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1
p. 94-103
Élégies de Tibulle, traduites par M. de Longchamps. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Morin, au Palais-Royal, 1776, 1 vol. in-8o. avec un frontispice gravé.
Début :
Cette traduction d'un des plus agréables Poëtes du siecle d'Auguste, est en [...]
Mots clefs :
Vers, M. de Longchamps, Poètes, Élégie, Tibulle, Traduction, Traducteur, Poème
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texteReconnaissance textuelle : Élégies de Tibulle, traduites par M. de Longchamps. A Amsterdam ; & se trouve à Paris, chez Morin, au Palais-Royal, 1776, 1 vol. in-8o. avec un frontispice gravé.
Elégies de Tibulle , traduites par M. de
Longchamps. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris, chez Morin, au Pa
lais-Royal , 1776 , 1 vol. in-8°. avec
unfrontispice gravé.
Cette traduction d'un des plus agréa
bles Poëtes du fiècle d'Augufte, eft en
quelque forte une fuite de celle de
Properce, que M. de Longchamps avoit
publiée précédemment. Le traducteur
n'accorde à Tibulle
que
le fecond rang
parmi les Poëtes érotiques Latins ; parce
que, felon lui, on ne fauroit contefter
a Properce la fupériorité du génie ;
qu'il et plus penfé , plus varié , plus
abondant , plus pittorefque mais Ti
bulle a peut-être mieux atteint le but
de l'Élégie , s'il eft vrai qu'une mélan
colie plus douce que chagrine , la ca
ractériſe effentiellement; & que ce foit
AVRIL. 1777.
95
moins le Poëme de la douleur & du
défefpoir , que celui de la tendreffe &
de la volupté.رد
« Au refte , continue M. de Lon
champs, il ne paroît pas que les An
»ciens aient eu des idées bien préciſes
» de l'Élégie : ils appeloient de ce nom
93
.
»tout Poëme d'une étendue bornée ,
qui étoit compofé de vers héxamètres
»& pentamètres , foit qu'il refpirât la
» douleur , la tendreffe ou la volupté ;
foit qu'on y peignît une orgie, ou
qu'onycélébrât des funérailles, qu'on
»y chantât le Dieu Mars , le Dieu du
» vin , ou la Déeffe des moiffons; en
» un mot, il n'étoit point chez les
» Anciens de ſujets étrangers à ce genre
» de Poésie, & les vers élégiaques leur
39رد
"
paroiffoient également faits pour ex
primer & les cris du défefpoir , &
» les éclats de l'allégreffe. Les fujets
héroïques , & d'une vafte étendue ,
» étoient les feuls qui ne s'accommo
» daffent point de cette forme trop dé
» coufue. Les vers élégiaques marchent
prefque toujours deux à deux , n'ad
» mettent guère la période , & ne pré
10
» fentent que rarementde ces grouppes
» d'idées , de ces phrafes nombreufes
MERCURE DE FRANCE.
>>
"
96
»fans lefquelles un long Poëme eft
privé de chaleur, de vie & d'embonو
د
point. Le rhythme de ces vers n'eft
point favorable à la belle harmonie ,
»& leur marche peu foutenue femble
» exclure les images d'une portée con→
» fidérable. Il falloit tout l'art de Pro
» perce , de Tibulle & d'Ovide, pour
"
completter leurs idées & varier leur
» mefure ; encore ces deux derniers
» n'ont-ils pas toujours évité le reproو
د
"
»
» che de monotonie. Mais fi le texte
» de Tibulle péche quelquefois par une
trop grande uniformité, combien ce
»vice ne feroit-il pas exagéré dans une
verfion trop littérale de fes Elégies?
»Notre langue plus ingrate que la la
tine, n'offre prefque pointde reffource
>> aux Traducteurs ferviles des Poëtes
» de l'ancienne Rome; & cette vérité
» eft fur-tout inconteftable , lorfqu'il
"
s'agit de traduire les Poëtes élégia
» ques. C'eft dans ce cas fur-tout qu'ilرد
» faut facrifier l'élégance & la variétéود
»des tours , à cette prétendue fidélité
qui plaît tant à certains Érudits.
