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1
p. 107-118
LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
Début :
Monsieur, j'ai l'honneur de vous adresser quelques Poësies composées [...]
Mots clefs :
Madame la Dauphine, Forges-les-Eaux, Dieu, Vers, Horoscope, Ciel, Roi, Traduction, Héros, Feu, Sibylle, Naïades, Inscriptions, Dénouement
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M.***, à M. Remond de Sainte Albine, sur quelques Poësies composées pour Madame la Dauphine.
LETTRE *
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
De M. *** , à M. Remond de Sainte Albine
, fur quelques Poeftes composées pour
Madame la Dauphine.
M
Onfieur , j'ai l'honneur de vous
adreffer quelques Poëfies compofées
pour Forges , que j'y ai envoyées dans
le tems que Madame la Dauphine y prenoit
les eaux. Comme elles roulent
toutes fur l'augufte Princeffe , & fur les
bienfaits fignalés que le Ciel . réferve à la
France , je les crois affez intéreffantes
pour les communiquer au Public. Voici
donc d'abord mes Infcriptions pour les
Fontaines , dont j'ai traduit quelques- unes
affez paffablement pour en rendre le fens
& non la précifion qu'elles ont dans le
Latin . On voudra bien fe fouvenir que ce
font les Nayades de Forges que je fais
parler.
* Cette Lettre nous a été envoyée peu de jours
après que Madame la Dauphine fut de retour de
Forges.
E vj
fo8 MERCURE DE FRANCE.
Infcription pour la Porte de Forges.
Nayades ad Sereniffimam Delphinam .
H
Ue propera , Delphina ', ferunt , tibi dantque
Salutem
Nayades ; ut fubeas hac loca , numen habent.
Numen habent atavis , focero , & tibi numen amicum.
Fons facer hic Marti ; Martis amica Venus.
Traduction.
Fille des Dieux , daignez de grace
Honorer ce féjour d'un feul de vos regards.
Ces bords font confacrés à Mars *
C'eft le Dieu des Héros de votre augufte Race,
C'eft le Dieu des Othons ** , & des nouveaux
Céfars *** .
Commandez donc en Souveraine :
Auprès de Mars Cypris eft Reine.
Nayadum vota.
Difticon primo fonti infcribendum.
Hic ubi bellipotens tingebat fulmina Mavors ;
Aurea , Di melius , ſpicula tinget Amor.
* Forges.
** Empereurs de la Maifon de Saxe,
*** Beurbons.
NOVEMBRE. 1749. 109
Traduction.
Ce n'eft plus le Dieu des allarmes
Qui préfide en ce beau féjour ;
C'eft Cypris avec tous fes charnies ,
Qui tient au nom d'Hymen les Forges de l'Amour.
Infcription pour lafeconde Fontaine .
Difticon fecundo fonti infcribendum .
Fons Martifacer eft ; lymphis hinc ferreus exit .
Diva bibat ; populis aureus ecce fluet,
Traduction.
La vertu fecrette & divine
De ces eaux recelle un tréfor ;
Un fils des Dieux , grande Dauphine ,
Doit transformer leur fer en or .
Infcription pour la Fontaine , dont Madame
la Dauphine afait ufage .
Tertio Fonti.
Exoriare aliquis noftris è Fontibus Heros ,
Quiferro referas Martia facta patrum !
Traduction.
Puiffe bientôt du fein de ma fource féconde
Eclore un Héros glorieux ,
Qui foit l'amour des fiens , & la terreur du monde ,
110 MERCUREDE FRANCE.
Un Bourbon ; c'eft tout dire , & l'égaler aux
Dieux.
DEVISES
Pour fervir d'accompagnement à la Grotte
de la Sibylle de Forges.
Symbolum. Symbolum.
Tethis Achillem ftigiis
Mofes Nili è fluctibus
undis immergens.
Lemma..
enatans.
Lemma.
Tingit
amores , ut Te-
Populis feret ille falu
this , alma Venus. tem.
Sur la Grotte de la Sibylle.
Symbolum.
Nebula liquefcens.
Lemma .
Jupiter hicfubeat , rores vertentur in aurum.
Oraculum.
Auguror ; an Mofes ? Terhidis namfilius alma
Fluctibus emergit ? Neuter ; uterquefimul.
Saxonidas referet , Gallis fic partus Achilles :
Borbonidumfanguis ; fic Deus * alter erit .
* Moyfe , ainfi nommé par Dieu même . Conftitui
te Deum. Exod . c. 7.
NOVEMBRE . 149. III
Traduction.
Oracle de la Sibylle de Forges.
Eft-ce un Moyfe ? Eft-ce un Achille
Qui va fortir du ſein des eaux ?
François , l'augure en eft facile ;
Son fang doit unir deux Héros.
Portrait de M. de Saxe.
Toujours vainqueur , toujours modefte ,
Senfible aux droits de l'amitié ,
C'est plus qu'Achille de moitié.
Portrait des Bourbons.
