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p. 208-218
Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Début :
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutôt reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur [...]
Mots clefs :
Vienne, Marquis de Hautefort, Naissance du duc de Bourgogne, Salle, Place, Hôtel, Fleurs, Édifice, Amphithéâtre
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texteReconnaissance textuelle : Relation des Fêtes données à Vienne, par M. le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur de France, le 23 & 24 Novembre, à l'occasion de la naissance de Monseigneur le Duc de Bourgogne.
Relation des Fêtes données à Vienne, par M.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
JANVIER. 1752. 209
principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
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210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
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la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
zed by Goc
212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
1752.
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JANVIER.
pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
itized by Goo
214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
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Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
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recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
le Marquis d'Hautefort, Ambassadeur
de France, le 23 & 24 Novembre,
à l'occasion de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne.
M. le Marquis d'Hautefort n'eut pas plutót
reçu l'heureuse nouvelle de la naissance de Monseigneur
le Duc de Bourgogne, qu'il fit toutes
ses dispositions pour célebrer, par des fêtes pu-
bliques & solemnelles, un évenement si desiré.
L'Hôte d'Harrach que Son Excellence occupe,
tout spacieux qu'il est, manque de plusieurs com-
modités essentielles en pareilles circonstances, &
la Place des Ecossois, sur laqueile regne la façade
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principale de cet Hôtel, n'offie à la vde que des
objets peu agréables ou par leur usage, ou par
leur itrégularité.
Il falloit remédier à ce double inconvénient.
en construisant une salle dans se jardin de cer
Hôtel, & en décorant la Place des Ecossois, com-
me on le dira ci-apiès.
On donna à cette salle les proportions les plus
regulieres, & elle reussit d'autant mieux, qu'elle
joignoit un ancien sallon fort orné, accompagné
de deux cabinets, qui étoient devenus des pieces
utiles pout servit de décharge.
La longueur de cette salle étoit de soixante-
treize pieds, sur quarante-buit de largeur & trente
de hanteur, le tout dans œuvre. Sa décoration
consistoit dans une suite de Pilastres d'ordre Com-
posite, peints en marbre sur toile; les canelures
les bases & les chapiteaux étoient dorés. Les en-
tre deux des Pilastres étoient remplis par des va-
ses de fleurs, portés sur des consoles dorées, &
au-dessus étoient des trophées de Musique, atta-
chés par des festons de fleurs. L'intervalle, depuis
la corniche qui couronnoit cette architecture
jusqu'au cordon du plafond, étoit en calote cir-
culaire, formée par des courbes en anses de pa-
nier, & il étoit rempli par des modillons, portant
d'aplomb sur les Pilastres, enrichis d'ornemens
dorés & de festons de fleurs.
La partie du plafond qui étoit peinte, & qui
occupoit le milieu, avoit trente pieds de long sur
vingt- deux de large. Elle étoit renfermée dans
un cartouche, en or entrelacé de fleurs. Quatre
medaillons répondoient aux quatre angles de ce
plafond. Ils contenoient des Genies, représentans
les beaux Arts, scavoir la Peinture, la Sculpture
la Musique & la Poësie. On voyoit au milieu de
jitized by Goc
210 MERCURE DE FRANCE.
la partie peinte, la Déesse Lucine, invitant Mer-
cure à aller annoncer au monde la naissance du
Prince qui faisoit le sujet de la fête. D'un côté
étoient plusieurs figures de femmes, préparant
des guirlandes de fleurs, & de l'autre d'autres
femmes, qui paroissoient se livrer aux transports
de la joie la plus vive. Plus bas étoit un groupe
d'enfans sur un nuage, tenans les uus l'Ecusson
des armes du Roi, d'autres une corne d'abon-
dance renversée d'où sortoient des Couronnes
des Sceptres, des Médailles d'or, &c. des Amours
voltigeans au-dessus de la figure principale, s'oc-
cupoient à former des Couronnes de fleurs.
