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1
p. 114-128
DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
Début :
Messieurs les Prévôt des Marchands & Echevins firent élever sur le Pont de pierre [...]
Mots clefs :
Lyon, Illuminations, Naissance du duc de Bourgogne, Transparent, Lampions, Fleurs de lys, Mots, Étoiles, Feu, Place, Milieu, Façade, Cartouche, Couronne
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texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION des illuminations faites à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre 1751, & jours suivans, pour célébrer la Naissance de Monseigneur, le Duc de Bourgogne.
DESCRIPTION des illuminations faites
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
115
surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
119
JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
à Lyon, le 15 Septembre & 3 Octobre
1751, & jours suivans, pour célébrer la
Naissance de Monseigneur, le Duc de
Bourgogne.
Messieurs les Prévôt des Marchands &
Echevins firent élever sur le Pont de pierre
de la Riviere de Saône un édifice en
charpente, qui représentoit un grand Por-
tique soutenant un Temple, & qui étoit
JANVIER. 1752.
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surmonté par un nuage, sur lequel étoit
une Renommée qui paroissoit voler dans
toutes les extrêmités de la terre. Le Génie
de la France étoit à l'entrée du Temple,
tenant en ses mains un enfant; & on lisoit
au bas cette inscription:
Magna quidem Patrisque fui, Matrisque
voluptas, nostra tamen major....
Il y avoit près de-là un dépôt d'artifice
en fusées, feux volans, serpenteaux &
étoiles, ausquels on mit le feu sur les sept
heures du soit; cet artifice réussit parfaite-
ment, & on admira en particulier la va-
riété des objets qu'il produisit, en soleils,
tourbillons & gerbes de feu. On laissa
consumer entierement la machine par
les flammes.
On avoit élevé sur la Place des Ter-
reaux une pyramide, toute couverte de
chandelles ardentes; on fit sortir de la ba-
se du pied-d'estal un feu d'artifite d'exécu-
tion pyrique, accompagné d'une grande
quantité de fusées volantes; on fut charmé
principalement de celles d'où sortoient
des étoiles de feu.
La façade de l'Hôtel de-Ville étoit flan-
quée d'un ouvrage d'architecture d'otdre,
lonique complet; le portrait de Monsei-
gneur le Dauphin se voyoit dans un trans-
d by Goo
116 MERCUREDEFRANCE.
parent à droite, sous lequel étoit un autre
transparent qui représentoit le Soleil, un
Aigle & un Aiglon, avec ces mots;
Vim promovebit insitam.
Il est aisé de voir que le Soleil désignoit
le Roi, que l'Aigle représentoit Monsei-
gneur le Dauphin, l'Aiglon Monseigneur
le Duc de Bourgogne, & que les mots
Latins exprimoient, que Monseigneur le
Dauphin enflammera par son exemple,
l'ardeur naturelle qu aura Monseigneur le
Dac de Bourgogne, de s'élever jusqu'aux
vertus héroiques de Sa Majesté.
A gauche étoit le portrait de Madame.
la Dauphine, sous lequel étoit un trans-
parent, qui représentoit une nacre ou-
verte, au-dedans de laquelle étoit une
perle, avec ces mots:
Vna prole dives.
Faisant allusion au bonheur de la France,
qui paroît consommé par un évenement si
favorable pour elle.
Au milieu étoit le portrait de Monsei-
gneur le Duc de Bourgogne, enveloppé
dans des langes très riches: sous ce portrait
étoit peint un nid d'Alcyon, flottant sur
une mer tranquille, avec ces mots:
JANVIER. 1752. 117
Nascor pacis amans.
Donnant à entendre que ce Prince est
né dans un tems où toute l'Europe étoit
en paix, & qu'il est pour elle une espé-
rance de la voir à jamais durable. Sur la
frise regnoit cette inscription:
Stat Fortuna Domus.
Ces lettres étoient formées par une pro-
digieuse quantité de lumiere: le reste de
toute cette vaste architecture étoit éclairé
par environ seize mille lampions, qui re-
présentoient des fleurs-de. lys, & different
compartimens extrêmement ingénieux.
Toute la Ville étoit éclairée, & l'on
peut dire que la joie générale éclatoit de
toutes parts, par l'empressement avec le-
quel chaque Citoyen s'efforçoit de don-
ner des preuves publiques de son conten-
tement, & de son amour pour Sa Ma-
jesté.
