Oeuvre commentée (1)
[empty]
Détail
Liste
Résultats : 1 texte(s)
1
p. 90-98
Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Début :
Dictionnaire des Origines, chez Bastien, Libraire, rue du Petit-Lion, Fauxb. [...]
Mots clefs :
Génie, Nature, Grands hommes, Imitation, Dictionnaire, Auteur, Silence, Talents, Autorité, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dictionnaire des Origines, [titre d'après la table]
Dictionnaire des Origines , chez Baftien ,
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Libraire , rue du Petit- Lion , Fauxb.
St Germain.
On a beau dire que l'Auteur d'un
Dictionnaire n'a befoin que de copier
& d'abréger ce qu'il trouve en abondance
dans les grands Ouvrages qui
font fous fa main; celui qui fe borne
à ce genre de travail n'eft jamais qu'un
Compilateur fans goût & fans difcernement.
Il copie au hafard les erreurs &
les vérités , & puife également dans les
mauvaiſes comme dans les bonnes fources.
Il devient un guide qui ne fait que
nous égarer. Pour éviter ces écueils , il
faut , comme l'Auteur de l'Ouvrage que
JUILLET. 1777. 21
nous annouçons , avoir une certaine mefure
d'érudition , favoir difcerner les
meilleurs Ecrivains qui ont traité les
matières dont on fe propofe de parler ,"
& réunir , autant qu'il eft poffible , les
principales qualités qui forment le bon
Critique. Sans cela , on n'a ni exactitude ,
ni jufteffe dans fes idées , & l'on ne
donne que de fauffes notions , plus dangereufes
que l'ignorance . On loue la
modeſtie d'un homme qui garde le
filence , parce qu'il craint de fe trompet,
faute d'inftruction , & l'on fe moque de
celui qui emploie le ton dogmatique
dans les matières qu'il n'a pas étudiées.
L'extrait de quelques articles , tirés du
troifième volume du Dictionnaire des
Origines , prouvera clairement que l'Au- ·
teur ne doit pas être mis au nombre des
Compilateurs qui manquent de goût &
de difcernement , & que fon Dictionnaire
, où l'on trouve de la préciſion &
du choix , mérite d'être bien accueilli.
"On fe plaint quelquefois de la difette
» des Grands Hommes , remarque cet
Auteur , d'après M. le Préfident Hénault
, & l'on regrette les fiécles qui
» en ont produit plufieurs à la fois . C'eſt
" en effet un beau fpectacle dans l'Hif
»
"
92 MERCURE DE FRANCE .
30
ود
» toire , que de voir des événemens finguliers
préparés par des efprits fupérieurs
, & foutenus par des courages
héroïques ; mais les Peuples en font- ils
plus heureux ? Je crois bien que des
» Grands Hommes réunis fous une au-
» torité légitime , & dont les talens ne
font employés qu'au bien de l'État ,
» peuvent & doivent produire de grandes
chofes; mais comme ces circonstances
» fe trouvent rarement enfemble , il n'y
a pas de plus grand malheur pour les
» États
que ce concours de perfonnages
illuftres & puiffans , qui prétendant
tous à l'autorité , commencent par la
» divifer & finiffent par l'anéantir.
Tel fut le règne de François II .
» Ce règne d'une courte durée , puifqu'il
ne fut que dix- fept mois , fit
éclorre tous les maux qui , depuis ,
» défolèrent la France , & dont la caufe
» principale fut le nombre des Grands
» Hommes qui vivoient alors. Les Gui-
» fes , qui abufoient de l'autorité que
le
Roi leur avoit confié , étoient affez
» grands pour fe maintenir contre les
» Princes du Sang , qui prétendoient
» avoir droit au Gouvernement , à cauſe
» de la jeuneſſe du Roi. Le Roi de NaJUILLET.
1777- 93.
ود
גכ
22
"
" varre & le Prince de Condé avoient
affez de reffources pour former un
parti contre eux , & les Grands du
Royaume affez d'ambition pour entre-
» tenir les divifions & pour vouloir profiter
des troubles . Les querelles de
Religion étoient un prétexte trop fpé-
» cieux pour n'être pas employé par les
» deux partis : l'attachement de la plu-
» part des Peuples pour l'ancien & véri-
» table culte , tint lieu aux Gaifes de ce
qui leur manquoit , pour appuyer une
» autorité qu'on fentoit bien qu'ils ne,
devoient qu'à la féduction ; & l'amour
» de la nouveauté tint lieu aux Princes
» du Sang de l'autorité qui étoit entre
» les mains des Guifes » .
ן כ
2
Peut-on dire que des perfonnages illuftres
& puiffans , qui auront occafionné
des fecouffes toujours nuifibles au
bonheur des États , aient pu mériter le
nom de Grands Hommes , parce qu'ils
auront eu du génie & des talens , &
qu'ils ne les auront employés qu'à fatisfaire
leur ambition ? Ce feroit proftituer.
un titre fi glorieux que de le leur donner.
Le véritablement Grand Homme join
toujours aux talens les vertus morales ,
qui lui montrent continuellement le
94
MERCURE DE FRANCE .
bien public & la gloire de fon Prince ,
comme l'unique but qu'il doit fe propofer
dans toutes les entrepriſes . C'eſt le
patriotiſme , réuni aux talens , qui forme
le Grand Homme ; or l'on peut , dans
tous les états , mériter ce titre fublime ;
& c'eft à la difette de ces Hommes , qui
favent allier les qualités du coeur & de
l'efprit , que l'on doit attribuer les malheurs
d'un Etat , & fouvent fa décadence
.
