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1
p. 1224-1235
LETTRE de la Marquise de .... au Chevalier de ....
Début :
Je ne doute point, Monsieur, que vous n'ayez été surpris du long silence que [...]
Mots clefs :
Nouvelliste du Parnasse, Amour propre, Lettre, Tragédie, Actrices, Rhétorique, Hymen, Hémistiche
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de la Marquise de .... au Chevalier de ....
LETTRE de la Marquise de ....
au Chevalier de ...
L
C
E ne doute point , Monsieur , que vous
été que
j'ai gardé au sujet de la septiéme Lettre
du Nouvelliste du Parnasse , que vous
m'aviez sans doute envoyée pour morti
fier mon amour propre ; vous m'aviez
raillée sur quelques larmes que je n'a
vois pû retenir à la premiere representa
tion de la reprise d'Amasis ; je vous sou
tins avec une espece de dépit , ¡que mes.
¿
V
C
t
2
(
1. Vol .
pleurs
JUIN. 1731. 7225
pleurs ne couloient jamais à faux , et que
j'osois garantir la Piece bonne , sur la foi
de ma sensibilité. Nous nous separâmes
assez mécontents l'un de l'autre ; vous ne
fûtes pas long-tems à trouver une occa→
sion de vous vanger de la hauteur avec
laquelle j'avois décidé en faveur d'une
Piece qui n'avoit pas le bonheur de vous
plaire ; et vous ne crûtes le pouvoir mieux
qu'en m'envoyant la Lettre en question.
J'y aurois répondu sur le champ , si je
me fusses trouvée assez de sang froid ,
pour ne pas ressembler à votre impétueux
Nouvelliste , persuadée que la critique
perd infiniment de son prix , quand elle
est dictée par la passion ; me voilà donc,
Monsieur , dans un état assez tranquille
pour ne rien hazarder sans refléxion.
Le début de cette septiéme Lettre de
vroit rendre son Auteur suspect , puis
qu'il n'est établi que sur une fausse hypo
these : Piece, dit- il, en parlant de la Trage
die d'Amasis , jufqu'ici ignorée ou peu van
tée. Notre Ariftarque mal instruit se fon
de , sans doute , sur le peu de representa
tions que cette Tragedie eut dans sa nais
sance ; mais s'il avoit pris la peine de re
monter jusqu'au temps où elle fut donnée
pour la premiere fois , il auroit appris
qu'elle fut accueillie avec autant d'équité,
I. Vol. qu'elle
1226 MERCURE DE FRANCE
qu'elle l'est aujourd'hui > et que par
consequent elle n'a dû être , ni ignorée
ni peu vantée : les meilleurs Ouvrages du
Theatre ne sont pas à l'épreuve des Sai
sons , et le froid extréme qui alors empêcha
le Public d'aller aux Spectacles , fit partager
à ce même Public , aussi bien qu'à M. de
la Grange , le regret de la prompte dispa
rition d'Amasis , sans compter quelque
aigreur entre l'Auteur et une des princi
pales Actrices de ce tems-là , qui ne par
loit jamais de la Piece que pour la dé
- crier.
Ainsi c'est admettre un mauvais Prin
cipe que de dire
que cette Piece est gou
tée aujourd'hui par la même raison qui
a fait dédaigner Brutus. A Dieu ne plaise
que je traite assez mal le Public pour croi
re qu'il a dédaigné cette derniere Trage
die ; le mépris ne sçauroit être le partage
d'un Auteur tel qu'est M. de Voltaire ,
sans commettre la plus criante de toutes
les injustices ; tout le monde s'accorde à
la mettre au rang des meilleurs versifica
teurs de notre siecle ; rien n'eft plus digne
d'admiration que le beau feu qui anime
toutes ses Poesies , et j'ose avancer qu'il
seroit à souhaiter qu'il en eût quelquefois
un peu moins ; il ne s'y laisseroit pas en
traîner si rapidement dans des Ouvrages
I. Vol.
qui
JUIN. 1731. 1227
qui demandent plus de raison que d'an
tousiasme.Revenons à nôtre Archiloque.
Après avoir dit que la Tragedie d'A
masis est remplie de situations & d'évenemens
bizares qui se succedent à chaque instant ;
il lui fait la grace d'avouer , qu'elle ne lais
se pas de conserver une espece d'unité. Com
bien cette verité a- t'elle de peine à sortir
de sa plume ! On en juge par tous les
termes dont il se sert pour faire cet aveu
forcé ; elle ne laiffe pas : quoi de plus mé
prisant ? de conserver. Quelle continua
tion de mépris une espece d'unité ; quel
malin diminutif; je suis surprise qu'il n'ait
pas dit quellefaçon d'unité . Il craint mê
me d'avoir été trop favorable à l'Auteur,
et de peur qu'on ne prenne le change sur
ses expressions , il ajoûte aussi-tôt aprés ,
que cette espece d'unité a bien l'apparence de
la multiplicité , quel rafinement !
→
Quels blasphêmes ne profere - t- il pas con
tre le respectable Parterrel? En voici un : le
Parterre moderne , si je l'ose dire , fent et ne
pense point; Au reste, on doit lui tenir com
pte du Correctif, c'est unefigure de Retho
rique dont il fait rarement ufage.
Voici le second blasphême : dès qu'une
piece lui plaît , il s'imagine qu'elle a droit de
lui plaire , et qu'elle tient cet avantage , non
de son ignorance & de fon mauvais goût
1. Vol. B mai
1228 MERCURE DE FRANCE
mais du merite qu'elle a , parce qu'il se sup
pose infaillible. Quels traits plus deshono
rans ! ignorance , mauvais goût , présom
ption ; l'Auteur de cette Lettre ne seroit- il
pas dans le cas de ces Plaideurs , qui di
sent que rien n'est plus injuste que la Jus
tice , quand ils viennent de perdre une
cause dont la bonté ne subsistoit que dans
leur imagination ? Je crains , Monsieur ,
de sortir du sang froid , dont je me suis
vantée ; tâchons de le reprendre , je ne
puis mieux punir l'adversaire d'Amasis
qu'en me réduisant à faire simplement
l'apologie d'une Piece qu'il attaque avec
tant d'acharnement ; mes éloges lui tien
dront lieu d'invectives.
