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1
p. 186-195
EXTRAIT de la Tragédie de CROMWEL, par M. DU CLAIRON. Représentée pour la première fois, le 7 Juin 1764.
Début :
PERSONNAGES. ACTEURS. CROMWEL, Protecteur de l'Angleterre. M. Brizard. RICHARD, [...]
Mots clefs :
Oliver Cromwell, Lenox, Sophie, Montrose, Mort, Protecteur, Sénat, Rois, Pouvoir, Armée
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT de la Tragédie de CROMWEL, par M. DU CLAIRON. Représentée pour la première fois, le 7 Juin 1764.
ExTRAIT de la Tragédie de CRoMr- .
JvEL, par M. DU CLAI Rov. Re- .
préſentée pour la première fois , le
7 Juin 2764.
PERSONNAGES, ACTEU/RS,
CROMWEL, Protecteur de l'An
gleterre. M. Brizard.
RICH ARD, Fils de Cromwel. M. Molé.
LENOX, ancien Général des Trou- -
pes Ecoſſoiſes, M. Dubois. '
SOPHIE,Fille du Comte de Lénox. Mlle Clairon.
MONTROSE, Colonel de Troupes
Angloiſes & Chef des Indépendans.M. le Kain.
MONK, Général des Troupes Ecoſ
ſoiſes, & Chef des Royaliſtes. M. Bellecour.
SIDNEY , Capitaine des Gardes
de Cromwel.
CÉCIL , Membre du Parlement,
attaché au parti de Monk. M. Dauberval.
CRAMMER , Gouverneur de la Tour
de Londres.
J U IL L ET. 1764. 187
Pluſieurs Membres du Sénat & Chefs de l'Armée
La Scène eſt à Londres dans le Palais des Rois .
d'Angleterre.
L',ra, de faction où ſe trouva l'Angleterre après
le renverſement de ſa Monarchie, eſt le.rableau
ue M. DU CLAIRoN, a voulu nous préſenter dans
a Tragédie , il a pris l'inſtant où les Anglois.
offrirent la Couronne a Cromwel, & celui où ſe
forma la dernière conſpiration contre cet Uſur
pateur, pour en faire ſon action principale , ces
deux événemens ſont rapprochés & mis dans le
jour même de la mort de Cromwel, que l'Auteur
ſuppoſe avoir été occaſionnée par une ſuite de
cette même conſpiration.
Sophie, Fille de Lénox, Parente des Rois,
ouvre la Scène par un Monologue où elle dit que
Richard fils de Cromwel a obtenu de Crammer,
Gouverneur de la Tour , de faire ſortir Lénox
pendant la nuit. Son deſſein eſt de lui faire part
· des maux où ſe trouve l'Angleterre depuis ſept
ans qu'il eſt enfermé dans ſon cachot, & de le
faire conſentir à la conſpiration faite contre les
Protecteur. Lénox arrive, & apprend de ſa fille
tout ce qui s'eſt paſſé depuis ſa captivité, ce qui
lui donne occaſion de dire à Sophie tout ce qui a
précédé la mort du Roi. Cette expoſition eſt une
des plus adroites qui ſoit au Théâtre, par la con
noiſſance qu'elle donne aux Spectateurs de tout
ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
Sophie montre à Lénox le nom des†
& lui demande qu'il veuille s'en déclarer le Chef,
lui faiſant eſpérer qu'elle obtiendra ſa liberté par
le crédit de Richard & de Montroſe , dont elle eſt
aimée. Crammer vient avertir que le jour va bientôt
'183 MERCURE DE FRANCE.
paroître , & qu'il faut ſe retirer. Lénox eſt recon
duit dans la Tour , & Sophie va trouver Monk
pour lui dire que ſon père approuve la conſpira
tion.-
Acte 2. Cromwel arrive accompagné des Chefs
du Sénat & de l'Armée ; & après leur avoir ex
oſé tout ce qu'il a fait pour ſauver ſa Patrie, il
eur dit :
» Fatigués autrefois du pouvoir monarchique,
» Vous aviez par mes ſoins formé la République
» Et recevant enſuite un pouvoir limité,
» J'ai gouverné l'Etat ſous votre autorité.