Sur les trois portes, qui donnoient entrée dans
cette belle Salle, étoient peints des groupes d'en-
fans, s'amusant à couper des bleds, & à cueillit
des fruits & des raisins.
Sur chacune des faces les plus longues de cette
Salle, on avoit placé deux glaces qui par le moyen
des deux chassis dorés dont on les avoit cou-
vertes, paroissoient former autant de fenêtres.
Au dessus de chacune étoient peints des jeux d'en-
fans, & en général le dessein, l'ordre & le coloris
de tous ces tableaux, repondoient parfaitement
au sujet & au brillant du reste de la Salle.
En face de la principale enttée qui avoit été
pratiquée nécessairement au milieu de sa largeur
etoit une tribune fort profonde destinée à placet
les Musiciens; elle avançoit sur la Salle en for-
me citculaire d'environ quatre pieds dans sa plus
grande saillie, & on l'avoit renfermée par une
balustrade dorée. Sa décoration étoit aussi com-
posée d'ornemens dorés, sur uo fond blanc avec
des guirlandes de fleurs.
On avoit posé aux quatre angles de cette Salle
qui avoit été arrondis, quatre beaux poëles dont
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la chaleur entretenve avec soin & jointe à celle
d'un autre poële placé dans ie Sallon contigu,
rendoit l'une & l'autie piéce parfaitement habi-
table au milieu du plus grand froid de la saison.
Ces différentes pièces étoient éclairées par près de
500 bougies.
L'édifice construit en charpente en face & à
26 toises du milieu de l'Hlôtel de Son Excel-
lence, avoit la forme d'un amphitheâtre. La hau-
teur étoit de 36 pieds, & sa longueur en demi
ceintre de 136. Il étoit orné de colomnes & de
pilastres d'ordre lonique entre lesquels on voyoit
des panaux de toile transparente de hauteur pro-
portionnée sur lesquels étoient peints des trophées.
On avoit rempli les ouvertures des senêtres de
cet édisice, au nombre de six, d'un pareil nombre
de tableaux peints de même sur des toiles transpa-
rentes, contenant différentes allégories ingé-
nieuses rélatives à la naissance du Prince.
On remarquoit dans le premier à main gau-
che, la Déesse Lucine présentant à la France un
enfant; au dessus étoit le Signe de la balance sous
lequel il est né, présage heureux de sa justice;
au dessous paroissoit l'Automne avec tous ses
attributs. On lisoit immédatement sous le ceintre
de ce tableau ces mots, Di vini favoris pig-
nus.
Dans le tableau suivant, étoient représentées
les trois Parques, l'une filant les jours du Prince
nouveau-né, l'autre tournant le fusean & la troisié-
me jettant son ciseau, pour montrer par cette ac-
tion, combien elle étoit éloignée de vouloit
trancher le fil d'une vie si précieuse: au dessons
du ceintre étoient ces mots, Abhorret munere
fungi.
On voyoit dans le troisième la Déesse Asttée
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212 MERCUREDE FRANCE.
portée sur un nuage, d'ou sortoit un soleil levant
Saturne ou le Tems avec sa faula & Janus remar-
quable par son double visage, étoient plus bas &
sembloient applaudir à la devise Aurea condet se-
cula, qu'on lisoit au deflous du ceintre.
Le quatriéme tableau re: resentoit Jupiter or-
donnant à Vulcain de cesser de forger des armes
dans un moment où la naissance d'un Prince si
désiré, venoit encore affermir la paix de l'Europe.
On voyoit dans le lointain, les forges de Vulcain
& des Ciclopes animés au travail. Au dessous
du ceintre étoient ces mot, Cœptos auferte la-
bores.
Sur le cinquième étoient représentés le Dieu
de l'Hymen assis sur un nuage & au dessous la
France & la Pologne sous la figure de deux fem-
mes assisses, tenant un cœur avec ces mots, Se-
cundo conjugio.