>
Il reproche à Sesostris de n'être occupé que
du dessein qu'il a de se défaire d' Amasis par
une trahison, Je réponds tranquillement
à cela , que si c'est être perfide que de
vouloir vanger la mort d'un Pere cruelle
ment assassiné , et d'employer l'artifice
au deffaut de la force ouverte , pour re
monter sur un Trône usurpé , je passe con
damnation sur la trahison si injustement
imputée au Heros de cette Tragedie.
il l'accuse encore d'un desir impa
tient de voir sa Mere , et traite de puéri
lité ce que la nature inspire à tous les hom
mes. Sesostris brûle d'impatience de voir
I. Vol,
sa
E
JUIN. 1731. 1229
sa Mere ; quoi de plus digne d'un Fils
vertueux et d'un digne Successeur du
grand Apriès ? Ce qu'il y a de plus remar
quable dans cette Critique, c'est l'endroit
où l'Auteur s'avise de la placer. Il vient
de convenir de la meilleure foi du monde ,
que l'entretien de Sesostris avec Nitocris a
quelque chose de touchant ; et il ajoûte , mais
pourquoi a- t-il un desirsi violent et fi pen
fondé de la voir & de l'entretenir ? Peut- on
prendre plus mal son champ de Bataille ?
Si cette Scene a fait tant de plaisir aux
Spectateurs , pourquoi y a-t-il du regret ?
il y a des situations si touchantes , qu'il
faudroit les acheter mêmes aux dépens de
quelques fautes , mais qu'il s'en faut que
celle- ci ait besoin de l'indulgence dont
je parle ! Sesostris ne craint rientant ici
que de voir une Mere desolée à qui il doit
porter un coup mortel , en lui montrant
le poignard qu'elle croit tout degoutant
encore du sang de son Fils , il voudroit
l'éviter , et l'éviteroit en effet si un sa
ge confident ne lui faisoit entendre
qu'après l'ordre exprès d'Amasis , il ne
peut lui desobeïr sans se rendre suspect ,
et sans exposer lesjours de sa mere avec les
*siens ¿
"
"
La confidence que Nitocris fait à Arte
nice n'est pas si déraisonnable que notre
1. Vol.
Bij severe
1230 MERCURE DE FRANCE
severe Nouvelliste prétend le persuader.
En effet , pourquoi doit- elle se défier
d'une jeune personne qui vient de lui dé
clarer l'aversion invincible qu'elle a pour
l'Hymen que le Tyran lui propose ? Elle
est fille de Phanès , mais ce Phanès n'a pas
paru jusqu'à ce jour le mortel ennemi de
Nitocris , comme notre Censeur le supo
se cela est si peu marqué dans la Piece ,
que lorsque Phanès vient si à propos in
terrompre la Scene où Sesostris est prêt à se
faire reconnoître à sa Mere éperdue , elle
témoigne sa surprise sur ce que tout la
trahit jusqu'à Phanès i d'où il est naturel
de conclure, qu'elle ne l'a pas consideré
commeson mortel ennemi. Il ne me seroit
pas moins facile de justifier le caractére
d'Amasis , qu'on traite gratuitement de
sot & d'aveugle,
›
Au reste , ce qui fait que les Spectateurs
prennent quelquefois le change sur les
differentes actions qui se passent sous leurs
yeux ; c'est qu'ils supposent que les per
sonnages qu'ils accusent de donner dans
des pieges grossiers est aussi instruit
qu'eux- mêmes . En effet , nous sçavons
que Phanès conspire contre Amasis , par
ce qu'il nous l'a fait entendre ; mais l'a-t- il
fait connoître à Amasis ? Ce Tyran établit
d'abord son caractére de la maniere du
J. Vol,
mon
JUIN. 1731. 1231
monde , qui puisse faire le plus d'hon
neur à l'Auteur de la Tragedie. Il ne dit
rien qui ne marque sa défiance : il pousse
même l'ingenuité jusqu'à dire à Phanès
qu'il y a des momens où il lui devient
suspect lui-même malgré tous les témoi
gnages de fidélité qu'il lui rend ; fidélité
d'autant moins sincere , qu'il ne croit pas
l'avoir méritée; il ajoûte que ce Fils même,
qui lui est si cher , lui a inspiré des mou
vemens d'aversion à son premier aspect ,
et' qu'il fremit de l'aceuil qu'il lui auroit
fait , s'il ne s'étoit pas fait reconnoître à
des signes incontestables , tels que la
Lettre de sa femme.
Voici encore le Public attaqué ; je ne
crois pas pouvoir me dispenser de dé
fendre sa cause . L'Auteur de la Lettre
s'explique en ces termes : C'estpar rapport
à cette Piece ,plus qu'à l'égard d'aucune autre
que le Public distrait & inattentif, fait usa
ge d'une maxime pernicieuse à laquelle tous
les mauvais Auteurs s'efforcent de donner
Cours , qui est , que le langage pur & éle
gant , le stile noble & correct & la beauté
de la versification sont inutiles sur le Théa
tre.
Peut-on rien dire de plus injurieux pour
ce Public respectable , que d'oser avancer
qu'il fait usage d'une maxime si deraison
I. Vol.
B iij
nable
1232 MERCURE DE FRANCE
•
{ .
nable, s'il étoit dans un pareil sentiment
viendroit- il en foule aux Tragedies de
Racine , et balanceroit -il un seul moment
entre Corneille et lui ? il n'y a personne
qui ne convienne que Corneille l'empor
te autant sur Racine par l'action que Ra
cine l'emporte sur Corneille par la dic
tion ; cependant l'un ne fait pas negliger
l'autre ; il n'eft donc pas vrai de dire que
le langage pur et élegant , le stile noble et cor
rect et la beauté de la versification , sont ju
gez par le Public inutiles au Théatre .
Si M. de la Grange se dément quelque
fois dans sa maniere de versifier , ce n'est
point là ce que le Public aplaudit dans ses
Ouvrages de Théatres ; ou plutôt s'il lui
passe quelques negligences de diction , ce
n'est qu'en faveur des beautez frappantes
qui se tecedent dans ses Pieces par rapport
aux situations dont elles sont remplies .
Je ne conviens pas pourtant , Mon
sieur , que l'Amasis soit écrit avec toute la
négligence , la rudesse et la barbarie possibles;
je suis bien éloignée d'adopter des termes
si familiers au Nouvelliste ; il cite çes trois
Vers , pour prouver ce qu'il avance.
C
Il recule , j'avance ; il se débat , il tombe ;
Là , sans être touché de son sort abbatu ,
Mon bras de l'achever , se fait une vertu.
1. Vol. · J'a
JUIN. 1731. 1233
J'avoue que le dernier hemistiche du se
cond vers , n'est pas le plus heureux du
monde ; mais si les grands exemples suffi
soient pour autoriser des fautes , Corneil
le et l'Auteur même de Brutus m'en four
niroient d'ailleurs , sort abbatu , est au
rang de ces figures par lesquelles on attri
bue à la cause ce qui n'appartient qu'à
l'effet , et puisqu'on dit un sort malheu
reux , quoique le malheur ne soit que
l'effet , et point du tout la cause du sort ,
pourquoi l'épithete d'abbatu attachée
au sort , ne jouiroit - elle pas du même pri
vilege ?
