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1
p. 1-15
Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
Début :
J'AY bien crû, Madame, que ce que je vous ay dit touchant [...]
Mots clefs :
Aqueduc , Roi, Sujets, Bonté, Charges, Aumônier, Troupes, Embellissements, Rivière, Travail, Prince, Seigneur, Royaume, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
'AY bien crû, Madame,
que ce que je vous ay
dit touchant l'Aqueduc
qui doit conduire la Riviere
d'Eure à Verſailles , vous paroiſtroit
auſſi ſurprenant que
digne d'admiration , & que
vous donneriez mille loüan-
Avril 1685. A
MERCURE
ges aux motifs de bonté qui
ont inſpiré ce deſſein au Roy,
puis que ce qu'il a eu principalement
en veuë dans cette
grande entrepriſe , a eſté de
faire trouver les moyens
de ſubſiſter à ceux d'entre
ſes Sujets , qui avoient
beſoin de quelque ſecours,
pour ne pas mener une vie
entierement malheureuſe , &
de fournir de l'occupation à
ſes Troupes , afin qu'une
longue oyſiveté ne les fift
pas devenir inhabiles au
travail , ſi quelques Puiſſances
jalouſes de la Grandeur,
GALANT.
3
troubloient le repos qu'il a
donné à l'Europe. Aprés avoir
ainſi conſulté ſa bonté
pour ſes Sujets , & l'avantage
que pourroit tirer l'Etat
fſii ſes Troupes eſtoient toûjours
endurcies au travail du
remuement des Terres , qui
eſt le travail le plus néceſfaire
dans le Meſtier de la
Guerre , il a regardé qu'en
exécutant cét admirable projet
, il couvroit la France d'u
ne gloire fans égale , & luy
donnoit lieu de ſe vanter d'être
venuë à bout d'un Ouvrage
plus grand qu'aucun
A ij
4 MERCURE
de
de ceux qui ayent jamais
eſté entrepris par les plus
puiſſans Empereurs Romains
; de forte que l'embelliſſement
que Verſailles
recevra des Eaux que cét
étonnant & miraculeux Aqueduc
y doit conduire , n'a
preſque pas eſté conſideré
par le Roy : ce Monarque
comptant pour rien ce qui
regarde ſes propres plaiſirs.
Ce n'eſt pas que la beauté
de Verſailles ſoit pour luy
ſeul. Il ſe fait une joye de
donner cét ornement à la
France , & de tenir ſa Cour
GALANT S
dans un lieu délicieux , où
elle joüit des plaiſirs de toutes
les belles Saiſons , & de
celuy d'eſtre bien logée,
pendant que les ſoins de la
grandeur & du repos de l'Etat
le tiennent dans un travail
qui a fort peu de relâche.
Mais ce Prince eſt auſſi
content , lors que fa Cour,
ſes Sujets , & les Etrangers
joüiffent des charmes de ce
magnifique lieu , & des divertiſſemens
qu'il y donne,
que s'il les prenoit ſans ceſſe
-luy meſme. L'exemple du
travail de l'Aqueduc , a pro-
A iij
6 MERCURE
د
duit un autre bien pour les
malheureux
qui n'ayant
point d'employ à Paris , n'y
pouvoient trouver les moyés
de vivre . Mrs les Prevolt
des Marchands , & Echevins
de la Ville ont fait publier,
non ſeulement qu'ils em
ployeroient toutes les Pernes
qui voudroient travailler
à remuer la Terre des Ramparts
qu'on fait autour de Paris
; mais auſſi qu'ils donneroient
tous les inftrumens
néceſſaires pour ce travail à
ceux qui n'auroient pas dequoy
en avoir. C'eſt ce qu'ils
A
GALANT.
ont fait le neufiéme de ce
mois ; de ſorte que ſi l'on
voit preſentement des Gens
fans employ , & preſſez de la
neceſſité, on ne le doit imputer
qu'à leur pareſſe , &à leur
faineantiſe. On peut ajoûter
à tout cela que ceux qui ont
voulu s'occuper , en ont toûjours
trouvé les occafions,
le Roy ayant fait travailler il
y a déja long-temps àune Levée
depuis Paris juſqu'au
bord de la Riviere qui regar--
de Seve , afin de rendre le
chemin plus praticable , &
plus commode pour ceux
A iiij
8 MERCURE
qui font obligez d'aller à
Verſailles . C'eſt dans cette
meſme veuë que Sa Majeſté
a cru qu'il falloit qu'il y euſt
un Pont au bout de cette Levée
qui conduiſiſt à Seve,
d'où Elle a fait applanir , élargir
, & paver le chemin
juſqu'à Verſailles ; ce qui le
rendra plus aifé & plus
court. Comme Elle a voulu
que ce Pont fuſt achevé en
peu de temps , Elle en a donné
le revenu pour cinquante
ans à des Particuliers qui l'ont
fait conftruire.
On en commence icy un
1
GALANT. 9 ,
de Pierre qu'on appellera le
e fait a Pont Royal , & on le fait aux
dépens de ce genéreux Monarque
, qui n'épargne rien
pour l'embelliſſement de la
Ville , & pour la commodité
de ſes Sujets. Il ſera un peu
plus proche des Tuilleries,
que celuy qu'on appelloit le
Pont Rouge , & que les Eaux.
ont entraîné depuis quelque
temps..
Quoy que le Roy n'ait
point d'occupation plus forte
que de penſer au general , il
ne laiſſe pas de ſe ſouvenir
du particulier..On le voit
८
10 MERCURE
par les penſions des Dames
du Palais , qu'il a conſervées
,
à Madame la Princeſſe de
Tingry , & à Mesdames les
Comtefles de Granmont , &
de Saint Geran qui les
avoient euës du vivant de la
Reyne. M l'Abbé de Rohan
, ſecond Fils de M le
Prince de Soubiſe a efté د
pourveu de l'Abbaye de Saint
Taurin , Ordre de S. Benoiít,
Diocéſe d'Evreux vacante
par la démiſſion volontaire de
M' l'Abbé du Frénoy , qui ſe
trouvant l'aîné de ſa Maiſon,
a cru devoir ſemettre en état
GALANT. II
de la ſoûtenir. Ces grandes
Abbayes ne devant eſtre pof
fedées que par des Perſonnes
d'une distinction particuliere
, on ne peut que loüer ce
choix du Roy , aufli bienque.
celuy qu'il a fait de M' l'Abbé
de Beuvron qu'il a gratifié
de la Charge de l'un de ſes
Aumôniers , vacante depuis
la mort de M' l'Abbé de Saint
Luc. Il y a déja quelque
temps que M'l'Abbé de Beuvron
avoit offert de l'argent
d'une autre Charge d'Aumônier
, mais l'affaire ne ſe put
conclurre , & il a eu du Roy
12 MERCURE
en pur don , celle dont il
vient d'eſtre pourveu , ſaMa
jeſté ne permettát plusque ſes
Charges d'Aumônier ſe vendent
, &voulant à l'avenir les
remplir Elle-meſme de Perſonnes
de merite. C'eſt par
là qu'Elle a donné à M'l'Abbé
de la Sale , Frere de M'de
la Sale Maiſtre de ſa Garderobe
, une autre Charge
d'Aumônier , vacante par la
démiffion volontaire de M
l'Abbé de Saint Valier , qui
eſt party pour le Canada , où
il doit eſtre Coadjuteur de
M lEveſque de Quebec.