La façade de l'Hotel de M. le Comman-
dant étoit éclairée d'un nombre prodi-
gieux de lampions, placés avec tout l'art
imaginable.
Le portail de l'Hôtel de l'Intendance
étoit également orné de compartimens en
lampions.
Le devant de l'Hôtel de M. le Prévoe
118 MERCUREDEFRANCE.
des Marchands étoit garni de deux colon-
nes d'ordre corinthien, chargées de lam-
pions, rangés en compartimens; elles ser-
voient à soutenit un grand transparent,
sur lequel étoit peint une ancre entrelacés
de lys des vallées, avec ces mots:
Aternitati nominis Borbonii.
Les maisons, où demeurent Messicurs
les Echevins, & celle de M. le Receveur
de la Ville, étoient illuminées pat une
grande quantité de lampions. Toute la
Place de Louis-le-Grand étoit extrêmement
éclaitée.
On admira entr'autres, l'illumination
que le Directeur du Domaine du Roi
avoit fait placer aux fenêtres de son ap-
partement, dont voici le détail,
Autour des trois fenêtres de cet appar-
tement, situé Place de Louis-le-Grand, on
voyoit une illumination particuliere, in-
dépendante de celle de la maison où est
la Direction; elle consistoit en un ceintre
de lampions autour des trois fenêtres;
dans les entre-deux des croisées des Fleurs
de Lys en lampions au-dessus, & au-des-
sous des étoiles.
Du milieu de chaque fenêtre en haut,
un transparent; chaque transparent re-
présentoit un Firmament, fond bleu, avec
d by God
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JANVIER. 1752.
des nuages en blanc, ornés de differentes
ombres dans les bordures. Dans les trois
cransparens, sur le fond bleu, des étoiles
d'argent en bas, & en haut des Fleurs de
Lys d'or.
Dans le premier transparent, un car-
touche compolé par deux LL. d'or, ornées
d'agrémens, enlacées à la base du cartou-
che, de façon qu'elles partageoient le Fir-
mament en deux parties inégales: dans
la supérieure, qui étoit la plus grande,
des Fleurs de Lys d'or sans nombre: dans
la partie inférieure, des étoiles en argent,
semées çà & là; ce cartouche étoit sur-
monté de la Couronne de France. Dans
la partie supérieure, trois Fleurs de Lys en
or; dans l'inférieure, trois étoiles en ar-
gent; dans le milieu,
Sur les astres voyez les Lys
Avoit ici pleine victoire;
Ils méritent bien cette gloire;
Ils sont l'attribut de LOUIS.
Pour confirmer cette idée, on s'est rapa
pellé deux anciens vers Latins, que l'on
1 ajoutés dans le même cartouche; les
roici:
Seu venere solo, seu funt huc edita coolo
Lilia, digna solo, sunt quoque digns polo,
120 MERCUREDEFRANCE-
Dans le second transpatent, pareil car-
rouche, également formé par deux LL.
d'or, ornees & enlacées, environné d'un
pareil Firmament avec Fleurs de Lys'en
or au-dessus, étoiles en argent au-dessous.
Le cartouche surmonté de la Couronne du
Dauphin, contenoit dans la partie supé-
rieure trois Fleurs de Lys, dans l'infé-
rieure un double Dauphin, dont la queue-
tortillée jettoit à dtoite & à gauche des
Lys de jardin épanovis ou en boutons, le
groupe portoit sur la base du cartouche;
dans le milieu on lisoit les vers suivans;
Vive le bien-aimé Monatque
Qui fait le bonheur des François;
Que son cher Fils oublié de la Parque,
Vive & sut nous regne à jamais.
Dans le troisiême transparent, également
formé, pareil cartouche surmonté de la
Couronne du Duc de Bourgogne, trois
Fleurs de Lys dans le haut, trois étoiles
dans le bas: dans le milieu,
Célébrons l'heureuse Naissance
D'un nouveau Prince de Bourbon;
Il comble les vœux de la France,
Et nous donne grande esperance
De voir long. tems cette auguste Maison
Sur nous avoir toute puissance.
Dans
zed by Goo
JANVIER.
1752. 121
Dans la base de l'illumination, pour faire
connoître de qui elle venoit, (attendu
que la Direction est dans une maison ex-
trêmement respectable), on a mis sous
les trois fenêtres qui la composent, un
grand quadre ceintré par les bouts, dans
l'une des moitiés duquel on a écrit:
Par cette Illumination
On voit que du Roi le Domaine,
.*
Pour Sa Majesté Souveraine
Prouve son zéle & sa soumission.