»J'avoue qu'en traduifant Tibulle, je
» n'ai pas eu le courage d'envifager leur
approbation comme un dédommage
>> ment
AVRIL. 1777.
97
» ment du fuffrage des gens de goût;
» il falloit opter, & j'ai préféré l'indul
» gence de ces derniers ».
On voit par cet aveu , que M. de
Lonchamps a dû fe permettre quelque
liberté dans fa manière de traduire ;
mais cette liberté lui a fervi à répan
dre beaucoup d'élégance & d'agrément
dans fa veifion. Pour mettre nos Lec
reurs à portée d'en juger, & de con
noître en même-tems de quelle ma
nière le Traducteur a mis fes principes
en pratique , nous citerons quelques
morceaux du texte & de la traduction.
Voici le commencement de la pre
mière Élégie du premier Livre:
Divitias alius fulvo fibi congerat auro
Etteneat cultijugera multa foli ;
Quem labor affiduus vicino terrcat hofte ,
Martia cui fomnos claffica pulfafugent.
Memea paupertas vitæ traducat inerti ,
Dum meus exiguoluceat iguefocus;
Necfpes deftituat , fed frugum ſemper acervos
Præbeat, & pleno pinguia muſta lacu.
Ipfeferam teneras , maturotempore , vites
Rufticus, & facili grandia poma manu.
Nectameninterdum pudeat tenuiffe bidentem,
1.Vol.
C
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Autftimulotardos increpuiffe boves.
Nonagnamvefinu pigeat , fœtumve capellæ
Defertum oblitâ matre referre domum.
Voici comme M. de Lonchamps a
traduit ce morceau. « Qu'un autre fe
complaife dans les monceaux d'or
qu'il entaffe, & que fes fertiles do
» maines embraffent des milliers d'ar
pens. En proie à d'éternelles inquié
»tudes, jamais il ne perdrade vue l'en
nemi ; la trompette guerrière a pour
»jamais écarté le fommeil de fes yeux.
» Pour moi je coulerai des jours paifi
bles au fein de la médiocrité, pourvu
Qu'unmodeftefoyer me réchauffe & m'éclaire,
» quedes ruiffeaux de vin, qu'une abon
»
»dante provifion defruits réalifent cha
que année les apparences d'une bonne
» récolte. Habitant des campagnes, on
» meverra, dans la faifon, aligner mes
jeunes plants, greffer d'une main léو
د
"
"
»
gère mes pommiers déjà forts. Je ne
rougirai point de manier le hoyau ,
d'aiguillonner le boeuf trop lent dans
» fa marche , de rapportér au bercail la
brebis égarée , ou de rendre à fa mère
» le chevreau délaiffé ».
AVRIL. 1777:
11. eft peut-être à regretter que le
caractère de la Langue françoife ne per
mette pas de rendre littéralement l'ai
mable fimplicité de ce vers :
Dum mens exiguo luceat igne focus,
dont au refte M. de Lonchamps a rendu
affez heureufement l'idée par un autre
vers que nous nous fommes permis de
faire remarquer, parce que fon ftyle en
offre affez fouvent. Continuons le pa
rallèle par un autre morceau de la même
Elégie :
Non egodivitias patrum, fructufque requiro ,
Quos tulitantiquo condita mellis avo.
Parva fegesfatis eft ; fatis eft, requiefcererecto
Si licet, & folito membra levare toro.
Quamjuvat immites ventos audire cubantem,
Er dominam tenero detinuiffefinu.-Aut, gelidashibernusaquas cum fuderit aufter,
Securum fomnos imbrejuvante fequi.
Hocmihi contingat, fit divesjure , furorem
: Quimaris,& iriftesferre poteft hyadas.
