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1
p. 14-19
Presens du Roy de Siam à Monseigneur.
Début :
Deux calanes du Japon, garnies de tambacq, qui sont deux lames [...]
Mots clefs :
Japon, Argent, Ouvrage, Fleurs, Vernis, Coupe, Pierre, Tapis, Coffre, Louis de France, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Presens du Roy de Siam à Monseigneur.
Preſens du Roy de Siam
àMonseigneur.
Deux calanes du Japon , garnies
de tambacq , qui font deux lames
de fabre tres - larges , au bout d'un
bois bien long.
Une éguiere avec ſon baſſin d'or,
à Monseigneur. 15
ouvrage du Japon.
Une petite coupe d'or entourée
Un boüilly d'or pour le Thé.
d'un rameau , ouvrage du Japon
tres-curieux .
Une coupe d'or , ouvrage du Ja
pon .
Une coupe_avec ſon petit plat
d'argent , du Japon.
Une chocolatiere d'argent, fleurs
d'or.
Une autre chocolatiere d'argent
, fleurs d'or , d'un ouvrage fort
relevé , du Japon.
Deux pots d'argent couverts.
Deux écritoires
vrage du Japon .
d'argent , ou-
Deux taſſes couvertes d'argent
avec des ornemens d'or .
Une grande taſſe d'argent avec
des ornemens d'or , ouvrage curieux
du Japon.
Deux taſſes d'argent , du Japon.
Deux petites taſſes avec leurs
16 Presens du Roy de Siam
petits plats d'argent , avec des or
neniens d'or .
Deux autres petites taſſes entourées
de rameaux avec leurs baffins
, le tout d'argent.
Deux autres petites taſſes d'une
autre façon.
Une petite tabatiere d'argent ,
ouvrage du Japon .
Un grand vaſe avec un baſſin
d'argent , du Japon , fort beau.
Deux dames du Japon , qui portent
chacune dans leurs mains un
petit plat & une taſſe d'argent , &
quand la taſſe eſt pleine d'un cordial
, les dames vont à la promenade.
Un crabe d'argent , qui porte
fur le dos une coupe ,& qui marche
par reffort .
Une coupe faite d'une ſeule pier .
rè , avec un feüillage autour , ouvrage
de la Chine .
Une coupe couverte de rameaux,
chargée
à Monseigneur. 17
:
chargée de fleurs & de fruits .
Une petite coupe de pierre , entourée
d'un ſerpent.
Deux petites coupes de pierre,
d'un ouvrage admirable .
Un lion de la Chine , fait d'une
ſeule pierre.
Une petite éguiere d'une ſeule
pierre .
Deux robes de chambre du Japon
, bien travaillées .
Un tapis de velours verd à fleurs ,
d'Indouſtan .
Un tapis de ſoye à fleurs , de
diverſes couleurs .
Un tapis de foye & velours, cou.
leur d'or , d'Indouſtan.
Un tapis de drap à fleurs , auſſi
de diverſes couleurs .
Deux cabinets d'argent , garnis ,
ouvrage du Japon .
Un petit coffre partie de cuivre
rouge , partie de vernis , du Japon.
Deux pupitres garnis d'argent,
B
18 Prefens du Roy de Siam
l'un d'écaille de tortuë , & l'autre
de vernis , du Japon.
Quatre grands bandeges bordez
d'argent.
Un petit coffre garny d'argent.
Vingr&une fortes de bandeges
grands & petits , tres - beaux , du
Japon .
Deux falieres d'écaille de tortuë
, & trois autres de vernis , du
Japon , une garnie d'argent .
Une petite table de vernis , du
Japon.
Un petit coffre plat d'écaille de
tortuë .
Une petite faliere du Japon .
Un tiroir couvert à compartimens.
Un petit coffre où il y en a douze
autres de vernis , du Japon.
Une grande boëtte avec ſon
bandege , de vernis noir à fleurs
d'or.
Deux petites boëttes de vernis
à Monseigneur. 19
rouge.
Un ſervice d'un Grand du Japon
, pour ſa maiſon .
Deux lanternes de ſoye à di
verſes fleurs , garnies d'argent.
Un petit cabinet du Japon.
Deux paravents de foye du Japon
, ouvrage admirable.
Trois coffres , deux rouges & un
noir , vernis , du Japon.
Deux boëttes vernies or & verd.
Six livres & demie d'aquila .
Outre cela il y a quatre-vingtquatre
pieces de porcelaine , tant
grandes que petites ,
belles .
àMonseigneur.
Deux calanes du Japon , garnies
de tambacq , qui font deux lames
de fabre tres - larges , au bout d'un
bois bien long.
Une éguiere avec ſon baſſin d'or,
à Monseigneur. 15
ouvrage du Japon.
Une petite coupe d'or entourée
Un boüilly d'or pour le Thé.
d'un rameau , ouvrage du Japon
tres-curieux .
Une coupe d'or , ouvrage du Ja
pon .
Une coupe_avec ſon petit plat
d'argent , du Japon.
Une chocolatiere d'argent, fleurs
d'or.
Une autre chocolatiere d'argent
, fleurs d'or , d'un ouvrage fort
relevé , du Japon.
Deux pots d'argent couverts.
Deux écritoires
vrage du Japon .
d'argent , ou-
Deux taſſes couvertes d'argent
avec des ornemens d'or .
Une grande taſſe d'argent avec
des ornemens d'or , ouvrage curieux
du Japon.
Deux taſſes d'argent , du Japon.
Deux petites taſſes avec leurs
16 Presens du Roy de Siam
petits plats d'argent , avec des or
neniens d'or .
