NOUVELLES LITTERAIRES *
LA Morale Evangélique expliquée par
les SS . Peres , ou Homélies choifies
des Peres de l'Egliſe ſurtous les Evans
giles des Dimanches & Fêtes de l'année
, Ouvrage néceſſaire aux Curés , à
tous les Ecclésiastiques chargés d'inftruire
les Peuples , & généralement
utile aux Fideles qui veulent s'inftruire
àfond des vérités de la Religion , par
M. l'Abbé Merri de la Canorgue ,
Prêtre , Licentié en Théologie , 2. vol.
in - 12. 1763 , chez Lottin le jeune ,
Libraire , rue S. Jacques.
L'ÉVANGILE eſt la règle du Chrétien
; c'eſt le Livre qu'il doit lire & pratiquer
; mais il faut qu'il diftingue l'eſprit
de la Lettre ; car fi l'une tue comme
*N. B. On donnera dans le Mercure prochain la
ſuitede l'Extrait de la Poëtique de M. Marmontel.
Dij
76. MERCURE DE FRANCE.
,
l'autre vivifie ce Livre , le ſceau du
falut , deviendroit ſa réprobation. Il faut
donc qu'en le lifant il tâche d'en comprendre
l'eſprit & le ſens pour les mettre
en pratique. Dans cette vué , pour l'édification
des Fidéles , & pour leur infpirer
le goût de ce ſaint Livre , en leur
en facilitant l'intelligence , beaucoup
d'Auteurs pieux & zélés ſe ſont appliqués
dans tous les ſiècles , & fur-tout
dans ces derniers temps , à commenter
cette partie des Ecritures. Le nombre
desExplications , des Penſées , des Réflexions
, & d'autres Traités faits fur
cette matière , eft immenſe , dont quelques-
uns font excellens , fort goûtés &
beaucoup lus . Cependant il y a ſujet de
s'étonner que l'on n'ait point penſé d'abord
à remonter à la fource , c'est-à-dire
qu'en fait de Livres ſpirituels les anciens
étant les plus fùrs & les meilleurs , il
eft certain que ceux des ſaints Docteurs
doivent tenir le premier rang , puiſqu'ils
font auffi anciens que l'Eglife , & qu'ils
nous ont conſervé la tradition dans
toute fa force & dans toute ſa pureté. Il
eſt donc furprenant que l'on n'ait pas
encore fongé à raffembler & traduire ce
que les SS. Peres ont écrit & prêché même
ſur les Evangiles. Il étoit d'autant
DECEMBRE. 1763. 77
plus naturel d'y penfer , que l'on ne fait
guères d'inſtructions ſans les citer , &
que s'il ſe préſente un endroit difficile à
expliquer , obfcur ou à double ſens , on
a recours à leur lumière : que fi l'on recommande
aux Fidéles une vérité effenrielle
, ils viennent à l'appui ; qu'ils font
enfin nos maîtres , & qu'ils doivent toujours
nous fervir de guides ; & où pourroit-
on mieux puiſer que dans fes fources?
Quel choix ne peut- on pas faire
dans tous leurs Ouvrages ? Quelle variété
n'y trouve-t-on pas ? On admirera toujours
la force & la douceur d'un S. Jean
Chryfoftome , la ſcience d'un S. Jérôme ,
la fécondité&l'élévation d'un S. Auguftin.
Quelle énergie dans Saint Hilaire !
Quelle admirable fimplicité dans les
Ecrits du vénérable Bede ! Quelle onction
dans ceux de S. Bernard ! L'Auteur
adonc pensé qu'un Recueil choifi de
leurs Homélies , qui euſſent le mieux
expliqué l'Evangile , & placées par ordre
des Dimanches & Fêtes , feroit très - inftructif
pour toute forte de perſonnes.
Dès -lors il a regardé cette Bibliothèque
immenſe des Pères comme un chainp
vaſte & fertile qui étoit à lui , & dans
lequel il pourroit prendre & cueillir librement.
Il a tâché de le faire avec un
Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
choix & un difcernement dont on lui
ſçaura gré.
Chaque Homélie a un rapport viſible
& diftinct à l'Evangile qui la précéde ,
parce que le plus ſouvent elle a été faite
àdeſſein par un Père pour l'expliquer.
Quelquefois on a ſcu la tirer d'un Traité
qui y paroiſſoit étranger , & dans lequel
tout ce qui la précede & ce qui la
fuit n'a aucun rapport à l'Evangile du
jour. Toujours elles renferment une inftrution
folide , jointe à une onction à
laquelle on auroit peine à ne pas fe
rendre. En général elles ſont écrites avec
une grande clarté: fans enflure & fans
pompe , leur fimplicité fait leur parure ;
ſeulement quelquefois elles étincelent
d'un trait ſublime qui fort du ſujet : lorfqu'en
paffant l'on peint la divinité de Jefus-
Chriſt , que l'on parle de la Trinité
ſainte , ou que l'on explique quelqu'un
de nos redoutables myſtères. De temps
en temps on y rencontre de belles comparaiſons
, qui jettent une grande lumière:
elles ne ſont pas bourfoufflées ni
giganteſques , comme le font celles de
la plupart de nos Prédicateurs modernes
, mais ſimples & naturelles : elles
fervent autant à éclaircir qu'à orner & à
embellir la fuite du diſcours . Enfin cet
DECEMBRE. 1763. 79
Ouvrage eſt un choix tiré de différens
Traités , qui par leur nombre & leur variété
, forment un corps de morale & de
doctrine , que l'on peut regarder comme
un précis des vérités eſſentielles de la
Religion : on y verra avec fatisfaction
que ſes dogmes , que les SS. Docteurs
ont enfeignés de fiécles en fiécles , font
les mêmes que l'Egliſe a conſervés fans
altération , & qu'elle nous enſeigne encore
aujourd'hui,
Quelques perſonnes au premier coup
d'oeil avoient cru que ces Homélies
étoient celles qui se trouvent dans le
Bréviaire , que l'on avoit raffemblées&
ſimplement traduites. Il y a une grande
différence entre les unes & les autres. II
n'étoit guères poſſible de faire un Recueil
comme celui-ci ſans ſe rencontrer fréquemment
avec celles-là : d'ailleurs , on
ne trouve dans le Breviaire qu'un morceau
qui a rapport à un endroit ou à
une partie de l'Evangile ,& ici preſque
toutes les Homélies paraphrafent le texte
de l'Evangile entier : ſouvent elles expliquent
le ſens moral,le figuré & allégorique
; elles renferment même quel
quefois une triple explication .