Jam modo non poffum contentus videre parvo,
Nec femper longæ deditus effeviæ :
Sed canis æftivos ortus vitare fub umbrậ
Arboris, ad rives prætereuntisaquæ.
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Voici maintenant la truduction. « Je
» ne regrette point l'antique opulence
»de mes pères , ni ces récoltes abon
» dantes qu'ont moiffonné mesancêtres.
» Ce mince héritage fuffit à mon bon
» heur : heureux d'y trouver le repos
»fous un toît ruftique; fur cette cou
che , mon refuge ordinaire dans ma
laffitude. Ah ! qu'il eft doux d'enten
» dre gronder l'aquilon, & de preffer
»fur fon fein une amante chérie! Que
"
nuages
fe fondent en eau ,
les
»brave alors les humides autans , & le
on
»fommeil n'en eft que plus tranquille.
» A ce prix, j'abandonne la richeffe à
» ceux que le courroux des mers, que
» les hyades orageufes ne fauroient
»effrayer: Pour moi, qu'une vie frugaleود
ود
» peut rendre heureux , déformais , au
» lieu de la confacrer à des voyages de
» long cours , j'irai braver les feux de
la canicule , fous lefeuillage que rá
»fraîchit un ruiffeau qui s'échappe »
Nous terminerons nos citations par
le morceau fuivant , tiré de l'Elégie
onzième du premier Livre, & quis,
fuivant M. de Lonchamps, eft d'une
beauté dont rien n'approche dans les au
tres Poëtes érotiques, tant anciens que
modernes.
AVRIL. 1777. 101
Intereàpax arva colar. Pax candida primùm
Duxit aratores fub juga curva boves.
Pax aluitvites , & fuccos condidit uvæ,
Funderet ut nato tefta paterna merum.
Pace bidens, vomerque vigent ; ac triftia duri
Militis in tenebris occupat armafitus.
Rufticus è lucoque vehit , malè fobins , ipfe
Uxoremplauftro, progeniemque domum.
Sedveneris tunc bella calent , fciffofque capillos
Femina , perfractas conqueriturque fores.
Flet teneras fubtufa genas; fed victor & ipfe
Fletfibi dementes tam valuiffe manus.
Atlafcivus amor rixæ mala verba miuiftrat,
Inter & iratum lentus utrumque fedet.
« Douce & charmante paix, fécondeןכ
" nos campagnes! Ce fut fous tes auf
pices que les boufs attelés fillonne
»rent nos premiers, guérêts; c'eft toi
»qui mûris nos vendanges, qui foules
» ces grappes dont la liqueur miſe enود
réferve , doit abreuver une génération ,
» nouvelle ; c'eft toi qui fais reluire le
» foc & lehoyau, tandis que la rouille
,, mine dans l'ombre les armes du Sol
» dat impitoyable. C'eft toi qui permets
" au Villageois, que le vin égaye far
»fon charriot ruftique , de ramener du
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
» bois facré , fa femme & fes enfans.
» Onneconnoît alors de combats , que
» ceux que l'amour excite; une porte
» forcée , des cheveux arrachés , voilà
» ce qui provoque alors les plaintes
» d'une amante. Des larmes coulent fur
» fes joues meurtries ; mais cette vio
n
»lence en arrache bien-tôt au barbare
qui ofa vaincre à ce prix. L'amour
"
fe place entre les deux amans, & leur
fuggère toutes les paroles qui doivent
» irriter & fomenter leur défunion ».
M. de Lonchamps annonce , dansfon
Difcours préliminaire , qu'il ne traduira
point Catulle; & il en donne pour rai
1
fons la trop grande obfcènité de ce
Poëte, le genre de fes beautés qui tien
nent trop à la Langue latine , pour qu'il
foit poffible de les faire paffer dans un
autre idiôme; & l'obfcurité que pro
duifent fes allufions fréquentes à des
anecdotes ignorées aujourd'hui, & qui
l'étoient peut-être même de la plupart de
fes Contemporains.
