LE
TRIOMPHE
D' AMPHITRITE ,
CANTATE.
Depuis le jour qu'aux yeux d'une brillant
Cour ,
Venus parut et si fiere et si belle ,
Lorsque l'Hymen de concert avec ellt ,
La menoit à Cythere établir son séjour ,
Amphitrite rêveuse , inquiéte et jalouse ,
Des honneurs qu'on rendoit à la nouvelle épouse,
Pressoit le Dieu des Eaux de vouloir à son tour ,
Attacher à son Char l'Hymenée et l'Amour ;
Un regard languissant, un soupir doux et tendre
Qui s'échappoit à tout moment ,
De ses souhaits instruisoit son Amant ,
Et Neptune amoureux , ne pouvant se deffendrej
Contre un si juste empressement,
Ne différa plus de s'y rendre.
Que ne peuvent point sur nos coeurs ,
Les appas riants et flatteurs ,
D'une Nymphe jeune et charmante ?
Ce sont de trop puissans vainqueurs ,
Tout nous séduit , tout nous enchante.
B. vj Hymen
2084 MERCURE DE FRANCE
Hymen , que ton joug est charmant ,
Quand c'est la Maîtresse et l'Amant
Qui s'y sont engagez sans peine ;
Mais il n'est heureux qu'un moment ;
Si l'Amour n'en serre la chaîne .
Que ne peuvent point , &c .
'Amphitrite paroît sur la face des Eaux ,
Là, brille de son Char , la pompe triomphale ;
1
Les Nymphes quittent leurs Roseaux ,
Pour venir de Venus honorer la Rivale ;
Les Tritons , tous les Dieux des Mèrs ,
S'assemblent pour la voir des bouts de l'Univers;
Eblouis , charmez de sa gloire.
Leurs cris de joye éclattent jusqu'aux Cieux,
Tous à l'envi celebrent sa victoire ,
Par ce Concert mélodieux.
Triomphez , aimable Déesse ;
Joüissez des plus grands bienfaits,
Qu'a mérité votre tendresse ,
Et qui sont dus à vos attraits.
De l'Element le plus terrible ;
Les Jeux , les Ris et les Amours >
Ont fait un séjour si paisible ,
Que le calme y regne toûjours.
Triomphez , aimable Déesse , &c.
Cc's
SEPTEMBRE. 1731. 2005
Ces transports , ces chants d'allegresse ,
Qu'on entend redoubler sans cesse
Ce triomphe éclatant , ce superbe appareil ,.
Troublent l'Aurore à son réveil ,-
SEt
les brulants coursiers du Dieu de la lumiere:
Sortant de l'humide Element ,
Apeine ouvrent-ils leur paupiere ;
Qu'ils sont saisis d'étonnement.
Les Aquilons retiennent leur haleine
Ravis de cet enchantement ;
1 disparut , helas ! et la liquide Plaine ,
Ne redonna jamais ce spectable charmant.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire ;
Eût-il mille fois plus d'appas ;
Confus , il s'envole à Cythere ,,
L'Amour ne se commande pas
Les plaisirs d'une amour nouvelle
Sont des plaisirs plus ravissants ,
Chaque Printemps les renouvelle ,
Ceux de l'Hymen sont languissants.
L'Amour forcé ne sçauroit plaire , &Co