Oeuvre commentée (1)
[empty]
Détail
Liste
1
p. 117-125
L'OPERA.
Début :
L'Academie Royale de Musique a cessé les representations du Ballet des Fêtes [...]
Mots clefs :
Opéra, Acte, Duc, Phaéton, Roi, Musique, Palais, Jean-Baptiste Lully, Libye, Gardes, Académie, Duo
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texteReconnaissance textuelle : L'OPERA.
L'OPERA.
'Academie Royale de Mufique a ceffé
les repreſentations du Baller des Fêtes
Venitiennes , pour reprendre Iffé. Le 21
du mois dernier la Dile la Garde , dont
on a parlé dans le dernier Journal , y a
chanté le premier Rôle , avec beaucoup
de goût & d'expreffion ; mais on a trouvé
que fa voix avoit moins d'étendue. La
Ülle Tulou a repris ce Rôle le 4 de ce
mois , & la chanté jufqu'au Mardy 11 .
quand on a ceffé cet Opera,
Le 11. de ce mois , Fête de faint Martin
, on a commencé les Bals qu'on donne
en hyver fur le Theâtre de l'Opera , &
qui durent depuis onze heures du foir
jufqu'à fix heures du matin ; on y paye
le prix ordinaire des livres par perfonne.
Le 13 Novembre. PHAETON Tragedie
de M. Quinault , mife en Mufique par
M. de Lully , que le Public attendoit avec
impatience , n'ayant pas été repreſentée
depuis près de douze ans. Elle parut à la
Cour pour la premiere fois au mois de
Janvier 1683. Comme il n'y avoit point
å Verfailles de lieu propre pour y faire
des machines , cet Opera fut executé avec
les
113 LE MERCURE
les feules decorations. Il fut enfuite reprefenté
à Paris le 27 Avril dans tout fon
luftre.
Dans cette reprife , les deux Roles du
Prologue font chantez par la Dlle Hermans
& le fieur Chaffé . Ceux de Libye
de Theone & de Climene dans la Tragedie
par les Diles Tulou , Antier & Lambert.
Phaeton , Epaphus , Prothée , Triton ,
Merops , le Soleil , par les Srs. Muraire ,
Thevenard , Dubourg , Jaffier , le Mire
& Tribout. Ce dernier Acteur n'avoit
jamais paru à Paris ; c'eft un jeune homme
fort bien fait , à qui on trouve beaucoup
de graces dans la declamation , dans
le gefte , & dans la voix.
Phaeton a été la premiere Piece Lirique
qui ait paru à Lyon , lors qu'on y établit
une Academie de Mufique en 1687. Elle
y fut reprefentée avec un fuccès fi extraordinaire
, qu'on la venoit voir de plus de
trente lieuës à la ronde.
M. de Freneufe dans fa comparaifon de
la Mufique Italienne à la Mufique Françoife
, dit dans fon premier Dialogue
page 69 , que le Duo , Helas ! une chaîne
fi belle, &c. qui a tant eu de cours , n'eſt
pas cru de tout le monde de Lully. On
prétend qu'il eft de l'Alloüette l'aîné , qui
étoit fon Secretaire. La preference que M.
de Lully donne à cer autre Duo , Que mon
fort
}
DE NOVEMBRE 1721. 119
fort feroit doux , &c . fortifia la tuſpicion
qu'on avoit fur l'autre , que quelques- uns
attribuoient à fon Secretaire ; & il n'eft
pas fans apparence , pourfuit le même
Auteur , que Lully , en homme d'efprit ,
n'ait été bien aife d'élever , Que mon fort ,
c. qui eft fûrement de lui , aux dépens
de l'autre , qui eft peut - être de l'Allonette
.
Mais le même M. de Freneufe reconnoît
dans fon quatriéme Dialogue , page
124 , que c'étoit un faux bruit ; car Lully,
dit-il , avoit congedié l'Alloüette plus de
quatre ans auparavant , fur ce qu'il lui
revint que l'Allouette fe vantoit d'avoir
fait les plus beaux airs de l'Opera' d'Ifis.