Deux autres petites taſſes entourées
de rameaux avec leurs baffins
, le tout d'argent.
Deux autres petites taſſes d'une
autre façon.
Une petite tabatiere d'argent ,
ouvrage du Japon .
Un grand vaſe avec un baſſin
d'argent , du Japon , fort beau.
Deux dames du Japon , qui portent
chacune dans leurs mains un
petit plat & une taſſe d'argent , &
quand la taſſe eſt pleine d'un cordial
, les dames vont à la promenade.
Un crabe d'argent , qui porte
fur le dos une coupe ,& qui marche
par reffort .
Une coupe faite d'une ſeule pier .
rè , avec un feüillage autour , ouvrage
de la Chine .
Une coupe couverte de rameaux,
chargée
à Monseigneur. 17
:
chargée de fleurs & de fruits .
Une petite coupe de pierre , entourée
d'un ſerpent.
Deux petites coupes de pierre,
d'un ouvrage admirable .
Un lion de la Chine , fait d'une
ſeule pierre.
Une petite éguiere d'une ſeule
pierre .
Deux robes de chambre du Japon
, bien travaillées .
Un tapis de velours verd à fleurs ,
d'Indouſtan .
Un tapis de ſoye à fleurs , de
diverſes couleurs .
Un tapis de foye & velours, cou.
leur d'or , d'Indouſtan.
Un tapis de drap à fleurs , auſſi
de diverſes couleurs .
Deux cabinets d'argent , garnis ,
ouvrage du Japon .
Un petit coffre partie de cuivre
rouge , partie de vernis , du Japon.
Deux pupitres garnis d'argent,
B
18 Prefens du Roy de Siam
l'un d'écaille de tortuë , & l'autre
de vernis , du Japon.
Quatre grands bandeges bordez
d'argent.
Un petit coffre garny d'argent.
Vingr&une fortes de bandeges
grands & petits , tres - beaux , du
Japon .
Deux falieres d'écaille de tortuë
, & trois autres de vernis , du
Japon , une garnie d'argent .
Une petite table de vernis , du
Japon.
Un petit coffre plat d'écaille de
tortuë .
Une petite faliere du Japon .
Un tiroir couvert à compartimens.
Un petit coffre où il y en a douze
autres de vernis , du Japon.
Une grande boëtte avec ſon
bandege , de vernis noir à fleurs
d'or.
Deux petites boëttes de vernis
à Monseigneur. 19
rouge.
Un ſervice d'un Grand du Japon
, pour ſa maiſon .
Deux lanternes de ſoye à di
verſes fleurs , garnies d'argent.
Un petit cabinet du Japon.
Deux paravents de foye du Japon
, ouvrage admirable.
Trois coffres , deux rouges & un
noir , vernis , du Japon.
Deux boëttes vernies or & verd.
Six livres & demie d'aquila .
Outre cela il y a quatre-vingtquatre
pieces de porcelaine , tant
grandes que petites ,
belles .
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Résumé : Presens du Roy de Siam à Monseigneur.
Le document énumère les présents offerts par le roi de Siam, incluant divers objets du Japon tels que des calanes garnies de tambacq, une éguière avec son bassin d'or, des coupes et des tasses d'or et d'argent, des chocolatières d'argent ornées de fleurs d'or, des écritoires, des pots couverts, des boîtes à thé, des tabatières, des vases, des dames porteuses de plats et de tasses, un crabe d'argent portant une coupe, et des robes de chambre. Parmi les objets chinois figurent une coupe en pierre avec un feuillage, une coupe couverte de rameaux, des coupes de pierre, un lion en pierre, et une éguière en pierre. Le document mentionne également des tapis de l'Indoustan, des cabinets d'argent, des coffres, des pupitres, des bandeges, des falieres, des tables, des tiroirs, des boîtes, des lanternes, des paravents, et des coffres vernissés. Enfin, il est fait référence à un service d'un grand du Japon, des lanternes de soie, des livres d'aquila, et quatre-vingt-quatre pièces de porcelaine.
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2
p. 26-28
Presens de Monsieur Constance à Monsieur le Marquis de Seignelay.
Début :
Une couppe d'or, ouvrage du Japon. Deux salieres d'argent. [...]
Mots clefs :
Vernis, Japon, Argent, Coffre, Présents, Marquis de Seignelay, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, Couvert, Fleurs, Boîte, Alexandre de Chaumont
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texteReconnaissance textuelle : Presens de Monsieur Constance à Monsieur le Marquis de Seignelay.
Prefens de Monfieur Constance
àMonfieur leMarquis
de Seignelay.
Vne couppe d'or , ouvrage du
Japon.
Deux ſalieres d'argent.
Deux chocolatieres d'argent.
Vne plus grande chocolatiere
d'argent.
Vne grande taſſe d'argent.
Deux petits vaſes couverts de
même.
Vne petite taſſe avec ſon baſſin
couvert de même.
Deux petits flacons d'argent ou
vragé,duJapon.
àM. de Seignelay. 27
Vn ſervice d'un Grand du Japon
, de vernis noir à fleurs d'or.
Huit differens bandeges du Japon.
Vne boëtte rouge à huit côtez ,
garnie d'autres petites boëttes .
Vn petit coffre de vernis , garny
d'argent.
Vne petite écritoire de vernis.
Vn petit coffre portatif à quatre
étages.
Vine boëtte de vernis noir à trois
étages , à fleurs d'or.
Vne écritoire unie de vernis du
Japon.
Vn tiroir couvert de vernis du
Japon.
Vn petit coffre d'écaille de tortuë,
duJapon.
