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p. 37-75
REPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Début :
Je vous envoye une réponse au Traité des Vapeurs de / J'ay esté surpris, Mademoiselle, qu'un Philosophe de nos jours [...]
Mots clefs :
Vapeurs, Cerveau, Vapeur, Philosophe, Parties, Maladie, Corps, Matière, Symptôme, Affection, Femmes, Intestins, Hypocondriaque, Vin, Chaleur, Opinions, Diaphragme, Plèvre, Affection, Entrailles
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE A Lettre d'un Philosophe, touchant la Maladie des Vapeurs. A Mademoiselle de Scudery.
Jevous envoyé une réponse
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
au Traité des Vapeurs de
Mdela Brosse, donc je vous
fis part dans ma Lettre d'Oaobrc.
Elle est de MrChays,
Medecin du Bourg Saint Andeol
en Vivarest. Vous ferez
bien aise de voir le pour & le
contre.
REPONSE
A laLettre d'un Philosophe,
touchant la Maladie des - Vapeurs.
A Mademoiselle de Scudery.
J'Ayesté sur pris, Mademoilclle,
qu'un Philosophe de
nos jours
3
iQfeélé d'HcrcHc
en matière de Medecine, vous
ait adresse une Lettre que j'ay
veuë dans le Mercure du mois
d'Octobre, pour vous perfuader
ses opinions erronées,au !
préjudice de la veritable doctrine.
Je sçay bien que tous les
Herefiarquesonr une pratique
fcmblablc alafienne, en vou-
- lant persuader aux personnes
de credit & d'autorité leurs
nouvelles opinions, afin de
les faire ensuite glisser plus
facilement dans l'esprit du Public;
mais comme je sçay que
lavous vousplaisez à écouter vérité en toutes choses
, je
nne'ay point douté que vous reccuffiez favorablement
ce que j'ay à vous dire contre
des opinions qui Ce réfutent
assez d'elles-mcfmes.
- Si ce Philosophe avoit dumoins
eu quelque vénération
pour l'antiquité & n'eust
point déchiré la réputation
du Divin Hypocratc, & de
tanr de Grands Hommes qui
l'ont imité,Il n'auroit peutestre
point donneoccasion à
luy répondre
,
mais comme
il s'en prend & aux Anciens
& aux Docteurs modernes de
la Faculté, & qu'il veut abbatre
par là tous les fondemens
de
la Medecine, pour
establir ses sentimens sur leurs
ruines,je n'ay pu me dispenser
de luy répondre, pour luy
i prouver par de bonnesraisons
appuyées sur l'experience
:que » tout ce qu'il a avancé
n'est à proprement parler
, qu'une chimere & une illuiion.
Il estcertain que les vapeurs
caufentbeaucoup de fynipto.
mes au Corps humain,& sur
tout dans le siecle ou nous
: sommes, puisque c'est presenitement
une maladie à la mode,&
que bien des personnes,
tant de l'un que de l'autre
sexe, en sont attaquées. Cela
donne lieu de croire que les
saisons, les climats differens,
&les revolutions des années
nous causent souvent des maladies
djffcrcntesJmais quoy
que ce mot devapeurs foitun
mot vague & généralqui
comprend en soy beaucoup
de differens symptomes
,
&
qu'elles soient produites,
tantost par les hypocondres,
tantost par reftomach>&tantost
par les mouvemens & les
indispositions de la Mere, &
mesme par beaucoup d'autres
partiesducorps,ce Philofophe
neantmoins veut, que
tous ces s,ymiptomes differens,, qui sont compris fous le nom
de Vapeurs, ne partent que
d'une mesme source
>
& d'un
estomach foible & depravé.
Il donne le nom de cette maladie
à celle de l'affection hypocondriaque
; & veut faire
comprendre par là que tous
ceux qui sont atteints de vapeurs
sont infectez de cette
maladie,& qu'on n'ose la
nommer ainsi, à cause que
ce nom a quelque chose d'ignominieux.
Il veutensuite que ces memes
va peurs , que les Mede-
; cins supposent estreengendrées
dans le basventre, ne
puissent en aucune maniere
monterny au Cerveau,ny à
la Poitrine ,ny aux autres par.
ties superieures
,
& ainsi il
veut prouver que les Medecins
font dans l'erreur, de
donner lenom de vapeurs à
tous ces symptomes differens,
que nous voyons arriver tous
les jours aux Femmes qui sont
sujettesàla Mere,& aux hommesaussi
qui sont atteints de
beaucoup de maladies
,
qui
font causées par les va peurs.