Le même Auteur remarque que le Rôle
de Phaeton eft fingulier , en ce que ce
jeune ambitieux paye à toute heure d'efprit
, où les autres Heros d'Opera payent
de tendreffe .
Il admire ce trait de Libye dans la deuxićme
Scene du premier Acte : Vous y venez
réver auffi , en ce que Libye rend là malignement
à Theone, le reproche que celleci
lui fait de chercher la folitude. Le ton
marque à merveille que Libye entend
fineffe à cette réponſe,
Dans la troifiéme Scene du fecond Acte,
on a cependant critiqué , & avec raifon ,
cer endroit :
Que
1
120 LE MERCURE
Que l'incertitude
Eft un rigoureux tourment , & c.
Quoi que l'air foit beau & agréable à
l'oreille , il n'eft point expreffif, ni dans
le caractere qu'il faut , car Libye fe plaint
de la rigueur d'une incertitude douloureufe
, & elle s'en plaint d'un ton & d'un
mouvement gay & badin , qui fait un contre-
temps que le bon fens ne peut fouffrir.
Mais c'eft une legere tache dans un fi
magnifique Opera ; on admire fur tout
dans le genre ferieux & grave , au premier
Acte .
Le fort de Phaeton fe découvre à mes yeux , & c.
Au quatriéme Acte .
Vous êtes fon fils , je le jure
Par ce Dieu , & c .
Au cinquiéme Acte.
C'eft toy que j'en atteſte ,
Fleuve , & c.
N'oublions pas de faire remarquer le
beau Duo.
Non , non , rien n'eſt comparable
Au deftin glorieux , &c .
Le Choeur merveilleux du quatriéme
Acte.
Allez répandre la lumiere , &c.
Qui eft admiré par tout ce qu'il y a de
gens
DE NOVEMBRE 1721. 121
gens de bon goût & d'habilesMuficiens . On
ne peut pas douter que toutes les parties
generalement ne foient de fon incomparable
Auteur , car fouvent il fe déchargeoit
fur d'autres du foin de faire celles du milieu
.
Il y a encore au se . Acte , un bel air de
baffe.
Dieu , qui vous declarez mon pere , & c.
Quelques - uns ont trouvé ce dernier
Acte trop inégal , & trop mélé d'excellent
& de chofes moins travaillées. Le Duo que
font Climene & Theone , après que Phaeton
a trébuché , paroît de cette derniere eſpéce.
O fort fatal , ô chute affreufe !
O temerité malheureuſe !
Au refte , cet Opera , le douziéme & un
des plus beaux des illuftres Aureurs qui
l'ont confpofé, eft parfaitement bien remis :
le Ballet compofé par le Sr Pecourt a été
trouvé fort brillant & fort beau on reconnoît
par tout le génie & le goût de M.
de Francines, qui dirige l'Academie Royale
de Mufique. Les rôles font bien diftribuez,
les habits très-riches & dans le vrai caractere
qu'il faut , les decorations magnifi-
F ques
122 LE MERCURE
ques ; une entre les autres a frappé les
Spectateurs , qui l'ont aplaudie avec acclamation
, c'eft celle qui repreſente le
Palais du Soleil au 4. Acte , elle eſt d'ordre
Jonique compofé . On voit dans les entrecolonemens
douze figures affifes , reprefentant
les 12. mois de l'année avec leurs attributs
; un médaillon attaché à la corniche ,
pend au- deffus de chaque figure , entouré
de guirlandes & de feftons , compoſez des
fleurs & des fruits de chaque faifon . Dans
les Médaillons font peints les fignes du
Zodiaque , qu'on ne voit point aux figures
placées fur les piedeftaux ; dans quelques-
uns les Mufes font reprefentées, & c ,
Le riche platfond eft compofé dans le goût
de la décoration .