Voila à peu près , c'est le Nouvelliste
qui parle , comme sont faits tous les Vers de
la Piece ; non-seulement , ajoute - t-il , on
est aujourd'hui indulgent au Théatre par
rapport aux mauvais Vers , et au mauvais
langage , mais encore on y applaudit ; Voici
comment il le prouve on se récrie , par
exemple , à ce vers de Nitocris.
Menace moi de vivre , et non pas de mourir.
Si c'est-là un de ces Vers que le Nou
velliste appelle negligés , rudes et barbares
j'avoue à ma honte que j'ai terriblement
pris le change ; mais ce qui me console ,
c'est que tout le Public l'a pris comme moi :
Voici encore de la dialectique de l'Adver
›
I. Vol. B iiij saire
1234
MERCURE
DE FRANCE
saire d'Amasis Le Verbe qui suit celui de
menace ne se rapporte- t - il pas toûjours à la
personne qui menace ! Ces paroles , pour
suit-il avec un air de triomphe ; menace
moi de vivre et non pas de mourir , signi
fient donc proprement et grammaticalement
menace-moi que tu vivras & non que tu
.
mourras.
Après cette décision , il semble qu'il n'y
ait plus qu'à admirer ; mais je n'en suis
pas réduite -là , ce Vers m'a trop bien af
fectée pour le placer au rang des mauvais
et des barbares ; ceux qu'Amasis dit aupa
ravant , nous portent naturellement à un
sens tout contraire à celui qu'une mau
vaise Grammaire lui prête contre toutes
les regles , vivre et mourir sont ici au lieu de
vie & de mort ; et le Vers attaqué ne veut
dire autre chose que menace-moi de la vie et
non pas de la mort la vie étant regardée
par Nitocris comme un supplice , & la mort
comme une grace ; un Regent de Rethorique
que j'ai consulté là - dessus , m'a dit que ce
prétendu Barbarisme n'est tout au plus
qu'un Latinisme il a fait sur cela un
Vers Latin qu'il m'a donné par écrit : le
voici ,
;
:
Mortem minaris proximam ! vitamjube.
Mais je ne m'apperçois pas que ma
I. Vol. Let
JUIN
. 1731. 1235
Lettre commence à devenir longue et
peut-être ennuyeuse , je la finis brus
quement pour ne point abuser de votre
patience ; Je suis , &c.
au Chevalier de ...
L
C
E ne doute point , Monsieur , que vous
été que
j'ai gardé au sujet de la septiéme Lettre
du Nouvelliste du Parnasse , que vous
m'aviez sans doute envoyée pour morti
fier mon amour propre ; vous m'aviez
raillée sur quelques larmes que je n'a
vois pû retenir à la premiere representa
tion de la reprise d'Amasis ; je vous sou
tins avec une espece de dépit , ¡que mes.
¿
V
C
t
2
(
1. Vol .
pleurs
JUIN. 1731. 7225
pleurs ne couloient jamais à faux , et que
j'osois garantir la Piece bonne , sur la foi
de ma sensibilité. Nous nous separâmes
assez mécontents l'un de l'autre ; vous ne
fûtes pas long-tems à trouver une occa→
sion de vous vanger de la hauteur avec
laquelle j'avois décidé en faveur d'une
Piece qui n'avoit pas le bonheur de vous
plaire ; et vous ne crûtes le pouvoir mieux
qu'en m'envoyant la Lettre en question.
J'y aurois répondu sur le champ , si je
me fusses trouvée assez de sang froid ,
pour ne pas ressembler à votre impétueux
Nouvelliste , persuadée que la critique
perd infiniment de son prix , quand elle
est dictée par la passion ; me voilà donc,
Monsieur , dans un état assez tranquille
pour ne rien hazarder sans refléxion.
Le début de cette septiéme Lettre de
vroit rendre son Auteur suspect , puis
qu'il n'est établi que sur une fausse hypo
these : Piece, dit- il, en parlant de la Trage
die d'Amasis , jufqu'ici ignorée ou peu van
tée. Notre Ariftarque mal instruit se fon
de , sans doute , sur le peu de representa
tions que cette Tragedie eut dans sa nais
sance ; mais s'il avoit pris la peine de re
monter jusqu'au temps où elle fut donnée
pour la premiere fois , il auroit appris
qu'elle fut accueillie avec autant d'équité,
I. Vol. qu'elle
1226 MERCURE DE FRANCE
qu'elle l'est aujourd'hui > et que par
consequent elle n'a dû être , ni ignorée
ni peu vantée : les meilleurs Ouvrages du
Theatre ne sont pas à l'épreuve des Sai
sons , et le froid extréme qui alors empêcha
le Public d'aller aux Spectacles , fit partager
à ce même Public , aussi bien qu'à M. de
la Grange , le regret de la prompte dispa
rition d'Amasis , sans compter quelque
aigreur entre l'Auteur et une des princi
pales Actrices de ce tems-là , qui ne par
loit jamais de la Piece que pour la dé
- crier.
Ainsi c'est admettre un mauvais Prin
cipe que de dire
que cette Piece est gou
tée aujourd'hui par la même raison qui
a fait dédaigner Brutus. A Dieu ne plaise
que je traite assez mal le Public pour croi
re qu'il a dédaigné cette derniere Trage
die ; le mépris ne sçauroit être le partage
d'un Auteur tel qu'est M. de Voltaire ,
sans commettre la plus criante de toutes
les injustices ; tout le monde s'accorde à
la mettre au rang des meilleurs versifica
teurs de notre siecle ; rien n'eft plus digne
d'admiration que le beau feu qui anime
toutes ses Poesies , et j'ose avancer qu'il
seroit à souhaiter qu'il en eût quelquefois
un peu moins ; il ne s'y laisseroit pas en
traîner si rapidement dans des Ouvrages
I. Vol.
qui
JUIN. 1731. 1227
qui demandent plus de raison que d'an
tousiasme.Revenons à nôtre Archiloque.