Le sixième représentoit la France debout sur une
espece d'estrade, soutenant un Enfant qu'elle
montroit à l'Europe. On lisoit sous le ceintre de co
tableau les mots suivants, Felicitati regni &
orbis.
Au milien de ce vaste édifice paroissoit une por-
te entiérement ouverte & au dessus étoit un ta-
bleau sur toile transpatente comme les précédens
qui représentoit le génie de la France assis sur un
Trône, & à ses côrés la Justice & la,Prudence
avec tous leurs atttibuts. On lisoit au haut ces
mots, Consiliis Industria compar.
Sur l'entablement des deux bouts de l'édifice
en place de fronton, on voyoit en transparens
d'un cônté les Armes du Roi, dela Reine, & de l'au-
tre celles de Monseigneur le Dauphin & de Mada-
me la Dauphine, surmontées de leurs couronnes
avec leurs supports & les trophées, qui les accom-
res vO
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pagnoient. Ces trophées surpassoient la balustra-
de dont tout le reste de l'édifice étoit couronné,
Ces balustrades, percées à jour en transparens
étoient interrompuespar des pieds- d'estaux qui por-
toient à l'aplomp de toutes les colonnes, des
grands vases destinés à porter eux-mêmes des pots
à feu. Au devant de l'édifice étoit une gallerie éle-
vée à huit pieds de hauteur du rez de chaussée
fermée sur toute sa longueur dune balustrade, sur
les pieds-d'estaux de laquelle on avoit posé des
vases d'une très-belle proportion. Cette gallerie
étoit accessible au moyen d'un large escalier,
pratiqué à chacune de ses exttémites.
C'étoit au milieu de cette Place qu'on avoit
élevé un grand pied-d'estal de forme hexagone.
Sur les Codillons des angles étoient assisses quatre
sigures colossales de relief entiérement dorées,
représentant la riehesse, la valeus, la renommée
& la noblesse. Sur ce pied- d'estal s'éle voit une base
de même forme qui pottoit une pyramide de 62
pieds de hauteur dont toutes les faces jusqu'à la
pointe, étoient en transparens; on y avoit peint
ses chiffres du Roi, des dauphins & des fleurs de
lys. On remarquoit au pied de la face principale
de cette pyramide le grand écusson des Arines de
France, & sur la pointe, un globe transparer:
surmonté d'une sleur de lyode grandeurconvenable;
tous les angles étoient marques par un nom,
bre prodigieux de lumieres.
La façade du pied- d'estal du côté de l'Hôtel de
Son Excellence étoit chargée d'une Inscription
Latine peinte sur une toile transparente; elle an-
nonçoit le sujet de la fête & de la joie publique.
Les deux faces latérales du même pied. d'estal
avoient été décorées en fontaines, quatre dau-
phins places aux quatre coius à hauteur de corni,
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214 MERCUREDEFRANCE.
niche, jettoient du vin en abondance.
Tous ces différens corps étoient éclairés d'unt
infinité de lampions & de terrines dont la lumiere
ajoutoit à la beauté de leur forme & à la richesse
de leurs décorations.
Asin que l'amphithéatre fit tout son effet, on
avoit joint ce superbe édifice à l'Hôtel, par ua
rang d'arcades de chaque côté, qui, décrivant
une ligne circulaim, donnoient à la Place des
Ecossois une forme ronde, & en apparence beau-
coup plus spacieuse. Ces arcades avoient une hau-
teur & des ouvertures proportionnées. Elles étoient
figurées par des lampions depuis le socle jusqu'à
la tablette.
