Je viens à la fuire du Journal.
Les Ambaſſadeurs ayant
rendu viſite à Mede Croiſſy ,
Miniſtre & Secretaire d'Etat ,
dans ſon Hoſtel à Paris , ce
Miniſtre leur rendit cette
viſite le 24. Septembre , à
'Hoſtel des Ambaſladeurs
Extraordinaires , où ils font
A
togez . Si toſt qu'il fut entré
desAmb. de Siam . z
rs
er
dans la court , fix Mandarins
deſcendirent pour le receue
voir à la deſcente de ſon Caerroffe
, & les Ambaſſadeurs.
l'attendirent au haut du de-
& gré. Ils paſſerent enſuite dans.
bu la Chambre de parade , fous
le Dais de laquelle il y avoit
ur quatre Fauteüils préparez ;
ant ſçavoir un à la droite ,& les
Ty, trois autres vis à vis de ce
at, Fauteüil. M. de Croiſſy ſe
ce mit dans le premier , & les
ette Ambaſſadeurs ſe placerent
, dans les autres. Ce Miniftre
eus leur dit qu'il n'avoit pasen-
Con core eu le temps de s'acquiter de
La visite qui leur de voir qu'ik AAN
২
Biij
22
t
Suite duVoyage
mé
avoit rendu compte à Sa Majesté
de la Lettre que leRoyde Siam
luy avoit fait l'honneur de luy
écrire , & qu'il l'avoit trouvée
diſpoſee à entretenir l'alliance qui
eſtoit entre les deux Rois ,
me à la fortifier ; que SaMajeſté
avoit souvent ouy parler de
leur esprit , &qu'elle avoit reconnu
qu'ils en avoient beaucoup
parles choses qu'on luy avoit rapportées
cequi luy avoitfaitplaifir;
qu'au refte. Elle estoit tres-
Satisfaite de leur conduitte ,puis
qu'ils n'avoient fait aucune dé
marche depuis qu'ils estoient en
France, qui ne luy eust esté agréa
ble. L'Ambaſſadeur répondit
des Amb. de Siam.
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favec la maniere honneſte &
am fpirituelle , qui luy a attiré
( Teſtime de tous ceux qui ont
cudes affaires avec luy , ou
qu occaſion de luy parler. Il remt
mercia M² deCroiſſy de ce
daje qu'il avoit dit au Roy , &
marqua une ſenſible joye de
t ce qu'on étoit content d'eux.
400 L dit , Que tout ce qu'il avoient
rap fait , n'estoit que pourse conformer
plat aux ordres du Royleur Maistre
trer qu'ils avoient táché deſuivre en
plus exactement qu'il leur
Jede avoit esté poſſible ; qu'il les avoirs
mt a fur tout chargez de se gouverner
de maniere, qu'il puiffent estre a
و ر
grew
pi tout le
Sindi gréables au Roy , qu'ils y met24
Suite du Voyage
toient toute leur application, qu'ils
voudroient avoir le bonheur de
plaire jusqu'au moindre François,
&qu'ils s'y attacheroient avec
tant de ſoin fi les Coutumes de
France leur estoient mieux connuës
, qu'ils se tiendroient feur
d'y réüffir. Mr de Croiſſy leur
dit enſuite , Que le plusgrand
plaisir que le Roy de Siam pust
faire à Sa Majesté , es la plus
grande marque d'amitié qu'ilpuſt
luy donner , c'estoit nonſeulement
de proteger les Miſſionaires François
qui estoient enſes Estats,mais
auſſi les siamois qui se feroient
Catholiques. L'Ambaſſadeur
répondit , Que leRoyfonMai-
Stre
des Amb. de Siam,
25
-d
stre avoit déja fait tout ce que le
da Roy Souhaitoit de luy là-deſſus ;
ith & il en prit à témoin M'l'Abbé
de Lionne , qui ſervoit
d'Interprete en cette Converſation.
Il ajoûta , Qu'il ne
fem doutoit point que l'amitié des deux
cut Rois eftant augmentée par toutes
and les preuves que ces deux Souvepu
rains s'estoient données d'uneforte
pla &fincere eftime , elle nefist augmenter
auffi la protection que le
met Roy fon Maistre donnoit aux
rah Mißionnaires & aux Catholimai
ques qui estoient dans ſes Estats.
with Cette Converfation , qui fue
Hew publique , attira des applaus
Mar diffemens de tous ceux qui
C
26 Snite du Voyage
l'entendirent , & chacun ſe
récria ſur le diſcours que fit
Mr de Croiſſy en faveurde la
Religion. Mais ce Miniſtre
ayant là - deffus l'efprit du
Roy , dont il ſeconde les intontions
en toutes chofes ,
eſtoit animé d'un zele trop
fincere & trop ardent pour
oublier rien de ce qu'on pouvoit
attendre de luy. Il finit
endiſant aux Ambaffadeurs,
Que ce jour- là eftant un jour de
divertißement pour eux, puis qu'il
devoient aller à l'Opera , il ne
vouloit pas pouffer plus loin la
Conversation , de crainte de reculer
leurs plaisirs. Ils l'accompades
Amb. de Siam.
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gnerent juſqu'au bas du degré
avec tous les Mandarins
de leur fuire.