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Détail
Liste
1
p. 71-75
EPITRE De M. des Mahys écrite de Sully le 18 Octobre 1744, à M. D.... à Paris.
Début :
TOI qui vis Philosophe au sein de l'opulence, [...]
Mots clefs :
Monde, Coeur, Bruit, Cieux, Lieux, Séjour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE De M. des Mahys écrite de Sully le 18 Octobre 1744, à M. D.... à Paris.
EPITRE
De M. des Mabys écrite de Sully le 18
Octobre 1741 , à M. D. . .. à Paris.
Toi qui vis Philofophe au ſein de l'opulence ,
Au milieu des plaiſirs d'un monde féducteur ,
Qui dans un paiſible filence
Des intrigues des Cours utile fpectateur ,
Par une fage indifference
Des paffions toujours vainqueur ,
Sçais conferver l'indépendance
De ton efprit & de ton coeur ,
Tupeux parmi le bruit , dans le centre des Villes
Jouir de tous les dons de la tranquillité :
Entouré d'embarras futiles ,
De faux brillans , de voeux ftériles ,
Tu n'en es que moins agité.
1
Mais hélas ! mon eſprit moins ferme & plus timide
A befoin de choifir un féjour écarté ,
Si de loin fur tes pas il veut prendre pour guide
Le flambeau de la vérité .
Il m'éclaire en ces lieux , du plus épais nuage
Il a fçû diffiper toute l'obfcurité ;
J'y reprens fur moi-même un entier avantage ,
72 MERCURE DE FRANCE.
Je rentre en mon premier partage ,
Le repos & la liberté.
J'y trouve cette paix , ce calme inaltérable ,
Ces doux raviffemens qui coulent dans nos coeurs ,
Un bien pur & parfait , ce loifir défirable
A ceux qui fuivent les neuf feurs.
Sur cette rive folitaire
Où le filence les conduit ,
De leur commerce falutaire
Je puis recueillir l'heureux fruit ,
Je puis dans fa courfe legere •
D
Arrêter le tems qui nous fuit ,
Et loin du tumulte & du bruit
Dans l'indolence litteraire
Voir couler mollement des jours
Dont , gouverné par la folie ,
Le monde qui lui facrifie
Semble vouloir hâter le cours .
Malgré les charmes dont Méliffe
Sçait mafquer ce monde à nos yeux,
En eft il moins contagieux ?
Sous les fleurs eft le précipice ;
L'ambition n'eft que fupplice ,
Le luxe qu'un dehors trompeur ,
L'amour un enfant du caprice ,
Et la beauté qu'un artifice ,
Moins le plaifir des yeux que le tourment du
coeur ,
C'eft
AVRIL
73
1745..
C'eft entre les bras d'Uranie
Qu'aux attraits des neuf foeurs entierement livré
Contre les préjugés dont la terre eft remplie
Je trouve un azile affûré ,
Et quel fejour plus propre aux douces rêveries ,
Qui charment le loifir des enfans d'Apollon
Que ces lieux enchanteurs , ces bofquets , cos
prairies !
Tout y peint le facré vallon.
Affis près de cette onde pure ,
C'est au bruit , au tendre murmure
De ces legers ruiffeaux bordés de mirthes verds
Que faifis d'une douce yvreſſe
Ainfi qu'aux rives du Permeffe ,
Chapelle cadençoit des vers .
C'est dans l'enfoncement de ce bocage fombre ,
Que du plus grand des Rois , Voltaire évoquoit
l'ombre ,
Qu'Apollon écoutoit fes chants harmonieux ;
C'eft fur ces gazons , ces fougeres
Que Fontenelle apprit la langue des bergeres ,
Et fur cette terraffe il méfuroit les Cieux .
C'est parmi les feftins , les jeux de cette table
Que bûvant le nectar des Dieux ,
Brilloit la négligence aimable
Et des Courtins & des Chaulieux ,
Sully , jardins délicieux ,
Vallons qui de Tempé rappellez la memoire ,
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Bords fortunés d'Amphife ,
d'Amphife , arbres chéris des
Cieux ,'
Divins rivages de la Loire ,
Que votre fein renferme un tréfor precieux !