GALANT. 13
- Une grande dévotion & le
zele de convertir des Infidé
1
les , luy font faire ce Voyage.
Il accompagne M' le Marquis
d'Enonvile , Colonel des
Dragons de la Reyne , qui
doit eftre Commandant en
ce Païs- là , dont vous ſçavez
que M' le Maréchal d'Eſtrades
eſt Viceroy.
Dans le meſme temps que
le Roy s'applique aux differens
ſoins que je viens de
vous marquer , il ſonge à donner
moyen à la plus jeune
& la plus qualifiée Nobleſſe
de ſon Royaume , des'entre-
4
14 MERCURE
tenir toûjours dans les exer
cices qui font les plus dignes
d'elle , &qui font qu'elle ferd
l'Etat avec plus de gloire &
plus d'avantage , lors qu'ileft
queſtion, ou de le défendre,
ou de le remettre dans ſes juſtes
bornes. C'eſt pour cela
que ce Prince a la bonté de
contribuer à la plus grande
partie de la dépenſe néceſſaire
, pour faire une Courſe de
Têtes,avec toutl'éclat qu'elle
peut eſtre par les plus grands
Seigneurs d'une Cour , qui
n'eſt pas moins renommée
par la bravoure que par la
GALANT 15
galanterie.
que ce que je vous ay
dit touchant l'Aqueduc
qui doit conduire la Riviere
d'Eure à Verſailles , vous paroiſtroit
auſſi ſurprenant que
digne d'admiration , & que
vous donneriez mille loüan-
Avril 1685. A
MERCURE
ges aux motifs de bonté qui
ont inſpiré ce deſſein au Roy,
puis que ce qu'il a eu principalement
en veuë dans cette
grande entrepriſe , a eſté de
faire trouver les moyens
de ſubſiſter à ceux d'entre
ſes Sujets , qui avoient
beſoin de quelque ſecours,
pour ne pas mener une vie
entierement malheureuſe , &
de fournir de l'occupation à
ſes Troupes , afin qu'une
longue oyſiveté ne les fift
pas devenir inhabiles au
travail , ſi quelques Puiſſances
jalouſes de la Grandeur,
GALANT.
3
troubloient le repos qu'il a
donné à l'Europe. Aprés avoir
ainſi conſulté ſa bonté
pour ſes Sujets , & l'avantage
que pourroit tirer l'Etat
fſii ſes Troupes eſtoient toûjours
endurcies au travail du
remuement des Terres , qui
eſt le travail le plus néceſfaire
dans le Meſtier de la
Guerre , il a regardé qu'en
exécutant cét admirable projet
, il couvroit la France d'u
ne gloire fans égale , & luy
donnoit lieu de ſe vanter d'être
venuë à bout d'un Ouvrage
plus grand qu'aucun
A ij
4 MERCURE
de
de ceux qui ayent jamais
eſté entrepris par les plus
puiſſans Empereurs Romains
; de forte que l'embelliſſement
que Verſailles
recevra des Eaux que cét
étonnant & miraculeux Aqueduc
y doit conduire , n'a
preſque pas eſté conſideré
par le Roy : ce Monarque
comptant pour rien ce qui
regarde ſes propres plaiſirs.
Ce n'eſt pas que la beauté
de Verſailles ſoit pour luy
ſeul. Il ſe fait une joye de
donner cét ornement à la
France , & de tenir ſa Cour
GALANT S
dans un lieu délicieux , où
elle joüit des plaiſirs de toutes
les belles Saiſons , & de
celuy d'eſtre bien logée,
pendant que les ſoins de la
grandeur & du repos de l'Etat
le tiennent dans un travail
qui a fort peu de relâche.
Mais ce Prince eſt auſſi
content , lors que fa Cour,
ſes Sujets , & les Etrangers
joüiffent des charmes de ce
magnifique lieu , & des divertiſſemens
qu'il y donne,
que s'il les prenoit ſans ceſſe
-luy meſme. L'exemple du
travail de l'Aqueduc , a pro-
A iij
6 MERCURE
د
duit un autre bien pour les
malheureux
qui n'ayant
point d'employ à Paris , n'y
pouvoient trouver les moyés
de vivre . Mrs les Prevolt
des Marchands , & Echevins
de la Ville ont fait publier,
non ſeulement qu'ils em
ployeroient toutes les Pernes
qui voudroient travailler
à remuer la Terre des Ramparts
qu'on fait autour de Paris
; mais auſſi qu'ils donneroient
tous les inftrumens
néceſſaires pour ce travail à
ceux qui n'auroient pas dequoy
en avoir. C'eſt ce qu'ils
A
GALANT.
ont fait le neufiéme de ce
mois ; de ſorte que ſi l'on
voit preſentement des Gens
fans employ , & preſſez de la
neceſſité, on ne le doit imputer
qu'à leur pareſſe , &à leur
faineantiſe. On peut ajoûter
à tout cela que ceux qui ont
voulu s'occuper , en ont toûjours
trouvé les occafions,
le Roy ayant fait travailler il
y a déja long-temps àune Levée
depuis Paris juſqu'au
bord de la Riviere qui regar--
de Seve , afin de rendre le
chemin plus praticable , &
plus commode pour ceux
A iiij
8 MERCURE
qui font obligez d'aller à
Verſailles . C'eſt dans cette
meſme veuë que Sa Majeſté
a cru qu'il falloit qu'il y euſt
un Pont au bout de cette Levée
qui conduiſiſt à Seve,
d'où Elle a fait applanir , élargir
, & paver le chemin
juſqu'à Verſailles ; ce qui le
rendra plus aifé & plus
court. Comme Elle a voulu
que ce Pont fuſt achevé en
peu de temps , Elle en a donné
le revenu pour cinquante
ans à des Particuliers qui l'ont
fait conftruire.
On en commence icy un
1
GALANT. 9 ,
de Pierre qu'on appellera le
e fait a Pont Royal , & on le fait aux
dépens de ce genéreux Monarque
, qui n'épargne rien
pour l'embelliſſement de la
Ville , & pour la commodité
de ſes Sujets. Il ſera un peu
plus proche des Tuilleries,
que celuy qu'on appelloit le
Pont Rouge , & que les Eaux.
ont entraîné depuis quelque
temps..
Quoy que le Roy n'ait
point d'occupation plus forte
que de penſer au general , il
ne laiſſe pas de ſe ſouvenir
du particulier..On le voit
८
10 MERCURE
par les penſions des Dames
du Palais , qu'il a conſervées
,
à Madame la Princeſſe de
Tingry , & à Mesdames les
Comtefles de Granmont , &
de Saint Geran qui les
avoient euës du vivant de la
Reyne. M l'Abbé de Rohan
, ſecond Fils de M le
Prince de Soubiſe a efté د
pourveu de l'Abbaye de Saint
Taurin , Ordre de S. Benoiít,
Diocéſe d'Evreux vacante
par la démiſſion volontaire de
M' l'Abbé du Frénoy , qui ſe
trouvant l'aîné de ſa Maiſon,
a cru devoir ſemettre en état
GALANT. II
de la ſoûtenir. Ces grandes
Abbayes ne devant eſtre pof
fedées que par des Perſonnes
d'une distinction particuliere
, on ne peut que loüer ce
choix du Roy , aufli bienque.
celuy qu'il a fait de M' l'Abbé
de Beuvron qu'il a gratifié
de la Charge de l'un de ſes
Aumôniers , vacante depuis
la mort de M' l'Abbé de Saint
Luc. Il y a déja quelque
temps que M'l'Abbé de Beuvron
avoit offert de l'argent
d'une autre Charge d'Aumônier
, mais l'affaire ne ſe put
conclurre , & il a eu du Roy
12 MERCURE
en pur don , celle dont il
vient d'eſtre pourveu , ſaMa
jeſté ne permettát plusque ſes
Charges d'Aumônier ſe vendent
, &voulant à l'avenir les
remplir Elle-meſme de Perſonnes
de merite. C'eſt par
là qu'Elle a donné à M'l'Abbé
de la Sale , Frere de M'de
la Sale Maiſtre de ſa Garderobe
, une autre Charge
d'Aumônier , vacante par la
démiffion volontaire de M
l'Abbé de Saint Valier , qui
eſt party pour le Canada , où
il doit eſtre Coadjuteur de
M lEveſque de Quebec.