Il allegue pour ses raisons,
que les vapeurs qui s'élevcat.
du bas ventre ne peuvent
monter au Cerveau, à cause
des obstacles quelles trouvent
en chemin,comme font
le diaphragme, & la plevre,
&tous les autres obstacles
qu'il rapporte;mais s'il veut
n'estre point prévenu de ses
sentimens, comme les Medecins
le font des leurs, à ce
qu'il dit,& ne s'attacher pas
aussi fortementàsonopinion,
que les Turcs font à leur Alcoran,
je puis aisement le detromper,
& luy faire voir
qu'il est dans l'erreur luy-
! meCmco.,
••
q;; ,: ':,'
<
Il rapporte que nos Anciens
Docteurs soustiennent que
l'Epilepsie sympathique pro-
- vient des parties basses,& Galien
dans le livre3. des lieux
affectez chap. 7.' rapporte
qu'un jeune homme cstantatteint
d'une Epilepsie Sympathique,
lors que le Paroxisme
l'attaquoit, sentoit monter, à
ce qu'il disoit - comme un
ventfroid, de la Jambe à la
Cuisse,& de laCuisse consecutivementpar
les autres parties,
jusquesau Cerveau, &
qu'il estoit ensuite attaqué de
ce fâcheux y m ptome. Ce
Philosophe qui est de bonne
soy, avouë du moins que si
ce n'est pas une vapeur, qui
causoit l'accident de ce jeune
homme, c'estoit, à ce qu'il
dit, une humeur maligne,
qui se glissoit par les parties
du corps de ce Malade,&qui
luy causoit l'Epilepsie. Mais
je croy qu'il devroit bien avouër
qu'une vapeur qui est
plus subule qu'une bumeur,
peut bien passer par lesmesmes
endroits que l'humeur
passera
,
& sur tout puisque
celaest autorité par le Malade,
qui disoit sentir comme
un vent froid qui luy montoit
de la Jambe jusques au
Cerveau. Cet argument doit
paroistre sans réplique, puisbqiueenqui
reçoit le plus peut
recevoir le moins.
Mais comme il ne veut
point adherer aux opinions
& aux autoritez de nos Dofleurs
,
& qu'il ne s'attache
qu'à ses idées particulieres,
je neveux me fcrvir ny
d'aucune autorité, ny d'aucune
preuve d'Hypocrate ny
de Galien. Je veux seulement
le convaincre par des raisons
ôz des experiences fort sensibles
) & que tout le monde
pUÎifC;
puisse comprendre, ce qui
pourtant devroit m'obligerà
ne point disputer avec luy,
parce qu'il nie les princi pes
dela Philosophiedonc il fait
f. profession. Contra negantem
principia , non est disputmdum.
i Jeluy demande donc, dllÙ
l vient que ceux qui boivent du vin plus qu'a l'ordinaire,
sentent bien-tost après avoir
beu troublerl'oeconomie de
leur Cerveau, & qu'ils perdent
en peu de temps l'ufJ,CTc
de la raison. Le vin cependantreste
dans leurestomach,
6iOu dans leurs intestins. Je
croyqu'il devroit avoüer de
bonne soy, que c'est la vapeur
du vin, qui pénétrant facilement
le Diaphragme,la
Plevre, & les autres obstacles
qu'il propose. va directement
pervertir lesfonctions de î'esprit
animal, & fait souffrir
aux Beuveurs la depravation
qui le fait dans leur Cerveau
pendant leur debauche; ou
bien cette mesme vapeur se
glissant dans les Veines &;
dans les Arteres
, contre le
sentiment du Philosophe,va
attaquer directement le
Cerveau.
Ce qui prouve forte[
ment ce que je viens de dire,
c'cft qu'ona veu des personnesaqui
estantencrées dans
une Cave, où les cuves étoient
remplies de vin nouveau,
la vapeur scule de ce
vin lesentièrementenyvrées,
quoy qu'elles n'eussent pour- tant pas beu. Ainsi il pour
com prendre que les vapeurs
agissant si fortement
, quoy
qu'elles viennent du dehors,
elles doivent agir avec plus de
violence lors qu'un homme a
fait la débauche, parce qu'elles
agissent au dedans.
Les Femmes qui font si souvent
attaquées. des Vapeurs
de Mere,nous fournissent enr
core un exemple, & une preuveincontestable
,
contrele
sentiment du Philosophe.