Paris eft le féjour du faite & de a gloire ;
Le bonheur habite en ces lieux .
Mais tandis qu'occupé dans ce te folitude
D'une douce & paisible étude
J'y trouve des charmes fecrets ,
Un Monarque comblé de gloire
Sur les aîles de la victoire .
Va bientôt revenir combler tous les fouhaits.
LOUIS verra fon peuple , & les plus belles fêtes
Témoigneront l'amour de ce peuple charmé ;
Il jouira pour prix de fes conquêtes
Du plaifir de s'en voir aimé .
Ah ! que n'eût - il pas vû dans ces jours de trif
teffe ! ...
Mais des jours plus fereins doivent leur fucceder :
Vous allez célébrer par des chants d'allegreffe
Le bonheur de le poffeder.
Au milieu de ces feux qui peignent le tonnerre
Son nom volant aux Cieux fera pour les Français
Un figne glorieux des fuccès de la guerre
Et le préfage de la paix .
Oui bien-tôt de Janus il fermera le temple.
Tout efpoir doit mourir au coeur de ſes rivaux ,
AVRIL 1745. 75
Et des plus fages Rois ce Roi fera l'exemple
Comme l'exemple des Héros .
De l'éclat de fon diadême
Moins que de fes vertus mes yeux font éblouis :
Je refpecte mon Roi , mais s'il veut que je l'aime ,
Qu'il foit grand , genereux , humain comme
LOUIS !
Et qui peut mie x prétendre à la grandeur fuprême
!
Il fçait dompter l'Europe & fe vaincre lui-même .
De M. des Mabys écrite de Sully le 18
Octobre 1741 , à M. D. . .. à Paris.
Toi qui vis Philofophe au ſein de l'opulence ,
Au milieu des plaiſirs d'un monde féducteur ,
Qui dans un paiſible filence
Des intrigues des Cours utile fpectateur ,
Par une fage indifference
Des paffions toujours vainqueur ,
Sçais conferver l'indépendance
De ton efprit & de ton coeur ,
Tupeux parmi le bruit , dans le centre des Villes
Jouir de tous les dons de la tranquillité :
Entouré d'embarras futiles ,
De faux brillans , de voeux ftériles ,
Tu n'en es que moins agité.
1
Mais hélas ! mon eſprit moins ferme & plus timide
A befoin de choifir un féjour écarté ,
Si de loin fur tes pas il veut prendre pour guide
Le flambeau de la vérité .
Il m'éclaire en ces lieux , du plus épais nuage
Il a fçû diffiper toute l'obfcurité ;
J'y reprens fur moi-même un entier avantage ,
72 MERCURE DE FRANCE.
Je rentre en mon premier partage ,
Le repos & la liberté.
J'y trouve cette paix , ce calme inaltérable ,
Ces doux raviffemens qui coulent dans nos coeurs ,
Un bien pur & parfait , ce loifir défirable
A ceux qui fuivent les neuf feurs.
Sur cette rive folitaire
Où le filence les conduit ,
De leur commerce falutaire
Je puis recueillir l'heureux fruit ,
Je puis dans fa courfe legere •
D
Arrêter le tems qui nous fuit ,
Et loin du tumulte & du bruit
Dans l'indolence litteraire
Voir couler mollement des jours
Dont , gouverné par la folie ,
Le monde qui lui facrifie
Semble vouloir hâter le cours .
Malgré les charmes dont Méliffe
Sçait mafquer ce monde à nos yeux,
En eft il moins contagieux ?
Sous les fleurs eft le précipice ;
L'ambition n'eft que fupplice ,
Le luxe qu'un dehors trompeur ,
L'amour un enfant du caprice ,
Et la beauté qu'un artifice ,
Moins le plaifir des yeux que le tourment du
coeur ,
C'eft
AVRIL
73
1745..