GALANT. 13
- Une grande dévotion & le
zele de convertir des Infidé
1
les , luy font faire ce Voyage.
Il accompagne M' le Marquis
d'Enonvile , Colonel des
Dragons de la Reyne , qui
doit eftre Commandant en
ce Païs- là , dont vous ſçavez
que M' le Maréchal d'Eſtrades
eſt Viceroy.
Dans le meſme temps que
le Roy s'applique aux differens
ſoins que je viens de
vous marquer , il ſonge à donner
moyen à la plus jeune
& la plus qualifiée Nobleſſe
de ſon Royaume , des'entre-
4
14 MERCURE
tenir toûjours dans les exer
cices qui font les plus dignes
d'elle , &qui font qu'elle ferd
l'Etat avec plus de gloire &
plus d'avantage , lors qu'ileft
queſtion, ou de le défendre,
ou de le remettre dans ſes juſtes
bornes. C'eſt pour cela
que ce Prince a la bonté de
contribuer à la plus grande
partie de la dépenſe néceſſaire
, pour faire une Courſe de
Têtes,avec toutl'éclat qu'elle
peut eſtre par les plus grands
Seigneurs d'une Cour , qui
n'eſt pas moins renommée
par la bravoure que par la
GALANT 15
galanterie.
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Résumé : Prélude, contenant plusieurs Actions de grandeur, de bonté & de libéralité du Roy, & plusieurs Piéces à la gloire de ce Monarque, [titre d'après la table]
Le texte, daté d'avril 1685, discute principalement de l'aqueduc projeté pour acheminer l'eau de la rivière d'Eure à Versailles. L'auteur exprime son admiration pour ce projet, soulignant la bienveillance du roi qui cherche à fournir des moyens de subsistance à ses sujets dans le besoin et à occuper ses troupes pour éviter l'oisiveté. Le roi voit également cet ouvrage comme une source de gloire pour la France, surpassant les réalisations des empereurs romains. L'embellissement de Versailles, bien que notable, n'est pas la principale motivation du roi, qui se préoccupe davantage du bien-être de ses sujets et de la grandeur de l'État. Le texte mentionne également les initiatives prises pour employer les habitants de Paris. Les prévôts des marchands et les échevins offrent des travaux de terrassement et des outils nécessaires. De plus, le roi a entrepris des travaux pour améliorer les routes et les ponts, comme le Pont Royal, afin de faciliter les déplacements vers Versailles. Le roi montre également sa sollicitude envers les particuliers en conservant les pensions des dames du palais et en nommant des abbés à des charges vacantes. Il refuse de vendre les charges d'aumôniers, préférant les attribuer à des personnes de mérite. Il soutient aussi la noblesse en contribuant à l'organisation de courses de têtes, mettant en avant la bravoure et la galanterie de la cour.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 1262-1275
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Boyer, Docteur en Medecine de la Faculté de Montpellier, & Docteur-Regent en celle de Paris, au sujet d'une Medaille Latine de la Ville de Troade, & d'une Médaille Grecque des Dardaniens.
Début :
Ce n'est pas assez, Monsieur, d'avoir reçû avec reconnaissance les onze [...]
Mots clefs :
Médaille latine, Médaille grecque, Voyages du Levant, Bronze, Troie, Embellissements, Colonie romaine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Boyer, Docteur en Medecine de la Faculté de Montpellier, & Docteur-Regent en celle de Paris, au sujet d'une Medaille Latine de la Ville de Troade, & d'une Médaille Grecque des Dardaniens.
LETTRE de M. D. L. R. écrite à M.
Boyer , Docteur en Medecine de la Facul
té de Montpellier , & Docteur- Regent en
celle de Paris , au sujet d'une Medaille
Latine de la Ville de Troade , & du
ne Médaille Grecque des Dardaniens .
E n'est pas Monsieur , d'avoir
Creçu avec reconnoissance les onze
Médailles antiques , qu'il vous a plû de
me donner ces jours passés , que vous
avez rapportées de vos Voyages du Le
vant , et qui ont été trouvées aux envi
rons desDardanelles et des ruines de Troye ,
c'est- à-dire , sur les lieux du Monde les
I. Vol. plus
JUIN . 17317 r263
plus fameux dans l'Antiquité Grecque et
Romaine . La même reconnoissance m'en
gage de tenir ma parole , et de vous
marquer ce que ces Médailles peuvent
avoir de singulier , n'ayant pû , comme
vous sçavez , les examiner sur le champ .
Permettez moi d'en mettre d'abord neuf
au nombre de celles qui ne feront jamais
suer les Antiquaires , et qu'on trouve as
sez communément . En revanche , il y en
a deux qui me paroissent meriter une con
sideration particuliere , elles feront aussi
tout le sujet de cette Lettre .
La premiere est de moyen bronze , fort
nette , et bien conservée . On y voit d'un
côté une tête de femme couronnée , ou
coëffée de Tours ; comme vous savez que
•
les Anciens symbolisoient les principales
Villes avec une Enseigne Militaire derrie→
re; cette Legende est autour de la Tête CO .
ALEX TR , et encore ces deux Let
tres dans l'Enseigne Militaire CO. Sur
le revers est représentée la Louve avec les
deux Jumeaux , Fondateurs de Rome : on
lit au dessus COL AVG. et dans l'E
xergue T RO A. C'est -à -dire , d'un côté
Colonia Alexandrina Troadis , & de l'au
tre , Colonia Augusta Troadis ; avec la ré
petition du mot Colonia dans l'Enseigne
Militaire. Ainsi , M. je ne fais nul doute
I. Vol. que
1264 MERCURE
DE
FRANCE
que cette Médaille n'apartienne , et n'aig
été frapée à Troade , Ville de Phrygie ,
devenue dans la suite Colonie Romaine ;
mais cela ne suffit pas , il faut vous faire
connoitre cette Ville plus particuliere
ment , expliquer par-là notre Medaille,
et vous en faire connoître la singularité.
Troade étoit située sur les bords de
l'Hellespont dans cette Partie de la Phry
gie qui portoit aussi le nom de Troade ,
et selon le sentiment de plusieurs , elle de
voit son origine et sa fondation à la fa
meuse Troye , qui n'étoit éloignée du ter
rain occupé par cette nouvelle Ville , que
d'environ cinq ou six lieuës . Alexandre
le Grand , ajoûte- t-on , après avoir visité
les restes de l'ancienne Troye , et déploré
ses malheurs , fit bâtir une ville de ses
ruines , et pour mieux conserver la mé
moire de Troye , il donna le nom de
Troade a cette nouvelle Ville , qui porta
aussi le nom d'Alexandrie , à cause de son
Fondateur et du Restaurateur de Troye..