Quatre petites boëttes de vernis
tres-curieuſes.
Vne robe de chambre du Japon ,
tresbelle.
Deux cornes de Rhinoceros.
Cj
28 Prefens à M. de Seignelay.
Deux paravens chacun de dixhuit
feüilles de vernis , travaillez à
la Chine , fort curieux.
Vn grand cabinet fort curieux ,
duJapon.
Vn coffre pleinde nids d'oiſeaux.
Quatre boëttes de Thé.
Il y a outre cela 190. porcelaines
, tant grandes que petites , toutes
belles , & quelques-unes fort
anciennes .
Il y a un autre Preſent pareil pour
Monfieur le Marquis de Croiſſfy de la
part de Monfieur Conftance.
Ie ne marque point auſſi les Prefens
qu'on a fait àMonfieur l'Ambassadeur
&àMonfieur l'AbbédeChoiſy, qui ont
étéfort magnifiques.
àMonfieur leMarquis
de Seignelay.
Vne couppe d'or , ouvrage du
Japon.
Deux ſalieres d'argent.
Deux chocolatieres d'argent.
Vne plus grande chocolatiere
d'argent.
Vne grande taſſe d'argent.
Deux petits vaſes couverts de
même.
Vne petite taſſe avec ſon baſſin
couvert de même.
Deux petits flacons d'argent ou
vragé,duJapon.
àM. de Seignelay. 27
Vn ſervice d'un Grand du Japon
, de vernis noir à fleurs d'or.
Huit differens bandeges du Japon.
Vne boëtte rouge à huit côtez ,
garnie d'autres petites boëttes .
Vn petit coffre de vernis , garny
d'argent.
Vne petite écritoire de vernis.
Vn petit coffre portatif à quatre
étages.
Vine boëtte de vernis noir à trois
étages , à fleurs d'or.
Vne écritoire unie de vernis du
Japon.
Vn tiroir couvert de vernis du
Japon.
Vn petit coffre d'écaille de tortuë,
duJapon.
Quatre petites boëttes de vernis
tres-curieuſes.
Vne robe de chambre du Japon ,
tresbelle.
Deux cornes de Rhinoceros.
Cj
28 Prefens à M. de Seignelay.
Deux paravens chacun de dixhuit
feüilles de vernis , travaillez à
la Chine , fort curieux.
Vn grand cabinet fort curieux ,
duJapon.
Vn coffre pleinde nids d'oiſeaux.
Quatre boëttes de Thé.
Il y a outre cela 190. porcelaines
, tant grandes que petites , toutes
belles , & quelques-unes fort
anciennes .
Il y a un autre Preſent pareil pour
Monfieur le Marquis de Croiſſfy de la
part de Monfieur Conftance.
Ie ne marque point auſſi les Prefens
qu'on a fait àMonfieur l'Ambassadeur
&àMonfieur l'AbbédeChoiſy, qui ont
étéfort magnifiques.
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Résumé : Presens de Monsieur Constance à Monsieur le Marquis de Seignelay.
Le document répertorie les présents offerts par Monsieur Constance au Marquis de Seignelay. Ces cadeaux incluent des articles de luxe et d'artisanat principalement originaires du Japon et de la Chine. Parmi les objets figurent une coupe d'or japonaise, plusieurs salières, chocolatières et tasses en argent, des vases, des flacons, un service de vernis noir à fleurs d'or, des bandages, des boîtes, des coffres, des écritoires, et des cornes de rhinocéros. Notamment, deux paravents de dix-huit feuilles chacun, un grand cabinet, un coffre rempli de nids d'oiseaux, et quatre boîtes de thé sont mentionnés. De plus, il y a 190 porcelaines de différentes tailles et époques. Un présent similaire a été offert au Marquis de Croissy. Les présents destinés à Monsieur l'Ambassadeur et à Monsieur l'Abbé de Choisy sont décrits comme magnifiques, bien que non détaillés dans ce document.
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3
p. 3-22
PLAINTES Au Messager du Mans sur sa lenteur & sur sa paresse.
Début :
Ce n'est point l'interest ni l'amour de la gloire, [...]
Mots clefs :
Le Mans, Messager, Coffre, Triste, Douleur, Temps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PLAINTES Au Messager du Mans sur sa lenteur & sur sa paresse.
PLAINTES
Au Messager du Mans sur sa
lenteur &sursaparesse. CE n'est point l'interest
ni l'amour de la gloire,
Qui me fait en ce jour importuner
les Cieux,
Je n'ai rien à ptétendre au
Temple de mémoire;
Le vif éclat de l'or n'ébloüit
point mes yeux,
De ces foibles honteux
mon ame préservée
Ne nourrit point dans
moi de si bas sentimens;
Tout ceque je demande
est la prompte arrivée
DuMessager du Mans.
Déjà vingt fois & plus le
Le Soleil & la Lune
Ont regnétour-à-tour
Depuisqueje languis dans
ma triste infortune
Déjàlalumiere du jour
A vingt fois pour le moins
fait place à la chandelle
Sans que durantun si long
temps
On aie vû dans ces lieux
lanobleharidelle
Du Messager du Mans.
Cependant je gemis, &
ma douleur profonde
Me fait perdre le jugement
Quavez-vous?me dit tout
le monde,
Vous êtes depuis peu tout
je ne sçai comment.
Helas ! si on sçavoit la
cause
De cesmaux cruels& prêt
sans,
Si l'on sçavoit. & quoy?
non jene puis,jen'ose,
Et je ne le dirai qu'au
Messager du Mans.
