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p. 5-13
LES DÉLICES DU SENTIMENT.
Début :
O SENTIMENT délicieux ! [...]
Mots clefs :
Nature, Bonheur, Tendre, Douceurs, Vie, Jours, Temps, Sentiment
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texteReconnaissance textuelle : LES DÉLICES DU SENTIMENT.
LES DÉLICES DUSENTIMENT.
O SENTIMENT délicieux!
Quetajoie eftpaifible & pure,
Lorfque , guidé par la nature,
Tuviens triompher en ces lieux!
D'un rocher, d'un défert aride
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Tu fais faire un endroit charmant;
Tufais mêmeauruftiqueAmant
Donnerun air tendre & timide,
Changer fon difcordant pipeau
Enune flûte enchantereſſe,
Et faire dansun feul agneau,
Dansun ruban, fimple cadeau,
Donnéparfa pauvre Maîtreffe,
Confifter bonheur & richeffe.
C'eft toi qui, de ce doux zéphir,
Rendl'haleine fi carreffante ;
QuandmonÉgléfait un foupir,`
C'est toi qui la rend fi touchante;
Sans toi cesbois & cesvallons,
Ces prés, ces retraites tranquilles
Deviendroient de triftesafyles,
Ravagés par les aquilons ;
Mais tapuiffance fecourable-Vient leurprêter des ornemens ,
Turends tous ces déferts charmans ,
Et leurfilence délectable.
Jetedoistout : fans tes douceurs,
Mavieennuyeufe, importune,
S'écouleroit dans les langueurs
D'une jouiffance commune.
Hélas! que fait dans l'Univers
La malheureuſe Indifférence!
AVRIL. 1778.
eft l'inexistence :
Sonrepos
Dans lesfpectacles fi divers
Que lanature me préſente,
Elle voit tout fans qu'ellefente.
Le beaulilas, le douxjaſmin
Nepeuventémouvoirſon ame;
Dénué de ta vive flamme,
Son organe eftfoible, incertain.
Infenfible & trifte Ignorance ,
Quevousperdez de douxplaiûrs !
LeSentiment, dans les foupirs,
Trouve même unejouiffance.
Un foible infecte, un frêle ormeau,
Le gazon,un petit ruiffeau ,
Sontdes biens pour l'hommefenfible,
Dans une retraite pailible,
Sousl'ombre d'unjeune arbriffeau ,
Qu'il eft doux de pouvoir s'étendre ,
Des'occuper de toi, d'entendre
L'amoureux chant du tourtereau ,
Etle bêlement d'un agneau
Quivientbondir fur l'herbe tendre!
Qu'il eft doux d'ylire les vers
Dudivin Auteur de Zaïre ,
Oud'apprendre les faits divers.
Quefa plumefait reproduire.
Quandles aquilons rigoureux
A iv
7
MERCURE DE FRANCE.
Vont glacer un autre hémisphère,
Et que le printemsfur la terre
Ramèneles ris & les jeux,
Dansmafolitude profonde
Voltaire, & tondivinfecours,
Mefaites paffer ces beaux jours
Sans les faux plaiſirs de ce monde.
Avecvousje vais favourer
Lespures douceurs de laterre,
Cesdouceurs qui neplaifent guères
Qu'à l'homme qui peut admirer
Et quifait être folitaire.
Pourmoijegoûte unvrai plaiſir,
Lorfqu'en unjour caniculaire
Je peux aller me rafraîchir
Sur la mouffe oufur la fougère.
J'ouvre mon fein au doux zéphir,
Ily jouc &mefait fentir
Unevoluptéſalutaire
Quimeprocurele dormir.
Làj'admire l'ombre légère,
Dont l'existence paffagère
Peint lesplaifirs des vains mortels,
Cevafte écher oùles nuages
Nous tracent différens vifuges,
Quifemblent être naturels.
Enfeveli dans le filence,
AVRIL 1778.
Je m'occupe detout,je penfe
Aux erreurs despauvres humains,
Malheureux par leur proprecaufe,
Puifqu'ilspeuvent enfouverains
Jouirdesbiens que tu propofe.
Ah! fi, dans ta fécurité,
Ils euffent borné leur envie,
Quelle délicieufe vie
Entout tems ils auroient goûté!