Dans la suite des tems , les Romains
ayant conquis la Grece , et cette partie de
l'Asie qui en dépendoit , la Ville de
Troade fut chez eux d'une grande consi
deration , et devint Colonie Romaine dès
le tems d'Auguste : d'autres Empereurs la
favoriserent en plusieurs manieres , et la
1.Vol.
dis
JUIN. 1731.
1265
distinguerent beaucoup par des Embelis
semens , des Privileges , &c. c'est pour
conserver la memoire de ces faveurs , et
pour marquer sa reconnoissance
que
Troade , à l'imitation des autres fameu
ses Villes , fit fraper plusieurs Médailles ,
dont quelques- unes se voyent encore dans
les Cabinets des Curieux , et sont rapor
tées dans les Ouvrages des Antiquaires.
M. Vaillant , qui en a composé un ex
près sur les Medailles des Colonies , a fait
graver les plus curieuses de celles de Troa
de qui étoient venuës à sa connoissance
lesquelles ont été frapées dans cette Ville
en l'honneur de plusieurs Empereurs et
Imperatrices depuis Trajan jusqu'à Gallus.
Ces Médailles ont d'un côtê la tête de
PEmpereur couronnée de laurier , ou de
l'Imperatrice , en l'honneur de qui elles
ont été frapées , avec la legende qui con
vient. Les Revers sont presque tous dif
ferens , et contiennent des symboles , qui
ont rapport à l'Histoire ancienne , et aux
motifs que ceux de Troade avoient en
fabriquant ces Monumens , ainsi que nous
le remarquerons dans la suite.Les légendes:
des Revers sont pareillement differentes ::
les unes ne contiennent que ces deux mots,,
Col. Troad , les autres Col. Aug. Troc ..
quelques unes Col. Alex. Aug. et dans l'E
.
د و
1. Vol.
xergue
1266 MERCURE DE FRANCE
xergue Tro. d'autres Col. Alexand. Aug. II
s'en trouve enfin qui portent ces mots Col.
Aur. Antoniana Alex. J'ajoûte que ces Me
dailles sont de moyen ou de petit bronze,
et que le sçavant Antiquaire qui les ra
porte , assure qu'elles sont presque tou
tes rares et quelques-unes d'une trés
grande rareté , et d'une consideration sin
guliere.
>
Si cela est , comme il y a lieu de le croi
re , j'ose vous assurer , Monsieur , que
notre Medaille de Troade surpasse toutes
celles dont nous venons de parler par sa
singularité et je crois que vous allez
en convenir. Elle n'a point été frapée pour
un Empereur, c'est une Medaille de Ville,
comme nous en voyons plusieurs de ces
Villes fameuses , qui ont fait une grande
figure dans l'Antiquité , lesquelles portent
d'un côté le Type de la Ville sous la figure
d'une Femme , ou d'une Déesse , comme
celles d'Athenes de Marseille , d'An
tioche, de Smyrne , & c. et sur le Revers ,
les symboles qui leur sont propres.
2
Comme Troade tiroit sa principale
gloire d'être Colonie Romaine , et qu'elle
vouloit plaire à ses Maîtres en faisant va
loir cette circonstance , on voit sur notre
Medaille une chose qui n'est pas ordinaí
re , sçavoir , non-seulement le nom de la
Ville , gravé sur les deux côtez , mais ce
qui est encore plus rare , le Titre de Co
lonie répété jusqu'à trois fois dans cette
même Médaille. Je sçai qu'il y a quel
ques exemples de Médailles Grecques ,
dont le nom de la Ville qui les a faites
fraper , se trouve sur les deux côtés ; mais
àPégard de la répetition du Titre de Colo
nie , je n'ai encore rien vû de semblable.
Au reste , Monsieur , je ne prétends
pas vous insinuer par ce que je viens de
vous dire ,, que les Médailles de la Ville de
Troade , comme Médailles de Villé , soient
plus rares que les Médailles Imperiales
de la même Ville , qui le sont déja as
sez , et par-là faire valoir plus que de rai
son notre découverte , qui sans cela
aura toûjours son mérite et sa singularité.
Il est cependant vrai , que dans Goltzius ,
dans Patin et dans le P. Hardouin , on
ne trouve la Médaille de Troade , que
comme frappée en l'honneur de quelque
Empereur ou Imperatrice ; mais comme il
se fait tous les jours de nouvelles décou
vertes , je trouve une Médaille de la qua
lité de la nôtre , quoiqu'elle n'ait ni les
mêmes symboles au Revers , ni les mêmes
Legendes , rapportée dans le bel Ouvrage
du Tresor de Brandebourg , composé par
Beger , T. I. p . 491. et j'aprens que M.
>
I. Vol. Le
1268 MERCURE DE FRANCE
Lebret , Conseiller d'Etat , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , Intendant de
Justice et du Commerce en Provence
possede dans son riche Cabinet quelques
Medailles de Troade , de la qualité de
celle dont il s'agit ici .
La Médaille du Tresor de Brandebourg
a d'un côté le Type de la Ville de Troade,
tout-à fait semblable à celui qui paroît sur
la nôtre , c'est- à - dire, une Tête de femme,
couronnée de Tours , et une Enseigne Mi
litaire derriere , avec ces Lettres autour.
ALEX TRO. l'Enseigne Militaire
ne porte aucunes Lettres. Le Revers est
tout-à- fait different. On y voit un Che
val qui paît , et cette Legende autour :
COL. AVG O , et dans l'ExergueTROĄ.
Si vous me demandez ce qu'il faut enten
dre par la Lettre O , qui suit après COL
AVG sur cette Medaille et sur quel
ques - unes semblables du Cabinet de
M. Lebret , je vous répondrai que c'est
un mistere qui a été jusqu'à present
impénétrable à tous les Antiquaires , et .
sur lequel on ne peut que hazarder des
conjectures.
→
Mais revenons à notre propre Medaille,
sur laquelle il y a encore deux observa
tions à faire. Commençons par le sym
bole de la Louve , et des deux Jumeaux
I.Vol. qui
JUIN. 1731. 1269
qui paroît sur son Revers . Rien ne con
vient mieux que ce symbole à une Me
daille de la Ville de Troade , qui , cor
sidérée seulement comme Colonie Ro
maine , devoit l'employer. Rien en effet de
plus jufte , & de plus flateur pour ses Maî
tres ,que de désigner ainsi la Ville de Rome
par le Type de sa fondation : mais le sym
bole paroit encore plus convenable , & plus
heureusement appliqué , s'il étoit vrai que
Troade ait été bâtie des débris de l'ancien
neTroye, et qu'elle représentoit en quelque
façon cette fameuse Ville , qui par Enée
Troyen, et par Remus et Romulus ses des
cendans , a , felon l'Histoire ancienne ,
donné naissance à la Ville de Rome , et au
Peuple Romain.
L'autre observation tombe sur la Legen
de de laTête CO ALEX TR.c'est- à- dire,
Colonia AlexandrinaTroadensis, ou Colonia
Alexandria Troadis . Il s'agit de sçavoir la
veritable raison de cette dénomination ..
