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1
p. 183-185
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ par M. COLLÉ. LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose. SUJET DE LA PIÉCE.
Début :
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un Négociant, est engagée dans un commerce mutuel [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles. LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ par M. COLLÉ. LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose. SUJET DE LA PIÉCE.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Spectacles.
LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ.
LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose.
SUJET DE LA PIÉCE.
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un
Négociant, est engagée dans un commerce mutuel
de tendreſſe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins ſecrets que lui a fait éprouver l'in
conſtance de ſon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un ſecond .
Cependant ,
elle avoue à un Commandeur ,
ami commun, qu'elle a penſé offrir elle-même
ſa main au Chevalier , ne pouvant vaincre au
trement ſon opiniâtre généroſité , & lui faire
accepter 8oooo liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pen
dant ces diſcuſſions de délicateſſe, la Cour avoit
diſpoſé du Régiment. La tendre Veuve inſtruite
par là du prix des occaſions , & en même-temps
allarmée ſur le ſort de ſon Amant, avoit pris.
* Voyez leprécédent Vol. du Mercure au ſupplé
| ment de l'Article des Spectacles.
-
184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon inſçu , des meſures pour lui en aſſurèr
un , qui § indépendant du don de ſa main.
Elle apprend du Commandeur, que cette géné
roſité eſt devenue ſuperfiue ; parce que le Cheva
lier devient fort riche par la mort du fils uni
que d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très-conſidérable. Mde Durval n'en eſt que
plus affermie dans la réſolution de ne point
épouſer ſon Amant, ſans renoncer pour cela au
† de le voir. Cet arrangement de la Veuve
'a déja éxpoſé à des ſoupçons d'éſagréables juſque
dans ſon domeſtique. Tout ceci eſt préſenté en
peu de ſcènes. Le Chevalier encouragé & pour
ainſi dire autoriſé par la
bienfaiſance de ſon
Oncle, projette de propoſer à Mde Durval un
Mariage qui devient ſortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les ré
pugnances de cette Veuve dont le Comnman
deur l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la pro
poſition ,
ils ſont interrompus par une Mar- .
quiſe de Leutry, femme d'une grande qualité
· dans toute l'étendue de
cette dénomination.
' Cette ſcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquiſe propoſe à
Mde Durval le mariage de ſon fils, Elle la flatte
du Tabouret. Celle-ci ſe refuſe à tant d'hon
neurs. La ſcéne finit aigrement de la part de la
| Marquiſe ; le Chevalier du Lauret n'eſt pas ou
| blié dans les reproches mépriſans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enſuite un nou
veau déſagrément toujours occaſionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier. Ce
nouveau déſagrément vient d'une Femme-de
Chambre qui lui , demande ſon congé, ſous
· Prétexte de l'honneur & de la conſcience, mais
A V R I L. 1764.
185
dans le fait, piquée de n'être dans aucune con
fidence utile à ſes profits. Dans une ſcène pré
cédente , l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou ſon Neveu ou un commiſſion
naire de Cadix qui
le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds, a fait en
eourant une propoſition de mariage † ſon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pû faire en
tendre ſon refus & les motifs de ce refus. Enfin
ſa bizarre délicateſſe , ſubit l'épreuve la plus
forte en réſiſtant aux plus vives & aux plus
tendres inſtances de ſon Aumant. C'eſt dans cette
Scène où ſe développe le ſyſtême du cœur de
la Veuve, le Chevalier en eſt déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler.
Il apprend
par ſon Oncle que les huit cens mille livres
attendues de Cadix ſont perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette ſomme, on l'envoyoit en piaſtres ſur
des vaiſleaux qui ont péri au ſortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auſſi affligeante
our lui, ne s'occupe qu'à conſoler ſon Oncle.
La Veuve eſt ſi touchée de la généroſité &
de la candeur du caractère de ſon Amant ,
que ſurmontant toutes ſes craintes , c'eſt elle
alors qui lui propoſe de conclure le mariage &
qui combat les
difficultés que ſuggéroit au
Chevalier l'état de ſa fortune. On quitte la
Scène pour paſſer dans le Cabinet de Mde ,
Durval, envoyer chercher le Notaire & ter-*
miner un mariage, que, dit-elle au Chevalier,
je deſire à préſent mille fois plus vivement
que vous. Ainſi ſe termine cette Comédie.
LE THÉATRE DE SOCIÉTÉ
par M. COLLÉ.
LA VEUVE, Comédie en un Acte en prose.
SUJET DE LA PIÉCE.
MDE Durval jeune, fort riche & Veuve d'un
Négociant, est engagée dans un commerce mutuel
de tendreſſe avec le Chevalier du Lauret.
Les chagrins ſecrets que lui a fait éprouver l'in
conſtance de ſon premier Mari ont déterminé
cette Veuve à n'en prendre jamais un ſecond .
Cependant ,
elle avoue à un Commandeur ,
ami commun, qu'elle a penſé offrir elle-même
ſa main au Chevalier , ne pouvant vaincre au
trement ſon opiniâtre généroſité , & lui faire
accepter 8oooo liv. qu'il falloit pour payer un
Régiment dont il auroit obtenu l'agrément Pen
dant ces diſcuſſions de délicateſſe, la Cour avoit
diſpoſé du Régiment. La tendre Veuve inſtruite
par là du prix des occaſions , & en même-temps
allarmée ſur le ſort de ſon Amant, avoit pris.
* Voyez leprécédent Vol. du Mercure au ſupplé
| ment de l'Article des Spectacles.
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184 MERCURE DE FRANCE.
à ſon inſçu , des meſures pour lui en aſſurèr
un , qui § indépendant du don de ſa main.
Elle apprend du Commandeur, que cette géné
roſité eſt devenue ſuperfiue ; parce que le Cheva
lier devient fort riche par la mort du fils uni
que d'un Oncle qui doit lui faire une fortune
très-conſidérable. Mde Durval n'en eſt que
plus affermie dans la réſolution de ne point
épouſer ſon Amant, ſans renoncer pour cela au
† de le voir. Cet arrangement de la Veuve
'a déja éxpoſé à des ſoupçons d'éſagréables juſque
dans ſon domeſtique. Tout ceci eſt préſenté en
peu de ſcènes. Le Chevalier encouragé & pour
ainſi dire autoriſé par la
bienfaiſance de ſon
Oncle, projette de propoſer à Mde Durval un
Mariage qui devient ſortable quant à l'égalité
de fortune. Il eſt arrêté & intimidé par les ré
pugnances de cette Veuve dont le Comnman
deur l'informe. Cependant il voit Mde Durval ,
& dans le moment qu'il va hazarder la pro
poſition ,
ils ſont interrompus par une Mar- .
quiſe de Leutry, femme d'une grande qualité
· dans toute l'étendue de
cette dénomination.