» Tout étoit bien alors : aujourd'hui ma puiſſance
» Ne peut plus de vos droits ſoutenir la balance :
» Il faut pour commander plus de rang plus d'éclat;
» On rougit d'obéir aux ordres d'un Soldat.
» En ſecret en tous lieux,on ſe plaint,on murmure;
» On cherche à m'imputer les torts de la nature ;
» Et toujours inquiet ſur la fin de mon ſort,
» On a marqué le jour pour celui de ma mort.
»Mais je n'attendrai pas que ſa fureur trop prompte
» Vous puiſſe replonger dans les fers ou la honte :
» Recevez le dépôt de mon autorité,
» Comme un gage éclatant de ma fidélité.
» Je quitte ſans regret une gloire importune,
» Que n'ont pu m'enlever le temps ni la fortune,
» Mais lorſque dans vos mains je remets mon
» pouvoir ,
» Songez que m'obéir eſt le premier devoir.
-
J U IL LE T. 1764. 189
La réponſe des différens Chefs du Sénat & de
l'Armée marque les divers intérêts dont laNation
étoit alors agitée. Cromwel les renvoye en leur
diſant : -
» Offrons à l'Eternel des fruits de nos conquêtes ;
' » Que votre obéiilance écarte les tempêtes :
» Par des murmures vains craignez de l'irriter,
» Si nous voulons ſa grace, il la faut mériter.
» Allez, &c.
Cromwel accorde à Montroſe la liberté de Lé
nox mais bientôt Sidney , Capitaine de ſes Gar
des , vient lui dire que ce niême Lénox a été
aſſaſſiné le matin lorſqu'il fortoit du Palais. Le
Protecteur va joindre Crammer pour être inſtruit
de tous les mutins que l on a arrêtés pendant la
nuit. - -
» Cachant mes paſſions aux regards des humains,
» J'ai ſçu juſtifier & remplir mes deſleins :
» Par ce même artifice, achevons notre ouvrage ;
» Du foible & du grand honume, imitant le lan
» gage
» Réuniſions pour moi les intérêts divers,
2 Et caretlons le Peuple en lui donnant des fers.
Monk & Montroſe connu encent le troiiiéme
Acte : ils tortent ce chez Sophi. , où il o t at 1 is
la n o t de Lenox. Alonk tenogue q 1: ſoup
çonne Cromwet de cet allatiinat. Svp nue vient , ur
demander vengeauce - -
Le Protecteur paroît, & feu.t dºigno - 1 ,u...eº
.
1oo MERCURE DE FRANCE.
. mains ont aſſeſſiné le Comte. Quelques Chefs de
l'Armée lui viennent offrir la Couronne : il la re
fuſe d'abord. Enſuite il dit : -
· » Du deſtin qui fait tout je ſuis la loi ſuprême,
» Si pour ſauver l'Etat dans ce déſordre extrême
· » Je dois monter au Trône, il faudra malgré
» moi ,
» Que j'obéiſſe au Ciel en me déclarant Roi.
Il les renvoye tous, excepté Montroſe, qui lui
dit : -
e © e © 0 0 • e é> 9
º 2 © 0 <> e • • ©
» Voudrois-tu t'emparer du ſceptre de nos Rois ?
C R O M W E L.
» Pour ſauver mon pays je fais ce que je dois :
» Je veux que de l'Europe il ſoit le ſeul arbitre,
» Si j'y parviens, ami, que m'importe à quel titre ?
M O N T R O S E.
» Celui de Roi, du moins, devroit être excepté :
»Tu me l'as dit contraire à notre liberté.
* Les hommes,diſois-tu,ne veulent d'autre maître
» Que l'Eſprit Eternel qui les a tous fait naître ;
» Qui plaçant dans leurs coeurs & les biens & les
» maux, -
» Voulut par cet accord les rendre tous égaux,
J U I L L E T. 1764: '19r
C R O M W E L.