Après avoir dit que la Tragedie d'A
masis est remplie de situations & d'évenemens
bizares qui se succedent à chaque instant ;
il lui fait la grace d'avouer , qu'elle ne lais
se pas de conserver une espece d'unité. Com
bien cette verité a- t'elle de peine à sortir
de sa plume ! On en juge par tous les
termes dont il se sert pour faire cet aveu
forcé ; elle ne laiffe pas : quoi de plus mé
prisant ? de conserver. Quelle continua
tion de mépris une espece d'unité ; quel
malin diminutif; je suis surprise qu'il n'ait
pas dit quellefaçon d'unité . Il craint mê
me d'avoir été trop favorable à l'Auteur,
et de peur qu'on ne prenne le change sur
ses expressions , il ajoûte aussi-tôt aprés ,
que cette espece d'unité a bien l'apparence de
la multiplicité , quel rafinement !
→
Quels blasphêmes ne profere - t- il pas con
tre le respectable Parterrel? En voici un : le
Parterre moderne , si je l'ose dire , fent et ne
pense point; Au reste, on doit lui tenir com
pte du Correctif, c'est unefigure de Retho
rique dont il fait rarement ufage.
Voici le second blasphême : dès qu'une
piece lui plaît , il s'imagine qu'elle a droit de
lui plaire , et qu'elle tient cet avantage , non
de son ignorance & de fon mauvais goût
1. Vol. B mai
1228 MERCURE DE FRANCE
mais du merite qu'elle a , parce qu'il se sup
pose infaillible. Quels traits plus deshono
rans ! ignorance , mauvais goût , présom
ption ; l'Auteur de cette Lettre ne seroit- il
pas dans le cas de ces Plaideurs , qui di
sent que rien n'est plus injuste que la Jus
tice , quand ils viennent de perdre une
cause dont la bonté ne subsistoit que dans
leur imagination ? Je crains , Monsieur ,
de sortir du sang froid , dont je me suis
vantée ; tâchons de le reprendre , je ne
puis mieux punir l'adversaire d'Amasis
qu'en me réduisant à faire simplement
l'apologie d'une Piece qu'il attaque avec
tant d'acharnement ; mes éloges lui tien
dront lieu d'invectives.
>
Il reproche à Sesostris de n'être occupé que
du dessein qu'il a de se défaire d' Amasis par
une trahison, Je réponds tranquillement
à cela , que si c'est être perfide que de
vouloir vanger la mort d'un Pere cruelle
ment assassiné , et d'employer l'artifice
au deffaut de la force ouverte , pour re
monter sur un Trône usurpé , je passe con
damnation sur la trahison si injustement
imputée au Heros de cette Tragedie.
il l'accuse encore d'un desir impa
tient de voir sa Mere , et traite de puéri
lité ce que la nature inspire à tous les hom
mes. Sesostris brûle d'impatience de voir
I. Vol,
sa
E
JUIN. 1731. 1229
sa Mere ; quoi de plus digne d'un Fils
vertueux et d'un digne Successeur du
grand Apriès ? Ce qu'il y a de plus remar
quable dans cette Critique, c'est l'endroit
où l'Auteur s'avise de la placer. Il vient
de convenir de la meilleure foi du monde ,
que l'entretien de Sesostris avec Nitocris a
quelque chose de touchant ; et il ajoûte , mais
pourquoi a- t-il un desirsi violent et fi pen
fondé de la voir & de l'entretenir ? Peut- on
prendre plus mal son champ de Bataille ?
Si cette Scene a fait tant de plaisir aux
Spectateurs , pourquoi y a-t-il du regret ?
il y a des situations si touchantes , qu'il
faudroit les acheter mêmes aux dépens de
quelques fautes , mais qu'il s'en faut que
celle- ci ait besoin de l'indulgence dont
je parle ! Sesostris ne craint rientant ici
que de voir une Mere desolée à qui il doit
porter un coup mortel , en lui montrant
le poignard qu'elle croit tout degoutant
encore du sang de son Fils , il voudroit
l'éviter , et l'éviteroit en effet si un sa
ge confident ne lui faisoit entendre
qu'après l'ordre exprès d'Amasis , il ne
peut lui desobeïr sans se rendre suspect ,
et sans exposer lesjours de sa mere avec les
*siens ¿
"
"
La confidence que Nitocris fait à Arte
nice n'est pas si déraisonnable que notre
1. Vol.
Bij severe
1230 MERCURE DE FRANCE
severe Nouvelliste prétend le persuader.
En effet , pourquoi doit- elle se défier
d'une jeune personne qui vient de lui dé
clarer l'aversion invincible qu'elle a pour
l'Hymen que le Tyran lui propose ? Elle
est fille de Phanès , mais ce Phanès n'a pas
paru jusqu'à ce jour le mortel ennemi de
Nitocris , comme notre Censeur le supo
se cela est si peu marqué dans la Piece ,
que lorsque Phanès vient si à propos in
terrompre la Scene où Sesostris est prêt à se
faire reconnoître à sa Mere éperdue , elle
témoigne sa surprise sur ce que tout la
trahit jusqu'à Phanès i d'où il est naturel
de conclure, qu'elle ne l'a pas consideré
commeson mortel ennemi. Il ne me seroit
pas moins facile de justifier le caractére
d'Amasis , qu'on traite gratuitement de
sot & d'aveugle,
›
Au reste , ce qui fait que les Spectateurs
prennent quelquefois le change sur les
differentes actions qui se passent sous leurs
yeux ; c'est qu'ils supposent que les per
sonnages qu'ils accusent de donner dans
des pieges grossiers est aussi instruit
qu'eux- mêmes . En effet , nous sçavons
que Phanès conspire contre Amasis , par
ce qu'il nous l'a fait entendre ; mais l'a-t- il
fait connoître à Amasis ? Ce Tyran établit
d'abord son caractére de la maniere du
J. Vol,
mon
JUIN. 1731. 1231
monde , qui puisse faire le plus d'hon
neur à l'Auteur de la Tragedie. Il ne dit
rien qui ne marque sa défiance : il pousse
même l'ingenuité jusqu'à dire à Phanès
qu'il y a des momens où il lui devient
suspect lui-même malgré tous les témoi
gnages de fidélité qu'il lui rend ; fidélité
d'autant moins sincere , qu'il ne croit pas
l'avoir méritée; il ajoûte que ce Fils même,
qui lui est si cher , lui a inspiré des mou
vemens d'aversion à son premier aspect ,
et' qu'il fremit de l'aceuil qu'il lui auroit
fait , s'il ne s'étoit pas fait reconnoître à
des signes incontestables , tels que la
Lettre de sa femme.
Voici encore le Public attaqué ; je ne
crois pas pouvoir me dispenser de dé
fendre sa cause . L'Auteur de la Lettre
s'explique en ces termes : C'estpar rapport
à cette Piece ,plus qu'à l'égard d'aucune autre
que le Public distrait & inattentif, fait usa
ge d'une maxime pernicieuse à laquelle tous
les mauvais Auteurs s'efforcent de donner
Cours , qui est , que le langage pur & éle
gant , le stile noble & correct & la beauté
de la versification sont inutiles sur le Théa
tre.
