X.
Deux Autheurs voulant à l'envy
Louer du Roy le Regne & la Puiffance,
Les Actions & la Magnificence ,
Le dernier jourfe firent un deffy ;
L'un dit d'abord, ' a vifte , qu'on m'apporte
Vne Feuille de grand Papier.
L'autre à l'inftant qu'un mefme zele emporte
,
Dit, il m'enfaut un gros cabier,
Et j'ay dequoy le remplir tout entier
D'éloges de plus d'une forte. "
Farrivay pendant leurs débats ,
Et leur dis , mes amis , fi vous me voulez
croire
Vous ne vous ferez point là- deſſus d'embaras.
du Mercure Galant.
ΙΟΙ
Sila Main de Papièr mefme ne fuffit pas
Pour ébaucher du Roy le merite & la
gloire,
La Feuille & le Cahier ne fuffirent jamais
Pour contenir le moindre de fesfaits.
Le Rival du petit Colin
de Pithiviers.
XXVII.
Olin l'autre jour tout en feu
Colin Avoit perdu beaucoup d'argent
au jeu,
Quanddeux de fes Amis il trouve dans
la ruë ,
L'un& l'autre à l'inftant humblement le
faluë ,
Mais fans voir leur falut il paſſe bruſquement
;
Ils l'arrestent foudain. Eftes - vous en colere
,
Luy demanderent-ils avec empressement?
On y feroit à moins , & je ne puis m'en
taire ,
Leur dit-il dun ton vehement.
Ha Meffieurs! j'ay joué trois mille fois
à l'Ombre,
du Mercure Galant.
221
Tout au moins , & jamais je ne vis
arriver
Coup Semblable à celuy que je viens
d'éprouver.
Trois Matadors , denx Rois
ne puis achever ;
· je
Ainfi je vais chercher un lieu fauvage
& Sombre
Pour ne jouer jamais' , tant je fuis
defolé ;
Ou fi je joue encor je veux eftre a
cable ,
Je veux en plein Efté n'eftre jamais
l'Ombre ,
Voir toujours mon Eftang gelé ,
Et ma cave fans vin , & mon grenier
Sans Blé.
ME
Le petit Baptifte , Frere du
petit Colin de Pithiviers.
ENIGMES.
JE fuis un agrément dans la fociété
Pour celui qui de moi fait faire un bon ufage ;
Pour me connoître à fond , il faut, dès le jeune âge,
Apprendre à m'employer avec utilité.
Je
NOVEMBRE 1766. 49
Je me trouve fouvent en grande compagnie
Où des fayans viennent me confulter ;
S'il eft entre eux difcorde ou brouillerie ,
En un inftant je fais les accorder ;
Je fuis enfant de l'art & ne fuis pas fort rare ;
On ne peut définir ma forme , elle eſt bifarre.
Je fuis long , large , étroit , mais ni tond ni
quarré ;
A mes pareils je me vois préféré
Quand je porte avec moi des titres de vieille ſe ;
Je caufe quelquefois des maux à la jeuneſſe :
Aux Princes , aux Bourgeois je fers d'amusement,
Et tel qui , né fans biens, vivroit dans l'indigence ,
Acquiert par mon fecours un nom & de l'argent ,
Et fouvent dans Paris affiche l'opulence .
Par une Dame de Pithiviers
AUTRE..
LICTEUR ,
BCTEUR , je n'offre point aux yeux
De ces maifons que l'on connoît à peine :
Parcours les mers , viens aux bords de la Seine ,
Tout retentit de mon nom glorieux.
Mille fameux exploits m'ont placé dans l'hiſtoire ;
Sur les pas de nos Rois j'ai cueilli des lauriers ;
Mon fang coula pour eux , & fix fiècles entiers
Onttranfmis à mes fils ma grandeur & ma gloire !
A ces traits je ne puis échapper à tes yeux ;
Mais en lifant ceci , tu m'accufes peut - être
De vouloir t'éblouir par un détail pompeux ?
Pour te défabufer , emploie , à me connoître ,
Tous les refforts de ton efprit ;
NOVEMBRE 1766. 53
Tu verras que fur tout ce qui tient à mon être
Je fuis bien éloigné d'en avoir affez dit.
Pour rendre ton travail facile ,
De mes dix pieds fais la combinaiſon ;
Tu trouveras une femence utile ,
Dont le produit fert en toute faiſon ;
Je t'offre encore une très- grande ville
Où l'ouvrier ingénieux
Affortit , d'une main habile ,
Des couleurs dont l'éclat enchante tous les yeux ;
Du corps humain la dernière partie ;
Ce qui marque notre âge ; un Roi de Theſſalie ;
Un vêtement utile aux hommes feulement ;
Une bru d'Ifaac ; le premier aliment.
Ce n'eft pas tout , pourfuis ; en exerçant ta tête ,
Tu trouveras un meuble ; une farouche bête ;
Celle qui dans les flots expia fa fureur :
Raſſemble bien mon tout , & tu verras enfuite
Ce que fait un moulin lorfque l'onde l'agite ;
Une douce voiture ; une favante foeur ;
Un Romain que l'on vante ; un Prince magnanime,
Des ayeux de Louis augufte defcendant.
Sur ce détail réfléchis un inſtant ,
Tu verras que mon nom fublime
S'unit plus d'une fois à l'Empire des lys.
Donne des pleurs au dernier de mes fils ,
Dont la brillante deftinée
Au printemps de fes jours vient d'être moiffonnées
C iij
54
MERCURE DE FRANCE .
Réſerve tous tes voeux pour fon illuſtre ſoeur ,
Des grâces , des vertus le plus brillant modèle ;
Dreffe- lui chaque jour des autels dans ton coeur :
Que jamais ton encens ne brûle que pour elle .
Par une Dame de Pithiviers.