Armé de l'Egide célefte ,
Zélateur des Autels de fon peuple & des Loix ,
C'est le Dieu de l'Egypte , & le Roi des François.
Au refte , Monfieur , ces Devifes & ces
Infcriptions n'étoient que l'annonce d'un
grand Opera Comique en cinq Actes ,
compofé pour amufer aux caux Madame
la Dauphine. Comme le dénouement eft
fur Forges- même , & n'eft qu'un tiffu d'éloges
de l'augufte Maifon de Bourbon , &
l'annonce des faveurs que le Ciel prépare
* Louis XV.
112 MERCURE DE FRANCE.
à la France ; ces Infcriptions , dans le deffein
de l'Auteur , devoient fervir à décorer
le Théatre en cas de répréfentation ; mais
le défaut de Comédiens à Forges ayant
retardé ce projet , je n'ai plus d'autre reffource
que l'impreffion . J'aurai donc
l'honneur de vous envoyer le mois prochain
, non -feulement le plan de ma Piéce ,
que je regarde comme la plus gaye qui ait
encore paru au Théatre , mais le dénouement
en entier, qui eft une espéce de petit
Opera , ou la Nayade de Forges, métamorphofée
en Sibylle , annonce à Madame la
Dauphine & à la France la naiffance d'un
Duc de Bourgogne , avec les chanſons &
les airs qui amenent & précédent le dénouement.
En attendant , Monfieur , je
vous fupplie de vouloir bien inferer dans
le Mercure les bagatelles que j'ai l'honneur
de vous envoyer.
J'ai l'honneur d'être , &c.
L. ***
Vous me pardonnerez , Monfieur , de
vous laiffer ignorer mon nom ; le titre de
faifeur d'Horoſcope n'attire ni l'eftime ni
la confiance. Voici de quoi raffûrer le
Public , & de quoi me défigner affez à ceux
dont j'ai intérêt d'être connu .
NOVEMBRE. 1749. 113
Vers fur l'Auteur.
Sans être au nombre des Prophétes ,
Qu'on s'en rapporte à mes écrits :
Celui qui de l'ayeul préfagea les conquêtes ,
Peut fans rifque annoncer l'Horoſcope du fils.
Explication de ces vers .
L'Auteur , dans un Poëme imprimé en
1744 , fur la convalefcence du Roi , tatdis
que Sa Majesté étoit encore à Metz , &
plus de fept mois avant la fameufe taille
de Fontenoy , annonça dans un affez grand
détail les Exploits prochains du Conquérant
, & comme le fuccès a pleinement juftifié
l'augure , j'ai crû , à la fuire de cet horofcope
d'un Duc de Bourgogne , devoir
rappeller quelques traits du premier , qui
prouveront que les Prophétes du Parnaffe
rencontrent quelquefois affez heureuſement.
Voici donc comment je m'expliquois
dans la Préface de mon Paralléle , à
la fuite duquel étoit l'horofcope des conquêtes
de Sa Majesté .
" J'ai crû devoir tenir plus que mon ti-
» tre ne promet , & fur la foi d'un horof
»cope, que le glorieux début du Monarque
en Flandre juftifie affez , j'annonce aux
peuples un regne de merveilles , dont
» l'Europe a déja vû les prémices .
ود
214 MERCURE DE FRANCE.
Et plus bas. J'ai crû qu'un médiocre
» impromptu , échappé au premier tranf
» port , valoit encore mieux que d'atten
adre à féliciter le Roi fur fa convalefcen-
» ce , lorsqu'il aura gagné une ou deux bas
tailles .
Dans le
corps de l'ouvrage même.
Grand Roi , que le Ciel rend aux amours de
P'Europe •
Daigne agréer la foi d'un fidéle horofcope..
» Le bras d'un Dieu n'a point frappé de fi grands
coups ,
» Pour conferver encor un refte de courroux.
Les bienfaits du Três- Haut m'expliquent fes
oracles :
Un miracle de choix annonce cent miracles , &c.
»Le fort a tout promis , j'ai tout lû dans les Cieux;
Mais grand Roi , j'en lis plus en confultant tes
yeux.
Tant de charmes puiffans écartent les preftiges ,
» C'eft fur la foi des faits que j'attends des prodiges :
» Sans jurer par le ciel , & fur l'eſpoir des tems ,
» Tes exploits , tes vertus font ici mes garans.
∞ Déja la Lys a vû , fur la rive étonnée ,
"De cent traits éclatans la Flandre confternée.
Ypres , Furnes , Menin , forcés en moins d'un
mois
NOVEMBRE. 1749.
11S
Des plus vieux Conquérans égalent les exploits
Annonce de la bataille de Fontenoy .
» Mais ce n'eft point aiſez pour ta valeur ſublime,
» Bien-tôt nous te verrons dans l'ardeur qui t'a
nime ,
39 Suivi de tes guerriers & la f´udre à la main ,.
Punir les attentats du Pandoure inhumain ,
» De l'orgueilleux Teuton déconce ter l'audace ,
»Et plus craint que le Dieu qui fait trembler la
Thrace ,
■ Animant d'un coup d'oeil l'ardeur des com
batians ,
» Sur leurs monts entaflés foudroyer les Titans.