Au feptiéme chaffis de chaque côté , on
voit deux colonnes ifolées fur le devant ,
qui terminent une eftrade élevée de fix degrez
, avec une balustrade qui femble être
envelopée de nuées , où font affifes douze
Actrices reprefentant les douze heures du
jour. Le haur de cette eftrade eft de figure
circulaire , & femble percé de fept arcades,
dont la corniche eft foutenue par des grou
pes de cariatides , & l'entablement eft enrichi
de divers ornemens & attributs , qui
accompagnent quatre bas reliefs , où font
reprefentez quatre fujets choifis du Dieu
de
DE NOVEMBRE 172 T. 123
de la Lumiere . Au milieu de l'eftrade eft
placé le trône lumineux du Soleil , enrichi
de pierreries & d'autres ornemens brillans
de differentes couleurs. Tout le Palais en
general paroît entouré d'une gloire trèsrefplandiffente.
Cette fuperbe 'décoration a été executée
en peinture par M. Perrault , Peintre de
l'Academie , fur les deffeins & la conduite
de M. Berain , Deffinateur de la Chambre
& Cabinet du Roy.
Le Dimanche 10 Novembre , le Roy
honora de la prefence la troifiéme reprefentation
de PHAETON , avec tous les Prin--
ces , Princeffes , Seigneurs & Dames de la
Cour , les Miniftres des Princes Etrangers,
&c. ce qui forma la plus augufte & la plus
brillante affemblée qu'il foit poffible de
voir. S. M. voyoit l'Opera pour la premiere
fois. Elle partit du Palais des Thuilleries
à 5. heures en caroffe à deux chevaux
, accompagnée de M. le Duc de Bour
bon , de M. le Comte de Clermont , de M.
le Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur
, de M. le Duc de Bouillon , Grand
Chambellan de France , & de M. le Duc
d'Harcour Capitaine des Gardes du Corps.
Le Roy entra par le Palais Royal , où il
trouva S.A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans
au haut du grand Efcalier , qui conduifit
S. M. par la Salle des Gardes , où les
Fij Gardes
$ 24 LE MERCURE
Gardes du Roy avoient pris leurs poftes ,
dans l'appartement de Mademoiſelle de
Montpenfier , qui reçut les complimens de
S. M. fur fon mariage avec le Prince des
Afturies : Le Roi alla enfuite dans la Loge de
Madame , où S.M. fe plaça entre cette Princeffe
& M. le Duc d'Orleans . Dans la Loge
attenant , la Princeffe, des Afturies , Madame
la Ducheffe d'Orleans , M. le Duc de
Chartres Mademoiſelle de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur le Comte
de Clermont , le Prince de Turenne , & c,
L'Opera fut parfaitement repreſenté , &
Sa Majesté parut y prendre grand plaifir.
Tous les efpaces étoient extremement
ménagez , & jufques aux moindres
places occupées par des gens de diftinction,
dont la parure , par la richeffe des étoffes
& l'éclat d'une infinité de pierreries , produifoit
un effet admirable . On avoit élevé
un Parquet dans le Parterre de deux pieds
de hauteur , fur lequel on avoit placé des
bancs comme à l'Amphiteâtre. C'étoient les
Officiers des Gardes du Roy qui plaçoient
fur les billets de M. le Duc d'Harcour,
En parcille occafion le Roy fait feul les
frais de l'Opera. S. M. donne 400.
piftoles , & fait fournir les bougies. Le
Spectacle finit à l'heure ordinaire. Le Roy
s'en retourna fouper aux Thuilleries , pour
revenir au Bal du Palais Royal , dont nous
Parlerons plus bas,
On
DE NOVEMBRE 1721. 125
On apprend par les dernieres nouvelles
de Rome, que Don André Mello de Caſtro
Ambaffadeur de Portugal , faifoit preparer
un Opera à l'honneur du Pape , qu'il a
dû faire repreſenter dans fon Palais le 16.
de ce mois , jour auquel S. S. avoit de
claré qu'Elle prendroit poffeffion de l'Eglife
de S. Jean de Latran .