Peut-on rien dire de plus injurieux pour
ce Public respectable , que d'oser avancer
qu'il fait usage d'une maxime si deraison
I. Vol.
B iij
nable
1232 MERCURE DE FRANCE
•
{ .
nable, s'il étoit dans un pareil sentiment
viendroit- il en foule aux Tragedies de
Racine , et balanceroit -il un seul moment
entre Corneille et lui ? il n'y a personne
qui ne convienne que Corneille l'empor
te autant sur Racine par l'action que Ra
cine l'emporte sur Corneille par la dic
tion ; cependant l'un ne fait pas negliger
l'autre ; il n'eft donc pas vrai de dire que
le langage pur et élegant , le stile noble et cor
rect et la beauté de la versification , sont ju
gez par le Public inutiles au Théatre .
Si M. de la Grange se dément quelque
fois dans sa maniere de versifier , ce n'est
point là ce que le Public aplaudit dans ses
Ouvrages de Théatres ; ou plutôt s'il lui
passe quelques negligences de diction , ce
n'est qu'en faveur des beautez frappantes
qui se tecedent dans ses Pieces par rapport
aux situations dont elles sont remplies .
Je ne conviens pas pourtant , Mon
sieur , que l'Amasis soit écrit avec toute la
négligence , la rudesse et la barbarie possibles;
je suis bien éloignée d'adopter des termes
si familiers au Nouvelliste ; il cite çes trois
Vers , pour prouver ce qu'il avance.
C
Il recule , j'avance ; il se débat , il tombe ;
Là , sans être touché de son sort abbatu ,
Mon bras de l'achever , se fait une vertu.
1. Vol. · J'a
JUIN. 1731. 1233
J'avoue que le dernier hemistiche du se
cond vers , n'est pas le plus heureux du
monde ; mais si les grands exemples suffi
soient pour autoriser des fautes , Corneil
le et l'Auteur même de Brutus m'en four
niroient d'ailleurs , sort abbatu , est au
rang de ces figures par lesquelles on attri
bue à la cause ce qui n'appartient qu'à
l'effet , et puisqu'on dit un sort malheu
reux , quoique le malheur ne soit que
l'effet , et point du tout la cause du sort ,
pourquoi l'épithete d'abbatu attachée
au sort , ne jouiroit - elle pas du même pri
vilege ?
Voila à peu près , c'est le Nouvelliste
qui parle , comme sont faits tous les Vers de
la Piece ; non-seulement , ajoute - t-il , on
est aujourd'hui indulgent au Théatre par
rapport aux mauvais Vers , et au mauvais
langage , mais encore on y applaudit ; Voici
comment il le prouve on se récrie , par
exemple , à ce vers de Nitocris.
Menace moi de vivre , et non pas de mourir.
Si c'est-là un de ces Vers que le Nou
velliste appelle negligés , rudes et barbares
j'avoue à ma honte que j'ai terriblement
pris le change ; mais ce qui me console ,
c'est que tout le Public l'a pris comme moi :
Voici encore de la dialectique de l'Adver
›
I. Vol. B iiij saire
1234
MERCURE
DE FRANCE
saire d'Amasis Le Verbe qui suit celui de
menace ne se rapporte- t - il pas toûjours à la
personne qui menace ! Ces paroles , pour
suit-il avec un air de triomphe ; menace
moi de vivre et non pas de mourir , signi
fient donc proprement et grammaticalement
menace-moi que tu vivras & non que tu
.
mourras.
Après cette décision , il semble qu'il n'y
ait plus qu'à admirer ; mais je n'en suis
pas réduite -là , ce Vers m'a trop bien af
fectée pour le placer au rang des mauvais
et des barbares ; ceux qu'Amasis dit aupa
ravant , nous portent naturellement à un
sens tout contraire à celui qu'une mau
vaise Grammaire lui prête contre toutes
les regles , vivre et mourir sont ici au lieu de
vie & de mort ; et le Vers attaqué ne veut
dire autre chose que menace-moi de la vie et
non pas de la mort la vie étant regardée
par Nitocris comme un supplice , & la mort
comme une grace ; un Regent de Rethorique
que j'ai consulté là - dessus , m'a dit que ce
prétendu Barbarisme n'est tout au plus
qu'un Latinisme il a fait sur cela un
Vers Latin qu'il m'a donné par écrit : le
voici ,
;
:
Mortem minaris proximam ! vitamjube.
Mais je ne m'apperçois pas que ma
I. Vol. Let
JUIN
. 1731. 1235
Lettre commence à devenir longue et
peut-être ennuyeuse , je la finis brus
quement pour ne point abuser de votre
patience ; Je suis , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE de la Marquise de .... au Chevalier de ....
La Marquise de... écrit au Chevalier de... pour répondre à une critique de la septième lettre du Nouvelliste du Parnasse concernant la tragédie 'Amasis' de Voltaire. La Marquise conteste les accusations du critique, affirmant que ses larmes lors de la représentation n'étaient pas injustifiées et que la pièce est bien accueillie par le public. Elle critique la fausse hypothèse du critique selon laquelle 'Amasis' était ignorée ou peu vantée à ses débuts, expliquant que les conditions météorologiques et des conflits personnels avaient limité les représentations. La Marquise défend également la qualité littéraire et la sensibilité de Voltaire, tout en critiquant la partialité et l'exagération du critique. Elle réfute les accusations de bizarrerie et de manque d'unité dans la pièce, et défend les choix artistiques de Voltaire. La Marquise conclut en soulignant l'injustice des critiques du public et en affirmant que 'Amasis' mérite son succès. La lettre est datée de juin 1731 et inclut une phrase en latin : 'Mortem minaris proximam! vitamjube.' L'auteur exprime ensuite qu'il ne souhaite pas que sa lettre devienne trop longue et ennuyeuse, et décide de la terminer abruptement pour ne pas abuser de la patience du destinataire. La lettre se conclut par une formule de politesse : 'Je suis, &c.'
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1977-1979
STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
Début :
Plein de beautez et de deffauts, Le vieil Homere a mon estime ; [...]
Mots clefs :
Poètes épiques, Homère, Nouvelliste du Parnasse, Virgile, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
STANCES ,
Sur les Poëtes Epiques.
PLein de beautez et de deffauts ,
Le vieil Homere a mon estime ;
Il est , comme tous ses Héros ,
Babillard outré , mais sublime,
Virgile , orne mieux la raison ,
A plus d'art , autant d'harmonic ,
Mais il s'épuise avec Didon ,
Et ratte à la fin Lavinic.
