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p. 22-27
ÉPITRE à EUTHYME, sur sa retraite.
Début :
VOUS, qui pour jamais sur vos traces [...]
Mots clefs :
Retraite, Hommage, Temps, Vérité
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE à EUTHYME, sur sa retraite.
ÉPITRE à EUTHYME, fur sa
retraite.
VOUS, qui pour jamais sur vos traces
Conduirezloin de ce ſéjour
Les Vertus, les Arts& les Graces
Et nos regrets & notre Amour !
Recevez avec indulgence
L'hommage de la vérité ,
Offert par la recconnoiſſance,
Et malgrél'envie , adopté
Par tous les cœurs d'intelligence.
Qued'autres ſousces murs vieillis ,*
Attendant leurchute prochaine,
Veuillent refter enſevelis ,
Jeles admire &j'applaudis
Ce trait de fermeté Romaines
Et les exemples qu'ont tranſmis
Les chroniques du temps jadis ,
Selon moi l'égalent à peine.
*Lamaisonquidoitperdre lechefquejeregrette,
Saratransféréedans uneautre.
AOUST. 1764.
Mais ,quoi qu'en diſent ces eſprits
Que le vieux préjugé gouverne ,
Un tombeau parmi des débris
Flatte bien peu le goût moderne.
Sur ce point, comme en tout,je ſuis
Demon fiécle & de mon pays ;
Et ſoit inconſtance ou foibleſſe,
Telhonneur ſansdoute a ſon prix ,
Maisje n'yvois rien qui nous preffe.
Du fort propice ou furieux ,
J'attends encor dans le ſilence ,
Avec la même indifférence
L'accueil terrible ou gracieux ,
Depuis long-temps fait à ſes jeux,
Comme il doit l'être à ma conſtance,
Eclairé ſur les dons trompeurs
Sortisde ſa main libérale ,
J'ai ſçu mépriſer ſes faveurs ,
Braver ſon humeur inégale ,
Et m'amuſer de ſes fureurs.
Oui,dans ce court pélerinage ,
Que nous faiſons tous ici-bas ;
Mon œil de ſang froid l'enviſage ,
Qui ſe préſente ſur les pas
Des voyageurs de tous états,
De tous Pays , & de tout âge.
Là , par formede paſſe-temps ,
Il leur adjuge ſes préſens,
A. Tantôt le Sceptre ou l'eſclavage,
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt la Satyre ou l'encens ,
De Phœbusle frivole hommage ,
De Mars les honneurs inconftans,
De Plutus les écus comptans,
D'Hymen le bizarre aſſemblage ,
Les Cyprès , les Lauriers brillans ,
Mortiers , fourrure , & ces rubans
Dont la politique & l'uſage
Ont fait des chaînes pour les grands ;
Santé, maladie , héritage ,
A l'un ou l'autre des paſſans
Tombent tour-à-tour en partage,
Selon l'humeur du Dieu volage ,
Quirit ſur-tout des mécontens.
Mais il n'a jamais vu le Sage
Au nombre de ſes courtiſans ;
Et quelque fâcheux contre-temps
Que ſavengance luiménage,
Il n'arrive pas moins à temps
Au terme commun du voyage.
Cependant il eſt des revers
Qui trouvent ſon âmeſenſible :
Pour lui comme pour l'univers
Le deſtin s'eſt rendu terrible.
Parmi les coups de ſa fureur
Qu'il voit ſans crainte& fans allarme:
Un ſeul l'accable & le déſarme ,
C'eſt celui qui le frappe au cœur.
Tel
AOUST. 1764.
Tel eſt le coup qui nous menace,
Lorſque prêt à quitter ces lieux
Vous rompez les aimables nœuds
Que rien n'égale & ne remplace.
Comment renoncer aux douceurs
De cette autorité paiſible ,
Cette dépendance inſenſible
Qui forçoit à l'envi nos cœurs
D'embraſſer ſa chaîne inviſible,
Et ſon joug caché ſous les fleurs ?