C'eft entre les bras d'Uranie
Qu'aux attraits des neuf foeurs entierement livré
Contre les préjugés dont la terre eft remplie
Je trouve un azile affûré ,
Et quel fejour plus propre aux douces rêveries ,
Qui charment le loifir des enfans d'Apollon
Que ces lieux enchanteurs , ces bofquets , cos
prairies !
Tout y peint le facré vallon.
Affis près de cette onde pure ,
C'est au bruit , au tendre murmure
De ces legers ruiffeaux bordés de mirthes verds
Que faifis d'une douce yvreſſe
Ainfi qu'aux rives du Permeffe ,
Chapelle cadençoit des vers .
C'est dans l'enfoncement de ce bocage fombre ,
Que du plus grand des Rois , Voltaire évoquoit
l'ombre ,
Qu'Apollon écoutoit fes chants harmonieux ;
C'eft fur ces gazons , ces fougeres
Que Fontenelle apprit la langue des bergeres ,
Et fur cette terraffe il méfuroit les Cieux .
C'est parmi les feftins , les jeux de cette table
Que bûvant le nectar des Dieux ,
Brilloit la négligence aimable
Et des Courtins & des Chaulieux ,
Sully , jardins délicieux ,
Vallons qui de Tempé rappellez la memoire ,
D
74 MERCURE DE FRANCE .
Bords fortunés d'Amphife ,
d'Amphife , arbres chéris des
Cieux ,'
Divins rivages de la Loire ,
Que votre fein renferme un tréfor precieux !
Paris eft le féjour du faite & de a gloire ;
Le bonheur habite en ces lieux .
Mais tandis qu'occupé dans ce te folitude
D'une douce & paisible étude
J'y trouve des charmes fecrets ,
Un Monarque comblé de gloire
Sur les aîles de la victoire .
Va bientôt revenir combler tous les fouhaits.
LOUIS verra fon peuple , & les plus belles fêtes
Témoigneront l'amour de ce peuple charmé ;
Il jouira pour prix de fes conquêtes
Du plaifir de s'en voir aimé .
Ah ! que n'eût - il pas vû dans ces jours de trif
teffe ! ...
Mais des jours plus fereins doivent leur fucceder :
Vous allez célébrer par des chants d'allegreffe
Le bonheur de le poffeder.
Au milieu de ces feux qui peignent le tonnerre
Son nom volant aux Cieux fera pour les Français
Un figne glorieux des fuccès de la guerre
Et le préfage de la paix .
Oui bien-tôt de Janus il fermera le temple.
Tout efpoir doit mourir au coeur de ſes rivaux ,
AVRIL 1745. 75
Et des plus fages Rois ce Roi fera l'exemple
Comme l'exemple des Héros .
De l'éclat de fon diadême
Moins que de fes vertus mes yeux font éblouis :
Je refpecte mon Roi , mais s'il veut que je l'aime ,
Qu'il foit grand , genereux , humain comme
LOUIS !
Et qui peut mie x prétendre à la grandeur fuprême
!
Il fçait dompter l'Europe & fe vaincre lui-même .
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Résumé : EPITRE De M. des Mahys écrite de Sully le 18 Octobre 1744, à M. D.... à Paris.
L'épître est une lettre écrite par M. des Mabys depuis Sully le 18 octobre 1741, destinée à M. D.... à Paris. L'auteur admire son destinataire pour sa capacité à préserver son indépendance d'esprit et de cœur malgré les tentations et les intrigues du monde. Il exprime son désir de retraite pour trouver la paix et la liberté, loin des tracas et des apparences trompeuses de la vie urbaine. Il apprécie la tranquillité et la sérénité offertes par un lieu isolé, où il peut échapper aux tumultes du monde et jouir de la tranquillité. M. des Mabys met en garde contre les dangers et les illusions du monde, tels que l'ambition, le luxe, l'amour et la beauté, qui dissimulent souvent des souffrances. Il trouve refuge dans les arts et la littérature, mentionnant des figures illustres comme Chapelle, Voltaire et Fontenelle, ainsi que des lieux enchanteurs comme les jardins de Sully et les bords de la Loire. Il anticipe avec joie le retour du roi Louis, victorieux et aimé de son peuple, et espère des jours de paix et de prospérité sous son règne. Il exalte les vertus du roi, souhaitant qu'il soit grand, généreux et humain, capable de dominer l'Europe et de se maîtriser lui-même.
