Oeuvre commentée (2)
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Résultats : 2 texte(s)
1
p. 127-129
VERS recités au Roi, par M. de Crebillon, Directeur de l'Académie Françoise, à la suite du Compliment qu'il a fait à SA MAJESTÉ, au nom de cette Compagnie, le Mardi 17 Novembre 1744.
Début :
QUEL orage soudain s'éléve & m'environne ? [...]
Mots clefs :
Roi, Ciel, Dieux, Enfers, Mort, Louis le Grand, Gloire, Français
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texteReconnaissance textuelle : VERS recités au Roi, par M. de Crebillon, Directeur de l'Académie Françoise, à la suite du Compliment qu'il a fait à SA MAJESTÉ, au nom de cette Compagnie, le Mardi 17 Novembre 1744.
VERS recités au Roi , par M. de Crebillon
, Directeur de l'Académie Françoise ,
à la ſuite du Compliment qu'il a fait à SA
MAJESTE' , au nom de cette Compagnie , le
Mardi 17 Novembre 1744.
QUel orage ſoudain s'éléve & m'environne
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts !
Que de gémiſſemens ! l'air mugit ; le Ciel tonne.
Dieux ! Quels triſtes objets s'offrent à mes regards !
Où ſuis- je ? Quoi , je touche à l'infernale rive
François infortunés , y portez - vous vos pas ?
Qui vous amène en foule aux portes du trépas ?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots , qui me glacent d'effioi.
Odéplorablesang ! O malheureuse Reine .....
La Reine ! ... Ah ! C'en est fait ; notre mort eft
certaine.
La France va donc perdre & fon Pere , & ſon Roi !
François , le déſeſpoir où votre ame ſe livre ,
Doit aller auſſi loin que la rigueur du ſort ;
Si Louis ne vit plus , il faut ceſſer de vivre ;
Pouvons-nous ſouhaiter une plus digne mort ?
ROI , notre unique bien , quoi ! la Parque perfide
Voudroit porter ſfur vous une main parricide ! ...
Mais quel bruit éclatant vient agiter lesAirs!
128 MERCURE DE FRANCE.
Quelle étrange lueur roule dans les ténébres !
Atravers tant d'objets terribles & funébres ,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Eſt ce le Dieu des Morts qui tient ſa cour funeſte
Mais non , ce qui paroît n'a rien que de céleste.
Et quel eft donc le Dieu que je vois accourir ?
Il tend vers nous les bras ; c'eſt pour nous lecourir,
Mille rayons brillans forment ſon Diadême :
LeDieu des Morts n'a point ce port majestueux ,
Cet air noble & touchant , ni ce front vertueux ;
C'eſt , je n'en doute plus , LOUIS LE GRAND , luimême
,
1
Qui vient ſécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor ſur ſes anciens ſujets !
Ce Roi , qui fi long- tems a gouverné la Terre ,
Régne- t- il en des lieux inconnus au Tonnerre !
On diroit qu'aux Enfers il va donner des Loix ;
Voilà ſes traits , ſes yeux ; je reconnois ſa voix :
Fermez , dit- il , fermez la retraite des ombres ;
>>Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
» bres ;
S'il mouroit , que d'Exploits ſeroient enſévelis ,
→ Et qui pourra compter les Exploits de mon fils !
>>>Entre Célar & moi le Ciel marque ſa place :
>>>Mais les Dieux feront lents à terminer ſes jours ,
> Et fi la Gloire a droit d'en prolonger le cours ,
>> Il n'eſt point de Neſtor que ſon âge n'efface .
>>>François, vous reverrez ce Roiſi généreux ;
NOVEMBRE. 1744. 129
>>>Puiſſent le voir auſſi les fils de vos neveux !
Il dit , & , tout à- coup les Enfers diſparoiffent ,
La Mort fuit , le jour yient , & les François renaif
fent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux !
Paſſons nous des Enfers dans le ſéjour des Dieux ?
Que's feux étincelans brillent ſur l'Hémiſphere ?
Ah ! fi c'étoit LOUIS ... Mais en vain je l'eſpére
Il eſt trop occupé de fes nobles travaux ;
Il brave également la inort & le repos .