' Cette ſcène doit être lue en entier , un extrait
lui feroit trop perdre. La Marquiſe propoſe à
Mde Durval le mariage de ſon fils, Elle la flatte
du Tabouret. Celle-ci ſe refuſe à tant d'hon
neurs. La ſcéne finit aigrement de la part de la
| Marquiſe ; le Chevalier du Lauret n'eſt pas ou
| blié dans les reproches mépriſans de la femme
de Qualité. La Veuve éprouve enſuite un nou
veau déſagrément toujours occaſionné par la
façon dont elle continue avec le Chevalier. Ce
nouveau déſagrément vient d'une Femme-de
Chambre qui lui , demande ſon congé, ſous
· Prétexte de l'honneur & de la conſcience, mais
A V R I L. 1764.
185
dans le fait, piquée de n'être dans aucune con
fidence utile à ſes profits. Dans une ſcène pré
cédente , l'Oncle du Chevalier , tout occupé de
rencontrer ou ſon Neveu ou un commiſſion
naire de Cadix qui
le cherche & qu'il croit
lui apporter la remiſe de ſes fonds, a fait en
eourant une propoſition de mariage † ſon
Neveu. Mde Durval n'a jamais pû faire en
tendre ſon refus & les motifs de ce refus. Enfin
ſa bizarre délicateſſe , ſubit l'épreuve la plus
forte en réſiſtant aux plus vives & aux plus
tendres inſtances de ſon Aumant. C'eſt dans cette
Scène où ſe développe le ſyſtême du cœur de
la Veuve, le Chevalier en eſt déſeſpéré. Un
nouveau malheur vient l'accabler.
Il apprend
par ſon Oncle que les huit cens mille livres
attendues de Cadix ſont perdues. N'ayant point
trouvé de Lettres de change pour la remiſe
de cette ſomme, on l'envoyoit en piaſtres ſur
des vaiſleaux qui ont péri au ſortir du port. Le
Chevalier , dans une conjoncture auſſi affligeante
our lui, ne s'occupe qu'à conſoler ſon Oncle.
La Veuve eſt ſi touchée de la généroſité &
de la candeur du caractère de ſon Amant ,
que ſurmontant toutes ſes craintes , c'eſt elle
alors qui lui propoſe de conclure le mariage &
qui combat les
difficultés que ſuggéroit au
Chevalier l'état de ſa fortune. On quitte la
Scène pour paſſer dans le Cabinet de Mde ,
Durval, envoyer chercher le Notaire & ter-*
miner un mariage, que, dit-elle au Chevalier,
je deſire à préſent mille fois plus vivement
que vous. Ainſi ſe termine cette Comédie.
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2
p. 186-194
REMARQUES SUR la Comédie de la VEUVE.
Début :
LE sujet de cette Comédie, ainsi que M. Collé l'indique lui même, est encore [...]
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES SUR la Comédie de la VEUVE.
REMARQUES
SUR la Comédie de la VEUVE.
LE sujet de cette Comédie, ainsi que
M. Collé l'indique lui même, est encore
tiré des Illuſtres Françoiſes. Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la ſource, s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier. .
Dans le Roman, la façon de penſer ;
les raiſonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelque
· fois à la nature, & ſe rencontrer réelle
ment dans la Société,mais ils ſont encore
plus conſtamment contre les mœurs :
cette femme qui a eu à la vérité, les
, ſujets les plus graves de ſe plaindre de
ſon premier Mari, s'obſtine à n'en pas
vouloir prendre un ſecond, à refuſer
de ſe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
| librement, qui la preſſe de rendre leur
, union légitime, & qui l'en preſſe par le
plus puiſſant de tous les motifs; celui de
donner un état à un enfant naturel; &
dans la Comédie, au contraire, comme
dès l'expoſition du ſujet , la Veuve con
A V R I L. 1764.
r87
vient s'être déjà trouvée dans une circon
ſtance qui l'avoit déterminée à épouſer
ſon amant; comme il n'eſt rien qui indi
que un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dé
nouement , on lui pardonne un travers
d'eſprit que les malheurs de ſon premier
mariage rendent en quelque ſorte excuſa
ble. Elle eſt à la fin pleinement juſtifiée
dans l'eſprit du lecteur ou des ſpectateurs,
par la nobleſſe d'âme & par la généroſité
· qui la déterminent à épouſer le Chevalier,
Nous penſons que l'on doit ſçavoir gré à
M. Collé,d'avoir rendu ce caractère hon
nête , ſans lui ôter néanmoins le pi
quant que produit la ſingularité; & en
un mot, d'avoir tourné ce ſujet du côté
du ſentiment ; avantage qu'aſſurément
il n'a pas dans ſa ſource.
-
L'action de cette Comédie de ſenti
ment, (qu'il nous ſoit permis de la dé
ſigner ainſi ) eſt à peu-près du même
genre que celle de Dupuis & Deſronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme, il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eſt du même Au
teur. Nous avons été aſſez heureux pour
que quelques connoiſſeurs ayent ap
plaudi à la diſtinction que nous avons
· faite , entre l'action phyſique & l'ac
188 MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occa
ſion de la première Pièce de M. Collé.
Nous appliquerons cette même diſtinc
tion à la Comédie de la Veuve. Ce n'eſt
point une multitude d'événemens phy
fiques qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce ſont encore, ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Deſro
mois, (b) des obſtacles qui réſultent du
contraſte des caractères. C'eſt un jeu de
reſſorts , que produit la ſeule progreſſion
du ſentiment , entre des perſonnages
dont les intérêts ſont oppoſés & c. & c.
On doit dire encore à l'occaſion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre, d'Au
teurs antérieurs à M. Collé, entre des
perſonnages dont les intérêts ou ſont
oppoſés ou paroiffent l'être, en ce que
étant les mêmes, quant à la fin qu'ils ſe
propoſent, ils ne l'enviſagent pas tou
jours du même côté; ainſi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve,
il y a plus de cette ſorte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perſonnages, que dans Dupuis & Deſ
ronais,Pièce où il y auroit peut-être plus
-
"
!
-
(k) Voyez le Mercure de Mars 1763.,
A V R I L. 1764.