Cette traduction fait honneur à M.
de Lonchamps, comme Traducteur &
comme Écrivain. Les notes dont elle
eft accompagnée, font pleines d'érudi
tion & de goût. On doit aufli des élo
C
AVRIL. 1777.
103
ges à l'art avec lequel il a fu jeter un
voile fur les endroits trop licencieux de
fon original.
Longchamps. A Amfterdam ; & fe
trouve à Paris, chez Morin, au Pa
lais-Royal , 1776 , 1 vol. in-8°. avec
unfrontispice gravé.
Cette traduction d'un des plus agréa
bles Poëtes du fiècle d'Augufte, eft en
quelque forte une fuite de celle de
Properce, que M. de Longchamps avoit
publiée précédemment. Le traducteur
n'accorde à Tibulle
que
le fecond rang
parmi les Poëtes érotiques Latins ; parce
que, felon lui, on ne fauroit contefter
a Properce la fupériorité du génie ;
qu'il et plus penfé , plus varié , plus
abondant , plus pittorefque mais Ti
bulle a peut-être mieux atteint le but
de l'Élégie , s'il eft vrai qu'une mélan
colie plus douce que chagrine , la ca
ractériſe effentiellement; & que ce foit
AVRIL. 1777.
95
moins le Poëme de la douleur & du
défefpoir , que celui de la tendreffe &
de la volupté.رد
« Au refte , continue M. de Lon
champs, il ne paroît pas que les An
»ciens aient eu des idées bien préciſes
» de l'Élégie : ils appeloient de ce nom
93
.
»tout Poëme d'une étendue bornée ,
qui étoit compofé de vers héxamètres
»& pentamètres , foit qu'il refpirât la
» douleur , la tendreffe ou la volupté ;
foit qu'on y peignît une orgie, ou
qu'onycélébrât des funérailles, qu'on
»y chantât le Dieu Mars , le Dieu du
» vin , ou la Déeffe des moiffons; en
» un mot, il n'étoit point chez les
» Anciens de ſujets étrangers à ce genre
» de Poésie, & les vers élégiaques leur
39رد
"
paroiffoient également faits pour ex
primer & les cris du défefpoir , &
» les éclats de l'allégreffe. Les fujets
héroïques , & d'une vafte étendue ,
» étoient les feuls qui ne s'accommo
» daffent point de cette forme trop dé
» coufue. Les vers élégiaques marchent
prefque toujours deux à deux , n'ad
» mettent guère la période , & ne pré
10
» fentent que rarementde ces grouppes
» d'idées , de ces phrafes nombreufes
MERCURE DE FRANCE.
>>
"
96
»fans lefquelles un long Poëme eft
privé de chaleur, de vie & d'embonو
د
point. Le rhythme de ces vers n'eft
point favorable à la belle harmonie ,
»& leur marche peu foutenue femble
» exclure les images d'une portée con→
» fidérable. Il falloit tout l'art de Pro
» perce , de Tibulle & d'Ovide, pour
"
completter leurs idées & varier leur
» mefure ; encore ces deux derniers
» n'ont-ils pas toujours évité le reproو
د
"
»
» che de monotonie. Mais fi le texte
» de Tibulle péche quelquefois par une
trop grande uniformité, combien ce
»vice ne feroit-il pas exagéré dans une
verfion trop littérale de fes Elégies?
»Notre langue plus ingrate que la la
tine, n'offre prefque pointde reffource
>> aux Traducteurs ferviles des Poëtes
» de l'ancienne Rome; & cette vérité
» eft fur-tout inconteftable , lorfqu'il
"
s'agit de traduire les Poëtes élégia
» ques. C'eft dans ce cas fur-tout qu'ilرد
» faut facrifier l'élégance & la variétéود
»des tours , à cette prétendue fidélité
qui plaît tant à certains Érudits.
»J'avoue qu'en traduifant Tibulle, je
» n'ai pas eu le courage d'envifager leur
approbation comme un dédommage
>> ment
AVRIL. 1777.