Qu'est- ce donc que je vois ! c'eſt un autre lui même,
La Gloire , je le juge , à ſa beauté ſuprême ;
C'eſt elle en ce moment qui vient nous l'annoncer,
LaGloire prend toujours ſoin de le devancer.
Hélas ! il eſt donc vrai ; nous allons voir paroître
Ce Héros, le plus grand que le Ciel ait faitnaître.
Venez , voyez , chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait préſent la faveurdu Deſtin.
O François ! Peuple heureux & ſi digne de l'être !
Venez en rendre grace à votre auguſte Maître ;
C'eſt lui , c'eſt ſa bonté qui vous rend tous heureux;
Qu'il foit , après le Ciel , l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui ſans ceſſe l'encens
fume !
Que par le peuple épars le ſalpêtre s'allume !
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux ,
De leur reconnoiſſance aille inſtruire les Dieux
, Directeur de l'Académie Françoise ,
à la ſuite du Compliment qu'il a fait à SA
MAJESTE' , au nom de cette Compagnie , le
Mardi 17 Novembre 1744.
QUel orage ſoudain s'éléve & m'environne
L'épouvante & l'horreur régnent de toutes parts !
Que de gémiſſemens ! l'air mugit ; le Ciel tonne.
Dieux ! Quels triſtes objets s'offrent à mes regards !
Où ſuis- je ? Quoi , je touche à l'infernale rive
François infortunés , y portez - vous vos pas ?
Qui vous amène en foule aux portes du trépas ?
J'entens parmi vos pleurs une bouche plaintive
Articuler des mots , qui me glacent d'effioi.
Odéplorablesang ! O malheureuse Reine .....
La Reine ! ... Ah ! C'en est fait ; notre mort eft
certaine.
La France va donc perdre & fon Pere , & ſon Roi !
François , le déſeſpoir où votre ame ſe livre ,
Doit aller auſſi loin que la rigueur du ſort ;
Si Louis ne vit plus , il faut ceſſer de vivre ;
Pouvons-nous ſouhaiter une plus digne mort ?
ROI , notre unique bien , quoi ! la Parque perfide
Voudroit porter ſfur vous une main parricide ! ...
Mais quel bruit éclatant vient agiter lesAirs!
128 MERCURE DE FRANCE.
Quelle étrange lueur roule dans les ténébres !
Atravers tant d'objets terribles & funébres ,
Je vois quelque clarté pâlir dans les Enfers.
Eſt ce le Dieu des Morts qui tient ſa cour funeſte
Mais non , ce qui paroît n'a rien que de céleste.
Et quel eft donc le Dieu que je vois accourir ?
Il tend vers nous les bras ; c'eſt pour nous lecourir,
Mille rayons brillans forment ſon Diadême :
LeDieu des Morts n'a point ce port majestueux ,
Cet air noble & touchant , ni ce front vertueux ;
C'eſt , je n'en doute plus , LOUIS LE GRAND , luimême
,
1
Qui vient ſécher nos pleurs & calmer nos regrets.
Hélas! il veille encor ſur ſes anciens ſujets !
Ce Roi , qui fi long- tems a gouverné la Terre ,
Régne- t- il en des lieux inconnus au Tonnerre !
On diroit qu'aux Enfers il va donner des Loix ;
Voilà ſes traits , ſes yeux ; je reconnois ſa voix :
Fermez , dit- il , fermez la retraite des ombres ;
>>Mon fils n'entrera point dans les Royaumes fom-
» bres ;
S'il mouroit , que d'Exploits ſeroient enſévelis ,
→ Et qui pourra compter les Exploits de mon fils !
>>>Entre Célar & moi le Ciel marque ſa place :
>>>Mais les Dieux feront lents à terminer ſes jours ,
> Et fi la Gloire a droit d'en prolonger le cours ,
>> Il n'eſt point de Neſtor que ſon âge n'efface .
>>>François, vous reverrez ce Roiſi généreux ;
NOVEMBRE. 1744. 129
>>>Puiſſent le voir auſſi les fils de vos neveux !
Il dit , & , tout à- coup les Enfers diſparoiffent ,
La Mort fuit , le jour yient , & les François renaif
fent.