-
18g
d'inertie dramatique (c) que dans celle
ci , ſans l'extrême chaleur de ſentiment
qui affecte & émeut ſi puiſſament dans
Dupuis & Deſronais : ainſi tout eſt
heureuſement compenſé au profit de
l'intérêt de ſenſibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
§ l'action & la marche d'un Dra
me, la partie la plus importante eſt celle
des caractères. Nous invitons les Lec
teurs de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques-uns, qui nous ont
paru d'une touche plus diſtinguée que
ceux qu'on expoſe ordinairement ſur la
ſcène. Celui de la Marquiſe de Leutry,
entre autres, eſt frappant par ſa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il eſt tiré, ſentira combien il eſt
heureuſement ſaiſi. On y retrouvera
comme dans la nature même, cette po
liteſſe exagérée de certaines gens de qua
lité, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
choſe ; & le mépris accablant qui ſuc
céde ſubitement, dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de ſéduire. On
· (c) Les connoiſſeurs de l'Art entendront ces ex
preſſions. Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaiſe foi,
º
-
º *
-
19o MERCURE DE FRANCE.
entreverra les nuances fines de cette
affabilité ſouvent injurieuſe,juſques dans
ſes ſoupleſſes, & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careſſante. On ob
ſervera encore avec quelle juſteſſe l'Au
teur a marqué cette différence, délicate
à diſtinguer, bien plus encore à rendre,
mais qui exiſte , entre le ton de con
verſation de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vi
vre confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le ſecond , il y a
un certain caractère diſtinctifdans le ton
du premier, que nous ſommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre, ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce.
Après ce caractère, un des plus diſtin
ués , par ſa nouveauté ſur la Scène ,
eſt celui d'Agathe. Celle-ci eſt une vraie
Femme-de-chambre, telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maiſons de la ſociété. Ce n'eſt point une
Soubrette de Théâtre; caractère factice,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable, la grande, & peut
être la ſeule règle de la Comédie, qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la plu
part des Soubrettes de MoLIERE nous
A V R I L. 1764.
191
paroiſſent-elles ſi différentes des Soubret
tes modernes , pour leſquelles les Au
teurs ont fait comme les Actrices qui les
jouent, en les parant ſouvent plus que
les Maîtreſſes ? C'eſt que, par la révo
lution des mœurs & des uſages de la ſo
ciété, les Soubrettes ou Femmes-de
chambre du temps de MoLIERE, n'é-
toient pour le ton que ce que ſont aujour
d'hui nos Servantes.AinſiMoLIERE pei
gnoit juſte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs, mais admirateurs aveugles
du grand MoLIERE ; c'eſt-à-dire, con
fondant l'effet de ſon art avec les juſteſſes
de ſa pratique, & la ſagacité de ſon gé
nie. Ils reconnoiſſent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MoLIERE ,
ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs, & ils croyent imi
ter MoLIERE. Voilà l'abus. Ils copient
ſes peintures, mais ils n'imitent point ſa
méthode. MoLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à ſes
Soubrettes, mais celui de Femme-de
chambre , ainſi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir ſenti cette vérité.
On peut en dire autant des autres ca
ractères du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier, ſans reſſemblance, la
façon d'ajuſter les Portraits familiere à
Rigaud, croiroit-il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perſonnes
de ce temps, ſeroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreſſion,
en faveur de l'utilité dont elle peut être.
Il y a dans le caractère de la Veuve une
ſingularité, qui vient du travers d'eſprit
où la conduit, ſans qu'elle s'en apper
oive, une délicateſſe de ſentiment qui
§ ſa raiſon. Le contraſte de l'ardeur
du Chevalier, pour épouſer une Maî
treſſe qui l'aime, de la tendreſſe & de la
oſſeſſion même de laquelle il peut être
aſſuré ſans cet engagement, revient à
la définition que nous avons donnée de
1'action morale dans les Drames; & il en
confirme la juſteſſe, par le jeu, par le
reſſort qu'il produit dans cette Comédie.
En général, nous croyons que les Lec
teurs verront,comme nous,tous les carac
tères de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement, & plus ſouvent
encore comme on les déguiſe au Théâ
tre, en prétendant les ajuſter ; mais
comme ils ſont journellement ſous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
CoLLÉ s'eſt conduit d'après le même
principe
A V R I L. 1764.
I93
principe pour ſon Dialogue. On y re
trouve toujours la Nature, & il fait diſ
paroître entièrement les moyens prati
ques de l'art. C'eſt ſur quoi il eſt de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs,
trop accoutumés au ſtyle compaſſé de
notre Théâtre, ſi différent de la con
verſation familière.
Il nous reſte à remarquer ce que
tous les Lecteurs ſentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eſt la chaleur
de ſentiment qui règne dans cette Pièce,
ſur tout dans les Dialogues entre la Veu
ve & le Chevalier. Ce genre de mérite
(le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) ſeroit encore bien plus ſen
ſible, s'il étoit ſecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui ſçavent ſi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Deſronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue, & qu'elle devoit
être jouée, ou à la ſuite, ou dans le
même temps que cette autre Pièce; mais
que la défiance modeſte que M. CoLLÉ
a toujours eue de ſon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter.
Nous eſpérons, & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre, que
les ſuffrages non-ſuſpects qui lui revien
dront de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaiſir que ſon injuſtice con
tre lui-même nous a trop long-temps
dérobé.
SUR la Comédie de la VEUVE.
LE sujet de cette Comédie, ainsi que
M. Collé l'indique lui même, est encore
tiré des Illuſtres Françoiſes. Ceux qui
voudront prendre la peine de remonter
à la ſource, s'appercevront bientôt de
l'Art avec lequel l'Auteur Dramatique
a réformé la licence du Romancier. .
Dans le Roman, la façon de penſer ;
les raiſonnemens & le caractère de la
Veuve peuvent être conformes quelque
· fois à la nature, & ſe rencontrer réelle
ment dans la Société,mais ils ſont encore
plus conſtamment contre les mœurs :
cette femme qui a eu à la vérité, les
, ſujets les plus graves de ſe plaindre de
ſon premier Mari, s'obſtine à n'en pas
vouloir prendre un ſecond, à refuſer
de ſe marier avec un homme qu'elle
aime , avec lequel cependant elle vit
| librement, qui la preſſe de rendre leur
, union légitime, & qui l'en preſſe par le
plus puiſſant de tous les motifs; celui de
donner un état à un enfant naturel; &
dans la Comédie, au contraire, comme
dès l'expoſition du ſujet , la Veuve con
A V R I L. 1764.
r87
vient s'être déjà trouvée dans une circon
ſtance qui l'avoit déterminée à épouſer
ſon amant; comme il n'eſt rien qui indi
que un commerce illicite ; comme on
s'attend que ce mariage formera le dé
nouement , on lui pardonne un travers
d'eſprit que les malheurs de ſon premier
mariage rendent en quelque ſorte excuſa
ble. Elle eſt à la fin pleinement juſtifiée
dans l'eſprit du lecteur ou des ſpectateurs,
par la nobleſſe d'âme & par la généroſité
· qui la déterminent à épouſer le Chevalier,
Nous penſons que l'on doit ſçavoir gré à
M. Collé,d'avoir rendu ce caractère hon
nête , ſans lui ôter néanmoins le pi
quant que produit la ſingularité; & en
un mot, d'avoir tourné ce ſujet du côté
du ſentiment ; avantage qu'aſſurément
il n'a pas dans ſa ſource.