'Academie Royale de Mufique a ceffé
les repreſentations du Baller des Fêtes
Venitiennes , pour reprendre Iffé. Le 21
du mois dernier la Dile la Garde , dont
on a parlé dans le dernier Journal , y a
chanté le premier Rôle , avec beaucoup
de goût & d'expreffion ; mais on a trouvé
que fa voix avoit moins d'étendue. La
Ülle Tulou a repris ce Rôle le 4 de ce
mois , & la chanté jufqu'au Mardy 11 .
quand on a ceffé cet Opera,
Le 11. de ce mois , Fête de faint Martin
, on a commencé les Bals qu'on donne
en hyver fur le Theâtre de l'Opera , &
qui durent depuis onze heures du foir
jufqu'à fix heures du matin ; on y paye
le prix ordinaire des livres par perfonne.
Le 13 Novembre. PHAETON Tragedie
de M. Quinault , mife en Mufique par
M. de Lully , que le Public attendoit avec
impatience , n'ayant pas été repreſentée
depuis près de douze ans. Elle parut à la
Cour pour la premiere fois au mois de
Janvier 1683. Comme il n'y avoit point
å Verfailles de lieu propre pour y faire
des machines , cet Opera fut executé avec
les
113 LE MERCURE
les feules decorations. Il fut enfuite reprefenté
à Paris le 27 Avril dans tout fon
luftre.
Dans cette reprife , les deux Roles du
Prologue font chantez par la Dlle Hermans
& le fieur Chaffé . Ceux de Libye
de Theone & de Climene dans la Tragedie
par les Diles Tulou , Antier & Lambert.
Phaeton , Epaphus , Prothée , Triton ,
Merops , le Soleil , par les Srs. Muraire ,
Thevenard , Dubourg , Jaffier , le Mire
& Tribout. Ce dernier Acteur n'avoit
jamais paru à Paris ; c'eft un jeune homme
fort bien fait , à qui on trouve beaucoup
de graces dans la declamation , dans
le gefte , & dans la voix.
Phaeton a été la premiere Piece Lirique
qui ait paru à Lyon , lors qu'on y établit
une Academie de Mufique en 1687. Elle
y fut reprefentée avec un fuccès fi extraordinaire
, qu'on la venoit voir de plus de
trente lieuës à la ronde.
M. de Freneufe dans fa comparaifon de
la Mufique Italienne à la Mufique Françoife
, dit dans fon premier Dialogue
page 69 , que le Duo , Helas ! une chaîne
fi belle, &c. qui a tant eu de cours , n'eſt
pas cru de tout le monde de Lully. On
prétend qu'il eft de l'Alloüette l'aîné , qui
étoit fon Secretaire. La preference que M.
de Lully donne à cer autre Duo , Que mon
fort
}
DE NOVEMBRE 1721. 119
fort feroit doux , &c . fortifia la tuſpicion
qu'on avoit fur l'autre , que quelques- uns
attribuoient à fon Secretaire ; & il n'eft
pas fans apparence , pourfuit le même
Auteur , que Lully , en homme d'efprit ,
n'ait été bien aife d'élever , Que mon fort ,
c. qui eft fûrement de lui , aux dépens
de l'autre , qui eft peut - être de l'Allonette
.
Mais le même M. de Freneufe reconnoît
dans fon quatriéme Dialogue , page
124 , que c'étoit un faux bruit ; car Lully,
dit-il , avoit congedié l'Alloüette plus de
quatre ans auparavant , fur ce qu'il lui
revint que l'Allouette fe vantoit d'avoir
fait les plus beaux airs de l'Opera' d'Ifis.
Le même Auteur remarque que le Rôle
de Phaeton eft fingulier , en ce que ce
jeune ambitieux paye à toute heure d'efprit
, où les autres Heros d'Opera payent
de tendreffe .