* Et ſi l'Europe enfin ne combat plus mes droits,
* Ne Puis-je pas monter au Trône de nos Rois ?
M O N T R O S E.
* 4 quel dégré de gloire oſeroit donc prétendre
» L'heureux Républicain qui t'enferoit deſcendre ?
» Dis : réponds.
C R O M W E L.
» A la mort, s'il étoit ſoupçonné ;
* Mais ton égarement doit être pardonné, &c.
Montroſe ſort pour aller à Withal , où s'eſt
préparé le feſtin que le Peuple donne à Cromwel.
Sophie commence le quatriéme Acte, & gémit
ſur lé ſort de ſa Patrie. Richard vient lui dire que
des mutins ont forcé le Palais de withal, & que
Montroſe ſembloit avouer leurs projets. Il paroît,
mais ſans rien dire qui puiſſe faire connoîrre ſon
deſſein. Il eſt arrêté par ordre du Protecteur &
conduit dans la Tour, où on lui coupe la tête.
Cromwel vient eſſayer de changer le coeur de So
Phie , en lui propoſant l'hymen de Richard : mais
ºlle ci loin de répondre à la propoſition de
Cromwel, dit :
» Quoi ! barbare, en un jour, au gré de ta fureur
» Des plus ſenfibles coups tu frapperas mon coeur,
» J'aurois perdu par toi mon Amant & mon Père !
» Tu verrois dans les pleurs rallentir ma colère !
» Non, ne l'eſpére pas , je rends grace au deſtin,
» Puiſque dans ce moment je te perce le ſein,
192 MERCURE DE FRANCE.
CROMWEL lui arrache le poignard & le donne
à Sidney.
» Malheureuſe ! arrêtez.
S I D N E Y ,
» Seigneur, que la perfide
»Tombe & meure à vos pieds ſous ce fer homicide.
C R O M W E L,
» Non, ne puniſſez point ſon aveugle courroux,
» Un céleſte pouvoir a détourné ſes coups.
» Je pardonne au tranſport d'une femme égarée,
» Par la mort d'un Annant au déſeſpoir livrée,
» Dans ſon appartement, Gardes, guidez ſes pas,
» Veillez ſur ſa foibleſſe, &c. -
V,
Flle eſt reconduire dans ſon appartement , &
Cromwel ſort pour faire la revue de ſes Troupes.
Au cinquiéme Acte Sidney paroît avec Cromwel,
& lui demande pourquoi il a quitté ſitôt ſes Sol
dats. Il répond que c'eſt parce qu'il ſentoit de
vives douleurs : mais qu'il veut profiter d un mo
ment où elles le laiſſent un peu tranquille pour
faire grace aux mutins. Sidney lui repréſente que
Sophie en veut à ſes jours : il lui donne la liſte des
Conjurés qu'il a trouvé chez elle. Cependant il
veut encore tâcher de la ramener par un dernier
effort. Reſté ſeul, il dit :
» Mais liſons cet écrit d'un jeune Audacieux
» Dont le zéle incertain bleſſoit déja mes yeux :
» N'eſpére plus, Tyran, te ſauver par le crime ;
» Le Ciel s'eſt fatigué de tes forfaits divers.
» Au-milieu de ta gloire il a creuſe l'abîme
Qui
JU IL L ET. 1764. I93
» Qui doit de tes fureurs affranchir l'Univers.
» Dans ce honteux feſtin qui contraignoit ta rage,
» J'ai vaincu tes ſoupgons en partageant ton ſort ;
j» Et du même poiſon dont tu m'appris l'uſage,
e° Je t'entraîne avec moi dans les bras de la mort.
( Il relit la fin de la lettre en réfléchiſſant. )
» De mes vives douleurs la cauſe eſt donc connue3
» Et c'eſt au pied du Trône un poiſon qui me tuei
» Rien ne peut réſiſter à ce venin mortel ;
» Et la main d'un enfant aſſaſſine Cromwel !