-
L'action de cette Comédie de ſenti
ment, (qu'il nous ſoit permis de la dé
ſigner ainſi ) eſt à peu-près du même
genre que celle de Dupuis & Deſronais ;
& quand on l'auroit annoncé comme
d'un Anonyme, il n'eût pas été difficile
de connoître qu'elle eſt du même Au
teur. Nous avons été aſſez heureux pour
que quelques connoiſſeurs ayent ap
plaudi à la diſtinction que nous avons
· faite , entre l'action phyſique & l'ac
188 MERCURE DE FRANCE.
tion morale ou métaphyfique à l'occa
ſion de la première Pièce de M. Collé.
Nous appliquerons cette même diſtinc
tion à la Comédie de la Veuve. Ce n'eſt
point une multitude d'événemens phy
fiques qui fournit l'acion de ce Drame.
Ce ſont encore, ainſi que nous l'avons
dit en parlant de Dupuis & Deſro
mois, (b) des obſtacles qui réſultent du
contraſte des caractères. C'eſt un jeu de
reſſorts , que produit la ſeule progreſſion
du ſentiment , entre des perſonnages
dont les intérêts ſont oppoſés & c. & c.
On doit dire encore à l'occaſion de la
Comédie dont nous avons à parler & de
quelques autres du même genre, d'Au
teurs antérieurs à M. Collé, entre des
perſonnages dont les intérêts ou ſont
oppoſés ou paroiffent l'être, en ce que
étant les mêmes, quant à la fin qu'ils ſe
propoſent, ils ne l'enviſagent pas tou
jours du même côté; ainſi ils différent
dans les moyens. Nous remarquerons
encore que dans la Comédie de la Veuve,
il y a plus de cette ſorte de mouvement
qui naît de la variation de fortune des
perſonnages, que dans Dupuis & Deſ
ronais,Pièce où il y auroit peut-être plus
-
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(k) Voyez le Mercure de Mars 1763.,
A V R I L. 1764.
-
18g
d'inertie dramatique (c) que dans celle
ci , ſans l'extrême chaleur de ſentiment
qui affecte & émeut ſi puiſſament dans
Dupuis & Deſronais : ainſi tout eſt
heureuſement compenſé au profit de
l'intérêt de ſenſibilité entre ces deux
Ouvrages du même Auteur.
§ l'action & la marche d'un Dra
me, la partie la plus importante eſt celle
des caractères. Nous invitons les Lec
teurs de la Comédie de la Veuve à faire
attention à quelques-uns, qui nous ont
paru d'une touche plus diſtinguée que
ceux qu'on expoſe ordinairement ſur la
ſcène. Celui de la Marquiſe de Leutry,
entre autres, eſt frappant par ſa vérité.
Quiconque connoît un peu les modèles
d'où il eſt tiré, ſentira combien il eſt
heureuſement ſaiſi. On y retrouvera
comme dans la nature même, cette po
liteſſe exagérée de certaines gens de qua
lité, cette cajolerie de louanges pour
ceux dont ils veulent obtenir quelque
choſe ; & le mépris accablant qui ſuc
céde ſubitement, dès qu'ils éprouvent
de la réſiſtance à l'eſpoir de ſéduire. On
· (c) Les connoiſſeurs de l'Art entendront ces ex
preſſions. Qu'importe les imputations de grands
mots de Jargon &c. balbutiées par l'ignorance ou
hazardées par la mauvaiſe foi,
º
-
º *
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19o MERCURE DE FRANCE.
entreverra les nuances fines de cette
affabilité ſouvent injurieuſe,juſques dans
ſes ſoupleſſes, & dans l'inſtant même où
l'intérêt la rend le plus careſſante. On ob
ſervera encore avec quelle juſteſſe l'Au
teur a marqué cette différence, délicate
à diſtinguer, bien plus encore à rendre,
mais qui exiſte , entre le ton de con
verſation de la Marquiſe & celui de la
Veuve.
Quoique l'opulence & la façon de vi
vre confondent aujourd'hui le premier
état des Citoyens avec le ſecond , il y a
un certain caractère diſtinctifdans le ton
du premier, que nous ſommes obligés
de convenir n'avoir prèſque jamais été
bien rendu au Théâtre, ni avec autant
de vérité que dans cette petite Pièce.
Après ce caractère, un des plus diſtin
ués , par ſa nouveauté ſur la Scène ,
eſt celui d'Agathe. Celle-ci eſt une vraie
Femme-de-chambre, telles qu'on les
voit , telles qu'on les entend dans les
maiſons de la ſociété. Ce n'eſt point une
Soubrette de Théâtre; caractère factice,
& qui , par convention , a été admis
contre la véritable, la grande, & peut
être la ſeule règle de la Comédie, qui eſt
la vérité d'imitation. Pourquoi la plu
part des Soubrettes de MoLIERE nous
A V R I L. 1764.
191
paroiſſent-elles ſi différentes des Soubret
tes modernes , pour leſquelles les Au
teurs ont fait comme les Actrices qui les
jouent, en les parant ſouvent plus que
les Maîtreſſes ? C'eſt que, par la révo
lution des mœurs & des uſages de la ſo
ciété, les Soubrettes ou Femmes-de
chambre du temps de MoLIERE, n'é-
toient pour le ton que ce que ſont aujour
d'hui nos Servantes.AinſiMoLIERE pei
gnoit juſte. L'Auteur de la Veuve n'a pas
donné dans l'erreur de bien des Auteurs,
admirateurs, mais admirateurs aveugles
du grand MoLIERE ; c'eſt-à-dire, con
fondant l'effet de ſon art avec les juſteſſes
de ſa pratique, & la ſagacité de ſon gé
nie. Ils reconnoiſſent le ton de Servante
dans les Soubrettes de MoLIERE ,
ils
font des Comédies où ils prêtent ce
même ton aux leurs, & ils croyent imi
ter MoLIERE. Voilà l'abus. Ils copient
ſes peintures, mais ils n'imitent point ſa
méthode. MoLIERE aujourd'hui ne
donneroit pas le ton de Servante à ſes
Soubrettes, mais celui de Femme-de
chambre , ainſi qu'a fait pour cette
Agathe, l'Auteur de la Veuve, qui paroît
avoir ſenti cette vérité.