97
» ment du fuffrage des gens de goût;
» il falloit opter, & j'ai préféré l'indul
» gence de ces derniers ».
On voit par cet aveu , que M. de
Lonchamps a dû fe permettre quelque
liberté dans fa manière de traduire ;
mais cette liberté lui a fervi à répan
dre beaucoup d'élégance & d'agrément
dans fa veifion. Pour mettre nos Lec
reurs à portée d'en juger, & de con
noître en même-tems de quelle ma
nière le Traducteur a mis fes principes
en pratique , nous citerons quelques
morceaux du texte & de la traduction.
Voici le commencement de la pre
mière Élégie du premier Livre:
Divitias alius fulvo fibi congerat auro
Etteneat cultijugera multa foli ;
Quem labor affiduus vicino terrcat hofte ,
Martia cui fomnos claffica pulfafugent.
Memea paupertas vitæ traducat inerti ,
Dum meus exiguoluceat iguefocus;
Necfpes deftituat , fed frugum ſemper acervos
Præbeat, & pleno pinguia muſta lacu.
Ipfeferam teneras , maturotempore , vites
Rufticus, & facili grandia poma manu.
Nectameninterdum pudeat tenuiffe bidentem,
1.Vol.
C
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Autftimulotardos increpuiffe boves.
Nonagnamvefinu pigeat , fœtumve capellæ
Defertum oblitâ matre referre domum.
Voici comme M. de Lonchamps a
traduit ce morceau. « Qu'un autre fe
complaife dans les monceaux d'or
qu'il entaffe, & que fes fertiles do
» maines embraffent des milliers d'ar
pens. En proie à d'éternelles inquié
»tudes, jamais il ne perdrade vue l'en
nemi ; la trompette guerrière a pour
»jamais écarté le fommeil de fes yeux.
» Pour moi je coulerai des jours paifi
bles au fein de la médiocrité, pourvu
Qu'unmodeftefoyer me réchauffe & m'éclaire,
» quedes ruiffeaux de vin, qu'une abon
»
»dante provifion defruits réalifent cha
que année les apparences d'une bonne
» récolte. Habitant des campagnes, on
» meverra, dans la faifon, aligner mes
jeunes plants, greffer d'une main léو
د
"
"
»
gère mes pommiers déjà forts. Je ne
rougirai point de manier le hoyau ,
d'aiguillonner le boeuf trop lent dans
» fa marche , de rapportér au bercail la
brebis égarée , ou de rendre à fa mère
» le chevreau délaiffé ».
AVRIL. 1777:
11. eft peut-être à regretter que le
caractère de la Langue françoife ne per
mette pas de rendre littéralement l'ai
mable fimplicité de ce vers :
Dum mens exiguo luceat igne focus,
dont au refte M. de Lonchamps a rendu
affez heureufement l'idée par un autre
vers que nous nous fommes permis de
faire remarquer, parce que fon ftyle en
offre affez fouvent. Continuons le pa
rallèle par un autre morceau de la même
Elégie :
Non egodivitias patrum, fructufque requiro ,
Quos tulitantiquo condita mellis avo.
Parva fegesfatis eft ; fatis eft, requiefcererecto
Si licet, & folito membra levare toro.
Quamjuvat immites ventos audire cubantem,
Er dominam tenero detinuiffefinu.-Aut, gelidashibernusaquas cum fuderit aufter,
Securum fomnos imbrejuvante fequi.
Hocmihi contingat, fit divesjure , furorem
: Quimaris,& iriftesferre poteft hyadas.
Jam modo non poffum contentus videre parvo,
Nec femper longæ deditus effeviæ :
Sed canis æftivos ortus vitare fub umbrậ
Arboris, ad rives prætereuntisaquæ.
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Voici maintenant la truduction. « Je
» ne regrette point l'antique opulence
»de mes pères , ni ces récoltes abon
» dantes qu'ont moiffonné mesancêtres.