Defcription de la Mufon du Roi,
J'entends déja mugir fon horrible tonnerre ;
*Sous nos fiers Escadrons je vois trembler la terre
»Et Mars importuné de mille cris guerriers,
Ne voit que des Céfars réclamer fes lauriers.
A la même bataille.
» Le Moufquetaire altier plus prefte que l'orage ;
»Le Gendarme fougueux , rival de fon courage ,
Le Garde impétueux , le fier Chevau- Léger ,
>> Se difputent l'honneur d'affronter le danger ;
» Le front du Cuiraffier d'un nouveau feu s'allume,
De rage & de valeur l'ardent Dragon écume ,
Et le noir Grenadier,dans fes bouillans tranfports
16 MERCURE DE FRANCE.
»
N'attend qu'un feul coup d'oeil pour braver mille
morts. *
Vers la fin.
Que l'infolent Huffart , le Pandoure effrené
» Au bruit feul de ton nom , tremblant & confterne,
» D'un Monarque irrité redoutant la vengeance ,
Aille apprendre au Danube, enflé de fa puiffance,
Que Louis échappé du plus grand - des hazards,
Se plaît à les braver pour venger les Céfars ; **
❤ Que toujours généreux & toujours magnanime ,
Il eft le ferme appui des Héros qu'on opprime ,
que du bras qui donne & foutient les Etats ,
Il punit tôt ou tard l'orgueil des Potentats.
Et
L'original de cette piéce eft dans les
mains de M. le Maréchal Duc de Belle-
Ifle , à qui j'eus l'honneur de l'envoyer à
Metz , d'abord en manufcrit le 5 Septembre
1744 , & quinze jours après imprimée
; ainfi comme la date & le nom de
l'Imprimeur font à la fin , & que tout
Rouen l'a lûe dans le tems , on ne peut
foupçonner que ce foit un horofcope fait
après coup ; je n'en ai cité que les endroits
Si j'avois à recommencer je fupprimerois ce détail,
mais bon ou mauvais , il prouve aujourd'hui que la
bataille de Fontenoy ne pouvoit mieux êire annoncée
ni défignée qu'elle le fut dans mon Paralléle huis
mois avant l'événement.
**
* Le feu Empereur.
NOVEMBRE, 1749. 117
les plus marqués ; mais comme la Piéce
contenoit près de deux cens vers , il y a
bien d'autres morceaux qui annonçoient
l'avenir , & qui par l'événement font deve
nus l'hiftoire du Conquérant.
J'ai encore un autre horofcope qui eft plus
fingulier , & qui remonte bien plus haut ,
car il parut à la mort du dernier Empereur
de la Maifon d'Autriche , ou quelque tems
après ; il s'agiffoit du fameux phénoméno
de Carthagène , que je lûs alors dans les
Gazettes , qui rapportoient à l'article de
Carthagéne , qu'il avoit parû un grand
torrent de feu au Ciel , lequel remontoit
d'Occident en Orient , & après avoir roulé
long-tems fur l'horifon , fe précipitoit
tout d'un coup en forme de cafcade , fouslaquelle
une nappe immenfe de feu paroif
foit couvrir tout le Ciel ; que la nappe s'étoit
tout d'un coup réunie en tourbillon
ou globe de feu , lequel avoit pirouetté
long- tems avec une action extraordinaire ;
qu'après bien des mouvemens , des coups
redoublés de tonnerre étoient partis du
tourbillon , & qu'au dernier coup le globe
éclarté s'étoit partagé aux quatre coins
de l'horifon . J'expliquai dans le tems ce
phénoméne dans une pièce de vers , que
tous mes amis ont vûe , mais comme elle
n'eft point imprimée , & que tout ce qui
118 MERCURE DE FRANCE.
eft arrivé à la Maifon d'Autriche depuis
huit ans , y eft circonftancié dans un détail
qui paffe l'horofcope , je ne pourrai jamais
venir à bout de perfuader au Public
que ce n'eft point une piéce faite après
coup , ainfi je la fupprime ; auffi- bien faudroit-
il chercher mes vers dans ma mémoire
, car je n'en ai point gardé d'exemplaire
, & je m'eftimerois heureux fi quelqu'un
de ceux à qui j'en ai fait part dans
le tems , pouvoient vous reproduire mon
écriture même , afin qu'on ne me foupçonnât
pas d'avoir ajouté ou changé quelqué
vers , quoique je fois bien fûr que je
retrouverois mot pour mor le tout , ſi je
voulois m'en donner la peine. En voila .
bien affez fur cet article , Monfieur , &
peut- être trop pour un tireur d'horofcope
, il ne me reste donc qu'à fouhaiter que
celui d'un Duc de Bourgogne
, que j'ai
l'honneur de vous envoyer , reffemble aux
précédens , & tous mes voeux feront fatisfaits.
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