Tous les Antiquaires qui ont parlé des Mé
dailles de Troade avec le titre ou le nom
d'Alexandriene, car toutes ne le portent pas,
comme nous le remarquerons en son lieu .
Tous les Antiquaires , dis-je , n'hésitent
point d'attribuer la fondation de la Ville:
de Troade à Alexandre le Grand.
M. Vaillant s'en explique dans ce sens .
I. Vol . même
1270 MERCURE DE FRANCE
même sur une Médaille de cette Ville
>
›
qui ne porte point le titre d'Alexan
drienne Troas urbs Phrygia minoris ab
Alexandro Magno , unde Troas Alexandri
seu Alexandria ut pluribus narrat Q
Curtius. Ce sont ces paroles ; cependant ,
le croiriez - vous Monsieur Quinte
Curce , si précisément cité , ne dit rien
là -deffus dans son Histoire. Il est seule
ment vrai que dans les Suplemens de cet
Hiftorien , Edition d'Elzevir 1664. il est
dit qu'Alexandre est venu deux fois à l'an
cienne Troye , que l'Auteur Latin ap
pelle aussi Ilium , qu'il y a visité le tom
beau d'Achille dont il se disoit issu du côté
de sa Mere , qu'il y a fait des Sacrifices , et
d'autres Ceremonies , qui sont décrites
dans le même Livre ; mais on n'y trouve
point , que ce Conquerant ait fait bâtir de
Ville dans ce Païs.
Le même M. Vaillant , prévenu sans
doute sur cette opinion , en expliquanr
dans ses Colonies,T.II. une autreMédaille
de Troade , frapée pour l'Empereur Ale
xandre Severe , avec le Titre d'Alexandri
ne,allegue encore le témoignage deQuinte
Curce , qu'il joint à celui de Strabon.sur
le même fait , Alexandria , dit - il . appet
* Medaille d'Antonin Pie , expliquée dans le
IT det Colonies de Vaillant.
1. Vol.
tationem
JUIN. 1731. 1271
lationem habet, vel ab Alexandro Magno, à
quo ex Troja ruderibus extructa est , Strabo
ne et Q. Curtio testibus , vel ab Alexandro
Severo , &c.
Nous venons de voir que la Citation
de Quinte - Curce est ici tout-à- fait gra
tuite ; celle de Strabon n'est gueres mieux
fondée ; mais elle demandera quelque exa
men , aussi - bien que ces dernieres paroles
de M. Vaillant , vel ab Alexandro Severo,
K
c. Je vous dirai cependant , que dans
Plutarque , dans Arrien , dans Êlien , et
dans les autres Auteurs qui ont parlé d'A
lexandre , je ne trouve rien qui favorise
Popinion et la citation de M. Vaillant.
Strabon a écrit
Voyons d'abord ce que
sur cette Ville : je trouve dans le second
Livre de ce celebre Auteur , la Ville dont
nous parlons , placée , comme on l'a déja
vû , dans la Phrygie , et située sur la Côte
de l'Hellespont. Dans ce même Livre , il
est aussi parlé d'une Ville d'Alexandrie
du Pays de Troade .
Strabon , en revenant dans son XIII.Li
vre à la Côte de l'Hellespont et de la
Propontide , dit expressément que Troade
est la premiere des Villes de cette Côte , il
ajoûte que sa réputation est celebre , et
que toute désolée et toute deserte qu'on la
voyoit alors , elle fourniroit la matiere
1
1
1
1
1
I
1
1
4
1
I
1
1
I
d'un ample discours.
1
1272 MERCURE DE FRANCE
En continuant la Description de l'Hel
lespont , après avoir nommé Ilium et Te
nedos , il nomme tout de suite Alexandrie
Troade , Villes , ajoûte-t'il , au- dessus des
quelles s'éleve le Mont Ida ...
Dans la suite il parle de la Ville qui
subsistoit de son tems sous le nom d'I
lium > et rapporte ce qu'on en disoit ,
sçavoir , qu'Alexandre le Grand l'ayant
visitée , après le combat du Granique ,
lui fit de grandes liberalitez , qu'il lui
donna son nom , et ordonna à ses Lieu
tenans de la réparer , ajoûtant qu'il l'a
mit au nombre des Villes libres, et qui ne
payoient aucun tribut. Enfin que ce Con
querant,après avoir vaincu les Perses, écri
vit à ces mêmes Lieutenans une Lettre
très-obligeante en faveur d'Ilium , pro
mettant d'en faire une grande Ville , d'y
bâtir un Temple superbe , et d'y établir
des Combats et es Jeux sacrez .
Après la mort d'Alexandre , c'est toû
jours Strabon qui parle , Lysimachus prit
un soin particulier de cette Ville , il y
bâtit un Temple , lui fit faire une grande
enceinte de murailles , et ordonna que
les Habitans des Villes voisines ruinées
s'y retireroient. Dans ce même tems
Lysimachus prit aussi soin de rétablir
Alexandrie , Ville qu'Antigonus avoit
1. Vol. bâtie
JUIN.
1731. 1273
bâtie au même Pays , laquelle fut d'abord
appellée Antigone , et qui changea ce
nom en celui d'Alexandrie ; cette Ville a
duré long- tems et a beaucoup prosperé.
C'est même encore aujourd'hui , dit Stra
bon , une Colonie Romaine , une Ville
enfin du nombre de celles qu'on appelle
Villes Nobles.
L'Auteur Grec revient à Ilium , pour
remarquer que quand les Romains y ar
riverent pour la premiere fois , et qu'ils
chasserent Antiochus le Grand , au-delà
du Mont Taurus , cette Ville n'étoit
gueres alors qu'un Village : il fait voir
aussi par plusieurs raisons que l'ancien
Ilium qui subsistoit du temps d'Homere ,
n'étoit point situé dans le même Lieu ,
qu'occupoit cet autre Ilium , dont il
parle .
Strabon observe de plus que le Lieu oc
cupé par cette Alexandrie,dont il est parlé
cy- dessus , étoit auparavant appellé Sigée.
Enfin il fait un peu plus bas mention
dans le même Pays d'une autre Ville nom
mée Alexandrie , bâtie au pied d'une
Montagne , et appellée aussi Antandrus.
C'est-là , ajoûte- t'il, qu'on assure qu'arriva
la celebre contestation des trois Déesses
au sujet de leur beauté , dont Pâris fut
1'Arbitre.
.
1. Vol
Il
1.274 MERCURE
DE FRANCE
Il étoit à propos , Monsieur , de vous
rapporter sommairement ce que dit Stra
bon , non-seulement au sujet de Troade;
mais encore de quelques Villes voisines ,
pour bien éclaircir la matiere dont il est ici
question . Vous voyez déja , Monsieur, que
Strabon n'a jamais dit , non plus que
Quinte- Curce , que notre Troade ait été
bâtie par Alexandre , des ruines de l'an
cienne Troye , ainsi que M. Vaillant l'a
écrit , et après lui ou avec lui , Baudrand ,
dans sa Géographie , lequel se sert à peu
près des mêmes termes , ab Alexandre
Magno excitata ut narrat Q. Curtius .
