le plus aimé des Rois força,
par fes vertus , la fortune à être jufte. Pen
dant fon récit fes enfans jouant à côté de
nous à des jeux folâtres, convenables à
leurs âges, badinent innocemment jufqu'à
ce que l'amour vienne leur faire fentir fes
peines & fes plaifirs.
Si le foleil , s'élevant fur nos têtes , fait
defirer l'ombrage , alors affis fur le pen
chant d'une colline dans un berceau de
noifettiers d'où je découvre un horifon
immenfe, jem'égaie avec HoraceouChau
lieu,jem'inftruis en m'amufant avec Vol
Vol. II.
C
१० MERCURE DE FRANCE.
taire , oubien jepuife des leçons fublimes
devertu& debienfaifancedanslesouvrages
de nos plus fublimes Auteurs. Mon ima
gination remplie des tableaux touchans &
pathétiquesdela vertu qu'ilsontpeinteavec
ce courage & cette force d'efprit qui leur
fontpropres, échauffe monâme & l'élève,
&moncœur oppreffé peut à peine fuffire
aux fenfations délicieufes qu'il éprouve.
Quand le vent brûlant du mois d'Août
amûri le raifin, le vendangeur empreſſé &
yvre de joie fe hâte d'aller recueillir le
fruit de fes fueurs. Onvoit avant le lever
de l'aurore des jeunes garçons& des jeunes
filles qui annoncent par leurs chanſons le
plaifir qu'ils fe promettent pendant lajour
née. Le foleil paroît , il abat la rofée : la
:
troupe joyeuſe , la ferpette à la main
remplit fes paniers d'un fruit délicieux
qu'elle verfe dans de grandes cuves : le
cultivateur, étonné de l'abondance, pleure
de joie & bénit la Providence, Enfin le
plus beau jour finit ; les filles, la tête
couverte de chapeaux de paille garnis de
pampre, s'empreffent de faire cent efpié
gleries à leurs amans qui les tiennent par
la main la première efplanade de gafon
qui fe préfente les invite à danfer, malgré
les fatigues de la journée ; je prends ma
flute , & j'anime par mes fons la vivacité
AVRIL 1766.
de leurs pas, rendus plus vifs encorepar le
defir mutuel de plaire.
Vous me verrez occupé à donner à l'ar
briffeau fléxible une forme agréable ; je
vois naître fous mes yeux les fruitsde mon
travail. Tandis que le riche blafé fait venir
à grands frais des productions bifarres &
forcées, j'obtiens, prefque fanspeine , des.
chofes que la nature me donne avec pro
digalité, parce que je ne cherche pas à les
lui arracher. Tous les jours je demande au
génie qui préfida à ma naiffance de me.
fournir les occafions de faire du bien ; il
m'exaucefouvent, quoiquejefois pauvre;
& le jour où j'ai pu être utile eft gravé
dans mon cœur pour m'avertir de tâcher
de faire encore mieux demain.
Q
U'UNautrefeplaiſe à demeurer dans
les villes, qu'il en aime le bruit incom
mode, l'air empefté, le féjour mal-ſain,
qu'il contemple avecenthouſiaſme les édi
fices qui les décorent, les jardins où un
art bifarre étouffe la nature ; pour moi je
préfère la campagne : c'eſt-là où je jouis
d'unfpectaclemagnifique & toujoursnou
veau. Je meplais à errer dans les bois &
AVRIL 1766.
47
fur les montagnes. L'airpur que j'yrefpire
répand dans mon fangle baume de la vie,
porte dans mon âme la tranquillité & la
paix.
Quel'hommeferoit heureux , fi tout ce
quil'environne ne lui avoit pas faitperdre
le goûtdes chofes fimples ! mais en cher
chant fans ceffe le bonheur loin de lui , il
pourfuit fa chimère jufqu'au tombeau : le
vil intérêt, l'ambition funefte , lafoifavide
des richeffes le tourmentant fans ceffe , il
nepeutjouirdelui-même que, lorſqu'ayant
le courage de renoncer à tout ce qui
féduit fes femblables , il ne cherche plus
que dans lui-même la récompenſe des
facrifices qu'il a faits à la vertu.
Loin de ces vices, loin de la foule des
hommes que je plains, mais que je ne
méprife ni nehais , qu'il eft doux de vivre
enpaix dans lerecueillementdefoi-même!
Quel eft le malheureuxauquel le fpectacle
raviffant de la nature ne caufeplus d'émo
tion ! quipeut voir fans raviffement l'ordre
admirable qui règne dans l'univers ! quel
eft le cœur flétri qui ne s'ouvre plus aux
charmes de la bienfaifance , qui peut voir
fouffrir , gémir fon frère fans en être
attendri ?
Soit que je franchiffe les monts efcar
pés , foit que j'erre à l'ombre des forêts
48 MERCURE DE FRANCE.
fur la mouffedouce & fraîche, mon eſprit
s'occupe de tes ouvrages & de tes dons.
Être bienfaifant ! tant que je refpirerai
jamais le Soleil ne fe levera fans que je
chante une hymne à ton honneur.
Venez, ômes amis ! partager mon bon
heur; venezadmirer avec moi les beautés
fimples & mâlesde la nature. Quelquefois
couché fur l'herbe je contemple le magni
fique fpectacle du Soleil couchant : frappé
de l'effet merveilleux de fes rayons réflé
chis dans un nuage d'une forme pittoreſ
que, à peineapperçois-je la jeune Bergère,
dont le vifage modefte peint l'innocence,
qui paffe à côté de moi en conduifantfon
troupeau.