On peut en dire autant des autres ca
ractères du Comique. Un Peintre qui ne
192 MERCURE DE FRANCE.
feroit que copier, ſans reſſemblance, la
façon d'ajuſter les Portraits familiere à
Rigaud, croiroit-il imiter ce Peintre ?
Mais celui qui peindroit avec la même
touche & la même vérité les perſonnes
de ce temps, ſeroit un grand Artiſte.
On nous pardonnera cette digreſſion,
en faveur de l'utilité dont elle peut être.
Il y a dans le caractère de la Veuve une
ſingularité, qui vient du travers d'eſprit
où la conduit, ſans qu'elle s'en apper
oive, une délicateſſe de ſentiment qui
§ ſa raiſon. Le contraſte de l'ardeur
du Chevalier, pour épouſer une Maî
treſſe qui l'aime, de la tendreſſe & de la
oſſeſſion même de laquelle il peut être
aſſuré ſans cet engagement, revient à
la définition que nous avons donnée de
1'action morale dans les Drames; & il en
confirme la juſteſſe, par le jeu, par le
reſſort qu'il produit dans cette Comédie.
En général, nous croyons que les Lec
teurs verront,comme nous,tous les carac
tères de cette Pièce ; non comme on les
figure ordinairement, & plus ſouvent
encore comme on les déguiſe au Théâ
tre, en prétendant les ajuſter ; mais
comme ils ſont journellement ſous nos
yeux dans la Société. Il paroît que M.
CoLLÉ s'eſt conduit d'après le même
principe
A V R I L. 1764.
I93
principe pour ſon Dialogue. On y re
trouve toujours la Nature, & il fait diſ
paroître entièrement les moyens prati
ques de l'art. C'eſt ſur quoi il eſt de notre
devoir de prévenir quelques Lecteurs,
trop accoutumés au ſtyle compaſſé de
notre Théâtre, ſi différent de la con
verſation familière.
Il nous reſte à remarquer ce que
tous les Lecteurs ſentiront bien mieux
encore par eux-mêmes ; c'eſt la chaleur
de ſentiment qui règne dans cette Pièce,
ſur tout dans les Dialogues entre la Veu
ve & le Chevalier. Ce genre de mérite
(le premier de tous pour les Ouvrages
de Théâtre ) ſeroit encore bien plus ſen
ſible, s'il étoit ſecondé par le jeu des
mêmes Acteurs qui ſçavent ſi bien nous
émouvoir dans Dupuis & Deſronais.
Nous avons appris que la Comédie de la
Veuve avoit été reçue, & qu'elle devoit
être jouée, ou à la ſuite, ou dans le
même temps que cette autre Pièce; mais
que la défiance modeſte que M. CoLLÉ
a toujours eue de ſon talent,l'a empêché
de la faire repréſenter.
Nous eſpérons, & il y a lieu 'd'en
flatter les Amateurs du Théâtre, que
les ſuffrages non-ſuſpects qui lui revien
dront de ceux qui l'auront lue , nous
II. Vol.
194 MERCURE DE FRANCE.
rendront le plaiſir que ſon injuſtice con
tre lui-même nous a trop long-temps
dérobé.
Fermer
3
p. 194-197
LE ROSSIGNOL, OU LE MARIAGE SECRET, COMÉDIE en un Acte en Proſe & en Vaudevilles. Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE SOCIÉTÉ de M. COLLÉ. SUJET.
Début :
LES personnages de ce Drame sont M. VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE, [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE ROSSIGNOL, OU LE MARIAGE SECRET, COMÉDIE en un Acte en Proſe & en Vaudevilles. Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE SOCIÉTÉ de M. COLLÉ. SUJET.
LE ROSSIGNOL,
OU
LE MARIAGE SECRET,
COMÉDIE en un Acte en Proſe & en
Vaudevilles.
Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE
SOCIÉTÉ de M. COLLÉ.
SUJET.
LES personnages
de ce Drame sont M.
VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE,
laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RucHARD , Homme de
Robe. Un M.
de S. ALBoN , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBoN veut donner ſa fille. Deux Valets.
PorTEvIN , Valet de M. Richard, & PIERRoT ,
Valet de M. S. ALEoN.
La Scène eſt ſur l'Eſplanade de la Porte ſaint
Antoine , & ſur le Boulevard, vis-à-vis de la
maiſon de M. Varambon.
Après un Monologue très-court, catherine 2
mariée ſecrettement à Richard, lui apprend que .
Varambon ſon Père veut lui faire épouſer S. Al-.
A V R I L. 1764.
I95
bon. Ce Rival ſurprend Richard dans ſon inquié
tude, il le plaiſante, & Richard ſe retire de mau
vaiſe humeur. S. Albon informé par ſon Valet
Pierrot, des rendez-vous nocturnes de Richard,
prend la réſolution de ſe venger de Catherine,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit
Maître avec un ton ſingulier qui ne peut ſe bien
faire ſentir, que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perſiffle ſur
ſon goût pour le chant du Roſſignol, Catherine
rend à S. Albon des ſarcaſmes qui font taire
ſon perſifflage. Il ſe pique, & les quitte en chan
tant d'un air ironique. Le Père fait d'aigres re
proches à Catherine ſur l'intempérance de ſes
bons mots. Elle en prend occaſion d'avouer toute
ſon averſion pour S. Albon & ſon inclination
pour Richard Varambon entre en fureur ſur la
ſeule propoſition d'avoir pour gendre un hom
me de Robe. Cela redouble l'embarras de Ca
therine. Son Père veut rentrer à la maiſon avec
elle , que l'on ſe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refuſer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaiſanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage, par celle-ci , que
nous promettons uniquement de tranſcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin , que
pour elle, elle ne dormira pas ; ſon Père re
plique en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu, je veux que
vous dormiez .. .. Dormex , Mademoiſelle , ou
vous aurez a faire à moi. Je veux qu'on dorine
chez moi. Je veux être obei , corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maiſon. S. Albon
revient , ſe cache, & voit monter au Balcon de
Catherine ſon mari Richard qu'il croit n'être que
ſon Amant, Le Valet de Richard eſt ivre , ce
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qui produit une Scène fort plaiſante dans cette
conjoncture. Auſſitôt que ce Valet eſt retiré, S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que ſon Pienot lui tend ,
il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiſſe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le
ſeul endroit par où Richard
doit ſortir , Varambon enfermant ſa
fille tous
les ſoirs dans ſa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oiſeaux & avec leſquels ils
accompagnent des chanſons de plaiſanterie ſur
la priſe du Roſſignol, Catherine & Richard enten
dent à la fin ce bruit. On doit juger de leur dou
leur & de leur embarras. Ils implorent long
temps en vain la clémence de S. Albon. Il eſt
inéxorable. Cependant traitant l'affaire militai
rement ,
il propoſe à Richard, qu'il qualifie de
Gouverneur, une capitulation honnête, s'il veut
rendre la place. Le mariage ſecret ne permet
pas d'accepter la capitulation.Alors S. Albon
en vainqueur qui mépriſe ſa conquête, délivre
les Priſonniers ſans rançon & ſans condition.