De faux brillants , trop de Magie ,
Mettent le Tasse un cran plus bas
Mais que ne tolere- t'on pas ,
Pour Armide et pour Herminie ?
Milton
1978 MERCURE DE FRANCE
Milton , plus élevé qu'eux tous ,
A des Beautez moins agreables .
Il n'a chanté que pour les fous ,
Pour les Anges et pour les Diables,
Après Milton , après le Tasse ,
Parler de moi seroit trop fort ,
Et j'attendrai que je sois mort,
Four apprendre quelle est ma place .
Voilà la veritable leçon de ces Vers de
M. de Voltaire , qui ont été imprimez
d'une maniere peu exacte dans le Nouvelliste
du Parnasse , Lettre vingt- neuf.
L'Auteur de ce Nouvelliste , qui fait un
Commentaire solide sur l'étimologie de
ce mot rater , prétend que ces Stances sont
plus badines que solides . Il semble cependant
qu'on n'en a pas jugé ainsi dans le
public ; il est vrai que ces Vers on l'air
badin , mais le jugement que M. de Voltaire
porte sur les autres Poëtes Epiques,
a parû judicieux. Jamais peut-être n'a-t'on
rendu plus de justice à Homere que dans
le petit Quatrain qui renferme son Portrait.
A l'égard de Virgile , il est certain que
les six derniers Livres où l'on fait la guerre
pour Lavinic , ne valent pas , à beaucoup
près ,
AOUS T. 1731. 1979
près , les six premiers. Il est bien vrai
qu'Enée n'est pas amoureux de Lavinic ,
Comme il l'est de Didon ; Aussi ce n'est
point Ænée , c'est Virgile qui rate Lavinie
, en rendant tout ce qui la regarde si
peu
interessant.
Pour le Tasse , c'est le sentiment de
M. Despreaux , que les faux brillants et
la sorcellerie ont dégradé cet Auteur celebre.
Est-il rien de plus raisonnable que de
dire que Milton a chanté pour les fous
les Anges et les Diables on voit dans ce
Poëme , fameux d'ailleurs , un Paradis
appellé expressement le Paradis des Fouss
toute la Scene se passe dans un autre Monde
que le nôtre.
A l'égard de la derniere Stance , c'est
au Public seul d'en décider.
Sur les Poëtes Epiques.
PLein de beautez et de deffauts ,
Le vieil Homere a mon estime ;
Il est , comme tous ses Héros ,
Babillard outré , mais sublime,
Virgile , orne mieux la raison ,
A plus d'art , autant d'harmonic ,
Mais il s'épuise avec Didon ,
Et ratte à la fin Lavinic.
De faux brillants , trop de Magie ,
Mettent le Tasse un cran plus bas
Mais que ne tolere- t'on pas ,
Pour Armide et pour Herminie ?
Milton
1978 MERCURE DE FRANCE
Milton , plus élevé qu'eux tous ,
A des Beautez moins agreables .
Il n'a chanté que pour les fous ,
Pour les Anges et pour les Diables,
Après Milton , après le Tasse ,
Parler de moi seroit trop fort ,
Et j'attendrai que je sois mort,
Four apprendre quelle est ma place .
Voilà la veritable leçon de ces Vers de
M. de Voltaire , qui ont été imprimez
d'une maniere peu exacte dans le Nouvelliste
du Parnasse , Lettre vingt- neuf.
L'Auteur de ce Nouvelliste , qui fait un
Commentaire solide sur l'étimologie de
ce mot rater , prétend que ces Stances sont
plus badines que solides . Il semble cependant
qu'on n'en a pas jugé ainsi dans le
public ; il est vrai que ces Vers on l'air
badin , mais le jugement que M. de Voltaire
porte sur les autres Poëtes Epiques,
a parû judicieux. Jamais peut-être n'a-t'on
rendu plus de justice à Homere que dans
le petit Quatrain qui renferme son Portrait.
A l'égard de Virgile , il est certain que
les six derniers Livres où l'on fait la guerre
pour Lavinic , ne valent pas , à beaucoup
près ,
AOUS T. 1731. 1979
près , les six premiers. Il est bien vrai
qu'Enée n'est pas amoureux de Lavinic ,
Comme il l'est de Didon ; Aussi ce n'est
point Ænée , c'est Virgile qui rate Lavinie
, en rendant tout ce qui la regarde si
peu
interessant.
Pour le Tasse , c'est le sentiment de
M. Despreaux , que les faux brillants et
la sorcellerie ont dégradé cet Auteur celebre.
Est-il rien de plus raisonnable que de
dire que Milton a chanté pour les fous
les Anges et les Diables on voit dans ce
Poëme , fameux d'ailleurs , un Paradis
appellé expressement le Paradis des Fouss
toute la Scene se passe dans un autre Monde
que le nôtre.
A l'égard de la derniere Stance , c'est
au Public seul d'en décider.
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Résumé : STANCES, Sur les Poëtes Epiques.
Voltaire analyse les poètes épiques en soulignant leurs qualités et défauts. Homère est reconnu pour ses beautés et ses défauts, notamment sa verbosité, mais reste sublime. Virgile est apprécié pour son art et son harmonie, mais critiqué pour la faiblesse des six derniers livres de l'Énéide, où il échoue à décrire Lavinia. Le Tasse est jugé inférieur en raison de ses faux brillants et de sa magie excessive, bien que ses personnages comme Armide et Herminie soient tolérés. Milton est considéré comme le plus grand des poètes épiques pour avoir chanté les fous, les anges et les diables, illustré par son œuvre 'Le Paradis perdu'. Voltaire laisse au public le soin de juger sa propre place parmi ces poètes. Le texte mentionne également des commentaires sur la publication et la réception de ces stances, soulignant leur caractère badin mais judicieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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3
p. 2318-2326
REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
Début :
Le grand Critique qui enfante toutes les semaines une feüille d'impression [...]
Mots clefs :
Nouvelliste du Parnasse, Humanités, Grammairien , Abrégé de la grammaire française, Règles de poétique, Conjugaisons, Combinaisons des verbes, Syntaxe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
REMARQUES de M. Gaullier , sur la
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
-
2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
Censure portée contre lui dans la vingtbuitiéme
Lettre du Nouvelliste du Par
nasse.
E grand Critique qui enfante toutes
les semaines une feuille d'impression
in-douze , de caractere moyen , a jugé à
propos de parler ainsi de la methode de
M. Lefevre que j'ai fait réimprimer
avec des Notes : L'infatigable M. Gaullyer
, dit-il , Professeur au College du Plessis
apublié nne Methode pour l'étude des
humanitez. C'est un Grammairien fecond ;
qui , suivant toutes les apparences , regalera
encore ses Ecoliers d'un bon nombre de Volumes.