Combien de peines & d'alarmes,
De fatigues , defoins , de larmes
Seferoient-ils tous épargnés ?
Pourtant mille leçons enfeignent
Tesbiens à ces infortunés,
Horace & Virgile lespeignent
Commeceux des Prédestinés ;
Et cet Anacréonfi tendre,
Neleur a-t-il pas fait comprendre
Quetu donnes ledouxrepos?
N'ont-ils pas vudans fes travaux
L'hiftoire d'uneheureuſe vie?
Si des biens doivent faire envie,
Cefontceuxqu'onpeutacquérir
Sans qu'ilencoûte ennuis, ni peines,
Quifaventfixer le plaiſir
Sanslui donner aucunes chaînes.
Citoyens ! devos erreurs ,
Av
Jo MERCURE DE FRANCE.
Arrachez le bandeau fanefte,
Chaffezvos defirs de vos cœurs ,
Defirsquele bonheur dérefte !
Onnepeut jamais être heureux
Ens'éloignantde la nature;
C'est elle feule qui procure
Des plaiſirs vrais & fructueux.
Abandonnez-vous à l'ivreſſe
Qu'elle met dans le fentiment ,
Etvous n'aurez point de moment
Quinefoit marquéd'allégreffe.
Voyezquel est tout fon pouvoir;
En tout elleeft univerfelle "
Dans tout onlaprendpourmodèle
C'eſt-ellequi nous fit valoir
Le pinceau du célèbre Apelles ,
De Raphaël & de Pouffin,
Qui mit ces grâces immortelles
Dans le Corrége& Berretin * ;
C'eft cette nature indulgente ,
Quimit ce qu'elle a deplusbeau,
Dansles chef-d'œuvres de Boileau,
Et l'Héloïfe féduifante
e ;
* Berretin, Peintre Italien du dix-ſeptième ſiècle
appelé communément Pierre de Cortone; fes Tableaux.
fontpleins de grâces & d'imagination...
AVRIL 1778.
Dumâle & fublimeRouffeau;
C'est encore elle qui , docile
Aceux quiveulent s'abſtenir
Desfaux biens d'un monde fragile ,
Les rend heureux, lesfaitjouir
Au Villagecomme àlaVille;
Qui,feule dans un pauvre aſyle,
Fait encor goûter le plaifir:
Voyezla , même , en la misère,
Rendre contentun pauvrepère
Desfeuls baifers de fes enfans,´
Etlui donner dans fa chaumière ,
Cette gaietéparticulière
Quinecraintpoint les contre-tems,
Laiffez-vous donc guider par elle;
Toujoursbelle & toujours nouvelle,
Entout tems elle afes douceurs ;
Tous les dégoûts del'inconftance ,
Et tous les defirs corrupteurs
Se diffipent à la préſence :
Mesamis , croyez-en mon cœur,
Qui, long-tems bercé de chimères,
Couroit à ces biens éphémères,
Ces biens vuides & fans faveur;
Il connut bientôt fon erreur
Et laiffa-là cette impofture:
El fentit que le vrai bonheur,
Avi
I2 MERCURE DE FRANCE.
Exempt deremords , de langueur,
N'eftdû qu'à lafimpleNature.
Jele goûte depuis ce tems;
J'ai la gaieté par excellence ,
Lefommeil , la douce efpérance
Et ce repos pur & conftant
Qu'onacquiertdans la tempérance.
Euterpe à mes amuſemens
Suffit, & tous les jours préfide ;
Quelquefois Erato me guide
Et m'offre fes myrthes charmans,
Quand l'Amour meconduità Gnide.
Ainfi tous mes jours font heureux,
Et prefquetoujoursfans nuages;
S'il en furvient de nébuleux ,
Maraiſon calme ces orages:
Jen'ai point d'amepour languir
Dans les ennais de cette vie;
Jen'en ai que pour leplaifir ,
Quandl'innocence eft fon amis.
Et c'eft-là ma philofophie.
Ofentiment! fouffle divin !
Jufqu'à la fin de ma carrière,
Que ta douce& vive lumière
Eclaire toujours mon deftin ,
Eclaire auffi toutes ces ames
Qui ne reffentent point tes flammes ,
AVRIL.
1778.
