Oeuvre commentée (2)
[empty]
[empty]
Détail
Liste
Résultats : 2 texte(s)
1
p. 764-770
Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Début :
Le 7. de ce mois, on representa sur le Théatre de l'Arsenal, la Tragedie nouvelle annoncée [...]
Mots clefs :
Acteur, Marquis, Tragédie nouvelle, Théâtre de l'Arsenal, Pyrrhus, Prologue, Comédie, Auteurs, Pièce nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Le 7. de ce mois , on representa
sur le Théatre
de l'Arsenal , la Tragedie nouvelle annoncée
dans le Mercure de Fevrier ; Elle fut reçue avec
beaucoup
d'aplaudissement
par une nombreuse
Assemblée : On la rejoua le onze avec plus d'aplaudissements
encore.
Certe Piece est intitulée , Pyrrhus et Teglis :
le Sujet en est tiré partie de Justin , et partie
d'Athénée. Comme elle doit être reprise après
Pâques , nous pourrons alors être en état d'en
donner un Extrait. Elle a été précedée d'une
Scene en forme de Prologue , entre un Marquis
ridicule , et un Acteur de la Comedie de l'Arsenal
, qui a fait beaucoup de plaisir . Voici l'idée
que nous pouvons donner de ce Prologue.
Lorsqu'on leve la toile , le Marquis paroit ,
Occupant un fauteuil nécessaire pour la Tragedie
: Un Acteur surprit de le voir dans cette
place , s'approche poliment , et lui dit qu'il ne
sçauroit demeurer là . Le Marquis en demande
la raison , l'Acteur lui répond que leur Theatre
est trop petit pour que des spectateurs y puissent
AVRIL 765
.
1724.
sent prendre place ; Vous voyez bien , dit - il ,
que vous êtes le seul qui s'y soit placé.
Le Marquis replique que la regle generale n'em
est pas une pour lui , qu'un homme comme lui
en fait toujours l'exception , et que ne venant
au Spectacle que pour être vû , et pour y voir
le beau monde , il n'est point de place plus commode
pour cela que le Theatre.
L'Acteur lui dit que s'il ne vient au Specta
cle que pour être vû , c'est sur un plus grand
Theatre , et devant une assemblée plus nombreuse
qu'il doit paroître. Le Marquis répond
qu'il a déja assisté au Prologue de l'Opera , à
un Acte de la Comédie Françoise , à quelques
Scenes de l'Italienne ; et qu'ayant apris qu'il y
avoit à l'Arsenal une Comedie , où se rassembloient
de fort aimables Personnes , il étoit venu
y passer qu'elques moments, en attendant l'heure
d'aller lutiner les Danseuses de l'Opera Comique.
L'Acteur le remercie de la préférance ....
Ce Marquis demande quelle est la Piéce qu'on
va jouer : on lui dit que c'est une Piece nouvelle.
Il reprend avec vivacité.
Une Piece nouvelle ! Comment , morbleu , une
Piece nouvelle ! Et quel est ce fat d'Auteur qui s'avife
de donner une Piece nouvelle , sans être venú
La lire à ma Toilette ! Sçait - il bien que les Auteurs,
même les plus fameux , viennent me demander
ma protection , aussi je les sers à merveille :
Quand une fois j'ai aprouvé un Ouvrage , le Public
a beau le condamner , je sçai le moien de
faire tout applaudir , de faire paroitre le parterre
plein lors même que la Piece est dans les regles et
si les Comediens n'osent plus la donner , je sçai
l'art de la faire redemander autc de grands broubabas
, afin que sa chute soit imputée à leur mau-
G
:
vaise
766 MERCURE DE FRANCE
vaise humeur , plutôt qu'au dégout du Public.
> ›
L'Acteur lui répond que si les grands Auteurs
vont briguer son suffrage , il n'est pas
étonnant que celui de la Piece nouvelle ne l'ait
pas mandié : que comme il ne fait que de cominencer
, il ne sçait pas comment il faut s'y
prendre pour faire réussir une Piece . Et il
ajoute ensuite. Auteurs , Acteurs Musiciens
tous n'agissent ici que pour leur propre plaisir , pour
celui de leurs amis , et surtout par l'espoir de contribuer
quelquefois aux amusements d'une Princesse
illustre qui nous honore de sa protection
et qui veut bien se contenter de nos foibles
efforts. Ainsi, Monsieur, nous n'avons besoin d'aucun
artifice , ni pour faire applaudir nos Acteurs ,
ni pour faire réussir nos nouveautés &c.