Si nous pouvions voir ſans douleurs
25
Quels maux feroient couler nos pleurs
Quelle conſtance nous anime ,
Finir ce concert unanime
Formé par l'Amour & l'eſtime
Qu'inſpire &que reſſent Euthyme.
Qui peut reſter indifférent
Quand nous perdons cet aſſemblage
Et de vertus & d'agrémens ,
Et cet heureux aſſortiment
De la Raiſon auſtère & ſage
Avec le ton de l'enjoument
Et le charme du Sentiment !
Que devient cet eſprit ſolide
Du mérite obfcur & tremblant,
Legerme & le feu du talent?
i
Dont le coup d'œil vif & perçant
Saifiſſoit dans l'éſſai timide
B
26 MERCURE DE FRANCE.
J'ai vu par vos conſeils utiles
Les chants de nos Muſes dociles
S'embellir ſe varier:
Et de leurs peintures fertiles
Les traits fublimes ou faciles
S'étendre& ſe multiplier.
Auſſi le laurier qui couronne
Apollon & fes favoris,
Sur votre frontqu'il environne
Augmente fon luſtre & fon prix;
Et pour tant d'autres le Permeſſe ,
Avare de ſes dons chéris ,
Auxfruitsheureux de la ſageſſe
Joint pour yous ſes fleurs & ſes fru
Je n'en dirai pas davantage:
Mais fur ce portrait peu flatté,
Quel ami de la vérité
N'avoûra pas que c'eſt dommage
D'en perdre la réalité ,
Et que pour être ſupporté
Ce coup exige de courage ?
Pardon ſi j'ai plus conſulté
La voix publique & l'équité ,
Que votre aveu dans cet hommage!
Mais ce que le fort irrité ,
Me fait perdre , a trop mérité,
Quoiqu'en diſe tout bas l'envie ,
AOUST. 1764.
Lapeine d'être regretté ,
Et regretté toute la vie.
27
Non potuit mea meus , quin eſſetgrata, teneri.
Ovid. ex Ponto. Lib 4. Epit. 1. Par M. TRICOT.
4 Juillet 1764.
retraite.
VOUS, qui pour jamais sur vos traces
Conduirezloin de ce ſéjour
Les Vertus, les Arts& les Graces
Et nos regrets & notre Amour !
Recevez avec indulgence
L'hommage de la vérité ,
Offert par la recconnoiſſance,
Et malgrél'envie , adopté
Par tous les cœurs d'intelligence.
Qued'autres ſousces murs vieillis ,*
Attendant leurchute prochaine,
Veuillent refter enſevelis ,
Jeles admire &j'applaudis
Ce trait de fermeté Romaines
Et les exemples qu'ont tranſmis
Les chroniques du temps jadis ,
Selon moi l'égalent à peine.
*Lamaisonquidoitperdre lechefquejeregrette,
Saratransféréedans uneautre.
AOUST. 1764.
Mais ,quoi qu'en diſent ces eſprits
Que le vieux préjugé gouverne ,
Un tombeau parmi des débris
Flatte bien peu le goût moderne.
Sur ce point, comme en tout,je ſuis
Demon fiécle & de mon pays ;
Et ſoit inconſtance ou foibleſſe,
Telhonneur ſansdoute a ſon prix ,
Maisje n'yvois rien qui nous preffe.
Du fort propice ou furieux ,
J'attends encor dans le ſilence ,
Avec la même indifférence
L'accueil terrible ou gracieux ,
Depuis long-temps fait à ſes jeux,
Comme il doit l'être à ma conſtance,
Eclairé ſur les dons trompeurs
Sortisde ſa main libérale ,
J'ai ſçu mépriſer ſes faveurs ,
Braver ſon humeur inégale ,
Et m'amuſer de ſes fureurs.
Oui,dans ce court pélerinage ,
Que nous faiſons tous ici-bas ;
Mon œil de ſang froid l'enviſage ,
Qui ſe préſente ſur les pas
Des voyageurs de tous états,
De tous Pays , & de tout âge.