Il nous reste à voir , s'il est possible ;
ce qui peut avoir donné lieu à une er
reur de fait si considerable , à établir en
suite ce qu'il y a de certain et de plus
curieux à sçavoir sur la Ville de Troade,
principalement depuis son union à l'Em
pire Romain , et depuis que cette Ville fut
devenue une fameuse Colonie Romai ne
sans oublier ce que j'ai à vous dire sur la
Médaille des Dardaniens , que vous voyez
ici gravée avec celle de Troade .
Mais commeje prévois , Monsieur , que
cette matiere peut exceder les bornes d'une
Lettre , sans compter le peché * dont parle
In publica commoda peccem ,
· ·
Si longo sermone morer tua tempora ,
1. Vol. Horace
JUIN. 1731. . 1275
Horace , que je veux éviter , en n'arrêtant
pas trop long temps un Homme aussi dé
voué que vous à l'utilité publique ; je crois
devoir m'arrêter ici , en vous promettant
le plutôt qu'il me sera possible la suite de
ma Dissertation . Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , le 1. Janvier 1731 .
Boyer , Docteur en Medecine de la Facul
té de Montpellier , & Docteur- Regent en
celle de Paris , au sujet d'une Medaille
Latine de la Ville de Troade , & du
ne Médaille Grecque des Dardaniens .
E n'est pas Monsieur , d'avoir
Creçu avec reconnoissance les onze
Médailles antiques , qu'il vous a plû de
me donner ces jours passés , que vous
avez rapportées de vos Voyages du Le
vant , et qui ont été trouvées aux envi
rons desDardanelles et des ruines de Troye ,
c'est- à-dire , sur les lieux du Monde les
I. Vol. plus
JUIN . 17317 r263
plus fameux dans l'Antiquité Grecque et
Romaine . La même reconnoissance m'en
gage de tenir ma parole , et de vous
marquer ce que ces Médailles peuvent
avoir de singulier , n'ayant pû , comme
vous sçavez , les examiner sur le champ .
Permettez moi d'en mettre d'abord neuf
au nombre de celles qui ne feront jamais
suer les Antiquaires , et qu'on trouve as
sez communément . En revanche , il y en
a deux qui me paroissent meriter une con
sideration particuliere , elles feront aussi
tout le sujet de cette Lettre .
La premiere est de moyen bronze , fort
nette , et bien conservée . On y voit d'un
côté une tête de femme couronnée , ou
coëffée de Tours ; comme vous savez que
•
les Anciens symbolisoient les principales
Villes avec une Enseigne Militaire derrie→
re; cette Legende est autour de la Tête CO .
ALEX TR , et encore ces deux Let
tres dans l'Enseigne Militaire CO. Sur
le revers est représentée la Louve avec les
deux Jumeaux , Fondateurs de Rome : on
lit au dessus COL AVG. et dans l'E
xergue T RO A. C'est -à -dire , d'un côté
Colonia Alexandrina Troadis , & de l'au
tre , Colonia Augusta Troadis ; avec la ré
petition du mot Colonia dans l'Enseigne
Militaire. Ainsi , M. je ne fais nul doute
I. Vol. que
1264 MERCURE
DE
FRANCE
que cette Médaille n'apartienne , et n'aig
été frapée à Troade , Ville de Phrygie ,
devenue dans la suite Colonie Romaine ;
mais cela ne suffit pas , il faut vous faire
connoitre cette Ville plus particuliere
ment , expliquer par-là notre Medaille,
et vous en faire connoître la singularité.
Troade étoit située sur les bords de
l'Hellespont dans cette Partie de la Phry
gie qui portoit aussi le nom de Troade ,
et selon le sentiment de plusieurs , elle de
voit son origine et sa fondation à la fa
meuse Troye , qui n'étoit éloignée du ter
rain occupé par cette nouvelle Ville , que
d'environ cinq ou six lieuës . Alexandre
le Grand , ajoûte- t-on , après avoir visité
les restes de l'ancienne Troye , et déploré
ses malheurs , fit bâtir une ville de ses
ruines , et pour mieux conserver la mé
moire de Troye , il donna le nom de
Troade a cette nouvelle Ville , qui porta
aussi le nom d'Alexandrie , à cause de son
Fondateur et du Restaurateur de Troye..
Dans la suite des tems , les Romains
ayant conquis la Grece , et cette partie de
l'Asie qui en dépendoit , la Ville de
Troade fut chez eux d'une grande consi
deration , et devint Colonie Romaine dès
le tems d'Auguste : d'autres Empereurs la
favoriserent en plusieurs manieres , et la
1.Vol.
dis
JUIN. 1731.
1265
distinguerent beaucoup par des Embelis
semens , des Privileges , &c. c'est pour
conserver la memoire de ces faveurs , et
pour marquer sa reconnoissance
que
Troade , à l'imitation des autres fameu
ses Villes , fit fraper plusieurs Médailles ,
dont quelques- unes se voyent encore dans
les Cabinets des Curieux , et sont rapor
tées dans les Ouvrages des Antiquaires.
M. Vaillant , qui en a composé un ex
près sur les Medailles des Colonies , a fait
graver les plus curieuses de celles de Troa
de qui étoient venuës à sa connoissance
lesquelles ont été frapées dans cette Ville
en l'honneur de plusieurs Empereurs et
Imperatrices depuis Trajan jusqu'à Gallus.
Ces Médailles ont d'un côtê la tête de
PEmpereur couronnée de laurier , ou de
l'Imperatrice , en l'honneur de qui elles
ont été frapées , avec la legende qui con
vient. Les Revers sont presque tous dif
ferens , et contiennent des symboles , qui
ont rapport à l'Histoire ancienne , et aux
motifs que ceux de Troade avoient en
fabriquant ces Monumens , ainsi que nous
le remarquerons dans la suite.Les légendes:
des Revers sont pareillement differentes ::
les unes ne contiennent que ces deux mots,,
Col. Troad , les autres Col. Aug. Troc ..
quelques unes Col. Alex. Aug. et dans l'E
.
د و
1. Vol.
xergue
1266 MERCURE DE FRANCE
xergue Tro. d'autres Col. Alexand. Aug. II
s'en trouve enfin qui portent ces mots Col.
Aur. Antoniana Alex. J'ajoûte que ces Me
dailles sont de moyen ou de petit bronze,
et que le sçavant Antiquaire qui les ra
porte , assure qu'elles sont presque tou
tes rares et quelques-unes d'une trés
grande rareté , et d'une consideration sin
guliere.
>
Si cela est , comme il y a lieu de le croi
re , j'ose vous assurer , Monsieur , que
notre Medaille de Troade surpasse toutes
celles dont nous venons de parler par sa
singularité et je crois que vous allez
en convenir. Elle n'a point été frapée pour
un Empereur, c'est une Medaille de Ville,
comme nous en voyons plusieurs de ces
Villes fameuses , qui ont fait une grande
figure dans l'Antiquité , lesquelles portent
d'un côté le Type de la Ville sous la figure
d'une Femme , ou d'une Déesse , comme
celles d'Athenes de Marseille , d'An
tioche, de Smyrne , & c. et sur le Revers ,
les symboles qui leur sont propres.