2
Cela est fort heureux , dit le Marquis , mais
la vanité guide tout Acteur qui paroit sur un
Theatre et encore plus un Auteur . Il faut même
que celui de votre Piece nouvelle en ait plus
qu'un autre pour mettre son Ouvrage dans les
mains d'Acteurs, qui ne sont pas consommez dans
l'Art , il faut qu'il le croye asses superieur pour
pouvoir être admiré malgré les défauts de la
réprésentation , où il faut qu'aiant été refusé
par les grands Comédiens , il n'ait plus que
cette triste ressource pour le faire paroître. Il
s'écrie.
Je gagerois , morbleu , cent contre un , que
cette Piece a été refusée des François et des
Italiens.
l'Acteur.
Vous perdriez certainement , elle n'a ja-
* Madame la Duchesse Du Maine.
mais
AVRIL. 173 t . 767
>
mais été luë dans aucun foyer : l'Auteur a craint
le jugement & c . Il s'est deffié de ses propres
forces, et a cru que ce qui pouvoit lui faire honneur
ici et parmi nous , n'auroit pas tout le més
rite nécessaire pour être exposé à un plus grand
jour.
Le Marquis rit de ce que l'on supose de la modestie
dans un Auteur et dit qu'il n'en est
point qui ne se croye égal aux plus grands Maitres
de l'Art ; qu'il en est même qui se croient
bien au dessus et qui sont assez heureux , à
force de le dire , pour le persuader à beaucoup
d'autres.L'Acteur répond que n'étant pas Auteur,
il ignore ce qui se passe dans leur ame : Il ajoute
qu'ils ont pressé leur ami de leur donner son
Ouvrage , afin de l'encourager par là à faire
quelque chose de meilleur , et qu'ils se sont flatés
que
leurs Spectateurs, entrant dans leurs vues,
voudroient bien par leurs aplaudissements don--
ner de l'émulation à un jeune Auteur qui commence.
›
Le Marquis replique que c'est être fort charitable
, et qu'ils sont bien bons d'engager un
nombre d'honnetes - gens à venir s'ennuier pour
donner de l'émulation à un Auteur. Il demande
si la Tragedie nouvelle est en Prose , ou en
Vers ?
l'Acteur.
Une Tragedie en Prose !
Le Marquis.
Il est vrai que le projet n'en a pas fait fortune
je l'avois toujours fort aprouvé à caufe de
sa singularité.
Gij Acteur
768 MERCURE DE FRANCE
l'Acteur.
Ceux qui ne se tirent d'affaire que par le
faste des Vers , n'y auroient pas trouvé leur
compte , et ce ne pourroit être la ressource
que dé quelque Auteur judicieux , sensé , plein
de sentimens capables de composer une Fable ingenieuse
, et de conduire une Piece , mais sans
Brillant , fans feu , sans saillies , et qui n'auroit
pas l'art de bien tourner un Vers .
Le Marquis.
Eh , dites moi , les Vers de votre Tragedie
sont- ils beaux ? y a - t'il de ces Vers ronflants
épithétiques , pompeux ; de ces Vers qui éblouissent
, ravissent , étourdissent ; y a - t'il de ces
traits neufs , hardis......
•
L'Acteur répond que tout est simple chez
eux et que dans la Piece il n'y a qu'un morseau
un peu trop épique que l'Auteur s'est obstiné
à vouloir laisser malgré l'avis de plusieurs
connoisseurs . Le Marquis dit que l'Auteur a fort
bien fait , et qu'il ne faut que deux ou trois mor
ceaux dans ce genre pour faire le succes , d'une
Tragedie : il conclut que le sujet en est tiré d'un
Roman. L'Acteur l'assure qu'il est pris de
l'Histoire , et qu'elle n'est presque pas alterée
dans cette Piece. Le Marquis en paroît fâché
et ajoute . Parlez moi d'un beau Roman mis en
Tragedie , cela fournit des situations , des traits
saillants , des images touchantes , des évenemens.