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2
p. 7-10
REPONSE DE M. DESMAHIS A M. de Margency.
Début :
Des jeux de mon esprit vous l'arbitre sévere, [...]
Mots clefs :
Amour, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE M. DESMAHIS A M. de Margency.
REPONSE
DE M. DESMAHIS
A M. de Margency.
Dis jeux de mon efprit vous l'arbitre févere ,
Des fecrets de mon coeur vous le dépofitaire ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous pour qui la pareffe a des charmes fi doux ,
Qui fi légerement paffez dans tous vos goûts
Du defir à la négligence :
Pour mes autres défauts ami plein d'indulgence ,
Pourquoi reprendre en moi le feul qui foit en
vous ?
Rendu , par votre exemple , à vos leçons rebelle ,
Que ne puis je oublier ce qu'Apollon m'apprit !
La volupté naquit dans les bras d'une belle ,
Et l'inquiétude cruelle
Sur l'oreiller d'un bel efprit.
De ce monde frivole où tout n'eft qu'imposture ,
Où l'efprit n'eft qu'un froid jargon
Où le fentiment n'eſt qu'un nom ,
Vous me preffez en vain d'achever la peinture .
Ignoré du public , à l'abri des difcours ,
Loin de tous les travers je vis fans me contraindre
:
L'amour & l'amitié rempliffent tous mes jours ,
Et ne m'offrent jamais que des vertus à peindre.
Sur ces bords écartés , fous ce tilleul épais ,
L'amour qui fe repofe au frais ,
Abandonne pour vous le foin de fon empire ;
De graces entouré vous chantez les bienfaits ;
Tandis que plus loin je foupire.
Que fur l'écorce d'un cyprès ,
Avec la pointe de ſes traits ,
Je grave les vers qu'il m'infpire :
Le plus léger efpoir des biens que je defire
JUI N. 1755 .9 .
Me femble affez payer tous les maux qu'il m'a
C faits.
Reftons dans ce champêtre afyle ,
N'allons point à l'envi de mille auteurs jaloux
Difputer un laurier ſtérile ; '
Faifons de nos beaux jours un ufage plus doux ,
Cueillons d'une main plus habile
La fleur qui naît auprès de nous .
C
La gloire eft un fantôme , une ombre paffagere
Qu'on croit toujours atteindre & qu'on ne peut
faifir ;
Une coquette menfongere
Qui par le dépit même irritant le defir ,
Accompagne un refus d'une faveurlégere ,
Et fans jamais fe rendre , enchante & defefpere
Par le preftige du plaifir .
Ne fongeons qu'à jouir du moment où nous
fommes ,
Et nos jours les plus longs deviendront des inftans
:
Si de l'ufage de leur tems
Nous faifions rendre compte aux hommes ,
Le héros diroit , j'ai vaincu ;
Le bel efprit , j'ai fait un livre ,
Où j'apprens aux mortels le fecret de bien vivre ;
Le fage diroit , j'ai vêcu .
E rafte & Licidas , dévorés par l'envie ,
A meſurer des mots confumeront leur vie
Pour laiffer après eux le foible fouvenir ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit fourd d'un vain nom perdu dans l'avenir.
Exempts de cet orgueil à leur repos funefte ,
Du flambeau de l'amour ufons ce qui nous refte :
Que l'art charmant des vers qu'ils connoiffent fi
peu ,
Pour eux foit un travail , pour nous ne foit qu'un
jeu ;
Que cet art profané par tant de vains libelles ,
Nous ferve quelquefois à célebrer les belles ;
Et que notre amitié plus tendre chaque jour
S'accroiffe avec nos ans des pertes de l'amour .
DE M. DESMAHIS
A M. de Margency.
