LE VAUTOUR ,
FABLE .
APrès avoir croqué Poulardes & Pigeons ,
Détruit Canards & Canetons ,
Meffer Vautour , l'effroi d'une lieuë à la ronde ,
Fût malade ; il penſa partir pour l'autre mondes
Incertain de fon trifte fort ,
Il attendoit le moment de la mort ,
Et cependant il n'avoit nulle envie
D'abandonner les douceurs de la vie :
Il eut voulu trouver quelque remede heureux ,
Qui pût guerir fa maladie ;
Il chercha , mais en vain , il eût recours aux
Dieux :
O,Jupiter , dit-il , j'implore ta clémence ;
Rends-moi la vie ; elle eft en ta puiffance ;
Si j'ai croqué Pigeons , fi j'ai détruit Poulets ,
Avec eux je jure la paix ;
Mais n'écoute pas ta Juftice ;
Je fais que pour tous mes forfaits
A
AOUST. 1744.
1779
Il n'eft point fous les Cieux d'affés cruel fupplice :
Oui, je jure par toi , Pere des Immortels ,
Par tes redoutables Autels ,
De vivre déformais plus fage.
Jupiter à fes cris lui rendit la fanté ,
Mais mon gaillard fût-il en liberté
Il fit dans tout fon voisinage
Plus de dégât , plus de dommage.
Par le fujet que j'ai traité ,
J'ai voulu faire voir que des gens dans la vie ,
Aux approches cruels de la mort ennemie ,
Redoutant une Eternité ,
*
Promettent tout à Dieu ; mais la bonté propice
Les tire- t'elle du danger ,
On fuit les paffions , on brave fa Juftice ;
Enfin on ne veut pas changes.