Beaucoup d'evenemens , morbleu ! beaucoup
d'evenemens entassez les uns sur les autres ,
qui se succedent sans être liés. Cela tient l'esprit
en haleine , on est toujours surpris par
quelque chose d'inesperé.
PActeur
AVRIL
769 1734.
l'Acteur.
Cinq Tragedies dans une ; n'est - ce pas
Le Marquis.
Vous croiez badiner ; mais rien ne marque
mieux l'imagination et la fecondité d'un Auteur .
Voilà qui est bien merveilleux , une seule action
dans Actes ! eh pour moi , je m'endors si je
n'en trouve pas une à chaque Acte , et quand
il y en auroit davantage , je ne m'en plaindrois
pas.
$ L'Acteur lui répond que c'est ce qu'il ne
trouvera pas dans la Piece nouvelle : qu'une
seule action très - simple , fait tout le fond de ce
Poëme. Le Marquis dit qu'il n'est pas curieux
de tant de simplicité ; qu'il veut quelque chose
qui pique , qui réveille , et aprenant le titre de
la Piece , il se recrie : quoi ? encore un Pyrrhus !
L'Acteur l'assure que quoique le nom de ce
Heros ne soit pas nouveau au Theatre , celui - ci
paroit pourtant sur la Scene pour la premiére
fois , etpeut- être pour la derniere, dit le Marquis,
Cela se pourroit , dit l'Acteur , car nous n'aimons
pas à jouer souvent la même chose . Le
Marquis demande qui est cette Teglis qu'il ne
connoit pas. L'Acteur lui répond que c'est à
peu pres * le nom d'une Princeese dont Pyrrhus
étoit épris. Le Marquis en conclut qu'il
y a beaucoup de tendre dans la Piece . et l'Acteur
lui avoue qu'il croit même qu'il y en a
un peu trop , que le Heros aime trop. passio-
* Le vrai nom de cette Maitresse de Pyrrhus étoit
Tigris. Ce nom n'étoit pas favorable pour la Poësie,
ni pour le titre d'une Piece , et il n'a fallu changer
que deux lettres pour en faire un beaucoup plus doux⚫
G' iij
nement
778 MERCURE DE FRANCE
nement et trop constamment , mais que comme
il l'a déja dit , l'Auteur est un jeune homme qui
a cru plaire au beau sexe , en mettant sur la
Scene un Prince qui sacrifie tout à son amour
hors sa vertu et son devoir.
Le Marquis.
>
>
C'est un Amant tendre , constant , fidelle
doucereux , tout cela ne sauroit plaire : ce n'est
plus là le gout du siècle : les Dames même que
vôtre Auteur a cru flater par là seront les premieres
à s'y ennuyer , adieu : j'en sçais assez
pour en pouvoir décider ; simplicité, constance ,
fidelité th ! fi , fi ... vive la confusion , la vivacité
et le changement . ( il sort )
L'Auteur est charmé d'être délivré de cet étourdi
et finit ainsi :Nous n'avons à parler que devant
des perfonnes sensées et raisonnables , qui voudront
bien voir avec bonté le coup d'essai qu'on va leur
offrir. Annoncer un coup d'essai , n'est-ce pas demander
de l'indulgence ? qui ne sçait que des plus
foibles commencements sont sortis quelquefois de
vrais chef-d'oeuvres.
sur le Théatre
de l'Arsenal , la Tragedie nouvelle annoncée
dans le Mercure de Fevrier ; Elle fut reçue avec
beaucoup
d'aplaudissement
par une nombreuse
Assemblée : On la rejoua le onze avec plus d'aplaudissements
encore.
Certe Piece est intitulée , Pyrrhus et Teglis :
le Sujet en est tiré partie de Justin , et partie
d'Athénée. Comme elle doit être reprise après
Pâques , nous pourrons alors être en état d'en
donner un Extrait. Elle a été précedée d'une
Scene en forme de Prologue , entre un Marquis
ridicule , et un Acteur de la Comedie de l'Arsenal
, qui a fait beaucoup de plaisir . Voici l'idée
que nous pouvons donner de ce Prologue.