Dans le temps qu'il deſcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiſſance de prendre
garde de ſe bleſſer. Varambon qui a entendu
du bruit, ſort l'epée à la main , il croit que
S. Albon étoit en rendez-vous dans la cham
bre de ſa fille , il l'attaque, celui-ci ſe défend.
Ils ſont ſeparés par les deux Valets qui ſur
viennent.L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clan
deſtin ſe déclare. Le Père, dans ſa rage, con
ſent à le ratifier, mais il ne veut jamais voir
ſon gendre ni ſa fille. On entre dans l'eſpoir
de l'appaiſer. S. Albon termine la Piéce par
une ſcène très-courte avec
ſon valet Pierrot,
dans laquelle en riant de ce mariage, il ſou
A V R I L. 1764.
197
tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé.
OU
LE MARIAGE SECRET,
COMÉDIE en un Acte en Proſe & en
Vaudevilles.
Deuxiéme Pièce du THÉATRE DE
SOCIÉTÉ de M. COLLÉ.
SUJET.
LES personnages
de ce Drame sont M.
VARAMBON, Colonel de Hussards, Père de CATHERINE,
laquelle eſt mariée ſecrettement
avec M. RucHARD , Homme de
Robe. Un M.
de S. ALBoN , Capitaine de Cavalerie auquel M.
VARAMBoN veut donner ſa fille. Deux Valets.
PorTEvIN , Valet de M. Richard, & PIERRoT ,
Valet de M. S. ALEoN.
La Scène eſt ſur l'Eſplanade de la Porte ſaint
Antoine , & ſur le Boulevard, vis-à-vis de la
maiſon de M. Varambon.
Après un Monologue très-court, catherine 2
mariée ſecrettement à Richard, lui apprend que .
Varambon ſon Père veut lui faire épouſer S. Al-.
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bon. Ce Rival ſurprend Richard dans ſon inquié
tude, il le plaiſante, & Richard ſe retire de mau
vaiſe humeur. S. Albon informé par ſon Valet
Pierrot, des rendez-vous nocturnes de Richard,
prend la réſolution de ſe venger de Catherine,
quoiqu'il affecte un air d'indifférence & de Petit
Maître avec un ton ſingulier qui ne peut ſe bien
faire ſentir, que dans la Piéce même. Il joint à
la promenade le père & la fille. Il la perſiffle ſur
ſon goût pour le chant du Roſſignol, Catherine
rend à S. Albon des ſarcaſmes qui font taire
ſon perſifflage. Il ſe pique, & les quitte en chan
tant d'un air ironique. Le Père fait d'aigres re
proches à Catherine ſur l'intempérance de ſes
bons mots. Elle en prend occaſion d'avouer toute
ſon averſion pour S. Albon & ſon inclination
pour Richard Varambon entre en fureur ſur la
ſeule propoſition d'avoir pour gendre un hom
me de Robe. Cela redouble l'embarras de Ca
therine. Son Père veut rentrer à la maiſon avec
elle , que l'on ſe couche & que l'on dorme.
Nous ne pouvons nous refuſer à donner une
idée à nos Lecteurs du ton de plaiſanterie qui
régne dans tout cet Ouvrage, par celle-ci , que
nous promettons uniquement de tranſcrire. Sur
ce que Catherine dit , d'un ton chagrin , que
pour elle, elle ne dormira pas ; ſon Père re
plique en courroux & avec menaces : Vous ne
dormirez pas ! ... moi , morbleu, je veux que
vous dormiez .. .. Dormex , Mademoiſelle , ou
vous aurez a faire à moi. Je veux qu'on dorine
chez moi. Je veux être obei , corbleu. Le Père
& la Fille entrent dans la maiſon. S. Albon
revient , ſe cache, & voit monter au Balcon de
Catherine ſon mari Richard qu'il croit n'être que
ſon Amant, Le Valet de Richard eſt ivre , ce
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
qui produit une Scène fort plaiſante dans cette
conjoncture. Auſſitôt que ce Valet eſt retiré, S.
Albon fait placer la même échelle au pied du
Balcon. Il y monte à l'aide d'une barre de fer
que ſon Pienot lui tend ,
il ferme la fenêtre
en dehors de façon qu'on ne puiſſe l'ouvrir par
dedans. C'eſt le
ſeul endroit par où Richard
doit ſortir , Varambon enfermant ſa
fille tous
les ſoirs dans ſa chambre. S. Albon & Pierrot
imitent le chant des oiſeaux & avec leſquels ils
accompagnent des chanſons de plaiſanterie ſur
la priſe du Roſſignol, Catherine & Richard enten
dent à la fin ce bruit. On doit juger de leur dou
leur & de leur embarras. Ils implorent long
temps en vain la clémence de S. Albon. Il eſt
inéxorable. Cependant traitant l'affaire militai
rement ,
il propoſe à Richard, qu'il qualifie de
Gouverneur, une capitulation honnête, s'il veut
rendre la place. Le mariage ſecret ne permet
pas d'accepter la capitulation.Alors S. Albon
en vainqueur qui mépriſe ſa conquête, délivre
les Priſonniers ſans rançon & ſans condition.
Dans le temps qu'il deſcend du Balcon & que
Catherine lui dit avec reconnoiſſance de prendre
garde de ſe bleſſer. Varambon qui a entendu
du bruit, ſort l'epée à la main , il croit que
S. Albon étoit en rendez-vous dans la cham
bre de ſa fille , il l'attaque, celui-ci ſe défend.