2
Comme Troade tiroit sa principale
gloire d'être Colonie Romaine , et qu'elle
vouloit plaire à ses Maîtres en faisant va
loir cette circonstance , on voit sur notre
Medaille une chose qui n'est pas ordinaí
re , sçavoir , non-seulement le nom de la
Ville , gravé sur les deux côtez , mais ce
qui est encore plus rare , le Titre de Co
lonie répété jusqu'à trois fois dans cette
même Médaille. Je sçai qu'il y a quel
ques exemples de Médailles Grecques ,
dont le nom de la Ville qui les a faites
fraper , se trouve sur les deux côtés ; mais
àPégard de la répetition du Titre de Colo
nie , je n'ai encore rien vû de semblable.
Au reste , Monsieur , je ne prétends
pas vous insinuer par ce que je viens de
vous dire ,, que les Médailles de la Ville de
Troade , comme Médailles de Villé , soient
plus rares que les Médailles Imperiales
de la même Ville , qui le sont déja as
sez , et par-là faire valoir plus que de rai
son notre découverte , qui sans cela
aura toûjours son mérite et sa singularité.
Il est cependant vrai , que dans Goltzius ,
dans Patin et dans le P. Hardouin , on
ne trouve la Médaille de Troade , que
comme frappée en l'honneur de quelque
Empereur ou Imperatrice ; mais comme il
se fait tous les jours de nouvelles décou
vertes , je trouve une Médaille de la qua
lité de la nôtre , quoiqu'elle n'ait ni les
mêmes symboles au Revers , ni les mêmes
Legendes , rapportée dans le bel Ouvrage
du Tresor de Brandebourg , composé par
Beger , T. I. p . 491. et j'aprens que M.
>
I. Vol. Le
1268 MERCURE DE FRANCE
Lebret , Conseiller d'Etat , Premier Pré
sident du Parlement d'Aix , Intendant de
Justice et du Commerce en Provence
possede dans son riche Cabinet quelques
Medailles de Troade , de la qualité de
celle dont il s'agit ici .
La Médaille du Tresor de Brandebourg
a d'un côté le Type de la Ville de Troade,
tout-à fait semblable à celui qui paroît sur
la nôtre , c'est- à - dire, une Tête de femme,
couronnée de Tours , et une Enseigne Mi
litaire derriere , avec ces Lettres autour.
ALEX TRO. l'Enseigne Militaire
ne porte aucunes Lettres. Le Revers est
tout-à- fait different. On y voit un Che
val qui paît , et cette Legende autour :
COL. AVG O , et dans l'ExergueTROĄ.
Si vous me demandez ce qu'il faut enten
dre par la Lettre O , qui suit après COL
AVG sur cette Medaille et sur quel
ques - unes semblables du Cabinet de
M. Lebret , je vous répondrai que c'est
un mistere qui a été jusqu'à present
impénétrable à tous les Antiquaires , et .
sur lequel on ne peut que hazarder des
conjectures.
→
Mais revenons à notre propre Medaille,
sur laquelle il y a encore deux observa
tions à faire. Commençons par le sym
bole de la Louve , et des deux Jumeaux
I.Vol. qui
JUIN. 1731. 1269
qui paroît sur son Revers . Rien ne con
vient mieux que ce symbole à une Me
daille de la Ville de Troade , qui , cor
sidérée seulement comme Colonie Ro
maine , devoit l'employer. Rien en effet de
plus jufte , & de plus flateur pour ses Maî
tres ,que de désigner ainsi la Ville de Rome
par le Type de sa fondation : mais le sym
bole paroit encore plus convenable , & plus
heureusement appliqué , s'il étoit vrai que
Troade ait été bâtie des débris de l'ancien
neTroye, et qu'elle représentoit en quelque
façon cette fameuse Ville , qui par Enée
Troyen, et par Remus et Romulus ses des
cendans , a , felon l'Histoire ancienne ,
donné naissance à la Ville de Rome , et au
Peuple Romain.
L'autre observation tombe sur la Legen
de de laTête CO ALEX TR.c'est- à- dire,
Colonia AlexandrinaTroadensis, ou Colonia
Alexandria Troadis . Il s'agit de sçavoir la
veritable raison de cette dénomination ..
Tous les Antiquaires qui ont parlé des Mé
dailles de Troade avec le titre ou le nom
d'Alexandriene, car toutes ne le portent pas,
comme nous le remarquerons en son lieu .
Tous les Antiquaires , dis-je , n'hésitent
point d'attribuer la fondation de la Ville:
de Troade à Alexandre le Grand.
M. Vaillant s'en explique dans ce sens .
I. Vol . même
1270 MERCURE DE FRANCE
même sur une Médaille de cette Ville
>
›
qui ne porte point le titre d'Alexan
drienne Troas urbs Phrygia minoris ab
Alexandro Magno , unde Troas Alexandri
seu Alexandria ut pluribus narrat Q
Curtius. Ce sont ces paroles ; cependant ,
le croiriez - vous Monsieur Quinte
Curce , si précisément cité , ne dit rien
là -deffus dans son Histoire. Il est seule
ment vrai que dans les Suplemens de cet
Hiftorien , Edition d'Elzevir 1664. il est
dit qu'Alexandre est venu deux fois à l'an
cienne Troye , que l'Auteur Latin ap
pelle aussi Ilium , qu'il y a visité le tom
beau d'Achille dont il se disoit issu du côté
de sa Mere , qu'il y a fait des Sacrifices , et
d'autres Ceremonies , qui sont décrites
dans le même Livre ; mais on n'y trouve
point , que ce Conquerant ait fait bâtir de
Ville dans ce Païs.
Le même M. Vaillant , prévenu sans
doute sur cette opinion , en expliquanr
dans ses Colonies,T.II. une autreMédaille
de Troade , frapée pour l'Empereur Ale
xandre Severe , avec le Titre d'Alexandri
ne,allegue encore le témoignage deQuinte
Curce , qu'il joint à celui de Strabon.sur
le même fait , Alexandria , dit - il . appet
* Medaille d'Antonin Pie , expliquée dans le
IT det Colonies de Vaillant.
1. Vol.
tationem
JUIN. 1731. 1271
lationem habet, vel ab Alexandro Magno, à
quo ex Troja ruderibus extructa est , Strabo
ne et Q. Curtio testibus , vel ab Alexandro
Severo , &c.
Nous venons de voir que la Citation
de Quinte - Curce est ici tout-à- fait gra
tuite ; celle de Strabon n'est gueres mieux
fondée ; mais elle demandera quelque exa
men , aussi - bien que ces dernieres paroles
de M. Vaillant , vel ab Alexandro Severo,
K
c. Je vous dirai cependant , que dans
Plutarque , dans Arrien , dans Êlien , et
dans les autres Auteurs qui ont parlé d'A
lexandre , je ne trouve rien qui favorise
Popinion et la citation de M. Vaillant.
Strabon a écrit
Voyons d'abord ce que
sur cette Ville : je trouve dans le second
Livre de ce celebre Auteur , la Ville dont
nous parlons , placée , comme on l'a déja
vû , dans la Phrygie , et située sur la Côte
de l'Hellespont. Dans ce même Livre , il
est aussi parlé d'une Ville d'Alexandrie
du Pays de Troade .
Strabon , en revenant dans son XIII.Li
vre à la Côte de l'Hellespont et de la
Propontide , dit expressément que Troade
est la premiere des Villes de cette Côte , il
ajoûte que sa réputation est celebre , et
que toute désolée et toute deserte qu'on la
voyoit alors , elle fourniroit la matiere
1
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I
d'un ample discours.