Il admire ce trait de Libye dans la deuxićme
Scene du premier Acte : Vous y venez
réver auffi , en ce que Libye rend là malignement
à Theone, le reproche que celleci
lui fait de chercher la folitude. Le ton
marque à merveille que Libye entend
fineffe à cette réponſe,
Dans la troifiéme Scene du fecond Acte,
on a cependant critiqué , & avec raifon ,
cer endroit :
Que
1
120 LE MERCURE
Que l'incertitude
Eft un rigoureux tourment , & c.
Quoi que l'air foit beau & agréable à
l'oreille , il n'eft point expreffif, ni dans
le caractere qu'il faut , car Libye fe plaint
de la rigueur d'une incertitude douloureufe
, & elle s'en plaint d'un ton & d'un
mouvement gay & badin , qui fait un contre-
temps que le bon fens ne peut fouffrir.
Mais c'eft une legere tache dans un fi
magnifique Opera ; on admire fur tout
dans le genre ferieux & grave , au premier
Acte .
Le fort de Phaeton fe découvre à mes yeux , & c.
Au quatriéme Acte .
Vous êtes fon fils , je le jure
Par ce Dieu , & c .
Au cinquiéme Acte.
C'eft toy que j'en atteſte ,
Fleuve , & c.
N'oublions pas de faire remarquer le
beau Duo.
Non , non , rien n'eſt comparable
Au deftin glorieux , &c .
Le Choeur merveilleux du quatriéme
Acte.
Allez répandre la lumiere , &c.
Qui eft admiré par tout ce qu'il y a de
gens
DE NOVEMBRE 1721. 121
gens de bon goût & d'habilesMuficiens . On
ne peut pas douter que toutes les parties
generalement ne foient de fon incomparable
Auteur , car fouvent il fe déchargeoit
fur d'autres du foin de faire celles du milieu
.
Il y a encore au se . Acte , un bel air de
baffe.
Dieu , qui vous declarez mon pere , & c.
Quelques - uns ont trouvé ce dernier
Acte trop inégal , & trop mélé d'excellent
& de chofes moins travaillées. Le Duo que
font Climene & Theone , après que Phaeton
a trébuché , paroît de cette derniere eſpéce.
O fort fatal , ô chute affreufe !
O temerité malheureuſe !
Au refte , cet Opera , le douziéme & un
des plus beaux des illuftres Aureurs qui
l'ont confpofé, eft parfaitement bien remis :
le Ballet compofé par le Sr Pecourt a été
trouvé fort brillant & fort beau on reconnoît
par tout le génie & le goût de M.
de Francines, qui dirige l'Academie Royale
de Mufique. Les rôles font bien diftribuez,
les habits très-riches & dans le vrai caractere
qu'il faut , les decorations magnifi-
F ques
122 LE MERCURE
ques ; une entre les autres a frappé les
Spectateurs , qui l'ont aplaudie avec acclamation
, c'eft celle qui repreſente le
Palais du Soleil au 4. Acte , elle eſt d'ordre
Jonique compofé . On voit dans les entrecolonemens
douze figures affifes , reprefentant
les 12. mois de l'année avec leurs attributs
; un médaillon attaché à la corniche ,
pend au- deffus de chaque figure , entouré
de guirlandes & de feftons , compoſez des
fleurs & des fruits de chaque faifon . Dans
les Médaillons font peints les fignes du
Zodiaque , qu'on ne voit point aux figures
placées fur les piedeftaux ; dans quelques-
uns les Mufes font reprefentées, & c ,
Le riche platfond eft compofé dans le goût
de la décoration .