A l'egard de la façade de l'Hôtel, du côté de
la Place, on avoit suivi pout son illuminaion l'or-
dre de son archirecture, qui est des plus regulie-
res. Les trois rangs de fenêtres qui l'éclairent,
les Pilastres qui décorent les trumeaux, depuis le
socle jusqu'à la corniche servant d'entablement
& la corniche même, avoient été sigurés en lam-
pions. Le grand balcon, au-dessus de la porte-
cochere & les colonnes qui les soutiennent
étoient pareillement chargés de lumieres. On ea
avoit entouré les deux niches aux côtés de la por-
te, dans lesquelles on avoit placé deux figures de
relief, imitant le marbre blanc, repiésentant
Themis & Minerve. En tout, on pouvoit comp-
ter pout l'illumination de cette façade des arca-
des de l'amphitheatre, & de la pyramide, onze
mille lampions, & plus de quatte mille terrines.
Toutes ces dispositions étant achevées, M.
l'Ambassadeur jugea à propos de faire précéder
ces fêtes par uu repas splendi de qu'il donna aux
Ambassadeurs, & à tous les Ministres & Grands
Officiers de la Cour.
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JANVIER.
1752.
215
Quelques jours auparavant, S. Exc avoit fait
porter des billets d'invitation aux mêmes person-
nes, & à tout ce que la Cour & la Ville tenfer-
ment de plus distingué par le rang & la naissance,
pour se trouver, le Mardi 23 Novembre, à une
assemblée dans son Hôtel, pendant laquelle il y
autoit Concert, & le lendemain 24, au Bal paté,
& au souper qui devoi. le suivre.
L'assemblee se tiut dans la nouvelle Salle, dout
la description vient d'être faite. Plus de cinq cens
personnnes, de l'un & l'autre sexe, s'y rendirent
en habit de grand gala; on peut se représenter leur
maguisicence par celle, dont la haute Noblesse de
Vienne fait toujours montre dans les occasions
d'éclat; & ce qui en rehaussoit le prix, étoit un
nombre prodigieux de diamans, dont elle est en
usage de douner en même tems le brillant spec-
tacle.
Pendant l'assemblée, & peu après que chacun
eut pris place à des tables de jeu disposées dans la
salle & le sallon voifin, un Orchestre composé de
Musiciens choisis, & dirigé par le célebre Siani
connu en France, sous le nom de Desplanes, de-
puis long-tems Directeur de la Musique de la
Cour Imperiale, fit entendre successivement de
la Tribune, où il avoit été placé, les morceaux
les plus agréables de symphonie Françoise & Ita-
lienne; ils furent entremèlés de Concerto, exécu-
tés par le Sieur Fertari, célébre Violon d'Italie,
& qui justifia bien dans cette occasion la réputa-
tion dont il jouit. On distribua pendant cette as-
semblée toutes sottes de rafraichissemeus avec
profusion.
A cet amusement qui dura jusqu'à onze heures
du soit, & dont on sortit trés. satisfait, succeda le
lendemain celui du Bal paré & du repas, par le-
quel les fêtes devoient être terminées.
216 MERCUREDEFRANCE.
On se rendit ce jour-là, vers les six heures da
soir, dans la même salle où l'assemblée s'étoit te-
nue la veille, & avec même affluence. Tout s'y
trouvant préparé pour le Bal, il fut ouvert au son
d'une brillante symphonie, composée de plus de
trente instrumens, par M. l'Ambassadeur, & par
Madame la Comtesse d'Harrach, qu'il avoit prié
de vouloir bien en faire les honneurs.
Bientôt aptès, six Chambellans choisis parmi
ce qu'il y a de plus distingué à la Cour, ayanz
partagé, en quelque sorte, entr'eux le terrain de
la salle, prirent à danser les principales Dames du
Bal, chacune suivant son rang, ensorte qu'insen-
fiblement le plaisit de la danse devint le plaisir
général. Celui du jeu eut aussi ses partisans. Vinge
tables au moius placées, tant dans la salle même
du Bal que dans le sallon, furent continuellement
occupées jusqu'au moment du souper.