Dis jeux de mon efprit vous l'arbitre févere ,
Des fecrets de mon coeur vous le dépofitaire ;
A iv
8 MERCURE DE FRANCE .
Vous pour qui la pareffe a des charmes fi doux ,
Qui fi légerement paffez dans tous vos goûts
Du defir à la négligence :
Pour mes autres défauts ami plein d'indulgence ,
Pourquoi reprendre en moi le feul qui foit en
vous ?
Rendu , par votre exemple , à vos leçons rebelle ,
Que ne puis je oublier ce qu'Apollon m'apprit !
La volupté naquit dans les bras d'une belle ,
Et l'inquiétude cruelle
Sur l'oreiller d'un bel efprit.
De ce monde frivole où tout n'eft qu'imposture ,
Où l'efprit n'eft qu'un froid jargon
Où le fentiment n'eſt qu'un nom ,
Vous me preffez en vain d'achever la peinture .
Ignoré du public , à l'abri des difcours ,
Loin de tous les travers je vis fans me contraindre
:
L'amour & l'amitié rempliffent tous mes jours ,
Et ne m'offrent jamais que des vertus à peindre.
Sur ces bords écartés , fous ce tilleul épais ,
L'amour qui fe repofe au frais ,
Abandonne pour vous le foin de fon empire ;
De graces entouré vous chantez les bienfaits ;
Tandis que plus loin je foupire.
Que fur l'écorce d'un cyprès ,
Avec la pointe de ſes traits ,
Je grave les vers qu'il m'infpire :
Le plus léger efpoir des biens que je defire
JUI N. 1755 .9 .
Me femble affez payer tous les maux qu'il m'a
C faits.
Reftons dans ce champêtre afyle ,
N'allons point à l'envi de mille auteurs jaloux
Difputer un laurier ſtérile ; '
Faifons de nos beaux jours un ufage plus doux ,
Cueillons d'une main plus habile
La fleur qui naît auprès de nous .
C
La gloire eft un fantôme , une ombre paffagere
Qu'on croit toujours atteindre & qu'on ne peut
faifir ;
Une coquette menfongere
Qui par le dépit même irritant le defir ,
Accompagne un refus d'une faveurlégere ,
Et fans jamais fe rendre , enchante & defefpere
Par le preftige du plaifir .
Ne fongeons qu'à jouir du moment où nous
fommes ,
Et nos jours les plus longs deviendront des inftans
:
Si de l'ufage de leur tems
Nous faifions rendre compte aux hommes ,
Le héros diroit , j'ai vaincu ;
Le bel efprit , j'ai fait un livre ,
Où j'apprens aux mortels le fecret de bien vivre ;
Le fage diroit , j'ai vêcu .
E rafte & Licidas , dévorés par l'envie ,
A meſurer des mots confumeront leur vie
Pour laiffer après eux le foible fouvenir ,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit fourd d'un vain nom perdu dans l'avenir.
Exempts de cet orgueil à leur repos funefte ,
Du flambeau de l'amour ufons ce qui nous refte :
Que l'art charmant des vers qu'ils connoiffent fi
peu ,
Pour eux foit un travail , pour nous ne foit qu'un
jeu ;
Que cet art profané par tant de vains libelles ,
Nous ferve quelquefois à célebrer les belles ;
Et que notre amitié plus tendre chaque jour
S'accroiffe avec nos ans des pertes de l'amour .
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Résumé : REPONSE DE M. DESMAHIS A M. de Margency.
Dans une lettre à M. de Margency, M. Desmahis exprime son admiration et son amitié. Il avoue apprécier la paresse et la légèreté, tout en regrettant de ne pouvoir oublier les leçons d'Apollon. Il décrit un monde frivole où l'esprit et le sentiment sont dévalués. L'auteur préfère vivre à l'écart du public, loin des travers du monde, entouré de l'amour et de l'amitié. Il évoque les bienfaits de l'amour sous un tilleul et les souffrances de l'amour non partagé symbolisées par un cyprès. Il invite à profiter des beaux jours et à éviter la quête de la gloire, qu'il compare à un fantôme passager et trompeur. La lettre se conclut par un appel à jouir du moment présent, à éviter l'envie et l'orgueil, et à utiliser l'art des vers pour célébrer les belles et renforcer l'amitié.