Voilà l'idée que l'on peut ſe former
de ces Homélies : le Traducteur de fon
:
1
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
côté a tâché de répondre à l'excellence
& à la fublimité de ces Auteurs ſacrés ,
&de ne point affoiblir ni gâter par un
ſtyle vainement recherché , la force &
la folidité de leurs inſtructions : il a penfé
que le ſtyle le moins brillant feroit le
plus convenable , & que la clarté & la
fimplicité faifoient le plus bel ornement
de cette forte de diſcours .
Cet Ouvrage fera d'une utilité trèsétendue
, fi l'on conſidére qu'il y a bien
un certain nombre de Curés & d'Eccléſiaſtiques
chargés d'inſtruire les Fidéles ,
qui ont les Pères de l'Eglife ; mais parmi
ceux mêmes qui les ont , combien
peu ont affez de temps pour puiſer dans
ſes ſources ? Les ſoins qu'exigent les
follicitudes paftorales , le temps qu'emporte
le tribunal de la Pénitence , la vifite
des Malades , l'adminiſtration des
Sacremens , les en empêchent. Et quelle
recherche ne faudroit- il pas faire le plus
fouvent pour trouver dans un Père quel
ques pages , ou un endroit qui commente
directement l'Evangile du jour! Il faudra
lire quelquefois un Traité ou un Livre
entier , dont tout le reſte n'aura aucun
rapport à cet Evangile. Combien d'autres
Pasteurs n'ont point les Pères , ni
même d'autres Livres , ou du moins bien
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peu , parce que la modicité de leur revenu
ne leur permet pas de s'en procurer.
Combien d'entre eux n'ont pas d'ailleurs
une grande facilité pour compofer ;
& quand ils l'auroient avec les plus
grands talens , ils ne dédaigneront pas
un choix d'Homelies qui peuvent fervir
de modéles aux maîtres & aux plus habiles.
S'il nous eſt ici permis de faire un
fouhait & de le témoigner ; les Campagnes
d'un côté manquant le plus fouvent
d'inſtructions par la négligence ,
la pareſſe de compoſer ou l'incapacité
des Curés ; d'un autre côté ces Homélies
étant des diſcours familiers , folides ,
pleins de morale & d'on&ion , & faits
la plupart par les Pères pour inſtruire les
Fidéles les moins inſtruits & les plus
bornés ; il feroit , dis je , à ſouhaiter
que nos Evêques adoptaſſent cet excel.
lent Livre , & qu'ils fiffent en même
temps à ce ſujet ce que vient de faire M.
de Soiffons en publiant ſes admirables
Prônes ; d'ordonner dans leur Diocèſe
aux Curés de ſe munir de ces Homélies ;
de les lire , & de fe former fur ces modèles;
& à ceux qui ne pourroient d'après
cette lecture faire des Prônes & inftructions
à leurs Paroiffiens , de leur
ordonner de lire , ou au moins de leur
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
faire lire l'Homélie du jour tous les Dimanches
& Fêtes .
Cet Ouvrage peut être utile aux Fidéles;
d'abord à ceux qui ſaintement
affamés de la parole de Dieu , & non
raffafiés du pain ſpirituel que leur diftribuent
les Paſteurs , ſe nourriffent
l'âme par de pieuſes lectures , fur-tout à
ceux qui retenus dans leurs maiſons par
des infirmités ou par les foins qu'ils donnent
aux Malades ,ne peuvent ſuivre les
Inſtructions Paroiffiales . ToutEccléſiaftique
& Laïc , Pasteurs & fimples Fidéles
y trouveront dequoi s'édifier &
s'inſtruire ; & l'on aura eu l'avantage
d'avoir multiplié & répandu dans les
mains d'un grand nombre de perſonnes
à qui la langue des Pères eſt inconnue
ou peu familière , un choix d'inftructions
folides , dont la plupart n'avoient
point encore été traduites. Enfin l'idée la
plus avantageuſe que l'on puiſſe donner
de cet Ouvrage , ou l'éloge qu'on en
peut faire en deux mots , & qui doit le
rendre cher à tous les Chrétiens , c'eſt
qu'il renferme la partie la plus précieuſe
des ſaintes Ecritures ,& en même temps
la portion la plus recommandable de
tous les Ouvrages des SS. Pères.