Ces plaifirs vrais & lumineux !
Jefuis content ; mais à majoie,
Il manque enfin que je les voie
Partager ces momens heureux.
ParChauvaffaignes.
O SENTIMENT délicieux!
Quetajoie eftpaifible & pure,
Lorfque , guidé par la nature,
Tuviens triompher en ces lieux!
D'un rocher, d'un défert aride
A iij
MERCURE DE FRANCE.
Tu fais faire un endroit charmant;
Tufais mêmeauruftiqueAmant
Donnerun air tendre & timide,
Changer fon difcordant pipeau
Enune flûte enchantereſſe,
Et faire dansun feul agneau,
Dansun ruban, fimple cadeau,
Donnéparfa pauvre Maîtreffe,
Confifter bonheur & richeffe.
C'eft toi qui, de ce doux zéphir,
Rendl'haleine fi carreffante ;
QuandmonÉgléfait un foupir,`
C'est toi qui la rend fi touchante;
Sans toi cesbois & cesvallons,
Ces prés, ces retraites tranquilles
Deviendroient de triftesafyles,
Ravagés par les aquilons ;
Mais tapuiffance fecourable-Vient leurprêter des ornemens ,
Turends tous ces déferts charmans ,
Et leurfilence délectable.
Jetedoistout : fans tes douceurs,
Mavieennuyeufe, importune,
S'écouleroit dans les langueurs
D'une jouiffance commune.
Hélas! que fait dans l'Univers
La malheureuſe Indifférence!
AVRIL. 1778.
eft l'inexistence :
Sonrepos
Dans lesfpectacles fi divers
Que lanature me préſente,
Elle voit tout fans qu'ellefente.
Le beaulilas, le douxjaſmin
Nepeuventémouvoirſon ame;
Dénué de ta vive flamme,
Son organe eftfoible, incertain.
Infenfible & trifte Ignorance ,
Quevousperdez de douxplaiûrs !
LeSentiment, dans les foupirs,
Trouve même unejouiffance.
Un foible infecte, un frêle ormeau,
Le gazon,un petit ruiffeau ,
Sontdes biens pour l'hommefenfible,
Dans une retraite pailible,
Sousl'ombre d'unjeune arbriffeau ,
Qu'il eft doux de pouvoir s'étendre ,
Des'occuper de toi, d'entendre
L'amoureux chant du tourtereau ,
Etle bêlement d'un agneau
Quivientbondir fur l'herbe tendre!
Qu'il eft doux d'ylire les vers
Dudivin Auteur de Zaïre ,
Oud'apprendre les faits divers.
Quefa plumefait reproduire.
Quandles aquilons rigoureux
A iv
7
MERCURE DE FRANCE.
Vont glacer un autre hémisphère,
Et que le printemsfur la terre
Ramèneles ris & les jeux,
Dansmafolitude profonde
Voltaire, & tondivinfecours,
Mefaites paffer ces beaux jours
Sans les faux plaiſirs de ce monde.
Avecvousje vais favourer
Lespures douceurs de laterre,
Cesdouceurs qui neplaifent guères
Qu'à l'homme qui peut admirer
Et quifait être folitaire.
Pourmoijegoûte unvrai plaiſir,
Lorfqu'en unjour caniculaire
Je peux aller me rafraîchir
Sur la mouffe oufur la fougère.
J'ouvre mon fein au doux zéphir,
Ily jouc &mefait fentir
Unevoluptéſalutaire
Quimeprocurele dormir.
Làj'admire l'ombre légère,
Dont l'existence paffagère
Peint lesplaifirs des vains mortels,
Cevafte écher oùles nuages
Nous tracent différens vifuges,
Quifemblent être naturels.
Enfeveli dans le filence,
AVRIL 1778.
Je m'occupe detout,je penfe
Aux erreurs despauvres humains,
Malheureux par leur proprecaufe,
Puifqu'ilspeuvent enfouverains
Jouirdesbiens que tu propofe.
Ah! fi, dans ta fécurité,
Ils euffent borné leur envie,
Quelle délicieufe vie
Entout tems ils auroient goûté!
Combien de peines & d'alarmes,
De fatigues , defoins , de larmes
Seferoient-ils tous épargnés ?
