Je vous envoye un Air
que vous trouverez fort:
agréable , fi vous confiderez
feulement le chant. Cepen
dant comme il n'eft pas tous
GALANT. 121
à fait régulier pour ce qui regarde
les paroles dans lef
quelles il faut obferver la
quantité , ce que ne font pas
beaucoup de Compofiteurs .
Cela a donné fujet à deux
Perfonnes de la Profeffion
d'en venir à une difpute , qui
pourra fervir d'inftruction
pour les autres. Aprés que
l'un d'eux eut chanté cét Air
felon l'intention de celuy qui
l'a compofé , l'autre mieux
inftruit des obſervations de
la Langue Françoiſe à l'égard
du chant , par le moyen du
Livre de l'Art de chanter de
Juin 1685.
L
122 MERCURE
M' de Bacilly qu'il a leu à
fond , ne manqua pas d'en
faire plufieurs Critiques fur
divers endroits. La premiere
eft fur le mot Finit , où l'Autheur
de l'Air a marqué expreffément
une maniere de
chanter qui rend la derniere
fyllabe de ce mot longue , &
elle le feroit en effet fans le
monofyllabe fuivant qui
joint au mot précedent , en
renverſe la quantité , de forte
que ce qui eftoit long devient
bref.C'eft ce que M' de
Bacilly a expliquéclairement
Page 24. de la Réponſe à la
GALANT. 123
2
Critique de fon Traité de l'Art
de bien chanter. En effet , il
n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finift au fubjonctif,
& celuy de Finit à l'indicatif.
La feconde Critique
eft fur ces mots Fait languir
dont celuy de Fair fe jette fur
la premiere fyllabe de languir
fans la féparation néceffaire
de ces deux mots . Ainfi
· l'on trouve Fait lan comme con
fi c'eftoit le mefme mor : ce
qui eft une obfervation tresdélicate
, & dont le melme M
de Bacilly a donné plufieurs
exemples page 17 de la Ré-
L. ij.
124 MERCURE
ponſe à la Critique . La trojfiéme
eft fur ce Vers Fentrouveray
plus fur fon teint , dont
la cheute eft mal obſervée en
ce que le mot de Trouveray
paroift féparé du mot de
-Plus , ce quifait un méchant
effet , & la derniere eft la répetition
de ces mots , Que le
Printemps , laquelle arreftant
le fens des paroles fuivantes,
femble fe rapporter aux précedentes
, & faire entendre,
'en trouveray plus que le Prin
temps n'en trouve . Outre que
cette répetition eft inutile,
& fans au cune néceffité , ce
Fen
GALANT. 125
(
qui eft contre la regle quit
vent , que l'on ne répete
rien que fort à propos dans
les paroles qu'on chante.
Cette difpute le fit en preſence
de plufieurs Perfonnes
qui n'eftant pas de la Profef
fron , ny par confequent af
fez inftruits de ce qui regat ,
dele chant François , ne
fcetrent que décider , quoy
qu'ils euffent affez de lumic
re naturelle pour goûter les
raifons de celuy qui faifoit
cette Critique. Il fut réfolu
que M Lambert en feroit le
comme celuy qui Juge
L iij
126 MERCURE
poffe de fouverainement ce
bel Art , & de qui les Airs .
font à couvert de toute cenla
grande habitude:
fure
par
qu'il
a de
traiter
la
Langue
Françoife
, à laquelle
il fçait
donner
avec
une
entiere
jufteffe
le
chant
qui
luy
eſt
propre
felon
les
differens
mots
qu'il
doit
employer
. La
correction
de
cét
Air
eft
au
bas
,
&
l'on
pourra
voir
par
là ,
quel
des
deux
a raiſon
,
En
voicy
les
paroles
,