Mais quel éclat nouveau vient embellir ces Lieux !
Paſſons nous des Enfers dans le ſéjour des Dieux ?
Que's feux étincelans brillent ſur l'Hémiſphere ?
Ah ! fi c'étoit LOUIS ... Mais en vain je l'eſpére
Il eſt trop occupé de fes nobles travaux ;
Il brave également la inort & le repos .
Qu'est- ce donc que je vois ! c'eſt un autre lui même,
La Gloire , je le juge , à ſa beauté ſuprême ;
C'eſt elle en ce moment qui vient nous l'annoncer,
LaGloire prend toujours ſoin de le devancer.
Hélas ! il eſt donc vrai ; nous allons voir paroître
Ce Héros, le plus grand que le Ciel ait faitnaître.
Venez , voyez , chantez l'aimable Souverain
Dont vous a fait préſent la faveurdu Deſtin.
O François ! Peuple heureux & ſi digne de l'être !
Venez en rendre grace à votre auguſte Maître ;
C'eſt lui , c'eſt ſa bonté qui vous rend tous heureux;
Qu'il foit , après le Ciel , l'objet de tous vos voeux !
Qu'en vos Temples pour lui ſans ceſſe l'encens
fume !
Que par le peuple épars le ſalpêtre s'allume !
Que le feu s'élançant par éclats dans les Cieux ,
De leur reconnoiſſance aille inſtruire les Dieux
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2
p. 130-131
SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
Début :
Dieu des Rimeurs, crois-moi, point de querelle, [...]
Mots clefs :
Louis, Roi, Chanter, Mars, Minerve, Tragédie, Moi
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE Piéce de Vers, présentée au Roi, le Jeudi 26 Novembre 1744, par le même.
SECONDE Piéce de Vers , préſentée au
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
Roi , leJeudi 26 Novembre 1744 ,
D
par le même.
Ieu des Rimeurs , crois-moi , point de que
relle ,
Ou foûtiens mieux tes airs de Protecteur .
Qui , mieux que moi , ton ancien ſerviteur
Dût eſpérer une grace nouvelle ?
Mais, qu'as-tu fait de ce jour le plus beau ,
Le plus brillant , le plus doux de ma vie ?
Je l'avouerai ; j'ai manqué de génie.
Mais nous pouvons faire un effort nouveau.
Chanter ſon Roi , c'eſt chanter ſa Maîtreſſe ;
Il faut toujours la louer bien ou mal ;
C'eſt , d'un ſeul trait , ſignaler ſa tendreſſe ;
Et déſoler celle de ſon Rival .
,
Nommer LOUIS , eſt un préliminaire ,
Qui va d'abord gagner tous les François :
Ce nom ſi cher vaut lui ſeul l'art de plaire ;
Ainſi chantons , je réponds du ſuccès.
D'autres que nous dans la même carriere
Euſſent été filés ſans la matiere .
Tous cependant ont trouvé des Lecteurs ,
Tant le ſujet intéreſſoit les coeurs.
Diſons que Mars d'accord avec Minerve ....
Le beau début ! O la fublime verve !
NOVEMBRE. 1744. 131
1
Laiſſe- moi dire , écoute juſqu'au bout :
Amour nous aide , & Louis ſur le tout.
A ſes conſeils la Justice préſide ,
Et la Sageſſe y recueille les voix :
Mars exécute & Minerve décide ;
Mais c'eſt LOUIS qui leur dicte ſes loix ;
Qui , tour à tour , tient le glaive & l'Egide ,
Pere , Soldat & Monarque à la fois.
Diſons qu'il fait honneur à notre eſpéce;
Grand ſans orgueil , redoutable & charmant....
Eſt-ce là tout ? pauvre Dieu du Permeſſe ,
Sans tes leçons j'en dirois bien autant.
Va , laiſſe-moi , je te tiens quitte
De l'avenir & du préſent ;
Tu m'as donné pour tout mérite ,
Le cruel & morne talent
Dehurler dans la Tragédie;
Tu diras de plus que c'eſt toi
Quim'as mis à l'Académie ;
Moi, je t'ai fait parler auRoi.
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