ASTRONOMIE.
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur l'Eclipse du premier Avril.
LA GAZETTE Littéraire du 28 Mars
dernier, Monsieur, a annoncé sous mon
nom, que l'Eclipſe du premier Avril pa
roîtroit commencer en France à droite,
ſur le bord occidental du Soleil, cinq
degrés au-deſſous de ſon diamètre ho
riſontal. On dit que j'ai fait là une leçon
également inutile , & aux Aſtronômes
qui devoient ſçavoir s'en paſſer,& à ceux
qui , ne ſe mêlant pas d'obſerver, n'en
ont eu aucun beſoin : auſſi je déclare à
ceux qui ſe mêlent de critiquer ce qu'ils
ignorent, que la leçon , ſi c'en eſt une,
ne s'adreſſoit ni aux uns, ni aux autres ,
mais à ceux qui tiennent une eſpèce de
xmilieu ; je veux dire, aux Amateurs
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
de l'Aſtronomie, qui, ſans être Aſtrg
nômes, ſe préparoient à une obſerva
tion dont on parloit depuis ſi long
temps.
,
-
J'ajoute que, dans le cas où mon an
nonce n'auroit pas été des plus exacte
ſur le fait des cinq degrés, elle ſeroit du
| moins bonne à fournir aux Sçavans
qui préſident aux calculs des Ephéméri
des ou Mouvemens Céleſtes, la penſée
de faire mieux, lorſqu'ils auront à nous
annoncer, ſoit des Eclipſes de Soleil &
de Lune, ſoit des paſſages de Mercure
& de Vénus, ſoit des Emerfions d'Etoiles
cachées par la Lune.
-
A l'approche de ces ſortes de Phéno
mènes, il eſt bien des yeux égarés dans
le champ d'une Lunette, & qui, faute
d'être fixés, manquent une obſervation
également curieuſe, importante & diffi
cile. Pourquoi ne pas la rendre aiſée,
· en fixant l'œil de l'Obſervateur au point
du limbe où doit ſe faire l'obſervation,
& en marquant même juſqu'aux diffé
rens effets des Lunettes à quatre ou à
deux verres, des Téleſcopes qui redreſ
: ſent ou qui renverſent, comme je Pa
' yois fait dans mon annonce que les bor
nes de la Gazette ont obligé d'abréger ?
• Rien ne prouve mieux, Monſieur,
|
A V R I L. 1764.
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l'utilité dont peut être une pareille an
nonce bien faite, que l'Eclipſe même
qui a donné lieu à la mienne. M. de la
Brulerie , Chevalier de S. Louis, qui l'a
ebſervée lui deuxiéme à Auxerre, me
marque qu'il n'en a vu le commence
ment que quelques ſecondes après M.
de Monbazon, à côté duquel il obſer
voit; parce qu'il fixoit l'œil beaucoup.
au-deſſous du diamètre horifontal. S'il
n'eût regardé qu'un peu au - deſſous ,
comme mes cinq degrés le diſoient aſ
ſez, il auroit vu commencer l'Eclipſe
au même inſtant que ſon voiſin, comme
ils l'ont vue, l'un & l'autre, finir à la
même ſeconde.
.
-
-
En voici les principales circonſtances,
que M. de Montbazon, Conſeiller au
Bailliage, m'a envoyées; je ne puis
mieuxluien marquer ma reconnoiſſance,
qu'en vous priant de les rendre publiques
dans votre prochain Mercure. C'eſt une
obſervation d'autant plus précieuſe, que
peut-être elle eſt unique en France, à
cauſe du mauvais temps.
Le commencement à 9 h. 16 m. 33 ſ.
la fin à midi 16 m. 34 ſ; donc la durée
a été de trois heures une ſeconde. Ces
inſtans ont été obſervés avec un excel
lent Téleſcope de trente-deux pouces,
G iij
15o MERCURE DE FRANCE.
de la conſtruction de M. Paſſemant.
A 1o h. 44 m. 38 ſec. la partie éclai
rée du Soleil a été meſurée de 2 m. 28
ſec. avec une Lunette de dix pieds, gar
nie d'un Micromètre auſſi de M. Paſſe
mant. Un nuage qui eſt ſurvenu a inter
rompu l'obſervation pendant dix mi
Illlt6 S.
«
Les bords ſupérieurs du Soleil & de la
Lune ont paru coincider. Des Curieux ,
témoins de l'obſervaticn , au nombre de
cent, ont dit même avoir vu, avec des
verres enfumés, un filet de lumière dans
la partie ſupérieure : mais les Lunettes
n'en ont , rien fait voir. Les témoins
ont dépoſé encore dans le milieu de
l'Eclipſe, qu'il faiſoit très-froid. Pour
moi, dit M. de Montbazon, qul étois
dans le fort de mes travaux, je ne m'en
ſuis apperçu nullement.
J'ai l'honneur d'être , &c.
TREBUCHET, ancien Officier de la Reine.