Lorsqu'on leve la toile , le Marquis paroit ,
Occupant un fauteuil nécessaire pour la Tragedie
: Un Acteur surprit de le voir dans cette
place , s'approche poliment , et lui dit qu'il ne
sçauroit demeurer là . Le Marquis en demande
la raison , l'Acteur lui répond que leur Theatre
est trop petit pour que des spectateurs y puissent
AVRIL 765
.
1724.
sent prendre place ; Vous voyez bien , dit - il ,
que vous êtes le seul qui s'y soit placé.
Le Marquis replique que la regle generale n'em
est pas une pour lui , qu'un homme comme lui
en fait toujours l'exception , et que ne venant
au Spectacle que pour être vû , et pour y voir
le beau monde , il n'est point de place plus commode
pour cela que le Theatre.
L'Acteur lui dit que s'il ne vient au Specta
cle que pour être vû , c'est sur un plus grand
Theatre , et devant une assemblée plus nombreuse
qu'il doit paroître. Le Marquis répond
qu'il a déja assisté au Prologue de l'Opera , à
un Acte de la Comédie Françoise , à quelques
Scenes de l'Italienne ; et qu'ayant apris qu'il y
avoit à l'Arsenal une Comedie , où se rassembloient
de fort aimables Personnes , il étoit venu
y passer qu'elques moments, en attendant l'heure
d'aller lutiner les Danseuses de l'Opera Comique.
L'Acteur le remercie de la préférance ....
Ce Marquis demande quelle est la Piéce qu'on
va jouer : on lui dit que c'est une Piece nouvelle.
Il reprend avec vivacité.
Une Piece nouvelle ! Comment , morbleu , une
Piece nouvelle ! Et quel est ce fat d'Auteur qui s'avife
de donner une Piece nouvelle , sans être venú
La lire à ma Toilette ! Sçait - il bien que les Auteurs,
même les plus fameux , viennent me demander
ma protection , aussi je les sers à merveille :
Quand une fois j'ai aprouvé un Ouvrage , le Public
a beau le condamner , je sçai le moien de
faire tout applaudir , de faire paroitre le parterre
plein lors même que la Piece est dans les regles et
si les Comediens n'osent plus la donner , je sçai
l'art de la faire redemander autc de grands broubabas
, afin que sa chute soit imputée à leur mau-
G
:
vaise
766 MERCURE DE FRANCE
vaise humeur , plutôt qu'au dégout du Public.
> ›
L'Acteur lui répond que si les grands Auteurs
vont briguer son suffrage , il n'est pas
étonnant que celui de la Piece nouvelle ne l'ait
pas mandié : que comme il ne fait que de cominencer
, il ne sçait pas comment il faut s'y
prendre pour faire réussir une Piece . Et il
ajoute ensuite. Auteurs , Acteurs Musiciens
tous n'agissent ici que pour leur propre plaisir , pour
celui de leurs amis , et surtout par l'espoir de contribuer
quelquefois aux amusements d'une Princesse
illustre qui nous honore de sa protection
et qui veut bien se contenter de nos foibles
efforts. Ainsi, Monsieur, nous n'avons besoin d'aucun
artifice , ni pour faire applaudir nos Acteurs ,
ni pour faire réussir nos nouveautés &c.
2
Cela est fort heureux , dit le Marquis , mais
la vanité guide tout Acteur qui paroit sur un
Theatre et encore plus un Auteur . Il faut même
que celui de votre Piece nouvelle en ait plus
qu'un autre pour mettre son Ouvrage dans les
mains d'Acteurs, qui ne sont pas consommez dans
l'Art , il faut qu'il le croye asses superieur pour
pouvoir être admiré malgré les défauts de la
réprésentation , où il faut qu'aiant été refusé
par les grands Comédiens , il n'ait plus que
cette triste ressource pour le faire paroître. Il
s'écrie.
Je gagerois , morbleu , cent contre un , que
cette Piece a été refusée des François et des
Italiens.
l'Acteur.
Vous perdriez certainement , elle n'a ja-
* Madame la Duchesse Du Maine.
mais
AVRIL. 173 t . 767
>
mais été luë dans aucun foyer : l'Auteur a craint
le jugement & c . Il s'est deffié de ses propres
forces, et a cru que ce qui pouvoit lui faire honneur
ici et parmi nous , n'auroit pas tout le més
rite nécessaire pour être exposé à un plus grand
jour.