Je ne sçai si cette multiplication est
nécessaire. Il me semble que le grand nombre
de Regles accable plus l'Esprit qu'il ne le
soulage.
-
M. Gaullier n'est pas si infatigable
ny si fecond en Grammaires que le Nouvelliste
l'est en Nouvelles , ou plutôt er
Censure et en Satyre . Depuis 1716 , que
parut sa premiere Methode , il n'a fait im
primer que cinq petites parties des Regle ÷
pour la Langue Latine et la Françoise
avec un Abregé de la Grammaire Françoi
se
OCTOBRE.
1737.
2219
se , et des Regles de Poëtique , tirées
d'Aristote ,
d'Horace , de
Despreaux et
d'autres célebres Auteurs , tant anciens
que modernes. Les cinq autres Volumes
de M. Gaullier sont , non des Volumes
de Regles , mais des Auteurs Grecs et.
Latins notés à l'usage des Classes . Tous
douze ont été
approuvés par une , et six
par deux Conclusions de l'Université , en
1716. et en la presente Année 1731. honneur
qui n'avoit été fait à personne avant
lui , que je sçache , et qu'un ou deux seulement
ont reçû après lui .
> Quant aux sept Volumes de Regles
ce n'est qu'un abregé et un choix de ce
que nous avons de plus excellent en ce
genre , je veux dire , des Methodes de
Port -Royal , de la
Grammaire Françoise
de l'Abbé Regnier - Desmarais . Mais com
me M. Gaullier ne regale poine ses Ecoliers
de Regles de Poëtique qui sont audessus
de leur portée , ni de versification
françoise ni de plusieurs autres choses
qu'il leur fait passer dans ses livres , com.
meles
Declinaisons et les
Conjugaisons , les
Préfaces , les
Combinaisons des Verbes ; ces
7. Volumes se réduisent à six , qui tous ensemble
ne font pas plus de cinq cent pages.
Et même M. Gaullier
connoissant un peu
les differents goûts , pour ne pas dire les
Cij
divers
23 20 MERCURE DE FRANCE
divers Caprices des hommes , il a réduit
à une Feuille d'impression de 24. pages
de petit caractere , Le Rudiment et
la Syntaxe 2 Les Préterits et Supins
qui en tiennent plus de 300. in 80. dans
Despautere , et plus de 350. aussi in 8º.
dans Port- Royal 3º plus de 400. pages
de la Methode de Bretonneau ont aussi
été réduites à 26 : et 740 in 4° . de la
Grammaire de M. l'Abbé Regnier - Desmarais
ont été abregés par lui d'abord en
52 pages de Petit-Romain , et puis en 24
de Petit-Texte.
С
Comment le Nouvelliste peut- il donc
se plaindre de la multiplication de mes
Livres de Grammaite et des Regles , et
prophetiser que je regalerai encore mes
Ecoliers d'un grand nombre de Volumes ?
Quand on fait le Métier de Satirique
comme le fait le Nouvelliste , il faudroit
au moins être exempt des fautes qu'on
reprend dans les autres , et ne leur en reprocher
que de vrayes. C'est ici tout le
contraire ; et il me paroît évident que celui
qui de son autorité privée , s'est érigé
depuis six ou sept mois en Juge de tous
les Auteurs , manque lui-même ici de
Jugement.
L'infatigable M. Gaullyer , Professeur
au College du Plessis , a publié, dit- on , une
Methode pour les Humanitez.
La
OCTOBRE. 173. 232F
La Methode que M. Gaullier a publiée ,
n'est point de lui : elle est du celebre M. Le
Fevre de Saumur , Pere de Me Dacier.
Elle n'est que de trois feuilles de Gros
Romain , qui n'en valent pas une de Petit
Texte. Les Notes de M. Gaullier , ne
sont aussi que de trois Feuilles d'un caractere
presque aussi gros . Qui pourra donc
jamais penser qu'un homme qui est accoûtumé
à porter quatre heures et demie
tous les jours le pesant fardeau d'une
Classe , soit nommé infatigable à juste
titre , pour avoir donné au Public six
Feuilles de grosse Impression , dont il y
én a la moitié qui n'est pas de lui ? Mais
quelqu'un ne sera-t'il point tenté de croi
re , que le Nouvelliste , pour bien juger
des Auteurs et de leurs ouvrages , porte
l'exactitude jusqu'à ne pas lire en entier
les titres des Livres , et à passer ce qui y
est écrit en plus petit caractere : et que
c'est là la vraye raison qui paroît lui faire
attribuer à M. Gaullier , un ouvrage qui
est de M. Le Fevre ?
Que si c'est à bon droit qu'on donne le
nom d'Infatigable à M. Gaullier , pour
avoir publié en un an un Livre de six
feuilles , dont il n'y en a que trois de
lui; à combien plus forte raison doit- on le
donner au Nouvelliste , qui , sans se fa-
Ciij tiguer
2322 MERCURE DE FRANCE
"
tiguer , fatiguera tous les ans le Public
de 52. Feuilles d'impression , qui est au
dessous de celle de la Methode de M. Le
Fevre et des Notes de M. Gaullier.
C'est un Grammairién fecond , continuë
le Nouvelliste , qui , suivant toutes les ap
parences , regalera encore ses Ecoliers d'un
bon nombre de Volumes. Il me semble que
le Nouvelliste est à peu près du même
caractere que la Déesse qui préside aux
Nouvelles , je veux dire la Renommée
dont Virgile dit quelque part :
Tamficti pravique tenax quàm nuntia veri;
La difference qui me paroît être entre
elle et lui , c'est que cette Déesse publie
également la verité et la fausseté , et que
notre homme panche plus souvent du
côté de la fausseté et verifie en sa personne
d'une maniere qui lui est propre
ce qui est dit de l'homme en general ,
Omnis homo mendax,
Une autre difference qui ne me paroît
pas moins considerable , c'est que la Ré
nommée rne nous annonce que le passé ,
et que le Nouvelliste se mêle de nous
prédire l'avenir , et s'érige en Prophete
de malheur , ou en diseur de mauvaises
avantures ; car ne peut- on pas donner ce
nom au régal d'un bon nombre de Volu◄
›
mes
OCTOBRE. 1731. 2325
*
mes de Grammaire , qu'il pronostique à
mes Ecoliers ?
Mais encore sur quoi est fondée cette
nouvelle Prophetie ? Et comment peutelle
avoir aucune apparence de verité ?