1
1272 MERCURE DE FRANCE
En continuant la Description de l'Hel
lespont , après avoir nommé Ilium et Te
nedos , il nomme tout de suite Alexandrie
Troade , Villes , ajoûte-t'il , au- dessus des
quelles s'éleve le Mont Ida ...
Dans la suite il parle de la Ville qui
subsistoit de son tems sous le nom d'I
lium > et rapporte ce qu'on en disoit ,
sçavoir , qu'Alexandre le Grand l'ayant
visitée , après le combat du Granique ,
lui fit de grandes liberalitez , qu'il lui
donna son nom , et ordonna à ses Lieu
tenans de la réparer , ajoûtant qu'il l'a
mit au nombre des Villes libres, et qui ne
payoient aucun tribut. Enfin que ce Con
querant,après avoir vaincu les Perses, écri
vit à ces mêmes Lieutenans une Lettre
très-obligeante en faveur d'Ilium , pro
mettant d'en faire une grande Ville , d'y
bâtir un Temple superbe , et d'y établir
des Combats et es Jeux sacrez .
Après la mort d'Alexandre , c'est toû
jours Strabon qui parle , Lysimachus prit
un soin particulier de cette Ville , il y
bâtit un Temple , lui fit faire une grande
enceinte de murailles , et ordonna que
les Habitans des Villes voisines ruinées
s'y retireroient. Dans ce même tems
Lysimachus prit aussi soin de rétablir
Alexandrie , Ville qu'Antigonus avoit
1. Vol. bâtie
JUIN.
1731. 1273
bâtie au même Pays , laquelle fut d'abord
appellée Antigone , et qui changea ce
nom en celui d'Alexandrie ; cette Ville a
duré long- tems et a beaucoup prosperé.
C'est même encore aujourd'hui , dit Stra
bon , une Colonie Romaine , une Ville
enfin du nombre de celles qu'on appelle
Villes Nobles.
L'Auteur Grec revient à Ilium , pour
remarquer que quand les Romains y ar
riverent pour la premiere fois , et qu'ils
chasserent Antiochus le Grand , au-delà
du Mont Taurus , cette Ville n'étoit
gueres alors qu'un Village : il fait voir
aussi par plusieurs raisons que l'ancien
Ilium qui subsistoit du temps d'Homere ,
n'étoit point situé dans le même Lieu ,
qu'occupoit cet autre Ilium , dont il
parle .
Strabon observe de plus que le Lieu oc
cupé par cette Alexandrie,dont il est parlé
cy- dessus , étoit auparavant appellé Sigée.
Enfin il fait un peu plus bas mention
dans le même Pays d'une autre Ville nom
mée Alexandrie , bâtie au pied d'une
Montagne , et appellée aussi Antandrus.
C'est-là , ajoûte- t'il, qu'on assure qu'arriva
la celebre contestation des trois Déesses
au sujet de leur beauté , dont Pâris fut
1'Arbitre.
.
1. Vol
Il
1.274 MERCURE
DE FRANCE
Il étoit à propos , Monsieur , de vous
rapporter sommairement ce que dit Stra
bon , non-seulement au sujet de Troade;
mais encore de quelques Villes voisines ,
pour bien éclaircir la matiere dont il est ici
question . Vous voyez déja , Monsieur, que
Strabon n'a jamais dit , non plus que
Quinte- Curce , que notre Troade ait été
bâtie par Alexandre , des ruines de l'an
cienne Troye , ainsi que M. Vaillant l'a
écrit , et après lui ou avec lui , Baudrand ,
dans sa Géographie , lequel se sert à peu
près des mêmes termes , ab Alexandre
Magno excitata ut narrat Q. Curtius .
Il nous reste à voir , s'il est possible ;
ce qui peut avoir donné lieu à une er
reur de fait si considerable , à établir en
suite ce qu'il y a de certain et de plus
curieux à sçavoir sur la Ville de Troade,
principalement depuis son union à l'Em
pire Romain , et depuis que cette Ville fut
devenue une fameuse Colonie Romai ne
sans oublier ce que j'ai à vous dire sur la
Médaille des Dardaniens , que vous voyez
ici gravée avec celle de Troade .
Mais commeje prévois , Monsieur , que
cette matiere peut exceder les bornes d'une
Lettre , sans compter le peché * dont parle
In publica commoda peccem ,
· ·
Si longo sermone morer tua tempora ,
1. Vol. Horace
JUIN. 1731. . 1275
Horace , que je veux éviter , en n'arrêtant
pas trop long temps un Homme aussi dé
voué que vous à l'utilité publique ; je crois
devoir m'arrêter ici , en vous promettant
le plutôt qu'il me sera possible la suite de
ma Dissertation . Je suis , Monsieur , &c.
A Paris , le 1. Janvier 1731 .
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Résumé : LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Boyer, Docteur en Medecine de la Faculté de Montpellier, & Docteur-Regent en celle de Paris, au sujet d'une Medaille Latine de la Ville de Troade, & d'une Médaille Grecque des Dardaniens.
La lettre de M. D. L. R. à M. Boyer, docteur en médecine, discute de deux médailles antiques provenant des environs des Dardanelles et des ruines de Troie. L'auteur exprime sa gratitude pour les onze médailles reçues et se concentre sur l'examen de deux d'entre elles. La première médaille, en moyen bronze, présente sur une face une tête de femme couronnée avec l'inscription 'CO. ALEX TR' et une enseigne militaire. Sur l'autre face, elle montre la louve avec les jumeaux Romulus et Rémus, symbolisant la fondation de Rome, avec les inscriptions 'COL AVG.' et 'T RO A'. Cette médaille est identifiée comme appartenant à la ville de Troade, une colonie romaine en Phrygie fondée par Alexandre le Grand sur les ruines de l'ancienne Troie. Troade, située sur les bords de l'Hellespont, était une ville importante qui devint une colonie romaine sous Auguste. Plusieurs empereurs l'ont favorisée par des embellissements et des privilèges. La médaille en question est unique car elle répète le titre de 'Colonie' jusqu'à trois fois, ce qui est rare pour les médailles de ville. L'auteur mentionne également d'autres médailles de Troade, frappées en l'honneur de divers empereurs, et note que la sienne est singulière car elle n'est pas dédiée à un empereur mais à la ville elle-même. Le texte traite également de plusieurs villes historiques mentionnées par Strabon. Alexandrie, initialement nommée Antigone, a été fondée par Antigonus et est aujourd'hui une colonie romaine et une ville noble. Strabon mentionne également Ilium, qui n'était qu'un village lorsque les Romains y arrivèrent pour chasser Antiochus le Grand. Il précise que l'ancien Ilium d'Homère n'était pas situé au même endroit que celui de son époque. Strabon observe que l'emplacement d'Alexandrie était auparavant appelé Sigée. Il parle également d'une autre ville nommée Alexandrie, située au pied d'une montagne et appelée Antandrus, où aurait eu lieu la célèbre contestation des trois déesses au sujet de leur beauté, avec Pâris comme arbitre. L'auteur souligne que Strabon et Quintus Curtius n'ont jamais affirmé que la Troade avait été bâtie par Alexandre à partir des ruines de l'ancienne Troie, contrairement à ce que certains auteurs comme M. Vaillant et Baudrand ont écrit. Il promet de poursuivre sa dissertation sur la ville de Troade, son union à l'Empire romain, et sa transformation en une célèbre colonie romaine, ainsi que sur la médaille des Dardaniens.
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