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1
p. 5-7
EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
Début :
Quittez la palette légere, [...]
Mots clefs :
Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
EPITRE
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
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Résumé : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
L'épître est adressée à M. Des Mahis, l'incitant à abandonner les thèmes légers de l'amour pour se tourner vers des sujets plus nobles, tels que les mœurs, en s'inspirant de Molière. L'auteur se réserve le droit de traiter des douceurs des amants, ayant vécu auprès d'une bergère. Il décrit ensuite divers comportements des honnêtes gens, humiliés par leurs défauts, comme Cléon qui se vante de ses visites, et Glycère qui écoute plusieurs hommes sans les aimer. L'auteur suggère à Des Mahis de peindre ces portraits pour les punir et se venger. Il propose également de représenter des personnages tels que la coquette, la dédaigneuse, l'indifférente, l'ami trompeur et l'amant léger. Pour illustrer l'amour heureux et fidèle, l'auteur invite Des Mahis à observer Églé, une jeune beauté qui l'enchante. Enfin, l'auteur s'excuse de revenir à la tendresse, expliquant qu'il écrit sous l'influence de sa maîtresse.
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2
p. 249-250
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Début :
Vous ne comptez pas trente hyvers : [...]
Mots clefs :
Voltaire, M. des Mabys, Épître, Port-Mahon, Victoire, Mémoire, Exploits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys
, aux Delices , 24 Juillet.
1
Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
, aux Delices , 24 Juillet.
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Vous ne comptez pas trente hyvers :
Les graces font votre partage ;
Elles ont dicté vos beaux vers ;
Mais je ne fçais par quel travers
Vous vous proposez d'être fage.
C'eſt un mal qui prend à mon âge ,
Quand le reffort des paffions ,
Quand de l'amour la main divine ,
Quand les belles tentations
Ne foutiennent plus la machine.
Trop tôt vous vous défefpérez ;
Croyez- moi , la raiſon févere
Qui trompe vos fens égarés ,
N'eſt qu'une attaque paffagere.
Vous êtes jeune & fait pour plaire,
Soyez fûr que vous guérirez :
Je vous en dirois d'avantage
Contre ce mal de la raifon
Que je hais d'un fi bon courage ;
Mais je médite un gros Ouvrage
Pour le Vainqueur de Port-Mahon.
Je veux peindre à ma Nation
Ce jour d'éternelle mémoire.
Je dirai , moi , qui fçais l'histoire ,
Qu'un géant nommé Gérion
Fut pris autrefois par Alcide
250 MERCURE DE FRANCE.
Dans la même Iſle , au même lieu ,
Où notre brillant Richelieu
A vaincu l'Anglois intrépide
Je dirai qu'ainfi que Paphos
Minorque à Vénus fut foumife :
Vous voyez bien que mon Héros
Avoit double droit à ſa priſe.
Je fuis Prophète quelquefois.
J'ai prédit fes heureux exploits ,
Malgré l'envie & la critique ;
Et l'on prétend que je lui dois
Encor une Ode pindarique.
Mais les Odes ont peu d'appas
Pour les Guerriers & pour moi- mêmé ;
Et je conviens qu'il ne faut pas
Ennuyer les Héros qu'on aime .
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Résumé : EPITRE de M. de Voltaire à M. des Mabys, aux Délices, 24 Juillet.
Dans une lettre du 24 juillet, Voltaire s'adresse à M. des Mabys pour discuter de la jeunesse et de la sagesse. Il conseille au jeune homme de ne pas chercher à devenir sage trop tôt et l'encourage à savourer sa jeunesse. Voltaire mentionne qu'il travaille sur un ouvrage dédié au vainqueur de Port-Mahon, comparant ce héros à Hercule et à Richelieu. Il se décrit comme un prophète ayant anticipé les exploits de ce héros et reconnaît devoir encore écrire une ode pindarique en son honneur, tout en notant que les odes ont peu d'intérêt pour les guerriers.
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