Quel démon cruel & barbare
Si long-temps l'arrête en
chemin,
Quel ennemi secret, quel
ennuyeux destin
Tous deux si long-temps
nous sépare ?
Non, je ne puis souffrir
tous ces retardemens,
Je veux moi-même aller
le chercher & le
suivre
1
Car c'en est trop, & je ne
puis plus vivre
Si je ne vois le Messager
du Mans.
Quoy tout le jour à ma
pensée
Son image viendra s'offrir,
Etma douleurprelente &
ma douleur passée
Me feront doublement
souffrir,
Encore si la nuit dans un
repos tranquile
Contre tous mes chagrins
jetrouvois un azyle;
Mais non, quand le sommeil
peut assoupir
-
mes sens
Si je rêve
y
je rêve au Messager
du Mans.
Si pourcalmer un peu ma
triste inquiétude
Je prens quelque Livre à
la main,
D'abord son souvenir
vient troubler mon:
étude
Et me fait perdre mon.
latin.
Oui;j'ai beau tout tenter,
rien ne peut m'en dutraire,
Et je passe souvent tout le
jour, à quoy faire?
Le dirai-je? à compter les
heures,les momens
Que retarde en chemin le
Messager du Mans.
Si quelqu'un vient à ma
rencontre
Je vais le prendre au dépourvû,
Et lui disant
: Ne l'avezvous
point vu > Bongré, malgré, je veux
qu'il me le montre,
S'il me demande, & qui?
je demeure en suspens,
Et j'admire son ignorance,
Croyant quecommemoy
tout le monde ici
pense
Au Messager" du Mans.
Si quelqu'autre plus favorable
Encre dans ce qui fait ma
peine ôc mon souci
Et me dit d'unair agréable,
Je levis l'ature jour quoiqu'un
peu loin d'ici,
J'admire son bonhelir&
je lui porte envie,
Je le montre à tous les
passans,
Et renforçant ma voix devant
tous je mécrie:
L'heureux homme!il a vu
le Messager du Mans.
Si quelque voyageur vers
le Mans prend sa route,
Je l'arrête,quoyqu'il en
coûte,
Il a beau me crier:Monsieur
je suis pressé,
On m'attend, laissez-moi,
s'il vous plaist,le
passage,
Je le recharge encor de
mille complimens
P,our l'heureux- Ménager du Mans.
Je fais le guet planté tout
le jour
sur
ma portey
Tantôt assis,tantôt debout,
Et quoy qu'il entre, ou
quoy qu'il sorte,
Je vois, & j'examine couc.
L'esprit tout occupé de
cette unique affaire,
Alerte au moindre bruit,
si par hazard j'entens
QuelqueCheval hennir,
ou bien quelqueAsne
1braire,1
Je crois toujours que c'est
le Messagerdu Mans.
Entendray -jebientôt
gringotterles sonnettes?
Leverrai-je bientôt entrer
superbement?
Claquant son foüet & piquant
ses mazettes?
Quand viendra-t-il ce
, Messager charmanty
Lesforêts, les rochees"&
le creux des fontaines
Retentissent partout de
,-
mes gemisseméns,
Scras-tu donc leseulinseasible
à mespeines,
Barbare Messager du
Mans?
Helas quand dans Roüen,
tu me faisois tant
d'offres,
Si tu voulois si tard m'apporter
mes deux coffres
Falloit-il t'en charger,
Boureau de Messager?
Je m'ensouviens encor, tu
ne peux t'en défendre,
Dans six jours au plus tard
tu devois me les rendre,
Tu me l'avois juré, sontce
là tes sermens,
Traistre de Messager du
Mans?
Que diras-tu pour ton ex-
Si rien pourtant peutt'excuser:
Cherchequelquedétour,
invente quelque rufe,
Ingrat, je taiderai moymême
à m'abuser,
Pour toy je sens encor un
reste de tendresse
Malgré tous mes ressentimens.
O Ciel peut-on avoir tant
defoiblesse
Pour un maraut de Messager
du Mans?
Parle enfin, dis-moy quelque
chose,
Qui t'a si long-temps rerenÙ"),
De ces delays viens
m'apprendre lacause,
Dis;) ne devrois-tu pasi
être déjà venu>
Quoy ces rossesn'ont pû'r
faire un silongvoyage?
Des brigands t'ont voie
tout monpauvre Çql!l':,
01 page?sr-': (}
On
On t'a roüé de coups?Plût
à Dieu:mais tu mens,
Fripon de Messager du
Mans.
Dis plûtôt qu'à trinquer
bornant ta diligence,
T'arrêtant à chaque bou-
, chon,
Par tout où tu trouvois le
cydre ou le vin bon,
Tu ne songeois, coquin,
qu'à te garnir la panse;
Ne dissimule point, dis
qu'à force de boire
Avecque tes pareils tous
mauvais garnemens,
De mes coffres reçûs tu
perdis la memoire,
Yvrogne Messager du
Mans.
Tu ne peux desormais appasserma
colere,
Tu periras, ingrat, l'Arrest
en est porté,
Non, je n'écoute plus ni
soupirs ni prieres,
Tu n'as que trop longtempsoutrage
ma
bonté;
Je veux que sans misericorde
On t'attache au bout
d'unecorde,
Pourêtreun bel exemple
aux Messagers trop
,
lents,
Pendart de Messager du
Mans.
Venez implacables furies,
Tisiphone,, Megere, &
vous triste Alecton,
Sortez du manoir de PluÉ*
qu
Pour
exerceici
toutes vos
barbaries,
Inventez ,s'il se peut,quelques
nouveaux tourmens,
Vous punissez là-bas de
peines éternelles
Des Ombres bien moins
criminelles
Que n'est le Messager du
Mans.