Au feptiéme chaffis de chaque côté , on
voit deux colonnes ifolées fur le devant ,
qui terminent une eftrade élevée de fix degrez
, avec une balustrade qui femble être
envelopée de nuées , où font affifes douze
Actrices reprefentant les douze heures du
jour. Le haur de cette eftrade eft de figure
circulaire , & femble percé de fept arcades,
dont la corniche eft foutenue par des grou
pes de cariatides , & l'entablement eft enrichi
de divers ornemens & attributs , qui
accompagnent quatre bas reliefs , où font
reprefentez quatre fujets choifis du Dieu
de
DE NOVEMBRE 172 T. 123
de la Lumiere . Au milieu de l'eftrade eft
placé le trône lumineux du Soleil , enrichi
de pierreries & d'autres ornemens brillans
de differentes couleurs. Tout le Palais en
general paroît entouré d'une gloire trèsrefplandiffente.
Cette fuperbe 'décoration a été executée
en peinture par M. Perrault , Peintre de
l'Academie , fur les deffeins & la conduite
de M. Berain , Deffinateur de la Chambre
& Cabinet du Roy.
Le Dimanche 10 Novembre , le Roy
honora de la prefence la troifiéme reprefentation
de PHAETON , avec tous les Prin--
ces , Princeffes , Seigneurs & Dames de la
Cour , les Miniftres des Princes Etrangers,
&c. ce qui forma la plus augufte & la plus
brillante affemblée qu'il foit poffible de
voir. S. M. voyoit l'Opera pour la premiere
fois. Elle partit du Palais des Thuilleries
à 5. heures en caroffe à deux chevaux
, accompagnée de M. le Duc de Bour
bon , de M. le Comte de Clermont , de M.
le Maréchal Duc de Villeroy fon Gouverneur
, de M. le Duc de Bouillon , Grand
Chambellan de France , & de M. le Duc
d'Harcour Capitaine des Gardes du Corps.
Le Roy entra par le Palais Royal , où il
trouva S.A. R. Monfeigneur le Duc d'Orleans
au haut du grand Efcalier , qui conduifit
S. M. par la Salle des Gardes , où les
Fij Gardes
$ 24 LE MERCURE
Gardes du Roy avoient pris leurs poftes ,
dans l'appartement de Mademoiſelle de
Montpenfier , qui reçut les complimens de
S. M. fur fon mariage avec le Prince des
Afturies : Le Roi alla enfuite dans la Loge de
Madame , où S.M. fe plaça entre cette Princeffe
& M. le Duc d'Orleans . Dans la Loge
attenant , la Princeffe, des Afturies , Madame
la Ducheffe d'Orleans , M. le Duc de
Chartres Mademoiſelle de Chartres ,
Monfieur le Duc , Monfieur le Comte
de Clermont , le Prince de Turenne , & c,
L'Opera fut parfaitement repreſenté , &
Sa Majesté parut y prendre grand plaifir.
Tous les efpaces étoient extremement
ménagez , & jufques aux moindres
places occupées par des gens de diftinction,
dont la parure , par la richeffe des étoffes
& l'éclat d'une infinité de pierreries , produifoit
un effet admirable . On avoit élevé
un Parquet dans le Parterre de deux pieds
de hauteur , fur lequel on avoit placé des
bancs comme à l'Amphiteâtre. C'étoient les
Officiers des Gardes du Roy qui plaçoient
fur les billets de M. le Duc d'Harcour,
En parcille occafion le Roy fait feul les
frais de l'Opera. S. M. donne 400.
piftoles , & fait fournir les bougies. Le
Spectacle finit à l'heure ordinaire. Le Roy
s'en retourna fouper aux Thuilleries , pour
revenir au Bal du Palais Royal , dont nous
Parlerons plus bas,
On
DE NOVEMBRE 1721. 125
On apprend par les dernieres nouvelles
de Rome, que Don André Mello de Caſtro
Ambaffadeur de Portugal , faifoit preparer
un Opera à l'honneur du Pape , qu'il a
dû faire repreſenter dans fon Palais le 16.
de ce mois , jour auquel S. S. avoit de
claré qu'Elle prendroit poffeffion de l'Eglife
de S. Jean de Latran .
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