Ils ſont ſeparés par les deux Valets qui ſur
viennent.L'imbroglio s'éclaircit. Le mariage clan
deſtin ſe déclare. Le Père, dans ſa rage, con
ſent à le ratifier, mais il ne veut jamais voir
ſon gendre ni ſa fille. On entre dans l'eſpoir
de l'appaiſer. S. Albon termine la Piéce par
une ſcène très-courte avec
ſon valet Pierrot,
dans laquelle en riant de ce mariage, il ſou
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tient & confirme le caractère dans lequel nous
l'avons annoncé.
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4
p. 197-201
REMARQUES.
Début :
EN lisant cette Pièce il nous a paru que l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES.
REMARQUES.
EN lisant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère
de ſon Sujet, dans le conte du Roſ
ſignol; l'invention de ſa Fable comique
lui appartient preſqu'en entier , tous les
incidens ſont de ſon imagination.
Indépendamment de la forme du Dia
logue, prèſque tout en vaudevilles, ce
Drame différe totalement de la Comé
die précédente & par la nature du
Sujet, & par le genre de l'action. Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action, que nous avons hazardé de
nommer phyſique ou matérielle : l'intri
gue, les incidens, les événemens im
prévus , le mouvement local des Per
ſonnages, ſont les reſſorts qui font mar
cher la Piéce, qui la conduiſent à ſon
dénouement, & qui diſtinguent cette
action de celle que nous avons remar
quée dans Dupuis & Deſronais, &
dans la Veuve, que nous croyons diſtin
guer le mieux , l'action phyſique de
l'action morale dans le dramatique , eſt
lorſque tous les incidens ſont ſous les
yeux du ſpectateur; c'eſt préciſément
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ce qui arrive dans la Piéce du Roſſignol.
Aucune des actions, aucune des démar
ches des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eſt ſouſtrait de la Scène. La
ſérénade ſingulière que S. Albon don
ne aux époux clandeſtins & leur ſur
· priſe, forment une Scène qui ſemble de
voir être très-théâtrale & très-piquante
à la repréſentation.
C'eſt auſſi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce ſur des théâtres particu
liers , nous ont aſſuré qu'elle produiſoit.
J.'action du dénouement,§
lement amenée, comme on a pû voir
dans la légère eſquiſſe que nous venons
d'en tracer, eſt d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eſt très-rare de trouver, &
cette vivacité ſe ſoutient juſqu'à la fin
lorſque l'Imbroglio s'éclaircit : circonſ
-tance néceſſaire mais ordinairement lan
·guiſſante dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amuſant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
· une ſimple notice du Sujet. Ils ſont tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
· ne peut méconnoître, quoique d'une
ſingularité fort piquante. Celui du vieux
Militaire , père de Catherine, qui ne
veut marier ſa fille qu'à un homme de
ſon état, eſt aſſurément d'un vrai in
conte1 table; ainſi que ſes principes ſur
,
-
-
A V R I L. 1764.
r 99
l'autorité paternelle & ſa manière de la
tourner en une eſpéce deſpotiſme. Le
caractère de S. Albon a un coin de
ſingularité tout neuf. Sa fatuité & ſa
façon de procéder avec les femmes,
font des objets qui n'avoient point en
core été préſentés ſous cette face au
Théâtre. Ce caractère ,
tel qu'il eſt
donné, quoique fingulier, n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens, comme nous l'a-
vons remarqué, & comme le remarque
ront ceux qui liront la Pièce, font natu
rels, & n'ont rien de forcé; pas même
celui d'un Amant heureux & favoriſé ,
berné, pour ainſi dire, & expoſé à la
riſée par celui qui n'eſt pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eſt une
des ſingularités qui diſtingue ce Drame,
ſans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
· principes dans les caractères de Saint
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes ſont dans la Nature.
Toutes ces conſidérations ne nous au
toriſent-elles pas ſuffiſamment à avancer
| que cette Pièce (d'un genre tout diffé
rent de celui de la Veuve ), réunit deux
· points difficiles, & cependant eſſentiels
pour conſtituer la vÉRITABLE CoMÉ
I iv
2oO MERCURE DE FRANCE.
DIE ; ſçavoir , la VRAISEMBLANCE
DEs ÉVÉNEMENs ET LA VÉRITÉ DES
CARACTÈRES.
",
Il nous reſte deux obſervations à
faire, l'une ſur le Dialogue, & l'autre
ſur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ſerré, & avoir la préciſion
propre à ſoutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général ſont d'autant
plus † , qu'ils ont cet air de faci
lité qui ſeul peut-être puiſſe raiſonnable
ment s'adapter au Comique, & entrer &
ſe produire ſur la Scène,ſans la défigurer.
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra-Comique, enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
ſatyre ſpirituelle. C'eſt ce que vient d'é-
clipſer de nos jours l'Opéra-Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes. Ce n'eſt ni
la partialité, ni la prévention, qui nous
dictent les regrets que nous laiſſons quel
quefois échapper ſur nos pertes.
L'Auteur du Roſſignol nous permet
tra, avant de finir, un reproche ſur le
trop d'eſprit, ſur le tour de plaiſanterie
du ton des meilleures ſociétés, que nous
avons cru remarquer dans quelques cou
plets du Pierrot. Ce Perſonnage, ſur
notre ancienne Scène & dans nos idées,
ne comporte pas autant de fineſſe. Au
reſte , l'objet de ce reproche tournera au
A V R I L. 1764.
2.O I
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci, par exemple eſt un défaut
dans lequel on ne peut tomber en com
poſant des Opera-Bouffons ou des Co
médies à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames, en ga
· rantiſſent néceſſairement , non - ſeule
| ment pour les rôles de Valets, mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diſtingués.
N. B. Nous préſumons que lorſque
l'Eſſai du Théâtre de Société, dont nous
venons de rendre compte, ſera plus gé
néralement connu, M. CoLLÉ ſera ,
pour ainſi dire , forcé de ſurmonter ſes
défiances pour en donner la ſuite. Nous
| devons l'y exhorter d'autant plus vive
· ment, que des gens d'un goût ſûr &
diſtingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre, encore plus
piquantes que celles-ci, & qui reſtent à
1mprimer.
La VEUVE & le Ross IGVoL ſe
vendent à Paris, chez Ducheſne, au
· Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eſt de 24 ſ celui de la ſeconde, 3o
fols avec la Muſique.
EN lisant cette Pièce il nous a paru que
l'Auteur n'avoit pris qu'une idée très-légère
de ſon Sujet, dans le conte du Roſ
ſignol; l'invention de ſa Fable comique
lui appartient preſqu'en entier , tous les
incidens ſont de ſon imagination.