Le Marquis rit de ce que l'on supose de la modestie
dans un Auteur et dit qu'il n'en est
point qui ne se croye égal aux plus grands Maitres
de l'Art ; qu'il en est même qui se croient
bien au dessus et qui sont assez heureux , à
force de le dire , pour le persuader à beaucoup
d'autres.L'Acteur répond que n'étant pas Auteur,
il ignore ce qui se passe dans leur ame : Il ajoute
qu'ils ont pressé leur ami de leur donner son
Ouvrage , afin de l'encourager par là à faire
quelque chose de meilleur , et qu'ils se sont flatés
que
leurs Spectateurs, entrant dans leurs vues,
voudroient bien par leurs aplaudissements don--
ner de l'émulation à un jeune Auteur qui commence.
›
Le Marquis replique que c'est être fort charitable
, et qu'ils sont bien bons d'engager un
nombre d'honnetes - gens à venir s'ennuier pour
donner de l'émulation à un Auteur. Il demande
si la Tragedie nouvelle est en Prose , ou en
Vers ?
l'Acteur.
Une Tragedie en Prose !
Le Marquis.
Il est vrai que le projet n'en a pas fait fortune
je l'avois toujours fort aprouvé à caufe de
sa singularité.
Gij Acteur
768 MERCURE DE FRANCE
l'Acteur.
Ceux qui ne se tirent d'affaire que par le
faste des Vers , n'y auroient pas trouvé leur
compte , et ce ne pourroit être la ressource
que dé quelque Auteur judicieux , sensé , plein
de sentimens capables de composer une Fable ingenieuse
, et de conduire une Piece , mais sans
Brillant , fans feu , sans saillies , et qui n'auroit
pas l'art de bien tourner un Vers .
Le Marquis.
Eh , dites moi , les Vers de votre Tragedie
sont- ils beaux ? y a - t'il de ces Vers ronflants
épithétiques , pompeux ; de ces Vers qui éblouissent
, ravissent , étourdissent ; y a - t'il de ces
traits neufs , hardis......
•
L'Acteur répond que tout est simple chez
eux et que dans la Piece il n'y a qu'un morseau
un peu trop épique que l'Auteur s'est obstiné
à vouloir laisser malgré l'avis de plusieurs
connoisseurs . Le Marquis dit que l'Auteur a fort
bien fait , et qu'il ne faut que deux ou trois mor
ceaux dans ce genre pour faire le succes , d'une
Tragedie : il conclut que le sujet en est tiré d'un
Roman. L'Acteur l'assure qu'il est pris de
l'Histoire , et qu'elle n'est presque pas alterée
dans cette Piece. Le Marquis en paroît fâché
et ajoute . Parlez moi d'un beau Roman mis en
Tragedie , cela fournit des situations , des traits
saillants , des images touchantes , des évenemens.
Beaucoup d'evenemens , morbleu ! beaucoup
d'evenemens entassez les uns sur les autres ,
qui se succedent sans être liés. Cela tient l'esprit
en haleine , on est toujours surpris par
quelque chose d'inesperé.
PActeur
AVRIL
769 1734.
l'Acteur.
Cinq Tragedies dans une ; n'est - ce pas
Le Marquis.
Vous croiez badiner ; mais rien ne marque
mieux l'imagination et la fecondité d'un Auteur .
Voilà qui est bien merveilleux , une seule action
dans Actes ! eh pour moi , je m'endors si je
n'en trouve pas une à chaque Acte , et quand
il y en auroit davantage , je ne m'en plaindrois
pas.
$ L'Acteur lui répond que c'est ce qu'il ne
trouvera pas dans la Piece nouvelle : qu'une
seule action très - simple , fait tout le fond de ce
Poëme. Le Marquis dit qu'il n'est pas curieux
de tant de simplicité ; qu'il veut quelque chose
qui pique , qui réveille , et aprenant le titre de
la Piece , il se recrie : quoi ? encore un Pyrrhus !
