Il n'y a qu'un mois ou deux qu'un Milord ayant une Charge fort confiderable dans la Maifon du Roy d'Angleterre , ent difé rentavecdeux Seigneurs de cette Nation, contre leſquels, furquel- ques paroles facheuſes qui leur échaperent , il fut obligé demet- trel'épée àla main. Il endemeu raun ſur la place , & cette mort hiye fit pafler promptement la Cvj
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Mer pour ſe mettre à couvertdes pourſuites qu'il devoit craindre.
Son Pere qui eft, un fort grand Seigneur , & tres-riche , donna ſes ordres ſur l'heure en diferens
lieux où le Milord pouvoit s'eſtre retiré , & il écrivit entr'autres à
un Banquier de Paris de fa con- noiſſance,pour le prier, ſi ſon Fils s'adreſſoit àluy, de ne luy refuſer pas l'aſſiſtance de ſa Bourse. La
Lettre eſt renduë au Banquiery
quile lendemain reçoit unBillet
duMilord. Ce Billeteſtoitun avis
de ſon arrivée à Versailles , & un
honneſte empruntde centPiſto les qu'il le prioit de donner au preſent Porteur. Le Banquier qui avoit eu déjades affaires avec luy dans un Voyage qu'il avoitfait en France , examine l'écriture , la reconnoiſt , s'informe de bien des choſes ſur leſquelles on
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Huy répondjuſte , &compte auffi- toſt l'argent. Autre Billet à un nomméGoüin, TailleurAnglois.
Lecaractere luy estoit connu , &
fur cette caution il accompagne l'Agent du Milord chez divers
Marchands. Onleve des Etoffes,
on choiſit des Point de France :
tout fuit Plumes ,
Perruquesto
Baundrier , Rubans ; gain raifon- nable, &credit par tour. La fa
cilité desPreſteurs engage leMi- lord à doubler fon équipage. Ils fourniffent de nouveau,& celuy qui a déja donné du Point:de France, eſt le ſeul qui refuſe de s'embarquer plus loin fans ſça- voirqui le payera. On luy nom- me le Banquier. Ikle vatrouver;
prend fa parole, & continue à
faire credit. Cependantle Milord fait fort grand' chere àVeſailles.
Il ſe donne les violons & les
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Hautsbois , & fa dépense ayant fait bruit , on s'étonne de ne le
point voir chezles Perſonnes de qualité d'Angleterre qui font àla Cour. Ceux avec qui il eſt entré en commerce de plaifirs luy en demandent la caufe. Il répond qu'il n'eſt point de condition à
aller chercher les Gens. Cette
réponſe ſi peu digne de celuy qu'il ſe diſoit eſtre ,fairſoupcon- ner quelque fourberie. On I ob- ferve , il s'en apperçoit , &trou- ve àpropos de décamper. Il part de nuit avec ſon Agent , &fa fuite ne laiffe plus douter de la verité.C'estoit en effet un faux Milord qui avoitſibien copiéle veritable , que le Banquier qui Lay avoit parle deux fois n'avoit pu connoiſtre quile dupoit.Com me il en avoit tous les traits, il
s'eſtoit attaché àcontrefaire fon
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écriture , & elle estoit ſi ſemblable ,que tout autre s'y fuſt laiffé attraper. Le Marchand de Point de France alla trouver le Banquier. Il paya les choſes dont il avoit répondu, &les autres Mar- chands ont pris patience...