Mais que dis-je,où m'emporte
une juste ven-
,
geance?
Calmons
- nous pour un
temps
y
ïoygxis plus retertus,
Ayons pour lui quelque
indulgence
Du moinsjusqu'à ce que
mes coffres soient venus
:),
La prudence le veut, la
raison le demande,
Laissons après cela travailler.
les Sergens,
Qu'onbrûle si l'on veut ;,
qu'on assomme ou
qu'on pende
Le Messager du Mans.
Cependant j'en tiens pour
*
mon compte:
Mais si jamais j'ysuisreprise
Si Messager du Mans aprés
cela m'affronte,.
Je veux être étrillé de la
Fleche à Paris;
Je veux aller le trot d'icy
jusques en Boheme
Je veux avoir procès avec
des bas Normans,
- Et pour dire encor plus,
je veux passer moimême
Pour Messager du Mans.
Au Messager du Mans sur sa
lenteur &sursaparesse. CE n'est point l'interest
ni l'amour de la gloire,
Qui me fait en ce jour importuner
les Cieux,
Je n'ai rien à ptétendre au
Temple de mémoire;
Le vif éclat de l'or n'ébloüit
point mes yeux,
De ces foibles honteux
mon ame préservée
Ne nourrit point dans
moi de si bas sentimens;
Tout ceque je demande
est la prompte arrivée
DuMessager du Mans.
Déjà vingt fois & plus le
Le Soleil & la Lune
Ont regnétour-à-tour
Depuisqueje languis dans
ma triste infortune
Déjàlalumiere du jour
A vingt fois pour le moins
fait place à la chandelle
Sans que durantun si long
temps
On aie vû dans ces lieux
lanobleharidelle
Du Messager du Mans.
Cependant je gemis, &
ma douleur profonde
Me fait perdre le jugement
Quavez-vous?me dit tout
le monde,
Vous êtes depuis peu tout
je ne sçai comment.
Helas ! si on sçavoit la
cause
De cesmaux cruels& prêt
sans,
Si l'on sçavoit. & quoy?
non jene puis,jen'ose,
Et je ne le dirai qu'au
Messager du Mans.
Quel démon cruel & barbare
Si long-temps l'arrête en
chemin,
Quel ennemi secret, quel
ennuyeux destin
Tous deux si long-temps
nous sépare ?
Non, je ne puis souffrir
tous ces retardemens,
Je veux moi-même aller
le chercher & le
suivre
1
Car c'en est trop, & je ne
puis plus vivre
Si je ne vois le Messager
du Mans.
Quoy tout le jour à ma
pensée
Son image viendra s'offrir,
Etma douleurprelente &
ma douleur passée
Me feront doublement
souffrir,
Encore si la nuit dans un
repos tranquile
Contre tous mes chagrins
jetrouvois un azyle;
Mais non, quand le sommeil
peut assoupir
-
mes sens
Si je rêve
y
je rêve au Messager
du Mans.
Si pourcalmer un peu ma
triste inquiétude
Je prens quelque Livre à
la main,
D'abord son souvenir
vient troubler mon:
étude
Et me fait perdre mon.
latin.
Oui;j'ai beau tout tenter,
rien ne peut m'en dutraire,
Et je passe souvent tout le
jour, à quoy faire?
Le dirai-je? à compter les
heures,les momens
Que retarde en chemin le
Messager du Mans.
Si quelqu'un vient à ma
rencontre
Je vais le prendre au dépourvû,
Et lui disant
: Ne l'avezvous
point vu > Bongré, malgré, je veux
qu'il me le montre,
S'il me demande, & qui?
je demeure en suspens,
Et j'admire son ignorance,
Croyant quecommemoy
tout le monde ici
pense
Au Messager" du Mans.
Si quelqu'autre plus favorable
Encre dans ce qui fait ma
peine ôc mon souci
Et me dit d'unair agréable,
Je levis l'ature jour quoiqu'un
peu loin d'ici,
J'admire son bonhelir&
je lui porte envie,
Je le montre à tous les
passans,
Et renforçant ma voix devant
tous je mécrie:
L'heureux homme!il a vu
le Messager du Mans.
Si quelque voyageur vers
le Mans prend sa route,
Je l'arrête,quoyqu'il en
coûte,
Il a beau me crier:Monsieur
je suis pressé,
On m'attend, laissez-moi,
s'il vous plaist,le
passage,
Je le recharge encor de
mille complimens
P,our l'heureux- Ménager du Mans.
Je fais le guet planté tout
le jour
sur
ma portey
Tantôt assis,tantôt debout,
Et quoy qu'il entre, ou
quoy qu'il sorte,
Je vois, & j'examine couc.
L'esprit tout occupé de
cette unique affaire,
Alerte au moindre bruit,
si par hazard j'entens
QuelqueCheval hennir,
ou bien quelqueAsne
1braire,1
Je crois toujours que c'est
le Messagerdu Mans.
Entendray -jebientôt
gringotterles sonnettes?
Leverrai-je bientôt entrer
superbement?
Claquant son foüet & piquant
ses mazettes?
Quand viendra-t-il ce
, Messager charmanty
Lesforêts, les rochees"&
le creux des fontaines
Retentissent partout de
,-
mes gemisseméns,
Scras-tu donc leseulinseasible
à mespeines,
Barbare Messager du
Mans?
Helas quand dans Roüen,
tu me faisois tant
d'offres,
Si tu voulois si tard m'apporter
mes deux coffres
Falloit-il t'en charger,
Boureau de Messager?