L'Acteur l'assure que quoique le nom de ce
Heros ne soit pas nouveau au Theatre , celui - ci
paroit pourtant sur la Scene pour la premiére
fois , etpeut- être pour la derniere, dit le Marquis,
Cela se pourroit , dit l'Acteur , car nous n'aimons
pas à jouer souvent la même chose . Le
Marquis demande qui est cette Teglis qu'il ne
connoit pas. L'Acteur lui répond que c'est à
peu pres * le nom d'une Princeese dont Pyrrhus
étoit épris. Le Marquis en conclut qu'il
y a beaucoup de tendre dans la Piece . et l'Acteur
lui avoue qu'il croit même qu'il y en a
un peu trop , que le Heros aime trop. passio-
* Le vrai nom de cette Maitresse de Pyrrhus étoit
Tigris. Ce nom n'étoit pas favorable pour la Poësie,
ni pour le titre d'une Piece , et il n'a fallu changer
que deux lettres pour en faire un beaucoup plus doux⚫
G' iij
nement
778 MERCURE DE FRANCE
nement et trop constamment , mais que comme
il l'a déja dit , l'Auteur est un jeune homme qui
a cru plaire au beau sexe , en mettant sur la
Scene un Prince qui sacrifie tout à son amour
hors sa vertu et son devoir.
Le Marquis.
>
>
C'est un Amant tendre , constant , fidelle
doucereux , tout cela ne sauroit plaire : ce n'est
plus là le gout du siècle : les Dames même que
vôtre Auteur a cru flater par là seront les premieres
à s'y ennuyer , adieu : j'en sçais assez
pour en pouvoir décider ; simplicité, constance ,
fidelité th ! fi , fi ... vive la confusion , la vivacité
et le changement . ( il sort )
L'Auteur est charmé d'être délivré de cet étourdi
et finit ainsi :Nous n'avons à parler que devant
des perfonnes sensées et raisonnables , qui voudront
bien voir avec bonté le coup d'essai qu'on va leur
offrir. Annoncer un coup d'essai , n'est-ce pas demander
de l'indulgence ? qui ne sçait que des plus
foibles commencements sont sortis quelquefois de
vrais chef-d'oeuvres.
Fermer
Résumé : Tragédie nouvelle, jouée à l'Arsenal, et Prologue, [titre d'après la table]
Le 7 avril 1724, la tragédie 'Pyrrhus et Teglis' a été représentée au Théâtre de l'Arsenal et a été acclamée par une nombreuse assemblée. La pièce, dont le sujet est tiré de Justin et d'Athénée, a été rejouée le 11 avril avec encore plus d'applaudissements. Elle sera reprise après Pâques, permettant alors de fournir un extrait. La représentation a été précédée d'un prologue entre un marquis ridicule et un acteur de la Comédie de l'Arsenal, qui a beaucoup plu au public. Le prologue commence avec le marquis occupant un fauteuil nécessaire pour la tragédie. Un acteur lui demande poliment de quitter sa place, arguant que le théâtre est trop petit pour que des spectateurs s'y installent. Le marquis répond qu'il vient au spectacle pour être vu et voir le beau monde, et qu'il n'y a pas de place plus commode que le théâtre. L'acteur lui suggère alors de se produire sur un plus grand théâtre devant une assemblée plus nombreuse. Le marquis mentionne avoir assisté à divers spectacles et être venu à l'Arsenal pour passer quelques moments en attendant l'heure d'aller voir les danseuses de l'Opéra Comique. Le marquis demande ensuite quelle est la pièce qui va être jouée. On lui répond qu'il s'agit d'une pièce nouvelle. Il s'indigne que l'auteur n'ait pas lu sa pièce lors de sa toilette et affirme que les auteurs, même les plus célèbres, viennent chercher sa protection. L'acteur lui explique que les auteurs, acteurs et musiciens agissent pour leur propre plaisir, celui de leurs amis et surtout pour contribuer aux amusements d'une princesse illustre qui les protège. Le marquis continue de critiquer la pièce, affirmant que l'auteur doit être vaniteux pour la présenter à des acteurs non consommés dans l'art. L'acteur répond que la pièce n'a jamais été lue dans