» Devois-je ainſi périr ? Ah ! que plutôt la foudre
» N'a-t-elle en m'écraſant pu me réduire en
» poudre ;
» Et me précipitant dans le fond des enfers,
» Dérober mon ſupplice aux yeux de l'Univers ?
» Quelle ſera la fin de ce reſte de vie ?
» Qu'oſera la Fureur, & que dira l'Envie ?
» De mes derniers ſoupirs témoins injurieux,
» Les ſuperbes Anglois contenteront leurs yeux ;
» Ils vont d'un Dieu vengeur adorer la juſtice :
» Cette fatale idée ajoûte à mon ſupplice.
» Si ce ſont là, grands Dieux, tes injuſtes décrets,
» Je peux les prévenir, & changer tes arrêts,
» Tu plaças dans mon coeur le menſonge & l'au
» dace : -
» J'arrêterai par eux l'effet de ta menace ;
» Et chaſſant de mon âme & la plainte & l'effroi, •
» Je vais peut-être agir un inſtant malgré toi,
J. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
» Mon cercueil eſt ouvert, c'eſt à moi d'y deſ
» cendre ,
· » Et de forcer la Terre à reſpecter ma cendre.
»Tu fais pour m'accabler d'inutiles efforts,
» Dieu cruel ! je ſuccombe & péris ſans remords.
» Toujours del'impoſture empruntant le langage,
» J'oſerai de Sophie éprouver le courage ,
» Offrir à ſes regards & le fer & le feu ,
» Du ſecret de Montroſe arracher un aveu ;
» Et déguiſant les maux où le deſtin me plonge,
» Couvrir tous ſes arrêts de la nuit du menſonge,
Certain que Sophie ne ſait rien du fecret de
Montroſe, il va au Sénat pour lui déclarer tous les
noms des Conjurés. Monk arrive accompagné de
ſes amis & des Seigneurs attachés au parti du Roi :
il dit à Sophie : - •.
» A mes fiers ennemis j'allois porter ma tête,
» Et ſaire ſur moi ſeul écarter la tempête ;
» Quand Cromwel a paru tenant entre ſes mains
» Le nom des Conjurés unis à mes deſſeins.
» A ſon fatal aſpect, la timide aſſemblée
» N'a pû cacher l'effroi dont elle étoit troublée.,
» J'ai vu tonmber ſur moi ſes funeſtes regards.
» La crainte & le remords régnoient de toutes parts.
· nl'attendois mon arrêt,quand ce monſtre éxécrable *
» A paru ſuccomber ſous le mal qui l'accable. .
, » N'employez pas, dit-il, d'inutiles ſecours ;
» Le Ciel va terminer le nombre de mes jours,
, J UIL LE T. 1764. I95
» Puiſſe me pardonner la Juſtice Céleſte
» De l'abſolu pouvoir l'uſage trop funeſte.
· » Puiſque la Vérité me prête ſon flambeau,
» Je n'emporterai point la vengeance au tom
-
» beau-;
» Cet inſtant de pardon me cenſole & me flatte :
» Ainſi que mes regrets, que ma clémence éclate.
» Qu'à jamais inconnu, les noms des Conjurés
» Soient, avec cet écrit, par le feu dévorés.
» Lui-même les déchire & les livre à la fiâme ;
2» Pour les voir conſumer , il arrête ſon âme.
• Bientôt tous nos projets ne ſont ſçus que de lui.
» C'en eſt aſſez, dit-il, je triomphe aujourd'hui.
» Dans le ſein du repos je termine ma vie ;
» Le fer ni le poiſon ne me l'ont point ravie:
» Puiſſiez-vous , comme moi , finir vos jours en
| . » paix, -
» Mon fils ; ce ſont de Dieu les plus rares biens
-
» faits.
» Il ſe tait, & la Mort emportant ſa victime ;
» De nos malheurs paſſés a refermé l'abîme.
• Nous cependant, Madame , allons , dans ce
»» moment,
• Du Sénat & du Peuple éxiger le ſerment.