Car en effet, si c'estoit une
matiere quise portast des parties
baffes si facilement dans le
Cerveau, pour leur causer des
convulsions,&lesautres ac.,
cidens qui dépravent les fonctions
animales
, pourquoy
ces mcfmcs accidens passeroienr-
ils si vÎrc, & pourquoy
arriveroient -
ils si inopinement?
Ce n'est que le propre
des vapeurs de changer si fa*
cilement d'une partie à l'autre,
& de cau fer des accidcns,
qui font si faciles à naître,ÔC
si faciles à terminer.
Que si le Philosophe veut
que ce soit la malignité de
- l'humeur qui le trouve corrompuë
dans les parties basses
qui se communique par le
moyen de la circulation, ou
autrement, dans la capacité
du Cerveau
, pourquoy une
vapeur qui s'exhalera de cette
matiere corrompue
, ne pourra-
t elle pas faire le mesme esset
avec plus de disposition &:
pe promptitude?
Si je voulois encore pouffer
la chose plus avant, l'exemple
du Mercure me fournit
une occa sion fort propre à le,
faire revenir de ses sentimens. -
Je sçay par experiencc
, qu'ayant fait frotter plusieurs
fois d'un onguent fait avec ce , minéral, labplante des pieds
de ceux qui font atteints des
maladies Vénériennes le
Mercure ne manque point de
monter par les parties internés,
jusque dans le Cerveau,
sans que le Diaphragme,la
Plevre ,ny le Mediastin l'c
emperchent, quoy que de sa
nature ce mineral soit des
plus pesans, & qu'il tendenaturellement
en
-
bas ,par son
piqprc poids; & ce qui nous
prouve qu'il monte jusques
au Cerveau
,
c'est qu'il y produit
des symptomes qui ne
sont propres qu'à cette partie,
Ifie qu'en mettant quelque piece
d'or dans la bouche ,le
Mercure nemanque pas de s'y
attacher. Ainsi nous pouvons
scio,nclure&le Philosopheau£ que les vapeurs qui sont
plus legeres que ce mincral
Émeuvent bien monter jusques
tau Cerveau, puisqu'elles ten- -
dent naturellementen haut;
& qu'elles ne vont jamais en
bas, que par impulsion & par
violence Il est si vray que
noistre corpsest tout perspirable,
suivant le sentiment de
nos Docteurs, & que toutes
les parties ont une fort grande
communication &connexionentre
elles
,
qu'il faut
n'estre point Medecin pour
en douter;&ainsi les vapeurs
qui s'eflevent d'une matiere
maligne,causent en nous par
cette intime communication
&connexion,bien des symptomes
differens, suivant le
degré de corruption, &suivant
les parties où elless'attachent
,
sans qu'elles puissent
trouver des obstacles aIT,z
forts pour les empescher de
monter.
Si nous confidcrons auni
une especed'Hydropisie que
nous appelions Timpanite,
& qui est produite par des
vents & des vapeurs, qui font
contenus dans la capacité du
ventre JIil faut suivant son hypothese,
que ces mesmes vapeurs
passent au travers des
intestins
, & au travers des
cinqtegumens, lors que le
Malade vient à guérir, pour
pouvoir estredissipées; & cependant
le Diaphragme ny la
Plevre ne font pas de plus
forts obstaclesque ceux que
je viens de rapporter.
Et si dans la fausse Pleuresie,
qui n'est le plus souvent produite
que des vapeurs & des
vents, on voit d'ordinaire que
par l'application des topiques
qui ouvrent les pores,
ces mesmes vapeurs sont disfipées
par insensible transpiration,
en perçant les cinq
tegumens,elles pourront bien
aussi passer au travers duDia- -
phragme, qui n'est pas plus
épas que les cinq tegumens,
& si raB est convaincu que la
matiere purulente, qui bl(st
trouvée dans lapoitrine, s'est
quelquefois évacuée par les
urines, sans que rAnatcmic
ait trouvé jusqu'icy aucun
conduit par où le pus ait pû
passer jusque dans les reins, il
est immanquable que les va-
:peurs, qui sont & plus tranf- pirables & plus legeres, pouril
ront bien sortirde la pôuri-n
ne:& se frayer une voyc dans
le cerveau sansqu'aucun ob- jftacle les arreste,puis que le
pus en est bien sorty , tant il
est vray que nostre corps cft
tout transpirable
Pourquoy le sage Ouvrier
dela Nature auroit il donné à
nos corps tant de millions de
pores, si ce n'est pour en faire
sortir les vapeurs supeifluës,
qui s'exhalent continuellement,&
qui sont que lquefois
apparentes aux sens, comme
nous le voyons à ceux qui
suent, dont il fort une fumée
semblable àcelle qui fort d'une
marmite,&qui n'est autre
chose qu'une vapeur; & s'il
arrive que nous ne voyions
sortir aucune vapeur de nos
corps,c'est qu'elles font Ím- *
perceptibles. Que si le Philosophe
vouloit estre convaincu
par experience qu'il en fort
continuellement du lien, il
n'auroit qu'à s'exposer devant
unmiroir& y rcfpircr contre>
& il verroitpar les petû
: tes gouttes d'eau qui s'y attachent
, que ce qui fort de ses
poumons n'est autrechose
qu'une vapeur qui se condense
» &qui s'attache contre le
miroir, quoy que pourtant la
vapeur qui sort de ses poulmons
soit imperceptible.