Lorsqu'on eut servi, chacun s'empresta de se
rendre aux tables qui avoient été distribuées pour
cet effet dans les appartemens de l'Hôtel. Plus de
deux cent cinquante personnes trouverent à s'y
placer. Le soin que l'on prit de servit toutes ces
tables également, l'ordre & l'intelligence qui
y furent apportés, le choix & l'abondance des
mets, la delicatesse & la diversité des vins, ne
laisserent rien à désirer.
Les attentions de M. l'Ambassadeut pendant
ce somptueux repas, s'étendirent à tous les ob-
jets. Il ne prit place à aucune table pout avoir
la liberté de se porter à toutes, & pour pouvois
commaniquer à ses illustres convives la jove
dont il étoit lui-même pénétré.
A une heure après minvit, on se leva de ta-
ble, & l'on coutut vers la salle du bal, où. deja
lo simphonie se. faisoit entendre. Les menuets
recom-
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217
recommencerent, on leur fit succeder des dan-
ses allemandes, dont les pas & les mouvemens
bcaucoup plus viss & plus animés, redoublerent
encore la gaieté qui s'étoit dejà répandue. Le
jeu reprit aussi de tous côtés, & c'est dans ces
plaisirs que se passa le reste de la nuit jusqu'à
cinq heures du matin que la plupart des Dames
se retirerent.
Il reste présentement à parler de l'illumina-
tion générale de la place des Ecossois & de la
façade de l'Hôtel de son Excellence, qui eut
lieu le Mardi 23, & qui fut repetée le len-
demain 24.
La nuit vente, on vit tous les différens
corps qui composoient cette illumination, répan-
dre insensiblement la lumiere, & se couvrir en-
fin des feux les plus brillans. Les tableaux d'em-
blêmes, & tout ce qui dans la façade de l'am-
phithéâtre & dans la pyramide étoit peint sur
toile transparente, semblerent s'animer. L'Ar-
chitecture de ces corps dessinée en lampions
en parut plus saillante; bientôt la pyramide dont
on a dit que les angles avoient été pareillement
dessinés en lampions depuis sa base julqu'à la fleur
de lys qui la terminoit, ne fut plus qu'une co-
lomne de feu. On illumina en même tems la fa-
çade de l'Hôtel depuis le socle jusqu'au faîte
& les arcades qui formoient l'enceinte de la
place, de sorte que toutes ces parties se prê-
tant mutuellement un grand éclat, on vit long-
tems la nuit ceder la place au jour.
Ce fut-là le moment que l'on choisit pour fai-
re couler le vin en abondance. Le peuple qui
Pattendoit avec impatience, s'étoit muui, com-
me il arrive en pareil cas, de toutes sortes de
va ses pour s'en procurer d'amples provisions
II. Vol.
ed by G
218 MERCUREDEFRANCE.
& tous les efforts qu'on lui vit faire pour y par-
venir, donnerent pendant les deux jours un
spectacle assez amusant.
Deux Chœurs de trompettes & de tymbales
placés aux deux bouts de la gallerie de l'amphi-
théâtre, & qui se répondoient sans interrup-
tion, augmentoient par leurs fanfares l'émula-
tion de ce même peuple, & concouroient à ses
pla sirs. Son Excellence auroit désiré, pour les
varier davantage, pouvoit donner un feu d'ar-
tifice: mais ces sortes de spectacles ne sont pas
pas permis dans Vienue, à cause du danger
presqu'inévitable du feu, la plupart des mai-
lons étant couvertes en bois,
Les constructions & les décorations tant de
l'édifice en forme d'amphithéâtre & de la pyra-
mide, que de la salle du bal, avoient été in-
ventées & dirigées par le Sicur Gaetan Fanti
Architecte & Inspecteur de la gallerie des Pein-
tures de M. le Prince de Lichtenstein, & les su-
jets des tableaux du même amphithéâtre & des
peintures de la salle avoient été exécutés sur les
desseins du Sicur Vincent Fanti son sils.
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