Là , par formede paſſe-temps ,
Il leur adjuge ſes préſens,
A. Tantôt le Sceptre ou l'eſclavage,
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Tantôt la Satyre ou l'encens ,
De Phœbusle frivole hommage ,
De Mars les honneurs inconftans,
De Plutus les écus comptans,
D'Hymen le bizarre aſſemblage ,
Les Cyprès , les Lauriers brillans ,
Mortiers , fourrure , & ces rubans
Dont la politique & l'uſage
Ont fait des chaînes pour les grands ;
Santé, maladie , héritage ,
A l'un ou l'autre des paſſans
Tombent tour-à-tour en partage,
Selon l'humeur du Dieu volage ,
Quirit ſur-tout des mécontens.
Mais il n'a jamais vu le Sage
Au nombre de ſes courtiſans ;
Et quelque fâcheux contre-temps
Que ſavengance luiménage,
Il n'arrive pas moins à temps
Au terme commun du voyage.
Cependant il eſt des revers
Qui trouvent ſon âmeſenſible :
Pour lui comme pour l'univers
Le deſtin s'eſt rendu terrible.
Parmi les coups de ſa fureur
Qu'il voit ſans crainte& fans allarme:
Un ſeul l'accable & le déſarme ,
C'eſt celui qui le frappe au cœur.
Tel
AOUST. 1764.
Tel eſt le coup qui nous menace,
Lorſque prêt à quitter ces lieux
Vous rompez les aimables nœuds
Que rien n'égale & ne remplace.
Comment renoncer aux douceurs
De cette autorité paiſible ,
Cette dépendance inſenſible
Qui forçoit à l'envi nos cœurs
D'embraſſer ſa chaîne inviſible,
Et ſon joug caché ſous les fleurs ?
Si nous pouvions voir ſans douleurs
25
Quels maux feroient couler nos pleurs
Quelle conſtance nous anime ,
Finir ce concert unanime
Formé par l'Amour & l'eſtime
Qu'inſpire &que reſſent Euthyme.
Qui peut reſter indifférent
Quand nous perdons cet aſſemblage
Et de vertus & d'agrémens ,
Et cet heureux aſſortiment
De la Raiſon auſtère & ſage
Avec le ton de l'enjoument
Et le charme du Sentiment !
Que devient cet eſprit ſolide
Du mérite obfcur & tremblant,
Legerme & le feu du talent?
i
Dont le coup d'œil vif & perçant
Saifiſſoit dans l'éſſai timide
B
26 MERCURE DE FRANCE.
J'ai vu par vos conſeils utiles
Les chants de nos Muſes dociles
S'embellir ſe varier:
Et de leurs peintures fertiles
Les traits fublimes ou faciles
S'étendre& ſe multiplier.
Auſſi le laurier qui couronne
Apollon & fes favoris,
Sur votre frontqu'il environne
Augmente fon luſtre & fon prix;
Et pour tant d'autres le Permeſſe ,
Avare de ſes dons chéris ,
Auxfruitsheureux de la ſageſſe
Joint pour yous ſes fleurs & ſes fru
Je n'en dirai pas davantage:
Mais fur ce portrait peu flatté,
Quel ami de la vérité
N'avoûra pas que c'eſt dommage
D'en perdre la réalité ,
Et que pour être ſupporté
Ce coup exige de courage ?
Pardon ſi j'ai plus conſulté
La voix publique & l'équité ,
Que votre aveu dans cet hommage!
Mais ce que le fort irrité ,
Me fait perdre , a trop mérité,
Quoiqu'en diſe tout bas l'envie ,
AOUST. 1764.
Lapeine d'être regretté ,
Et regretté toute la vie.
27
Non potuit mea meus , quin eſſetgrata, teneri.
Ovid. ex Ponto. Lib 4. Epit. 1. Par M. TRICOT.
4 Juillet 1764.
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