Il doit cftre persuadé qu'il
s'exhale toujours des vapeurs
de toutes les parties de nostre
corps, comme j'ay déja montré
, & que ces vapeurs trouvent
en nous allez de conduits
pour monter jusquesau
cerveau, & dans les autres
parties; mais lors qu'elles partent
d'une matiere qui n'est
ny alterée, ny corrompuë, elles ne produisent en nous
aucun symptome qui soit facheux.
Que s'il arrive quelquefois
que les vapeurs dépravent
les fonctions, comme
nous voyons aux Femmes qui
font sujettes à, la Mere, à ceux
qui sont sujets à l'affection
hy pocondriaque, & à bien
d'autres,dont les vapeurs alterent
la santé, c'est que les
mesmes vapeurs partent d'une
matiere corrompuë & alterée.
Nous ne devons point douter
que les vapeurs ne soient
la cause de beaucoup de maÍ.
ladies qui nous arrivent, &
qui causentennous desaccidens
extraordinaires puisque
nous voyons mesme qu'elles
causent dans tout l'Univers
tant de çhofts surprenantes.
- - - -
Ne voyons-nous pas quela
pluye
,
le tonnerre, la gresle,
les tremblemens de terre, &
les choses mesme les plus naturelles
, & qui nous sont le
moins apparentes font formées
par des vapeurs? Cornment
pourrions-nous sentir
l'odeur d'une rose si ce n'est
par la vapeur qui s'exhale de
cette fleur? Jerapporte seulement
cet exemple afin qu'on
jugedetout ce qui se fait dans
la Nature par le moyen des
vapeurs; & peut- estre Dscartes
n'auroit-il pas mal faitde
donner le nom de vapeur à
ses atomes& frscorpufcules;
mais parce que c'estoit un
mot dont l'ancienne Ecole se
servoit, il a voulu déguiser sa
-
doctrine en changeant feulement
de terme, & la rendre
ainsi particuliere, quoy que
d'ailleurs ces changemens de
termes n'en puissentjamais
apporter,& neservent qu'à
caufcr de l'admiration en faveur
de ceux qui les inventent
; car enfin qu'est-ce
qu'une vapeur sinon des atomes
& des corpuscules de
mille fortes de figures, &
qu'est-ce que des atomes&
des corpuscules, qu'un amas
de ces petits corps qui composent
la vapeur?
Jereviens à l'affectionhypocondriaque
, à laquelle le
Philosophe rapporte la cause
detoutes les vapeurs;comme
si les Femmes qui font lujet*.
tesaux maladieshysteriques,
n'avoient point d'autres causes
de leurs vapeurs quecelle
de l'affection hypocondriaque.
Qn pourroit bien conclurre
,
si on vouloit ajoûter
foy à ses sentimens,que laffectionhypocondriaque
tfL
bien frequente & bien à la
mode, puis que nous voyons
tant de Femmes su jettes aux
vapeurs de Mere.
Mais si nostre Philosophe
vouloit bien reconnoistre une
, autre cause de l'affection hypocondriaque
que celle de la
foiblessed'estomac,il pourroit
aussien mesme temps en attribuer
une autre aux va peurs
des Femmes que celle de l'affection
hypocondriaque; car
si la foiblessed'estomacestoit
la seule cause de l'afft[tion
hypocondriaque, tous ceux
qui ont une foiblessed'estomac
,comme il arrive à ceux
qui font atteints de la Lienterir,,&
de la Leucophlegmatie,
auroient des symptomes encore
plus forts que ceux qui
ont l'affection h ypocondriaque,
ce qui n'arrive pourtant
pas. Il devroit reconnoistre,
comme font tous les habiles.