»Que de tousnos malheurs l'épouvantable hiſtoire,
»De quelquesCitoyens conſerve au moins lagloire;
» Et montrons aux Sujets que les premieres Loix
» Sont d'aimer la Patrie & de ſervir les Rois.
JvEL, par M. DU CLAI Rov. Re- .
préſentée pour la première fois , le
7 Juin 2764.
PERSONNAGES, ACTEU/RS,
CROMWEL, Protecteur de l'An
gleterre. M. Brizard.
RICH ARD, Fils de Cromwel. M. Molé.
LENOX, ancien Général des Trou- -
pes Ecoſſoiſes, M. Dubois. '
SOPHIE,Fille du Comte de Lénox. Mlle Clairon.
MONTROSE, Colonel de Troupes
Angloiſes & Chef des Indépendans.M. le Kain.
MONK, Général des Troupes Ecoſ
ſoiſes, & Chef des Royaliſtes. M. Bellecour.
SIDNEY , Capitaine des Gardes
de Cromwel.
CÉCIL , Membre du Parlement,
attaché au parti de Monk. M. Dauberval.
CRAMMER , Gouverneur de la Tour
de Londres.
J U IL L ET. 1764. 187
Pluſieurs Membres du Sénat & Chefs de l'Armée
La Scène eſt à Londres dans le Palais des Rois .
d'Angleterre.
L',ra, de faction où ſe trouva l'Angleterre après
le renverſement de ſa Monarchie, eſt le.rableau
ue M. DU CLAIRoN, a voulu nous préſenter dans
a Tragédie , il a pris l'inſtant où les Anglois.
offrirent la Couronne a Cromwel, & celui où ſe
forma la dernière conſpiration contre cet Uſur
pateur, pour en faire ſon action principale , ces
deux événemens ſont rapprochés & mis dans le
jour même de la mort de Cromwel, que l'Auteur
ſuppoſe avoir été occaſionnée par une ſuite de
cette même conſpiration.
Sophie, Fille de Lénox, Parente des Rois,
ouvre la Scène par un Monologue où elle dit que
Richard fils de Cromwel a obtenu de Crammer,
Gouverneur de la Tour , de faire ſortir Lénox
pendant la nuit. Son deſſein eſt de lui faire part
· des maux où ſe trouve l'Angleterre depuis ſept
ans qu'il eſt enfermé dans ſon cachot, & de le
faire conſentir à la conſpiration faite contre les
Protecteur. Lénox arrive, & apprend de ſa fille
tout ce qui s'eſt paſſé depuis ſa captivité, ce qui
lui donne occaſion de dire à Sophie tout ce qui a
précédé la mort du Roi. Cette expoſition eſt une
des plus adroites qui ſoit au Théâtre, par la con
noiſſance qu'elle donne aux Spectateurs de tout
ce qui peut entrer dans l'intrigue de l'action.
Sophie montre à Lénox le nom des†
& lui demande qu'il veuille s'en déclarer le Chef,
lui faiſant eſpérer qu'elle obtiendra ſa liberté par
le crédit de Richard & de Montroſe , dont elle eſt
aimée. Crammer vient avertir que le jour va bientôt
'183 MERCURE DE FRANCE.
paroître , & qu'il faut ſe retirer. Lénox eſt recon
duit dans la Tour , & Sophie va trouver Monk
pour lui dire que ſon père approuve la conſpira
tion.-
Acte 2. Cromwel arrive accompagné des Chefs
du Sénat & de l'Armée ; & après leur avoir ex
oſé tout ce qu'il a fait pour ſauver ſa Patrie, il
eur dit :
» Fatigués autrefois du pouvoir monarchique,
» Vous aviez par mes ſoins formé la République
» Et recevant enſuite un pouvoir limité,
» J'ai gouverné l'Etat ſous votre autorité.