Tous les matins, lorfque le Soleil vient
vivifier la nature, éveillé par la fraîcheur
del'air & par le chant du roffignol , j'ou
:
vre mes yeux àla lumière & mon âme au
plaifir je vais cultiver mes légumes fa
voureux & l'œillet odoriférant ; je leur
donne tous mes foins, & tous les jours je
jouis de ce que j'ai fais pour eux la veille.
Quelquefois , bravant l'ardeur de la
canicule , je vais partager les travaux des
moiffonneurs fatigués ; je mêle ma voix à
leurs chans ruftiques; nous faifons fuir au
loin le liévre timide & la perdrix aux
pieds d'écarlate : & , lorfque la chaleur
invite
AVRIL 1766.
49
invite toute la nature à prendre du repos,
affis tous enfemble fous un poirier fau
vage dont une fource pure arrofe les raci
nes, jepartage avec eux leur frugal repas ;
je les laiffe enchantés & furpris de voir
renaître les douceurs de l'égalité.
Lorfque la lune répand fur l'horifon
fa lumière argentée , je vais trouver mon
bon & honnête voifin qui fe repofe des
fatigues de la journée fous un noyer qui
couvre fa cabane de fon ombrage ; fon
cœur naïf & fimple verfe avec confiance
dans mon fein fes chagrins & fa joie ; je
le foulage, non pas avec des paroles ftéri
les , mais par les foins officieux & tendres
:
A
de l'amitié il me raconte l'hiftoire de fa
jeuneffe , les dangers qu'il a courus à la
guerre lorfque le plus aimé des Rois força,
par fes vertus , la fortune à être jufte. Pen
dant fon récit fes enfans jouant à côté de
nous à des jeux folâtres, convenables à
leurs âges, badinent innocemment jufqu'à
ce que l'amour vienne leur faire fentir fes
peines & fes plaifirs.
Si le foleil , s'élevant fur nos têtes , fait
defirer l'ombrage , alors affis fur le pen
chant d'une colline dans un berceau de
noifettiers d'où je découvre un horifon
immenfe, jem'égaie avec HoraceouChau
lieu,jem'inftruis en m'amufant avec Vol
Vol. II.
C
१० MERCURE DE FRANCE.
taire , oubien jepuife des leçons fublimes
devertu& debienfaifancedanslesouvrages
de nos plus fublimes Auteurs. Mon ima
gination remplie des tableaux touchans &
pathétiquesdela vertu qu'ilsontpeinteavec
ce courage & cette force d'efprit qui leur
fontpropres, échauffe monâme & l'élève,
&moncœur oppreffé peut à peine fuffire
aux fenfations délicieufes qu'il éprouve.
Quand le vent brûlant du mois d'Août
amûri le raifin, le vendangeur empreſſé &
yvre de joie fe hâte d'aller recueillir le
fruit de fes fueurs. Onvoit avant le lever
de l'aurore des jeunes garçons& des jeunes
filles qui annoncent par leurs chanſons le
plaifir qu'ils fe promettent pendant lajour
née. Le foleil paroît , il abat la rofée : la
:
troupe joyeuſe , la ferpette à la main
remplit fes paniers d'un fruit délicieux
qu'elle verfe dans de grandes cuves : le
cultivateur, étonné de l'abondance, pleure
de joie & bénit la Providence, Enfin le
plus beau jour finit ; les filles, la tête
couverte de chapeaux de paille garnis de
pampre, s'empreffent de faire cent efpié
gleries à leurs amans qui les tiennent par
la main la première efplanade de gafon
qui fe préfente les invite à danfer, malgré
les fatigues de la journée ; je prends ma
flute , & j'anime par mes fons la vivacité
AVRIL 1766.
de leurs pas, rendus plus vifs encorepar le
defir mutuel de plaire.
Vous me verrez occupé à donner à l'ar
briffeau fléxible une forme agréable ; je
vois naître fous mes yeux les fruitsde mon
travail. Tandis que le riche blafé fait venir
à grands frais des productions bifarres &
forcées, j'obtiens, prefque fanspeine , des.
chofes que la nature me donne avec pro
digalité, parce que je ne cherche pas à les
lui arracher. Tous les jours je demande au
génie qui préfida à ma naiffance de me.
fournir les occafions de faire du bien ; il
m'exaucefouvent, quoiquejefois pauvre;
& le jour où j'ai pu être utile eft gravé
dans mon cœur pour m'avertir de tâcher
de faire encore mieux demain.
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Résumé : POEME CHAMPETRE.
Dans le 'Poème champêtre', l'auteur manifeste une nette prédilection pour la vie rurale, savourant la sérénité et la splendeur naturelle des forêts et des montagnes. Il met en avant la pureté de l'air et la simplicité de cette existence, sources de paix et de santé. L'auteur regrette que nombre de personnes, accaparées par l'intérêt, l'ambition et la quête de richesse, ne parviennent jamais au bonheur. Il trouve satisfaction dans les modestes plaisirs offerts par la nature et dans l'entraide avec les paysans. Ses occupations quotidiennes incluent le jardinage, l'aide aux moissonneurs et les moments de détente avec des amis ou en lisant des œuvres littéraires. Il admire les scènes pastorales, telles que la vendange, et se réjouit des plaisirs authentiques que procure la campagne. L'auteur souhaite accomplir le bien et vivre en harmonie avec la nature. Il exprime sa reconnaissance envers la nature et le génie qui a présidé à sa naissance, affirmant recevoir généreusement des occasions de faire le bien, même dans la pauvreté. Chaque jour, il sollicite ces opportunités et est souvent exaucé. Les journées où il a pu être utile restent particulièrement gravées dans son cœur, l'encourageant à s'efforcer de mieux faire à l'avenir.
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