Medecins, qu'il yauneautre
cause de cette maladie, qui
est une melancolie atrabilaire
qui est contenuë dans les
hypocondres (c'est pour cela
qu'on appelle cette Maladie
bypocondriaque) & qui est la
causeprincipale de tous les
symptomes qui en procedent;
éC ce qui fait qu'on a quelque
espece d'horreur pour cette
maladie, c'est qu'elle affecte
le plus souvent le cerveau, &
déprave quelquefois la raison,
& tout cela par le moyen des
vapeurs
-
qu'elle y éleve en se
fermentant:ce quiestconfirmé
par l'évacuation du fang
melancolique qui se fait par
les Veines hemorrhoïdales
qui profite immanquablement
à cette maladie.
Nostre Philosophe combat
- fort la chaleur d'entrailles
dans cette maladie, quoy
qu'il convienne pourtant qu'il
peut y en avoir quelque fois,
mais il dit aussi que cette chaleur
d'entrailles provient immediatement
de l'indigestion
d'estomac
,
aussi bien que la
dessiccation des excremens,
comme si l'humide devoit
dessecher. & la chaleur ra..
fraischir ; & pour luy faire
voir par une seule experiencc)
que c'estla c haleur contre
nature qui estdans lecorps
qui échaufe & qui desseche
les exrcmens, il n'a qu'à
prendre un lirge trempé dans
de l'eau commune ,
& l'appliquer
ensuitte sur une partie
qui fera atteinte d'une Heresipelle
,
& il verra par là
, que
lelinge se dessechera plûtôt
que sion l'appliquoitsurune
autre partie qui se trouveroit
faine. A plus forte raison la
chaleur contre nature deffeche
lesexcremens quisetrouvcnt
dans le Corps
,
où elle
agic avec plus de force, puis
qu'elle desseche si fort les hu- j:mides qu'on luy oppose aux
parties externes. Je ne puis pas croire qu'un homme soit ca-
;:. pable de former une semblable
hypothese,de vouloit faile
comprendre que la chaleur
t
rafraischit, & que l'humide J
déniche; c'est ce que nous j
n'avons point encore veu.
Il dit encore que s'ilyavoit
un feu dans les Intestins capable
de dessecher les excremens
secaux
,
il est constant qu'il
diffecheroit auparavant les
Intestins, car on ne peut jamais
dessecher. une substance
humide
,
dans un vaisseau hu-:
mide, que le Vaisseau ne foit
préalablement desseché.Voila
Tes propres termes, mais
s'il prenoit garde que les Intestins
font toûjours humectez
par le suc nutriticr qui
y
yestporté pour leur nourriture
, & pour leur accroissement
» il demeureroit d'accord
que les excremens se
doivent dessecher, & non les
Intestins, parce que les excrcmens
n'ont point de vie,
&ne reçoivent aucune nourriture
pour les humecéter. Le
Soleil dessechera bien plustost
une branche d'un Arbre qui
ne recevra point de nourriture
de ses racines, qu'une autre
branche qui reçoit sa nourriture
du tronc & de ses racines.
t.. Quelle erreur de s'imaginer
que ce qui échauffe ou detre-z
checeux qui sontatteinsd'unesievre
ardente,ou d'une fievre
hectique,n'est autre chose
qu'une foiblesse d'estomach,
ou une indigestion J'ay veu
- de jeunes gens atteints de la
fièvre hcûtque fort échaufez,
& fort extenuez 5 qui mangeoient
& qui beuvoient
mieux que moy, & dontl'eftomach
faisoit fort bien sa
fonction.Ondevrôit -conclu.
re comme fai t nostre Philosophe
,
qu'il faudroit échaufer
&dessecher dans ces maladies.
Cependant j'en ay veu guerir
pluficurs par le fcul usage du
lait, qui n'est pas fort propre
pour fortifier l'estomach,
n'aurois jamais fait si je voulois
combatre tout ce qu'il
rapporte couchant les Maladies
des Vapeurs. C'est ce qui
demanderoit plustost un volume
qu'une Lettre Je suis
pourtant fortobligé
,
Mademoiselle,
à la Doctrine nouvelle
du Philosophe, puis
qu'elle m'a procuré l'honneur
de vous adresser cette response
,& de vous asseurer que je
fuis avec beaucoup de vénération,
Vostre tresse.
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