» Tout étoit bien alors : aujourd'hui ma puiſſance
» Ne peut plus de vos droits ſoutenir la balance :
» Il faut pour commander plus de rang plus d'éclat;
» On rougit d'obéir aux ordres d'un Soldat.
» En ſecret en tous lieux,on ſe plaint,on murmure;
» On cherche à m'imputer les torts de la nature ;
» Et toujours inquiet ſur la fin de mon ſort,
» On a marqué le jour pour celui de ma mort.
»Mais je n'attendrai pas que ſa fureur trop prompte
» Vous puiſſe replonger dans les fers ou la honte :
» Recevez le dépôt de mon autorité,
» Comme un gage éclatant de ma fidélité.
» Je quitte ſans regret une gloire importune,
» Que n'ont pu m'enlever le temps ni la fortune,
» Mais lorſque dans vos mains je remets mon
» pouvoir ,
» Songez que m'obéir eſt le premier devoir.
-
J U IL LE T. 1764. 189
La réponſe des différens Chefs du Sénat & de
l'Armée marque les divers intérêts dont laNation
étoit alors agitée. Cromwel les renvoye en leur
diſant : -
» Offrons à l'Eternel des fruits de nos conquêtes ;
' » Que votre obéiilance écarte les tempêtes :
» Par des murmures vains craignez de l'irriter,
» Si nous voulons ſa grace, il la faut mériter.
» Allez, &c.
Cromwel accorde à Montroſe la liberté de Lé
nox mais bientôt Sidney , Capitaine de ſes Gar
des , vient lui dire que ce niême Lénox a été
aſſaſſiné le matin lorſqu'il fortoit du Palais. Le
Protecteur va joindre Crammer pour être inſtruit
de tous les mutins que l on a arrêtés pendant la
nuit. - -
» Cachant mes paſſions aux regards des humains,
» J'ai ſçu juſtifier & remplir mes deſleins :
» Par ce même artifice, achevons notre ouvrage ;
» Du foible & du grand honume, imitant le lan
» gage
» Réuniſions pour moi les intérêts divers,
2 Et caretlons le Peuple en lui donnant des fers.
Monk & Montroſe connu encent le troiiiéme
Acte : ils tortent ce chez Sophi. , où il o t at 1 is
la n o t de Lenox. Alonk tenogue q 1: ſoup
çonne Cromwet de cet allatiinat. Svp nue vient , ur
demander vengeauce - -
Le Protecteur paroît, & feu.t dºigno - 1 ,u...eº
.
1oo MERCURE DE FRANCE.
. mains ont aſſeſſiné le Comte. Quelques Chefs de
l'Armée lui viennent offrir la Couronne : il la re
fuſe d'abord. Enſuite il dit : -
· » Du deſtin qui fait tout je ſuis la loi ſuprême,
» Si pour ſauver l'Etat dans ce déſordre extrême
· » Je dois monter au Trône, il faudra malgré
» moi ,
» Que j'obéiſſe au Ciel en me déclarant Roi.
Il les renvoye tous, excepté Montroſe, qui lui
dit : -
e © e © 0 0 • e é> 9
º 2 © 0 <> e • • ©
» Voudrois-tu t'emparer du ſceptre de nos Rois ?
C R O M W E L.
» Pour ſauver mon pays je fais ce que je dois :
» Je veux que de l'Europe il ſoit le ſeul arbitre,
» Si j'y parviens, ami, que m'importe à quel titre ?
M O N T R O S E.
» Celui de Roi, du moins, devroit être excepté :
»Tu me l'as dit contraire à notre liberté.
* Les hommes,diſois-tu,ne veulent d'autre maître
» Que l'Eſprit Eternel qui les a tous fait naître ;
» Qui plaçant dans leurs coeurs & les biens & les
» maux, -
» Voulut par cet accord les rendre tous égaux,
J U I L L E T. 1764: '19r
C R O M W E L.
* Et ſi l'Europe enfin ne combat plus mes droits,
* Ne Puis-je pas monter au Trône de nos Rois ?
M O N T R O S E.