Si on juge de l'avenir par le passé , comme
la raison le veut , quelle apparence que
moi , qui , depuis 1719. que la cinquiéme
partie des Regles a parue , n'ai regalé
mes Ecoliers que du petit Volume de la
Grammaire Françoise , je les regale dans
la suite d'un bon nombre de Volumes ?
Pour moi , si j'aimois à prophetiser , je
pourrois dire que le Nouvelliste est un
Critique fecond , qui , suivant toutes les
apparences , regalera encore le Public
d'un bon nombre de Lettres. Il l'a promis
; il tient parole ; depuis sept mois ,
il nous a déja servi 29. de ces Lettres :
c'est un gage presque sûr pour l'avenir ;
à moins que le Public ne persevere de plus
en plus à ne pas faire cas du régal qu'on
veut lui donner malgré lui .
Je ne sçai , c'est le Nouvelliste qui parle
, si cette multiplication est nécessaire . Il
me semble que le grand nombre de Regles
accable plus l'Esprit qu'il ne le soulage.
Pour moi je crois sçavoir que la multiplication
des Regles er des Volumes de
Grammaire , non seulement n'est pas
Ciiij néces-
-
2324 MERCURE DE FRANCE
gles ,
1
nécessaire , mais même est très- inutile
et très - préjudiciable. C'est pour cela que
j'ai tant abregé les gros Volumes de Resoit
pour le Latin soit pour le
François ; et que , comme je l'ai déja
prouvé plus haut par les faits , je les ai
réduit d'abord à 100. ou 200. pages, puis
à une feuille de 24. Pages. C'est pour la
même raison que j'ai donné au Public
une nouvelle Edition de la petite Methode
de M. Le Fevre , afin d'empêcher , s'il
est possible , la multiplication des nouveaux
systêmes pour le Latin , dont l'exposition
et les préliminaires sont souvent
beaucoup plus longs et plus ennuyeux que
toutes les Regles , et d'étouffer dans leur
naissance un bon nombre d'insectes de la
basse litterature , qui fourmillent et pul- .
lulent de tous côtés depuis quinze ou
vingt ans et qui achevent de ruiner et
de désoler le Pays de la Grammaire , qui
de sa Nature est si peu riante et si peu
fertille.
Voilà ce que je crois sçavoir , et à quoi
est bonne la nouvelle édition du petit
ouvrage de M. Le Fevre. Ce que je ne sçai
pas , c'est si cette multiplication de Nouvelles
Litteraires est bien nécessaire , et
si elle n'accable et n'assomme pas plutôt
le Public qu'elle ne le soulage . Nous
avons
OCTOBRE 1731. 2325
avons déja tant d'autres ouvrages de cette
espece , qui ont la vogue depuis tant d'années,
sans parler des autres.
Il s'en faut bien que le Nouvelliste du
Parnasse ait toutes les bonnes qualitez et
tous les avantages des autres ouvrages Periodiques
premierement le titre en est
trompeur. C'est un Nouvelliste qui n'apprend
point de Nouvelles ; il ne se borne
point au Parnasse mais il descend du
haut de cette Montagne , dans les Vallées
les plus basses , d'où ensuite il s'écarte à
droite et à gauche et s'égare dans le
pays de la Rethorique et de la Grammaire
, qu'il ne connoît que très- imparfaitement
, et des autres Arts liberaux. Le
titre de Nouvelliste du Parnasse ne lui
convient donc en aucune maniere , à
moins qu'on ne veüille faire entendre parlà
qu'il prétend jouir du Privilege du
Parnasse , c'est - à-dire , de feindre et de
mentir comme les Poëtes qui habitent
cette Montagne .
,
Mais au lieu des Nouvelles.du Parnasse
qu'il nous promet , comme il juge des
autres par lui- même , il croit que des
Censures et des Satyres , même fausses
leur feront plus de plaisir. Il monte donc
sur un Tribunal qu'il s'érige à lui-même ,
et de- là il prononce toûjours avec har-
Cv diesse
L
2326 MERCURE DE FRANCE
diessse , mais souvent sans modération et
sans équité , des Jugemens précipitez et
injustes contre tous ceux qui lui sont
bien superieurs en science et en autorité ;
contre les ROLLINS les GIBERTS
les VOLTAIRES . Il faut donc lui ôter
son nom de Nouvelliste du Parnasse , qui
est faux , comme nous venons de le prouver
, et qui de plus ne donne pas de lui
une bonne idée , puisque Nouvelliste ne
se prend gueres qu'en mauvaise part ; et
lui donner le nom de Censeur general de
la Republique des Lettres.
On peut aussi dire de lui , ce que l'E
criture dit d'Ismaël , Gen. 16. 12. Qu'il
leve la main contre tous , Manus ejus
contra omnes ; et ajoûter que tous leve-
'ront aussi la main contre lui ; Etmanus
omnium contra eum ; à moins que le peu
de cas qu'on paroît faire de lui , ne le
fasse rentrer dans le néant dont il est
sorti depuis quelques mois .
Voilà une partie de ce que j'avois à ré,
pondre , pour deffendre contre le Nouvelliste
Parnassien le peu de réputation
que je me suis acquise depuis 15. ou 20.
ans , qui m'est nécessaire pour continuer
ma Profession avec honneur , et que ce
Critique injuste veut , mais ne doit ni
ne pourra jamais m'ôter.
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Résumé : REMARQUES de M. Gaullier, sur la Censure portée contre lui dans la vingt-huitiéme Lettre du Nouvelliste du Parnasse.
M. Gaullier, professeur au Collège du Plessis, réagit à une critique parue dans le Nouvelliste du Parnasse concernant sa méthode d'enseignement des humanités. Le critique, surnommé le 'grand Critique', reproche à M. Gaullier de publier trop de volumes de grammaire. M. Gaullier réfute cette accusation en détaillant ses publications depuis 1716. Il a publié cinq parties de règles pour le latin et le français, un abrégé de grammaire française et des règles de poétique. En outre, il a édité des auteurs grecs et latins annotés. Tous ses ouvrages ont été approuvés par l'Université. M. Gaullier précise que ses sept volumes de règles sont des abrégés des meilleures méthodes existantes, réduisant des œuvres volumineuses à des formats plus accessibles. Il critique le Nouvelliste pour ses erreurs et son manque de jugement, notant que ce dernier publie des nouvelles et des satires sans fondement. M. Gaullier défend son travail en expliquant que ses publications visent à simplifier et à rendre les règles grammaticales plus accessibles, contrairement aux affirmations du Nouvelliste. Il conclut en critiquant le titre trompeur et les jugements hâtifs du Nouvelliste, suggérant de le renommer 'Censeur général de la République des Lettres'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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