Je m'ensouviens encor, tu
ne peux t'en défendre,
Dans six jours au plus tard
tu devois me les rendre,
Tu me l'avois juré, sontce
là tes sermens,
Traistre de Messager du
Mans?
Que diras-tu pour ton ex-
Si rien pourtant peutt'excuser:
Cherchequelquedétour,
invente quelque rufe,
Ingrat, je taiderai moymême
à m'abuser,
Pour toy je sens encor un
reste de tendresse
Malgré tous mes ressentimens.
O Ciel peut-on avoir tant
defoiblesse
Pour un maraut de Messager
du Mans?
Parle enfin, dis-moy quelque
chose,
Qui t'a si long-temps rerenÙ"),
De ces delays viens
m'apprendre lacause,
Dis;) ne devrois-tu pasi
être déjà venu>
Quoy ces rossesn'ont pû'r
faire un silongvoyage?
Des brigands t'ont voie
tout monpauvre Çql!l':,
01 page?sr-': (}
On
On t'a roüé de coups?Plût
à Dieu:mais tu mens,
Fripon de Messager du
Mans.
Dis plûtôt qu'à trinquer
bornant ta diligence,
T'arrêtant à chaque bou-
, chon,
Par tout où tu trouvois le
cydre ou le vin bon,
Tu ne songeois, coquin,
qu'à te garnir la panse;
Ne dissimule point, dis
qu'à force de boire
Avecque tes pareils tous
mauvais garnemens,
De mes coffres reçûs tu
perdis la memoire,
Yvrogne Messager du
Mans.
Tu ne peux desormais appasserma
colere,
Tu periras, ingrat, l'Arrest
en est porté,
Non, je n'écoute plus ni
soupirs ni prieres,
Tu n'as que trop longtempsoutrage
ma
bonté;
Je veux que sans misericorde
On t'attache au bout
d'unecorde,
Pourêtreun bel exemple
aux Messagers trop
,
lents,
Pendart de Messager du
Mans.
Venez implacables furies,
Tisiphone,, Megere, &
vous triste Alecton,
Sortez du manoir de PluÉ*
qu
Pour
exerceici
toutes vos
barbaries,
Inventez ,s'il se peut,quelques
nouveaux tourmens,
Vous punissez là-bas de
peines éternelles
Des Ombres bien moins
criminelles
Que n'est le Messager du
Mans.
Mais que dis-je,où m'emporte
une juste ven-
,
geance?
Calmons
- nous pour un
temps
y
ïoygxis plus retertus,
Ayons pour lui quelque
indulgence
Du moinsjusqu'à ce que
mes coffres soient venus
:),
La prudence le veut, la
raison le demande,
Laissons après cela travailler.
les Sergens,
Qu'onbrûle si l'on veut ;,
qu'on assomme ou
qu'on pende
Le Messager du Mans.
Cependant j'en tiens pour
*
mon compte:
Mais si jamais j'ysuisreprise
Si Messager du Mans aprés
cela m'affronte,.
Je veux être étrillé de la
Fleche à Paris;
Je veux aller le trot d'icy
jusques en Boheme
Je veux avoir procès avec
des bas Normans,
- Et pour dire encor plus,
je veux passer moimême
Pour Messager du Mans.
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Résumé : PLAINTES Au Messager du Mans sur sa lenteur & sur sa paresse.
Le texte est une plainte adressée au 'Messager du Mans' pour sa lenteur et sa paresse. L'auteur exprime son impatience et sa douleur face à l'absence prolongée du messager, qui tarde à lui apporter ses coffres. Il décrit son désespoir et son obsession, mentionnant que l'image du messager hante ses pensées jour et nuit. L'auteur interroge les passants et les voyageurs pour obtenir des nouvelles du messager, et il imagine divers scénarios pour expliquer son retard, allant de problèmes sur la route à des excès de boisson. Il menace finalement de punir sévèrement le messager, mais décide de suspendre sa vengeance jusqu'à la réception de ses coffres. L'auteur conclut en affirmant qu'il se vengera sévèrement si le messager ose revenir après son retard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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4
p. 229-241
De Marseille, le 10. Novembre 1714.
Début :
MONSEIGNEUR, Je continuë à vous écrire suivant vos ordres, que [...]
Mots clefs :
Arménien, Ambassadeur, Officiers, Intendant, Coffre, Présents, Mains
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texteReconnaissance textuelle : De Marseille, le 10. Novembre 1714.
De Marſeille,le 10. Novembre
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
jefuis , concatalog
(
1714.
MONSEIGNEUR,
Je continuë à vous écrire fuivant
vos ordres, que nous arrivâmes
le huit d'Octobre à
Malthe , où le vent contraire
nous obligea de rélâcher ; que
nous en partimes le 12. aprésy
avoir esté tres- bien receus , y
avoir pris des rafraîchiſſements
230 JOURNAL
pour continuer noſtre route , qu'à
cent cinquante millede Marseille
le vent nous obligea encore une
fois de relâcher à la coſte de Sardaigne
, que nous moüillâmes à
Portoconté , où je pris de nouvelles
proviſions auffi bien qu'à
Malthe pourM. Ambaßadeur.
Le 21. nous partimes dudit
Portoconté , & nous arrivâmes
iry,graces àDieu, le 23. Le même
jour aprés que j'eus envoyéàM.
Arnoul la Lettre que vous m'aviz
donné pour luy, M. l'Ambaſſadeur
débarqua aux Infirme
ries ; auſfuôt M. l'Intendant envoya
deux de ſes Officiers luy
HISTORIQUE. 231
faire compliment de ſa part ,
ordonna en même temps qu'on
poriat aux Infirmeries tout ce qui
feroit neceßaire pour luy , &
pour fon monde. Deux jours
aprés Miffieurs les Confuls furent
le voir , & luy porterent le
Present accoutumé ; le 28. ilfit
fon entrée dans laVille :le mesme
jour M. l'Intendant luy envoya
le Prevost aveo ſes Officiers &
Archers acheval, trois Carroffes,
un àfix chevaux, er deux àquatre
, avec lesquels M. de Beauvais
Commiffaire des Galeresfut
le recevoir au Port ; il n'avoit
alors avec lay que moy,&deux
M
L
J
23 JOURNALH
de ſes Officiers , dont l'un portoit
Son Epée l'autre fa grande
Pipe ; nous paſſames fous leBalcon
où estoit la Reyne d'Espagne
qui fut bien aiſe de voir unAmbaſſadeur
Perfan en France. Il
estoit magnifiquement habillé àla
Perfienne , ilfut loger à la maifon
deM. de Cartigny ,oùquatre
Archers montent tous les jours la
garde àſa porte . Le 31. nousfûmesprendre
les Prefens qui étoient
dans la maiſon où demeuroit l'Armenien
qui les avoit apportez. Ils
estoient dans un coffre defer ce
coffre estoit enfermé dans un cabi
net dont l'Armenien avoit les
も
clefs. M.
HISTORIQUE. 235
M. l'Intendantpourfaire hon
neur aux Preſents du Roy de
Perſe , envoya les mêmes trois
Carroffes avec une Chaise magnifique,
le Prevoſt, ſes Officiers,
fes Archers , deux Principaux
Officiers de l'Ambassadeur, l'Ar
menien , & moy , pour les appor
ter en Cérémonie dans la maison
deM. de Cartigny. Pour cet effet
, nous tirâmes le coffre dela
maison de l'Armenien ; nous montâmes
dans un grandCarroffe,
le mîmes sur nos genoux. M.
l'Ambassadeur vint le recevoir
bors de la porte : dés qu'il vit ce
coffre , il se proſterna les mains
Février 1715 . V
234 JOURNAL
croisées devant ce dépost qui luy
avoit été confiéde la partde l'Empereurfon
Maistre ; il pleura de
joye en leconfiderant , &enfin il
s'écria qu'il étoit trop content de
Sonfort , & qu'il oublioit tous
les perils où il avoit été expoſez ,
puiſque Dieu luy avoit fait la
grace
grace de revoir les Presents de
l'Empereur ſon Maistre , & de
les remettre enſes mains pour les
porter au grand Empereur de
France , qui reluit fur la terre ,
comme le Soleil reluit au monde :
De plus , dit- il, au Prevoſt , &
aux Affiſtans , ſçachez , Meſ
fieurs , que je n'ay l'obligation
HISTORIQUE. 235
de ce bonheur qu'à M. l'Ambaſſadeur
qui eft à Conſtantinople;
qu'il m'a tiré des mains
des Turcs ; qu'il m'a donné
routes fortes de ſecours ; qu'il
m'a procuré le Bâtiment qui
m'a amené icy ; qu'il m'a don
néle * Drogment que voila ;
& qu'il avoit chargé de fes ordres
, qu'il a bien executez ,
puiſqu'il m'a enlevé au milieu
de dix mille hommes, & qu'il
m'a enfin amené icy. Il entra
alors enſa chambre avecſonPrefent
, &auffitôt il fit jetter au
peuple 30. ou 40. piastres en
Drogment veut dire Interprete.
A
Vij
236 JOURNAL
monnoye par les fenestres de fon
Appartemental
F'oubliois à vous dire ,Mon-
Seigneur , que lorſque nous fûmes
aux Infirmeries , ilfit venir
Agoubebant, l'Armenien qui avoit
étéchargé desPresentsàEri.
wan ,&qui étoit arrivéunmois
avant nousà Marseille; il le traitade
traître d'infidele ,&luy
fit les mauvais traitemens qu'il
jugea àpropos de luy fairefurdes
Soupçons bien ou mal fondez .
dont le détail vous eftinutile ; il
luy ordonna enfuite de luy apporter
cingpaquets qui luy appartenoient
,&qu'il luy avoit remis
HISTORIQUE. 237
!
bien
cachetez. L'Armenien les fit apporter
en effetfur lechamp ,mais
ouverts; de plus ily manquoit
des choses; ildemanda à l'Armenien
,d'où venoit ce defordre ,
qui les avoit décachetez, l'Armenienluy
répondit,que c'estoientles
Intendants de la Santé.Comment,
dit- il , alors , transportéde colere,
on ouvre donc icy les hardes des
Ambassadeurs , &se tournant
du coſté de quelques François qui
estorent là, il leur dit : Lorſque
ivos Envoyez , quels qu'ils
foient , viennent en Perfe
chargez de toutes fortes de
Marchandises , s'aviſe-t- on
238 JOURNAL .
jamais de les viſiter ; j'ay per
du toutmon équipage; j'ay ex
pofé ma vie cent fois pour
m'acquitter d'une commiffion
aufli dangereuſe : il ne merefte
plus que cinq petits paquets
qu'on a encore bien de la peine
à apporter icy , & on les.
ouvre ! on aura ſans doute ou
vert les Preſents auffi , je veux
les voir; en un mot je veux
qu'on me les apporte.
Le Prevêt qui étoit prefent ,
fut chargé du ſoin de rapporter
toutes ces choses à M. l'Intendant
, qui luy enuoïa dire qu'il
étoitfurpris de ce qu'il avoittrouHISTORIQUE.
239
.
véſes hardes ouvertes, qu'iln'en
avoit aucune connoiſſance , qu'il
alloit s'informer s'il étoit vray
qu'on eût cu cette audace
qu'auffitoft il luy rendroit juſtice ;
qu'à l'égard des Preſents il neju--
geoit pas à propos de les luy envoyer
; mais que dés qu'il auroit
faitfon entrée dans la Ville , il
en ſeroit le maître. Ilfut content
de cette réponse.
Cependant M. Arnoul envoïa
chercher les Intendants de la Santé
qui lui demanderent àſe justifier
de la calomnie qu'on leur imputoit.
Il les envoya en même temps
à l'Ambaßadeur , àqui ils dirent
240 JOURNALH
en presence de l'Armenien qu'ils
n'avoient jamais fongéà visiter
fes paquets. L'Armenien déconcerté
avoiña alors que c'étoit luy
quiles avoitdecachetezde peurdes
vers. L'Ambaßadeur futfatisfait
de ces Meffieurs , leurfit
compliment ; mais l'Armenien
n'en fut pas quirie au mêmeprix.
Je continuëray ,Monseigneur ,
àvous écrire tout ce qui se paffera
en France au sujet de noftre
Ambaßadeur.Feprofiteray de toutes
les iccaſions quife preſenteront
pour vous en donnerdes nouvelles,
c'est la ſeule marque que je puiffe
vous donner demon attachement
نم
HISTORIQUE. 248
&da profond respect avec lequel
jefuis , concatalog
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5
p. 210-211
AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Début :
Je suis malheureusement intéressée, Monsieur, dans le sort d'une amie qui a perdu [...]
Mots clefs :
Toilette, Dame, Coffre, Nécessaire, Bijoux, Diamant, Perte, Recherches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
A VI S.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
LETTRE de Madame *** à M. d'H. ****
Je fuis malheureulement intéreffée , Mon
feur,, dans le fort d'une amie qui a perdu à
Verfailles , le premier de Juillet , un Néceſſaire
enforme de Caffette d'anpied & demi en quarré ,
demi-pied de hauteur , qui contient toutes les
chofes néceffaires à la toilette d'une femme , &
une petite Boete de bois qui renferme deux plaques
de braffelets entourés de diamans , un petit
coeur & le petit noeud de diamans ; une paire de
boucles d'oreilles de cocques de perles entourées de
diamans , & cinq bagues ; fçavoir , une turquoiſe
& un diamant jaune , taillé en coeur, la couronne
& les deux châtons de brillans blancs , une
chaîne de Carats blancs , une de trois émeraudes
entourées de Carats blancs & jaunes & montés en
coeur ; une formant un petit noeud de brillans
blancs , & le tour de la bague de même , & pour
deviſe dans l'anneau pour celui - ci point d'Aléxandre.
Cette Caffette contient auffi un portrait
très-précieux pour moi: Mon amie a cru fatisfaire
à toutes les recherchés , & fait offrir vingtcinq
louis à ceux qui pourront lui donner des
nouvelles , & des renfeignemens fûrs de ces effets.
Elle a été oubliée par des Domestiques dans la
cour du grand Commun , à Verſailles , au bas de
OCTOBRE . 1763. 211
l'efcalier de la chambre aux deniers. Mon amie
a négligé , felon moi , une choſe très- eſſentielle ,
& pour laquelle je vous prie de me permettre de
reclamer votre amitié pour engager M. de la
Place à inférer ma Lettre dans le premier Mercure
, & à la renouveller dans ceux qui fuivront
pendant deux ou trois mois , pour qu'on puifle
être informé en Province de cet accident. Cette
Caffette auroit pu y paffer fans être volée , ayant
éte laiffée à Versailles la veille du départ du Roi
pour Compiegne : elle a pu être confondue dans
tous les bagages dont la Cour du Grand Commun
étoit pleine. C'eſt un avis falutaire à donner à ceux
qui pourroient avoir des lumiè res fur ce fajet ; ils
auront la bonté d'écrire à M. l'Eempereur, Orfévre
Jouaillier , cour du Palais , à Paris :il comptera
la fomme promife fans queftions ni informations
des gens qui ne voudront être ni connus ni cités,
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
Résumé : AVIS. LETTRE de Madame *** à M. d'H.****
Madame *** adresse une lettre à M. d'H. **** pour signaler la perte d'un nécessaire en forme de cassette à Versailles le 1er juillet. La cassette, mesurant un pied et demi en carré et demi-pied de hauteur, contient divers objets de toilette et des bijoux précieux, dont deux plaques de bracelets entourées de diamants, un petit cœur et un petit nœud de diamants, une paire de boucles d'oreilles en perles entourées de diamants, et cinq bagues. Parmi ces bagues, une turquoise, un diamant jaune taillé en cœur, une chaîne de carats blancs, une bague avec trois émeraudes entourées de carats blancs et jaunes, et une bague formant un nœud de brillants blancs. La cassette inclut également un portrait très précieux. Madame *** offre une récompense de vingt-cinq louis pour toute information sur la cassette et ses contenus. La cassette a été oubliée par des domestiques dans la cour du grand Commun à Versailles, près de l'escalier de la chambre aux deniers. L'expéditrice demande à M. d'H. **** d'intercéder auprès de M. de la Place pour publier cette lettre dans le Mercure afin d'informer la province. Toute personne ayant des informations est invitée à écrire à M. l'Eempereur, orfèvre joaillier, cour du Palais, à Paris, où la récompense sera versée sans questions ni informations sur l'identité des informateurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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