* 4 quel dégré de gloire oſeroit donc prétendre
» L'heureux Républicain qui t'enferoit deſcendre ?
» Dis : réponds.
C R O M W E L.
» A la mort, s'il étoit ſoupçonné ;
* Mais ton égarement doit être pardonné, &c.
Montroſe ſort pour aller à Withal , où s'eſt
préparé le feſtin que le Peuple donne à Cromwel.
Sophie commence le quatriéme Acte, & gémit
ſur lé ſort de ſa Patrie. Richard vient lui dire que
des mutins ont forcé le Palais de withal, & que
Montroſe ſembloit avouer leurs projets. Il paroît,
mais ſans rien dire qui puiſſe faire connoîrre ſon
deſſein. Il eſt arrêté par ordre du Protecteur &
conduit dans la Tour, où on lui coupe la tête.
Cromwel vient eſſayer de changer le coeur de So
Phie , en lui propoſant l'hymen de Richard : mais
ºlle ci loin de répondre à la propoſition de
Cromwel, dit :
» Quoi ! barbare, en un jour, au gré de ta fureur
» Des plus ſenfibles coups tu frapperas mon coeur,
» J'aurois perdu par toi mon Amant & mon Père !
» Tu verrois dans les pleurs rallentir ma colère !
» Non, ne l'eſpére pas , je rends grace au deſtin,
» Puiſque dans ce moment je te perce le ſein,
192 MERCURE DE FRANCE.
CROMWEL lui arrache le poignard & le donne
à Sidney.
» Malheureuſe ! arrêtez.
S I D N E Y ,
» Seigneur, que la perfide
»Tombe & meure à vos pieds ſous ce fer homicide.
C R O M W E L,
» Non, ne puniſſez point ſon aveugle courroux,
» Un céleſte pouvoir a détourné ſes coups.
» Je pardonne au tranſport d'une femme égarée,
» Par la mort d'un Annant au déſeſpoir livrée,
» Dans ſon appartement, Gardes, guidez ſes pas,
» Veillez ſur ſa foibleſſe, &c. -
V,
Flle eſt reconduire dans ſon appartement , &
Cromwel ſort pour faire la revue de ſes Troupes.
Au cinquiéme Acte Sidney paroît avec Cromwel,
& lui demande pourquoi il a quitté ſitôt ſes Sol
dats. Il répond que c'eſt parce qu'il ſentoit de
vives douleurs : mais qu'il veut profiter d un mo
ment où elles le laiſſent un peu tranquille pour
faire grace aux mutins. Sidney lui repréſente que
Sophie en veut à ſes jours : il lui donne la liſte des
Conjurés qu'il a trouvé chez elle. Cependant il
veut encore tâcher de la ramener par un dernier
effort. Reſté ſeul, il dit :
» Mais liſons cet écrit d'un jeune Audacieux
» Dont le zéle incertain bleſſoit déja mes yeux :
» N'eſpére plus, Tyran, te ſauver par le crime ;
» Le Ciel s'eſt fatigué de tes forfaits divers.
» Au-milieu de ta gloire il a creuſe l'abîme
Qui
JU IL L ET. 1764. I93
» Qui doit de tes fureurs affranchir l'Univers.
» Dans ce honteux feſtin qui contraignoit ta rage,
» J'ai vaincu tes ſoupgons en partageant ton ſort ;
j» Et du même poiſon dont tu m'appris l'uſage,
e° Je t'entraîne avec moi dans les bras de la mort.
( Il relit la fin de la lettre en réfléchiſſant. )
» De mes vives douleurs la cauſe eſt donc connue3
» Et c'eſt au pied du Trône un poiſon qui me tuei
» Rien ne peut réſiſter à ce venin mortel ;
» Et la main d'un enfant aſſaſſine Cromwel !
» Devois-je ainſi périr ? Ah ! que plutôt la foudre
» N'a-t-elle en m'écraſant pu me réduire en
» poudre ;
» Et me précipitant dans le fond des enfers,
» Dérober mon ſupplice aux yeux de l'Univers ?