Voici comme l'Auteur traite les articles
littéraires . Au mot Imitation , il
obferve « que le génie n'a pu produire
les arts que par l'imitation. L'efprit
» humain , dit M. l'Abbé Batteux , ne
» peut créer qu'improprement. Toutes
fes productions portent l'empreinte
» d'un modèle. Les monftres même
qu'une imagination déréglée fe figure
» dans fes délires , ne peuvent être com-
» pofés que de parties prifes dans la
Nature; & fi le génie , par caprice ,
fait de ces parties un affemblage contraite
aux loix naturelles , en dégradant
la Nature il fe dégrade lui-même, &
» fe change en une eſpèce de folie . Les
limites font marquées : dès qu'on les
palle , ou fe perd; on fait un chaos
JUILLE T. 1777.
95
» plutôt qu'un monde , & on caufe du
défagrément plutôt que du plaifir.
»
» Le génie qui travaille pour plaire ,
» ne doit donc ni ne peut fortir des
» bornes de la Nature même . Sa fonction
» confiſte , non à imaginer ce qui peut
» être , mais à trouver ce qui eft. Inven-
» ter dans les arts n'eft point donner
» l'être à un objet ; c'est le reconnoître
» où il eft , & comme il eft ; & les Hom-
» mes de génie qui creufent le plus , ne
» découvrent que ce qui exiſtoit aupa-
» vant ils ne font créateurs que pour
» avoir obfervé , & réciproquement ils
» ne font obfervateurs que pour être en
» état de créer. Les moindres objets les
appellent ils s'y livrent , parce qu'ils
» en remportent toujours de nouvelles
» connoiffances , qui étendent le fond
de leur efprit & en préparent la fécon-
» dité, Le génie eft comme la terre , qui
» ne produit rien qu'elle n'en ait reçu
» la femence. Cette comparaifon , bien
» loin d'appauvrir les Artiftes , ne fert
qu'à leur faire connoître la fource &
l'étendue de leurs véritables richeſſes ,
qui , par-là , font immenfes , puifque
toutes les connoiffances que l'efprit
» peus acquérir dans la Nature , devenant
19
96
MERCURE
DE
FRANCE
. " le germe de fes productions dans les
» arts , le génie n'a d'autres bornes , du
» côté de fon objet , que celle de l'Uni-
» vers..
1
"9
ود
"
»
» Le génie doit donc avoir un appui
» pour s'élever & fe foutenir , & cet
appui eft la Nature. Il ne peut la créer ;
» il ne doit point la détruire : il ne peut
» donc que la fuivre & l'imiter , & par
conféquent tout ce qu'il produit ne
peut être qu'imitation . La mufique
dramatique ou théâtrale concourt à
l'imitation , ainfi que la poefie & la
» peinture : c'eft à ce principe commun
que fe rapportent tous les beaux - arts.
» Mais , comme l'obferve M. Rouffeau ,
» cette imitation n'a pas pour tous la
» même étendue . Tout ce que l'imagi-
» nation peut fe repréfenter eft du reffort
» de la poéfie. La peinture , qui n'offre
point fes tableaux à l'imagination ;
mais aux fens , & à un feul fens , ne
peint que les objets foumis à la vile.
La mulique fembleroit avoir les mêmes
bornes par rapport à l'ouie : cependant
Pelle peint tout , même les objets qui
» ne font pas vifibles par un preftige
prefque inconcevable elle femble
mettre l'oeil dans l'oreille ; & la plus
» grande
32
JUILLET . 1777 . 97
» grande merveille d'un art qui n'agit
que par le mouvement eft d'en '
"
99
"
>
pouvoir former jufqu'à l'image du
" repos . La nuit , le fommeil , la folitude
& le filence , entrent dans le
" nonibre des grands tableaux de la
mufique. On fait que le bruit peut
produire l'effet du filence , & le filence
"l'effet du bruit , comme quand on s'en-
» dort à une lecture égale & monotone ,
» & qu'on s'éveille à l'inftant qu'elle
celle . Mais la mufique agit plus inti-
» mement fur nous , en excitant , par un
» fens , des affections ſemblables à celles
"3
qu'on peut exciter par un autre ; &
»comme le rapport ne peut être fenfible
"que l'impreffion ne foit forte , la pein-
» ture , dénuée de cette force , ne peut
» rendre à la mufique les imitations que
-celle- ci tire d'elle. Que toute la Nature
» foit endormie , celui qui la contemple
» ne dort pas ; & l'art du Muficien con-
» fifte à fubftituer à l'image infenfible
» de l'objet, celle des mouvemens que
» fa préfence excite dans le coeur da
» Contemplateur : non -feulement il agi
tera la mer , animera la flamme d'un
incendie , fera couler les ruiffeaux ,
tomber la pluie & groffir les torrens ; "
I. Vol. E
9.8. MERCURE DE FRANCE .
mais il peindra l'horreur d'un défert
» affreux , rembrunira les murs d'une
»prifon fouterraine , calmera la tem-.
» pête , rendra l'air tranquille & ferein ,
, & répandra de l'orchestre une fraîcheur.
nouvelle fur les bocages. Il ne repré-
» fentera pas directement ces chofes ;
» mais il excitera dans l'ame les mêmes.
mouvemens qu'on éprouve en les
» voyant.".
Fermer