Pour remplir l'autre moitié du quadre,
on y a mis le passage d'un ancien Auteur
Latin.
Frivola haec fortassis & nimis etiam brevia
videbuntur, sed tamen honesta curiositas ea
non respuit.
Le tout a été éclairé pendant trois nuits
par cinq cens lampions: s'il y avoit eu
d'autres illuminations dans la ville pen-
dant les jours suivans, on auroit continué
celle-là; quoiqu'il n'y en ait pas eu, on a
laissé tout en place pendant huit jours, &
peudant huit nuits éclairé derriere les trans-
parents, assez pour les rendre lisibles.
Sur ce qu on sçut que dans la Ville on
devoit illuminer en quelques endroits,
on fit encote illuminer le tout par cinque
II. Vol.
Digiiued hed
122 MERCUREDEFRANCE.
cens lampions le Dimanche 10 Octobre.
Le même jour, des violons & hautbois
ont fait danser tout le monde devant les fe-
nêtres de la direction, depuis deux heures
après-midy, jusqu'à deux heures après-mi-
nuit.
Pour terminer l'illumination & relative-
ment à la dépense qu'elle a coûté, on a
mis la devise suivante:
Pour corps, une couronne d'or chargée
de beaucoup de pierreries:
Pour ame, ces mots:
Onerosa, sed gloriosa.
Le Portail de la Chapelle des Pénitens
de la Royale Compagnie de Notre-Dame
des Confalons, étoit garni d'un grand
nombre de lampions; on lisoit en lettres
de feu cette inscription:
Nos Vota.
Faisant connoîntre pat là que comme l'ins-
titution principale de cette Compagnie
est de prier spécialement pout la perfonne
sacrée de S. M. & pour la famille Royale,
la part qu'elle prenoit à la joie publique
par les transports de son allégresse s'accor-
doit aussi avec son devoir. Cette Compa-
gnie chanta avec beaucoup de solemnité &
de pompe un Te Deum, en actious de gra-
ces, le Dimanche 10 Octobre.
JANVIER. 1752. 123
Les RR. PP. Célestins firent une trés-
belle illumination le dixiéme d'Octobre;
toute la façade de leur superbe bâtiment
étoit illuminée par un nombre prodigieux
de lampions disposés avec beaucoup de
goût & d'agrément.
L'illumination de la maison du Bureau
de la Communauté des Fabriquans en
étosfes d'or, d'argent & de soie, située
dans la rue S. Dominique, étoit superbe
& bien ingénieuse.
La façade étoit illuminée d'environ
quatre mille lampions qui formoient des
Fleurs de lys, des Etoiles & des desseins
d'architecture, qui accompagnoient trois
pyramides; il y avoit sur la maison un
fronton en transparent aux armes de Bour-
gogne, de quatorze pieds de hauteur, ac-
compagnés de deux urnes en transparent
de huit pieds de haut.
Au balcon qui remplit le milieu de la
façade, il y avoit un transparent qui repré-
sentoit un Soleil levant, avec ces mom:
Simul exoritur, simul excitat artes.
A la croisée du côté droit du grand bal-
con, un autre transparent représentant un
Lys, dont la principale fleur étoit épanovie,
F1
124 MERCURE DEFRANCE.
la seconde à moitié ouverte, & la troisié-
me en boutons, avec ces mots:
Splendida Domus jucundo risit odore.
A la croisée à gauche le transparent pré-
sentoit une grenade ouverte & couronnée
d'unę Couronne Royale, avec ces mots:
Regali splendida fructu.
On a voulu faire entendre par ces ins-
criptions que certe auguste Naissance est un
presage pour le Royaume, que ses Manu-
factures & tous les Arts vont ranimer leut
zéle & seront plus que jamais occupés à at-
tirer dans nos Ports les richesses de l'un &
l'autre monde.
La Messagerie de Strasbourg, dont le
Bureau est établi sur la place des Terreaux,
fit une illumination aussi ingénieuse qu'é-
légante. Sur un grand transparent étoit
peint un char de triomphe, auquel étoit
attelé un grand nombre de chevaux, &
conduits par le Génie de la France, avec
ces mots.:
Centum quadrijugos agitaho ad nuntia currus.
Ce transparent étoit surmonté d'un Dau-
phin d'azur, & formé par des lampions;
JANVIER.
1752.
125
de chaque côté étoient des Fleurs de Lys
en lumiéres.