» Quelle ſera la fin de ce reſte de vie ?
» Qu'oſera la Fureur, & que dira l'Envie ?
» De mes derniers ſoupirs témoins injurieux,
» Les ſuperbes Anglois contenteront leurs yeux ;
» Ils vont d'un Dieu vengeur adorer la juſtice :
» Cette fatale idée ajoûte à mon ſupplice.
» Si ce ſont là, grands Dieux, tes injuſtes décrets,
» Je peux les prévenir, & changer tes arrêts,
» Tu plaças dans mon coeur le menſonge & l'au
» dace : -
» J'arrêterai par eux l'effet de ta menace ;
» Et chaſſant de mon âme & la plainte & l'effroi, •
» Je vais peut-être agir un inſtant malgré toi,
J. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
» Mon cercueil eſt ouvert, c'eſt à moi d'y deſ
» cendre ,
· » Et de forcer la Terre à reſpecter ma cendre.
»Tu fais pour m'accabler d'inutiles efforts,
» Dieu cruel ! je ſuccombe & péris ſans remords.
» Toujours del'impoſture empruntant le langage,
» J'oſerai de Sophie éprouver le courage ,
» Offrir à ſes regards & le fer & le feu ,
» Du ſecret de Montroſe arracher un aveu ;
» Et déguiſant les maux où le deſtin me plonge,
» Couvrir tous ſes arrêts de la nuit du menſonge,
Certain que Sophie ne ſait rien du fecret de
Montroſe, il va au Sénat pour lui déclarer tous les
noms des Conjurés. Monk arrive accompagné de
ſes amis & des Seigneurs attachés au parti du Roi :
il dit à Sophie : - •.
» A mes fiers ennemis j'allois porter ma tête,
» Et ſaire ſur moi ſeul écarter la tempête ;
» Quand Cromwel a paru tenant entre ſes mains
» Le nom des Conjurés unis à mes deſſeins.
» A ſon fatal aſpect, la timide aſſemblée
» N'a pû cacher l'effroi dont elle étoit troublée.,
» J'ai vu tonmber ſur moi ſes funeſtes regards.
» La crainte & le remords régnoient de toutes parts.
· nl'attendois mon arrêt,quand ce monſtre éxécrable *
» A paru ſuccomber ſous le mal qui l'accable. .
, » N'employez pas, dit-il, d'inutiles ſecours ;
» Le Ciel va terminer le nombre de mes jours,
, J UIL LE T. 1764. I95
» Puiſſe me pardonner la Juſtice Céleſte
» De l'abſolu pouvoir l'uſage trop funeſte.
· » Puiſque la Vérité me prête ſon flambeau,
» Je n'emporterai point la vengeance au tom
-
» beau-;
» Cet inſtant de pardon me cenſole & me flatte :
» Ainſi que mes regrets, que ma clémence éclate.
» Qu'à jamais inconnu, les noms des Conjurés
» Soient, avec cet écrit, par le feu dévorés.
» Lui-même les déchire & les livre à la fiâme ;
2» Pour les voir conſumer , il arrête ſon âme.
• Bientôt tous nos projets ne ſont ſçus que de lui.
» C'en eſt aſſez, dit-il, je triomphe aujourd'hui.
» Dans le ſein du repos je termine ma vie ;
» Le fer ni le poiſon ne me l'ont point ravie:
» Puiſſiez-vous , comme moi , finir vos jours en
| . » paix, -
» Mon fils ; ce ſont de Dieu les plus rares biens
-
» faits.
» Il ſe tait, & la Mort emportant ſa victime ;
» De nos malheurs paſſés a refermé l'abîme.
• Nous cependant, Madame , allons , dans ce
»» moment,
• Du Sénat & du Peuple éxiger le ſerment.
»Que de tousnos malheurs l'épouvantable hiſtoire,
»De quelquesCitoyens conſerve au moins lagloire;
» Et montrons aux Sujets que les premieres Loix
» Sont d'aimer la Patrie & de ſervir les Rois.
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