» Ce mince héritage fuffit à mon bon
» heur : heureux d'y trouver le repos
»fous un toît ruftique; fur cette cou
che , mon refuge ordinaire dans ma
laffitude. Ah ! qu'il eft doux d'enten
» dre gronder l'aquilon, & de preffer
»fur fon fein une amante chérie! Que
"
nuages
fe fondent en eau ,
les
»brave alors les humides autans , & le
on
»fommeil n'en eft que plus tranquille.
» A ce prix, j'abandonne la richeffe à
» ceux que le courroux des mers, que
» les hyades orageufes ne fauroient
»effrayer: Pour moi, qu'une vie frugaleود
ود
» peut rendre heureux , déformais , au
» lieu de la confacrer à des voyages de
» long cours , j'irai braver les feux de
la canicule , fous lefeuillage que rá
»fraîchit un ruiffeau qui s'échappe »
Nous terminerons nos citations par
le morceau fuivant , tiré de l'Elégie
onzième du premier Livre, & quis,
fuivant M. de Lonchamps, eft d'une
beauté dont rien n'approche dans les au
tres Poëtes érotiques, tant anciens que
modernes.
AVRIL. 1777. 101
Intereàpax arva colar. Pax candida primùm
Duxit aratores fub juga curva boves.
Pax aluitvites , & fuccos condidit uvæ,
Funderet ut nato tefta paterna merum.
Pace bidens, vomerque vigent ; ac triftia duri
Militis in tenebris occupat armafitus.
Rufticus è lucoque vehit , malè fobins , ipfe
Uxoremplauftro, progeniemque domum.
Sedveneris tunc bella calent , fciffofque capillos
Femina , perfractas conqueriturque fores.
Flet teneras fubtufa genas; fed victor & ipfe
Fletfibi dementes tam valuiffe manus.
Atlafcivus amor rixæ mala verba miuiftrat,
Inter & iratum lentus utrumque fedet.
« Douce & charmante paix, fécondeןכ
" nos campagnes! Ce fut fous tes auf
pices que les boufs attelés fillonne
»rent nos premiers, guérêts; c'eft toi
»qui mûris nos vendanges, qui foules
» ces grappes dont la liqueur miſe enود
réferve , doit abreuver une génération ,
» nouvelle ; c'eft toi qui fais reluire le
» foc & lehoyau, tandis que la rouille
,, mine dans l'ombre les armes du Sol
» dat impitoyable. C'eft toi qui permets
" au Villageois, que le vin égaye far
»fon charriot ruftique , de ramener du
Eiij
102 MERCURE DE FRANCE.
» bois facré , fa femme & fes enfans.
» Onneconnoît alors de combats , que
» ceux que l'amour excite; une porte
» forcée , des cheveux arrachés , voilà
» ce qui provoque alors les plaintes
» d'une amante. Des larmes coulent fur
» fes joues meurtries ; mais cette vio
n
»lence en arrache bien-tôt au barbare
qui ofa vaincre à ce prix. L'amour
"
fe place entre les deux amans, & leur
fuggère toutes les paroles qui doivent
» irriter & fomenter leur défunion ».
M. de Lonchamps annonce , dansfon
Difcours préliminaire , qu'il ne traduira
point Catulle; & il en donne pour rai
1
fons la trop grande obfcènité de ce
Poëte, le genre de fes beautés qui tien
nent trop à la Langue latine , pour qu'il
foit poffible de les faire paffer dans un
autre idiôme; & l'obfcurité que pro
duifent fes allufions fréquentes à des
anecdotes ignorées aujourd'hui, & qui
l'étoient peut-être même de la plupart de
fes Contemporains.
Cette traduction fait honneur à M.
de Lonchamps, comme Traducteur &
comme Écrivain. Les notes dont elle
eft accompagnée, font pleines d'érudi
tion & de goût. On doit aufli des élo
C
AVRIL. 1777.
103
ges à l'art avec lequel il a fu jeter un
voile fur les endroits trop licencieux de
fon original.
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