Indépendamment de la forme du Dia
logue, prèſque tout en vaudevilles, ce
Drame différe totalement de la Comé
die précédente & par la nature du
Sujet, & par le genre de l'action. Ici
c'eſt un des exemples de cette forte
d'action, que nous avons hazardé de
nommer phyſique ou matérielle : l'intri
gue, les incidens, les événemens im
prévus , le mouvement local des Per
ſonnages, ſont les reſſorts qui font mar
cher la Piéce, qui la conduiſent à ſon
dénouement, & qui diſtinguent cette
action de celle que nous avons remar
quée dans Dupuis & Deſronais, &
dans la Veuve, que nous croyons diſtin
guer le mieux , l'action phyſique de
l'action morale dans le dramatique , eſt
lorſque tous les incidens ſont ſous les
yeux du ſpectateur; c'eſt préciſément
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
ce qui arrive dans la Piéce du Roſſignol.
Aucune des actions, aucune des démar
ches des Acteurs , utiles à la marche du
Drame , n'eſt ſouſtrait de la Scène. La
ſérénade ſingulière que S. Albon don
ne aux époux clandeſtins & leur ſur
· priſe, forment une Scène qui ſemble de
voir être très-théâtrale & très-piquante
à la repréſentation.
C'eſt auſſi l'effet
que des gens de goût , qui ont vû
jouer cette Pièce ſur des théâtres particu
liers , nous ont aſſuré qu'elle produiſoit.
J.'action du dénouement,§
lement amenée, comme on a pû voir
dans la légère eſquiſſe que nous venons
d'en tracer, eſt d'une chaleur & d'une
vivacité qu'il eſt très-rare de trouver, &
cette vivacité ſe ſoutient juſqu'à la fin
lorſque l'Imbroglio s'éclaircit : circonſ
-tance néceſſaire mais ordinairement lan
·guiſſante dans nos meilleures Comédies.
Dans cet Ouvrage amuſant il y a des
caractères que ne peut faire connoître
· une ſimple notice du Sujet. Ils ſont tous
dans la nature , & d'une vérité que l'on
· ne peut méconnoître, quoique d'une
ſingularité fort piquante. Celui du vieux
Militaire , père de Catherine, qui ne
veut marier ſa fille qu'à un homme de
ſon état, eſt aſſurément d'un vrai in
conte1 table; ainſi que ſes principes ſur
,
-
-
A V R I L. 1764.
r 99
l'autorité paternelle & ſa manière de la
tourner en une eſpéce deſpotiſme. Le
caractère de S. Albon a un coin de
ſingularité tout neuf. Sa fatuité & ſa
façon de procéder avec les femmes,
font des objets qui n'avoient point en
core été préſentés ſous cette face au
Théâtre. Ce caractère ,
tel qu'il eſt
donné, quoique fingulier, n'en eſt pas
moins dans la Nature.
Tous les incidens, comme nous l'a-
vons remarqué, & comme le remarque
ront ceux qui liront la Pièce, font natu
rels, & n'ont rien de forcé; pas même
celui d'un Amant heureux & favoriſé ,
berné, pour ainſi dire, & expoſé à la
riſée par celui qui n'eſt pas aimé , &
qui n'eſt pas fait pour l'être. C'eſt une
des ſingularités qui diſtingue ce Drame,
ſans néanmoins l'écarter des Loix du bon
Comique. Tous ces incidens ont leurs
· principes dans les caractères de Saint
Albon & de Varambon, & ces caractères
eux-mêmes ſont dans la Nature.
Toutes ces conſidérations ne nous au
toriſent-elles pas ſuffiſamment à avancer
| que cette Pièce (d'un genre tout diffé
rent de celui de la Veuve ), réunit deux
· points difficiles, & cependant eſſentiels
pour conſtituer la vÉRITABLE CoMÉ
I iv
2oO MERCURE DE FRANCE.
DIE ; ſçavoir , la VRAISEMBLANCE
DEs ÉVÉNEMENs ET LA VÉRITÉ DES
CARACTÈRES.
",
Il nous reſte deux obſervations à
faire, l'une ſur le Dialogue, & l'autre
ſur le tour des Couplets. Le Dialogue
nous a paru ſerré, & avoir la préciſion
propre à ſoutenir la chaleur théâtrale.
Les couplets en général ſont d'autant
plus † , qu'ils ont cet air de faci
lité qui ſeul peut-être puiſſe raiſonnable
ment s'adapter au Comique, & entrer &
ſe produire ſur la Scène,ſans la défigurer.
Tel étoit le genre de ce qu'on appelloit
parmi nous l'Opéra-Comique, enfant de
la gaîté, père de l'enjouement & de la
ſatyre ſpirituelle. C'eſt ce que vient d'é-
clipſer de nos jours l'Opéra-Bouffon ou
Comédie mêlée d'Ariettes. Ce n'eſt ni
la partialité, ni la prévention, qui nous
dictent les regrets que nous laiſſons quel
quefois échapper ſur nos pertes.
L'Auteur du Roſſignol nous permet
tra, avant de finir, un reproche ſur le
trop d'eſprit, ſur le tour de plaiſanterie
du ton des meilleures ſociétés, que nous
avons cru remarquer dans quelques cou
plets du Pierrot. Ce Perſonnage, ſur
notre ancienne Scène & dans nos idées,
ne comporte pas autant de fineſſe. Au
reſte , l'objet de ce reproche tournera au
A V R I L. 1764.
2.O I
profit des Lecteurs de la Pièce. Elle n'en
devient par-là que plus agréable. Eh
bien ! ceci, par exemple eſt un défaut
dans lequel on ne peut tomber en com
poſant des Opera-Bouffons ou des Co
médies à Ariettes. La Nature même &
le genre propre de ces Drames, en ga
· rantiſſent néceſſairement , non - ſeule
| ment pour les rôles de Valets, mais auſſi
pour ceux des Maîtres & des Maîtres les
plus diſtingués.
N. B. Nous préſumons que lorſque
l'Eſſai du Théâtre de Société, dont nous
venons de rendre compte, ſera plus gé
néralement connu, M. CoLLÉ ſera ,
pour ainſi dire , forcé de ſurmonter ſes
défiances pour en donner la ſuite. Nous
| devons l'y exhorter d'autant plus vive
· ment, que des gens d'un goût ſûr &
diſtingué ont beaucoup applaudi d'autres
Pièces de ce même Théâtre, encore plus
piquantes que celles-ci, & qui reſtent à
1mprimer.
La VEUVE & le Ross IGVoL ſe
vendent à Paris, chez Ducheſne, au
· Temple du Goût. Le prix de la première
Pièce eſt de 24 ſ celui de la ſeconde, 3o
fols avec la Muſique.
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