Le Bureau des Diligences du Rhône,
des Messageries de Provence & de Lan-
guedoc, établi sur le quai de St. Antoine,
présentoit une illumination extrêmement
ingénieuse: la principale piéce étoit un
transparent sur lequel étoient peints deux
Dauphins entrelacés soutenant une cou-
ronne, avec ces mots :
His nixa stabit.
L'Illumination chez le sieur Lorget,
Caffetier aux Terreaux, consistoit en un
tableau transparent, représentant Mon-
seigneur le Duc de Bourgogne, nouveau-
né, avec ce vers de la quatrième églogue
de Virgile:
Cara Deùm soboles, Magnum jovis incre-
mentum.
Tous les étages de sa maison étoient or-
nés de pyramides & Fleurs de Lys, garnis
en lampions & guirlandes de verdure, en
orangers, par des globes de verre de dif-
férentes couleurs, jettant leur reverbéra-
tion sur la place en forme de soleils, dans
le goût d'Italie.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Le sieur Mignard, Marchand, rue Lan-
terne, fit aussi une illumination particu-
liére; elle consistoit en un Globe en forme
de soleil, qu'il avoit placé & suspendu
dans le misieu de la rue: on voyoit sur les
deux faces une Fleur de Lys d'or, sur la-
quelle s'élevoit une petite éminence, d'où
sortoit un jeune olivier qui poussoit vers
la tige un tendre rejeton; le tout étoit en-
tourré par ces mots:
Triumphali è stipite surgens.
Il y a eu dans la Ville bien d'autres II-
luminations particuliéres, elles étoient un
témoignage de la sincérité de la joie des
Citoyens, & une marque de leur bon goût;
si on ne les rappelle pas ici, c'est pour se
conformer à l'intention de ceux dont la
modestie nous oblige de nous taire.
On s'est efforcé dans les Villes de la Pro-
vince d'exécuter les ordres que Monsei-
gneur le Commandant a donnés pour les
Réjouissances publiques, & dans les Mai-
sons de campagne aux environs de Lyon,
il y a eu des Illuminations particuliéres.
Son Eminence Monseigneur le Cardinal
de Tencin fit chanter dans la Chapelle de
son Château d'Ullins, un Te Deum, avec
JANVIER. 1752. 127
beaucoup de pompe; & le soir le Château
fut illuminé.
MM. Charet, pere & fils, empressés de
donner des marques parriculieres de leur
joie sur la naissance de Monseigneur le
Duc de Bourgogne, firent le Dimanche
10 Octobre une Illumination des plus jo-
lies dans leur Château de Grangeblanche.
Les cours & avant-cours étoient toutes
illuminées, & plus particuliérement enco-
re la façade du Château; toutes les fenê-
tres étoient garnies de lampions, & ceux
qui avoient été placés daus les intervalles
formoient des Fleurs de Lys, des pyrami-
des ou divers autres desseins d'architecture
les plus convenables au bâtiment, & les
plus avantageux pour le coup d'œil; on
avoit placé sur le palcon principal un Ta-
bleau transparent, representant Monseis
gneur le Duc de Bourgogne; on lisoit au
bas ce Vers d'Horace:
Serus in coelum redeas, diuque laetus intersis
populo.
1e Liv. des Odes, Ode 2.
Le Parterre formant un quarté parfait,
étoit décoré d'un millier de pots-a-feu de
différentes grosscurs, & l'on voyoit s'éle-
ver dans le milieu douze girandoles de
...
Fiij
zed by Goc
—---
128 MERCUREDEFRANCE.
fer-blanc de six à sept pieds de hauteur,
toutes garnies d'un nombre très considé-
rable de lampions qui finissoient en pyra-
mides, & faisoient un effet merveilleux.
Au milieu de ce parterre on avoit dressé
un Théatre sur lequel étoient placées tou-
tes sortes de fusées, moulinets, serpen-
teaux & autres artifices des plus particu-
liers. Le feu y fut mis par un dragon qui
partit du Château, & l'on vit à linstant
tout le Ciel en feu, plein d'étoiles artifi-
cielles qui sembloient faire disparoitre la
nuit.
Ce premier Artifice fut suivi de deux
autres également beaux, pendant lesquels
on fit plusieurs décharges successives de
boëtes; le temps favorable qui regnoit
contribua beaucoup à faire briller cette
gête, conduite avec autant d'ordre que de
gout; & on ne sçauroit trop regretter que
l'éloignement du Château ait empêché
toute la Ville d'y prendre part.
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