Pourtant mille leçons enfeignent
Tesbiens à ces infortunés,
Horace & Virgile lespeignent
Commeceux des Prédestinés ;
Et cet Anacréonfi tendre,
Neleur a-t-il pas fait comprendre
Quetu donnes ledouxrepos?
N'ont-ils pas vudans fes travaux
L'hiftoire d'uneheureuſe vie?
Si des biens doivent faire envie,
Cefontceuxqu'onpeutacquérir
Sans qu'ilencoûte ennuis, ni peines,
Quifaventfixer le plaiſir
Sanslui donner aucunes chaînes.
Citoyens ! devos erreurs ,
Av
Jo MERCURE DE FRANCE.
Arrachez le bandeau fanefte,
Chaffezvos defirs de vos cœurs ,
Defirsquele bonheur dérefte !
Onnepeut jamais être heureux
Ens'éloignantde la nature;
C'est elle feule qui procure
Des plaiſirs vrais & fructueux.
Abandonnez-vous à l'ivreſſe
Qu'elle met dans le fentiment ,
Etvous n'aurez point de moment
Quinefoit marquéd'allégreffe.
Voyezquel est tout fon pouvoir;
En tout elleeft univerfelle "
Dans tout onlaprendpourmodèle
C'eſt-ellequi nous fit valoir
Le pinceau du célèbre Apelles ,
De Raphaël & de Pouffin,
Qui mit ces grâces immortelles
Dans le Corrége& Berretin * ;
C'eft cette nature indulgente ,
Quimit ce qu'elle a deplusbeau,
Dansles chef-d'œuvres de Boileau,
Et l'Héloïfe féduifante
e ;
* Berretin, Peintre Italien du dix-ſeptième ſiècle
appelé communément Pierre de Cortone; fes Tableaux.
fontpleins de grâces & d'imagination...
AVRIL 1778.
Dumâle & fublimeRouffeau;
C'est encore elle qui , docile
Aceux quiveulent s'abſtenir
Desfaux biens d'un monde fragile ,
Les rend heureux, lesfaitjouir
Au Villagecomme àlaVille;
Qui,feule dans un pauvre aſyle,
Fait encor goûter le plaifir:
Voyezla , même , en la misère,
Rendre contentun pauvrepère
Desfeuls baifers de fes enfans,´
Etlui donner dans fa chaumière ,
Cette gaietéparticulière
Quinecraintpoint les contre-tems,
Laiffez-vous donc guider par elle;
Toujoursbelle & toujours nouvelle,
Entout tems elle afes douceurs ;
Tous les dégoûts del'inconftance ,
Et tous les defirs corrupteurs
Se diffipent à la préſence :
Mesamis , croyez-en mon cœur,
Qui, long-tems bercé de chimères,
Couroit à ces biens éphémères,
Ces biens vuides & fans faveur;
Il connut bientôt fon erreur
Et laiffa-là cette impofture:
El fentit que le vrai bonheur,
Avi
I2 MERCURE DE FRANCE.
Exempt deremords , de langueur,
N'eftdû qu'à lafimpleNature.
Jele goûte depuis ce tems;
J'ai la gaieté par excellence ,
Lefommeil , la douce efpérance
Et ce repos pur & conftant
Qu'onacquiertdans la tempérance.
Euterpe à mes amuſemens
Suffit, & tous les jours préfide ;
Quelquefois Erato me guide
Et m'offre fes myrthes charmans,
Quand l'Amour meconduità Gnide.
Ainfi tous mes jours font heureux,
Et prefquetoujoursfans nuages;
S'il en furvient de nébuleux ,
Maraiſon calme ces orages:
Jen'ai point d'amepour languir
Dans les ennais de cette vie;
Jen'en ai que pour leplaifir ,
Quandl'innocence eft fon amis.
Et c'eft-là ma philofophie.
Ofentiment! fouffle divin !
Jufqu'à la fin de ma carrière,
Que ta douce& vive lumière
Eclaire toujours mon deftin ,
Eclaire auffi toutes ces ames
Qui ne reffentent point tes flammes ,
AVRIL.
1778.
Ces plaifirs vrais & lumineux !
Jefuis content ; mais à majoie,
Il manque enfin que je les voie
Partager ces momens heureux.
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