La Cérémonie commença par une
courte Intruction , où Mr l'Abbé
Bion , qui en avoit efté chargé , fe
propofa de montrer , que les Grands
doivent regarder les moindres hommes
avec refpect .
&
Après un trait affés vif fur les baffelles
des Coartifans , Source ordinaire
du mépris des Grands pour les
hommes ; il entra en matière
tira fes preuves de la Dignité de
l'homme en general , & de la Mifere
des Grands en particulier.
De la Dignité de l'homme en general.
Il est formé à l'image de Dieu;
il a efté racheté du Sang d'un Dieu ;
il est appellé au Royaume de Dieu.
De la Mifere des Grands en particulier.
Leur Condition eft la plus
malheureuſe pour le falut;ils ne font
faits que pour fervir les autres ; leur
Grandeur n'eft que lafuite & l'effet
du péché. Verités hardies que
Mc
175 LE NOUVEAU
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> à
l'Abbé Bion ne traita, qu'après avoir
prévenu l'abus que la Malignité hu--
maine pouroit en faire. Car fi
les Grands , dit-il , font portés à méprifer
le commun des hommes ; le
Commun des hommes n'eft gueres
moins difpofé à médire des Grands;
& malheur à moi, fi en voulant
détromper les uns , je venois autorifer
les autres. Vous ,donc Efprits
chagrins , Coeurs fuperbes , s'il en
étoit quelqu'un. Vous , dis -je
qui l'Orgueil , où la mauvaife humeur
rend toute domination importune
, & qui , peut - être , vousfaifiez
déja un plaifir malin , d'entendre
ici décrier la Grandeur ; prénez
à votre tour les réponfes de
la Religion. Que , les Grands ,
vous dira-t-elle , s'affligent de leur
Etat , comme de la condition la plus
malheureufe pour le fut : Qu'ils
engémiffent , comme d'une espéce
de défordre dans la Nature : Qu'ils
fe régardent comme des victimes
dévouées au bien public. C'est à
eux feuls . qu'il apartient de feſe
MERCURE. 177
voir fous cette face fi humiliante .
Mais pour vous , il ne vous eft permis
de les envifager , que comme
tenans à votre égard , la place du
Souverain Etre , que comme Dépofitaires
d'une autorité , qui n'eft
autre , que celle de Dieu -même :
en un mot, que comme des Perſonnes
facrées , en qui vous devez
honorer l'image vifible du Tout-
Puillant.
Aprés cette digreffiɔn , qui étoit
néceffaire , pour autorifer la Morale
un peu vive de Mr l'Abbé
Bion , contre les Grands ; il revint
à fonfujet, & Dévelopa fes fix Réflexions
, mais d'une maniere fi précife
, qu'il n'eſt pas poffible d'en
rien extraire. Je raporterai feulement
ce qui regarde la Cinquiéme ;
voir , que les Grands ne font
faits , que pour fervir les autres.
Que vous foyez établis , leur dit-il ,
pour fervir au bien public , independemment
de ce que la Religion
nous enfeigne fur ce point ; En
faut-il d'autre preuve , que la con→
Piij
178 LE NOUVEAU
duite du fage Prince , qui nous gouverne
? dès que le facré dépôt de
l'Autorité Royale lui fut, confié , ne
l'a -t'onpas vû, ramenant laGrandeur
à fa véritable fin ; non feulement
fe confacrer lui- même tout entier
au bonheur de cet Empire , mais
dans la Néceffité indifpenfable de
partager le Travail , s'affocier encore
par préférence , les plus Diftingués
d'entre Vous. Ah ! ne mépriſezdonc
pas des hommes , dont la
félicité doit être nôtre unique objet
; & puifqu'ils ne font point indignes
de vos foins . Refpectés-vous,
vous- mêmes, en les refpectant.
Le difcours finit par cette Apoftrophe
au Roy.
SIRE ,
,, Il y auroit plufieuresConfequen
,, ces à tirer de ces principes pour
la conduite particuliere des Sou-
,, verains. Mais je laiffe aux Grands
hommes qui vous environnent, le
foin de vous les developer. C'eft
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179
MERCURE
.
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,,
à eux qu'il eft refervé de nous
former en vous , unMonarque felon
,, le coeur de Dieu : & fans préten-
,, dre diminuer de leur gloire , j'ofe
affurer , SIRE , que par la droi-
,, ture de vostre efprit , & plus en-
» core par celle de voftre coeur, vous
,, leur rendrez bien aifée une fonc-
,, tion,d'ordinaire fi épineufe. Per-
,, mettez-moi feulement,en finiffant
,, ce Difcours , de vous adreiler en-
,, core les paroles de J. C. à fes
Apôtres,lorfqu'il va achever l'Action
éclatante que vous allez com-
,, mencer. C'eft , qu'après avoir con-
,, nu l'important devoir que je viens
d'établir , & que la Cérémonie de
,, ce jour vous rappellera chaque année
, vous ferez heureux , même
felon le monde , fi vous l'accom-
,, pliffez fidelement. Oui , SIRE .
yous ferez heureux,parce que nous
le ferons nous -mêines , & que le
bonheur d'un bon Prince n'eſt
point diftingué de la félicité de
,, fes peuples . Verité effentielle dont
Vôtre MAJESTE' fera un jour
-
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99
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180 LE NOUVEAU
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,, le fondement de fa politique , &
quisaprésl'avoir rendue fur la Terre,
les delices de ce vafte Empire,
lui procurera dans le Ciel la Cou-
,, ronne que Dieu referve aux Roys
felon fon Coeur.
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"
Au reste , je ne crois pas néceffaire
de dire ici , qui eft Mr l'Abbé
Bion : il eft affés connu par
le Panegyrique
de S. Louis qu'il a prononcé
en 1715. devant Meffieurs de
l'Académie Françoife.