aucun foyer et que l'auteur a craint le jugement du public. Le marquis rit de cette modestie supposée et affirme que tous les auteurs se croient égaux aux plus grands maîtres. L'acteur ignore les critiques et explique que les acteurs ont encouragé l'auteur à présenter son œuvre pour lui donner de l'émulation. Le marquis demande ensuite si la tragédie est en prose ou en vers. L'acteur répond qu'il s'agit d'une tragédie en vers, car ceux qui ne se tirent d'affaire que par le faste des vers n'y auraient pas trouvé leur compte. Le marquis insiste sur la beauté des vers et les traits saillants, mais l'acteur assure que tout est simple dans la pièce, à l'exception d'un morceau un peu trop épique. Le marquis conclut que le sujet est tiré d'un roman, mais l'acteur affirme qu'il est tiré de l'histoire et presque inchangé. Le marquis exprime son mécontentement face à cette simplicité et apprend le titre de la pièce, 'Pyrrhus et Teglis'. Il s'étonne que le nom de Pyrrhus ne soit pas nouveau au théâtre, mais l'acteur assure que ce Pyrrhus apparaît pour la première fois sur scène. Le marquis demande qui est Teglis, et l'acteur répond qu'il s'agit d'une princesse dont Pyrrhus était épris. Le marquis conclut qu'il y a beaucoup de tendresse dans la pièce, et l'acteur avoue qu'il y en a peut-être un peu trop, le héros aimant passionnément et constamment. Le marquis critique cette constance et fidélité, affirmant que ce n'est plus le goût du siècle. Il quitte la scène, et l'acteur conclut en espérant que le public verra avec bonté ce coup d'essai, rappelant que des chefs-d'œuvre peuvent naître de faibles commencements.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
2
p. 1202-1203
MADRIGAL. POUR Mlle P...... qui joua le Role de Teglis dans la Tragedie de Pyrrhus et Teglis, représentée à l'Arsenal.
Début :
Quand sous l'habit de Melpomene, [...]
Mots clefs :
Pyrrhus et Téglis, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL. POUR Mlle P...... qui joua le Role de Teglis dans la Tragedie de Pyrrhus et Teglis, représentée à l'Arsenal.
MADRIGAL.
POUR Mlle P .... qui joua le Role de
Teglis dans la Tragedie de Pyrrhus et
Teglis , représentée à l'Arsenal.
Uand sous l'habit de Melpomene ,
Attirant tous les coeurs à vous ,
L'Amour vous , voit verser des larmes sur la
Scene ;
Il vous croit tendre , et tombe à vos genoux ,
>
I. Vol.
Yous
JUIN. $ 734. 1203
Vous entretenir de sa peine ;
Mais bien loin deflater son amoureux tourment ,
Voyant qu'on ne veut pas l'écouter seulement ;
Ah ! dit ce petit Dieu , fondant en pleurs luimême
,
Vous feignez de pleurer , charmant objet que
j'aime ,
Et je pleure sincerement.
Mlle Malcrais de la Vigne.
POUR Mlle P .... qui joua le Role de
Teglis dans la Tragedie de Pyrrhus et
Teglis , représentée à l'Arsenal.
Uand sous l'habit de Melpomene ,
Attirant tous les coeurs à vous ,
L'Amour vous , voit verser des larmes sur la
Scene ;
Il vous croit tendre , et tombe à vos genoux ,
>
I. Vol.
Yous
JUIN. $ 734. 1203
Vous entretenir de sa peine ;
Mais bien loin deflater son amoureux tourment ,
Voyant qu'on ne veut pas l'écouter seulement ;
Ah ! dit ce petit Dieu , fondant en pleurs luimême
,
Vous feignez de pleurer , charmant objet que
j'aime ,
Et je pleure sincerement.
Mlle Malcrais de la Vigne.
Fermer
Résumé : MADRIGAL. POUR Mlle P...... qui joua le Role de Teglis dans la Tragedie de Pyrrhus et Teglis, représentée à l'Arsenal.
Le madrigal, daté de juin 1734, est dédié à Mlle Malcrais de la Vigne, qui joue Teglis dans 'Pyrrhus et Teglis'. L'Amour, ému par ses larmes sur scène, comprend qu'elles sont feintes pour toucher le public. Déçu, il pleure en reconnaissant son talent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer